29 octobre 2017

L'espoir venu d'Arabie Saoudite

Une fois n'est pas coutume, des nouvelles encourageantes nous proviennent d'Arabie Saoudite, où le Prince héritier Mohammed ben Salmane déclara cette semaine le souhait de retourner à un islam modéré - ainsi que la volonté de "détruire l'extrémisme".

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L'annonce eut lieu devant un parterre de quelques quatre mille investisseurs et journalistes étrangers réunis à Ryad pour une conférence économique internationale, le Future Investment Initiative. Le prince fit état de sa vision d'une Arabie Saoudite post-pétrolière où la prospérité du royaume viendrait désormais de la haute-technologie, du capitalisme et du tourisme. Ces visions se concrétiseraient à travers la construction d'une méga-cité écologique et robotique à 500 milliards de dollars située au bout d'un pont reliant l'Arabie Saoudite au Sinaï égyptien par-dessus la Mer Rouge. Le projet s'appellerait NEOM.

Malgré son ampleur, l'ambitieuse vision du prince n'est pas un rêve absurde. Il affirma ainsi que les premiers investissements seraient assumés par le Fonds Souverain Public d'Arabie Saoudite, et attireraient dans les projets des partenaires aussi divers que des sociétés travaillant dans l'énergie renouvelable, la biotechnologie, la robotique et même les spectacles, l'idée étant à terme de proposer des actions de NEOM sur le marché boursier.

Bien sûr, la perspective de faire venir des entreprises sur le sol saoudien est délicate compte tenu de l'interprétation rigoriste de l'islam infligée à la population locale depuis des décennie. La récente autorisation de conduire accordée aux femmes - selon la volonté de Mohammed ben Salmane d'ailleurs - n'est qu'une goutte d'eau de liberté dans un océan d'interdits. Mais le jeune prince de 32 ans semble bien comprendre que le salut économique de son pays passe par la réforme. La réforme de la pratique de l'islam.

Dans un premier temps, NEOM devrait être une enclave sur le sol saoudien, mais non soumise aux règles qui régissent le reste du pays (un peu comme Hong-Kong put fleurir grâce au capitalisme anglo-saxon au lieu de souffrir sous le joug communiste du reste de la Chine.) Mais cette situation sera déjà un casus belli pour le clergé wahhabite, considérant chaque centimètre carré d'Arabie Saoudite comme sacré au nom de l'islam, sans compter l'idée que des Saoudiens puissent y travailler et donc se confronter au mode de vie non-islamique des étrangers.

Pourtant, le prince Mohammed ben Salmane ne semble guère s'en inquiéter. La rupture avec le clergé sera facilitée par le désir d'émancipation de la jeunesse saoudienne et la simple survie économique du royaume. Son choix est totalement assumé et tout à fait clair. Citant La Croix:

« Nous voulons vivre une vie normale. Une vie où notre religion signifie tolérance et bonté », a-t-il répondu à une journaliste devant un parterre d’investisseurs et de journalistes étrangers. « 70 % de la population saoudienne a moins de 30 ans et, franchement, nous n’allons pas passer 30 ans de plus à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant et tout de suite ».

« Nous ne ferons que retourner à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions », a-t-il encore assuré.


Dans un pays où la possession de bibles est interdite, où des bloggeurs sont fouettés, où les femmes sont possédées et surveillées par les hommes, pareilles déclarations semblent tenir de la science-fiction. Mais un prince héritier saoudien n'est pas exactement le premier venu. Le plan n'est pas improvisé, et l'ouverture récente à Médine de l'Institut du Roi Salmane destiné à faire le ménage parmi les "hadith du prophète", ces milliers de paroles ou de gestes prêtés à Mohammed à l'historicité plus que douteuse mais auxquels l’ensemble de la sphère salafiste prête une valeur parfois supérieure au Coran, paraît s'inscrire dans une stratégie d'ensemble.

Bien entendu, rien n'est joué. Remettre en question le lien historique entre la famille royale saoudienne et le clergé wahhabite finançant mosquées et expansion de l'islam dans le reste du monde pourrait être interprétés par certains comme une déclaration de guerre. Les terroristes islamistes saoudiens ne manquent pas. Il pourrait y avoir une nouvelle révolution de palais, changeant encore une fois le prince héritier - un titre attribué à cinq membres différents de la famille du roi Salmane depuis 2012. Le Prince héritier Mohammed ben Salmane pourrait lui-même faire face à quelques défis de légitimité lorsque le vieux roi malade, âgé de 81 ans, finira par s'éteindre. Et le projet NEOM pourrait être un échec économique.

Les inconnues sont donc nombreuses, mais l'avenir de l'Arabie Saoudite semble soudainement beaucoup moins déterminé. Les lignes bougent et le prince héritier fit à plusieurs reprise référence au "virage" pris dans les années 70. Le début de la décennie avait amené une ouverture dans le royaume, avec l'introduction de la télévision et de l'école pour les filles, mais les choses changèrent avec l'assassinat du roi Faisal en 1975 et la prise du pouvoir par les Ayatollahs iraniens en 1979, poussant les deux puissances musulmanes de la région à rivaliser dans l'extrémisme.

Pour tous les islamistes, la déclaration du prince est une bien mauvaise nouvelle. Le pays gardien des deux plus importants lieux saints de l'islam donne le la en matière de religion. Si les flux financiers du Wahhabisme se tarissent, si même les Saoudiens abandonnent l'extrémisme, les musulmans radicaux les plus épais pourraient eux-mêmes finir par réaliser que leur démarche de conquête du monde est totalement absurde.

23 octobre 2017

#BalanceTonPorc, parole libérée ou lynchage féministe ?

Le hashtag du moment: #BalanceTonPorc, où comment les femmes témoignent soudainement des violences dont elles ont été l'objet - viols, mais aussi des agressions moindres comme des attouchements ou du harcèlement. Et certains se demandent si cela ne va pas trop loin.

pic3a9train06-012.jpgLe hashtag naquit dans le sillage de la dénonciation des innombrables victimes de Harvey Weinstein, un producteur de cinéma américain, dont l'ampleur de la prédation sexuelle fait frémir tant par la durée que par son aspect quasi-systématique, et qui s'en prit également à des actrices françaises.

L'affaire Weinstein est emblématique par la façon dont un individu put en toute quiétude se livrer à de terribles dégradations pendant des années, dans l'impunité de la justice et le silence de ses victimes. Verrons-nous un jour un film sur cette histoire? Il y aurait certainement la matière pour un de ces longs métrages évoquant la difficile quête de la vérité, et le casting est tout trouvé. Mais cela reste une hypothèse improbable, car il faudrait s'attaquer au sérail. Hollywood aime faire la morale, surtout quand elle est de gauche, mais ferme volontiers les yeux sur les agissements des siens. Qu'on se rappelle encore aujourd'hui la façon dont continue de se pâmer le show-business face à un vieux pédophile en cavale.

L'affaire Weinstein est révélatrice non seulement par son ampleur mais surtout qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé. Le monde abonde d'individus puissants qui utilisent leur position et leur influence pour une vie de débauche aux dépens de leurs victimes. DSK faisait partie de ce club, mais il y en a d'autres, beaucoup d'autres. Tariq Ramadan. Gilbert Rozon. Ou, apparemment, de nombreux parlementaires français.

Cependant, depuis quelques jours nous assistons à un retour de balancier: Maya Khadra dans Libération, Diane de Bourguesdon dans Causeur, se plaignent de l'ampleur que prend ce qu'elles qualifient de "chasse aux sorcières". Leurs voix portent dans le chœur discordant des protestataires, parce qu'il s'agit de femmes. #BalanceTonPorc serait-il devenu la marque d'un féminisme agressif, d'une régression primitive?

Ce combat mené au nom du progressisme revêt paradoxalement les atours de l’archaïsme le plus profond. Il vient percuter frontalement un édifice judiciaire forgé par près de 3000 ans de civilisation, dont nous sommes les heureux héritiers et dont nous reconnaissons l’éminence dans notre modèle occidental de société. Et il se trouve que, de manière fort justifiée, nous avons élaboré des lois qui définissent précisément ce que sont le harcèlement sexuel d’une part, le viol d’autre part, qui donnent tous deux lieu à la condamnation du coupable. Avec #BalanceTonPorc, c’est comme si nous faisions table rase de notre société civilisée pour renouer avec une époque ancestrale où le droit n’existait pas et où le sacrifice expiatoire offrait l’unique voie pour endiguer la violence, comme l’a expliqué René Girard.


René Girard n'est malheureusement plus disponible pour une explication de texte. Les arguments avancés restent valides: évidemment, #BalanceTonPorc est une riposte simpliste, primaire, fait fi de la présomption d'innocence. Les risques de dérapage sont grands, et les procès pour dénonciation calomnieuse ne manquent pas de suivre. Mais ce n'est pas une raison pour renoncer à tenter - maladroitement - d'étaler une réalité bien glauque, dans l'espoir ténu que le feu des projecteurs la détruise.

Tous les hommes ne sont pas des porcs mais parmi les hommes les porcs sont nombreux. Trop nombreux. De toutes ethnies et religions - certaines encourageant vivement les comportements que nos civilisations tentent péniblement de bannir depuis, si ce n'est des siècles, au moins des décennies - ils voient les femmes comme des proies et essaient de les enfermer dans ce rôle avec les armes que la nature et la société leur donnent: l'influence, la richesse, le pouvoir, et la force physique. Pour eux, le contact n'est jamais déplacé, le silence vaut l'assentiment et le refus est une invitation à insister lourdement.

Il y a aussi, mais c'est sans doute plus rare, des femmes avec le même comportement à l'égard des hommes. Des femmes à la sensibilité à fleur de peau qui prennent le moindre compliment comme une odieuse atteinte sexiste. Des femmes qui aiment se faire traiter ainsi. Mais je reste persuadé que ces catégories sont minoritaires au sein de la gent féminine. Hors des fantasmes mis sur écran par les hommes, bien peu de femmes redemandent du harcèlement de rue ou de se faire peloter dans les transports publics.

#BalanceTonPorc est un acte revendicatif assumé, maladroit, authentiquement populaire, et dans la plupart des cas, probablement sincère. Lorsque l'affaire Weinstein a éclaté, quelque chose a frappé l'opinion publique alors que les révélations s'enchaînaient: le nombre ahurissant de victimes. Bien des femmes réagirent à l'époque avec lâcheté face à des comportements odieux, pour tout un tas de raisons compréhensibles, mais réalisent aujourd'hui que de nombreuses souffrances infligées auraient pu ne pas l'être si elles avaient eu le courage de témoigner plus tôt.

Il est temps que les choses changent. Quant aux hommes qui s'effraient de ne plus pouvoir trouver l'âme sœur à la suite de cette étrange campagne lancée par les réseaux sociaux, il serait peut-être temps qu'ils révisent sérieusement leurs techniques de drague.

06 septembre 2017

Corée du Nord: les limites de l'inaction

La Corée du Nord vient une fois de plus de défrayer la chronique en se livrant à un essai thermonucléaire.

Comme à leur habitude, les élites du monde actuel, qui n'ont plus rien à proposer, temporisent en affirmant que la "la guerre n'est jamais la solution". Or, c'est précisément parce que la guerre n'est prétendument jamais la solution que nous en sommes là aujourd'hui.

La Corée du Nord, un vieux cancer

corée du nord,guerreComptant parmi les derniers pays communistes staliniens de la planète, poursuivant méthodiquement l'asservissement systématique de sa population à travers la famine, les camps de concentration et les procès politiques, la Corée du Nord est une sorte d'enfer sur Terre. L'évasion de nombreux Nord-coréens a permis au reste du monde de se faire progressivement une idée de l'inhumanité du régime et des épreuves endurées par les habitants. Les plus pauvres tentent de ne pas mourir de faim - souvent en vain - et les couches supérieures de la société vivent constamment dans la peur de l'arrestation et de l'exécution sommaire.

La Corée du Nord réussit le tour de force d'être un pays dans lequel personne n'est heureux.

Dès 1965, la Corée du Nord disposa d'installation de recherche nucléaire, grâce à un réacteur de recherche fourni par les grands frères de l'Union soviétique. La matière fissile put quant à elle être extraite directement des gisements du pays.

La culture du secret étant ce qu'elle est en Corée du Nord, il est difficile de déterminer quand le programme nucléaire clandestin du régime entra dans une phase active. Certains avancent l'année 1989, alors que le pays était encore officiellement signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), mais nous n'avons pas de certitude.

Bien entendu, selon le mode de pensée propre à la dialectique marxiste, le programme nucléaire nord-coréen n'a jamais eu d'autre but qu'une "visée défensive" destinée à préserver le régime de ses innombrables ennemis extérieurs, ceux-ci étant largement fantasmés par une clique paranoïaque et délirante. Pour s'en convaincre, il suffit de recompter le nombre d'opérations hostiles visant la Corée du Nord et son régime durant, disons, les cinquante dernières années - très exactement zéro. Les exactions militaires de la Corée du Nord furent elles bien visibles, tout comme les opérations hors du pays telle l'exécution à l'arme chimique du demi-frère de Kim Jong-Un à l'aéroport de Kuala Lumpur.

L'apathie prévalant contre la Corée du Nord aurait pu, aurait dû changer en octobre 2006 lorsque Pyongyang procéda à un premier essai nucléaire. Mais rien ne se produisit, ni pour lui, ni pour les suivants. De vagues sanctions économiques et ce fut tout - comme si les dirigeants du pays allaient plier devant des sanctions menaçant le bien-être d'une population qu'ils laissent volontiers mourir de faim. Le cynisme et l'inaction de la communauté internationale sont sans limites lorsque le sujet est un pays sans intérêt géostratégique immédiat.

La triste vérité est que l'Occident a eu l'occasion d'en finir avec la Corée du Nord à de multiples reprises, mais n'en fit rien. L'effondrement de l'Union Soviétique ouvrit une exceptionnelle fenêtre d'opportunité pour régler une bonne fois pour toute la "question coréenne" mais au cours de ses deux mandats Bill Clinton se montra surtout concerné par ses frasques sexuelles. Les États-Unis restèrent inactifs lors d'une décennie riche en opportunités.

George W. Bush ne brilla pas non plus pour son intérêt envers la Corée du Nord durant ses deux mandats - à sa décharge, les attentats du 11 septembre l'amenèrent à tourner son attention plutôt vers les pays musulmans. La surprise du premier essai nucléaire nord-coréen en 2006 aurait pu l'amener à réagir de façon plus efficace, mais à ce stade les États-Unis étaient déjà empêtrés en Irak et en Afghanistan.

Bien entendu Barack Obama, le Messie intergalactique, n'en fit pas davantage. Trop occupé à diviser l'Amérique à l'aide de polémiques raciales et partisanes, le prix Nobel de la Paix se contenta en matière de politique extérieure de poursuivre les offensives engagées jusque-là à grand coup de bombardements par drones, mettant son inaction entre parenthèses juste le temps de faire chuter le régime de Kadhafi. Les soubresauts du "printemps arabe" et ses fruits islamistes furent bien assez nombreux pour occuper le monde, mais pendant ce temps les essais nucléaires nord-coréens s'enchaînaient en toute impunité.

Chronologie de la lâcheté

Internet n'oublie pas. Le réseau permet de retrouver de belles réactions liées au programme nucléaire militaire nord-coréen. Dès le début, l'accent fut mis sur l'incrédulité, la minimisation, le fait que la Corée du Nord ne disposait pas des capacités de frappes à distance... Livrons-nous à une modeste chronologie de ces essais nucléaires et des réactions suscitées:

  • Premier essai nucléaire le lundi 9 octobre 2006 sur le site de Hwadaeri, près de Kilju, à 100 km de la frontière chinoise. Tout va bien, c'est un essai "de faible puissance". Il serait même raté. Et puis la communauté internationale réagit fermement: elle dénonce cet essai, y compris la République populaire de Chine, principal soutien de la Corée du Nord, nous dit-on. La résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations unies impose des sanctions. Pyongyang n'a qu'à bien se tenir.
     
  • La Corée du Nord annonce le 25 mai 2009 avoir réalisé un second essai nucléaire souterrain, dont la puissance estimée varie selon les observateurs entre 2 et 20 kilotonnes. Deux ans et demi plus tard, les diplomates réalisent que les sanctions n'ont peut-être pas plus marché en Corée du Nord qu'en Irak avec le régime pétrole contre nourriture, ou que partout ailleurs en fait. Plus personne ne prétend que les explosions atomiques sont des trucages, mais la presse se veut toujours rassurante: "le Conseil de sécurité de l'ONU a entamé lundi soir une réunion d'urgence pour discuter du nouvel essai nucléaire effectué par la Corée du Nord." Et puis, qu'on se le dise, Barack Obama a de son côté estimé que les ambitions nucléaires de la Corée du Nord représentaient une "menace pour la paix" et nécessitaient "une action de la communauté internationale". Rassurons-nous, les grands de ce monde se penchent sur le dossier.
     
  • Troisième essai le 12 février 2013. La puissance augmente ; les services sud-coréens l'estiment entre 6 et 7 kilotonnes. Mais il est condamné "par une très large majorité de la communauté internationale", fort heureusement. Ici, on en rigole ; "La Corée du Nord a toujours des atomes crochus", plaisante Paris-Match. Et puis Pyongyang a violé des résolutions des Nations-Unies et ça c'est très grave, on va voir ce qu'on va voir. Au bout de trois essais en toute impunité, on commence, lentement, à s'interroger sur l'efficacité des sanctions...
     
  • Le 6 janvier 2016, quatrième essai. La télévision officielle annonce par la voix enthousiaste de sa présentatrice que la Corée du Nord a fait exploser une bombe H miniaturisée. Mais le succès de cet essai est mis en doute par certains experts. Ce ne serait qu'une bombe atomique de plus, pas une vraie bombe H, donc pas de quoi fouetter un chat. Toutefois en Suisse les esprits supérieurement intelligents du Temps commencent à réaliser le problème: "le monde est démuni face au chantage nucléaire nord-coréen". Incidemment, l'article nous apprend que "La stratégie de Pyongyang est limpide: continuer de faire chanter la communauté internationale. Cela avait très bien marché après les premiers essais, puisque Pyongyang avait obtenu une coopération dans le nucléaire civil et une aide alimentaire." Certains auraient apparemment pris goût aux terribles mesures de rétorsion de la communauté internationale...
     
  • Le monde s'était presque habitué aux explosions nucléaires du paradis communiste tous les trois ou quatre ans, mais le rythme s'accélère. Le cinquième essai a lieu quelques mois plus tard seulement, le 9 septembre 2016, menant à une activité sismique de magnitude 5,3 enregistrée par les pays voisins. Les autorités nord-coréennes confirment que cette activité est liée à un essai nucléaire souterrain, le plus puissant mené jusqu'à présent. On se pose des questions. En retard d'une guerre, les analystes éclairés du Courrier International proclament: "la menace est devenue une réalité."
     
  • Sixième et dernier essai en date, le dimanche 3 septembre 2017. Une déflagration souterraine localisée à 24 km au nord-est de la localité de Sungjibaegam, dans la province de Hamgyeong au nord du pays, entraîne un séisme d'une magnitude de 6,3 et des protestations internationales. Le président de la commission de la Défense du parlement sud-coréen estime qu'il s'agit d'une explosion de 100 kilotonnes. Pékin "condamne vigoureusement" le nouvel essai nucléaire. Séoul demande "la punition la plus forte" contre la Corée du Nord... C'est sûr, Kim Jong-un doit trembler de peur.

Cette modeste énumération ne s'étend que sur les essais nucléaires militaires de la Corée du Nord. Le pays avance en parallèle ses pions dans le domaine des missiles balistiques - le moyen privilégié d'envoyer des bombes à destination. Là aussi les progrès sont patents, comme peuvent en témoigner des Japonais voyant des missiles passer au-dessus de leur archipel.

Sur le plan de la communauté internationale, en revanche, les progrès s'apparentent au néant absolu.

Procrastination fatale

Rares sont les problèmes qui se résolvent d'eux-mêmes. Ils ont plutôt tendance à empirer et la Corée du Nord en est l'exemple parfait.

"Résoudre" le problème de la Corée du Nord à travers un changement de régime n'aurait rien eu d'une partie de plaisir, quelle que soit l'époque. L'adversaire de Pyongyang aurait eu à affronter les millions de soldats d'une armée pléthorique et une population fanatisée à l'extrême. Toutefois, il paraît probable que l'État nord-coréen se serait alors effondré comme un château de cartes - les routes défoncées, les tanks rouillés des années 50 et les hordes dépenaillées d'infanterie à demi morte de faim n'auraient guère posé problème au moindre régiment d'armée moderne.

Les principales difficultés auraient été liées à la crise humanitaire révélée après le bref affrontement, et à la gestion de l'impérialisme chinois. Pékin se targue d'être l'acteur majeur de la région. La Corée du Nord mérite-t-elle un affrontement militaire direct avec d'autres pays? Il n'est pas certain que les dirigeants chinois, des êtres doctrinaires mais néanmoins capables de raison, souhaitent risquer l'aventure armée pour maintenir un tyran dément à la tête d'un allié aussi embarrassant.

Depuis que la Corée du Nord dispose de l'arme nucléaire et de missiles intercontinentaux, tout est plus compliqué, plus dangereux et plus incertain. Certains analystes prétendent encore que les principaux dangers sont écartés, la technologie balistique de la Corée du Nord n'étant pas encore complètement au point. Peut-on se contenter d'une si faible assurance? Au vu des énormes progrès militaires accomplis par le pays en seulement quelques années, cette maigre réserve est aussi amenée à disparaître.

corée du nord,guerreLa folle trajectoire vers la catastrophe se poursuit. Les pays directement menacés envisagent diverses mesures allant de boucliers anti-missiles à l'éventualité de lancer eux-mêmes leur programme nucléaire - la promesse d'une destruction mutuelle fonctionnant mal face à un ennemi irrationnel. Avec l'augmentation de portée de ses missiles, le problème nord-coréen passe de régional à continental, puis mondial. Nul doute que cela donnera lieu à encore plus de réunions d'urgence à l'ONU, où de nombreux diplomates pourront faire part de leur immense préoccupation avant un agréable déjeuner au restaurant. La diplomatie internationale ne parvient même pas à arracher au régime de Pyongyang des concessions aussi rétrospectivement dérisoires que l'ont été en leur temps les Accords de Munich.

Transposée dans un quartier résidentiel, la Corée du Nord s'apparente à un voisin irascible et paranoïaque qui tire au fusil au hasard et bricole des explosifs dans son garage. "Mais il ne vise pas bien", se rassure-t-on. Et plusieurs pétitions ont déjà été dûment consignées dans sa boîte aux lettres. Sûr qu'avec tout ça les choses ne peuvent que s'arranger.

Et dans l'ombre, un barbu iranien bricole sa propre bombe, enhardi par l'impunité dont jouit son compère.

23 août 2017

La fin de la Présidence Trump ?

Les prétendus liens avec la Russie, les accusations d'interférence avec la justice ou les glapissements hystériques en faveur d'un impeachment n'auront finalement servi à rien: la présidence Trump vient peut-être être de se terminer de façon tout à fait fortuite un beau jour du mois d'août, avec la démission de Steve Bannon. Mais comme il s'agit de Trump, le point d'interrogation reste de rigueur!

Steve Bannon

usa,breitbart,steve bannon,donad trump,manoeuvres politiquesSteve Bannon apparut sur les écrans radars des médias du Vieux Continent à la fin de l'été 2016, lorsqu'il fut promu stratège de la dernière ligne droite de la campagne du candidat Trump. Parfait inconnu en Europe, il jouissait d'une certaine notoriété aux États-Unis en étant aux commandes du site Breitbart News, co-fondé par Andrews Breitbart  et lui-même en 2007 et dont il reprit la conduite deux ans après la mort de son associé.

Le public américain ayant terminé sa migration médiatique vers les sites d'information en ligne, l'alignement visible du site Breitbart en faveur de la campagne de Trump eut une influence réelle sur l'opinion. Steve Bannon gagna ses galons auprès de Donald Trump - et devint après la victoire un proche conseiller politique du Président. Pro-Israélien convaincu, contempteur virulent des élites de Washington et de la globalisation, on raconte qu'il serait l'auteur de larges portions du discours d'investiture de Donald Trump, dont le ton trancha de façon singulière avec ceux délivrés par les présidents précédents.

Pourtant, les tensions entre les deux hommes ne mirent guère de temps à apparaître. Dès les premiers jours de la Présidence, Bannon déclara qu'il avait eu un rôle absolument essentiel dans la victoire de Trump ; celui-ci "recadra" son conseiller dans un tweet en affirmant qu'il ne devait sa victoire qu'à lui-même, ayant eu l'habileté de faire campagne dans les bons états comme ceux de la Rust Belt. Ces terres traditionnellement dévolues aux Démocrates furent délaissées par Hillary Clinton au cours de sa campagne, car considérées comme acquises.

Dans cette brève querelle d'ego, chacun avait partiellement raison: Donald Trump eut l'intelligence stratégique d'employer son temps de façon à remporter des états inattendus, mais les diatribes anti-establishment et contre la mondialisation économique concoctées par Bannon firent mouche auprès des électeurs.

Le Figaro revint sur certaines divergences plus récentes:

Les attaques ad hominem contre Mc Master [conseiller à la sécurité nationale], orchestrées par Bannon via le puissant site web anti-élites Breitbart, avaient irrité le président. L'interview accordée par Bannon au journal American Prospect - dans laquelle il tourne en dérision la politique présidentielle vis-à-vis de la Corée du Nord, jugeant qu'envisager une option militaire est totalement irréaliste vu le risque de millions de morts côté sud-coréen - est apparue comme une claque au président lui-même. Ce dernier coup d'éclat semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase présidentiel.


C'est pour cela que selon des sources à la Maison Blanche la démission de Bannon aurait été entérinée depuis début août, bien avant son annonce officielle. La récente polémique sur les événements de Charlottesville, où Bannon renvoya dos à dos les suprémacistes blancs et les extrémistes de gauche, n'aurait eu aucune incidence.

Divorce idéologique et combat en coulisses

En annonçant son départ Bannon annonça dans une interview à Bloomberg News qu'il ne renoncerait pas à ses combats: "Je quitte la Maison-Blanche et je pars au combat pour Trump et contre ses opposants - au Capitole, dans les médias et dans le monde des affaires." Cette déclaration fut suivie d'une interview auprès de Weekly Standards où le ton changea rapidement: "La présidence Trump pour laquelle nous nous sommes battus est terminée. Nous avons toujours un énorme mouvement et nous ferons quelque chose de cette présidence Trump. Mais ce sera autre chose."

Ces citations doivent se comprendre vis-à-vis de la campagne électorale de 2016 où le candidat Trump fit de nombreuses promesses de campagne qui tardent à se concrétiser, et ne le seront probablement pas.

Lorsque Trump battit campagne dans un marathon incroyable à travers des dizaines d'États, le public chantait "Build the wall" "Lock her up" ou "Drain the Swamp" - "Construisez le Mur", "Enfermez-la" et "Drainez le marais", trois références essentielles de la vague populaire qui porta Trump au pouvoir. Le Mur faisait évidemment référence à la frontière américano-mexicaine ; l'enfermement, à toutes les affaires de corruption dans lesquelles trempe Hillary Clinton (et de nombreux responsables démocrates) mais dont l'influence dans l'administration les préserve aujourd'hui encore de toute enquête sérieuse ; et le "Marais", à Washington et ses élites coupées du peuple et vivant grassement de l'argent public.

Trump est un ovni politique dont le mérite est d'avoir redonné espoir à des millions d'Américains décidés à bousculer l'échiquier, mais rien n'indiquerait avec certitude qu'il le ferait. Aujourd'hui l'espoir est contrarié.

En réalité, comme d'autres membres de l'administration avant lui, Bannon est victime d'une guerre silencieuse au sein de l'Administration Trump. Cette guerre compte d'innombrables partisans: l'opposition de gauche, les médias, les bureaucrates mais aussi les Républicains historiques qui n'ont jamais digéré l'élection du tribun blond choisi contre l'avis des pontes du parti. L'opposition à Trump dépasse de loin celle que rencontrerait un Président républicain classique à sa place. Sur certains sujets controversés comme le Réchauffement climatique d'origine humaine, les partisans d'une ligne conformiste sont dans sa propre famille, comme sa fille Ivanka et son gendre Jared Kuchner (d'ailleurs proche des Démocrates). Difficile pour quelqu'un, même Président, même Donald Trump, de désavouer sa propre famille.

À défaut de réussir à chasser Trump du pouvoir à grand coup de "complot russe" tiré par les cheveux, l'alternative est de vider la révolution Trump de toute substance. Le départ de Steve Bannon de la Maison Blanche est une étape importante pour y parvenir.

Depuis le départ du journaliste la crinière poivre et sel et au teint rouge, Trump n'hésite pas à couvrir son ex-conseiller d'éloges, expliquant par exemple dans un Tweet que "Steve Bannon sera une nouvelle voix solide et intelligente à Breitbart News... peut-être mieux que jamais auparavant." Steve Bannon se voit aussi à nouveau entièrement libre de ses paroles... Et de ses critiques.

La situation est donc délicate ; pour Trump, le chemin de moindre résistance passe évidemment par une "normalisation" de sa présidence, c'est-à-dire abandonner ou diluer la plupart de ses réformes pour le plus grand bonheur des élites installées. Cela rendra peut-être les trois ans qui viennent plus confortables, mais à peine: l'hostilité généralisée contre Trump ne diminuera évidemment pas d'un pouce, quelles que soient ses concessions ; et si même un site comme Breitbart se retourne contre lui, ses chances de réélections sont quasiment réduites à zéro. L'autre chemin est celui du combat contre les élites de Washington et le fameux complexe militaro-industriel, mais le départ de Bannon et les récentes déclarations belliqueuses du Président ne vont clairement pas dans cette direction.

Le départ de Steve Bannon est-elle une manœuvre destinée à induire ses ennemis en erreur, ou la marque d'une réelle inflexion de stratégie? Il faudra suivre ces prochaines semaines d'éventuels changements de trajectoire de la Maison Blanche sur de nombreux dossiers comme la Corée du Nord, l'Iran ou la Chine ; ou sur le plan intérieur, la réforme de l'Obamacare, la construction du Mur ou l'éventuel réveil de la justice américaine sur les innombrables affaires pesant sur le camp démocrate, pour tirer une conclusion.

Mais comme le dit un commentateur républicain: "L'élection de Donald Trump a atteint deux objectifs principaux, empêcher une présidence Clinton et nommer un juge conservateur à la Cour Suprême. Tout ce qu'il fait de plus pendant ces quatre ans, c'est juste du bonus." On peut donc dire que le mandat de Trump a déjà porté quelques fruits. Bien sûr, beaucoup d'Américains espéraient et espèrent encore davantage.

29 juillet 2017

Jihad, choix et conséquences

"J’en ai assez de la guerre, de toutes ces armes, de ce bruit. Je veux juste rentrer chez moi dans ma famille."

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Le buzz du moment nous vient des souterrains de Mossoul en Irak, où les forces irakiennes arrêtèrent la semaine dernière une Allemande au milieu de femmes de diverses nationalités. Les journalistes de la Süddeutsche Zeitung et de la télévision publique ARD interviewèrent la fameuse Linda Wenzel, qui fut rapidement surnommée "la mariée du jihad" par les médias allemands.

On pourra donc se satisfaire de la "fin relativement heureuse" de cette histoire: après tout la ville de Mossoul a été reprise à l'État Islamique et Linda est vivante. Après avoir exprimé son désir d'oublier toute cette histoire dans les micros de divers journalistes, et après avoir remise aux autorités allemandes de l'ambassade de Bagdad, on s'attend à ce qu'elle retourne au pays. La probable jeune mère - elle fut retrouvée avec un bébé en état de malnutrition - retrouvera sa famille (gageons que les caméras seront sur place) et pourquoi pas, reprendra de brillantes études. Happy End.

C'est, malheureusement, un peu court.

Linda Wenzel est originaire de la petite ville de Pulsnitz, près de Dresde en Allemagne. Elle fut portée disparue un an plus tôt, alors qu'elle vivait avec sa mère Katharina et son beau-père Thomas. Grandissant dans une famille protestante, elle ne marqua jamais le moindre enthousiasme pour la religion - jusqu'à quelques mois avant sa disparition. Au printemps 2016 elle annonça pour la première fois à ses parents qu'elle s'intéressait à l'islam. La quête d'identité adolescente prit dès lors un virage beaucoup plus... Radical.

Ses amies de Pulsnitz affirment qu'elle se convertit durant cette période et qu'elle se radicalisa dans des sites de discussion en ligne. Elle commença à apprendre l'arabe, amena un coran à l'école, et se mit à porter des vêtements plus en accord avec sa nouvelle religion, évoquant régulièrement sa fascination pour l'islam. Puis, elle disparut du jour au lendemain, en juillet, après avoir raconté à ses parents qu'elle allait dormir chez une amie le week-end.

Selon la police, elle serait tombée amoureuse d'un homme musulman rencontré en ligne, qui la persuada de le rejoindre en Syrie. Elle voyagea jusqu'à Istanbul en se faisant passer pour sa mère Katharina, et selon un schéma désormais classique, elle franchit la frontière à l'aide d'un groupe de combattants inféodé à l'État Islamique.

Peu d'informations filtrent de la suite de son parcours. On sait juste que lorsqu'elle fut découverte il y a quelques jours, pâle et avec un foulard autour du cou, elle était accompagnée d'un enfant d'un an en état de malnutrition. Retranchée avec d'autres dans le réseau de tunnels aménagé par l'État Islamique sous la ville de Mossoul pour mieux résister à l'assaut de l'armée régulière irakienne, elle fut d'abord prise pour une Yézidie car ne sachant parler arabe. Avec les femmes, on retrouva également des armes et des ceintures explosives. Et selon des officiers irakiens, Linda aurait pris une part active dans les combats comme sniper, et aurait sans doute causé la mort de plusieurs soldats.

Aussi, lorsque la très jeune femme clame qu'elle en a "assez de la guerre, de toutes ces armes, de ce bruit" et qu'elle veut "juste rentrer chez [elle] dans [sa] famille", il faut rester un peu circonspect. Ses parents restés en Allemagne se réjouissent naturellement qu'elle soit en vie, mais d'autres voix se font plus critiques:

Les autorités de la ville [de Pulsnitz] craignent que la jeune fille ne devienne une figure du recrutement jihadiste. "La commune est divisée. La plupart se réjouit pour Linda et sa famille", confie une habitante. D'autres ne voient pas d'un bon œil le retour de l'adolescente: "Linda n'est pas la bienvenue ici. Ses parents me font de la peine, mais je crains qu'elle soit autorisée à revenir sans s'être débarrassée de l'idéologie de l'EI", explique une autre voisine.


En effet, pour l'instant, rien dans les propos de Linda n'indique qu'elle ait renoncé à l'idéologie mortifère qui la mena, à quinze ans, à être mariée et veuve, à tuer des soldats dans une ville en ruine au milieu d'un pays dont elle ne comprenait pas la langue, et à se retrancher dans des tunnels pour livrer un baroud d'honneur avec des ceintures explosives.

Comme par bien d'autres aspects, l'histoire de Linda Wenzel  - qui trouvera certainement très vite son chemin en libraire et sur les écrans - remet foncièrement en question le sens de la responsabilité individuelle tel qu'il est défini en Occident pour une adolescente de quinze ans.

Six mois avant sa fuite, elle n'avait encore jamais pris le train toute seule. Ses parents dévastés par sa disparition fouillèrent sa chambre - ils trouvèrent un tapis de prière, et une tablette sur laquelle se trouvait un second compte Facebook dont ils n'avaient pas connaissance. Sur ce second compte, Linda maintenait le lien avec des contacts au Moyen-Orient, partageant des messages comme "priez, la fin est proche." La naïveté se paye cher.

Il faut être bien candide pour penser que les horreurs qu'ils commettent rendent les jihadistes de l'État Islamique infréquentables. Chez certaines personnes, c'est même exactement le contraire. Comme l'expliquait Steven Pinker dans un de ses ouvrages, la violence exerce parfois une sorte de fascination, au point de pousser les hommes à tuer pour renforcer leur pouvoir de séduction, et les femmes à tomber amoureuses de tels meurtriers. Les hommes patientant dans le Couloir de la mort n'ont aucun problème de succès avec les femmes. Beaucoup d'entre eux se marièrent après avoir été condamnés à mort, et pas avec des groupies persuadées de leur innocence.

Linda Wenzel savait probablement parfaitement qu'elle partait faire le jihad en Syrie lorsqu'elle abandonna sa famille, et l'excitation du danger et de la violence l'emporta sur toute réserve. Il est difficile d'imaginer ce qu'elle espérait, mais elle n'était pas toute seule: quatre autres Allemandes furent retrouvées la semaine dernière dans les tunnels de Mossoul. Elles faisaient partie d'un groupe de 20 femmes combattantes, avec des nationalités russes, turques, canadiennes et tchétchènes. La fascination pour la violence ne connaît pas les frontières.

09 juillet 2017

Discours de Donald Trump en Pologne

Le 6 juillet 2017 Donald Trump donna en Pologne un discours fondateur sur le sens de ses valeurs et sa vision de l'Amérique au sein de l'Occident et de l'OTAN. Ce discours absolument essentiel aura marqué divers observateurs (voir les commentaires de Jacques-Antoine de Coyetaux ou de Guy Millière) mais ne sera évidemment pas repris comme il le mérite par les médias européens: aujourd'hui, venir en Europe parler de la supériorité de la civilisation occidentale est une insulte au bon goût - en particulier pour ces élites qui font profession de la mépriser, mais jamais ne la quitteraient pour rejoindre un des paradis alternatifs qu'elles prennent pour exemple à longueur de temps.

Il manquait tout de même une retranscription en français du discours original, voici donc mon humble tentative, épurée des nombreuses démonstrations d'enthousiasme du public (acclamations, applaudissements et chants).

 


 

Nous sommes venus auprès de votre nation pour transmettre un message très important: l'Amérique aime la Pologne et l'Amérique aime le peuple polonais. Je vous remercie.

Les Polonais ont non seulement enrichi cette région, mais les Américains d'origine polonaise ont également beaucoup contribué aux succès des États-Unis, et j'étais vraiment fier de bénéficier de leur soutien lors des élections de 2016.

C'est un honneur profond de me tenir dans cette ville, aux côtés de ce monument érigé en l'honneur de l'insurrection de Varsovie, et de m'adresser à la nation polonaise dont tant de générations ont rêvé: une Pologne sûre, forte et libre.

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Le président Duda et votre merveilleuse Première Dame, Agata, nous ont accueillis avec chaleur et gentillesse, qualités pour lesquelles la Pologne est réputée dans le monde entier. Je vous remercie. Je vous remercie sincèrement tous les deux. Et j'adresse aussi au Premier ministre Syzdlo un remerciement particulier.

Nous sommes également ravis que l'ancien président Lech Wałęsa, si célèbre pour avoir dirigé le mouvement Solidarité, ait également pu nous rejoindre aujourd'hui. Je vous remercie.

Au nom de tous les Américains, permettez-moi aussi de remercier tout le peuple polonais de la générosité que vous avez manifestée pour accueillir nos soldats dans votre pays. Ces soldats ne sont pas seulement de courageux défenseurs de la liberté, mais aussi des symboles de l'engagement de l'Amérique envers votre sécurité et pour votre place dans une Europe forte et démocratique. (...)

Le président Duda et moi sortons juste d'une réunion incroyablement fructueuse avec les dirigeants participant à l'Initiative des Trois Mers (Three Seas Initiative). Pour les citoyens de cette grande région, l'Amérique est impatiente d'élargir son partenariat avec vous. Nous nous félicitons du renforcement des liens économiques et commerciaux au fur et à mesure que vous développez vos économies. Et nous nous engageons à sécuriser votre accès à d'autres sources d'énergie, de sorte que la Pologne et ses voisins ne soient plus jamais pris en otage par un seul fournisseur.

Monsieur le Président, je vous félicite, ainsi que le Président de la Croatie, de votre leadership dans cette initiative historique des Trois Mers. Je vous remercie.

C'est ma première visite en Europe centrale en tant que président, et je suis ravi que cela puisse être ici dans cette splendide et magnifique contrée. Elle est belle. La Pologne est le cœur géographique de l'Europe, mais surtout, nous contemplons l'âme de l'Europe dans le peuple polonais. Votre nation est grande parce que votre esprit est grand et parce que votre esprit est fort.

Durant deux siècles, la Pologne a essuyé des attaques constantes et brutales. Mais tandis que la Pologne pouvait être envahie et occupée, et voir même ses frontières effacées de la carte, elle ne put jamais être effacée de l'Histoire ni de nos cœurs. Dans ces jours sombres, vous avez perdu votre terre mais vous n'avez jamais perdu votre fierté.

C'est donc avec une admiration sincère que je peux dire aujourd'hui que, depuis les fermes et les villages de votre campagne jusqu'aux cathédrales et aux places de vos grandes villes, la Pologne vit, la Pologne prospère, et la Pologne prévaut.

Malgré tous les efforts entrepris pour vous transformer, vous opprimer ou vous détruire, vous avez tenu bon. Et vous les avez surmontés. Vous êtes la fière nation de Copernic - pensez à cela - de Chopin, de Saint Jean-Paul II. La Pologne est une terre de grands héros. Vous êtes un peuple qui connaît la véritable valeur de ce qu'il défend.

Le triomphe de l'esprit polonais à travers des siècles de difficultés nous donne à tous l'espoir d'un avenir dans lequel le bien vainc le mal et où la paix remporte la victoire sur la guerre.

Pour les Américains, la Pologne a été un symbole d'espoir depuis les débuts de notre pays. Les héros polonais et les patriotes américains se sont battus côte à côte dans notre Guerre d'Indépendance et dans de nombreuses autres qui ont suivi. Nos soldats continuent de servir ensemble aujourd'hui en Afghanistan et en Irak, combattant les ennemis de toute civilisation.

Du point de vue de l'Amérique, nous n'avons jamais abandonné le droit et le destin du peuple polonais à la liberté et à l'indépendance, et nous ne le ferons jamais. Nos deux pays partagent un lien particulier forgé par des histoires uniques et des héros nationaux. C'est une communauté qui n'existe que parmi les hommes qui ont combattu, ont souffert et sont morts pour la liberté.

Les signes de cette amitié sont dans la capitale de notre pays. À quelques pas de la Maison Blanche, nous avons élevé des statues d'hommes avec des noms comme Pułaski et Kościuszko. Il en va de même à Varsovie, où des panneaux de rue portent le nom de George Washington, et où s'élève un monument à l'un des plus grands héros du monde, Ronald Reagan.

Je suis donc ici aujourd'hui non seulement pour rendre visite à un allié de longue date, mais aussi pour le citer en exemple auprès de ceux qui recherchent la liberté et qui en appellent au courage et à la volonté de défendre notre civilisation. L'histoire de la Pologne est l'histoire d'un peuple qui n'a jamais perdu espoir, qui n'a jamais été brisé, et qui n'a jamais perdu son identité. (...)

Voici une nation vieille de plus de mille ans. Vos frontières furent effacées pendant plus d'un siècle et ont été restaurées il y a seulement un siècle. En 1920, lors du "Miracle de la Vistule", la Pologne arrêta une armée soviétique vouée à la conquête de l'Europe. Puis, 19 ans plus tard, en 1939, vous fûtes encore envahis, cette fois par l'Allemagne nazie à l'Ouest et par l'Union Soviétique à l'Est. Ce fut difficile. Ce fut abominable.

Sous une double occupation, le peuple polonais subit des maux impossibles à décrire: le massacre de la forêt de Katyń, l'Occupation, l'Holocauste, le ghetto de Varsovie et son insurrection, la destruction de cette belle capitale et la mort de près d'un Polonais sur cinq. Une population juive dynamique - la plus grande en Europe - fut quasiment réduite à rien après que les nazis assassinèrent systématiquement des millions de citoyens juifs polonais, ainsi que d'innombrables autres, pendant cette occupation brutale.

Au cours de l'été 1944, les armées nazies et soviétiques se préparaient à une bataille terrible et sanglante ici à Varsovie. Au milieu de cet enfer terrestre, les citoyens de la Pologne se relevèrent pour défendre leur patrie. Je suis profondément honoré d'être rejoint aujourd'hui par des vétérans et des héros de l'insurrection de Varsovie. Nous saluons votre noble sacrifice et nous nous engageons à nous rappeler toujours votre combat pour la Pologne et pour la liberté. Je vous remercie.

Ce monument nous rappelle que plus de 150'000 Polonais trouvèrent la mort pendant cette lutte désespérée pour renverser l'oppression. De l'autre côté de la rivière, les forces armées soviétiques s'arrêtèrent et attendirent. Ils regardèrent les nazis ravager la ville sans relâche, assassinant hommes, femmes et enfants dans la plus grande violence. Ils essayèrent de détruire pour toujours cette nation en brisant sa volonté de survivre.

Mais il y a dans le caractère polonais un courage et une force que personne ne pourrait détruire. Le martyr polonais, l'évêque Michał Kozal, déclara: "la capitulation de l'esprit humain est plus horrifiante que la défaite des armes".

Au cours de quatre décennies de règne communiste, la Pologne et les autres nations captives de l'Europe subirent une répression brutale pour abattre votre liberté, votre foi, vos lois, votre histoire, votre identité - l'essence même de votre culture et de votre humanité. Pourtant, à travers tout cela, vous n'avez jamais perdu cet esprit. Vos oppresseurs ont essayé de vous briser, mais la Pologne n'a pas pu être brisée.

Et quand vint ce jour du 2 juin 1979, et qu'un million de Polonais se rassemblèrent aux abords de la Place de la Victoire pour une première messe avec leur pape polonais, ce jour-là, tous les communistes de Varsovie surent que leur système d'oppression tomberait rapidement. Ils durent le comprendre au moment précis du sermon du pape Jean-Paul II où un million d'hommes, de femmes et d'enfants polonais mêlèrent leurs voix en une seule prière. Ce million de Polonais de demandait pas de richesses. Ils ne pas réclamait pas de privilèges. Au lieu de cela, un million de Polonais entonnèrent trois mots simples: "Nous voulons Dieu".

En ces mots, le peuple polonais rappela la promesse d'un avenir meilleur. Ils trouvèrent un nouveau courage pour faire face à leurs oppresseurs, et trouvèrent les mots pour affirmer que la Pologne serait la Pologne à nouveau.

Alors que je me tiens ici devant cette foule incroyable, cette nation fidèle, nous pouvons encore entendre ces voix qui font écho à l'Histoire. Leur message est aussi vrai aujourd'hui que jamais. Les peuple de la Pologne, d'Amérique et d'Europe crient encore: "Nous voulons Dieu".

Ensemble, avec le pape Jean-Paul II, les Polonais réaffirmèrent leur identité en tant que nation dévouée à Dieu. Et avec cette puissante affirmation de votre identité, vous en vîntes à comprendre quoi faire et comment vivre. Vous étiez solidaires contre l'oppression, contre une police secrète hors-la-loi, contre un système cruel et vicieux qui appauvrit vos cités et vos âmes. Et vous l'avez emporté. La Pologne a prévalu. La Pologne prévaudra toujours.

Vous avez été soutenu dans cette victoire sur le communisme par une puissante alliance de nations libres en Occident qui défia la tyrannie. La Pologne a maintenant repris sa place parmi les membres les plus engagés de l'Alliance de l'OTAN comme nation à la pointe d'une Europe forte, intègre et libre.

Une Pologne forte est une bénédiction pour les nations d'Europe, et elles le savent. Une Europe forte est une bénédiction pour l'Occident et le monde. Cent ans après l'entrée des forces américaines dans la Première Guerre mondiale, le lien transatlantique entre les États-Unis et l'Europe est aussi fort que jamais et peut-être, à bien des égards, encore plus fort.

Ce continent n'est plus confronté au spectre du communisme. Mais aujourd'hui, nous sommes l'Ouest, et nous devons accepter de dire qu'il existe de graves menaces contre notre sécurité et notre mode de vie. Vous voyez ce qui se passe là-bas. Ce sont des menaces. Nous les affronterons. Nous gagnerons. Mais ce sont des menaces.

Nous sommes confrontés à une autre idéologie oppressive - une qui vise à exporter le terrorisme et l'extrémisme partout dans le monde. L'Amérique et l'Europe subissent une attaque terroriste après l'autre. Nous allons faire en sorte d'arrêter ça.

Lors d'un rassemblement historique en Arabie Saoudite, j'ai invité les dirigeants de plus de 50 nations musulmanes à s'allier pour chasser cette menace qui met en danger toute l'humanité. Nous devons rester unis contre ces ennemis communs pour les dépouiller de leur territoire, de leur financement, de leurs réseaux et de toute forme de soutien idéologique qu'ils pourraient avoir. Bien que nous accueillions toujours de nouveaux citoyens qui partagent nos valeurs et qui aiment notre peuple, nos frontières seront toujours fermées face au terrorisme et à l'extrémisme de toute nature.

Nous luttons âprement contre le terrorisme islamiste radical, et nous allons l'emporter. Nous ne pouvons pas accepter ceux qui rejettent nos valeurs et qui utilisent la haine pour justifier la violence contre les innocents.

Aujourd'hui, l'Occident est également confronté à des pouvoirs qui cherchent à tester notre volonté, à saper notre confiance et à mettre en danger nos intérêts. Pour faire face à ces nouvelles formes d'agression, comprenant la propagande, les crimes financiers et la cyberguerre, nous devons adapter notre alliance pour combattre efficacement et de façon différente sur ces nouveaux champs de bataille.

Nous exhortons la Russie à cesser ses activités déstabilisatrices en Ukraine et ailleurs, ainsi que son soutien à des régimes hostiles - y compris la Syrie et l'Iran - et à rejoindre la communauté des nations responsables dans notre lutte contre des ennemis communs, dans la défense de la civilisation elle-même.

Enfin, des deux côtés de l'Atlantique, nos citoyens sont encore confrontés à un autre danger - quoique fermement sous notre contrôle. Ce danger, invisible pour certains, est familier aux Polonais: le broiement continu de la bureaucratie gouvernementale, qui assèche la vitalité et la prospérité des gens. L'Ouest n'est pas devenu extraordinaire grâce à la paperasse et aux règlements, mais parce que les individus ont pu poursuivre leurs rêves et accomplir leur destinée.

Les Américains, les Polonais et les nations d'Europe tiennent en haute estime la liberté individuelle et la souveraineté. Nous devons travailler ensemble pour affronter les forces, intérieures ou extérieures, du Sud ou de l'Est, qui menacent avec le temps de saper ces valeurs et d'effacer les liens de culture, de foi et de tradition qui font de nous ce que nous sommes. Si elles ne sont pas contrôlées, ces forces minent notre courage, sapent notre esprit et affaiblissent notre volonté de nous défendre et de défendre nos sociétés.

Mais tout comme nos adversaires et nos ennemis du passé l'ont appris ici en Pologne, nous savons que ces forces, elles aussi, sont vouées à l'échec si nous voulons qu'elles échouent. Et nous voulons qu'elles échouent. Elles sont condamnées non seulement parce que notre alliance est forte mais parce que nos pays sont résilients et notre pouvoir, incomparable. À travers tout cela, vous devez réaliser que tout est vrai. Nos adversaires, cependant, sont condamnés parce que nous n'oublierons jamais qui nous sommes. Et si nous n'oublions pas qui nous sommes, nous ne pouvons pas être battus. Les Américains n'oublieront jamais. Les nations d'Europe n'oublieront jamais. Nous sommes la communauté la plus vaste et la plus solide. Il n'y a rien d'équivalent à notre communauté de nations. Le monde n'a jamais connu quelque chose comme notre communauté de nations.

Nous écrivons des symphonies. Nous poursuivons l'innovation. Nous célébrons nos anciens héros, embrassons nos traditions et nos coutumes intemporelles et cherchons toujours à atteindre et à explorer de nouvelles frontières.

Nous récompensons les talents exceptionnels. Nous recherchons l'excellence et apprécions les œuvres d'art inspirées qui honorent Dieu. Nous chérissons l'État de Droit et protégeons la parole et la liberté d'expression.

Nous donnons aux femmes le pouvoir d'être les piliers de notre société et de notre succès. Nous plaçons la foi et la famille au centre de nos vies, pas le gouvernement ni la bureaucratie. Et nous débattons de tout. Nous remettons tout en question. Nous cherchons à tout connaître afin de mieux nous connaître.

Et surtout, nous accordons la dignité à toute vie humaine, protégeons les droits de chaque personne, et partageons l'espoir de chacun de vivre en liberté. C'est ce que nous sommes. Ce sont les liens inestimables qui nous unissent en tant que nations, alliés et au sein d'une civilisation.

Ce que nous avons, ce que nous avons hérité de nos ancêtres n'a jamais existé jusqu'ici. Et si nous ne le conservons pas, il n'existera plus, jamais plus. Nous ne pouvons donc pas nous permettre d'échouer.

Cette grande communauté de nations a autre chose en commun: dans chacune d'elles, ce sont les peuples, et non les puissants, qui ont toujours formé les bases de la liberté et la pierre angulaire de notre défense. Les gens forment cette fondation ici en Pologne - comme ils l'étaient là-bas à Varsovie - et forment aussi le fondement de l'Amérique, depuis les tous débuts du pays.

Nos citoyens n'ont pas gagné la liberté ensemble, n'ont pas survécu aux horreurs ensemble, n'ont pas fait face ensemble au mal seulement pour perdre ensuite notre liberté par manque de fierté et de confiance en nos valeurs. Nous ne l'avons pas fait et nous ne le ferons pas. Nous ne renoncerons jamais.

Tant que nous reconnaissons notre histoire, nous saurons comment construire notre avenir. Les Américains comprennent qu'une puissante alliance de nations libres, souveraines et indépendantes constitue la meilleure défense de nos libertés et de nos intérêts. C'est pourquoi mon administration a exigé que tous les membres de l'OTAN répondent finalement à leurs obligations financières, complètes et équitables.

À la suite de cette insistance, des milliards de dollars supplémentaires ont commencé à se répandre dans l'OTAN. En fait, les gens sont choqués. Mais des milliards et des milliards de dollars de plus viennent de pays qui, à mon avis, n'auraient pas payé si rapidement.

À ceux qui critiquent notre ferme position, je voudrais souligner que les États-Unis ont démontré non seulement avec des mots, mais aussi avec leurs actions leur soutien résolu de l'article 5, l'engagement de défense mutuelle.

Les paroles sont aisées, mais les actes sont ce qui compte. Et pour sa propre protection - et vous le savez, tout le monde le sait, tout le monde doit le savoir - l'Europe doit faire davantage. L'Europe doit démontrer qu'elle croit en son avenir en investissant son argent pour protéger cet avenir.

C'est pourquoi nous applaudissons la Pologne pour sa décision d'aller de l'avant cette semaine dans l'acquisition auprès des États-Unis du système de défense aérienne et antimissile Patriot, testé au combat, le meilleur au monde. C'est aussi pourquoi nous saluons le peuple polonais pour être l'un des pays de l'OTAN qui a effectivement atteint l'indice de référence dans l'investissement pour notre défense commune. Je vous remercie. Merci, Pologne. Je dois vous dire que l'exemple que vous avez montré est vraiment magnifique, et nous applaudissons la Pologne. Je vous remercie.

Nous devons nous rappeler que notre défense n'est pas seulement un engagement financier, c'est l'engagement d'une volonté. Parce que, comme le rappelle l'expérience polonaise, la défense de l'Occident repose non seulement sur les moyens, mais aussi sur la volonté de son peuple de prévaloir et de réussir à obtenir ce qu'il est en droit d'attendre. La question fondamentale de notre temps est de savoir si l'Occident a la volonté de survivre. Avons-nous confiance en nos valeurs pour les défendre à tout prix? Avons-nous suffisamment de respect envers nos citoyens pour protéger nos frontières? Avons-nous le désir et le courage de préserver notre civilisation face à ceux qui la subvertissent et la détruisent?

Nous pouvons avoir les plus grandes économies et les armes les plus mortelles de la Terre, si nous n'avons pas de familles fortes et de valeurs fortes, nous serons faibles et nous ne survivrons pas. Si quelqu'un oublie l'importance cruciale de ces choses, laissez-les venir dans un pays qui n'a jamais renoncé. Laissez-les venir en Pologne. Et laissez-les venir ici, à Varsovie, et apprendre l'histoire de l'insurrection de Varsovie.

Quand ils le feront, ils devraient connaître l'avenue de Jérusalem. En août 1944, l'avenue de Jérusalem était l'une des artères principales qui courait de l'est à l'ouest de cette ville, comme c'est encore le cas aujourd'hui. Le contrôle de cette route était crucial pour les deux camps lors de la bataille de Varsovie. L'armée allemande la voulait parce que c'était le chemin le plus direct pour déplacer ses troupes et former un front solide. Et pour l'armée des résistants polonais, cette rue était le moyen de passer du nord au sud, essentielle pour empêcher le centre de la ville et l'insurrection elle-même d'être divisée et de se décomposer.

Chaque nuit, les Polonais empilèrent des sacs de sable au milieu des tirs de mitraille - c'était un feu horrible - pour protéger un étroit passage à travers l'avenue de Jérusalem. Tous les jours, les forces ennemies les renversèrent encore et encore. Ensuite, les Polonais creusèrent une tranchée. Enfin, ils construisirent une barricade. Et les courageux combattants polonais commencèrent à traverser l'avenue de Jérusalem. Ce passage étroit, de quelques mètres de large, était le fragile cordon qui maintenait l'insurrection en vie.

Entre ses murs, un courant constant de citoyens et de combattants de la liberté se lançait dans un sprint périlleux, très périlleux. Ils traversèrent cette rue en surface, au travers et par-dessous, toujours pour défendre cette ville. "L'autre côté se trouvait à plusieurs mètres", se rappelait une jeune polonaise nommée Greta. La mortalité et la vie étaient si importantes pour elle. En fait, elle dit: "Le secteur mortellement dangereux de la rue était trempé de sang. C'était le sang des messagers, des agentes de liaison et des courriers."

Des tireurs d'élite nazis tiraient sur quiconque traversait. Quiconque traversait était abattu. Leurs soldats incendièrent tous les bâtiments de la rue, et ils utilisèrent les Polonais comme boucliers humains pour leurs chars dans leurs tentatives de capture de l'avenue de Jérusalem. L'ennemi ne cessa jamais son assaut sans relâche sur ce petit avant-poste de la civilisation. Et les Polonais ne cessèrent de se défendre.

Le passage de l'avenue de Jérusalem exigeait une protection, une réparation et des renforcements constants, mais la volonté de ses défenseurs ne vacilla jamais, même face à la mort. Et lors des derniers jours de l'insurrection, la traversée fragile tint bon. Elle ne fut jamais oubliée. Elle a été tenue par les Polonais.

La mémoire de ceux qui ont péri dans l'insurrection de Varsovie traverse les décennies, et peu sont plus claires que les souvenirs de ceux qui sont morts pour construire et défendre la traversée de l'avenue de Jérusalem. Ces héros nous rappellent que l'Occident a été sauvé avec le sang des patriotes ; que chaque génération doit se lancer et jouer son rôle dans sa défense - et que chaque carré de terre et chaque quartier de civilisation vaut la peine d'être défendu de votre vie.

Notre propre combat pour l'Occident ne commence pas sur le champ de bataille - il commence dans nos esprits, nos volontés et nos âmes. Aujourd'hui, les liens qui unissent notre civilisation ne sont pas moins vitaux, et ne demandent pas moins de défense, que ces arpents de terre sur lesquels reposait entièrement l'espoir de la Pologne. Notre liberté, notre civilisation et notre survie dépendent de ces liens d'histoire, de culture et de mémoire.

Et aujourd'hui comme toujours, la Pologne est dans notre cœur, et son peuple est dans cette lutte. Tout comme la Pologne ne pouvait pas être brisée, je déclare aujourd'hui que le monde entend que l'Occident ne sera jamais brisé. Nos valeurs prévaudront. Notre peuple va prospérer. Et notre civilisation triomphera.

Ensemble, combattons tous comme les Polonais - pour la famille, pour la liberté, pour le pays et pour Dieu.

Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Dieu bénisse le peuple polonais. Dieu bénisse nos alliés. Et Dieu bénisse les États-Unis d'Amérique.

-- Président Donald J. Trump, Varsovie, le 6 juillet 2017