01 octobre 2013

Et qu'il ne redémarre jamais

Aujourd'hui est un beau jour pour les amoureux de la liberté: l'Etat fédéral américain est à l'arrêt.

C'est le "shutdown", comme nous explique Le Matin ; la fermeture des agences, la mise au chômage technique de centaines de milliers de fonctionnaires, l'arrêt de toutes les services "non indispensables". Pour les partisans de l'étatisme, nombreux de ce côté de l'Atlantique, c'est évidemment une catastrophe. Vous verrez peu de journalistes se réjouir.

usa,faillite,démocrates,républicainsLes reportages font la part belle aux malheureux soudainement victimes de la situation - les employés du Moloch, bien entendu, mais aussi les touristes s'apprêtant à visiter qui un musée, qui un parc national et trouvant porte close.

L'examen des responsabilités est vite fait. C'est la faute des Républicains, nous dit-on. Bien que minoritaires au Sénat ils disposent encore d'une majorité dans la Chambre des Représentants et peuvent donc, en refusant de voter le budget, forcer le gouvernement à se contenter du minimum. Les Républicains, poussés par quelques élus proches du Tea Party - Tea étant ici l'acronyme de Taxed Enough Already, déjà assez taxé, certains français se reconnaîtront - avaient demandé de repousser la réforme de la santé Obamacare comme condition à l'obtention de leur accord, mais leurs offres furent promptement rejetées. D'ailleurs pour le Nouvel Observateur par exemple, le verdict est sans appel: c'est un prétexte. Les Républicains sont de "mauvaise foi", se livrent à un "chantage", voire une "croisade idéologique" selon les mots d'un Président-prix-Nobel-de-la-Paix qui n'a jamais autant bombardé. Écoutez les paroles du spécialiste, il s'y connaît en croisades...

Évidemment, il faut être deux pour un accord. L'intransigeance des Démocrates vaut bien celle des Républicains. Chaque parti accuse l'autre des blocages et l'opinion publique est divisée sur cette responsabilité, mais la différence de traitement médiatique est savoureuse.

En attendant, l'Etat est à l'arrêt. Pas tout l'état américain - seulement le niveau fédéral. Les administrations des états de l'Alaska à la Floride continuent de fonctionner, de même que l'échelle locale. Et encore, les agents de Washington ne sont pas complètement à l'arrêt:

Plus de la moitié [des 1,8 million de fonctionnaires civils] sont mis au chômage technique.

Pour certains fonctionnaires, le travail doit continuer normalement. Il s'agit notamment du personnel pénitentiaire et des contrôleurs aériens. Idem pour les militaires, dont la solde pourrait toutefois être versée en retard. Pour d'autres (personnels des tribunaux fédéraux notamment), une période transitoire est prévue avec un travail normal jusqu'au 15 octobre avant un réexamen de la situation.

Au Pentagone, l'une des administrations fédérales les plus puissantes, la moitié des personnels civils pourraient être mis au chômage d'office. Tous les postes non cruciaux sont concernés.


La situation n'a rien d'inédit. Depuis 1977, le cas de figure s'est produit à 17 reprises. Le blocage aura évidemment des conséquences - non pas parce qu'elles seraient inévitables, mais parce que les fonctionnaires feront en sorte qu'il en ait. C'est le syndrome du Monument de Washington. Traduisant Wikipedia:

Le Syndrome du Monument de Washington, également connu sous le nom du Syndrome du Mont Rushmore ou du Premier Principe des Pompiers est une tactique politique employée aux Etats-Unis par les agences gouvernementales lorsqu'elles font face à des restrictions budgétaires. La tactique consiste à trancher dans les services les plus visibles ou les plus appréciés du gouvernement, depuis des services populaires comme les parcs nationaux ou les bibliothèques à des employés valeureux du service public comme les enseignants et les pompiers. Ceci influence le public pour qu'il soutienne des augmentations d'impôt qu'il refuserait sinon. Le nom vient de l'habitude attribuée au Service des Parcs Nationaux de dire que toute réduction de budget entraînerait la fermeture immédiate du très populaire [et probablement très rentable] Monument de Washington. Le National Review compare cette tactique à une prise d'otage ou du chantage.

 
Les touristes en quête de visa et les Américains ayant besoin de renouveler leur passeport vont passer un mauvais moment. Mais les autres? Nombre d'agences gouvernementales se retrouvent avec 5% de leurs effectifs, dont la puissante EPA, l'agence de protection de l'environnement. Les services de l'IRS (Internal Revenue Service) passent de 95'000 à 9'000 personnes. Pas forcément de quoi être triste! On se prend à rêver que la crise dure assez longtemps pour que les bureaucrates ainsi déposés soient forcés de se trouver un nouvel emploi dans le privé, histoire de découvrir le monde authentique de la création de valeur...

Alors que se profile bientôt un nouveau débat d'importance sur le relèvement du plafond de la dette, l'Etat américain se retrouve avec un avant-goût de la cessation de paiement qui lui pend au nez. On blâmera les Républicains pour leur responsabilité dans le blocage, mais l'Etat fédéral "minimal" mis en route ces dernières heures correspond très exactement à ce qui attend l'Amérique une fois qu'elle aura été mise en faillite dans les formes - avec de surcroît une ardoise en dizaine de milliers de milliards de dollars à éponger. Il faudra tout réinventer, comme à Detroit.

Est-il plus irresponsable de mettre le holà à cette folie ou de poursuivre plus loin sur le chemin du précipice?

29 septembre 2013

Le GIEC joue tapis

Au poker, jouer tapis revient à mettre en jeu l'ensemble de ses jetons sur une seule donne. L'aspect psychologique du geste est primordial. La manœuvre sert moins à gagner beaucoup de jetons qu'à impressionner les joueurs. En mettant toutes ses "forces" en jeu, l'audacieux (ou le fou, selon) augmente les enjeux au point de passer l'envie aux autres de se battre - et surtout de voir les cartes qu'il a réellement en main.

Le parallèle avec le rapport 2013 du GIEC n'est pas anodin.

Ces dernières années, le GIEC a traversé de nombreuses crises internes et externes. Alors qu'ils sont présentés comme l'état de l'art de la recherche climatique, ses rapports sont loin d'être irréprochables. Le GIEC a pourtant les moyens de ses ambitions. Souvenons-nous par exemple de la disparition des glaciers himalayens en 2035 - faute apparemment intentionnelle dans le but d'impressionner le public, un souci étonnant dans une publication se présentant sous le jour de la rigueur scientifique. Les erreurs factuelles ne sont que la partie émergée de l'iceberg alors que les conflits d'intérêt sont évidents au sein de l'organisation. Comment espérer un point de vue neutre de la part de rédacteurs très officiellement employés par Greenpeace?

Les problèmes d'organisation trahissent des luttes d'influence et des enjeux politique bien éloignés des objectifs annoncés. Mais ils restent eux-mêmes véniels comparés aux manipulations éhontées de la recherche scientifique, la matière première à partir de laquelle le GIEC base ses travaux. Des chercheurs de premier plan ont manipulé leur données pour faire apparaître un réchauffement là où il n'y en avait pas - là où il n'y en avait plus, de l'aveu même du directeur du GIEC.

On imagine comment certains climatologues ont dû sentir le sol se dérober sous leurs pieds en réalisant que les courbes de température ne suivaient pas les trajectoires prévues. D'où leurs leurs méthodes mafieuses, je suppose. Mais depuis, les experts du climat ont retrouvé un semblant de sérénité à travers une nouvelle stratégie. Ils justifient désormais l'absence du réchauffement climatique tant attendu en expliquant que celui-ci fait une pause. Et ce, bien qu'aucun modèle prétendant calculer les températures jusqu'en 2100 ne l'ait prévu.

L'humanité est coupable d'exister. Elle continue donc d'être responsable de réchauffement climatique même quand celui-ci n'affecte plus le thermomètre. On affirmera donc désormais que la chaleur est "stockée" quelque part. On ne sait pas encore très bien où, mais c'est l'intention qui compte...

Dans le monde réel, la moitié de ces péripéties auraient achevé la crédibilité de n'importe quel acteur se prétendant sérieux. Au pire, les spectateurs par ailleurs toujours invités à croire aveuglément au spectacle commenceraient à s'en moquer. Mais ici la réalité n'a pas vraiment de prise, comme il sied à un organisme intergouvernemental affilié à l'ONU. Au contraire, toute honte bue, le GIEC claironne désormais que les activités humaines sont responsables des catastrophes à venir de manière "extrêmement probable". Les indices de confiance sont toujours plus grands:

Le Giec explique que les activités humaines sont, de manière "extrêmement probable", avec une probabilité d’au moins 95%, la principale cause du réchauffement planétaire depuis les années 1950. Dans le précédent rapport, publié en 2007, cette probabilité était évaluée à 90%, et à 66% dans celui de 2001.


Alors que tout devrait nous amener à plus de précaution sur les prévisions alarmistes, le GIEC choisit au contraire la fuite en avant. Il clame même qu'il avait joué la prudence jusqu'ici, comme chacun a pu s'en rendre compte! Rappelez-vous encore une fois qu'il n'y a eu aucun réchauffement réel depuis dix-sept ans, selon le GIEC lui-même. Les scandales, les erreurs, les modèles erronés et les résultats opposés aux prévisions n'amènent aucune forme d'humilité. Au contraire, le GIEC s'arc-boute et frappe du poing sur la table.

La raison profonde est sans doute livrée au détour d'une interview de Michel Jarraud par la RTS. Le dialogue tout en douceur mené par Michel Cerutti - journaliste résolu à propager le dogme s'il en est - permet de lever le voile sur la stratégie de l'organisation.


C'est la fin du monde! Repentez-vous!

 
Voilà la transcription de l'interview (deuxième partie du reportage)

Michel Cerutti - Vous êtes le secrétaire général de l'Organisation Météorologique Mondiale, l'un des deux pères fondateurs du GIEC avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement... C'est un tableau assez sombre qu'on nous a dépeint ce matin.

Michel Jarraud - Le tableau est assez sombre dans la mesure où il confirme au-delà de tout doute possible la réalité du changement climatique et surtout le rôle de l'homme dans ce changement climatique... Au-delà du tableau sombre je crois que ce rapport est important parce qu'il fournit des éléments de plus en plus précis, des éléments importants qui vont être essentiels pour les négociations qui sont en cours sur le changement climatique. Négociations au niveau de la réduction des gaz à effet de serre mais aussi au niveau de l'adaptation. Ces négociations doivent culminer en 2015 dans une grande conférence qui aura lieu à Paris et qui doit aboutir à des accords contraignants sur ces émissions.
 
MC - En même temps on a l'impression depuis des années que le monde politique prend connaissance de ces rapports mais n'en fait pas grand cas.
 
MR - Ecoutez là je suis peut-être moins pessimiste. Au fur et à mesure des années, et c'est d'ailleurs lié à la pertinence et à la précision de plus en plus grande de ces rapports du GIEC, les politiques, les décideurs à tous les niveaux ont pris de plus en plus en compte ces informations. Et ce dernier rapport va dans la même direction, il va encore plus loin, il est encore plus précis, il est encore plus affirmatif sur [inaudible] et je pense donc que ces informations vont être encore plus utiles pour la prise de décision. Donc là je suis plutôt optimiste de ce côté-là.
 
MC - Mais vous n'avez pas envie parfois de délaisser le côté scientifique pour être plus politique, plus engagé dans ces rapports?
 
MR - (hésitation) Il faut être très prudent parce qu'il est important que les informations qui sont la base des décisions, soient le plus crédible possible. Et il faut donc éviter d'être à la fois juge et partie. Le système actuel permet justement d'éviter ce conflit d'intérêt. Les scientifiques travaillent, tous les cinq ou six ans il y a un nouveau rapport qui est évalué par leurs pairs... Ce sont des évaluations qui sont indépendantes. Donc la crédibilité de ces rapports du GIEC est de plus en plus grande. Donc je crois que c'est un bon système.


Pour quelqu'un suivant depuis quelques années les multiples scandales dans le fonctionnement du GIEC ou la "méthode scientifique" des climatologues pro-réchauffement, les propos sont tellement diamétralement opposés aux faits qu'il est difficile d'écouter sans éclater de rire. La profession de foi surréaliste semble tout droit sortie du Miniver de 1984.

Mais la phrase en gras correspond vraisemblablement à l'objectif: influer sur les grands de ce monde en 2015. Les enjeux sont importants. Le prétendu consensus autour de la responsabilité humaine d'un réchauffement climatique douteux ne cesse de se déliter. Les pays occidentaux sont ruinés. Les autres ne s'estiment pas concernés ou tournent l'entier du processus en dérision. Pour instaurer l'ébauche d'un gouvernement fasciste mondial au prétexte d'écologie, le rendez-vous de 2015 pourrait bien être le dernier.

On comprendra alors les certitudes de façade affichées par le GIEC: il fait dans la surenchère hystérique et engage tout ce qu'il lui reste de crédibilité, simplement parce que c'est la dernière donne de la soirée. Alors, il joue tapis.

10 septembre 2013

Puis Vint Le Refroidissement Climatique.

Les miracles existent. L'un d'eux vient de surgir dans les colonnes du Matin en ce mardi de septembre de l'an de grâce 2013. Le titre de l'article? Le climat serait en train de se refroidir.

Le premier avril, on aurait pu s'attendre à un gag de ce genre, se finissant avec une réplique amusante style "désolé les gars, en fait on avait bêtement tenu le thermomètre à l'envers!" mais nous ne sommes pas le premier avril et l'information n'a rien d'une plaisanterie:

La glace a augmenté de 60% sur les océans cette année par rapport à 2012, ceci en raison d'un été arctique particulièrement froid.


60% de glace en plus. En une seule année. C'est énorme. Tant pis pour la Route de l'Arctique.

En plus d'employer le conditionnel, Le Matin se contente d'une photo-alibi, sans oser aller jusqu'à mettre l'image d'illustration de l'article original du Daily Mail, la voici donc:

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Non non, on n'a pas mélangé les images avant-après...

Avant que les hystériques ne viennent crier à la manipulation, précisons que les données viennent de la NASA. Mais puisqu'il y a visiblement des pertes en ligne entre la version originale et sa reprise dans le quotidien romand, traduisons quelques passages:

Cette révélation survient 11 mois après que le Daily Mail Dimanche a déclenché un débat politique et scientifique intense en révélant que le réchauffement climatique a "fait une pause" depuis début 1997 - un évènement que les modèles informatiques utilisés par les experts du climat ont échoué à prévoir.

En mars, ce journal avait en outre révélé que les températures sont sur le point de tomber en-dessous de ce que prévoient les modèles avec "90% de certitude".

Cette pause - maintenant considérée comme vraie par la plupart des centres majeurs de la recherche climatique - est importante, parce que les modèles prédisant des températures globales toujours plus élevées ont amené de nombreux pays du monde à engloutir des milliards dans des règlementations "vertes" pour contrer le changement climatique.

Ces prédictions paraissent maintenant terriblement erronées. (...)

La fureur publique suscitée par d'édition dominicale du Daily Mail - que le retour de la banquise arctique va amplifier - a forcé [les experts en climat du GIEC] à tenir une réunion de crise.


Au lieu de se réunir en grande pompe en octobre pour publier la cinquième édition de la bible des connaissances sur le changement climatique, un ensemble de trois volumes établi tous les six ou sept ans et sensé montrer l'état de l'art de la recherche, les climatologues sont contraints de se replier dans un pré-sommet à Stockholm pour apporter des révisions de dernière minute.

Des documents révélés par les journalistes indiquent que le GIEC demande 1500 changements (!) au "résumé pour les décideurs", le chapitre sur lequel se basent les politiciens pour décréter leurs taxes anti-réchauffement. "La publication actuelle n'explique pas convenablement la pause", explique pudiquement le Daily Mail.

Dans le brouillon du rapport, le GIEC affirme "avec 95% de certitude" que le réchauffement climatique est dû à l'activité humaine, en hausse d'un modeste "90% de certitude" pour l'édition 2007 du rapport. Au vu du manque de coopération de l'arctique, il faudra peut-être revoir ces certitudes à la baisse et introduire un peu d'humilité dans les prévisions de température à l'horizon 2100.

Bien sûr, il n'y aura là rien de nouveau pour les habitués de ce site et de beaucoup d'autres qui n'ont de cesse de dénoncer les mensonges et les manipulations autour d'un réchauffement climatique introuvable depuis quinze ans, mais prétexte à d'innombrables politiques interventionnistes. On comprend la panique s'emparant du milieu: la réalité, cette garce, n'est guère conciliante avec la théorie. Mais si nouveauté il y a, elle est dans le traitement de l'information.

Il y a quelques mois de cela, voir apparaître un article aussi contraire au dogme dans la presse romande aurait été impensable. Lisez ce qu'ils en disaient en juillet! La chape de plomb médiatique se fissure ; reste à savoir cette humble dépêche de l'édition web du Matin fera son chemin dans la version papier du lendemain. Vu son importance elle devrait faire la couverture, mais qui sait ce qui se dira en salle de rédaction?

Le barrage ne cèdera pour de bon que lorsque des nouvelles de ce genre seront relayées par des citadelles réchauffistes comme la RTS, touchant enfin le grand public. Cela finira fatalement par arriver. Les citoyens songeront peut-être alors à demander des comptes pour ces années de panique organisée, et le retrait de taxes bien réelles sur des responsabilités imaginaires.

Voyons le bon côté des choses: en ressortant tous les reportages apocalyptiques servis avec aplomb au grand public depuis des années, il y a de quoi se monter une jolie soirée bêtisier.

31 août 2013

Syrie, une guerre pour la forme

Le vent guerrier soufflait tellement fort en début de semaine que certains pensaient que les bombardements alliés commenceraient dès le jeudi après-midi. Mais il n'en fut rien: il faut au moins un président américain pour lancer les hostilités, et à ce moment Barack Obama avait prévu de fêter le cinquantième anniversaire du discours de Martin Luther King.

Lors de l'attaque du consulat américain de Benghazi, l'Amérique n'avait pas pu réagir promptement non plus: le président, confondant l'opération terroriste avec une manifestation trop enthousiaste, était de toute façon accaparé par une soirée de levée de fonds à Las Vegas en vue de sa réélection. Pas de chance, vraiment.

Aujourd'hui, on prétend que les opérations militaires ne peuvent commencer avant le mardi 3 septembre, simplement parce que ce lundi est férié aux USA.

Ramener les conflits à de simples question d'agenda n'est pas si exagéré. Le buzz du moment tient ainsi en une seule image, la photo d'un dîner au restaurant Narenj dans le vieux Damas entre le sénateur Kerry et son épouse et le couple Assad.

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John Kerry et son épouse à la table des Assad. Qui paye l'addition?

Ce n'était jamais qu'en 2009. Bachar el-Assad était officiellement un type fréquentable, comme Muammar Kadhafi en son temps. La roue a tourné, mais il est toujours amusant de contempler John Kerry, désormais Secrétaire d'Etat, appeler à la chute d'un homme à qui il a demandé des conseils gastronomiques.

Les parallèles avec l'Irak de 2003 sont étonnants. Un tyran devenu gênant, des soupçons d'armes chimiques, une communauté internationale divisée, l'ONU aussi inutile que d'habitude... Mais où sont les drapeaux arc-en-ciel accrochés aux balcons et fenêtres? La marge de manœuvre est tout simplement incomparable entre un Républicain et un Démocrate, prix Nobel de la Paix de surcroît, quand il s'agit d'impliquer l'Amérique dans une guerre. L'un était dans le faux quoi qu'il fasse, l'autre est dans le vrai quoi qu'il fasse. Le Camp du Bien a définitivement la vie plus facile.

Vous ne verrez pas de manifestations spontanées clamer que la guerre n'est pas la solution - bien qu'aujourd'hui tout le monde en soit persuadé - ni qu'il faille laisser les inspecteurs internationaux "faire leur travail". Les oppositions à Barack Obama sont quasiment inexistantes. Pourtant, les gains géopolitiques dans la guerre civile syrienne promettent d'être dérisoires, quelle que soit l'issue du conflit.

Toute guerre a ses raisons que la raison ignore. Aujourd'hui, c'est une bête histoire de ligne rouge. Barack Obama employa ce terme pour la première fois en août 2012. Il réitéra ensuite sa menace le 9 décembre en précisant ce qu'il entendait par là:

"Je veux être absolument clair pour Assad et ceux qui sont sous son commandement : le monde vous regarde, l'utilisation d'armes chimiques est et sera considérée comme tout à fait inacceptable. Si vous faites l'erreur tragique d'utiliser ces armes chimiques, il y aura des conséquences et vous en répondrez."


Pourquoi un tabou sur les armes chimiques, demanderez-vous? Elles sont honnies en Occident parce qu'elles tuent femmes, enfants et civils aveuglément. L'absence de discernement est horrible pour toute personne civilisée, mais implique l'idée que les armes "conventionnelles" permettent, elles, d'épargner les non-combattants. De toute évidence, cette thèse ne tient pas en Syrie.

Dans une guerre civile avec plus de cent mille victimes au compteur, les deux camps s'abandonnent avec délice dans des attaques gratuites contre les innocents apparentés à l'adversaire. Les rebelles emploient des kamikazes et organisent des opérations de terreur contre les partisans du régime ; Damas riposte avec des bombardements de masse et le soutien du Hamas. Les deux camps fourbissent leurs islamistes et emploient les méthodes les plus sales auxquelles ils ont accès. Il est plausible que les rebelles aient eux aussi employé des armes chimiques de temps à autre ; leur utilisation n'a été limitée que par les stocks disponibles, non par les scrupules.

Il y a un an de cela, tracer une "ligne rouge" infranchissable mais suffisamment lointaine pour se mêler à l'horizon semblait relever de la rhétorique la plus habile. Tuez-vous les uns les autres autant que vous voulez, mais n'utilisez pas d'armes interdites pour cela, annonçait en quelque sorte Obama. L'avertissement offrait une moralité à peu de frais. Il fut rattrapé par l'actualité.

Les premières allégations d'utilisation d'arme chimique remontent au 13 avril, puis au 30, mais les puissances occidentales optèrent alors pour une confortable fin de non-recevoir. Dans ce chaos syrien, comment être sûr de quoi que ce soit? L'absence de réaction incita sans doute les protagonistes à passer à la vitesse supérieure. D'autres soupçons d'armes chimique survinrent encore le 27 mai (impliquant des journalistes français, donc plus difficiles à défausser) et enfin le 21 août dans la capitale, avec plus de mille morts supposés. Le franchissement de la ligne rouge aurait alors été plus une question d'échelle que de moyens.

L'intervention en Syrie est donc, désormais, inévitable. Mais elle ne peut déboucher sur rien.

Empêcher un régime de se servir d'armes chimiques revient à détruire ses stocks, ses moyens de production, ses agents de diffusion (c'est-à-dire son armée), contrôler ses importations, et finalement le renverser ; toute autre niveau d'intervention n'offre qu'une garantie très temporaire. Or, les Occidentaux, épuisés et ruinés, n'ont pas les moyens de s'impliquer sérieusement.

Les Russes ont misé beaucoup sur le régime de Bachar el-Assad et l'Iran ne supportera pas la chute d'un allié à ses frontières: le régime de Damas peut compter sur des soutiens. Le risque d'un embrasement régional n'est pas nul mais a peu de chances de survenir, l'intervention occidentale en Syrie étant probablement très limitée. Quelques bombardements ponctuels sur des stocks supposés d'armes chimiques, peut-être une estocade contre l'aviation de Bachar, ce sera à peu près tout.

Tout le monde aura gagné: le régime syrien pansera ses plaies - il en a vu d'autres - en clamant qu'il est toujours debout ; les brillants chefs de guerre des Etats-Unis et d'Europe s'offriront mutuellement l'accolade en proclamant la mission accomplie ; Barack Obama pourra dire qu'il a tenu sa promesse et la réitérer avec force: "Massacrez-vous autant que vous voulez, mais proprement."

On a les lignes rouges qu'on peut se permettre.

15 août 2013

L'Egypte au pied du mur

Après l'assaut sanglant de l'armée pour déloger les manifestants pro-Morsi de deux places du Caire, les Egyptiens doivent plus que jamais prendre leur destin en main.

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Pauvre Mohamed el-Baradei! En s'associant au régime "transitoire" du président Adly Mansour et du général Abdel Fattah al-Sissi, l'ancien inspecteur en armement de l'ONU ne réussit qu'à salir son image de Prix Nobel de la Paix. Bonne idée pour un ambitieux de se présenter comme caution morale du régime afin de se faire connaître, mauvaise idée de démissionner une fois les morgues et les hôpitaux pleins en prétendant qu'il ne savait pas.

"Je déplore les morts parce que je crois qu’elles auraient pu être évitées. Malheureusement, ceux qui vont tirer profit de ce qui s’est passé aujourd’hui sont ceux qui appellent à la violence et à la terreur, les groupes extrémistes" analyse Mohamed el-Baradei. Ce n'est pas complètement faux: les islamistes passent désormais pour des victimes dans les médias internationaux, les seuls à avoir du poids aux yeux de l'ex-diplomate.

Localement, les avis ne sont pas aussi tranchés envers les malheureux pro-Morsi. Ceux-ci ne se sont d'ailleurs pas mal défendus. Si on met entre parenthèses les chiffres hystériques lancés par les Frères Musulmans, les autorités faisaient état de 278 morts hier, dont 43 policiers. Pour des professionnels ouvrant le feu sur une foule désarmée, il y eut pas mal de répondant.

Certains manifestants savaient d'autant plus qu'il y aurait des morts que c'était l'effet recherché. Depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir, les Frères Musulmans font tout pour embraser la contestation, faisant par exemple tirer leurs agents sur des militaires depuis la foule. La carte de la guerre civile a peu de chances de redonner le pouvoir aux islamistes, mais ils la joueront sans aucune hésitation.

Hicham Kassem, un journaliste avec vingt ans de lutte contre Moubarak au compteur, soupire de sa propre crédulité: "Nous avions tissé une relation de confiance. Mais au pouvoir, [les Frères Musulmans] ont révélé leur vrai visage. A partir de la déclaration constitutionnelle, ils ont voulu éliminer tous les contre-pouvoirs, même ceux existant sous Moubarak." Et d'appuyer sans réserve la répression récemment opérée par l'armée: "Sans son intervention, nous avions le choix entre un Etat failli, comme la Libye, ou une théocratie à la manière du Hamas. Le monde arabe, traversé par les clivages ethniques et religieux, est dans un état de fragilité sans précédent. L'Egypte s’enfonçait dans la violence et l’anarchie. Heureusement, l’armée a rétabli l'état de droit."

L'armée, rétablir l'état de droit en écrasant dans le sang des manifestations? Nous ne sommes plus à une aberration sémantique près. En Egypte, personne ne sait ce que signifie la démocratie mais chacun s'en réclame. A balles réelles.

Au milieu du tumulte, la colère des pro-Morsi est la plus sincère. Ils ne peuvent pourtant s'en prendre qu'à eux-mêmes. Au lieu d'islamiser par petites touches façon Tayyip Erdogan en Turquie - une loi inspirée de la Charia par-ci, un noyautage de l'état-major militaire par là - Morsi et ses compères se laissèrent emporter par la force illusoire de leur victoire électorale. Le paradis islamique tant convoité semblait à portée de main, mais dans leur précipitation ils se prirent les babouches dans le tapis.

L'armée a resserré son poing de fer mais ne souhaite guère régner, et pour cause: pas plus les militaires que les Frères Musulmans n'ont le pouvoir de remplir les estomacs vides. L'Etat égyptien vit sur l'emprunt. Le secteur privé est à l'agonie. L'Egypte, principalement rurale, n'arrive même pas à se nourrir. Elle importe des denrées alimentaires, ce qui va s'avérer rapidement problématique pour une population vivant pour plus de la moitié avec moins de deux dollars par jour.

Les affrontements entre l'armée, les islamistes et les socialistes n'ont en réalité qu'une importance secondaire. Le fond du problème vient des faiblesses d'une grande partie de la population égyptienne elle-même - son absence d'instruction, sa foi aveugle, son conservatisme intolérant. On oublie trop vite que les Frères Musulmans ont été élus parce qu'ils correspondaient aux aspirations locales ; ils n'ont même pas eu besoin de bourrer les urnes. Le résultat? Dans l'Egypte libérée d'aujourd'hui, il est impossible pour une femme de marcher seule dans les rues du Caire sans prendre le risque de se faire violer. Selon les Nations Unies, 91% des Egyptiennes souffrent de mutilations génitales. Celles-ci n'ont pas été infligées par des sbires de Moubarak mais par leurs propres familles.

Il n'est pas facile pour une population de s'adonner à ces caprices sans les revenus réguliers d'une manne pétrolière. Si elle veut survivre, l'Egypte doit changer, et très vite.

Entre les Etats-Unis d'Obama qui rivalisent de veulerie pour continuer de subventionner une junte militaire peu importe ses massacres et une Europe se contentant d'envoyer l'argent en fermant les yeux, on ne peut pas dire que les bonnes fées occidentales se soient penchées avec beaucoup de compétence sur le berceau du printemps arabe égyptien. C'est une erreur bien dramatique, mais qui n'est que le reflet de la déliquescence morale dans laquelle l'Occident se trouve lui-même. Les conséquences ne sont pas les mêmes pour tout le monde. L'Oncle Sam peut se permettre d'être médiocre, il est loin. L'Europe, elle, va rapidement se retrouver avec à sa porte un problème à 80 millions d'habitants.

09 août 2013

Le grand malentendu démocratique

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Personne aujourd'hui n'oserait remettre en cause la notion de démocratie, perçue par le plus grand nombre comme la meilleure organisation politique possible. Peu de ces gens, pourtant, accepteraient de vivre dans un régime réellement démocratique.

L'essence de la démocratie est le pouvoir sans limite de la majorité. C'est la notion même d'absence de contraintes sur le gouvernement, tant que son comportement est validé par la majorité des votes. La démocratie incarne l'idée selon laquelle la fonction de l'Etat est de mettre en place "la volonté du peuple".

La majorité politique peut-elle tout se permettre? Spolier la minorité des fruits de son travail? De son patrimoine? De sa vie, même? "Absurde", répondriez-vous, vaguement inquiet tout de même, "aucune majorité ne serait assez folle pour réclamer de telles choses." Dans l'imaginaire collectif, le grand nombre ne saurait avoir que des positions modérées.

Nombreux sont les esprits sages à avoir déchanté lorsque le Hezbollah, en guerre permanente contre Israël et les Etats-Unis, a été tout à fait démocratiquement porté au pouvoir au Liban en 2006. L'accident de parcours s'est répété avec le Hamas en Palestine. Puis a suivi le printemps arabe amenant dans bien d'autres pays des islamistes prêts à tout rejeter en faveur d'un retour au moyen-âge de la Charia. Majorité modérée, disiez-vous?

Il est dramatique que la confusion autour du sens de la démocratie permette l'accès au pouvoir de mouvements totalitaires, leur offrant sur un plateau ce qu'ils n'auraient jamais pu s'offrir autrement - la légitimité populaire. Mais lorsqu'une majorité politique s'estime en mesure d'imposer sa vue à l'ensemble d'une population peu importe les conséquences, la guerre civile n'est plus très loin.

Pour la rendre vivable, la démocratie est tempérée par la notion d'Etat de droit. Le pouvoir politique doit se plier lui-même à ses propres règles, dont une Constitution définissant le périmètre de l'action publique. Mais ces garde-fous n'en sont pas. La Constitution est amendable ; en Suisse, par un simple passage devant le peuple. La France n'en a même pas besoin. Mieux, elle a inventé des notions telles que le "droit administratif" (les privilèges de l'administration) ou "l'abus de droit" (permettant de punir ceux qui respectent trop bien les lois en place) pour s'affranchir définitivement de toute contrainte et entrer résolument dans les limbes discrétionnaires.

La démocratie n'est pas le système d'organisation le plus élevé, seulement celui qui offre une forme de défense contre l'arbitraire - temporairement et de bien piètre façon en se reposant sur le nombre.

Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie. De nombreux mécanismes de blocage permettent de couper ses ailes à une majorité. Le pouvoir de l'Etat est limité par des droits fondamentaux. Aux Etats-Unis, chacun peut critiquer ses voisins, la société, le gouvernement, peu importe combien de gens souhaitent censurer ces discours. On peut posséder une propriété, peu importe la taille de la foule souhaitant s'en emparer. Dans un régime proprement "démocratique", personne ne pourrait bénéficier de tels droits - seulement de privilèges temporaires accordés ou révoqués selon l'humeur du moment de la population. La tyrannie de la majorité est tout aussi maléfique que la tyrannie d'un monarque absolu.

Le vote n'est pas un signe de liberté. Même les dictatures tiennent des élections officielles. Mais seule la liberté acquise et entretenue à travers des droits inaliénables justifie et donne un sens au bulletin de vote. Malheureusement, dans la plupart de nos pays prétendument libres, la démocratie a été pervertie pour permettre de contrevenir aux droits de l'individu. Sous couvert de concepts vides de sens, on offre aux citoyens des tickets pour détruire leurs propres droits.

Il est facile de pointer du doigt et de dénoncer les errements des populations du Moyen-Orient ou du Maghreb, inexpérimentées dans l'art de la joute politique. Mais que penser alors de la Confédération Helvétique, une des plus anciennes démocraties du monde, lorsqu'elle approuve la spoliation de propriétaires valaisans au nom de fumeux principes de protection du paysage? Que penser d'elle lorsqu'elle tente de briser le modèle d'affaire du canton de Vaud en rejetant le principe du forfait fiscal au nom d'un égalitarisme déplacé?

Comme le rétorquait le communiste français George Marchais à un contradicteur avec un sens inégalé de la formule: "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire". On ne saurait mieux résumer le fragile équilibre entre l'Etat de droit et la démocratie. Celui-ci chancelle partout dans le monde, y compris en Suisse.

Vivre et laisser vivre est une époque révolue. Grâce à une démocratie dévoyée, le vote est devenu l'arme de tous contre tous ; plus aucun abri n'existe qui ne puisse être balayé par une majorité. En Suisse, cette dégénérescence prend la forme d'un centralisme toujours plus poussé, brisant sous ses coups de boutoir l'autonomie cantonale, et en fin de compte la diversité et la liberté que permettait un fédéralisme limité.

Conférer les pleins pouvoirs à des tyrans démocratiquement élus est plus parlant qu'utiliser la démocratie pour miner les droits individuels, mais ces deux approches nuisent chacune à la cause de la liberté. Nous devons mettre un terme à la confusion entre démocratie et liberté. La politique doit cesser d'avoir pour  principe fondateur le pouvoir sans limite de la majorité, pour lui préférer les droits inaliénables de l'individu.

Article original publié sur Les Observateurs.