05 janvier 2017

L'étrange bataille d'Alep

Alep, ville martyre, promettait de devenir la nouvelle bataille de Leningrad du XXIe siècle, l'autel sur lequel seraient sacrifiées en vain d'innombrables victimes innocentes. L'offensive de Bachar el-Assad et de ses alliés contre Alep la rebelle était un "assaut contre l’humanité" en novembre, notre "Guernica" en décembre...

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Hormis sans doute les présidentielles américaines, rarement événement géopolitique donna lieu à pareille surenchère médiatique. Alep devint le cimetière de bien davantage de que des civils et des combattants: L'Europe, l'ONU et le droit moururent à Alep. En fait, la Communauté Internationale toute entière mourut à Alep. Sur un ton plus léger, les espoirs de percée électorale du candidat libertarien américain Gary Johnson moururent aussi à Alep. Ainsi que les derniers restes de crédibilité de Hollande, qui ne voyait avec sa clairvoyance habituelle qu'une solution politique pour sortir de la crise.

La désinformation sur Alep battait son plein, les voix lucides se faisant bien rares. Parmi elles, Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), qui eut doit à quelques minutes d'antenne absolument limpides - à trois jours de Noël, à minuit moins vingt...

Ce faisant, il rappela quelques vérités contextuelles sur l'apocalyptique bataille d'Alep:

"On est à mon sens sur une falsification de l'information qui est énorme. Bien sûr qu'il y a sur une guerre civile en Syrie, mais ça ne concerne que 30% d'Alep, ce sont soit des civils qui sont pris en otage par des djihadistes, soit des gens qui refusent de quitter les quartiers parce qu'ils soutiennent ces mêmes djihadistes. On ne vous parle pas de tout ce qui se passe ailleurs en Syrie. On se fait rouler dans la farine avec Alep. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de victimes innocentes qui périssent (...) Seul 1/3 d'Alep est victime des bombardements, et j'insiste, c'est 1/3 de la ville dans lequel des djihadistes dangereux sont présents qui depuis des années tirent sur les quartiers chrétiens et le reste de la ville, ce dont on ne parle jamais.


Plus ignoble encore, il rappela à quel point une "crise humanitaire" est un merveilleux outil pour éviter que les regards ne se perdent sur d'autres théâtres d'opérations:

On ne parle pas non plus du massacre humanitaire que conduisent les Saoudiens aujourd'hui au Yémen où systématiquement des hôpitaux sont ciblés, des sites archéologiques détruits. Un de nos contacts qui est rentré du terrain l'autre jour nous disait qu'en Syrie, il y a des tas d'endroits où les choses se passent bien où on peut dîner dans la rue le soir dans les quartiers de Damas, aller au bord de la mer, donc le pays n'est pas à feu et à sang [à méditer face au prochain débarquement de "réfugiés syriens", NdA]. Au Yémen, c'est totalement différent, il n'y a quasiment pas 1 km² qui ne soit pas bombardé par les Saoudiens, et on ne parle pas de cela. Dans les années 90, dans une ancienne colonie française (belge NDLR), le Congo, une guerre civile a fait 400 000 morts sur 4M d'habitants, soit 10% de la population. On n'en parle pas non plus. Aujourd'hui, le focus qui est mis sur la Syrie d'une part et sur Alep avec les désinformations qui les accompagnent est une falsification complète de la réalité, ce qui ne veut pas dire qu'on défende Bachar el-Assad, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de victimes civiles qui disparaissent, mais il y a quelque chose d'extrêmement dangereux : pour un jeune islamiste aujourd'hui, la façon dont les médias occidentaux présentent la crise d'Alep est une motivation pour passer à l'action.


Il y avait quelque chose de franchement indécent dans la façon dont les médias couvraient l'offensive du régime syrien à Alep. Si des massacres eurent lieu, ils ne furent pas forcément imputables aux méchants désignés, le régime de Damas et ses alliés russes et iraniens, mais bien aux défenseurs d'Alep, ces charmants rebelles dont les médias occidentaux pleuraient la future disparition et qui utilisaient les civils comme otages et boucliers humains.

Quelque chose ne collait pas. Les forces du régime syrien n'avaient aucun avantage à laisser des poches de population au milieu des combats. Ils laissèrent d'ailleurs volontiers les civils fuir lors du reste de la libération de la ville. Les civils d'Alep-Est eux-mêmes n'avaient aucune raison de rester sur place pendant l'affrontement. Beaucoup prirent de grands risques pour partir, menacé de mort par nos rebelles "humanistes". Mais beaucoup d'autres choisirent de rester. Lâchons enfin l'explication: parce qu'Alep-Est était un fief de l'État Islamique et les "civils" d'Alep-Est, les familles des combattants.

Alep-Est était le dernier bastion d'une capitale administrative de l'État islamique gérée en tant que telle. Les civils d'Alep-Est n'étaient pour beaucoup que des Aleppins de fraîche date. Ils vinrent simplement comme une seconde vague de nouveaux occupants lorsque les milices de l'EI déferlèrent sur la ville en juillet 2012, chassant les habitants historiques de leurs foyers avec la violence coutumière des djihadistes.

La couverture de la bataille d'Alep par les médias occidentaux est plus qu'indécente ; elle relève de la collaboration directe avec le pire ennemi de l'Occident. La même chose vaut pour l'ONU et les organisations non-gouvernementales qui prirent fait et cause pour préserver sous des prétextes humanitaires la dernière enclave de l'EI dans cette grande ville de Syrie. Leur opiniâtreté finit par payer ; Damas et Moscou accordèrent des couloirs d'évacuation pour les combattants de l'EI et leurs familles. Le 22 décembre, les Suisses purent ainsi découvrir un reportage hallucinant de l'évacuation "humanitaire" d'Alep: cinq mille partisans de l'EI, dont seuls 20% de civils (parmi lesquels un nombre indistinct de futures bombes humaines) bénéficièrent sous la supervision d’observateurs de l'ONU d'une évacuation vers des zones contrôlées par l'EI.

Ce jour-là, le mythe des "rebelles modérés" s'effondra enfin.

Depuis, Alep reprend vie ; on y fête Noël ; les habitants reviennent ; on pense à la reconstruction ; et on découvre chaque jour de nouvelles horreurs témoignant de la brutalité de l'occupation islamiste. Selon toute vraisemblance, la reconquête d'Alep est une bonne chose. On tentait d'effrayer le bon peuple avec la chute d'Alep, alors qu'il s'agissait d'une libération. Maintenant que les faits leur ont donné tort, les grands de ce monde ne s'attardent plus guère sur le sort de cette ville.

22 décembre 2016

L'État allemand, entre aveuglement et incompétence

Dure période de Noël pour nos amis allemands ; ils découvrent, effarés, que non seulement leur pays est en première ligne face à l'islamisme, mais que les autorités chargées de veiller sur leur sécurité sont aussi incompétentes que leur gouvernement.

attentat_berlin.jpg"La polémique ne cesse de prendre de l'ampleur", résume avec pudeur Le Matin pour parler de la vague d'indignation qui étreint l'Allemagne après la fuite d'Anis Amri, l'auteur présumé de l'attentat. Il faut dire que la gestion du dossier a été proprement accablante à tous les niveaux.

Police - Alors que le portefeuille et les papiers d'identité d'Anis Amri avaient été découverts dans le poids lourd qui a ravagé un marché de Noël, la police de Berlin a préféré concentrer ses efforts sur un suspect pakistanais suivi à distance par un témoin depuis le lieu du crime. Ce demandeur d'asile fut lavé de tout soupçon mais au prix d'un précieux temps perdu. Même si on imagine que les enquêteurs se sont intéressés à M. Amri dès la découverte de ses papiers sous le siège du conducteur, ils n'ont lâché son nom que lorsque leur premier suspect a été mis hors de cause.

Moralité, le terroriste a une bonne longueur d'avance. La police envoya 150 policiers perquisitionner sans succès une de ses dernières planques connues, un foyer de réfugiés dans l'ouest de l'Allemagne, à Emmerich, où Anis Amri aurait séjourné il y a quelques mois. Mais lorsque les forces de l'ordre en arrivent à proposer une récompense de 100'000 euros pour tout indice permettant son arrestation, on peut imaginer qu'elles ne disposent plus de la moindre piste sérieuse.

Justice - Anis Amri disposait déjà d'un important casier judiciaire.

L'homme était très connu par les services de police et faisait l'objet d'une enquête pour un projet d'attentat. Il vivait en Allemagne depuis 2015, mais les enquêteurs ont remonté sa trace jusqu'en 2012, alors qu'il vivait en Italie en situation irrégulière. Il y a été condamné pour l'incendie volontaire d'une école. (...) Il devait quitter le territoire allemand avant le 30 juin 2016, mais l'homme a pris 8 identités différentes et déménagé de nombreuses fois.


Débouté de sa demande d'asile en juin 2016, il ne fut pas expulsé d'Allemagne, officiellement en raison d'un contentieux entre Berlin et Tunis. Les autorités de Tunisie n'auraient pas reconnu la validité des papiers d'identité de l'individu - et ce, bien qu'il ait été là-bas condamné à cinq ans de prison par contumace.

"Pourquoi une personne comme le suspect tunisien a pu jouer au chat et à la souris avec les autorités en charge de son expulsion?", demande le quotidien local Darmstädter Echo. La réponse est des plus consternantes: constatant l'impossibilité de le renvoyer en Tunisie, la justice allemande le laissa tout simplement libre.

Services de Renseignement - Anis Amri n'a rien non plus du sempiternel "loup solitaire". Âgé de 24 ans selon l'une de ses nombreuses identités, il faisait partie d'un groupe de Tunisiens comportant entre autres l'homme qui fonça sur la foule lors de l'attentat de Nice et un autre qui assassinat de sang-froid des touristes sur une plage de Tunisie. Et les autorités allemandes le savaient.

Anis Amri était pourtant bien connu [du centre de lutte antiterroriste]. Pendant l'essentiel de l'année 2016, il avait été placé sous surveillance à Berlin car suspecté de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes automatiques et un attentat. (...)


L'enquête fut abandonnée en septembre faute d'éléments probants. Pourtant, il avait fait l'objet d'un signalement en novembre encore.

"Le fait que l'État Islamique revendique l'attaque avant l'arrestation de l'exécutant donne à penser que ce dernier est en contact avec un membre de l'organisation" explique Amarnath Amarasingam, un expert sur l'extrémisme de l'Université George Washington. On estime à au moins 6'000 le nombre de Tunisiens qui ont rejoint les rangs de l'EI, ce qui fait d'eux la nationalité la plus représentée au sein du groupe. Nombre d'entre eux s'entraînèrent en Libye voisine, les autres parvinrent jusqu'en Syrie et en Irak.

Peu de mystère et beaucoup de bêtise

Pourquoi viser l'Allemagne, ce pays tellement ouvert aux flux de migrants musulmans qu'il en a provoqué le chaos dans toute l'Europe? Pourquoi en vouloir à Mme Wir schaffen das! Merkel en donnant ainsi des points à ses adversaires politiques de l'AfD? Poser la question revient à admettre qu'on ne comprend pas la mentalité des terroristes affiliés à l'EI. Pour eux, chacun est coupable - et punissable de mort - à partir du moment où il vit en Occident. Les croyances et opinions n'ont pas d'importance. Même les musulmans locaux sont perçus comme des tièdes et des hypocrites dangereusement compromis. Allah reconnaîtra les siens.

anis_amri.jpgDe même, la présence de documents d'identité directement sur les lieux du crime n'a rien de surprenant. Les assaillants de Charlie Hebdo procédèrent ainsi, de même que l'un des terroristes des attentats de Paris et que le conducteur qui fonça dans la foule à Nice. Dans tous ces cas les terroristes furent tués. Les islamistes cherchent à mourir en commettant leur forfait. Laisser ses documents sur place facilite l'identification du coupable et permet une revendication d'autant plus forte. C'est aussi une quête égocentrique de célébrité à titre posthume - la proportion de selfies que les assassins laissent derrière eux avant de commettre leur forfait en est tout à fait symptomatique.

Il est probable qu'en fonçant sur le Marché de Noël de Berlin, Anis Amri s'était préparé à vivre ses derniers instants. Il s'imaginait sans doute finir criblé de balles comme Mohamed Lahouaiej Bouhlel après sa folle course sur la Promenade des Anglais. Il fut sans doute le premier surpris de constater qu'après avoir semé le chaos, seuls des cris de panique et les sanglots se firent entendre. Pas de mise en joue par un militaire ou un policier, pas le moindre impact de balle sur la carrosserie du poids lourd finalement immobilisé. Il put quitter son camion à pied et disparaître à la faveur de l'agitation, en toute simplicité. En tout état de cause, Anis Amri ne s'attendait certainement pas à ce que la police allemande le gratifie de 48 heures de tranquillité supplémentaire, un joli cadeau de Noël aux islamistes en période de fêtes.

Même les terroristes sont surpris par la naïveté des autorités allemandes.

Mise à jour (23 décembre): Le suspect a été abattu à Milan en Italie. L'homme le plus recherché d'Europe aura réussi à franchir au moins deux frontières en toute impunité pendant sa traque.

Mise à jour (25 décembre): Malgré les dénégations des officiels, on apprend que M. Amri a résidé deux semaines en Suisse. Et les médias (américains seulement bien sûr) révèlent que les quelques heures d'avance accordées au terroriste en cavale l'ont été par M. Till Steffen, Sénateur de la Ville de Hambourg et président de l'autorité judiciaire. M. Seffen - politicien écologiste - craignait que la diffusion du portrait de M. Amri un peu partout ne provoque des commentaires "racistes" sur Facebook. On voit le sens des priorités de nos élites.

Pendant plusieurs heures, la police allemande a donc cherché à appréhender Anis Amri mais en toute discrétion, sans se faire trop remarquer, et ce n'est qu'une fois que le suspect lui a complètement échappé (et a réussi à franchir les frontières franco-allemandes et franco-italiennes) que les enjeux de sécurité semblent avoir dépassé ceux de la communication de crise. Bravo M. Steffen!

19 décembre 2016

Dure journée du 19 décembre

Dramatique inauguration - À Ankara, l'ambassadeur russe en Turquie, Andrei Karlov, a été abattu en plein discours par un terroriste aux cris de "Allah akbar". L'inauguration de l'exposition photographique s'est révélée plus animée que prévu lorsque le tireur, un policier membre des forces anti-émeutes, a ouvert le feu sur le diplomate russe de 62 ans en poste dans la capitale turque depuis 2013. Après avoir commis son forfait, l'assassin hurla en arabe et en turc "n'oubliez pas la Syrie, n'oubliez pas Alep", protestant certainement contre le choix des sujets retenus pour l'exposition. Il blessa trois autres personnes mais fut finalement abattu par d'autres policiers.

scene_de_crime_19_decembre.jpgDramatique coïncidence - À Zurich, en fin d'après-midi, des tirs ont retenti au centre-ville, bouclé depuis par les forces de police pour retrouver le tireur, en vain à l'heure où ces lignes sont écrites. On dénombre trois blessés et un mort. Les médias notèrent que les tirs avaient eu lieu à proximité d'un centre islamique de la ville. Le porte-parole de la police zurichoise "se refusa à tracer un parallèle" entre les événements et le fameux centre islamique. Il fut désavoué par inadvertance quelques minutes plus tard par une journaliste de la RTS qui annonça que des témoins avaient entendu les coups de feu dans le centre islamique.

Dramatique accident de la circulation - En Allemagne, un poids-lourd de 38 tonnes d'origine polonaise a foncé dans la foule sur un marché de Noël de Berlin, provoquant 9 morts et plusieurs dizaines de blessés selon un décompte provisoire. Les autorités ont invité les Berlinois à rester chez eux et à ne pas propager de rumeurs, une nouvelle forme de mesure de prudence. Le jour même d'un éventuel attentat, propager des rumeurs serait donc dangereux. Pour qui, pourquoi? On aimerait bien davantage de précisions.

Par chance, aucun point commun entre ces trois événements dont la conjonction pourrait gâcher la bonne humeur de ces fêtes de fin d'année. Réjouissons-nous d'ailleurs que dès demain les éditorialistes et les politiciens nous gratifient de divers discours expliquant, par exemple, qu'il y a toujours eu des morts dans des accidents de circulation à cette période de l'année, et qu'il serait vain et bien malheureux que de vouloir y percevoir autre chose.

Le sondage du jour du Figaro était "êtes-vous inquiet du réchauffement climatique". Tout est dit.

08 décembre 2016

Aylan et Maria

Il s'appelait Aylan Kurdi. En septembre 2015, son corps fut retrouvé noyé sur une plage de Turquie après le chavirage de l'embarcation qui devait le mener, lui et sa famille, jusqu'en Grèce. Les images du petit enfant noyé, le visage sans vie léché par les vagues, firent le tour du monde et la couverture de tous les journaux. Au 19h30 de la RTS, on relaya la séquence vidéo sans retenue, se délectant d'infliger tant de mauvaise conscience à tous ces Suisses mal-pensants.

Car voyez-vous, les gens qui s'opposaient aux migrants, faux réfugiés et passeurs, étaient complices de la mort du petit Aylan. On le leur fit bien comprendre. C'était eux qui devaient se livrer aux reproches et à l'introspection, et non son père au rôle trouble, envoyant sa famille en pleine tempête en rognant sur les gilets de sauvetage alors que pas un ne savait nager.

allemagne,médias,mensonge,criminalité,immigrationUn an plus tard, nous avons Maria.

Elle s'appelait Maria Ladenburger. En octobre 2016, son corps fut retrouvé noyé sur la berge du Dreisam à Fribourg-en-Brisgau (Baden-Württemberg) en Allemagne. Violée avant d'être noyée, Maria, dix-neuf ans, était étudiante en médecine et travaillait comme volontaire pour le centre des réfugiés locaux. Fille d'un haut-fonctionnaire de l'Union Européenne, Clemens Ladenburger, conseiller juridique de la Commission Européenne, elle militait comme son père pour un accueil plus grand encore des hordes d'immigrés clandestins qui prennent d'assaut le continent européen depuis un an et demi.

Son agresseur fut arrêté début décembre - Hussein Khavari, un demandeur d'asile théoriquement âgé de 17 ans, arrivé en provenance d'Afghanistan comme "mineur non accompagné" en 2015 et vivant depuis en famille d'accueil. Son ADN fut formellement identifié comme celui du violeur. Son vélo fut retrouvé à 500m du lieu de l'assassinat et des images de vidéosurveillance montrent qu'il tenta de changer son apparence après le meurtre.

La police soupçonne également Hussein Khavari du viol et du meurtre de Carolin G., assassinée près d'Endingen, à 30 kilomètres de Fribourg, trois semaines après la mort de Maria Ladenburger. Cependant, aucune trace d'ADN n'a été retrouvée sur cette scène de crime. Mais quels que soient les actes dont il est accusé, M. Khavari ne pourra subir de peine d'emprisonnement supérieure à dix ans, en vertu du droit pénal allemand envers les mineurs. Il faut préserver ses chances de réinsertion, voyez-vous.

Les médias allemands choisirent de ne pas parler du meurtre de Maria. Certains avancèrent qu'il s'agissait avant tout d'un fait-divers régional. D'autres, moins hypocrites quant à leurs motifs, expliquèrent qu'ils craignaient de donner des munitions aux adversaires de la politique d'accueil fermement tenue par la Chancelière allemande Angela Merkel. C'est une attitude tout à fait responsable: rien de plus odieux que d'exploiter la mort d'un(e) innocent(e) à des fins politiques. Aucun média digne de ce nom ne s'abaisserait à une telle félonie ; tous se contentent de seulement rapporter les faits lorsqu'ils le méritent, avec pudeur et sobriété, comme dans l'affaire Aylan Kurdi.

S'exprimant donc sur un simple fait-divers régional qui ne demandait aucune attention particulière, plusieurs responsables politiques allemands comme Sigmar Gabriel, ministre de l'économie, se sentirent malgré tout obligés de venir plaider que "de tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d'Afghanistan ou de Syrie n'arrive". Dont acte, même si des événements comme les attaques de Cologne de ce début d'année bousculent un peu les statistiques.

Au final, il est regrettable que les médias ne se soient pas étendus davantage sur l'assassinat de Maria car c'est une belle histoire de persévérance et de pardon. Pendant la messe d'enterrement de sa fille, M. Ladenburger organisa une petite quête pour aider à financer des associations d'accueil de migrants. Nul doute qu'un peu avant de se faire violer et noyer par un réfugié afghan, c'est sans doute ce qu'elle aurait voulu.

05 décembre 2016

Difficile week-end électoral pour l'Europe

L'Union Européenne a mal à ses élections. L'Autriche s'arc-boute pour rester temporairement dans les bornes du politiquement convenable. L'Italie, troisième puissance économique de la zone euro, en sort bruyamment.

Les murailles de Vienne

italie,autriche,électionsLe week-end avait pourtant bien commencé avec l'élection d'Alexander Van der Bellen au poste de président en Autriche. Six mois après un premier scrutin invalidé suite à d'inavouables fraudes, l'écologiste "indépendant" rassembla finalement 53% des suffrages - moins d'un pourcent de plus qu'à la tentative précédente, bien qu'ayant bénéficié d'un matraquage continuel de l'opinion publique en sa faveur.

Selon une technique éprouvée, M. Van der Bellen fut soutenu par absolument toute la classe politique, les médias, les people, les intellectuels et le reste. Mais Norbert Hofer n'est pas Trump, pas plus que les Autrichiens ne sont des Américains. Les vieilles recettes du passé fonctionnèrent donc encore - une dernière fois sans doute. Car la victoire à la Pyrrhus du nouveau président et de ses alliés augure d'un sombre avenir pour le camp victorieux. Seul contre tous, le Parti de la Liberté (FPÖ) atteint 46% à l'échelle nationale. Il réunit jusqu'à 40% d'intentions de vote à Vienne, la terre censée lui être la plus hostile. Les prochaines élections seront donc délicates. Heureusement, M. Van der Bellen, amoureux de la démocratie, déclara que "lui vivant" jamais il ne nommerait un chancelier issu du FPÖ même si ce parti devait remporter les élections...

La maigre victoire autrichienne suffit aux élites européennes, qui purent crânement se réjouir que la coque tienne. Elle céda le même jour, quelques heures plus tard, en Italie.

Renzi logiquement poussé vers la sortie

Matteo Renzi n'eut pas pour lui les six mois de délais que s'octroyèrent les autorités autrichiennes face à des enveloppes de vote mal collées. Il n'eut droit qu'à un essai, et échoua lamentablement. Toutefois, à l'inverse de la situation autrichienne où M. Hofer mena pendant longtemps dans les sondages avant une surprise finale, l'effondrement du gouvernement italien était prévisible depuis longtemps, comme le démontrent des scores sans appel: plus de 59% des votants opposés au texte, avec une participation de plus de 65%.

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La première erreur de M. Renzi est d'avoir confondu nomination et légitimité. Cela arrive souvent lorsqu'on obtient un mandat sans passer par des élections générales. Une fois l'insupportable Berlusconi débarqué quasiment par décret d'Angela Merkel, Matteo Renzi se retrouva secrétaire général du Parti démocrate en faisant tomber son prédécesseur Enrico Letta, puis à la tête de l'Italie. Incarnant une gauche moderne et volontariste, adoubé par les plus hautes élites européennes, comment pouvait-il s'embarrasser de ce que pensait de lui la plèbe italienne?

La deuxième erreur de M. Renzi est d'avoir oublié le peuple. Alors que le peu de légitimité de son accès au pouvoir aurait dû susciter la modestie, M. Renzi fit exactement le contraire en redoublant de suffisance. Utilisant sa fonction comme une tribune pour distiller ses bonnes leçons aux Italiens, qualifié d'Obama à l'italienne pour son allure décontractée, il devint le chouchou des média italiens, jusqu'à une couverture de Vanity Fair où il posa comme une vedette de cinéma. Mais où était le peuple? Les signaux contraires, électoraux notamment, s’amoncelèrent - jusqu'à des municipales qui virent l'échec historique du Parti démocrate à Rome et à Turin face au Mouvement Cinq Étoiles.

La dernière erreur de M. Renzi est d'avoir personnalisé le scrutin. L'histoire retiendra l'ironie d'un Président du Conseil éjecté par sa tentative de mise en place d'une nouvelle organisation "plus stable" de l'État... Quels que soient les mérites de sa réforme - et elle en avait quelques-uns - il la condamna à l'échec en la présentant comme un vote de confiance sur sa personne. Matteo Renzi pensait sans doute réitérer le succès de son début de mandat où il parvint à damer le pion à ses concurrents à gauche, mais les Italiens eurent le temps de jauger sa politique et son style - agréable mais porteur de peu de substance.

Bien que coqueluche des médias et aimé hors des frontières de la Péninsule (les Italiens de Suisse votèrent à 64% en faveur de son texte, un score aligné avec l'ensemble des Italiens de l'étranger) les Italiens d'Italie virent dans le scrutin une occasion unique d'éliminer un dandy de gauche agréable mais décevant, dont les principales réformes ne cernaient certainement pas l'essentiel.

Prochaines étapes

Par un score sans appel, Matteo Renzi a donc été poussé assez brusquement vers la sortie. Son élimination politique ouvre une période d'incertitude pour l'Italie, le Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo menant la danse. On ne sait même pas selon quelle loi électorale auront lieu les prochaines élections. De plus, l'Italie reste un pays en crise, étranglé entre les vagues de migrants et un secteur bancaire à l'agonie. Sur quel obstacle trébuchera-t-elle en premier?

Aujourd'hui, les médias s'émeuvent de plusieurs images montrant un sommet où participaient Angela Merkel, François Hollande, Matteo Renzi, David Cameron et Barack Obama. Des cinq, quatre ont été évincés ou sont sur le départ.

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Le visage de l'Occident change rapidement.

Les prochaines étapes électorales sont:

  • Le 15 mars, des élections générales au Pays-Bas (Geert Wilders)
  • Le 23 avril et le 7 mai, les élections présidentielles françaises (un probable duel Le Pen / Fillon)
  • En octobre, les élections générales en Allemagne, le destin d'Angela Merkel étant dans la balance.

Mais hors du cadre démocratique de nombreuses échéances surviendront, avec des restructurations de dette grecque, les menaces de la Turquie quant au flux de migrants, l'activation du Brexit par le Royaume-Uni, ou une ou deux faillites bancaires d'importance systémique...

L'année 2017 s'annonce sportive.

02 décembre 2016

Retraite en Hollande

Jugée par certains comme la meilleure décision de son quinquennat, François Hollande vient d'annoncer qu'il ne se représenterait pas en 2017. La gauche française est-elle sauvée pour autant? Peut-être pas, car le Président a commis des ravages au sein de son camp ; mais malgré tout, la clarification est bienvenue et pourra peut-être sauver le premier tour des présidentielles.

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Une relation difficile avec la réalité

Dire que l'annonce de François Hollande était attendue serait un euphémisme. Sur Euronews, les programmes habituels furent interrompus pour laisser le Président s'exprimer en direct.

Dans un cadre solennel, le tout ne pris que dix petites minutes - huit pour présenter et défendre son bilan, deux pour enfin lâcher le morceau. Même là François Hollande aura réussi à surprendre. Il commence par annoncer que les choses s'arrangent, que la courbe du chômage s'inverse enfin, que la dette publique est "maîtrisée", évoque rapidement la déchéance de nationalité comme sa "seule erreur"... Et finalement annonce qu'il renonce à se lancer en 2017, de crainte de ne pas "assez rassembler" autour de lui.

Depuis, ces éléments de langage sont abondamment disséqués par les médias et tous relèvent la contradiction: Hollande annonce que tout va mieux, mais n'est pas candidat à sa réélection. En réalité bien sûr, tout ne va pas si bien, et tous les Français vous le confirmeront - même les socialistes. Les déficits de l'État français continuent à être abyssaux, les engagements du traité de Maastricht ne sont prétendument tenus qu'au prix des plus grandes incertitudes, le choc fiscal a laissé nombre d'entreprises et de foyers sur le carreau, la croissance est anémique, 600'000 personnes sont venues grossir les rangs des chômeurs depuis le début du quinquennat...

Énième illustration du fil rouge de sa présidence, François Hollande semble avoir une perception de la réalité très différente de la réalité - ou du moins de la perception de cette même réalité par le reste de la population française. Les attentes des Français étaient immenses, et sur tous les chantiers en souffrance - santé, rôle de l'État, compétitivité, logement, sécurité, citoyenneté, finances, droit du travail - les réformes ont été médiocres ou inexistantes. La popularité historiquement basse du Président ne vient pas de nulle part.

Ensemble à gauche

On peut tout de même accorder à François Hollande le mérite d'avoir fait son effet. Face à l'indécision affichée par le politicien, la pression devenait absolument intenable, non seulement pour lui, mais même pour son gouvernement et ses proches. L'histoire du "candidat naturel du PS" a vécu. Quelques jours plus tôt le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis annonçait encore que oui, François Hollande serait "évidemment" candidat à la primaire socialiste. A-t-il été dépassé par ses propres convictions? Le Président a-t-il changé d'avis entre-temps? Nul ne le sait.

Outre le "courage" et "l'audace" aujourd'hui prêtés à François Hollande, sa décision a le mérite de clarifier enfin la situation à gauche. La longue liste des appétits présidentiels se libère. Manuel Valls et Arnaud Montebourg s'affronteront probablement dans les primaires de la gauche. Seront-ils rejoints par tous les ambitieux, d'Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, voire François Bayrou, qui se sentent aujourd'hui pousser des ailes? Ce n'est pas certain. Il en va pourtant de la crédibilité d'une gauche qui, entre divisions et éclatement, aura été transformée en champ de ruines par ce quinquennat.

Paradoxalement, une gauche unie (à défaut d'être victorieuse) est importante pour les présidentielle françaises. Il en va de la santé du débat public. Une gauche pléthorique et inaudible disparaîtra trop vite des écrans radar, laissant un boulevard aux probables finalistes François Fillon et Marine Le Pen, et les amenant tous deux à gauchir leur discours pour pêcher cet électorat. Est-il dans l'intérêt de la politique que les positions des principaux candidats se diluent dans un gruau indistinct pour rassembler tous azimuts? Pour l'éviter durant la plus grande partie de la campagne, jusqu'au soir du premier tour des présidentielles, il est donc important que la gauche française parvienne à se doter d'un nouveau meneur, et, rêvons, qu'elle se modernise enfin.

On le devine, le chantier est immense, et le calendrier serré. A défaut de réussir cette fois, il faudra attendre une élimination humiliante l'année prochaine pour espérer enfin une forme de cohérence à l'aube des élections de 2021. Que de temps perdu!

La solitude du chef

Pourquoi François Hollande a-t-il tant attendu? Pourquoi a-t-il finalement pris le contre-pied de ses propres confidences où il annonçait qu'il déclarerait ses intentions le 10 décembre? Certains évoquent les effets du livre "un président ne devrait pas dire ça" qui auraient rendu impossible la relation de travail avec Manuel Valls. D'autres le sursaut de réalisme d'un homme croyant toujours pouvoir revenir de tout - une foi chevillée au corps qui lui permit en effet, alliée aux circonstances, d'accéder à la présidence de la République.

Le retrait de François Hollande pourrait être finalement une simple question de fierté. Ne pas accéder au second tour aurait été un affront, mais échouer à la primaire socialiste, un camouflet. Même à cette étape, ses chances semblaient désormais compromises. La pilule reste amère: François Hollande sait qu'il n'est plus qu'un président en sursis, un lame duck, un canard boiteux selon l'expression américaine. Le peu d'influence qu'il gardait encore vient de s'évaporer. Qui l'écoutera encore d'ici au mois de mai, si ce n'est par politesse? Du fond de son impopularité, au terme d'un mandat terne et mené en vain, il disparaîtra dans les brumes de l'histoire.

Par son étroitesse de vue, ses manœuvres, son manque d'envergure, le quinquennat de Hollande n'aura finalement été que du temps perdu.