25 juillet 2018

Affaire Benalla: la République dans de sales draps

Depuis le 18 juillet, pas un jour ne passe sans que les médias français ne révèlent de nouveaux éléments sur l'affaire Benalla.

L'affaire Benalla est révélée aux Français par le quotidien Le Monde dans un article qui identifie Alexandre Benalla comme le responsable d'une agression qui a été filmée le premier mai de cette année. En marge d'une manifestation dans le Ve arrondissement de Paris, un homme casqué est filmé en train de molester deux manifestants. La vidéo est rendue publique, mais l'identité de l'auteur des violences est inconnue. Elle ne sera révélée que deux mois et demi plus tard.

Depuis, les révélations s'enchaînent, quotidiennement, au point qu'il est difficile de suivre toutes les ramifications de l'affaire, et de débusquer toutes les folles rumeurs qui s'y greffent. Mais même sans verser dans des polémiques incertaines, les faits exposés au travers de cette affaire sont extrêmement graves.

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Beaucoup contestent cette gravité, M. Benalla le premier, ramenant l'affaire au simple "pétage de plombs" d'un individu lors d'une manifestation face à des communistes toujours très paisibles comme chacun sait. Mais les écarts d'Alexandre Benalla vont beaucoup plus loin. Si on parvient à dépasser le simple fait-divers de la manifestation du premier mai, le scandale révèle la contamination d'un système entier par la pourriture du népotisme, des passe-droits, des privilèges, et, bien entendu, l'Omerta.

Ce sont les membres de la majorité qui en parlent le mieux

Emmanuel Macron était porteur d'un authentique espoir en remportant l'élection présidentielle de 2017, l'espoir d'une politique nouvelle dépassant le cadre du bipartisme. Espoir naïf, diront ses détracteurs, mais espoir tout de même. Entre autres choses, Emmanuel Macron promettait bien entendu d'être irréprochable ; l'affaire Benalla - et son traitement par l'Élysée - montre qu'il s'agissait surtout de communication.

Le scandale Benalla touche jusque dans les rangs de la majorité présidentielle, par exemple par la voix de Paul Molac, député LaREM du Morbihan:

[L'élu s'agace] des réponses du ministre de l'Intérieur qui a principalement renvoyé la faute sur le cabinet d'Emmanuel Macron et sur le Préfet de police de Paris. «Je ne crois pas qu'il puisse ne pas être au courant. Il aurait dû être au courant. Soit il l'a été et ne veut pas le dire, soit il ne l'a pas été et c'est tout à fait anormal», a-t-il cinglé.

Au vu des éléments de l'affaire, Paul Molac estime que «les choses se sont décidées à l'Élysée». «Le Président n'a pas à avoir sa propre organisation, en dehors de la loi, en dehors de tout. Nous sommes dans un état de droit, ce n'est pas comme ça que cela doit marcher», a déploré le député du Morbihan, expliquant que cette affaire lui «rappelle des heures un peu sombres», en citant notamment le SAC, le service d'action civique, sorte de «police parallèle» sous De Gaulle. «Comment peut-on se permettre ce genre de chose? Avoir une sorte de milice parallèle, ce n'est pas du tout l'idée que je me fais de la République», a-t-il souligné.

Le député LaREM en viendrait presque à regretter son engagement auprès d'Emmanuel Macron. «Nous avons fait campagne sur le fait que la politique devait être plus propre, et je m'aperçois que c'est le pire du monde d'avant, donc forcément c'est un peu déstabilisant», a-t-il éludé.(...)


De son côté, la députée LaREM de la Manche, Sonia Krimi dénonce sur RTL une "affaire grave":

«On a été élus pour une exemplarité, une probité, une transparence. Il faut être franc: on a balayé tous ces anciens députés, toutes ces personnes qui faisaient des affaires, des micmacs. On les a balayés parce qu'on [avait] promis cette probité, cette transparence et cette exemplarité, en disant “il n'y aura plus d'affaires”. Là on est un peu loin, oui.»


Quand même des élus LaREM sont capables de dépasser la mauvaise foi partisane pour admettre qu'il y a un problème, c'est qu'il y a vraiment un problème. En fait, il y en a deux: les exceptions de la République, sur lesquelles se concentrent l'essentiel des médias, et l'infiltration de celle-ci par des racailles proches des milieux islamistes.

Les exceptions de la République

Reconnaissons-le, la Ve République Française a été fondée par un militaire qui était le premier à ne pas souhaiter se plier aux règles qu'il imposait aux autres. Il y avait clairement le vulgum pecus d'un côté et la glorieuse Administration Publique de l'autre, une galaxie d'agents et de fonctionnaires tous prétendument au service du public, mais surtout hors de sa juridiction. La France inventa même le Droit administratif, c'est-à-dire une longue liste des privilèges que s'octroie l'Administration, pour ancrer cette réalité dans le système juridique.

Cet état d'esprit infusa évidemment à l'intérieur de l'Administration elle-même, où selon leur rang et leurs amitiés, des hauts fonctionnaires s'affranchirent progressivement même de ses règles internes. Il était entendu d'une part que la seule véritable loi était la proximité avec le pouvoir politique suprême - une façon de faire lancée avec succès par Mitterrand - et d'autre part qu'il était hors de propos, dans quelques circonstances que ce soit, de laver du linge sale en public. Le trafic de privilèges et le respect de la loi du silence devinrent les deux règles d'une carrière réussie au sein de l'État français.

La longue liste d'avantages dont bénéficiait Alexandre Benalla est presque un inventaire de tout ce qu'un ambitieux sans scrupule ni honnêteté peut retirer du système. Un homme au faux CV et aux accointances troubles promu lieutenant-colonel de réserve, grand ordonnateur de la garde rapprochée du président de la République, nommé spécialiste expert sur la fonction protection. À 27 ans et au seul bénéfice de sa proximité avec le Président Macron, il reçoit un appartement de fonction au palais de l'Alma, un immeuble classé sur les bords de Seine. Il a une voiture de fonction avec chauffeur et un salaire mensuel de plus de 7'000 euros. Il reçoit un badge d'accès de haut niveau à l'Assemblée nationale, une accréditation secret défense, un permis de port d'armes qui lui a toujours été refusé avant qu'il ne côtoie l'Élysée. Avec les bons contacts, tout devient possible...

Le jour funeste où un militant de La France insoumise, Taha Bouhafs, ruine sa carrière en filmant ses exactions, Alexandre Benalla disposait d'un casque de police, d'un brassard, et d'une foule d'autres avantages. Que répond M. Benalla? Se reposant sur ses études (avortées) en Droit, qu'il n'a fait qu'appliquer l'article 73 du Code Pénal. Une interprétation audacieuse, dirons-nous poliment, qui ne tiendrait pas debout cinq minutes au vu des faits reprochés face à des juges impartiaux ; mais Benalla n'en a cure. Les collaborateurs d'Emmanuel Macron osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît.

Bien entendu, ne sachant gérer correctement une crise politique d'une telle ampleur et ne souhaitant en aucun cas réformer le système, l'Élysée s'embourbe. Les responsables du gouvernement et le Président tentent de rattraper ce qu'ils peuvent, essayent d'appliquer les vieilles méthodes d'écran de fumée et de langue de bois à l'intention de journalistes complices ; mais les gens ne sont plus dupes.

L'affaire Benalla a déversé un tombereau de magouilles, d'impunité et d'abus de pouvoir aux plus hauts niveaux de l'État dans l'actualité, et le flot de révélations n'est probablement pas terminé.

L'infiltration de la République par des racailles proches des milieux islamistes

"Incontrôlables, violents, intouchables : les 7 racailles de l’Elysée" - voilà le titre d'un article de Valeurs Actuelles du 20 juillet de cette année, dont la lecture fait froid dans le dos. Le travail fouillé des journalistes n'a pas pu commencer avec les révélations du Monde deux jours plus tôt, il ne s'agit donc pas de l'exploitation d'un filon qui vient juste de se révéler.

Au moment du passage à tabac, le voyou présidentiel était accompagné d’un autre homme, Vincent Crase, employé de La République en marche et parfois mobilisé par l’Elysée, qui lui a infligé la même sanction dérisoire avant de mettre fin à leur collaboration. Son acolyte est toujours aujourd’hui salarié du parti de la majorité. Encore présent dans le bus des Bleus, lors de la parade sur les Champs-Élysées, Alexandre Benalla « n’a tapé personne », a ironisé le président de la Fédération française de football Noël Le Graët. (...)

Dans le gang des gros bras, Emmanuel Macron a aussi compté dans son entourage un certain Makao, passé des ors de la République au canapé de… Jawad Bendaoud, hébergeur des terroristes du 13 Novembre. Dans une vidéo, diffusée sur Snapchat, en juin, le colosse de 2,13 mètres joue au jeu vidéo FIFA avec « le logeur de Daech ». Ce garde du corps, qui escortait l’impétrant d’En Marche, était même invité à l’Elysée et posait tout sourire avec son « chef », deux jours... avant la soirée pyjama. Une proximité inquiétante que la présidence a toujours refusé de commenter.

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Au cours de la campagne, le candidat Macron n’avait pas en revanche hésité à défendre (en off tout de même) une autre racaille, le sulfureux référent En Marche du Val-d’Oise Mohamed Saou (« Je n’ai jamais été et je ne serai jamais Charlie »), soutien du régime d’Erdogan, versé dans le complotisme et fan de l’islamiste [Collectif contre l'islamophobie en France, CCIF]. « Il a fait quelques trucs radicaux, c’est ça qui est compliqué, mais c’est un type bien Mohamed. Et c’est pour ça que je ne l’ai pas viré ! », l’avait ainsi excusé Emmanuel Macron, saluant même son « travail remarquable ». Lui aussi, suspendu, avait été discrètement réintégré. « Où est le problème ? Il a le droit de ne pas être Charlie », avait justifié à l'époque un conseiller de l’Élysée auprès de Valeurs actuelles.

Dans un autre genre, le président du nouveau monde s’est aussi rapproché de l'humoriste controversé Yassine Belattar. Accusé en décembre par Marianne d'entretenir « le déni de l'islamisme comme le discours sur “les Blancs” et les autres », ce dernier était allé chercher du réconfort auprès du chef de l’État et avait envoyé le SMS suivant à son « frère » Macron : « Visiblement, c’est une nouvelle guerre que lance ce journal, je suis au fond du trou. » Réponse du locataire de l’Elysée : « T’obsède pas. Continue. Les critiques suivent le talent. »

Jugez plutôt : le comique a comparé Thierry Ardisson à un nazi, menacé le père d’un soldat tué par Mohamed Merah, affirmé que « ces hommes blancs de plus de 60 ans sont peut-être la clé du problème » et animé un gala de soutien au CCIF. Interpellé et placé en garde à vue, en février dernier, après avoir insulté un policier, en marge d’un déplacement d’Emmanuel Macron, il sera pourtant récompensé pour l’ensemble de son œuvre en intégrant quelques semaines plus tard le conseil présidentiel des villes, lancé en faveur des « quartiers populaires » par le chef de l’Etat, avant d’être reçu, lui aussi, en réunion à l’Elysée...


L'Entrisme est pratiqué depuis longtemps par bien d'autres que les Trotskystes originels, et la victoire surprise de Macron a donné un beau cheval gagnant à toute une galaxie d'opportunistes, certains proches des milieux radicaux islamistes. Ils sont bien récompensés en retour. La fidélité au clan, la naïveté et l'aveuglement du Président Macron auront permis à ces gens d'accéder comme jamais aux plus hauts sommets de l'État. Associé aux passe-droits dont ce monde est coutumier, le mélange est explosif.

10 juillet 2018

Theresa May dans la tourmente

La démission surprise de deux poids lourds du gouvernement de Theresa May lève le voile sur la stratégie de Brexit mise en place par le Premier Ministre britannique.

theresa may,brexit,manoeuvres politiques,ue,royaume-uniLes médias ont déjà choisi de surnommer le 9 juillet "la nuit des longs couteaux". La démission de deux des principaux ministres de Theresa May, Boris Johnson et David Davis, sonne évidemment comme une défaite pour son gouvernement - une rupture à l'intérieur du camp conservateur entre les pro-Brexit d'un côté et les anti-Brexit de l'autre, alors qu'il est déjà minoritaire et ne se maintient au pouvoir qu'à la faveur d'une alliance fragile.

La rupture vient du "soft Brexit" choisi par la politicienne et présenté aux membres de son gouvernement - ou, plus exactement, imposé à ces derniers. Ce soft Brexit fut présenté à Chequers, la demeure secondaire officielle de la cheffe du gouvernement lors du Conseil des ministres de vendredi. Theresa May y affirma alors que le temps de l'unité était venu et que toute contestation publique exprimée par n'importe quel ministre serait interdite, sous peine de voir le fautif limogé.

La réaction du ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, estimant avec son franc-parler habituel que défendre cet accord revenait à "vouloir polir un étron", laissa entendre que la rupture était consommée. Pourtant, ce fut David Davis qui lui brûla la politesse en envoyant sa lettre de démission dimanche à minuit moins le quart. Boris Johnson lui emboîta le pas lundi.

Pourquoi des réactions aussi brutales à moins d'un an du Brexit? Pour le comprendre, il suffit de lire la lettre de démission de M. Johnson, dont voici une traduction avec quelques passages mis en exergue.

Chère Theresa,

Cela fait plus de deux ans que les Britanniques ont voté pour quitter l'Union européenne avec la promesse non équivoque et catégorique que s'ils le faisaient, ils reprendraient le contrôle de leur démocratie.

On leur a dit qu'ils seraient en mesure de gérer leur propre politique d'immigration, de rapatrier les sommes d'argent britanniques actuellement dépensées par l'UE et, surtout, qu'ils seraient en mesure d'adopter des lois de manière indépendante et dans l'intérêt des citoyens de ce pays.

Le Brexit devrait reposer sur l'opportunité et l'espoir. Il devrait être une chance de faire les choses différemment, d'être plus agiles et dynamiques, et de mettre en valeur les avantages particuliers du Royaume-Uni en tant qu'économie mondiale ouverte et tournée vers l'extérieur.

Ce rêve est en train de mourir, étouffé par un manque de confiance en soi.

Nous avons remis à plus tard des décisions cruciales - y compris les préparatifs d'une absence d'accord, comme je l'ai dit dans ma lettre de novembre dernier - avec pour résultat que nous semblons nous diriger vers un demi-Brexit avec de grandes parties de l'économie toujours enfermées dans le système de l'UE, mais sans contrôle britannique sur ce système. (...)

theresa may,brexit,manoeuvres politiques,ue,royaume-uni[Le gouvernement britannique] a passé des décennies à s'opposer à telle ou telle directive de l'UE au motif qu'elle était trop lourde ou mal pensée. Nous sommes maintenant dans la position ridicule d'affirmer que nous devons accepter d'énormes quantités de telles lois de l'UE, sans en changer un iota, parce qu'elles seraient essentielles à notre santé économique - et sans n'avoir plus aucune possibilité d'influencer la façon dont elles sont conçues.

À cet égard, nous nous apprêtons vraiment à prendre le statut d'une colonie - et beaucoup auront du mal à voir les avantages économiques ou politiques de cet arrangement particulier. (...)

Ce qui est encore plus dérangeant est qu'il s'agit de notre offre initiale. C'est déjà ainsi que nous voyons l'état final du Royaume-Uni - avant même que l'autre partie ne fasse de contre-offre. C'est comme si nous envoyions notre avant-garde au combat en lui faisant brandir des drapeaux blancs. (...) Comme je l'ai dit [vendredi], le gouvernement a maintenant une chanson à chanter. Le problème est que j'ai répété les paroles au cours du week-end et il se trouve que les mots me restent au fond de la gorge.

Nous devons avoir une responsabilité collective. Comme je ne peux pas, en toute conscience, défendre ces propositions, j'en ai malheureusement conclu qu'il me fallait partir. (...)


Comme à son habitude, Boris Johnson est parfaitement limpide. Comme d'autres députés pro-Brexit, il estime non seulement que ce soft Brexit n'est pas dans l'intérêt économique ni politique du Royaume-Uni, mais également qu'il trahit le résultat du référendum où 51,89 % des citoyens décidèrent de couper les ponts avec l'Union Européenne.

Le soft Brexit est une contradiction dans les termes. Pourquoi quitter l'Union Européenne si c'est pour continuer de payer pour elle, d'être soumis à ses règlements absurdes, à la libre circulation des capitaux, des marchandises, des services et des personnes, de ne pouvoir signer d'accords commerciaux avec des pays tiers - tout en ne faisant plus partie des processus de décision? L'idée de ce plan serait-elle de mettre les Anglais dans une situation de Brexit telle qu'ils décident finalement de rester dans l'UE, estimant que serait encore la voie du moindre mal? Pareille perspective s'inscrirait contre tous les principes démocratiques censés diriger la vie politique au Royaume-Uni, mais dans cet imbroglio tout est possible. N'oublions pas que Theresa May avait fait campagne contre le Brexit, entachant à jamais son intégrité de négociatrice au nom de son pays.

Les journalistes sont prompts à prêter d'inavouables visées électoralistes à MM. Johnson ou Davis. Ces pronostics sont prématurés. Le gouvernement May est dans la tourmente, mais pas encore menacé d'effondrement:

Les statuts du parti conservateur réclament un minimum de 48 députés pour déclencher un tel vote. Il faudrait ensuite qu'au moins 159 députés conservateurs (sur 316) se prononcent contre elle pour faire tomber la cheffe du gouvernement. (...) Mais dans les faits, on est encore loin d'une telle issue. "Malgré le brouhaha, l'arithmétique au Parlement n'a pas changé. Pour l'instant, les Brexiters purs et durs ne sont pas assez nombreux pour chasser May du pouvoir et ne peuvent pas imposer leur version préférée du Brexit à la Chambre des communes", soulignait mardi le site Politico.


Une surprise n'est bien sûr jamais exclue, mais le problème est moins dans la stabilité du pouvoir de Theresa May que dans la survie du parti conservateur, déjà étrillé lors des dernières élections alors que les électeurs se lassent de lui faire confiance pour de bien maigres résultats.

Suivant leur précédent leader David Cameron, la plupart des élus conservateurs se sont opposés au Brexit, affichant au final leur rupture avec la base du parti et la majorité du peuple britannique. Cette fracture entre la base et les élites épuise le peuple anglais, qui estimait dans un sondage effectué la semaine dernière, donc avant les démissions évoquées ici, que le Brexit se passait "mal" ou "très mal" à 64%, et à 68% que le gouvernement de Londres était à blâmer pour cette situation - bien loin des 37% allouant la responsabilité à l'UE, aux politiciens pro- ou anti- Brexit, ou aux médias.

Les atermoiements stratégiques de Theresa May, la valse-hésitation sur la conduite à tenir face à Bruxelles et les divisions internes du gouvernement laissent présager du pire pour le au camp conservateur - pendant qu'avec le soft Brexit, au lieu d'indépendance, le Royaume-Uni s'apprête résolument à n'être qu'un vassal de l'Union Européenne.

07 juillet 2018

Bébé décapité en public en Allemagne

L'histoire remonte au mois d'avril, mais la vérité n'émerge que maintenant.

Allemagne – Jeudi, sur le quai du RER de la gare Jungfernstieg à Hambourg, Mourtala M., un « réfugié » nigérien, a mortellement poignardé son épouse, une Allemande de 34 ans, et leur enfant âgé d’un an à peine.

Cet immigré africain serait arrivé en Allemagne en 2013, après avoir débarqué à Lampedusa. Il avait été accueilli dans l’église Saint-Paul de Hambourg où l’on suit à la lettre les directives immigrationnistes du pape François.

L’immigré infanticide a été arrêté par la police et incarcéré.

 
Voilà comment l'information fut présentée en France. Elle fut aussi transmise en Suisse, en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud et naturellement aux États-Unis. En Français, seule une publication moins "mainstream" se permit de rentrer dans quelques détails du mode opératoire:

Jeudi 12 avril à Hambourg en Allemagne. Plusieurs dizaines de passagers attendent leur train à Jungfernstieg, une station de métro du centre-ville, quand soudain vers 10h30, une scène d’horreur se déroule sous leurs yeux. Un homme d’une trentaine d’années s’approche d’une mère de famille et de sa fille de 1 an. Il sort un énorme couteau de cuisine puis les poignarde toutes les deux. Sauvagement.

La police et les pompiers arrivent sur place très rapidement. Pour la petite fille, hélas, il est déjà trop tard. Elle succombe à ses blessures sur le quai de la gare. La mère, quant à elle, parvient à être réanimée mais elle mourra finalement à l’hôpital…

“Il les a clairement visées et ne leur a laissé aucune chance”, précise aujourd’hui Timo Zill, porte-parole de la police de Hambourg. D’après les déclarations de cet officier, le tueur, originaire du Niger en Afrique, était l’ex-mari de la jeune femme, une allemande de 34 ans. Il était aussi le père de l’enfant. (...)


Quelques termes manquent de ces descriptions:

  • "Bébé". Les médias préfèrent pudiquement évoquer un "enfant âgé d'un an" pour diminuer la perception d'horreur par le public, mais on parle d'une fille de un an, c'est-à-dire d'un bébé.
  • "Décapitation". Parce que l'assassin a bel et bien décapité l'enfant et ne l'a pas seulement poignardé.

Nous le savons à travers des témoignages concordants et parce que désormais des images du crime, commis en plein jour et en pleine foule, circulent. Un citoyen ghanéen, Daniel J., chanteur de gospel dans une église évangélique de Hambourg présent sur le quai à ce moment-là eut la présence d'esprit de filmer. Je vous déconseille d'aller voir.

Mourtala Madou, immigrant illégal du Niger âgé de 33 ans, n'a laissé aucune chance à son ex-petite amie, Sandra P, et leur fille Miriam âgée d'un an. Les médias ne rapportent pas que le premier enfant de la victime, âgé de 3 ans, était lui aussi sur les lieux et vit sa mère et sa sœur assassinées juste devant lui. Ils précisent pudiquement que les coups de couteau étaient "précis". L'assassin a commencé par s'enfuir de la scène de crime ; il n'appela la police pour se rendre que plus tard. Il aurait agi "par colère et esprit de revanche" car une cour de justice lui aurait dénié la veille la garde jointe de sa fille.

En réalité, Madou aurait menacé de s'en prendre à Sandra P. et au bébé depuis des mois. Un inspecteur expliqua aux journalistes que la police avait lancé une enquête mais avait conclu que les "menaces n'étaient pas crédibles" et abandonna les charges. Un an et demi plus tôt, en Octobre 2017, un juge mit fin à une ordonnance restrictive que Sandra P. avait obtenue deux mois auparavant en estimant qu'il ne voyait "aucune preuve" que Madou la menaçait. C'est en même temps que les menaces de Madou se firent plus précises et qu'il annonça clairement: "je vais tuer notre fille, et après ce sera ton tour!"

Or, et c'est là que les choses deviennent instructives, les autorités allemandes font de gros efforts pour supprimer toute trace de cette vidéo du témoin et tous les articles qui l'évoquent, ou qui évoquent le crime lui-même.allemagne,immigration,islam,violence

Voilà pourquoi de nombreux liens fournis dans ce billet pointent vers des archives plutôt que les sites eux-mêmes, où l'information est rapidement purgée. On ne s'étonnera pas que les autorités allemandes essayent de taire la vérité, comme en Suisse d'ailleurs, mais les moyens déployés pour atteindre l'objectif montrent les priorités des pouvoirs publics:

Heinrich Kordewiner, un blogueur de Hambourg qui découvrit la vidéo de Daniel J. sur sa page Facebook, la mit en ligne sur YouTube. Quelques jours plus tard, une équipe d'inspecteurs et d'officier de la cyber-police de Hambourg arriva à l'appartement de Kordewiner avec un mandat de perquisition. Les agents confisquèrent son ordinateur, son téléphone mobile et d'autres appareils électroniques, dans le but avoué de trouver des "preuves" de son "crime". Celui dont il était et dont il est toujours accusé: avoir mis en ligne la vidéo.

Kordewiner et son colocataire racontèrent le raid à Gatestone, qui eut lieu à 6h45 du matin. Alors qu'ils refusèrent d'ouvrir la porte, la police l'enfonça - et lança ses recherches jusque dans la chambre du colocataire, qui n'était même pas concerné par le mandat de perquisition. "L'officier de police dit qu'il pouvaient aussi chercher des cartes SD", raconte le colocataire. "Alors qu'il renversait mes livres des étagères, il sous-entendit qu'il avait le droit de mettre sens dessus dessous l'appartement tout entier. Il m'intima de rester tranquille."


Comme toujours et partout dans les affaires de censure, celle-ci finit par avoir un effet complètement opposé à son objectif initial.

Kordewiner fut mis en accusation pour avoir "envahi la sphère privée" de la victime de l'assassin, en vertu du paragraphe 201a du code pénal allemand, voté en 2015. La législation de censure d'Internet fut poussée par le Ministre de la Justice d'alors, le social-démocrate Heiko Maas - aujourd'hui Ministre des Affaires Étrangères dans le gouvernement Merkel - soi-disant au nom de la protection des victimes d'accident de la route contre d'éventuels voyeurs.

Même alors, la loi controversée fut longuement débattue en 2014 et dénoncée par des associations de journalistes comme mettant en danger la liberté de la presse. Le raid contre Kordewiner fut justifié par une "atteinte à la vie privée" mais cet angle d'attaque est extrêmement faible. Seul le pied de la victime peut être aperçu dans la vidéo, et seulement pendant un bref instant. Comme le quotidien Hamburger Abendblatt le fit remarquer, la prise de vue est "floue, prise à distance et ne permet pas l'identification de qui que ce soit." Pendant ce temps, le journal Die Welt mit en ligne une vidéo montrant un gros plan du corps de la victime - sans rencontrer la moindre réaction des pouvoirs publics. La seule différence entre les deux vidéos est l'évocation d'une décapitation en commentaire sur celle de Daniel J.

De ce point de vue, la prétendue "atteinte à la vie privée" résonne comme un prétexte.

Les pouvoirs publics allemands font de leur mieux pour cacher la décapitation du bébé au grand public. La procureure d'État Nana Frombach évoque une simple "rumeur". Tout au plus admit-elle que le bébé avait subi "de graves blessures au cou". Nana Frombach dépend de l'autorité du gouvernement de Hambourg, une coalition d'écologistes alliés à des socio-démocrates. Le Ministre de la Justice local, Till Steffen, est membre des Verts. En 2016, il empêcha la police de diffuser des photos d'Anis Amri, conducteur responsable de l'attentat au camion de Berlin, alors qu'il était en fuite, craignant que la diffusion des images du suspect n'alimente des "réactions racistes."

Malheureusement pour ces gens, le récit de ce qui s'est passé est dans un document officiel public - le mandat de perquisition utilisé pour forcer et fouiller l'appartement d'Heinrich Kordewiner. Le document, dont Kordewiner reçut une copie, mentionne que Madou "voulait punir la mère de l'enfant" et "faire respecter ses prétentions de pouvoir et de possession." Avec "l'intention de tuer", Madou prit "soudainement" un couteau du sac-à-dos qu'il transportait, puis "poignarda l'enfant dans le ventre et ensuite trancha presque entièrement son cou." Et depuis quelques jours, cette affaire - qui remonte à avril de cette année - est en train de devenir virale.

Pourquoi ne pas mentionner la décapitation? Chacun aura sa propre idée des raisons de cette censure. Mais il est clair que les autorités allemandes disposent désormais d'un vaste arsenal de mesures juridiques pour empêcher toute diffusion d'une vérité dérangeante et n'hésitent pas à s'en servir - au point que certains se demandent s'il est encore possible de rendre compte correctement du prochain attentat islamiste commis en Allemagne. Comment publier la moindre image des victimes, même impossibles à identifier, si ces diffusions suffisent à constituer autant "d'atteintes à la vie privée" ?

Pour le quotidien régional Hamburger Abendblatt, ce double meurtre est un crime passionnel qui n'a pas le moindre intérêt particulier pour le grand public.

Dans la future Allemagne radieuse d'Angela Wir schaffen das! Merkel, il ne faudra pas longtemps avant que les témoins d'une décapitation publique ne soient tous déportés, hurlants, dans les geôles du Ministère de l'Amour de 1984.

04 juillet 2018

Pologne: les juges rouges s'accrochent

Ne comptez pas sur les médias pour raconter avec un minimum d'honnêteté ce qui se déroule en Pologne.

Prenons par exemple un article de France24:

La Commission européenne a lancé, lundi 2 juillet, une nouvelle procédure d'infraction contre la Pologne, visant cette fois à "protéger l'indépendance de la Cour Suprême" polonaise. Ce recours européen intervient à la veille de l'application d'une réforme controversée.

L'exécutif européen estime que les modifications apportées par la Pologne au fonctionnement de sa Cour Suprême portent atteinte à l'indépendance de cette instance et la primauté du droit. La Commission a souligné le "manque de progrès" dans le dialogue déjà entamé sur le sujet dans le cadre de la procédure en cours contre Varsovie sur la question plus générale du respect de l'État de droit, et a donc décidé "aujourd'hui de lancer la procédure d'infraction de toute urgence", a expliqué un porte-parole de l'institution.(...)

La nouvelle loi polonaise prévoit que le mandat d'un tiers des juges (27 sur 72) de la Cour Suprême, âgés de plus de 65 ans, expire mardi. Or, la Commission estime que la nouvelle législation "sape le principe de l'indépendance judiciaire, notamment l'inamovibilité des juges" et donc que la Pologne ne répond pas aux obligations des traités européens, est-il expliqué dans un communiqué.


Dans un autre article, le même média explique que "Varsovie mène depuis plusieurs mois des réformes controversées, visant à accroître le contrôle de l'exécutif sur le pouvoir judiciaire."

Le décor est planté:

  • d'un côté le diabolique gouvernement polonais aux accents totalitaires - n'est-il pas de droite, pour commencer? Il veut faire "main basse" sur la pouvoir judiciaire incarné par la Cour Suprême polonaise pour d'inexprimables raisons, et ne comptons pas sur les journalistes pour en rendre compte ;

  • de l'autre, les gentils juges de la Cour Suprême polonaise qui se défendent avec courage et du mieux qu'ils peuvent contre l'odieux gouvernement. Ils sont aidés en cela par les vaillants et vigilants cerbères de l'Union Européenne, toujours à l'affut des dérives autoritaristes qui pourraient germer dans un des États membres.

Il ne reste plus qu'à jouer la pièce où, on l'espère, les gentils triompheront des méchants.

Évidemment, dans la réalité, la situation est toute autre. Commençons par nous attarder - ou, pour la plupart d'entre vous, découvrons - quelle est cette fameuse réforme et pourquoi elle survient.

Pourquoi cette réforme?

Les autorités polonaises ne font pas vraiment mystère de leurs motivations devant les journalistes et même les officiels de l'Union Européenne, mais, bizarrement, leurs propos ne finissent quasiment jamais dans les pages des journaux.

Les dirigeants de la Pologne n'avancent même pas masqués. La Pologne est un pays libre. Le gouvernement polonais de droite, du parti "Droit et Justice", a été porté au pouvoir de façon tout à fait démocratique. Il a fait notamment fait campagne sur sa volonté de réformer le fonctionnement de la Cour Suprême, de la façon dont elle se concrétise aujourd'hui.

La réforme de la Cour Suprême était un élément central du programme "Ne Plus S'agenouiller" de Droit et Justice. M. Kaczynski, chef du parti et principal artisan de la réforme, était au pouvoir de 2005 à 2007. Pendant cette période, de nombreuses réformes législatives dûment approuvées par l'assemblée furent bloquées par les juges de la Cour Suprême, sans aucun journaliste occidental pour protester contre les abus de pouvoir des juges. Il en vint à réaliser que la transition démocratique commencée en 1989 était pervertie parce que de nombreux anciens apparatchiks, amis ou alliés des communistes étaient encore profondément enkystés dans tous les rouages de l'État. Il n'y eut pas de Procès de Nuremberg en Pologne, mais pas même d'éviction des institutions des communistes qui s'y réfugiaient - parmi lesquelles la Cour Suprême.

Les élus de Droit et Justice commencèrent par rénover le Tribunal Constitutionnel, qui décide si la conformité des lois et des traités vis-à-vis de la Constitution, en associant à ses quinze membres élus individuellement par la Diète un mandat unique non renouvelable de neuf ans. Une fois ce Tribunal revenu dans le giron de l'État, ils passèrent une série de mesures visant à continuer la décommunisation du reste du système judiciaire polonais, affectant ensuite la Cour Suprême et demandant la mise à la retraite des juges les plus âgés. Mais cette fois-ci ils trouvèrent sur leur chemin l'opposition pro-communiste, évidemment alliée à l'Union Européenne où la gauche internationale trouve toujours des appuis.

Lorsque le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki s'exprima aujourd'hui devant les eurodéputés à Strasbourg, il rappela que son pays luttait "encore contre le post-communisme" avec sa réforme du système judiciaire. Faisant référence au coup de force du général Jaruzelski contre Solidarnosc en 1981, il lança:

"Savez-vous que des juges du temps de l’état de siège, qui avaient prononcé des sentences honteuses, sont aujourd’hui à la Cour Suprême que vous défendez?"


Mais les eurodéputés le savent bien - c'est même pour cela qu'ils les défendent!

La politisation de la justice

Il existe plusieurs sources de loi - les productions du pouvoir législatif, dont c'est la finalité, mais aussi la jurisprudence issue de la confrontation entre la loi et les innombrables cas particuliers rencontrés au cours des procès. C'est pour cela qu'on explique que "le Droit se découvre".

Hormis quelques exceptions, la gauche et la droite ont en général des points de vue et des attitudes antagonistes quant au fonctionnement des institutions. Pour la droite, les institutions doivent répondre aux besoins qui les ont rendues nécessaires. Pour la gauche, les institutions sont des outils au service de leur idéologie.

C'est pour cela par exemple que le prétendu déséquilibre entre "conservateurs" et "progressistes" au sein de la Cour Suprême américaine n'est une vision déformée de la réalité présentée par les médias. Il n'y a pas de "conservateurs" et de "progressistes", il y a des "juges classiques" d'un côté et des "militants de gauche" de l'autre. Leurs natures respectives sont différentes. Les "juges classiques" font le job qu'on attend d'eux dans le poste qui est le leur au sein de la Cour Suprême: ils décident de la conformité des lois avec la Constitution selon la volonté exprimée dans celle-ci de limiter les pouvoirs de l'État à des tâches précises. Les "militants de gauche" eux utilisent leurs prérogatives pour appuyer toute loi venant du camp démocrate et tenter de contrecarrer toute loi venant du camp républicain, point final. Pour eux la Constitution n'est qu'un vieux morceau de papier sans intérêt.

Cette division entre "juges classiques" d'un côté et "militants de gauche" de l'autre se répète peu ou prou dans tous les pays, la Pologne comme les autres.

L'absurde combat de la Cour Suprême polonaise

En défiant la réforme comme le fit aujourd'hui l'ex-présidente de la Cour Suprême polonaise Malgorzata Gersdorf en venant quand même à son bureau, les magistrats polonais se mettent dans la situation ubuesque d'enfreindre la loi qu'ils sont chargés de faire respecter. Ils se justifient - et s'absolvent - au nom de leur conception de la justice, expliquant que la nouvelle loi est "inconstitutionnelle". Ce n'est pas de la justice, juste un abus de pouvoir visant à plier la réalité à leur volonté.

Outre qu'ils outrepassent ainsi leurs compétences - la Pologne dispose d'un Tribunal Constitutionnel chargé de statuer sur ces questions, comme nous l'avons évoqué - ils se mettent en porte-à-faux avec les pouvoirs exécutifs et législatifs de l'État polonais.

Les trois pouvoirs, exécutifs, législatifs et judiciaires sont séparés mais jamais indépendants les uns des autres. Ils se surveillent et se contrôlent mutuellement. Les juges ne peuvent pas ignorer la loi rédigée par les députés, et les élus du gouvernement doivent pouvoir être poursuivis pour des méfaits commis dans le cadre de leur mandat, comme de la corruption.

La Cour Suprême polonaise est otage d'une coterie communiste indéboulonnable qui fut placée là avant même l'effondrement du Mur de Berlin. Même les juges qui furent nommés après l'émergence de la démocratie furent cooptés au sein de cette communauté idéologique, étant entendu qu'un juge nommé à la Cour Suprême était auparavant membre d'une Cour moins élevée mais appartenant tout de même au sérail. Comme dans d'autres institutions (à l'instar de l'Université ou des écoles de journalisme) la gauche verrouille les systèmes pour y perpétuer sa mainmise même quand les vents sont contraires.

Le gouvernement de Morawiecki trouva une réponse particulièrement habile pour faire sauter le verrou, d'autant plus que l'âge de la retraite a été abaissé pour tous les Polonais. La rage des militants pro-communistes est à la hauteur de leur impuissance, car il n'y a rien d'absurde à changer la limite d'âge supérieure pour exercer. Les juges suisses du Tribunal Fédéral helvétique sont soumis à un mandat renouvelable de 6 ans, mais ne peuvent exercer au-delà de 68 ans. Qui viendrait manifester à Berne ou à Bruxelles en disant qu'il s'agit d'une odieuse mainmise du gouvernement sur le pouvoir judiciaire?

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Malgorzata Gersdorf, 66 ans cette année.

De même, les nouveaux juges sont nommés par le gouvernement en place et approuvés par l'assemblée - comme dans d'innombrables pays comme la Suisse ou les États-Unis. Le seul moyen de faire pencher en profondeur l'équilibre idéologique de la justice consiste à gagner les élections pour disposer des deux autres pouvoirs, sur la durée.

En refusant de se soumettre à la loi, les juges de la Cour Suprême polonaise et leur ex-présidente Malgorzata Gersdorf ne font rien d'autre que clamer à la face du monde que le pouvoir dont ils disposent devrait résider dans leurs seules mains et s'y perpétuer, sans rendre de compte à personne, comme une caste d'inspiration divine.

Si quelqu'un trahit l'état de droit en Pologne ce n'est pas le gouvernement, mais bien ces gens-là.

01 juillet 2018

Angela Merkel perd (presque) son ministre de la CSU

Avec la démission de son Ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, la CSU est sur le point de quitter la coalition gouvernementale et le poste de la Chancelière ne tient plus qu'à un fil.

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Horst Seehofer et Angela Merkel au temps de l'insouciance migratoire, en 2008

Je reconnais mes erreurs: je pensais que Mme Merkel serait éliminée en novembre déjà. L'échec des pourparlers de coalition avec tous les partenaires envisageables - c'est-à-dire à peu près tous sauf l'Alternative pour l'Allemagne et sa politique anti-immigration illégale, ce qui en dit long sur les lignes idéologiques infranchissables pour la politicienne - devait annoncer sa fin, mais elle parvint in-extremis à ressortir une "grosse coalition" avec la gauche allemande. Les socialistes avaient bien annoncé leur volonté d'être dans l'opposition mais la soupe du pouvoir s'avéra finalement trop bonne.

C'est finalement sur son aile droite que la coalition s'est désagrégée au bout de trois mois. La crise couvait entre la CSU bavaroise de Horst Seehofer et la CDU de la Chancelière, et le poste de Ministre de l'intérieur offert au chef du parti pour l'acheter ne suffit pas à l'éteindre. "Je ne peux plus travailler avec cette femme", aurait confié M. Seehofer à des proches, selon le quotidien Die Welt.

Horst Seehofer serait-il le héros courageux résistant à la corruption idéologique de Berlin au nom du peuple bavarois? Si l'on en croit l'un des nombreux portraits dressés ces derniers jours par les médias (qui savent sentir le vent tourner mieux que personne) on pourrait s'en convaincre:

Le ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer a pris la tête d'une croisade contre la chancelière sur l'immigration et pour la défense des intérêts nationaux sur le mode "l'Allemagne d'abord". (...)

Quelles sont les motivations du ministre? Une partie des réponses sont à trouver dans les origines de cet homme de 68 ans, aux racines profondément ancrées dans "l'Etat libre de Bavière", le nom officiel de ce Land qui s'est toujours rêvé un destin à part dans l'histoire allemande.

Aimant régulièrement porter la culotte de cuir traditionnelle bavaroise, ce catholique convaincu est né et a grandi à Ingolstadt, fief de Audi, située entre Munich et Nuremberg. Issu d'un milieu modeste, M. Seehofer, qui se targue de ne pas avoir obtenu son baccalauréat, a néanmoins toujours partagé sa carrière entre sa région fétiche et Berlin: député pendant 28 ans puis ministre-président de Bavière de 2008 à mars 2018, il avait fait son entrée au gouvernement sous Helmut Kohl en tant que ministre de la Santé (1992-1998) puis comme ministre de l'Agriculture (2005-2008) sous Mme Merkel.

Pourtant, sa carrière aurait pu tourner court en 2002. En soins intensifs pendant plusieurs semaines en raison d'une myocardie, il s'en sort avec seulement un coeur affaibli. Les médecins lui suggèrent alors d'arrêter la politique.

La contestation du cap d'Angela Merkel sur les migrants - alors que la CSU et la CDU sont en principe des partis alliés - lui a redonné depuis trois ans une seconde jeunesse. (...)

Le quotidien Tagesspiegel [résume une forme de révolution nationale en Allemagne aux accents trumpiens et en rupture avec l'héritage pro-européen d'après-guerre] ainsi: "L'Allemagne d'abord, l'Europe en deuxième".


La réalité est pourtant un peu plus nuancée que cela. Certes, Horst Seehofer pense sans doute à la Bavière, en première ligne de l'invasion migratoire subie par le pays depuis des années et de façon particulièrement intense depuis 2015, et on peut porter sa démission au crédit de ses convictions. Mais il y a davantage.

En point de mire de l'ex-Ministre se trouve la mainmise totale de la CSU sur le Land allemand.

La CSU dirige de façon ininterrompue la Bavière depuis 1957 - on dressera un intéressant parallèle avec notre PDC valaisan - mais le parti perd progressivement des plumes. Les législatives de septembre dernier représentèrent un score historiquement mauvais pour le parti, avec seulement 38% des voix.

Or, les élections régionales prévues pour octobre 2018 laissent entrevoir un nouveau mauvais résultat, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) le grignotant petit à petit. Avec 40% d'intentions de vote - pour l'instant - la CSU perdrait déjà la majorité absolue, et avec elle sa mainmise historique sur la région.

Cette mainmise lasse les électeurs eux-mêmes. Un sondage de Forsa du 29 juin montra que 54% des électeurs bavarois de la CSU souhaiteraient voter pour la CDU si elle était implantée dans la région (suite à des accords nationaux, la CSU dispose seule de la Bavière, la CDU étant représentée dans tous les autres Länder). Une liste théorique de la CDU en Bavière pourrait donc emporter jusqu'à 33% des suffrages. Plus d'un tiers des Bavarois avouèrent que la domination de la CSU sur leur région était le plus gros problème local, encore plus que le nombre de ceux pointant du doigt l'afflux de réfugiés.

Lorsque Horst Seehofer déclencha une polémique juste après sa nomination en assurant que "l'Islam n'appartient pas à l'Allemagne", ou lorsqu'il réclama le refoulement systématique aux frontières de l'Allemagne des immigrés clandestins déjà enregistré auprès d'un autre pays dans la base de données européenne, il se pourrait qu'il ait eu à l'esprit plus de préoccupations électoralistes pour la CSU qu'il dirigeait depuis 2008 que la volonté de réellement changer les choses. Son intransigeance pourrait relever de la manœuvre, mais la progression fulgurante de l'AfD sur ces terres montre que les citoyens lui font peu confiance.

Dans ce contexte, la démission de M. Seehofer de son poste de ministre et de celui de président de parti pourrait s'apparenter à un ultime coup de poker pour sauver le plus important, la CSU bavaroise. Il n'est pas sûr que la manœuvre réussisse.

Ainsi, la fin de la coalition historique entre la CDU et la CSU n'est pas entérinée. Horst Seehofer a démissionné et n'a pas mis à exécution sa menace d'un projet de renvoi unilatéral des migrants à la frontière bavaroise ; il n'a donc pas été limogé par Angela Merkel. Cela préserve donc "officiellement" le rôle de la CSU comme partenaire de coalition. Mais dans cet enchaînement d'intrigues on voit mal comment la CSU et la CDU pourraient continuer à marcher ensemble. La Chancelière ne semble que très mollement décidée à durcir le ton sur la question du contrôle des frontières et des mouvements de migrants à l'intérieur de l'UE.

Le coup suivant appartient donc à Angela Merkel, au pied du mur.

Si la Chancelière chute, les couteaux seront désormais tirés - la création d'une section bavaroise de la CDU et de sections de la CSU hors Bavière pourraient se produire, dynamitant le centre-droit allemand dans le prétendu "pays du consensus". Ce n'est que de la politique-fiction à ce stade, mais la démission de M. Seehofer est bien réelle. Elle rebat les cartes du pouvoir à Berlin et change l'équilibre des forces autour de la question migratoire dans l'Europe entière, pendant que le gouvernement Merkel vacille encore davantage.

Mise à jour (2 juillet): la relecture de cet article ce lundi, alors qu'il a été écrit dimanche soir peu avant minuit, interpelle. Alors qu'il devait s'exprimer dimanche "dans la journée", puis "à 21h", c'est finalement après 23h que Horst Seehofer annonça sa "démission" suite à des discussions de dix heures (!) à l'interne de la CSU.

Les détails filtrèrent petit à petit. Détail troublant, alors que "l'ultimatum" avait expiré depuis longtemps, on passa d'une décision unilatérale de fermeture des frontières extérieures de la Bavière aux migrants qui aurait provoqué l'éclatement de la coalition au pouvoir, à une simple démission la préservant, et Horst Seehofer aurait aussi démissionné de la présidence de la CSU.

Lundi matin, la fermeté affichée par le politicien bavarois vire à l'eau de boudin. Bien que désignant Mme Merkel comme le "principal obstacle" à une politique migratoire décente (M. Seehofer ne proposait rien de plus que d'appliquer les Accords de Dublin, quel extrémisme!) son opposition frontale à la Chancelière finit de se diluer dans des stratégies politiciennes assez minables:

Le ministre allemand de l’Intérieur a évoqué trois scénarios. Devant les cadres de son mouvement, il a indiqué qu’il pouvait soit céder à la chancelière et rentrer dans le rang, soit passer outre les objections d’Angela Merkel et imposer de son propre chef les refoulements aux frontières – ce qui entraînerait son limogeage et l’éclatement du gouvernement de coalition – ou enfin démissionner de son poste.


La discussion avec les cadres de la CSU a tempéré les ardeurs du cheval emballé. La CSU prend peur à l'idée d'être responsable de la chute du gouvernement Merkel, tout en admettant qu'elle est un obstacle à la politique cohérente qu'elle réclame. Au pied du mur, elle choisit la soumission - en donnant encore trois jours à la Chancelière, sait-on jamais. La realpolitik revient sur le devant de la scène puissance dix. Le spectacle ridicule est peu goûté par le public, qui n'est pas dupe:

Face à une crise dont l'épilogue est sans cesse repoussé, le site du magazine de référence Der Spiegel se montre acide : "il démissionne, il ne démissionne pas... La dispute entre la chancelière Merkel et son ministre de l'Intérieur devient toujours plus absurde". (...) [Les] intentions de vote pour la CSU en vue d'élections régionales à l'automne en Bavière continuent de baisser au profit de l'extrême droite.


L'Allemagne navigue donc à l'aveuglette mais Horst Seehofer vient clairement de rater sa sortie. Pour la démonstration de la combativité et de l'intransigeance de la CSU sensée détourner l'électorat de voter pour l'AfD, l'échec est total. Rien n'est encore joué dans un sens ni dans l'autre mais on peut être sûr que la CSU se prépare à une débâcle historique dans son fief bavarois en Octobre. Quant à Mme Merkel, elle s'accroche encore et toujours au pouvoir, jusqu'à la prochaine crise...

Mise à jour (2 juillet au soir): la pantalonnade arrive à son terme, le Horst Seehofer et Angela Merkel étant comme par hasard parvenus à un accord de dernière minute:

Le compromis trouvé prévoit qu'à l'avenir les demandeurs d'asile arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans d'autres pays de l'UE, soient conduits dans des "centres de transit" directement à la frontière, et non plus répartis dans des foyers dans l'ensemble du pays. Une fois leurs dossiers examinés, ils seront depuis ces centres - où ils seront tenus de rester - renvoyés dans les pays de l'UE d'où ils viennent. Toutefois ces retours devront être organisés dans le cadre d'accords administratifs conclus avec les pays concernés.


Donc voilà, l'Allemagne va de nouveau appliquer les Accords de Dublin, incroyable. Mais l'existence de centres surveillés à la frontière implique qu'il va de nouveau falloir surveiller ladite frontière et construire lesdits centres. Et le troisième partenaire de la coalition gouvernementale, le parti social-démocrate SPD, doit encore dire s'il accepte les termes de cet accord. La tragicomédie germanique continue donc.

26 juin 2018

L'Europe coule en un mois

La crise des migrants précipite l'effondrement de l'Union Européenne, et celui-ci va s'accélérant.

Las! Ceux qui pensaient que l'UE s'écroulerait sous le poids de la dette publique, du tiraillement économique autour de l'Euro entre les pays du Nord et du Sud, ou des suites du divorce mal fagoté du Brexit, se trompaient tous - et moi le premier. Le caillou qui aura fait trébucher l'éléphant est la crise des migrants.

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Rappelons-le, la "crise des migrants" est une pure invention des pouvoirs politiques de l'Union Européenne et de leurs mentors universalistes de l'ONU. La guerre en Syrie en 2015 est devenue le prétexte d'une invasion du continent à une échelle inégalée dans l'Histoire - des gens qui n'ont pour la plupart jamais vu la Syrie, jamais fui une guerre, et qui ne souffrent même pas de la pauvreté.

La "crise des migrants" est le nom donné à l'abandon de toute politique migratoire organisée. Tous les traités internationaux, toutes les directives, toutes les organisations, contrôles, droits et devoirs liés à la protection des frontières disparaissent, et ce, à l'échelle continentale. Suivant l'appel de la Chancelière allemande Angela Merkel, des hordes se sont mises en marche en direction de l'Allemagne - et parfois au-delà, envahissant l'Europe par le Sud. Elles furent bien aidées, et le sont encore, par des ONG dont personne ne questionne l'origine des fonds, et la bureaucratie mondiale qui associe l'idéologie universaliste la plus aveugle à la haine la plus crasse de l'Occident, de ses richesses et de sa paix.

La pièce est jouée désormais, et nombre de peuples européens - notamment les Allemands, les Suédois, les Italiens ou les Grecs - devront lutter pendant des décennies dans leur propre pays pour en reprendre le contrôle, et simplement survivre aux métastases migratoires qui transforment des enclaves entières de leur territoire en zones de non-droit qui ne dépareilleraient pas dans les banlieues de Mogadiscio. Les Allemands qui trouvaient leur vie monotone et ennuyeuse, les Suédoises qui discutaient du sens de la vie vont pouvoir vibrer de l'expérience vivifiante de la survie dans les zones du tiers-monde qui s'étalent désormais à quelques stations de métro de leur domicile - et entretenues avec leurs impôts par-dessus le marché.

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Les sujets d'inquiétude des populations d'Europe

S'il fallait donner un nom à cette folie, ce serait l'Aquarius - le bateau-passeur de Médecins sans frontières et de SOS Méditerranée. L'Aquarius quitta son port européen début juin pour faire un ramassage de migrants à la limite des eaux territoriales libyennes selon un schéma bien rôdé. Les passeurs remorquent à quelques distances des côtes des embarcations de fortune sans moteur et abandonnent leur cargaison flottante, quelques centaines d'immigrants qui ont payé leur ticket pour l'eldorado européen, puis préviennent les "secours" selon des codes convenus. Le ballet des navires de ramassage s'ensuit. On prend les photos de tous ces gens installés avec leurs gilets de sauvetage dans une embarcation visiblement en panne (s'il venait à quiconque l'idée saugrenue de contester le danger immédiat dans lequel se trouvent les "naufragés") et ramène tout le monde à bord. Puis, voyage de quelques jours vers le nord entre cafés, photo-souvenirs et sourires pris depuis les couvertures, débarquement, rechargement de vivres et nouveau départ.

Des dizaines de milliers de migrants sont venus en Europe par ce chemin. Les navires des ONG - Aquarius, Lifeline, Sea-Watch, Open Arms - se font concurrence entre eux pour ramasser tout le monde. Mais ce que nul n'avait prévu lors du dernier voyage, c'est que l'Italie aurait changé de gouvernement.

Une dépêche de l'AFP tente de donner une chronologie de "deux semaines de tension grandissante en Europe", mais il s'agit de bien davantage - le craquement sinistre et final de la coque.

Dans la nuit du 9 au 10 juin, l'ONG française "SOS Méditerranée" recueille 630 migrants sur son bateau l'Aquarius (...). Le navire, arrêté entre Malte et l'Italie, attend des instructions pour débarquer dans "un port sûr".

Le 10 juin, l'Italie annonce fermer ses ports, une décision sans précédent du nouveau ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, chef de la formation d'extrême droite La Ligue. Malte refuse également l'accès de ses côtes au bateau.

Le 11 juin, le nouveau président du gouvernement espagnol, le social-démocrate Pedro Sanchez, propose le port de Valence à l'Aquarius. Le bateau refuse d'abord d'entreprendre un voyage de quatre jours vers l'Espagne, à cause d'un manque d'essence, de vivres et de mauvaises conditions climatiques. Le lendemain, l'Italie décide de dépêcher deux navires pour transborder des rescapés et accompagner l'Aquarius vers Valence.

Critiqué pour son inaction, le président français Emmanuel Macron dénonce la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien". Rome refuse les "leçons hypocrites" de Paris. Une rencontre entre le président français et le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte le 15 juin est toutefois maintenue.

Le 16 juin, l'Espagne accepte l'offre française d'accueillir une partie des migrants de l'Aquarius, qui arrive à Valence le lendemain.

Le 18 juin, l'aile la plus à droite de la coalition au pouvoir en Allemagne, lance à Angela Merkel un ultimatum de deux semaines pour une solution européenne au défi migratoire, cinq jours après la création d'un "axe" contre l'immigration clandestine par les ministres de l'Intérieur italien, autrichien et allemand.

C'est un coup dur pour la chancelière allemande Angela Merkel, chahutée dans son pays pour sa politique d'asile jugée trop généreuse et qui voit menacé le fragile équilibre de sa coalition.

La CSU du ministre de l'Intérieur Horst Seehofer veut, sauf accord européen au sommet des 28 et 29 juin, refouler aux frontières les demandeurs d'asile enregistrés dans un autre pays de l'UE, le plus souvent l'Italie ou la Grèce, soit la quasi-totalité d'entre eux.

Le 21 juin, l'Italie menace de mettre sous séquestre deux navires d'ONG allemandes pour vérifier la correspondance entre leur pavillon néerlandais et leur nationalité. Il s'agit notamment du navire Lifeline, qui a secouru plus de 230 migrants et qui reste depuis bloqué dans les eaux internationales en attente d'une solution.

Le 23 juin, la France et l'Espagne proposent, avec l'appui de Berlin, des "centres fermés" sur les côtes européennes pour gérer les migrants débarquant de Méditerranée. Matteo Salvini dénonce "l'arrogance" du président français.

Le 24 juin, les dirigeants de seize pays se réunissent à Bruxelles pour un mini-sommet sur les questions migratoires, sans aboutir à des mesures concrètes. La réunion est boycottée par le groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie et Pologne), favorable à une ligne dure sur l'immigration.

Pour contourner l'absence de consensus à 28 qui paralyse l'UE, la France et l'Allemagne appellent à des accords à plusieurs pays.

Rome appelle elle à "dépasser" le principe du règlement de Dublin, qui confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile. L'Italie demande aussi des "sanctions financières" contre les pays n'accueillant pas de réfugiés, comme M. Macron la veille.

Le bras de fer se poursuit en Méditerranée. L'ONG espagnole Proactiva dénonce le refus de Rome de laisser son navire Open Arms porter secours à un millier de migrants. Matteo Salvini somme les ONG de rester à l'écart des opérations de secours pour laisser les gardes-côtes libyens s'en charger.

Un porte-conteneur de l'armateur danois Maersk Line est lui bloqué au large de la Sicile avec 108 migrants secourus, dans l'attente d'une réponse de l'Italie.

Le 25 juin, Matteo Salvini, en déplacement à Tripoli, indique que l'Italie soutiendra jeudi lors du sommet de l'UE "la mise en place de centres d'accueil et d'identification (de migrants) au sud de la Libye".


Voilà où nous en sommes.

Les brèches sont devenues des fissures qui sont elles-mêmes devenues des failles, puis des gouffres.

Depuis des mois, les pays de l'Est, du groupe de Višegrad rejoint par l'Autriche, ont fermé les chemins d'accès terrestre vers l'UE. Ils ne veulent pas de l'immigration illégale, ils n'en voulaient pas, ils n'en ont jamais voulu, et ils n'en auront pas - et aucune gesticulation d'aucun bureaucrate de Bruxelles ne pourra rien y changer. Toutes les stratégies parisiano-berlinoises à base de quota ou d'amendes pour désobéissance à des règles de répartition qui n'ont jamais été approuvées par personne sont vouées à l'échec.

Au sud, les cartes sont rebattues. L'Espagne est à gauche mais pas suffisamment pour devenir la terre promise de toute l'Afrique. L'Italie a compris que derrière les beaux discours elle doit assumer, seule, l'invasion migratoire - et elle n'en peut plus. Ses ports sont désormais fermés aux ferries des ONG-passeurs.

L'Europe telle que la rêve encore la gauche qui prétendait dominer le continent n'existe plus que dans deux pays - la France et l'Allemagne. Et encore. En Allemagne, Angela Merkel est en sursis - sa fragile coalition menace d'imploser dès la fin du mois, mettant un terme à sa carrière de politicienne. À supposer qu'elle réussisse à traverser l'épreuve, ce qui l'amènerait à trouver par on ne sait quel miracle un chemin médian entre son ministre bavarois qui ne veut plus d'immigrants illégaux et le gouvernement italien qui veut au contraire se décharger des siens en direction de l'Allemagne, elle finira son mandat dans la fragilité et l'immobilisme. Je pense qu'elle ne tiendra pas l'été.

À Paris, on se complaît comme depuis toujours dans la contradiction: Emmanuel Macron tance et sermonne, se réservant effrontément de suivre les obligations qu'il aimerait imposer aux autres. On gronde l'Italie parce qu'elle n'accepte pas les navires des ONG-passeurs, mais on bloque les hordes dépenaillées de clandestins à la frontière de Vintimille. On pérore sur la responsabilité de tout un chacun devant la crise mais on fait débarquer les nouveaux venus à Barcelone plutôt que Marseille. Comme Matteo Salvini le fait remarquer, "si Orban est méchant, Macron est 15 fois plus méchant" simplement parce que le premier a refusé de prendre 300 migrants alors que le second refuse d'en prendre 9'000 - et critique les autres par-dessus le marché. Les contradictions françaises sont béantes.

Non seulement l'Union Européenne s'est effondrée, mais elle le sait. Les pays ne daignent même plus se déplacer pour des "mini-sommets" ou des réunions de travail, lesquels ne débouchent plus sur le moindre "communiqué commun". Personne n'articule même plus de "consensus" parce qu'il n'y a plus de consensus sur rien.

La fin du mois verra la résurgence d'accords bilatéraux entre pays de l'UE pour régler des questions migratoires - l'approche la plus contradictoire à toute la construction européenne où l'uniformité était l'objectif. L'axe franco-allemand tourne à vide et n'a plus d'alliés. Seuls les journalistes parisiens continuent par habitude de transmettre religieusement les déclarations de Macron comme si elles avaient le moindre poids, alors qu'il n'a plus aucune influence sur la marche du continent.

L'Europe n'a pas disparu, bien sûr. Elle continuera à légiférer sur les sacs poubelles ou le commerce des pailles en plastique, ou à exercer son influence prédatrice sur les pays satellites comme la Suisse. Mais en tant qu'entité politique organisée, elle s'est évaporée comme la rosée du matin au lever du soleil.

Voilà pour une fois des nouvelles réjouissantes.

Mise à jour (29 juin): le sommet a donc eu lieu et a accouché d'un accord "au forceps" dixit les médias. Mais tout est vide. L'accord consiste à dire qu'il faut que les pays se montrent solidaire de la vague migratoire sur une base volontaire - je crois que personne ne peut décemment s'opposer à ça puisque ça n'engage à strictement rien. Mais la politique des quotas tentée en force depuis quatre ans n'est plus à l'ordre du jour, donc victoire des pays de l'Est et de l'Autriche.

Sinon, on propose aussi de créer des camps d'enregistrement, qui ne verront évidemment jamais le jour, ni en UE, ni ailleurs. Le Maroc, la Tunisie et la Libye ont dit non, la France, l'Espagne et l'Italie ont dit non aussi.

Il sera très intéressant de voir comment les donneurs de leçon style Macron continueront à l'ouvrir pour sermonner les autres, dans ces circonstances.

Prochain défi médiatique: les bateaux des ONG-passeurs qui errent, surchargés, en Méditerranée pendant que personne n'en veut.

Mise à jour (1er juillet) : le Ministre de l'intérieur Horst Seehofer, chef de la CSU bavaroise, démissionne du gouvernement Merkel suite à ses désaccords avec la Chancelière sur la gestion de la crise des migrants. Les jours d'Angela Merkel à la tête de l'Allemagne sont comptés.