21 mars 2018

Nouvelles du Bitcoin

bitcoin,monnaie,révolutionQuelques mois seulement se sont écoulés depuis la dernière fois où j'ai évoqué le Bitcoin, le 6 décembre 2017, mais tant de choses ont eu lieu que je pense qu'il est déjà temps de revenir sur le sujet.

Les lecteurs qui m'auraient aveuglément écouté à l'époque et misé sur le Bitcoin auraient pu faire de bonnes affaires ; lorsque j'en parlais, il était à quelques 12'000 dollars pièce et monta au-dessus des 18'000 moins de deux semaines plus tard. Mais ils auraient tout aussi bien pu se ruiner, car la hausse vertigineuse ne dura pas et le Bitcoin redescendit dans une trajectoire chaotique à moins de 10'000 dollars où il navigue encore aujourd'hui.

Pour miser sur le Bitcoin ou une autre crypto-monnaie, il faut avoir le cœur bien accroché. La volatilité est telle que des variations quotidiennes de 10% ne sont pas rares.

"Est-ce une bulle, ou l'amorce de quelque chose d'autre?" demandais-je l'an dernier. Aujourd'hui je pense que nous avons un élément de réponse.

 

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Le cours du Bitcoin de l'été 2017 à aujourd'hui (cliquez pour agrandir)

Comment la bulle gonfla...

Le cours actuel du Bitcoin est sans rapport avec les records de la fin 2017. "L'éveil", si on peut appeler ainsi la soudaine poussée de fièvre de la première crypto-monnaie, eut lieu lors du mois de novembre. Le Bitcoin était jusqu'alors en hausse constante, malgré sa volatilité, mais novembre 2017 donna lieu à une accélération dépassant les variations habituelles, notamment de la part d'acheteurs souhaitant se positionner avant un hard fork (un terme dont l'explication dépasse le cadre de cet article).

Certains médias se firent l'écho de la poussée du Bitcoin, ce qui attira sur le marché de nouveaux acheteurs avides de gains faciles, qui firent monter les cours, attirant dans leur giron de plus en plus de médias mainstream rapportant l'emballement des cours... Tout cela ressemble à la définition même d'une bulle, mais il y a quelques subtilités.

Dans un marché, l'offre et la demande s'équilibrent autour d'un prix. Si le prix monte, c'est que la demande dépasse l'offre, nous explique la théorie. On imagine sans peine les hordes d'acheteurs jetant des liasses de billet devant leur ordinateur pour acquérir du Bitcoin à n'importe quel prix. Mais la demande peut aussi dépasser l'offre simplement parce que l'offre est anémique.

Le Bitcoin fut en réalité bien moins populaire que ce qu'en racontèrent les journalistes. Bien entendu, tout le monde pouvait parler de cette étrange OVNI financier dont le cours crevait tous les plafonds, mais les gens disposés à mettre sur la table 15'000 dollars pour en acquérir un au plus fort de l'hystérie étaient nettement moins nombreux. En face, ceux prêts à abandonner leurs Bitcoins, même à ce prix, furent encore plus rares.

Le Bitcoin ayant un registre public (une autre grande méprise au sujet des crypto-monnaies, qui n'ont rien d'anonyme) chacun peut voir comment se répartissent les Bitcoins parmi les millions de personnes qui en possèdent ne serait-ce qu'un fragment.

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Répartition des Bitcoins selon les portefeuilles au 21 mars 2018

La répartition des Bitcoins est très inégalitaire. 130'000 portefeuilles réunissent à eux seuls 87,5% de tous les Bitcoins. On imagine sans mal que ces stocks ont été amassées à une époque où le Bitcoin ne valait rien. Il suffirait d'examiner dans la Blockchain les transferts de Bitcoins entre comptes pour le démontrer. Toute l'hystérie de la fin 2017 s'est concentrée sur une quantité dérisoire de Bitcoins à vendre - 12,5% du total, soit au maximum 2 millions d'unité selon la quantité de Bitcoins disponibles alors, et probablement beaucoup moins.

...Et se dégonfla

Comprendre comment la bulle s'est gonflée est à la portée de tous, comprendre comment elle s'est percée l'est nettement moins.

Le percement d'une bulle "classique" correspond à une sorte de prise de conscience collective où la plupart des acteurs réalisent qu'un actif est surévalué et tiennent à s'en débarrasser le plus vite possible. Ce n'est pas le cas ici.

Le plus haut cours historique du Bitcoin eut lieu le 17 décembre 2017, à presque 20'000 dollars, pour baisser chaotiquement de deux tiers jusqu'à un creux de 6'300 dollars environ le 6 février. La baisse s'étala donc sur un mois et demi, une éternité pour un marché comme le Bitcoin. Une situation de panique aurait amené à une liquidation du Bitcoin beaucoup plus rapide, et surtout, il ne serait pas reparti immédiatement à la hausse derrière. Le Bitcoin rebondit deux fois à plus de 11'000 dollars dans le mois qui suivit. 74% de gain par rapport au cours le plus bas moins d'un mois après un "crash", on a déjà vu des bulles éclater de façon plus définitive!

En réalité, la baisse du Bitcoin, pour violente soit-elle, n'est pas vraiment l'éclatement d'une bulle, mais simplement une grosse fuite d'air. Plusieurs facteurs ont émergé entre décembre 2017 et février 2018 et contribué à cette baisse de pression.

La vente massive de Bitcoins. Vous vous rappelez de l'offre endémique? Il a suffi que le détenteur d'un énorme portefeuille de Bitcoin les libère en masse sur le marché pour dégonfler brutalement celui-ci. C'est ce qui se passa lorsque M. Nobuaki Kobayashi, liquidateur de Mt. Gox, la plus grande plateforme d'échange mondiale de Bitcoin avant que des pirates ne s'emparent de dizaines de milliers de Bitcoins appartenant à ses clients, ne vende les avoirs dont il avait la gestion au "meilleur prix". 400 millions de dollars de crypto-monnaie furent ainsi vendus sur le marché par lots de plusieurs milliers de Bitcoins, ce qui eut un impact direct sur les cours. La courbe montre la synchronisation entre les ordres de vente et la chute des prix:

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La vente massive de Bitcoins fait baisser les cours. Étonnant, non?

Mais les adeptes des crypto-monnaies eurent à faire face à bien plus forte partie dans le même temps: une posture anti-Bitcoin de la plupart des gouvernements. Ceux-ci commencèrent à souffler le chaud et le froid alors que le marché du Bitcoin s'envolait, toujours au nom de la défense des droits des épargnants (qui ne leur avaient rien demandé) et de la lutte contre les coupables habituels, les trafiquants et les terroristes (alors que ces marchés fonctionnent essentiellement à l'aide de l'argent liquide, infiniment moins traçable que le Bitcoin).

C'est bel et bien l'incertitude légale autour de la liberté accordée aux crypto-monnaies qui précipita la chute des cours, et maintient la pression aujourd'hui. Incertitude légale entretenue notamment au nom de la volatilité des crypto-monnaies, qu'il fallait encadrer... Ou comment les pouvoirs publics provoquèrent eux-mêmes les maux qu'ils prétendaient combattre, comme d'habitude!

Ces quelques mois foisonnèrent d'événements et permettent de tracer les grandes lignes de ce nouveau paradigme. "Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir", disait Pierre Dac, mais essayons tout de même. Ce sera l'objet d'un prochain billet.

25 février 2018

Enseignements politiquement incorrects de la tuerie de Floride

Le 14 février, un ancien élève de 19 ans ouvre le feu dans un lycée en Floride, faisant 17 morts.

Après une brève période d'hébétude face à la violence de l'acte, la polémique prend selon un scénario bien rodé. Relayée par les médias mainstream, la gauche américaine s'en prend aux armes et à la NRA. Si l'adolescent n'avait pas eu d'armes en main, expliquent-ils, la tuerie n'aurait pas pu avoir lieu.

C'est tout simple, mais comment s'assurer de façon certaine qu'un adolescent avec des envies meurtrières ne peut pas avoir d'armes à feu entre les mains?

Les réponses à ces questions existent, mais ne sont pas mentionnées dans les éditoriaux parce qu'elles contreviennent au narrative, une technique de désinformation ayant pour but de provoquer un embrigadement idéologique.

Les armes tuent... Surtout aux Etats-Unis

Davantage d'armes doivent entraîner davantage de morts par armes à feu. C'est la logique même. Mais l'argument apparemment imparable est erroné.

Un tableau remonté des statistiques maintenues sur Wikipédia permet de voir qu'il n'y a pas de corrélation entre la proportion d'armes à feu détenues dans la population et la quantité de meurtres par armes à feu.

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Le tableau ne fait que rassembler des informations que chacun connaît déjà instinctivement, en particulier en Suisse. La Suisse est un des pays au monde avec le plus d'armes par habitant, grâce à l'armée de milice, et il s'agit d'armes de guerre. Pourtant, le taux d'homicide est un des plus bas du monde.

On le comprend donc, le taux d'armes à disposition dans un pays n'explique pas tout, car tout dépend de qui détient les fameuses armes. En Suisse toujours, les ressortissants de certains pays n'ont pas le droit de posséder une arme - s'ils viennent d'Albanie, d'Algérie, de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, de Macédoine, de Serbie, du Sri Lanka ou de la Turquie. Bizarrement, même les politiciens de gauche sont peu nombreux à monter au créneau pour réclamer bruyamment que les ressortissants de ces nationalités puissent s'armer aussi librement que des citoyens suisses.

Les armes tuent... Surtout entre de mauvaises mains

L'Europe se découvre peu à peu aux tueries de masse, notamment par le biais des attentats islamistes. Des islamistes qui utilisent parfois de véritables arsenaux de matériel de guerre dont la détention est rigoureusement interdite. L'existence même de ces caches d'armes, régulièrement découvertes dans les banlieues françaises, montre les limites d'une politique basée sur le contrôle de l'accès aux armes. Comme le prêchent (dans le désert) des défenseurs des armes depuis des années, les législations restrictives ont pour seul effet de désarmer les honnêtes citoyens, alors que les malfrats - et les terroristes - s'en moquent éperdument. Saviez-vous que le dessinateur Charb de Charlie Hebdo était un tireur sportif et avait réclamé en vain le droit de porter une arme? Il respecta la loi, jusqu'au bout.

Bien que l'idée soit impensable voire devenue criminelle dans certains pays d'Europe, les États-Unis maintiennent des statistiques ethniques liées aux crimes de sang et à la criminalité en général. Et les résultats sont aussi instructifs que choquants pour les belles âmes.

À partir de données publiques de la ville de New-York, Alisha Sherron a ainsi livré une représentation raciale de la criminalité:

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Les noirs new-yorkais sont à l'origine de 75% des arrestations pour usage d'armes à feu, et de 62% de celles pour meurtre. La violence ne concerne pas que les armes, comme les chiffres des viols le montrent. Les hispaniques viennent immédiatement derrière dans les trois catégories. La conclusion est implacable: si la population de New-York était uniquement blanche, le taux de criminalité baisserait de 83% pour les viols, 91% pour les meurtres et 96% pour les tirs d'armes à feu. Voilà une thèse qui choquera dans plus d'un dîner en ville à Lausanne ou Genève.

Pourtant, là encore, les Suisses savent bien que la criminalité est liée à certains groupes, eux dont les prisons regorgent littéralement de criminels étrangers, 90% à Genève, et la moitié de musulmans - des taux qui ont certainement contribué à leur faire approuver, il y a sept ans déjà, l'initiative sur le renvoi des criminels étrangers...

L'État saura s'en charger...

Mais admettons. Oublions les questions de culture, d'ethnie ou de nationalité, et posons comme hypothèse que les armes soient interdites. Comme nous l'avons évoqué avec l'exemple français, quelques méchants finiront immanquablement par récupérer des armes illégales et tenteront de faire un carton.

Peut-on alors compter sur les services de renseignement pour assurer la surveillance des détraqués? Pas vraiment. Depuis la tuerie de Parkland, des détails émergent. Comment le système a-t-il géré Nikolas Cruz, le tueur de 19 ans?

  • La police se rendit à 39 reprises au domicile de la famille pour répondre à des plaintes de ses proches ou du voisinage. Mais Nikolas Cruz ne fut jamais formellement arrêté, ce qui lui permit de montrer un casier vierge au moment d'acheter son fusil AR-15.
  • Cruz laissa dès l'an dernier un commentaire sur une vidéo YouTube, annonçant qu'il allait "devenir un professionnel de la tuerie en milieu scolaire". Le commentaire fut signalé par un internaute mais ne donna lieu à aucune investigation.
  • Cruz acheta des armes avec une carte de crédit appartenant à sa mère et s'afficha avec sur Instagram.
  • Un mois avant son passage à l'acte, une femme appela un agent du FBI pour tenter pendant 13 minutes de le convaincre de la dangerosité de Cruz, et "qu'il était sur le point d'exploser".  Sans succès.

D'autres détails émergeront peut-être encore. Notons que même le FBI admit publiquement qu'il avait commis de graves manquements dans la gestion de ce cas. On imagine que les parents des victimes seront très réconfortés d'apprendre que, quelque part, un obscur fonctionnaire recevra peut-être un blâme.

Allo, police? Allo? Allo?

Quand tout le reste échoue, que faire lorsque les coups de feu éclatent et que les cris se font entendre? Se barricader et appeler la police. C'est son travail après tout. C'est ce que firent les élèves et les professeurs du lycée de Parkland lorsque le tueur de 19 ans commença son carnage. D'ailleurs, le Gouverneur (républicain) de Floride Rick Scott réclame désormais un policier dans chaque école.

Problème: il y avait déjà des policiers au lycée de Parkland le jour fatidique. Un premier agent, Scot Peterson, armé, formé et en uniforme, fut sur place une minute trente après les premiers tirs. Et il ne fit rien, se contentant d'attendre à l'extérieur des bâtiments alors que les élèves se faisaient massacrer pendant plus de vingt minutes. Il démissionna sans solde une fois la révélation de son comportement.

Un cas isolé? Même pas. Quatre autres policiers arrivèrent sur les lieux à leur tour et se contentèrent de prendre la pose, mettant en joue les bâtiments depuis leurs voitures sans prendre le risque de pénétrer là où le tueur se livrait à sa macabre besogne. Eux aussi sont blâmés - encore un geste qui mettra du baume au cœur des familles des 17 victimes...

Heureusement, tous les agents de police qui se trouvèrent sur place ce jour-là ne se comportèrent pas comme des lâches. Deux autres policiers se lancèrent à l'assaut, l'officier Chris Crawford et le sergent Jeff Heinrich. Notons que le second avait sa femme et son fils dans l'école. Cela ne diminue pas son mérite, mais permet de mieux comprendre ses motivations. Prendre des risques lorsque des proches sont menacés, certainement ; le faire parce que le règlement l'exige, et les volontaires sont déjà moins nombreux.

Et si le problème venait de réglementations existantes?

Résumons: le contrôle des armes au sens strict et à travers une population entière n'a aucun sens. Il en prive les citoyens respectueux alors que l'État est incapable de désarmer ceux qui le devraient. Ses services de renseignement sont faillibles, et face à une crise, la police met toujours trop de temps à réagir.

Pendant ses deux mandats, Barack Obama a soigneusement exploité chaque tuerie, réclamant une impossible réforme du 2e Amendement pour ensuite faire porter le blâme de l'échec au camp républicain et en tirer des gains politiques.

Donald Trump choisit une autre approche, faussement rapportée comme un port d'armes pour les enseignants. La levée de boucliers des bien-pensants a été immédiate, mais absurde, car il n'est n'a jamais été question d'armer les professeurs contre leur volonté. En réalité, une certaine proportion des 3 millions de professeurs dispose déjà d'un port d'armes cachées. La réforme permettrait à ceux qui le veulent d'amener sur leur lieu de travail ces armes cachées, armes qu'ils ont déjà le droit de transporter partout ailleurs. Le but est de susciter l'incertitude d'un tireur potentiel quant au danger auquel il devra faire face en cas de fusillade, et donc d'exercer une dissuasion.

En réalité, Donald Trump propose de revenir sur la fameuse loi gun-free zone, une loi qui interdisait la présence légale d'armes dans certains périmètres (école et université par exemple). Or, et c'est la dernière statistique dont les médias ne vous parleront jamais, 92% des tueries de masse sur territoire américain ont eu lieu dans des gun-free zones, où les tireurs fous (mais pas stupides) savent qu'ils peuvent s'adonner à cœur-joie à leur massacre contre des cibles désarmées.

Avant le vote de la loi gun-free zone, les tueries dans les écoles étaient quasiment inconnues aux États-Unis. Elle fut votée en 1990, proposée par un démocrate ambitieux du nom de Joe Biden, et ouvrit la voie à ces massacres d'un nouveau genre. Mais les médias ne rappelleront jamais ces détails dérangeants.

02 février 2018

Watergate Puissance Dix.

Du point de vue des "experts" de la politique, des médias, de Hillary Clinton, des Démocrates, et d'un trop grand nombre de Républicains, l'accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis n'aurait pas dû avoir lieu. C'était un accident. Une anomalie.

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Beaucoup s'indignèrent de cette élection et s'en indignent encore. D'autres la refusèrent et décidèrent de corriger l'histoire alors même qu'elle était en train de s'écrire.

Ce complot est désormais exposé au grand jour.

Ce que nous savons déjà

Voici un résumé des faits, prouvés, étayés et documentés.

Nous savons que la Campagne d'Hillary Clinton et le Comité National Démocrate ont payé de leur poche une entreprise, Fusion GPS, par l'entremise du cabinet d'avocats Perkins Coie, pour produire un document visant à réunir de fausses informations contre celui qui n'était alors que candidat à l'élection présidentielle, Donald Trump.

Nous savons, à travers les reportages de la journaliste primée Sara Carter, spécialiste de la sécurité nationale, que le FBI a utilisé le soi-disant Dossier Trump pour obtenir un mandat de surveillance de la FISA pour espionner l'équipe de campagne de M. Trump, par le biais de Carter Page, un consultant et conseiller de Trump pendant sa campagne électorale, soupçonné d'avoir rencontré un membre du gouvernement russe lors d'un voyage en 2016.

C'est également un fait avéré que des responsables à la tête du FBI, dont Peter Strzok, à la fois à la tête de l'enquête sur le serveur mail d'Hillary Clinton et sur celle contre l'équipe Trump, ont envoyés à la juriste du FBI Lisa Page de nombreux messages faisant état d'un biais parfaitement clair en faveur d'Hillary Clinton et contre Donald Trump. Strzok et Page discutèrent même d'une "police d'assurance" visant à se protéger de Trump si par malheur il était élu, et d'une "société secrète" rassemblant au sein de leur organisation des gens avec le même état d'esprit.

M. Strzok fut naturellement nommé dans l'équipe spéciale de Robert Mueller chargée d'enquêter sur les "influences russes" sur l'élection, mais une fois ses messages partisans portés à la connaissance du grand public, le Ministère de la Justice n'eut d'autre choix que de le congédier de cette équipe.

Nous savons que de hauts responsables de l'Administration Obama, dont sa conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice, et son ambassadrice à l'ONU, Samantha Power, ont fait des dizaines, voire des centaines, de demandes d'identification des membres de l'équipe de Trump pendant et après les élections. Ces demandes d'identification consistent à révéler les interlocuteurs dans une transcription de conversation enregistrée d'une personne espionnée. Ainsi il est possible d'avoir l'entier des propos tenus par tous les participants dans une réunion, à partir d'une seule source surveillée.

Ces procédures de masquage, dites de "minimisation et de ciblage", initialement prévues pour éviter l'espionnage des citoyens américains par leur gouvernement, ont été systématiquement violées par la NSA et le FBI sous l'Administration Obama comme révélé par un rapport top secret publié en avril 2017.

Nous savons que l'Administration Obama organisa de nombreuses fuites auprès des médias pour pousser dans l'opinion publique l'idée d'une collusion de Donald Trump avec la Russie. L'ancien directeur du FBI, James Comey, témoigna sous serment devant le Congrès en juin et admit que la plupart des reportages basés sur ces fuites de renseignements anonymes étaient incorrects.

Nous savons que l'ancien Directeur du renseignement national, James Clapper, qui a supervisé un rapport enquêtant sur l'ingérence présumée de la Russie aux élections de 2016, a déclaré à plusieurs reprises, y compris sous serment devant le Congrès, qu'il n'y avait aucune preuve de complicité du gouvernement russe.

Nous savons également, d'après des documents judiciaires britanniques, qu'un ancien espion britannique, Christopher Steele, qui avait été engagé par Fusion GPS pour produire le dossier Trump, a donné des informations secrètes à des organisations médiatiques à au moins deux reprises. Ces médias comprenaient le New York Times, le Washington Post, CNN, le New Yorker et Yahoo News.

Nous savons enfin, d'après des documents judiciaires déposés par le Comité du Renseignement de la Chambre, que Fusion GPS a effectué des paiements directs auprès de journalistes qui couvraient l'actualité des affaires liées à l'ingérence russe.

Les intervenants sont si nombreux, et les ramifications si grandes, que Epoch Times a fait œuvre de salubrité publique en créant une infographie de la situation avant la révélation du Mémo, reproduite ici:

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(Cliquez pour agrandir)

Le Mémo de Devin Nunes

Mais il manque encore quelques points essentiels, auquel répond le Mémo de Devin Nunes qui défraie la chronique depuis quelques jours.

Devin Nunes est le Président de la Commission de surveillance de la Chambre des Représentants, assemblée bipartisane chargée de contrôler l'activité FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act, ou Loi de Surveillance de l'Espionnage Étranger). Nunes était parfaitement dans son rôle lorsque la Commission enquêta sur les allégations d'espionnage de la campagne de Donald Trump. Il dut faire preuve de beaucoup d'opiniâtreté pour surmonter les obstructions érigées par le FBI et le Département de la Justice pour empêcher les élus de consulter les informations auxquelles ils avaient normalement accès dans le cadre de leurs responsabilités.

Le Mémo, comme on l'appelle donc, est simplement le résumé de mois d'enquête et d'interrogatoires de responsables devant la Commission. Déclassifié par le Président Trump, il est disponible en ligne en intégralité. Là encore, ce Mémo ne contient que des informations 100% prouvées et vérifiées - il est assorti de centaines de pièces, témoignages, documents, rapports collectés par la Commission au cours de son enquête.

Quels sont les points saillants du Mémo?

  • Un dossier compilé par Christopher Steele, ex-espion britannique payé 160'000$ par le Comité de Campagne d'Hillary Clinton et la direction du Parti Démocrate, fut un élément essentiel de la demande FISA à l'encontre de Carter Page (c'est-à-dire une demande faite à la justice d'autoriser l'espionnage d'un citoyen américain).
     
  • Une demande FISA doit être renouvelée tous les 90 jours sur la base d'éléments nouveaux découverts lors de la surveillance. Le directeur du FBI James Comey signa lui-même trois renouvellements, son vice-président Andrew McCabe en signa un. D'autres renouvellements furent approuvés par le Bureau du Procureur Général, lié au Département de la Justice de l'Administration Obama d'alors. L'un d'eux fut signé par Rod Rosenstein, encore en poste aujourd'hui au sein de l'Administration Trump.
     
  • Aucune de ces demandes de renouvellement ne fut basée sur de quelconques éléments nouveaux découverts au cours de la mise sous surveillance.
     
  • Ni la demande originale de surveillance en Octobre 2016 ni aucun des renouvellements ne mentionnent le rôle de la Direction du Parti Démocrate ou du Comité de Campagne d'Hillary Clinton, pas plus que l'influence financière de ceux-ci dans les productions de M. Steele, alors que l'origine politique du dossier Steele était connue dès le départ des hauts responsables du FBI et du Département de la Justice.

D'autres aspects du Mémo mentionnent que certaines "fuites" du dossier organisées dans la presse furent employées pour justifier une poursuite de la surveillance, et donc, dans un bel argument circulaire, donner davantage de poids aux allégations du dossier.

Autrement dit, la Direction du Parti Démocrate, le Comité de Campagne d'Hillary Clinton, l'Administration Obama par le biais du Département de la Justice et le FBI - pour les rôles principaux - ont travaillé main dans la main à l'aide de faux documents pour franchir tous les obstacles légaux, notamment l'approbation de juges, afin de mettre sur écoute Donald Trump, un adversaire politique. Cette surveillance s'étendit au-delà de son élection, dans le but probable de trouver des éléments à charge qui permettent de le destituer.

Le moment crucial

Les masques sont tombés. Le Parti Démocrate a fait alliance avec les services de renseignement et la justice sous l'Administration Obama pour mettre en branle l'appareil d'État au service d'une cause partisane. La collusion entre les médias, les services de renseignement, et certains politiciens est désormais établie, donnant corps à ce que les Américains appellent l'État profond ("Deep State") ou encore le Marais ("The Swamp").

Le Scandale du Watergate qui finit par venir à bout du Président Nixon avait impliqué un petit nombre de proches collaborateurs ; aujourd'hui, la conspiration exposée en pleine lumière implique des dizaines, voire des centaines de personnes travaillant dans une douzaine d'organisations gouvernementales et non-gouvernementales différentes dans le but de calomnier, salir et finalement destituer le Président en exercice, privant le peuple américain de son élection présidentielle.

Pire encore, les Démocrates, mouillés jusqu'au cou dans cette affaire, se battent avec la dernière mauvaise foi pour empêcher la vérité d'atteindre le grand public. Loin de toute amende honorable, ils ont utilisé toutes les astuces possibles pour tenter, sans succès, d'arrêter le raz-de-marée de révélations. Aucune remise en question n'est à l'ordre du jour. Qu'auraient dit les mêmes en 2008 si George W. Bush avait espionné sur de faux prétextes la campagne de Barack Obama pour le compte de son camp! Mais M. Bush ne le fit pas et Obama le fit, voilà toute la différence.

Nous voyons se dérouler sous nos yeux le plus gros scandale politico-médiatique de l'histoire des États-Unis. Les médias mainstream sont tout aussi complices, et tentent - comme en Europe où la posture anti-Trump fait fureur - de minimiser l'affaire, salir les messagers, voire d'accuser les Républicains de complot à leur tour. Là encore, l'esprit partisan a pris le pas sur toute autre considération, qu'il s'agisse de la recherche de la vérité ou de la simple information du public.

La destruction de l'entier de la toile occulte qui tenta de voler l'élection présidentielle des États-Unis d'Amérique impliquera nombre de procès et de condamnations - je pense que le terme de "haute trahison" est approprié. Lorsque la poussière sera retombée, il y aura des livres à écrire, des films à tourner, et des prisons remplies. Mais en attendant, il faut nettoyer les Écuries d'Augias, et l'ampleur de la tâche donne le vertige.

08 janvier 2018

Et maintenant, Trump est fou.

Dire que les Démocrates s'emploient à éjecter Trump du pouvoir depuis le jour de son élection serait un euphémisme. Incapables depuis plus d'un an d'avaler le résultat d'une élection contraire à leurs attentes, ils n'ont de cesse de trouver le moyen de le renvoyer de la Maison Blanche avant la fin de son mandat. Complot russe, prétendue obstruction à justice, une page Wikipédia tente même de recenser les diverses manœuvres employées dans ce but.

usa,donald trump,manoeuvres politiques,foliePas un mois ne passe sans que vienne s'ajouter une nouvelle excellente raison de chasser le Président en exercice. Disons plutôt que chaque péripétie sur sa présidence, vraie ou fausse mais toujours montée en épingle par les médias, se conclut invariablement par l'examen d'une possible destitution sur la base de ces nouveaux "faits".

La dernière tentative en date se base donc sur une probable "folie" de M. Trump, qui pourrait comme par hasard mener à sa destitution par le biais du 25e amendement.

Une vingtaine de psychiatres et psychologues - forcément "éminents" pour la presse - franchirent le pas en octobre 2017 en publiant un ouvrage collectif sur la question: The Dangerous Case of Donald Trump ("Le Dangereux Cas Donald Trump"). Il reçut bien sûr un certain succès de la part des anti-Trump, confortés par les descriptions hyperboliques livrés aux médias par la coordinatrice très engagée à gauche de l'ouvrage, la psychologue Bandy Lee de l'Université de Yale. Apparemment, il y avait urgence à envoyer M. Trump à l'asile, en camisole de force.

Quelques professionnels du secteur eurent beau objecter que depuis quarante-cinq ans l'Association des psychiatres américains (APA) a établi la "Règle Goldwater", dénonçant comme un grave manquement à l’éthique le fait de dresser le diagnostic d’une personnalité publique sans son autorisation et sans même la rencontrer, personne ne les écouta. Billevesées que tout cela. Les règles de déontologie les plus élémentaires ne sauraient s''appliquer face à Donald Trump!

La nouvelle couche est appliquée ces derniers jours par Michael Wolff et son livre Fire and Fury : Inside the Trump White House ("Feu et Fureur : Dans la Maison Blanche de Trump"). Les médias font leur régal des bonnes feuilles de l'ouvrage. Trump serait un enfant gâté réclamant des "victoires", pris de crises de colère et insultant le personnel de la Maison Blanche et son propre gouvernement ; il s'enfermerait pour ruminer devant plusieurs télévisions en même temps ; il craindrait d'être empoisonné par les repas présidentiels ; il serait quasiment illettré, ou trop impatient, et incapable de venir à bout de textes simples...

usa,donald trump,manoeuvres politiques,folieBien que l'ouvrage soit entièrement à charge et dérive souvent dans le grotesque, les rédactions ne prennent aucune distance lorsqu'elles en parlent. Pour les médias, et Le Temps est en première ligne, Fire and Fury ne représente rien d'autre que la vérité. Comment s'en étonner alors que Michaël Wolff a couché sur le papier, jusque dans des "anecdotes" sur la chevelure de Trump, les fantasmes qu'attendait son public?

Seul problème, une partie au moins du livre est basée sur des affabulations - de l'auteur ou de ses sources - donnant au final un tableau caricatural et mensonger.

Prenons le simple exemple de l'élection. Wolff prétend à de nombreuses reprises que Trump ne voulait "pas vraiment" l'emporter - d'où une promesse faite à son épouse Melania qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de devenir Première Dame contre sa volonté, car il n'avait aucune chance. Il aurait de même été parfaitement livide, le soir fatidique, en apprenant finalement sa victoire. Pourtant, Trump s'est battu comme un lion pendant toute la campagne, mettant au point une stratégie novatrice pour arracher aux Démocrates des États considérés comme acquis et enchaînant des dizaines de meetings durant la dernière ligne droite. Pourquoi se serait-il donné tant de peine s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi aurait-il lutté avec succès contre seize autres candidats lors des primaires républicaines pour arracher l'investiture du parti s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi se serait-il compromis dans l'illégalité avec les Russes, comme l'affirme Wolff, pour arracher un avantage indu dans l'élection, s'il ne voulait pas gagner?

Le récit de Fire and Fury n'a même pas de cohérence interne. Certains intervenants cités par l'auteur ont apporté un démenti cinglant face aux propos qu'on leur prête. Tant que nous n'aurons pas eu le verbatim des enregistrements effectués par l'auteur, nous ne saurons pas où situer le mensonge. Mais Michaël Wolff se couvre lui-même dès l'introduction:

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"Beaucoup des comptes-rendus de ce qui s'est passé dans la Maison Blanche de Trump entrent en conflit les uns avec les autres ; beaucoup, à la mode trumpienne, sont cruellement faux. Ces contradictions et cette souplesse prise avec la vérité, sinon avec la réalité elle-même, forment le fil conducteur du livre. Parfois, j'ai laissé les intervenants exposer leurs versions, permettant en retour au lecteur de les juger. Dans d'autres cas, grâce à une cohérence dans les récits et par le biais de sources auxquelles j'ai fini par faire confiance, je me suis arrêté sur une version des événements que je crois véridique."

Alors, Fire and Fury est-il un récit ou une fiction? Probablement un peu des deux, quoique le point de vue de l'auteur sur Donald Trump ne fasse guère de doute. Comment croire alors que Wolff, coutumier de ces dérives, n'a pas prêté davantage de bienveillance à tous ceux qui disaient du mal de Trump? Et comment s'étonner du résultat?

Nous sommes en pleine construction de narrative, celui-ci visant à préparer l'opinion publique à la prochaine offensive démocrate contre Trump. Les médias qui enquêtent aujourd'hui sur la santé de M. Trump sont les mêmes qui refusèrent avec acharnement de rendre compte de l'évanouissement public de Mme Clinton en 2016.

Mais il n'est pas sûr que la sauce prenne. Donald Trump tweete avec son public, parle un langage simple et direct, n'est pas bardé de diplômes des plus hautes universités du pays. M. Trump est indiscutablement un Président atypique et les Américains le savent. Ceux qui ont voté pour lui l'ont fait précisément pour ne plus être menés dans l'ornière par des élites surdiplômées, sûres d'elles et de leur verbe, et bien plus préoccupées par les cercles mondains que par le devenir de la classe moyenne.

Pourtant, Trump est bel et bien dérangé. Père de grands enfants, marié à un ancien mannequin, entrepreneur richissime, vedette de son émission de télé-réalité, il aurait pu couler une retraite paisible en profitant de la vie. À la place, il choisit de se lancer dans la conquête de la Présidence des États-Unis et tente depuis, avec les plus grandes difficultés, de remettre le pays sur les rails. Clairement, aucune personne saine d'esprit ne ferait tout cela.

Mise à jour (14 janvier): Par un étrange tour du destin, nous apprenons que la psychiatre Brandy Lee à l'origine du livre indiquant que M. Trump n'était pas apte à gouverner ne dispose plus de licence de psychiatrie depuis 2015, soit bien avant l'écriture de son livre.

04 janvier 2018

Culture: l'Apocalypse zombie

Les zombies sont à la mode.

On les trouve désormais à toutes les sauces. Aux films, livres et séries télévisées succède une vague sans précédent dans le monde des jeux vidéo. Days Gone, State of Decay II, The Last of Us : Part II, Red Dead Redemption, Resident Evil 2, Death Stranding ou encore Metal Gear Survive sont autant de titres majeurs annoncés pour cette année ou la suivante, dans un marché qui dépasse celui de la musique et du cinéma.

Le sujet est étudié en sociologie, mais pas forcément pour poser les bonnes questions ("Si l’épidémie se produisait, quelles seraient les conséquences sur le plan sociologique?" ... Vraiment, Monsieur le sociologue?). Car, après tout, que signifie cette omniprésence des zombies dans l'esprit du grand public?

Les Grandes Peurs

Hollywood ne saurait représenter autre chose qu'une infime fraction de l'humanité, mais vend ses productions à une grande part de celle-ci. Et à l'instar d'autres industries, l'offre s'adapte à la demande. Notons bien que la mode des catastrophes ne saurait se découper de façon précise. Comme des vagues qui se chevauchent, les thèmes se recouvrent et s'étalent sur une longue durée. Ce n'est que suite à de multiples essais plus ou moins réussis que l'un d'eux trouve grâce auprès du grand public et engendre la production de masse d’œuvres à succès sur le même thème - donnant naissance à un genre proprement dit.

Les peurs de l'humanité montées sur grand écran sont un classique de l'histoire du cinéma, depuis la dystopie de Metropolis (1927), ou l'Homme invisible (1933) mettant en scène la voix désincarnée d'un savant fou devenu insaisissable. A l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, Hollywood effraie le grand public à travers des thèmes liés aux craintes du développement scientifique, pourtant à l'origine de la victoire contre le Japon, en l'extrapolant sur fond de Guerre Froide. Le futur fascine mais terrorise, et bien sûr l'anéantissement est toujours dans la balance. C'est l'heure des laboratoires secrets lâchant sur le monde d'étranges inventions, quand les militaires ne déclenchent pas eux-mêmes l'Apocalypse par bêtise ou inadvertance.

cinéma,livresVers les années 70, l'époque est plus propice aux films-catastrophe mettant l'Humanité occidentale en prise avec des forces qui les dépassent - naufrages, éruption de volcans ou invasions extraterrestres - et favorisées par l'amélioration des effets spéciaux. C'est l'heure de La Tour infernale (1974) ou de l'Invasion des Body Snatchers (1978).

Aux craintes des décennies précédentes, les suivantes ajoutent épidémies et météorites menaçant la vie sur la planète entière. Les dangers deviennent plus systématiquement planétaires, montrant non seulement des catastrophes hors des États-Unis, mais allant parfois jusqu'à impliquer d'autres nations dans une résolution conjointe du problème. La tendance au globalisme se confirmera au tournant des années 2000 avec les premiers films visant directement à véhiculer une idéologie politique sur le thème de la catastrophe, comme Le Jour d'Après (2004) où la non-signature par le Président américain d'un traité visant à lutter contre le réchauffement climatique déchaîne littéralement, et dès le lendemain, un tsunami contre la Côte Est.

L'évolution de la technologie et l'émergence d'Internet fera fleurir toute une nouvelle catégorie de dystopies et d'interrogations quant au devenir de l'humanité, la robotisation de la société, l'émergence d'une intelligence artificielle, la plausibilité d'une guerre entre humains et machines, ou la confusion entre réalité virtuelle et monde réel.

Mais depuis des années, au milieu des autres thèmes, les zombies se maintiennent et gagnent en popularité.

Le Zombie, excuse du chaos

Le thème des zombies est très ancien, mais son traitement a évolué au fil du temps. De la créature ranimée obéissant à un maître, le zombie est devenu incontrôlable, puis terriblement contagieux, puis mondial. Les morts-vivants originels ont laissé la place à des humains bien portant soudainement fauchés par la zombification, parfois en quelques minutes.

cinéma,livres

Or, le zombie lui-même est rarement le principal protagoniste de l'histoire. Les premiers films de zombies mettaient l'accent sur le déclenchement de l'épidémie, le réveil de la horde, la survie des premiers civils confrontés par surprise à la marée décomposée comme dans La Nuit des Morts Vivants (1968). Mais depuis plusieurs années déjà le thème est prétexte à autre chose - l'émergence de nouvelles structures sociales au sein d'une société effondrée, les rapports de confiances entre survivants, les perspectives d'avenir, la survie des valeurs occidentales judéo-chrétiennes dans une catastrophe d'ampleur biblique.

Dans ces contextes, le zombie n''a plus qu'un rôle secondaire, quoique essentiel. Il remplit toujours deux fonctions principales du récit:

  1. Justifier la disparition de la société classique. Face aux zombies, les structures des États traditionnels sont invariablement défaillantes et finissent par s'écrouler. C'est sans doute la plus marquante distinction d'avec une invasion extraterrestre, par exemple, ou après des défaites initiales les vaillants défenseurs de la planète finissent par apprendre de leurs erreurs et mettent une raclée aux envahisseurs. Dans le monde des zombies, rien de tel: l'État disparaît du paysage après quelques soubresauts. Il ne subsiste plus que sous la forme d'usurpateurs, ou d'éléments militaires agissant désormais pour leur propre compte comme pillards ou mercenaires.
     
  2. Maintenir un niveau de danger lancinant. L'insouciance n'est pas une option. Faire face à une horde de zombies est une perspective terrifiante mais les survivants sont rapidement aguerris et bien préparés. Les zombies sont en général lents, prévisibles et incapables de tactique, mais forcent les humains à se regrouper pour augmenter leurs chances de survie, du tour de garde à l'expédition de pillage dans un centre commercial. D'autres défis plus complexes émergent assez vite: lutte pour le leadership au sein du groupe, affrontement avec des groupes rivaux, localisation de ressources rares (médicaments, énergie, munitions). Les communautés de survivants entrent en concurrence et donnent rapidement lieu à des affrontements plus dangereux et plus vicieux que contre les zombies, mais ceux-ci restent en arrière-plan pour rappeler à tous le destin qui attend les individus isolés.

Simulation et jeu vidéo

Les survivalistes sont tournés en dérision, mais le grand public est friand de la société désintégrée que met en scène le thème des zombies. La survie dans cet univers se ramène à la mise en application de leurs conseils: être autosuffisant, prêt à se défendre, et paré au maximum d'éventualités.

Si on accepte l'idée d'un monde dévasté par les morts-vivants comme la symbolique d'une société effondrée et généralement hostile, non seulement le thème des zombies prend tout son sens, mais il s'incarne parfaitement dans le médium du jeu vidéo. À l'inverse d'autres supports, et malgré la scénarisation poussée de certains grands titres, le jeu vidéo est l'environnement parfait pour laisser le joueur libre de ses actes et tenter plusieurs approches. Il peut expérimenter et organiser sa survie dans un monde où chaque nouveau lever de soleil est une victoire.

Les titres autorisant des joueurs à se rejoindre en ligne dans un même monde renforcent l'expérience sociale des "survivants", leur permettant d'élaborer des stratégies que même les créateurs du jeu n'auraient imaginées.

Dans son aspect plus polémique, le zombie représente l'Autre, agrémenté d'une dangerosité mortelle et irréconciliable. Rares sont les titres qui considèrent les zombies comme des êtres humains, bien qu'ils l'aient tous été au départ. La perte d'humanité est généralement présentée comme un processus irréversible. On ne peut pratiquement jamais la guérir (bien que parfois des remèdes permettent de juguler la transformation en zombie d'une personne infectée). Or, non seulement les zombies sont nombreux, mais ils sont toujours hostiles. On ne peut pas raisonner un zombie, ni le dresser, ni espérer qu'il change d'avis, ni faire la paix avec lui - pas même une trêve. Le zombie est l'hostilité incarnée et la seule réponse est sa destruction.

Par ailleurs, le zombie permet de s'éviter les foudres du politiquement correct. Les éditeurs de jeux n'ont certainement pas vocation à se transformer en lanceurs d'alertes, et on ne verra jamais Hollywood se lancer dans un film montrant l'émergence d'une guerre civile entre immigrés et autochtones dans les banlieues européennes - quelle que soit la plausibilité d'un tel scénario. Le zombie permet de contourner cet obstacle et de parvenir au même "résultat": une société effondrée, des factions irréconciliables et un danger de tous les instants.

De ce point de vue, la popularité de l'apocalypse zombie prend un tout autre sens: elle pourrait nous préparer, collectivement et inconsciemment, à ce que pourrait être notre survie dans un avenir aussi proche que sombre - même sans morts-vivants.

29 décembre 2017

La Météo n'est pas le Climat... Quand Trump en parle

Entre Noël et le Jour de l'An, Donald Trump a eu la mauvaise idée de lancer un tweet sur la vague de froid qui frappe les États-Unis en ce moment.

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Traduction: "Dans l'Est, cela pourrait être la veille du jour de l'an LA PLUS FROIDE jamais enregistrée. Peut-être pourrions-nous nous servir un peu de ce bon vieux réchauffement climatique pour lequel seul notre pays, et pas les autres, était sur le point de payer des MILLIONS DE MILLIONS DE DOLLARS afin de se protéger. Couvrez-vous!"

Il n'en fallait pas davantage pour que les médias se déchaînent (ici, ici, ici ou encore ): une attaque aussi frontale contre le dogme du Réchauffement Climatique d'origine Anthropique (RCA) ne pouvait pas rester impunie.

Pour ne prendre qu'un exemple dans le concert des pleureuses, le Figaro français se livra à un réquisitoire en règle, avec dénonciation de la posture anti-scientifique du Président américain et un parallèle avec un tweet de Jean-Marie Le Pen pour faire bonne mesure - étant entendu que seuls des nazis, au minimum, peuvent douter du RCA.

Pourtant, il fait froid aux États-Unis:

Depuis quelques jours, l'Amérique du Nord est frappée par un froid extrême. Outre les fortes chutes de neige (1,5 mètre en 48 heures), des températures allant de -40 à -50°C ont été enregistrées et la situation pourrait perdurer encore quelques jours selon les météorologues, qui ne prévoient pas de remontée des températures pour le moment. Du jamais vu depuis 1993. Au Canada, les bulletins d'avertissement de froid extrême appellent les populations à la vigilance et à éviter les déplacements.


MAIS MAIS MAIS il ne faut surtout rien en déduire vis-à-vis du réchauffement:

Le tweet de Donald Trump a cependant fait bondir les scientifiques, qui rappellent qu'il existe une différence entre le climat, qui s'étudie sur une longue période, et la météo quotidienne, soumise à des variations saisonnières.


Dont acte. La météo n'est pas le climat, et nul être doué de raison ne saurait confondre l'un avec l'autre.

...Et pourtant.

La fin d'année 2017 étant propice aux rétrospectives, revenons sur quelques événements météorologiques marquants de l'année écoulée.

  • L'ouragan Harvey:
    L'ouragan Harvey qui s'est déchaîné sur le sud des États-Unis, causant la mort ainsi que des milliards de dollars de dégâts, est déjà rangé parmi les pires catastrophes naturelles de l'histoire américaine. (...) Face aux doutes, le météorologiste Eric Holthaus rappelle le danger auquel l'humanité fait face. Le réchauffement climatique n'est pas un mythe, c'est une réalité. Et ses conséquences se sont abattues sur Houston, met en garde le scientifique dans les colonnes de Politico. (...) Le scientifique l'assure: Harvey est une conséquence du réchauffement global.

  • Des inondations en Sierra Leone:
    Plus de 400 personnes ont péri à la suite des inondations survenues [en août]. Si le changement climatique explique l’intensité du phénomène, le nombre de morts est lié à l’absence d’infrastructures adaptées. (...) Plus globalement, le drame survenu la semaine dernière pose la question de l’adaptation défaillante des espaces urbains assujettis aux effets du changement climatique.

  • Des feux de forêt au Canada:
    [Les conclusions de chercheurs américains et australiens] rejoignent celles d'autres experts. Le doyen du Département de foresterie de l'Université de la Colombie-Britannique, John Innes, affirmait il y a quelques jours que le réchauffement climatique contribuait à exacerber l'intensité des feux de forêt, comme ceux qui font rage [en juillet] dans l'Ouest canadien, et à prolonger leur durée.

  • Un éboulement en Suisse:
    Fin août, deux glissements de terrain successifs ont eu lieu en Suisse. Une partie du village alpin de Bondo a été détruit. Une dizaine de personnes auraient trouvé la mort. La catastrophe est survenue lorsqu'une masse rocheuse de quatre millions de m3 s'est détachée de la paroi du Piz Cengalo (3.369 m) et s'est déversée, telle une avalanche, dans une vallée en direction de Bondo, détruisant tout sur son passage.
    Les experts ont également expliqué que l'éboulement avait été causé par le dégel du permafrost (les terrains gelés depuis des millénaires), sous l'effet du réchauffement climatique.

  • Des inondations en Asie du Sud-Est:

    De Miami à Porto Rico, en passant par La Barbade et La Havane, les ravages de la saison des ouragans dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes ont sonné comme un rappel du fait que les effets du changement climatique ne connaissent pas de frontières. (...) Les conséquences [du Réchauffement Climatique] ne se limitent pas à cette région. Le niveau record d’inondations enregistré au Bangladesh, en Inde et au Népal a affecté quelque 40 millions de personnes. Plus de 1 200 personnes ont péri et beaucoup d’autres ont perdu leurs maisons, leurs cultures ou leurs lieux de travail.

Les citations agrémentant chacun de ces épisodes météorologiques de 2017 sont issues de sites qui n'hésitent pas à lier météo et climat - y compris pour la vague de froid actuellement subie par les USA - et critiquent aujourd'hui M. Trump pour avoir fait de même. En d'autres termes, ils font exactement ce qu'ils reprochent au Président américain. La seule différence est qu'ils agissent au nom du réchauffement et non contre lui.

Précisons donc la règle médiatique que M. Trump vient d'enfreindre: un épisode météorologique particulier ne saurait être monté en épingle au nom du climat, sauf s'il permet d'appuyer la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine.