14 novembre 2011

Le point de non-retour

Version courte: l'Italie est fichue.

Version longue: lisez donc!

Lundi, après une fin de semaine chargée, les marchés réalisent que l'Italie et l'Europe ne sont pas sorties de l'auberge... Etonnant!

La semaine dernière s'était pourtant bien terminée: l'infâme Berlusconi avait gentiment été poussé vers la sortie sous les huées. L'Italie se parerait désormais d'un gouvernement de "techniciens" - et c'est sensé être un compliment.

Pourtant, l'Italie est plus en péril que jamais, comme nous allons voir.

Lorsque Silvio Berlusconi a annoncé sa démission, les taux italiens à 10 ans qui défrayaient la chronique sont redescendus nettement sous la barre des 7%:

Italy_10y.png
Evolution du taux italien sur 10 ans, variation des six derniers mois
Berlusconi s'en va, tout va mieux?

Reste que 6.50% est un taux d'intérêt insupportable pour l'Italie, comme pour tout pays européen perclus de social-démocratie.

Mais entre-temps, que faire lorsqu'on doit emprunter et qu'on est un peu serré aux entournures? On fait comme n'importe quel foyer devant renouveler son hypothèque en période de vaches maigres, on tente de trouver des astuces. Au lieu de se resservir avec une hypothèque "taux fixe dix ans" on essaye d'en prendre une à durée plus courte, cinq ans ou trois ans par exemple, dans l'espoir de payer moins cher...

Le taux à court terme est moins élevé que le taux à long terme, puisque le prêteur se sépare de son capital moins longtemps, et il y a des chances que les taux soient quelque peu redescendus à la prochaine échéance.

C'est ce qu'a tenté l'Italie.

Et elle a échoué. Deux fois. Jeudi dernier et ce lundi.

Jeudi dernier - alors que la démission de M. Berlusconi était déjà acquise - l'Italie a emprunté à un an et a dû payer un taux d'intérêt de plus de 6%:

Les taux d'intérêt des titres à un an émis par le Trésor italien ont atteint jeudi le niveau record de 6,087% et ont donc presque doublé par rapport à la dernière opération similaire datant du 11 octobre, où ils s'étaient inscrits à 3,57%.

 

Ce lundi, rebelote, l'Italie tente l'emprunt à cinq ans et doit là encore payer plus de 6%:

Les taux d'intérêt à cinq ans payés lundi par l'Italie, lors de la première émission de dette après la désignation dimanche de Mario Monti à la tête du gouvernement, ont fortement augmenté à 6,29% contre 5,32% lors de la dernière opération similaire le 13 octobre.

 

Malgré le départ d'un chef d'Etat italien focalisant l'attention, l'apaisement reste très relatif, comme on le voit. Quand on emprunte à un an à 6%, à cinq ans à 6.29% et à dix ans à 6.4%, l'avenir ressemble à un cul-de-sac.

Le technocrate nouvellement promu Mario Monti - Conseiller de Goldman Sachs sur les questions internationales depuis 2005, ces gars-là semblent incontournables - affronte des vents contraires.

Quelle que soit l'échéance choisie, l'Italie semble donc condamnée à payer environ 6% d'intérêt par an pour financer sa dette courante.

A terme, il faudra renouveler des tranches pour 120% du PIB italien - équivalent au "chiffre d'affaire" de l'entreprise Italie (c'est une grossière approximation du rôle de l'Etat dans l'économie, que mes lecteurs libéraux me pardonnent ce raccourci!)

Toutes choses étant égale, il faudrait donc à l'Italie un budget en équilibre et une croissance annuelle de 7.2% pour stabiliser sa dette, si elle lui coûte 6% par an. Pas pour la réduire d'un iota, non: seulement pour la maintenir au niveau actuel, à 120% du PIB, sans qu'elle n'empire sous son propre poids.

Il est vrai que la dette italienne est composée d'en-cours qui n'a pas été contracté avec un taux d'intérêt aussi élevé, heureusement. Mais voyons ce que donne la croissance trimestrielle italienne entre 1996 et aujourd'hui:

croissance_italienne.png
Croissance trimestrielle italienne, de janvier 1996 à novembre 2011.

Ce n'est pas brillant. Depuis quinze ans, l'Italie n'a jamais atteint un niveau de croissance suffisant pour soutenir sa dette au prix auquel elle lui serait facturée aujourd'hui. Elle ne gardait la tête hors de l'eau que parce que les taux étaient plus... Allemands, disons. Mais depuis que la méfiance est revenue dans la zone euro, le noeud coulant des intérêts s'est resserré autour de son cou.

Le budget de l'Etat italien n'est pas équilibré. Pas de beaucoup, mais quand même dans le rouge: chaque année la dette se creuse un peu plus.

Et l'Europe pourrait bien affronter une récession en 2012. C'est-à-dire une croissance négative. La croissance homérique requise pour diminuer la dette italienne tient toujours plus de la chimère: selon le FMI, l'Italie ne dépassera pas 0,6% cette année et 0,3% en 2012.

L'Italie doit renouveler 240 milliards d'euros en 2012. Ce n'est pas la plus grosse année, mais c'est une belle tranche. Souvenons-nous que la dette grecque totale avoisinait les 350 milliards d'euros... La dette italienne se monte à 1900 milliards.

Reste enfin le danger le plus important, le risque politique. Silvio Berlusconi défrayait la chronique avec ses affaires de moeurs, mais s'il passe à la postérité c'est pour avoir été le seul homme politique italien a être parvenu à doter la péninsule d'un gouvernement stable.

Silvio Berlusconi n'a pas creusé la dette italienne; il en a hérité. On peut certainement lui reprocher de ne pas être mieux parvenu à la dompter, mais c'est oublier que le régime italien est notoirement instable et que des réformes trop expéditives auraient forcément fait voler en éclat la coalition sur laquelle reposait son gouvernement.

Mario Monti, qui lui a succédé sous pression des hautes autorités européennes, a été intronisé sur les bases d'une coalition encore plus hétéroclite. Mario Monti n'a même pas été élu par le peuple. Sa légimité est très faible et sa marge de manoeuvre infime, alors même que les réformes à entreprendre sont colossales.

Il ne peut qu'échouer. Ce n'est pas ce que je lui souhaite, mais la froide analyse de la situation.

Quand bien même réussirait-il le tour de force de réformer l'Italie en pleine crise de la dette et avec une assise politique vacillante, il faudrait aussi à l'Italie une forte croissance et une confiance retrouvée pour ne pas sombrer sous l'effet de la dette accumulée.

On veut bien faire preuve d'espoir mais il y a un moment où il faut se rendre à l'évidence: ici, c'est mission impossible.

L'Europe n'a pas fini d'organiser des sommets historiques pour juguler la crise de la dette publique, mais a perdu en chemin une sagesse élémentaire: la confiance ne se décrète pas, elle se mérite. Pour les marchés financiers comme pour le reste.

11 novembre 2011

Flagrant délit de vérité

Panique hier: Standard & Poor's, la plus grande agence de notation mondiale, a envoyé à ses clients une note comme quoi la France avait perdu son triple-A.

En fait non, c'était une bourde:

"Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Crédit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée", indique le communiqué de l'agence. "Ce n'est pas le cas: la note de la République française est inchangée à "AAA"", ajoute-t-il.

 

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé jeudi soir avoir ouvert une enquête après cette diffusion. Le sujet est tellement sensible que les politiciens français ne se calmeront pas sans avoir trouvé des têtes à planter au bout d'une pique.

Ils devraient pourtant éviter de faire trop de scandale autour de cette affaire, parce que dans les faits la France n'est plus AAA - et depuis longtemps. La France paye un taux d'intérêt 1.60% supérieur à l'Allemagne pour emprunter à dix ans, alors que les investisseurs cherchent à placer leur argent en souscrivant aux emprunts de pays réellement sûrs. Les taux allemands ont ainsi baissé de 40% en six mois. Les taux français, eux, sont plus... Divergents.

L'écart entre les deux pays est parlant:

 

Françallemagne.png
Il y a triple-A et triple-A...
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Aujourd'hui, l'Allemagne emprunte à 10 ans avec un taux de 1.79% alors que la France emprunte à 3.39% pour la même durée - soit environ le double.

Les marchés financiers ne considèrent plus la France comme un pays triple-A.

Les investisseurs ne considèrent plus la France comme un pays triple-A.

Mais il ne faut pas le dire - pas tant que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, en tous cas. Parce que les agences de notation sont corrompues jusqu'à la moëlle pour surestimer leurs clients.

S'il fallait une dernière preuve que le non-triple-A de la France est un secret de Polichinelle, c'est que les marchés n'ont même pas réagi face à la vraie-fausse annonce de dégradation de la note. Pas de vent de panique, de bruissements de rumeurs, rien. Business as usual. Il est vrai qu'enfoncer une porte ouverte provoque rarement un effondrement!

Résumons tout cela dans une dépêche telle qu'elle aurait dû apparaître:

PARIS - L'agence de notation Standard and Poor's (S&P) a été prise la main dans le sac en flagrant délit de vérité hier. Elle a ainsi transmis à certains de ses abonnés un message faisant état d'une dégradation de la note de la France.

Les autorités françaises et l'Autorité des marchés financiers ont vigoureusement protesté: cette diffusion n'aurait pas dû survenir avant les élections présidentielles françaises de 2012.

L'information est d'autant plus dommageable pour la France que l'Elysée a mis en place une propagande intensive sur le thème de la rigueur afin de justifier la stabilité de la note auprès des agences, malgré l'inadéquation flagrante entre l'endettement du pays et les critères AAA.

De fait, les marchés n'ont pas réagi à l'annonce, pas plus qu'à son démenti.

L'erreur de communication, compréhensible, intervient alors que l'écart entre le taux des obligations à 10 ans de l'Allemagne et de la France sur le marché de la dette a atteint un nouveau record historique jeudi, au-delà des 170 points de base. Malgré le prétendu plan d'économie annoncé par le gouvernement, le déficit courant de l'Etat est prévu autour de 100 milliards d'euros cette année. Ce montant s'ajoutera à une dette estimée à 1'646 milliards d'euros.

L'agence de notation a promis de faire la lumière sur cette diffusion inopportune. Dans un communiqué, elle rappelle que même une information factuelle se doit d'être annoncée avec tact.

 

Ca colle mieux à la réalité de la situation.

09 novembre 2011

La Boîte de Pandore islamique

Les régimes autocratiques d'Afrique du nord étaient violents, corrompus et dangereux. Les pseudo-démocraties qui leurs succèdent ont peu de chances d'être meilleures.

Si la crise de la zone euro monopolise l'actualité, la terre n'arrête pas de tourner pour autant. Un flot de nouvelles surgit en parallèle et permet d'éclairer les révolutions du printemps arabe et leur contexte.

Il y a tout d'abord la sortie aujourd'hui du nouvel ouvrage de Bernard-Henri Lévy La guerre sans l'aimer. Le livre raconte comment l'individu a mis en pratique la devise en bannière de son site "L'art de la philosophie ne vaut que s'il est un art de la guerre..." et impliqué la France dans l'insurrection libyenne. Les compte-rendus sont dithyrambiques: le philosophe s'est lui-même mis en scène dans un spectacle magnifique.

Et surtout, il tutoie Nicolas Sarkozy au téléphone.

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Martine en Libye

Bernard-Henri Lévy ne vit pas dans le même monde que le commun des mortels - et surtout pas dans celui des révolutionnaires islamistes qui ont mis à bas le régime de Muammar Kadhafi. D'où une analyse de la situation que d'aucuns qualifieraient de surréaliste:

[Bernard-Henri Lévy] se dit aussi optimiste quant à l'avenir de la Libye. Arguant qu'il connaît "bien" Moustafa Abdeljelil, il assure que celui-ci n'a pas réellement l'intention d'appliquer la charia. Les Libyens "sont en train de démontrer qu'on peut être à la fois un musulman pieux et s'inscrire dans la liberté d'expression, la démocratie, l'égalité des sexes ; et, ça, c'est un événement capital !" s'enthousiasme-t-il.

 

L'égalité des sexes... Peut-être le philosophe était-il occupé à vider une coupe de champagne lorsque l'individu qu'il connaît "bien" annonçait le retour de la polygamie?

C'est vrai, je ne connais pas personnellement Moustafa Abdeljelil, chef du Conseil National de Transition. Croyons BHL sur parole ; peut-être que c'est un chic type. Ou peut-être pas. L'ami de notre philosophe de combat était président de la Cour d’appel de Tripoli en 2007, lorsqu'elle confirma par deux fois la condamnation à mort des infirmières bulgares. Rares sont ceux qui se rappellent ces détails pré-révolutionnaires qui ternissent quelque peu l'image du grand démocrate. D'un autre côté, c'est sans grande importance, parce qu'il ne contrôle rien. Ses déclarations sur le retour de la charia n'étaient pas destinées aux Occidentaux mais aux véritables maîtres de la Libye, les milices islamistes. Bernard Lugan nous présente les joyeux drilles:

[Le CNT sait] qu’il porte un péché originel : celui d’avoir été mis en place par l’Otan, donc par les « impérialistes » et les « mécréants ». Ses lendemains vont donc être difficiles. D’autant que ses principaux dirigeants, tous d’anciens très hauts responsables de l’ancien régime et donc des « résistants de la dernière heure », commencent à être mis en accusation par certains de ces chefs de guerre qui détiennent désormais les vrais pouvoirs. (...)

[A Tripoli le] TMC (Tripoli Military Council) [englobe] plusieurs milices islamistes pouvant mobiliser entre 8'000 et 10'000 combattants. Le chef du TMC, originaire de Tripoli, est Abd el-Hakim Belhaj dit Abu Abdullah Assadaq. Ayant combattu en Afghanistan, ce partisan du califat supra frontalier fonda le Libyan Islamic Fighting Group dans les années 1990. Ayant fui la répression anti islamique du régime Kadhafi, il retourna en Afghanistan où il fut arrêté en 2004 puis remis à la police libyenne avant d’être libéré au mois de mars 2010, à la veille de l’insurrection de Benghazi. (...)

A Misrata, les milices se considèrent comme l’élite des révolutionnaires et leur prestige est immense depuis qu’elles ont capturé le colonel Kadhafi. Ce furent certains de leurs hommes, gentils démocrates si chers aux médias français, qui lynchèrent et sodomisèrent vivant l’ancien guide et qui, comme « trophée », emportèrent son corps dans leur ville.

Autre zone ayant échappé au contrôle du CNT, le pays berbère de Zentan avec sa puissante milice ancrée sur djebel Nefuza. (...)
Zentan  est contrôlée par le Zentan Military Council (ZMC), dont les milices arborent le drapeau amazigh. Militairement, les milices berbères sont les mieux formées de toute la Libye, leurs cadres étant d’anciens officiers libyens. Les deux principales unités berbères sont la Zentan Brigade commandée par Muktar al-Akdhar et la Kekaa Brigade, chacune forte d’environ 1'000 combattants. Ces milices ont refusé de quitter Tripoli en dépit des ordres du CNT, ce qui provoqua de graves tensions. Le 3 octobre, après un ultimatum du CNT, la Brigade Kekaa se livra même à une véritable tentative d’intimidation, paradant dans Tripoli et attirant la réplique des islamistes. La guerre civile fut alors évitée de justesse, mais ce n’est que partie remise.

Ceux qui, poussés par BHL, décidèrent d’intervenir en Libye et de s’immiscer dans une guerre civile qui ne concernait en rien la France, vont désormais porter la très lourde responsabilité des évènements dramatiques qui s’annoncent et qui vont se dérouler à quelques heures de navigation de nos côtes.

 

A quelques heures de navigation de nos côtes? Si seulement! Mais la modeste Méditerranée a été franchie depuis longtemps. Pas spécialement par les Chebabs libyens, c'est vrai, mais par d'autres populations géographiquement proches, et aux accointances idéologiques et religieuses identiques.

Prenons les Tunisiens immigrés en France, par exemple. Amenés à bâtir à distance la Tunisie de demain, lors des premières élections libres de leur pays, ils attribuent 40% des suffrages au parti islamiste Ennahda. La Suisse est à peine mieux lotie avec 34% des votes. Les Tunisiens d'Europe ne sont donc ni plus ni moins islamistes que leurs frères restés au pays, qui ont crédité Ennahda de 40% des sièges. Les efforts d'intégration ont porté leurs fruits, visiblement...

Le leader d’Ennahada, Rachid Ghannouchi, n'a jamais dissimulé sa sympathie active pour la doctrine de Hassan el-Banna, le fondateur égyptien des Frères musulmans; habile transition vers l'Egypte, dont on attend avec impatience le choix populaire lorsque des élections seront enfin organisées.

Comme s'empresseront de le faire remarquer les bien-pensants, islam n'est pas islamisme n'est pas terrorisme n'est pas extrémisme, voyons mon bon monsieur! Pourtant, dans le monde réel, les frontières sont floues. Les dessinateurs de Charlie Hebdo ont pu en faire l'amère expérience. Le journal satirique pensait faire rire en se moquant des ambiguités de la "charia molle" des "islamistes modérés", ses locaux ont été détruits par une bombe incendiaire. Un acte isolé, clameront les mêmes par réflexe. Mais alors, comment expliquer le déferlement de commentaires soutenant l'acte terroriste sur la page Facebook du journal?

En Suisse, selon le célèbre avocat Marc Bonnant, toute critique de l'Islam est devenue impossible. Il explique pourquoi il faudrait pourtant oser:

L’islam est viril, non seulement par le sort détestable qu’il réserve aux femmes, mais parce qu’il est conquérant, dominateur, arrogant, expansionniste et prosélyte. Autant de raisons d’armer notre résistance.

 

Ironie révélatrice, la rédaction du Matin a jugé préférable de fermer l'article à tout commentaire.

Si le Genevois au verbe élégant s'amuse à placer psittacisme en mot compte triple et verse dans la vieille lune des racines musulmanes de l'Occident - il n'a visiblement pas lu Aristote au Mont Saint-Michel - son discours a un fond de vérité indéniable: dans les pays européens si fiers de leur liberté d'expression, critiquer l'islam revient à traverser un champ de mine. Le moindre faux-pas est terriblement risqué. Physiquement. Les effets d'une trop grande modération religieuse de la part de musulmans bien intégrés au sein de notre société libre, sans aucun doute.

Avec l'arrivée au pouvoir des islamistes dans les futurs Etats tunisiens, libyens et égyptiens, les choses ne vont pas s'arranger. A la moindre incartade, l'incident diplomatique s'ajoutera désormais aux cris de colère de la rue arabe de part et d'autre de la Méditerranée.

L'histoire est cruelle. Alors même que les révolutions du printemps arabe ouvraient la porte à des élections libres, des peuples sans culture politique ont naïvement offert le pouvoir aux plus grands ennemis de la démocratie. Pire encore, ce pouvoir n'est pas celui d'un simple parlement mais celui d'une assemblée constituante, organisme chargé d'écrire une nouvelle constitution et de façonner le destin du pays pour des décennies.

Le printemps arabe a gelé sur place avant même de fleurir, terrassé par le rude hiver de l'islam.

Notre civilisation occidentale est trop épuisée, ruinée et rongée par le doute pour s'impliquer en Afrique du Nord plus qu'en lâchant quelques bombes. C'est regrettable. C'est aussi périlleux: nul ne sait quel régime va émerger à court ou moyen terme. Les premiers tests ne sont pas bons.

Certes, il reste toujours l'espoir que les peuples d'Afrique du Nord rejettent d'eux-même les islamistes qu'ils viennent de porter au pouvoir, ouvrant les yeux sur les désastreuses conséquences de ces gouvernements sur la prospérité et les libertés individuelles. Mais les régimes islamistes se renforcent souvent lorsque l'environnement économique se désagrège, telle une communauté cherchant la pénitence. Et comme l'opposition politique se réduit elle-même à différentes variétés de socialisme, on n'est pas sorti de l'auberge.

Personne ne pleurera les régimes despotiques disparus et surtout pas moi. Mais en suivant le mouvement en retard, de loin et du bout des lèvres, l'Europe a renoncé à modeler le printemps arabe d'une façon qui puisse lui être favorable. Par faiblesse et par manque de vision, elle a ainsi offert à différents mouvements islamiques le sésame le plus précieux dont ils pouvaient rêver, la légitimité populaire.

Il ne tient qu'à eux de s'en servir et de mettre en oeuvre leur programme électoral - charia à l'intérieur, jihad à l'extérieur - tout en sachant qu'ils seront soutenus par des millions de musulmans déjà présents en Europe.

Et alors, tutoyer Nicolas Sarkozy au téléphone risque de ne plus suffire.

01 novembre 2011

Mode panique

Moins de 24 heures après l'annonce-surprise d'un référendum grec sur le plan européen d'effacement d'une partie de la dette grecque et de la quasi mise sous tutelle du pays, les bourses européennes dévissent. Il n'y avait guère de raison de pavoiser tant les solutions proposées étaient illusoires, mais après l'euphorie passagère de la fin de la semaine dernière, ce n'est même plus une gueule de bois, c'est la dépression.

On en arrive à une écart quasiment comique entre les dépêches qui se bousculent:

panic.png

Ne vous étonnez pas trop du léger décalage de ton entre les "paniqués" et les "rassurants"; l'un n'empêche pas l'autre. Après tout, l'orchestre joua longtemps sur le pont d'un Titanic prenant de la gîte lors d'une nuit fatidique de 1912.

Ah, aussi, la France et l'Allemagne montrent qu'il y a triple-A et triple-A.

Y a-t-il encore des Keynésiens dans la salle pour prôner une relance par la dépense?

29 octobre 2011

Un sursis à mille milliards

L'Europe est sauvée.

Encore.

Le Fonds Européen de Stabilité Financière est désormais augmenté à 1'000 milliards d'euros, comme ça, sans que personne ne verse un euro de plus et surtout pas l'Allemagne. On ne dit plus "baguette magique", on dit "effet de levier" - mais la fascination naïve que le tour exerce sur le public est identique.

  • La dette grecque a été ramenée à des proportions raisonnables, bénignes, juste avec un peu de bonne volonté de la part des banques.
  • L'Italie au pied du mur s'est soudainement réformée, d'un coup d'un seul, quelque part entre lundi et mercredi, et semble peu ou prou sortie d'affaire (même si Berlusconi reste un individu infréquentable).
  • Finalement, Nicolas s'offre un petit quart d'heure d'antenne pour expliquer comment la France a été sauvée, en grande partie grâce à ses efforts. Quel ingrat oserait ne pas le réélire en 2012?

Soyons francs: tout ceci est un petit peu trop beau pour être honnête.

Pendant ce temps, à Athènes...

Commençons par la victime expiatoire de l'endettement, la Grèce. On évite d'utiliser les termes qui fâchent mais le fait est là: elle vient de faire un défaut partiel sur sa dette. La décote prévue pour ses obligations est passé de 21% en juillet (ce qui était déjà, en soi, un "événement de crédit" selon le vocabulaire des agences de notation) à 50%. En contrepartie, son endettement public vient de s'alléger de 100 milliards.

La Grèce est-elle tirée d'affaire pour autant? Un rapide coup d'oeil sur l'évolution des taux nous donne un aperçu du chemin qui reste à faire:

Taux_grecs.png
Evolution des taux grecs pour différentes maturités les trois derniers mois
(Cliquez sur l'image pour agrandir)

Les taux baissent effectivement... Les emprunts grecs à un an sont repassés sous la barre des 150% d'intérêt.

On ne reverra pas la Grèce revenir emprunter sur les marchés financiers avant très, très longtemps.

Mentionnons encore deux ou trois chiffres. La dette grecque est de plus de 350 milliards actuellement. Les 100 milliards de décote n'arrivent pas du jour au lendemain, ils seront établis sur dix ans. Alors qu'aujourd'hui la Grèce est endettée à hauteur de 165% de son PIB, en 2020, si tout va bien, le niveau redescendra à 120% - soit encore le double de ce qui constitue un endettement acceptable selon les critères de la zone euro du Traité de Maastricht. Soit autant que l'Italie aujourd'hui, alors qu'on qualifie la péninsule italienne de nouveau maillon faible de l'Europe.

Et la Grèce serait sortie de l'auberge?

Les coupables habituels

La crise de la dette publique ne saurait se ramener à l'irresponsabilité d'une coterie de politiciens de tous bords faisant vivre au-dessus de leurs moyens, et pendant des décennies, les Etats dont ils avaient la charge, tout ça pour se payer une clientèle électorale. Trop simple. Mieux vaut pointer du doigt les organismes financiers. Les avantages sont doubles: la vindicte populaire est redirigée sur les coupables traditionnels et chacun se prépare à l'étape suivante, leur punition.

Quel orgueil, ces banquiers! Dans la nuit de mercredi à jeudi, le sommet européen avait frôlé l'échec lorsque Charles Dallara, le chef-représentant des banques, avait fait savoir peu avant minuit qu'il n'y avait pas d'accord "sur quelque projet grec que ce soit, ni sur une décote particulière".

deutschebank2.jpgL'esbroufe aura paniqué plus d'un journaliste crédule. Il fallait bien trouver quelques formules pour donner l'impression, sur le coup des quatre heures du matin, qu'on venait d'échapper à la fin du monde; mais M. Dallara surjouait son rôle. Les banques savaient très bien qu'elles passeraient à la casserole. Et elles en ont brillamment joué.

J'entends d'ici les protestations indignées. "Comment!" s'exclame le lecteur, comment peut-on affirmer que les banques s'en "sortent bien" lorsque leurs avoirs grecs subissent une décote de cinquante pour-cents?!

Voyons les choses autrement.

La faillite de la Grèce est connue depuis le mois de juillet (cf. explosion des taux d'intérêts ci-dessus). Il était évident à tous que si personne ne faisait rien, les créances grecques ne seraient remboursées qu'aux calendes du même nom. La décote n'aurait pas été de 21 ou 50%, mais plutôt de l'ordre de 90% ou 95%, voire un bras d'honneur comme solde de tout compte. En acceptant une décote sur une base volontaire, les banques ont donné l'impression de faire un geste - alors qu'elles entérinent simplement la réalité.

Plus intéressant est l'examen de ce qu'elles ont obtenu en échange.

Le remboursement de ces créances grecques est assuré, puisque c'est désormais le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) qui régale. Les dettes grecques seront soldées en solides euros allemands. Plus de mauvaise surprise à l'horizon, quelles que soient les horreurs que l'on découvre encore dans les livres de compte d'Athènes.

Si une banque devait se retrouver trop en difficulté à cause de son exposition à la dette grecque, le coussin confortable du FESF viendra à son secours pour sauver son bilan. Les risques comptables sont donc nettement amoindris.

Troisième avantage, la décote est volontaire. Les banques s'engagent librement à respecter l'accord au fur et à mesure que les emprunts de l'Etat grec arrivent à échéance, en les échangeant avec de nouveaux titres de valeur moindre. Cela durera jusqu'en 2020. Qui dit volontaire dit à bien plaire: les banques peuvent y renoncer à n'importe quel moment, sans préavis. Et les Etats ne pourront guère exercer de pressions sur elles, puisque cela reviendrait à provoquer un événement de crédit (note D, éruption volcanique, fin du monde).

Je ne suis pas en train d'annoncer qu'une banque ou deux vont jouer les trouble-fête et tout faire capoter. Non, ce que j'explique, c'est qu'en participant de cette façon au "plan de sauvetage", les banques viennent d'arracher un moyen de pression absolument monstrueux à l'encontre des politiciens de la zone euro. Pendant dix ans, les banques seront en position de rétorquer "finalement, l'échange volontaire de dette grecque ne nous intéresse plus" à n'importe quel politicien qui viendrait leur chercher des poux d'un peu trop près.

Je ne suis pas dans les secrets d'alcôve, mais je parie que l'imposition extraordinaire des bonus des banquiers et autres taxation des transactions financières en zone euro ne vont pas ressortir des cartons avant un certain temps.

Sachant que la Grèce allait droit à la cessation de paiement de toutes façons, ce n'est pas si cher payé, finalement.

Du côté des victimes

Puisque nous parlons d'argent, allons du côté du véritable bailleur de fonds de tout ce projet, le contribuable européen.

Le FESF annonce désormais une force de frappe de 1'000 milliards d'euros, soit plus de 2'200 € par habitant de l'Union, du brasseur écossais au dernier-né d'une famille de paysans roumains. La sachant produite par un continent menacé de faillite, la somme est rondelette.

C'est beaucoup plus simple que ça: c'est un mensonge. Et on le sait:

Concernant la recapitalisation des banques, le montant envisagé est "bien en-deçà des besoins estimés par le Fonds monétaire international (FMI) et les analystes du secteur privé, en tout cas dans le scénario d'une rechute de l'économie", expliquent les économistes de Credit Suisse.

Le FMI avait évoqué 200 milliards d'euros, Credit Suisse parle de 225 milliards et Goldman Sachs de 298 milliards.

S'agissant de la dette grecque, la zone euro demande aux banques d'accepter une décote, c'est-à-dire des pertes, d'au moins 50%. Mais sur les 350 milliards d'euros de dette grecque, un tiers est entre les mains de créanciers publics (Europe et FMI) non concernés par cette décote.

En outre, selon UBS, comme les banques grecques détiennent quelque 20% de la dette du pays, Athènes devra immédiatement les renflouer, en s'endettant à nouveau. Résultat: "une décote de 50% équivaut à un réduction de seulement 22% de la dette grecque", calcule UBS.

Dernier point, peut-être le plus délicat: le renforcement du Fonds européen de stabilité financières (FESF), le "pare-feu" contre une contagion de la crise.

Grâce à un "effet de levier" complexe, les Etats espèrent démultiplier les 440 milliards d'euro que ce mécanisme est théoriquement capable de prêter. Seulement voilà, alors que des estimations allant de 1.000 à 2.500 milliards ont circulé, les Européens ne [sont pas en mesure] de fournir un montant clair pour rassurer les marchés.

Le résultat risque d'être d'autant plus décevant que le point de départ ne doit pas être de 440 milliards, mais plutôt autour de 250 milliards, une partie des prêts ayant déjà été engagée.

 

Les fonds sont donc bien trop faibles pour donner le change assez longtemps pour donner aux économies européennes le loisir de se réformer, d'autant plus que l'ampleur de la tâche est inimaginable.

C'est peut-être une nouvelle pour vous, mais pas dans les salles des marchés. D'ailleurs, les taux italiens continuent de monter en fin de semaine, malgré la belle entente affichée par l'élite politique de la zone euro. On a franchi le cap de danger de 6% pour les emprunts à dix ans.

Au milieu des cotillons et des tapes dans le dos des politiciens qui ont sauvé l'euro, ça sent le roussi. Le FESF a déjà des boulets aux pieds. Il doit recapitaliser les banques grecques, éponger la dette grecque, soutenir les banques des autres pays d'Europe suite à la décote, colmater les brèches des économies portugaises, espagnoles et bientôt italiennes qui tanguent dangereusement. La Cour Constitutionnelle a lié les mains d'Angela Merkel pour la soumettre à nouveau a son Parlement. Quant à la France, elle se prépare gentiment à la perte de son triple-A, un événement qui déplacera fortement le centre de gravité du "couple franco-allemand".

La zone euro n'est pas sauvée, et comment pourrait-elle l'être alors que sa dette se creuse chaque jour davantage? En usant de tout un attirail de bouts de ficelle, elle vient simplement de gagner du temps, une fois de plus. Et pas beaucoup: les illusions semblent se dissiper de plus en plus vite.

Les perspectives d'évolution de la zone euro face à la crise seront abordées par ailleurs, mais une chose est sûre: le "sommet européen historique" du 26 octobre ne sera certainement pas le dernier du genre.

25 octobre 2011

Rêvons avec Galileo

Vendredi dernier a vu la mise en orbite de la première étape concrète du dispositif de géolocalisation européen, deux satellites d'une constellation qui doit en comporter au minimum 18 pour émettre un signal utilisable.

soyouz.jpgL'opération toute entière porte la marque d'une coopération remarquable entre les membres du projet. Le premier lancement symbolise cette unité: une fusée Soyouz tirée depuis la base de lancement d'Ariane en Guyane Française. Qui aurait imaginé cela au temps du Mur de Berlin! C'est l'Europe d'aujourd'hui, une union entre les fleurons technologiques russes et l'agence spatiale européenne, le tout exploité dans l'environnement difficile d'une colonie française en Amérique du Sud... C'est l'Europe-Monde.

La première victoire d'étape ne doit pourtant pas occulter les grandes difficultés qu'a traversé l'ambitieux programme depuis sa conception.

Si tout était allé comme prévu initialement, à ce jour nos téléphones bénéficieraient de la précision de Galileo. Le projet européen devait entrer en service en 2008. Cependant, une myriade d'obstacles commerciaux, techniques, politiques et financiers l'a ébranlé jusque dans son existence. (...)

Mis en œuvre par l'Agence spatiale européenne (ESA), Galileo devait être financé par un partenariat public-privé. En 2007, le plan s'écroule. Le projet est au bord de l'abandon. La Commission européenne décide alors de le financer entièrement de [la poche du contribuable], à l'époque. Coût: 3,4 milliards d'euros.

Mais les pays s'écharpent, notamment une Grande-Bretagne réticente et une France acharnée. Le cœur n'y est pas. Galileo est sauvé après de laborieuses tractations entre les Etats et le Parlement européen, qui permettent de trouver un accord en utilisant une partie des fonds agricoles non dépensés.

En 2010, c'est la douche froide: le système coûte 1,9 milliard de plus que budgété. Nouvelle crise. Après avoir pensé réduire la voilure – 18 satellites au lieu de 30 – les Européens trouvent des économies et des fonds. Les contribuables voient leur participation grimper de 1,9 milliard d'euros.

 

Oui, bien des obstacles se sont dressés sur le chemin de Galileo. Des obstacles politiques, logistiques, financiers, et même l'opposition absurde et partisane de certains industriels - des traîtres parvenus à s'intégrer au programme. Wikileaks a ainsi révélé le double-jeu de Berry Smutny, directeur d'un groupe allemand, OHB System, filiale du groupe allemand OHB Technology, expliquant que Galileo ne serait qu'une "idée stupide" défendue par la France à des fins militaire et qualifiant le projet visionnaire de "gaspillage de l'argent du contribuable."

galileo-gps.jpgLa société avait pourtant décroché auprès de la Commission européenne une commande de 566 millions d'euros pour la construction de 14 satellites. Certains ont vraiment l'art de cracher dans la soupe. Heureusement, le dissident a été débarqué de l'entreprise.

La construction du Monde de Demain, un monde Meilleur, plus Juste, plus Ouvert à l'Autre implique des sacrifices. Des sacrifices politiques et économiques. Mais la récompense sera grande, elle aussi.

Imaginez.

Projetons-nous à la fin de la mise en place initiale du programme Galileo, probablement quelque part au milieu de la décennie 2020-2030. Le dernier satellite est enfin mis en orbite, malgré quelques retards et quelques surcoûts. Notre bonne vieille Planète Terre, qui subit par ailleurs divers outrages de l'Homme, est désormais entourée dans l'espace par un élégant corset de satellites de positionnement émettant un signal, miraculeusement précis, sur leur position.

Ce signal ténu est capté par les antennes sophistiquées d'une ribambelles de produits d'avant-garde. Ces bijoux de technologie qui restent à inventer sont capables de savoir où vous vous trouvez sur la surface du globe. Exactement, avec une précision diabolique - de l'ordre du mètre d'abord, mais l'extension à trente satellite de la constellation Galileo pourrait faire tomber cette limite à trente centimètres.

twitter-geolocalisation.jpgQuelques cyniques ricaneront: "A quoi bon savoir où on se trouve? Je sais où je suis, devant mon ordinateur, merci." Eh bien non, messieurs, vous manquez d'imagination! Figurez-vous que vous êtes en train de vous déplacer: plus jamais perdu! Aujourd'hui on a une carte routière, mais dans à peine dix ans on aura enfin le chaînon manquant - où on se trouve sur cette satanée carte!

L'automobiliste salive à cette idée. Mais voyez plus loin. Pensez à une possible intégration avec des cartes routières, permenttant de planifier tout un itinéraire! Imaginez les possibilités d'interaction avec Internet où un utilisateur avisé pourrait demander à son logiciel favori "le restaurant le plus proche" (à supposer que le système soit prévu pour un usage aussi trivial) et le programme lui répondra en calculant tout cela à partir de sa position! Pensez au travail des géomètres, aux chantiers, aux aventuriers, aux services de secours, aux cartographes!

Et ce n'importe où sur la surface du globe! Quelle carte de visite pour l'Europe! Quel affront cinglant pour les Américains qui se croient à la pointe de la technologie!

Tout cela disponible dans dix-douze ans si tout va bien. L'ensemble de ces nouveaux services pourrait être regroupé sous le terme novateur de géolocalisation. Le monde de demain est à nos portes. Qui n'aurait pas hâte d'y être?

Malheureusement, il y aura des dérives, notamment l'utilisation de Galileo par des ennemis de la démocratie. C'est sans doute inévitable. Au moins, des islamistes afghans aux guérilleros d'Amérique du Sud en passant par les rébellions africaines, tous devront employer une technologie développée dans l'Union Européenne. C'est déjà ça de rayonnement culturel.

Est-ce de la science-fiction? Le lecteur est seul juge. Il est difficile de se projeter si loin dans l'avenir. Avec la crise financière que traverse le Vieux Continent, il n'est même plus certain que cet ambitieux programme spatial arrive à son terme. Mais il n'est pas interdit de rêver non plus. Aussi coûteux soit Galileo, ce sont des milliards judicieusement dépensés. A terme, ils permettront à l'Europe de prouver au monde son avance en technologie de positionnement. Galileo rendra disponible des services qui bouleverseront notre quotidien, au service de l'Humanité entière. Alors, une patience pleine d'espoir est sans doute la meilleure attitude à prendre, et tant pis si Galileo coûte un peu cher: il n'y a tout simplement pas d'alternative.

Efficacité, maîtrise, innovation, à-propos - Galileo incarne parfaitement la vision européenne.

Rêvons à son succès.