03 juillet 2011

Dominique Strauss-Kahn: le retour de la vengeance?

Le New York Times a ouvert une brèche dans laquelle tous se sont engouffrés: le dossier de l'accusation "se serait effondré", au point de remettre en question l'ensemble du procès. Et d'aucun, en France, de voir Dominique Strauss-Kahn à la présidence.

Les tenants de la théorie du complot se sentent pousser des ailes.

Depuis le début de l'affaire, chaque camp fourbit ses armes. Un représentant de DSK est allé jusqu'au village natal de la victime, en Guinée, pour essayer d'arracher un accord à l'amiable avec sa famille. Mais le coup le plus violent porté au dossier vient du bureau du procureur lui-même. Quelle sont ces nouvelles informations?

nafissatou-diallo-victime-dsk.jpgSelon les deux enquêteurs cités par le journal américain, [Nafissatou Diallo, la femme de chambre supposée victime d'agressions sexuelles] a téléphoné à un détenu dans les 24 heures qui ont suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation, qui a été enregistrée, elle a évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre DSK. 
Ce détenu a été incarcéré pour possession de 180kg de cannabis et fait partie d'un certain nombre de personnes, qui ont transféré de l'argent, d'un montant total de 100 000 dollars, vers le compte bancaire de Nafissatou Diallo au cours des deux dernières années. 
Les enquêteurs soupçonnent la femme de ménage de faire partie d'un réseau de blanchiment d'argent.

 

La jeune femme aurait également nettoyé une autre chambre après "l'épisode DSK" et serait revenue sur les lieux une fois le directeur du FMI parti, contrairement à ses déclarations initiales. Finalement, elle aurait souscrit des abonnements téléphoniques auprès de cinq compagnies différentes alors qu'elle aurait assuré aux enquêteurs ne posséder qu'un seul abonnement (sans conteste son crime le plus abject.)

Au vu de ces révélations, je me suis empressé de relire mon premier billet sur l'affaire ainsi que mes commentaires, afin de vérifier si mes dires étaient devenus terriblement gênants. Mais en fait, non. Certes, certains aspects factuels présentés initialement on mal vieilli au fur et à mesure du déroulement de l'enquête (de même que la présentation des faits par les médias a évolué) mais le fond du débat reste tristement identique: l'inéquité entre les puissants et les faibles face à la justice, la fragilité d'une accusation parole contre parole, les casseroles du prévenu, et bien sûr, des prises de position qui sentent bon la justice de classe par les uns et les autres.

Dans une situation comme celle-ci la crédibilité est un facteur essentiel. Les jurés doivent être convaincus au-delà du doute, ce qui laisse peu de place à une accusation dont la motivation est entachée de soupçon.

sofitel.jpgChacun s'accorde à dire qu'un rapport sexuel a bien eu lieu. Les analyses ADN laissent peu de place à l'interprétation. Nafissatou Diallo a eu sur les parties génitales des hématomes reconnus par des professionnels de la santé. Mais ces éléments essentiels semblent avoir été complètement oubliés. Prenons le nettoyage d'une suite supplémentaire par la victime, le 14 mai, après son agression sexuelle présumée. Pareil comportement peut aisément s'expliquer par une situation d'état de choc et la nécessité absolue - confinant à l'absurde - de revenir temporairement à une routine. Les psychologues connaissent bien ces situations comportementales, mais aucun témoignage de ce genre ne parviendra dans les colonnes des journaux.

Le coup de téléphone passé dans les 24h à un ami détenu? Qu'y a-t-il de surprenant? Y-a-t'il un délai à respecter? La législation américaine ouvre fréquemment la voie à de larges compensations financières pour des victimes déposant plainte au civil. En écrivant cela, je n'apprends rien à personne. Quel mal y a-t-il à l'admettre? A en parler à un proche? Quitte à s'être fait violer, à essayer d'obtenir une compensation financière? Si une victime se débat pendant son agression, ce que chacun peut comprendre, faudrait-il qu'elle cesse après coup de lutter par tous les moyens possibles, comme une poursuite au civil avec dommages et intérêts à la clef? Ou alors, clamera-t-on que toute action en justice est motivée par de bas intérêts mercantiles à partir du moment où un plaignant demande plus que le franc symbolique?

Mais les révélations sur le passé de la jeune femme ou son comportement avant les faits sont autrement plus choquantes. Il n'y a pour l'heure pas le moindre soupçon de préméditation ou de complot. Le compte bancaire de la jeune femme a peut-être servi à faire transiter de l'argent sale, mais son implication ne semble pas lui avoir profité au point de la préserver de l'emploi ingrat de femme de chambre des années durant. Certes, Nafissatou Diallo n'a pas l'air d'être une sainte, mais c'est à se demander s'il faut être une sainte pour avoir le droit de porter plainte pour viol.

Dans une justice idéale (et visiblement utopique) le dossier porterait sur les faits. Des éléments de preuve mesurables et factuels. Et dans cette justice idéale, une victime de viol aurait le droit d'attaquer son violeur en justice, la victime fut-elle en délicatesse avec les services sociaux, avec un casier judiciaire, portée sur la boisson ou entrée illégalement dans le pays. La seule chose qui compte est ce qui est ce qui est reproché à l'agresseur, pas le statut social ou les relations que la victime entretient avec l'administration locale.

dsk1.jpgNafissatou Diallo mériterait peut-être une révocation de son permis de séjour aux Etats-Unis. Peut-être a-t-elle des relations fort louches. Peut-être est-elle vénale et membre d'un réseau de blanchiment d'argent. Et peut-être s'est-elle aussi fait violer par Dominique Strauss-Kahn. Tous ces éléments peuvent être vrais, simultanément.

Aujourd'hui, l'affaire DSK s'est pas mal dégonflée. Dès le début, j'imaginais mal un verdict jetant derrière les barreaux le directeur du FMI pour une quinzaine d'années - même s'il était pleinement coupable des faits qui lui sont reprochés dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan. Les moyens dont disposent la défense sont démesurés. Le bureau du procureur a eu beau jeu de révéler ces nouveaux éléments, il l'a fait seulement parce que les limiers des avocats du politicien les auraient amenés au procès.

Souiller la crédibilité de la victime est une ficelle vieille comme le monde. C'est désormais chose faite.

Aujourd'hui déjà, beaucoup pensent que tout ceci est un coup monté. Personnellement, je pense que non. Contre toute attente, selon moi ces éléments plaident en faveur de l'authenticité de l'agression sexuelle. Si Nafissatou Diallo avait comploté contre un client du Sofitel, elle aurait préparé plus soigneusement son témoignage. Elle n'aurait pas caché des détails gênants de sa vie, nuisant à sa crédibilité, qui auraient fini par être découverts. Elle n'aurait pas nettoyé une chambre supplémentaire après son passage dans la 2806, mais se serait jetée de façon théatrâle devant les caméras de surveillance de l'hôtel juste après l'événement, avec des vêtements déchirés pour faire bonne mesure. Quelqu'un prêt par convoitise à inventer un viol aurait agi avec autrement plus de sang-froid.

Dans l'hypothèse probable où le procureur de New York, Cyrus Vance, se préparerait progressivement à lâcher l'affaire, DSK pourra peut-être tenter un retour politique en France. Mais le soupçon n'est pas levé. Les électeurs de l'Hexagone pourraient ne pas être aussi prompts à en faire un saint que les journalistes et politiciens français.

23 juin 2011

La Grèce ne tombera pas seule

En Grèce, tout va super-bien. Georges Papandréou a obtenu la confiance renouvelée de son parlement, écartant ainsi un des principaux écueils au vote d'un n-ième plan d'austérité et de privatisation un peu plus tard, lequel ouvre la voie au versement d'une nouvelle tranche du plan de sauvetage européen. En attendant un deuxième plan de sauvetage européen. Le tout malgré quelques émeutes peu en phase avec l'austérité qui sied désormais aux Héllènes.

La Grèce est sauvée. D'ailleurs la Bourse se reprend... Ah, on me fait signe que non.

Acro.jpgC'est bizarre. Pourquoi les traders du monde ne se lancent-ils pas dans une bonne grosse cuite au champagne après cet enchaînement continu de bonnes nouvelles? Il faut pourtant le reconnaître, tout se passe comme prévu. Le gouvernement remanié est reconduit dans ses fonctions, la solidarité européenne est au rendez-vous (même si Angela, aux prises avec son opinion publique, avance à reculons) et avec quelques privatisations bien senties la dette grecque passera de 150% à 137% du PIB, des broutilles quoi!

Alors, pourquoi cet accès d'incrédulité?

Il faut croire que dans la grande famille de la finance, quelques individus savent encore manier la calculatrice. Citons à ce sujet une brillante étude de l'Institut Turgot, sérieuse, factuelle, pas drôle du tout, et mettant douloureusement les points sur les i:

Supposons, un instant, que la Grèce n’ait pas le soutien de l’Union Européenne et qu’elle doive emprunter sur les marchés des capitaux. Quel devrait être, alors, le taux de croissance de son PIB pour payer les seuls intérêts de sa dette (...) ? [Entre 26 et 45%]. Inutile de préciser que de tels taux de croissance du PIB ne se rencontrent pas dans l’économie réelle, même en Chine.

 

Mais cela, on s'en doutait: c'est la raisons même de la fondation du Fonds de Stabilisation Européen octroyant à la Grèce des prêts à "prix d'ami" avec un taux de 5%... Ce qui ne suffira pas.

De ce point de vue, la Grèce est prise entre l’enclume de son PIB et le marteau du montant de sa dette qui, en dehors de la charge des intérêts, continue à augmenter mécaniquement au fur et à mesure que son PIB se contracte.

A 5% d’intérêts, il faudrait à la Grèce un taux de croissance du PIB de 7,5% pour rembourser ses seuls intérêts. (...) Or, nous l’avons vu, au lieu d’une croissance de son PIB, la Grèce a subi une décroissance de 4,8% en 2010. Et, en 2011, elle se trouve actuellement sur une pente de -5%.

Ainsi, si l’on retient l’hypothèse d’une récession à 5% en 2011, (...) on peut donc estimer qu’à la fin de l’année 2011, la dette publique grecque franchira le cap des 160% de son PIB.

 

Les 50 milliards d'euro d'argent frais générés par la privatisation massive, à supposer qu'elle réussisse, seront effacés en un an à peine, par le simple truchement de la récession.

La Grèce va faire faillite, répétons-le encore une fois. L'argent qu'on lui prête maintenant - l'argent des contribuables européens - est versé à fonds perdus. Tout le monde le sait même si personne ne veut le dire. Chacun a de bonnes raisons de la fermer pour jouer la montre:

  • Les politiciens, parce qu'ils ont toujours la prochaine élection en tête et il vaut mieux pour eux qu'elle ait lieu dans le calme, l'électeur moyen étant peu enclin à soutenir les sortants - quelle que soit leur couleur politique - dans un climat d'hystérie collective.
  • Les banquiers, parce que chaque minute de calme supplémentaire leur permet de diminuer l'exposition de leur établissement aux dettes grecques pourries, lesquelles sont progressivement rachetées par le FMI, la BCE ou les fonds de solidarité européen (bref, le contribuable), ce qui leur permettra peut-être de sauver leur peau.
  • Les experts, parce qu'ils ont soutenu l'euro du début à la fin. Les déboires de la monnaie unique dévoilent sous un jour assez cru leur dramatique incompétence.
  • Les journalistes, parce que le journalisme critique est mort depuis longtemps et que les survivants éprouvent une sorte de fascination hypnotique vis-à-vis des catégories précédentes (hormis quelques vieilles rancunes sauce lutte des classes à l'encontre des banquiers.)

Mais ce serait faire preuve d'une myopie coupable que de se focaliser exclusivement sur la Grèce. D'autres pays sont sur une pente glissante, et pour les mêmes raisons: non pas l'adhésion à l'euro, mais un excès d'endettement. L'Italie est sous la menace d'une dégradation de sa note, et d'illustres membres de la zone euro ont passé le stade des avertissements pour rentrer à leur tour dans la crise financière joyeuse ; pensons à l'Irlande...

 

Irelande_2ans.jpg

Taux irlandais pour un emprunt à 2 ans

...Ou au Portugal:

 

Portugal_2ans.jpg

Taux portugais pour un emprunt à 2 ans

Si un taux d'intérêt à 5% est à peine soutenable pour une Grèce sous perfusion financière, on est en droit de se demander combien de temps tiendront ces Etats avec le fardeau de leur dette accumulée et des taux à deux ans dépassant allègrement les 10%. D'autant plus que la patience allemande envers ses partenaires arrive rapidement à bout: il n'y aura pas de Fonds Européens pour tout le monde.

 

acheveux.jpg

Le groupe de heavy metal avait tout deviné dès les années 80
(sauf l'évolution des coiffures)

 

17 juin 2011

L'euro, bouc émissaire

L'euro n'a pas bonne presse en ce moment. Attaquée de toute part, la monnaie unique européenne est présentée comme le coupable idéal dans la crise que traversent plusieurs pays, comme la Grèce, le Portugal ou l'Irlande. L'euro serait la source de tous les maux.

Et si, au contraire, la monnaie unique n'y était pour rien?

Et si l'euro n'était que l'excuse commode - populiste, même - lancée à la face d'une opinion publique avide de pointer un responsable?

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30 mai 2011

Euro: l'heure de vérité approche...

On se résigne lentement à une restructuration de la dette, mentionnais-je il y a quelques jours. Le rythme s'est accéléré.

L'évolution est si rapide, en fait, que le FMI pourrait ne pas verser son aide à la Grèce dès le mois de juin. Les inquiétudes du commissaire européen aux affaires économiques Olli Rehn, dans l'hebdomadaire Der Spiegel, n'ont rien de la petite phrase lâchée par inadvertance; elles ont été partagées par Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe.

Pourquoi?

privatisation-non.jpgLa faute est bien sûr attribuée à Athènes, coupable de ne pas privatiser assez vite certaines infrastructures ou certains services publics pour retrouver de l'argent frais. A la décharge du gouvernement grec, ce n'est pas facile de vendre au mieux des actifs du jour au lendemain dans un climat de quasi-insurrection... Mais de toutes façons, ces explications conçues comme des avertissements ne sont destinées qu'à garder la face.

La raison réelle est nettement plus simple: sous sa forme actuelle, la dette grecque est insoutenable.

Les divers plans de rigueur et de restructuration proposés par le gouvernement grec jouaient sur plusieurs tableaux: moins de dépenses, plus de rentrées fiscales, mais surtout deux aspects essentiels:

  • le retour progressif au marché pour le financement des emprunts de l'Etat grec.

Avec des taux toujours aussi prohibitifs sur le marché de la dette, le deuxième point est inenvisageable. Les marchés ne croient tout simplement pas que la situation grecque va se stabiliser. Les taux grecs restent délirants.

taux.jpg
Taux grecs à deux ans. Cours du jour. Entre 24 et 26%...

Si certains ajustements étaient attendus dans la durée (les gouvernements faisant souvent preuve d'un optimisme exacerbé sur les questions de croissance) l'impossibilité pour l'Etat grec de revenir sur le marché de l'emprunt sonne le glas de tout espoir de sortie de crise. On n'est pas dans une divergence sur quelques réglages annexes. C'est à peu près la moitié du plan qui tombe à l'eau!

La Grèce va restructurer sa dette. C'est inévitable à brève échéance.

Le FMI et l'Europe se retrouvent donc au pied du mur.

Faut-il continuer à faire comme si de rien n'était? Verser les fonds prévus à la Grèce en proclamant que tout va bien, alors que personne n'est dupe, et finalement ne jamais revoir cet argent? On dirait une répétition du scénario de la banque la plus stupide du monde. Mis à part le maigre espoir de passer des vacances d'été dans une tranquilité relative, on ne voit pas très bien quel serait le but de l'opération. Mais cela ne les empêche pas d'essayer:

Les pays de la zone euro ont commencé à préparer en secret une extension de la maturité de la dette grecque, a rapporté il y a deux jours un quotidien néerlandais, même si dirigeants européens et agences de notation ont répété qu'une restructuration ne ferait qu'empirer les choses.

 

Il y a encore des divergences en coulisse sur la conduite à tenir. L'acharnement à maintenir les apparences d'une situation maîtrisée ne s'explique que par la peur panique qu'un défaut grec ne fasse exploser quelques banques - comme Dexia, très exposée.

Lorsque la restructuration de la dette grecque sera annoncée, on assistera à nouveau à une crise interbancaire où chaque établissement réévaluera prudemment la solvabilité du moindre interlocuteur à qui il confie de l'argent, exactement comme aux pires heures de la crise des subprimes. Et là, les Etats européens, exsangues, ne pourront pas généreusement se présenter comme prêteurs de dernier recours.

Les notes des Etats et des banques seront abaissées, entraînant une nouvelle cascade de hausse des taux d'intérêts sur des économies pas vraiment au beau fixe.

Finalement, le défaut grec - même présenté comme une solution "douce" et "raisonnable" - sonnera le glas de la cohésion et de la solidarité inhérentes à la construction de l'union monétaire européenne. Des pays de la zone euro auront abandonné un des leurs, balayant les dernières illusions de ceux qui voyaient la zone monétaire comme une entité unique. Les suites seront dramatiques pour les pays les plus exposés, comme l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, eux aussi susceptibles d'une sortie à la grecque. Au bout du compte, l'interrogation est lourde de conséquences:

A partir du moment où la zone euro se débarrasse des poids morts, où s'arrêtera-t-elle?

Si vous pensiez que les points forts de l'actualité de 2011 se résumeraient à Fukushima ou à la mort de Ben Laden, attendez de voir ce qui va se passer d'ici la fin de l'année.

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25 mai 2011

Paille, poutre et illusions

L'écologie survivrait-elle en milieu naturel? S'il n'y avait la complicité de politiciens et diverses manipulations aussi économiques que sociales, la question serait ouverte...

 

Homme de paille. En 2007, un groupe issu du milieu "alternatif" lausannois se lança dans la construction d'une hutte de quatre mètres de haut et 35 mètres carrés en plein centre ville, sur un terrain inconstructible en contrebas de "l'espace autogéré". L'opération était entièrement illégale ; mais comme de coutume, le projet fut enrobé d'un sirop de revendications politico-sociales destinées à semer le doute.

straw.jpgLes bâtisseurs se regroupèrent sous le collectif Straw d'la bale (joli sens de la formule) et prétendirent que la construction avait pour but de promouvoir la "construction alternative" avec les bottes de pailles, bien que personne ne leur ait rien demandé, et surtout pas à cet endroit.

La Maison de Paille devint rapidement une buvette altermondialiste où les journalistes locaux purent mettre à l'épreuve leur indépendance rédactionnelle en sirotant un verre...

La Ville de Lausanne oscilla entre la volonté de faire respecter la loi et l'inévitable écho de sympathie que les militants avaient provoqué chez leurs édiles de gauche. On ne saura jamais quelle aurait été la conclusion de cette étrange cirque où les autorités s'appliquaient à reculons à faire respecter la loi. La guerre molle se termina de façon abrupte avec l'incendie accidentel de la bâtisse - un risque domestique pointé par les autorités dès le départ.

C'était sans compter sur les solides amitiés nouées à cette occasion. Aujourd'hui, les autorités de Lausanne décident de reconstruire une Maison de Paille. Quelle subtile idée! Le lien entre la maison détruite et la Maison de Paille 2.0 est assumé, comme l'explique Jean-Christophe Bourquin:

«Cette réalisation, c’est une manière de se racheter pour la Municipalité.» (...) Un mea culpa tardif, allusion à la réaction «trop carrée» des autorités concernant la maison de paille illégale bâtie par les altermondialistes en 2007, puis partie en fumée début 2008. «Nous ne pouvions réagir autrement, même si nous jugions le principe intéressant.»

 

La différence? Cette fois-ci l'addition est à la charge du contribuable. 1.75 millions de francs.

Les délires du collectif Straw d'la bale étaient illégaux et dangereux, mais ils étaient moins cher...

 

manif.jpgChair à canon. 1000 élèves sèchent les cours à Berne pour "dénoncer le nucléaire":

Près d'un millier d'élèves ont fait l'école buissonnière mardi matin à Berne afin de prendre part à une manifestation contre le nucléaire. Ils ont défilé à travers la ville pendant deux heures et demie, bruyamment, mais de manière pacifique. La manifestation les a conduits de la place de la gare jusqu'au siège des FMB - l'exploitant de la centrale de Mühleberg (BE) - en passant par la vieille ville et la fosse aux ours. De nombreux étudiants brandissaient des calicots portant des inscriptions telles que "Stop à l'atome" ou "Pour des énergies renouvelables", tout en scandant "Weg, weg, Mühleberg". Craie en main, les élèves ont aussi griffonné des slogans anti-nucéaire à même le sol et sur les façades de bâtiments. Le cortège, pour lequel aucune autorisation n'a été demandée, a perturbé la circulation au centre-ville.

 

C'est le printemps! Des centaines d'adolescents braillards renonçant à une matinée d'instruction pour servir de faire-valoir à leurs aînés... Manifestation sans autorisation, perturbations, slogans, banderoles politiques standardisées (apparues comme par magie entre leurs mains) et griffonnage sauvage - avec de la craie pour l'instant - tout est en place pour que la relève militante soit assurée.

Bien entendu, les journalistes ne s'inquiètent pas trop de la manipulation inhérente à l'opération. A les en croire, le phénomène serait quasiment spontané, comme la pluie un jour de grisaille. Nous sommes à l'ère Facebook! L'idée qu'un groupe utilise Facebook comme outil de propagande appartient sans doute à la science-fiction. Qui pourrait être à l'origine d'un détournement politique de la jeunesse? On se demande.

Le mouvement a notamment été encouragé sur Facebook, par le biais d'une page intitulée "la jeunesse fait grève". Celle-ci soulignait l'importance pour les élèves de faire entendre leurs voix sur la question nucléaire. Plusieurs partis et organisations soutenaient aussi la manifestation, dont l'Entente verte de la ville de Berne ainsi que les Jeunes socialistes de la ville et du canton.

 

Pur hasard. Ils ont dû découvrir le projet de manifestation le jour même. Et ils passaient par là avec une camionnette de livraison de matériel de propagande, et ils ont décidé sur un coup de tête de le distribuer aux jeunes manifestants...

Bref: les Bernois ont eu mardi le plaisir de voir, depuis les fenêtres des bureaux où ils triment pour gagner leur vie, leurs propres enfants brailler dans une sympathique formation au militantisme grandeur nature. Sans doute une réforme du programme scolaire avant l'heure?

 

photov.jpgLe photovoltaïque, c'est pas automatique. La "filière verte", les énergies renouvelables "profitables" et autres "gisements d'emploi" liés à l'économie écolo-bobo-consciente ont du plomb dans l'aile, en France pour commencer. La faute à la crise financière dans laquelle se trouve l'Etat français, l'obligeant à fermer le robinet de certaines subventions, parmi lesquelles le principal intérêt de la filière photovoltaïque: le rachat de l'électricité produite par ERDF à un prix supérieur au marché. Comme l'explique France-Info, le photovoltaïque est sous le soleil de la crise.

Depuis quelques mois le secteur de l’énergie solaire connaît des difficultés. Des entreprises spécialisées dans les panneaux photovoltaïques ont décidé de se serrer les coudes pour faire face aux nouvelles règles imposée par l’Etat.

Le ciel s’assombrit pour la filière des panneaux des photovoltaïques... Le secteur est entrain de souffrir voire même de mourir à petit feu. En cause: la fin de l’obligation pour l’ ERDF de racheter l’énergie solaire des particuliers.

Lâché par son meilleur allié l’état (sic), des entreprises, fabricants et producteurs se sont réunis au sein d’une association «Touche pas à mon panneau solaire» avec comme objectif de faire valoir une énergie totalement inépuisable et renouvelable à l’infini, celle du soleil.

 

Inépuisable et renouvelable à l'infini - sauf les subventions qui vont avec, et qui sont la seule façon de rendre viable leur activité.

Toute cette histoire est un classique franco-français:

  1. Une filière industrielle se crée et se développe sur une profitabilité artificielle à base d'argent gratuit.
  2. Du jour au lendemain l'Etat change les règles du jeu, faisant vaciller la fragile construction économique.
  3. On assiste ensuite à la formation d'un lobby qui viendra plaider à la cour du roi pour l'extension de ses privilèges, sur le principe du les-temps-sont-durs-mais-notre-secteur-d'activité-devrait-rester-prioritaire-Sire. Mais sur ce créneau la concurrence est rude, et face à la grogne des estomacs et des caisses vides, pas sûr que le photovoltaïque soit en tête de liste.

lestarifsdachatsdellectricitphotovoltaque.gifOn voit en passant les limites du "renouvelable profitable" dont les écologistes nous serinent les oreilles sur tous les tons, passant sous silence que la profitabilité n'existe qu'à travers les poches des contribuables.

Outre le tableau de tarif de rachat ci-contre, mis à mal alors qu'on est encore en 2011 (cliquez pour l'agrandir), je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la "formule de réindexation annuelle" de ces tarifs. C'est encore une fausse promesse de l'Etat français - la réindexation annuelle se dirige nettement plus vite vers zéro - mais la formule vaut son pesant de cacahuètes:

Tous ces tarifs sont réindexés à chaque date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat, par l’application du coefficient L défini ci-après :

L = 0,8 + 0,1 (ICHTrev-TS/ ICHTrev-TS0) + 0,1 (FM0ABE0000/ FM0ABE00000)

ICHTrev-TS est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice du coût horaire du travail révisé (tous salariés) dans les industries mécaniques et électriques ;

FM0ABE0000 est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice des prix à la production de l’industrie française pour le marché français - ensemble de l’industrie - A10 BE - prix départ usine ;

ICHTrev-TS0 et FM0ABE00000 sont les dernières valeurs définitives connues à la date de prise d’effet du contrat d’achat.

 

Simple comme bonjour, non? A défaut d'énergie solaire, il reste les usines à gaz!

21 mai 2011

La Grèce face au principe de réalité

Lentement mais sûrement, la froide vérité s'impose. Tant et si bien que je n'ai même pas besoin de commenter cette dépêche, elle parle d'elle-même.

Zone euro/Grèce: on se résigne lentement à une restructuration de dette

Bruxelles (awp/afp) - Comme jadis en Amérique latine, le tabou de la restructuration de la dette est en train de tomber en zone euro, ce scénario étant désormais ouvertement envisagé en Grèce sous une forme limitée en dépit des fortes divisions qu'il suscite.

Après l'avoir catégoriquement exclue pendant des mois, plusieurs responsables européens sont sortis du bois cette semaine pour évoquer l'impensable. Le chef de file des ministres des Finances de l'Union monétaire, Jean-Claude Juncker, l'a qualifiée de "restructuration douce" passant par une forme de rééchelonnement.

Ce n'est plus en Argentine ou au Mexique que la question se pose mais dans la zone euro, pourtant l'une des régions les plus opulentes de la planète mais qui a financé une partie excessive de sa richesse à crédit.

Pourquoi le vent a-t-il tourné pour la Grèce?

Le pays, malgré un gros effort de réduction de déficit l'an dernier, reste en situation budgétaire critique. Son déficit public 2010 a été revu en hausse à 10,5% du PIB, ce qui l'oblige à partir de plus loin pour assainir ses comptes. Dans le même temps, la récession économique est plus forte qu'attendu, du coup les impôts ne rentrent pas suffisamment dans les caisses de l'Etat.

Au final, la Grèce ne pourra retourner comme prévu sur les marchés en 2012 pour emprunter près de 30 milliards d'euros afin de refinancer sa dette.

La sortie du pays de l'Union monétaire n'étant une option pour personne, car elle appauvrirait terriblement la Grèce et menacerait la zone euro toute entière, l'idée de donner plus de temps au pays pour rembourser fait son chemin.

Une restructuration radicale de la dette, qui verrait la Grèce renoncer à en payer une partie, est pour le moment exclue officiellement, même si les marchés sont persuadés qu'il n'y aura à terme d'autre issue: la dette atteint 150% de la richesse nationale.

Les Européens songent plutôt à un "reprofilage" des emprunts contractés auprès des créanciers publics et privés. Les échéances de remboursement seraient repoussées, dans le cadre d'un arrangement négocié avec les créanciers pour éviter un défaut de paiement créant la panique. Avec sans doute en complément de nouveaux prêts européens et du FMI, en plus des 110 milliards d'euros promis l'an dernier.

Une autre option, voisine, serait que les banques créancières acceptent de renouveler leurs lignes de crédit au terme des échéances en cours. Cette solution a été utilisée déjà dans certains pays d'Europe de l'Est lors du pic de la crise financière mondiale.

Quel serait l'intérêt des banques privées' "Si l'alternative est de perdre leur mise au bout du compte parce que la Grèce n'aura pas les moyens de rembourser, elles n'auront pas d'autre choix", parie Ferdinand Fichtner, économiste de l'institut allemand DIW.

Pour en arriver là toutefois, la Grèce va devoir redoubler d'efforts pour assainir son budget malgré la grogne sociale. Ses partenaires exigent plus de privatisations, et vite.

Il reste surtout à vaincre l'opposition de la Banque centrale européenne à toute idée de restructuration, dure ou douce, susceptible, selon elle, de faire paniquer les marchés et de créer un dangereux précédent. La France, en porte-à-faux avec l'Allemagne sur le sujet, est aussi très réticente.

Ces clivages se retrouvent dans les négociations difficiles en cours entre Européens sur les contours de leur futur Fonds de secours, le Mécanisme européen de stabilité financière (MES), appelé à fonctionner mi-2013.

Berlin insiste pour que les banques participent sur une base volontaire à des plans de restructuration en cas de grave crise de la dette, mais doit batailler avec la plupart de ses partenaires et surtout la BCE, opposée à inscrire cela dans le marbre.

 

Voilà. La dette grecque va être restructurée. C'est l'instant critique: si des banques sont trop exposées à la dette grecque, elles sauteront, en provoquant une nouvelle crise bancaire qui dévastera l'Europe financière. Mais au train où vont les choses, nous saurons vite si ça passe ou ça casse...

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