27 novembre 2013

Iran: nucléaire civil, sanctions efficaces et autres fables

Les nombrilistes genevois se sont réjouis: suite aux pourparlers iraniens sur le nucléaire, la Genève Internationale a brillé de mille feux, fut-ce pour rien.

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Catherine Ashton et Mohammad Javad Zarif, très tendus

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif arborait un ordinateur portable Lenovo et incarnait l'Iran nouveau, moderne, sympathique et souriant. "Ils sont vraiment différents [du gouvernement précédent]", expliqua un diplomate, "cette fois-ci ils viennent avec des présentations Powerpoint". L'apparence de la délégation iranienne contredisait assez nettement la rhétorique de pauvres hères ramenés à l'âge de pierre par le joug de sanctions onusiennes.

A y repenser, ce n'est pas étonnant. Il faut vraiment être né de la dernière pluie pour croire que l'ayatollah Ali Khamenei ou sa clique subiront le moindre inconfort à cause de "terribles sanctions économiques" venues de l'Occident. C'est tout aussi vrai pour l'Iranien de la rue. Pour s'en convaincre il suffit de jeter un œil sur quelques mesures infligées à l'Iran en vertu des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies:

  • une interdiction d'exporter vers l'Iran certains articles, matières, équipements, biens et technologies susceptibles de contribuer aux activités iraniennes liées à l'enrichissement de l'uranium, au retraitement du combustible, à l'eau lourde ou à la mise au point de vecteurs d'armes nucléaires;
  • une interdiction de fournir toute personne en Iran de l'aide technique, des services financiers, de courtage ou tout autre service lié la fourniture, la vente, au transfert, la fabrication ou l'utilisation des produits visés par l'embargo sur l'exportation;
  • une interdiction de mettre des biens ou des services financiers ou services connexes à la disposition de l'Iran à des fins d'investissement dans certaines activités nucléaires;
  • une interdiction d'exporter vers l'Iran toute technologie se rapportant à toute activité liée aux missiles balistiques pouvant emporter des armes nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques;
  • une interdiction d'exporter vers l'Iran tout char de combat, véhicule blindé de combat, système d'artillerie de gros calibre, avion de combat, hélicoptère d'attaque, navire de guerre, missile ou lanceur de missile...

Et ainsi de suite. La liste semble assez éloignée de la consommation d'un ménage courant, voire d'un gouvernement courant.

Personne n'a jamais interdit à l'Iran un programme nucléaire civil. Le Traité de Non-Prolifération nucléaire - dénoncé par l'Iran - le permet et l'encourage même:

Art.4 –Rien ne devra entraver le « droit inaliénable » des États à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.


Mais l'article 2 du même TNP interdit la fabrication d'armes nucléaires par les pays qui n'en ont pas. On comprend mieux les motivations de Téhéran, plus crédibles que la pantalonnade de programmes secrets et de centres de recherche abrités par des bunkers et jetés en défi au monde juste pour préparer l'approvisionnement électrique civil de demain...

Si un régime ambitionne de construire des missiles balistiques intercontinentaux dotés d'une tête nucléaire, en revanche, les interdits de l'ONU peuvent gêner. Mais pas tellement. La Corée du Nord, largement écrasée par d'autres sanctions internationales, tire ses principaux revenus de l'exportation de missiles balistiques interdits. Quant à l'Iran, elle a réussi sous le régime des sanctions à enrichir près de 200 kg d'uranium à 20% d'U235, très au-delà des 3 à 5% nécessaires pour une utilisation civile de l'atome. Avec au moins dix-huit mille centrifugeuses, chacune rigoureusement interdite.

Les sanctions ont une autre utilité pour le régime qu'elles visent: elles lui donnent une merveilleuse excuse pour justifier ses échecs. Tout ce qui va mal dans le pays est la conséquence des sanctions. Et d'Israël et des Etats-Unis, aussi.

Même s'il n'est pas politiquement correct de l'affirmer, l'Iran est bien plus ruiné par la calamiteuse gestion islamique de son économie que par d'hypothétiques sanctions internationales. Le parallèle avec le Venezuela de Chavez et de Maduro saute aux yeux - un autre pays producteur de pétrole si habilement géré qu'il est finalement contraint d'importer son carburant et même d'envoyer des militaires surveiller le papier toilette. Malheureusement pour lui, le Venezuela n'a pas de programme nucléaire militaire connu. Il ne lui reste plus que l'excuse fatiguée du complot impérialiste américain.

A les entendre, les négociateurs (USA, Chine, Royaume-Uni, France, Russie et Allemagne) sont convaincus que le régime des sanctions est la bonne solution. C'est de bonne guerre, vu qu'ils n'ont pour la plupart ni la volonté politique ni la santé économique pour mettre d'autres options sur la table. Mais les Iraniens ne vont certainement pas les contredire. Au contraire, ils sont venus à Genève pour les conforter et négocier, évaluer l'unité et la détermination du camp adverse, faire quelques promesses en l'air et pleurnicher sur le malheurs du régime des sanctions malgré lequel le programme militaire fleurit.

L'Iran ne cherchait qu'à gagner du temps - il ne lui faut rien d'autre. Il vient de gagner six mois sur des promesses ambigües. Mieux, le régime des sanctions est assoupli, ce qui veut dire que lorsque la période sera éventée et les promesses non tenues, le monde se contentera probablement de retourner à la situation actuelle en guise de "punition". Et le Figaro rappelle que ce modeste intervalle de temps pourrait lui suffire pour faire la bombe:

Pourquoi les négociations avec l'Iran se focalisent-elles autant sur un seuil d'enrichissement de l'uranium à 20%? Celui-ci semble trop élevé pour le simple usage de production d'électricité à titre civil, pour laquelle 3% à 5% d'enrichissement suffisent. Mais il paraît assez faible par rapport à l'uranium à 90%, strict minimum pour réaliser une bombe nucléaire.

[Le seuil de 20%] laisse la possibilité d'arriver très vite à des niveaux d'enrichissements militaires, proches de 90%. De manière assez contre-intuitive, ce sont en effet les premiers pourcents d'enrichissement qui sont les plus longs et les plus difficiles à obtenir. Si on veut produire de l'uranium à 90%, passer de 0,7% à 3,5% représente déjà les trois quarts du travail, et une fois les 20 % atteints, les neuf dixièmes des efforts sont faits.


Un article du Telegraph enfonce le clou:

Selon le dernier rapport de l'AIEA publié en août, l'Iran dispose de 185 kg d'uranium à 20%, en dessous des 250 kg qu'on estime nécessaire pour une conversion de matière fissile suffisante pour une bombe. Mais avec le stock en augmentation et l'Iran installant de plus en plus de centrifugeuses l'inquiétude est qu'un jour le régime puisse franchir cette étape si rapidement que l'AIEA ne s'en rende pas compte assez vite.


Les Iraniens ont dû passer un bon moment à Genève, ils avaient encore le sourire en repartant. Mais l'enjeu des discussions reste la possession par un régime islamiste millénariste d'une arme capable de carnages où les victimes se comptent en millions.

Rappelons-le encore une fois: l'Iran a déjà fait les neuf dixièmes des efforts nécessaires pour sa bombe atomique. Sous les applaudissements de la Genève internationale.

15 novembre 2013

Métal contre papier

Parmi les lieux communs du moment, l'idée que l'or n'intéresse plus personne est particulièrement tenace. Les médias le répètent à l'envi et les analystes boursiers aussi. Le cours de l'or ne s'est-il pas "effondré", pour reprendre les termes hyperboliques à la mode?

Mais voilà, il y a or et or. Or papier et or physique. Les cours de bourse se réfèrent à l'or-papier, encore appelés certificats sur l'or. C'est l'or qui s'achète et se vend. Mais ce n'est que du papier, soit la promesse d'un détenteur d'or qu'une quantité équivalente de métal précieux l'attend dans ses coffres.

gold_coins.jpgImaginons que vous soyez commerçant en or. Vous avez dix lingots d'un kilo au coffre. Il serait pénible (et dangereux) de les faire découper et livrer d'un bout à l'autre du monde dès que quelqu'un vous en achète un fragment, et tout aussi laborieux de recevoir par courrier spécial le moindre gramme acheté. A la place vous imprimez 1'000 certificats avec la mention "ce document s'échange contre dix grammes d'or" orné d'un joli motif et d'une signature de votre main. Puis vous les vendez, au prix de l'or. Vous venez de dématérialiser l'or et d'inventer, du même coup, l'or-papier.

Les certificats s'achètent et se revendent bien plus facilement que vos lingots et vous avez bonne réputation, donc il y aura quelques clients. Au bout d'un certain temps, vous avez tout vendu. Certains reviennent chercher leur or, vous le leur donnez, mais la plupart ne reviennent pas. Une idée vous titille: n'auriez-vous pas été plus riche avec deux mille certificats? Pas très honnête c'est vrai, mais certains papiers peuvent s'égarer ou être détruits de toute façon, c'est inévitable... Le risque que plus de mille porteurs se manifestent d'un coup pour exiger leur dû est elle aussi très faible... Il faut bien vivre! Et puis avec tous ces documents éparpillés dans la nature, qui saura jamais?

Dans le monde réel, cette étape a été dépassée depuis longtemps. Le certificat-papier négocié en bourse serait ainsi cinquante ou soixante fois survendu comparé à sa contrepartie physique, à supposer que celle-ci n'ait pas été vendue de son côté.

Pendant longtemps, le grand public a été soigneusement mis à l'écart de cette réalité malodorante, sans compter que le cours de l'or est honteusement manipulé pour donner l'illusion que la "relique barbare" est désormais sans intérêt. Il en va de la sauvegarde des monnaies-papier officielles, euro et dollar en tête. L'idée est d'amener les investisseurs à chercher le salut auprès d'elles plutôt qu'en se réfugiant sur l'or.

Mais le cirque pourrait toucher à sa fin.

Ironiquement, l'éclatement spectaculaire de la bulle de l'or-papier dans un avenir proche pourrait avoir été provoquée par les manipulations sur le cours de l'or et destinées à en désintéresser le public. Métal et papier sont officiellement indexés: un gramme d'or pur et un certificat portant sur un gramme d'or pur sont équivalents. On peut échanger l'un en l'autre. Cependant, en maintenant artificiellement bas les cours de l'or-papier à travers des manipulations peu avouables, les banques (dont probablement quelques banques centrales dans le lot) ont fait en sorte de rendre incroyablement attractif l'or physique sous-jacent, suscitant l'appétit de pays comme la Chine.

Il n'en fallait pas plus pour que des gens "bien informés" ne devinent que l'or-physique était en solde et surtout, que le marché de l'or-papier allait s'effondrer. Sachant cela, la stratégie la plus évidente consiste évidemment à acheter de l'or-papier puis de réclamer immédiatement sa contrepartie en or-physique, sachant qu'il n'y en aura pas pour tout le monde.

Tous les ingrédients sont en place pour un rush et il semble que celui-ci ait commencé. Nous en avons un indice à travers l'examen des stocks d'or de la COMEX à New York, un des plus grands dépositaires d'or physique dans le monde:

comex.png
Les stocks de la COMEX ont été divisés par cinq en quelques mois.

Il y a comme une petite baisse de forme récemment, on dirait...

Évidemment, la rumeur va bon train ; alors que de plus en plus de gens sont au courant, la différence entre or-physique et or-papier prend de l'ampleur et les banques ont du mal à honorer leurs promesses. On se bat pour obtenir du physique, alors que la transformation du papier en or devient plus difficile. Délais, coût de transaction, toutes les excuses sont bonnes à prendre.

Un chiffre? Ces jours-ci, les Indiens sont prêts à payer 1565 dollars par once d'or pour du physique, soit plus de 20% au-dessus du cours officiel.  Soit ils sont subitement devenus fous du métal jaune, soit ils devinent que dans un bref délai la surcote subie en ce moment ne sera qu'une aimable plaisanterie par rapport à ce qui nous attend. Il va forcément y avoir des déçus et des détenteurs d'or-papier le bec dans l'eau.

Je ne sais pas si vous possédez de l'or sous forme de certificats mais si c'était le cas, à votre place je m’inquièterais un peu.

19:00 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : or, crise |  Facebook

01 octobre 2013

Et qu'il ne redémarre jamais

Aujourd'hui est un beau jour pour les amoureux de la liberté: l'Etat fédéral américain est à l'arrêt.

C'est le "shutdown", comme nous explique Le Matin ; la fermeture des agences, la mise au chômage technique de centaines de milliers de fonctionnaires, l'arrêt de toutes les services "non indispensables". Pour les partisans de l'étatisme, nombreux de ce côté de l'Atlantique, c'est évidemment une catastrophe. Vous verrez peu de journalistes se réjouir.

usa,faillite,démocrates,républicainsLes reportages font la part belle aux malheureux soudainement victimes de la situation - les employés du Moloch, bien entendu, mais aussi les touristes s'apprêtant à visiter qui un musée, qui un parc national et trouvant porte close.

L'examen des responsabilités est vite fait. C'est la faute des Républicains, nous dit-on. Bien que minoritaires au Sénat ils disposent encore d'une majorité dans la Chambre des Représentants et peuvent donc, en refusant de voter le budget, forcer le gouvernement à se contenter du minimum. Les Républicains, poussés par quelques élus proches du Tea Party - Tea étant ici l'acronyme de Taxed Enough Already, déjà assez taxé, certains français se reconnaîtront - avaient demandé de repousser la réforme de la santé Obamacare comme condition à l'obtention de leur accord, mais leurs offres furent promptement rejetées. D'ailleurs pour le Nouvel Observateur par exemple, le verdict est sans appel: c'est un prétexte. Les Républicains sont de "mauvaise foi", se livrent à un "chantage", voire une "croisade idéologique" selon les mots d'un Président-prix-Nobel-de-la-Paix qui n'a jamais autant bombardé. Écoutez les paroles du spécialiste, il s'y connaît en croisades...

Évidemment, il faut être deux pour un accord. L'intransigeance des Démocrates vaut bien celle des Républicains. Chaque parti accuse l'autre des blocages et l'opinion publique est divisée sur cette responsabilité, mais la différence de traitement médiatique est savoureuse.

En attendant, l'Etat est à l'arrêt. Pas tout l'état américain - seulement le niveau fédéral. Les administrations des états de l'Alaska à la Floride continuent de fonctionner, de même que l'échelle locale. Et encore, les agents de Washington ne sont pas complètement à l'arrêt:

Plus de la moitié [des 1,8 million de fonctionnaires civils] sont mis au chômage technique.

Pour certains fonctionnaires, le travail doit continuer normalement. Il s'agit notamment du personnel pénitentiaire et des contrôleurs aériens. Idem pour les militaires, dont la solde pourrait toutefois être versée en retard. Pour d'autres (personnels des tribunaux fédéraux notamment), une période transitoire est prévue avec un travail normal jusqu'au 15 octobre avant un réexamen de la situation.

Au Pentagone, l'une des administrations fédérales les plus puissantes, la moitié des personnels civils pourraient être mis au chômage d'office. Tous les postes non cruciaux sont concernés.


La situation n'a rien d'inédit. Depuis 1977, le cas de figure s'est produit à 17 reprises. Le blocage aura évidemment des conséquences - non pas parce qu'elles seraient inévitables, mais parce que les fonctionnaires feront en sorte qu'il en ait. C'est le syndrome du Monument de Washington. Traduisant Wikipedia:

Le Syndrome du Monument de Washington, également connu sous le nom du Syndrome du Mont Rushmore ou du Premier Principe des Pompiers est une tactique politique employée aux Etats-Unis par les agences gouvernementales lorsqu'elles font face à des restrictions budgétaires. La tactique consiste à trancher dans les services les plus visibles ou les plus appréciés du gouvernement, depuis des services populaires comme les parcs nationaux ou les bibliothèques à des employés valeureux du service public comme les enseignants et les pompiers. Ceci influence le public pour qu'il soutienne des augmentations d'impôt qu'il refuserait sinon. Le nom vient de l'habitude attribuée au Service des Parcs Nationaux de dire que toute réduction de budget entraînerait la fermeture immédiate du très populaire [et probablement très rentable] Monument de Washington. Le National Review compare cette tactique à une prise d'otage ou du chantage.

 
Les touristes en quête de visa et les Américains ayant besoin de renouveler leur passeport vont passer un mauvais moment. Mais les autres? Nombre d'agences gouvernementales se retrouvent avec 5% de leurs effectifs, dont la puissante EPA, l'agence de protection de l'environnement. Les services de l'IRS (Internal Revenue Service) passent de 95'000 à 9'000 personnes. Pas forcément de quoi être triste! On se prend à rêver que la crise dure assez longtemps pour que les bureaucrates ainsi déposés soient forcés de se trouver un nouvel emploi dans le privé, histoire de découvrir le monde authentique de la création de valeur...

Alors que se profile bientôt un nouveau débat d'importance sur le relèvement du plafond de la dette, l'Etat américain se retrouve avec un avant-goût de la cessation de paiement qui lui pend au nez. On blâmera les Républicains pour leur responsabilité dans le blocage, mais l'Etat fédéral "minimal" mis en route ces dernières heures correspond très exactement à ce qui attend l'Amérique une fois qu'elle aura été mise en faillite dans les formes - avec de surcroît une ardoise en dizaine de milliers de milliards de dollars à éponger. Il faudra tout réinventer, comme à Detroit.

Est-il plus irresponsable de mettre le holà à cette folie ou de poursuivre plus loin sur le chemin du précipice?

29 septembre 2013

Le GIEC joue tapis

Au poker, jouer tapis revient à mettre en jeu l'ensemble de ses jetons sur une seule donne. L'aspect psychologique du geste est primordial. La manœuvre sert moins à gagner beaucoup de jetons qu'à impressionner les joueurs. En mettant toutes ses "forces" en jeu, l'audacieux (ou le fou, selon) augmente les enjeux au point de passer l'envie aux autres de se battre - et surtout de voir les cartes qu'il a réellement en main.

Le parallèle avec le rapport 2013 du GIEC n'est pas anodin.

Ces dernières années, le GIEC a traversé de nombreuses crises internes et externes. Alors qu'ils sont présentés comme l'état de l'art de la recherche climatique, ses rapports sont loin d'être irréprochables. Le GIEC a pourtant les moyens de ses ambitions. Souvenons-nous par exemple de la disparition des glaciers himalayens en 2035 - faute apparemment intentionnelle dans le but d'impressionner le public, un souci étonnant dans une publication se présentant sous le jour de la rigueur scientifique. Les erreurs factuelles ne sont que la partie émergée de l'iceberg alors que les conflits d'intérêt sont évidents au sein de l'organisation. Comment espérer un point de vue neutre de la part de rédacteurs très officiellement employés par Greenpeace?

Les problèmes d'organisation trahissent des luttes d'influence et des enjeux politique bien éloignés des objectifs annoncés. Mais ils restent eux-mêmes véniels comparés aux manipulations éhontées de la recherche scientifique, la matière première à partir de laquelle le GIEC base ses travaux. Des chercheurs de premier plan ont manipulé leur données pour faire apparaître un réchauffement là où il n'y en avait pas - là où il n'y en avait plus, de l'aveu même du directeur du GIEC.

On imagine comment certains climatologues ont dû sentir le sol se dérober sous leurs pieds en réalisant que les courbes de température ne suivaient pas les trajectoires prévues. D'où leurs leurs méthodes mafieuses, je suppose. Mais depuis, les experts du climat ont retrouvé un semblant de sérénité à travers une nouvelle stratégie. Ils justifient désormais l'absence du réchauffement climatique tant attendu en expliquant que celui-ci fait une pause. Et ce, bien qu'aucun modèle prétendant calculer les températures jusqu'en 2100 ne l'ait prévu.

L'humanité est coupable d'exister. Elle continue donc d'être responsable de réchauffement climatique même quand celui-ci n'affecte plus le thermomètre. On affirmera donc désormais que la chaleur est "stockée" quelque part. On ne sait pas encore très bien où, mais c'est l'intention qui compte...

Dans le monde réel, la moitié de ces péripéties auraient achevé la crédibilité de n'importe quel acteur se prétendant sérieux. Au pire, les spectateurs par ailleurs toujours invités à croire aveuglément au spectacle commenceraient à s'en moquer. Mais ici la réalité n'a pas vraiment de prise, comme il sied à un organisme intergouvernemental affilié à l'ONU. Au contraire, toute honte bue, le GIEC claironne désormais que les activités humaines sont responsables des catastrophes à venir de manière "extrêmement probable". Les indices de confiance sont toujours plus grands:

Le Giec explique que les activités humaines sont, de manière "extrêmement probable", avec une probabilité d’au moins 95%, la principale cause du réchauffement planétaire depuis les années 1950. Dans le précédent rapport, publié en 2007, cette probabilité était évaluée à 90%, et à 66% dans celui de 2001.


Alors que tout devrait nous amener à plus de précaution sur les prévisions alarmistes, le GIEC choisit au contraire la fuite en avant. Il clame même qu'il avait joué la prudence jusqu'ici, comme chacun a pu s'en rendre compte! Rappelez-vous encore une fois qu'il n'y a eu aucun réchauffement réel depuis dix-sept ans, selon le GIEC lui-même. Les scandales, les erreurs, les modèles erronés et les résultats opposés aux prévisions n'amènent aucune forme d'humilité. Au contraire, le GIEC s'arc-boute et frappe du poing sur la table.

La raison profonde est sans doute livrée au détour d'une interview de Michel Jarraud par la RTS. Le dialogue tout en douceur mené par Michel Cerutti - journaliste résolu à propager le dogme s'il en est - permet de lever le voile sur la stratégie de l'organisation.


C'est la fin du monde! Repentez-vous!

 
Voilà la transcription de l'interview (deuxième partie du reportage)

Michel Cerutti - Vous êtes le secrétaire général de l'Organisation Météorologique Mondiale, l'un des deux pères fondateurs du GIEC avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement... C'est un tableau assez sombre qu'on nous a dépeint ce matin.

Michel Jarraud - Le tableau est assez sombre dans la mesure où il confirme au-delà de tout doute possible la réalité du changement climatique et surtout le rôle de l'homme dans ce changement climatique... Au-delà du tableau sombre je crois que ce rapport est important parce qu'il fournit des éléments de plus en plus précis, des éléments importants qui vont être essentiels pour les négociations qui sont en cours sur le changement climatique. Négociations au niveau de la réduction des gaz à effet de serre mais aussi au niveau de l'adaptation. Ces négociations doivent culminer en 2015 dans une grande conférence qui aura lieu à Paris et qui doit aboutir à des accords contraignants sur ces émissions.
 
MC - En même temps on a l'impression depuis des années que le monde politique prend connaissance de ces rapports mais n'en fait pas grand cas.
 
MR - Ecoutez là je suis peut-être moins pessimiste. Au fur et à mesure des années, et c'est d'ailleurs lié à la pertinence et à la précision de plus en plus grande de ces rapports du GIEC, les politiques, les décideurs à tous les niveaux ont pris de plus en plus en compte ces informations. Et ce dernier rapport va dans la même direction, il va encore plus loin, il est encore plus précis, il est encore plus affirmatif sur [inaudible] et je pense donc que ces informations vont être encore plus utiles pour la prise de décision. Donc là je suis plutôt optimiste de ce côté-là.
 
MC - Mais vous n'avez pas envie parfois de délaisser le côté scientifique pour être plus politique, plus engagé dans ces rapports?
 
MR - (hésitation) Il faut être très prudent parce qu'il est important que les informations qui sont la base des décisions, soient le plus crédible possible. Et il faut donc éviter d'être à la fois juge et partie. Le système actuel permet justement d'éviter ce conflit d'intérêt. Les scientifiques travaillent, tous les cinq ou six ans il y a un nouveau rapport qui est évalué par leurs pairs... Ce sont des évaluations qui sont indépendantes. Donc la crédibilité de ces rapports du GIEC est de plus en plus grande. Donc je crois que c'est un bon système.


Pour quelqu'un suivant depuis quelques années les multiples scandales dans le fonctionnement du GIEC ou la "méthode scientifique" des climatologues pro-réchauffement, les propos sont tellement diamétralement opposés aux faits qu'il est difficile d'écouter sans éclater de rire. La profession de foi surréaliste semble tout droit sortie du Miniver de 1984.

Mais la phrase en gras correspond vraisemblablement à l'objectif: influer sur les grands de ce monde en 2015. Les enjeux sont importants. Le prétendu consensus autour de la responsabilité humaine d'un réchauffement climatique douteux ne cesse de se déliter. Les pays occidentaux sont ruinés. Les autres ne s'estiment pas concernés ou tournent l'entier du processus en dérision. Pour instaurer l'ébauche d'un gouvernement fasciste mondial au prétexte d'écologie, le rendez-vous de 2015 pourrait bien être le dernier.

On comprendra alors les certitudes de façade affichées par le GIEC: il fait dans la surenchère hystérique et engage tout ce qu'il lui reste de crédibilité, simplement parce que c'est la dernière donne de la soirée. Alors, il joue tapis.

10 septembre 2013

Puis Vint Le Refroidissement Climatique.

Les miracles existent. L'un d'eux vient de surgir dans les colonnes du Matin en ce mardi de septembre de l'an de grâce 2013. Le titre de l'article? Le climat serait en train de se refroidir.

Le premier avril, on aurait pu s'attendre à un gag de ce genre, se finissant avec une réplique amusante style "désolé les gars, en fait on avait bêtement tenu le thermomètre à l'envers!" mais nous ne sommes pas le premier avril et l'information n'a rien d'une plaisanterie:

La glace a augmenté de 60% sur les océans cette année par rapport à 2012, ceci en raison d'un été arctique particulièrement froid.


60% de glace en plus. En une seule année. C'est énorme. Tant pis pour la Route de l'Arctique.

En plus d'employer le conditionnel, Le Matin se contente d'une photo-alibi, sans oser aller jusqu'à mettre l'image d'illustration de l'article original du Daily Mail, la voici donc:

médias,réchauffement climatique
Non non, on n'a pas mélangé les images avant-après...

Avant que les hystériques ne viennent crier à la manipulation, précisons que les données viennent de la NASA. Mais puisqu'il y a visiblement des pertes en ligne entre la version originale et sa reprise dans le quotidien romand, traduisons quelques passages:

Cette révélation survient 11 mois après que le Daily Mail Dimanche a déclenché un débat politique et scientifique intense en révélant que le réchauffement climatique a "fait une pause" depuis début 1997 - un évènement que les modèles informatiques utilisés par les experts du climat ont échoué à prévoir.

En mars, ce journal avait en outre révélé que les températures sont sur le point de tomber en-dessous de ce que prévoient les modèles avec "90% de certitude".

Cette pause - maintenant considérée comme vraie par la plupart des centres majeurs de la recherche climatique - est importante, parce que les modèles prédisant des températures globales toujours plus élevées ont amené de nombreux pays du monde à engloutir des milliards dans des règlementations "vertes" pour contrer le changement climatique.

Ces prédictions paraissent maintenant terriblement erronées. (...)

La fureur publique suscitée par d'édition dominicale du Daily Mail - que le retour de la banquise arctique va amplifier - a forcé [les experts en climat du GIEC] à tenir une réunion de crise.


Au lieu de se réunir en grande pompe en octobre pour publier la cinquième édition de la bible des connaissances sur le changement climatique, un ensemble de trois volumes établi tous les six ou sept ans et sensé montrer l'état de l'art de la recherche, les climatologues sont contraints de se replier dans un pré-sommet à Stockholm pour apporter des révisions de dernière minute.

Des documents révélés par les journalistes indiquent que le GIEC demande 1500 changements (!) au "résumé pour les décideurs", le chapitre sur lequel se basent les politiciens pour décréter leurs taxes anti-réchauffement. "La publication actuelle n'explique pas convenablement la pause", explique pudiquement le Daily Mail.

Dans le brouillon du rapport, le GIEC affirme "avec 95% de certitude" que le réchauffement climatique est dû à l'activité humaine, en hausse d'un modeste "90% de certitude" pour l'édition 2007 du rapport. Au vu du manque de coopération de l'arctique, il faudra peut-être revoir ces certitudes à la baisse et introduire un peu d'humilité dans les prévisions de température à l'horizon 2100.

Bien sûr, il n'y aura là rien de nouveau pour les habitués de ce site et de beaucoup d'autres qui n'ont de cesse de dénoncer les mensonges et les manipulations autour d'un réchauffement climatique introuvable depuis quinze ans, mais prétexte à d'innombrables politiques interventionnistes. On comprend la panique s'emparant du milieu: la réalité, cette garce, n'est guère conciliante avec la théorie. Mais si nouveauté il y a, elle est dans le traitement de l'information.

Il y a quelques mois de cela, voir apparaître un article aussi contraire au dogme dans la presse romande aurait été impensable. Lisez ce qu'ils en disaient en juillet! La chape de plomb médiatique se fissure ; reste à savoir cette humble dépêche de l'édition web du Matin fera son chemin dans la version papier du lendemain. Vu son importance elle devrait faire la couverture, mais qui sait ce qui se dira en salle de rédaction?

Le barrage ne cèdera pour de bon que lorsque des nouvelles de ce genre seront relayées par des citadelles réchauffistes comme la RTS, touchant enfin le grand public. Cela finira fatalement par arriver. Les citoyens songeront peut-être alors à demander des comptes pour ces années de panique organisée, et le retrait de taxes bien réelles sur des responsabilités imaginaires.

Voyons le bon côté des choses: en ressortant tous les reportages apocalyptiques servis avec aplomb au grand public depuis des années, il y a de quoi se monter une jolie soirée bêtisier.

31 août 2013

Syrie, une guerre pour la forme

Le vent guerrier soufflait tellement fort en début de semaine que certains pensaient que les bombardements alliés commenceraient dès le jeudi après-midi. Mais il n'en fut rien: il faut au moins un président américain pour lancer les hostilités, et à ce moment Barack Obama avait prévu de fêter le cinquantième anniversaire du discours de Martin Luther King.

Lors de l'attaque du consulat américain de Benghazi, l'Amérique n'avait pas pu réagir promptement non plus: le président, confondant l'opération terroriste avec une manifestation trop enthousiaste, était de toute façon accaparé par une soirée de levée de fonds à Las Vegas en vue de sa réélection. Pas de chance, vraiment.

Aujourd'hui, on prétend que les opérations militaires ne peuvent commencer avant le mardi 3 septembre, simplement parce que ce lundi est férié aux USA.

Ramener les conflits à de simples question d'agenda n'est pas si exagéré. Le buzz du moment tient ainsi en une seule image, la photo d'un dîner au restaurant Narenj dans le vieux Damas entre le sénateur Kerry et son épouse et le couple Assad.

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John Kerry et son épouse à la table des Assad. Qui paye l'addition?

Ce n'était jamais qu'en 2009. Bachar el-Assad était officiellement un type fréquentable, comme Muammar Kadhafi en son temps. La roue a tourné, mais il est toujours amusant de contempler John Kerry, désormais Secrétaire d'Etat, appeler à la chute d'un homme à qui il a demandé des conseils gastronomiques.

Les parallèles avec l'Irak de 2003 sont étonnants. Un tyran devenu gênant, des soupçons d'armes chimiques, une communauté internationale divisée, l'ONU aussi inutile que d'habitude... Mais où sont les drapeaux arc-en-ciel accrochés aux balcons et fenêtres? La marge de manœuvre est tout simplement incomparable entre un Républicain et un Démocrate, prix Nobel de la Paix de surcroît, quand il s'agit d'impliquer l'Amérique dans une guerre. L'un était dans le faux quoi qu'il fasse, l'autre est dans le vrai quoi qu'il fasse. Le Camp du Bien a définitivement la vie plus facile.

Vous ne verrez pas de manifestations spontanées clamer que la guerre n'est pas la solution - bien qu'aujourd'hui tout le monde en soit persuadé - ni qu'il faille laisser les inspecteurs internationaux "faire leur travail". Les oppositions à Barack Obama sont quasiment inexistantes. Pourtant, les gains géopolitiques dans la guerre civile syrienne promettent d'être dérisoires, quelle que soit l'issue du conflit.

Toute guerre a ses raisons que la raison ignore. Aujourd'hui, c'est une bête histoire de ligne rouge. Barack Obama employa ce terme pour la première fois en août 2012. Il réitéra ensuite sa menace le 9 décembre en précisant ce qu'il entendait par là:

"Je veux être absolument clair pour Assad et ceux qui sont sous son commandement : le monde vous regarde, l'utilisation d'armes chimiques est et sera considérée comme tout à fait inacceptable. Si vous faites l'erreur tragique d'utiliser ces armes chimiques, il y aura des conséquences et vous en répondrez."


Pourquoi un tabou sur les armes chimiques, demanderez-vous? Elles sont honnies en Occident parce qu'elles tuent femmes, enfants et civils aveuglément. L'absence de discernement est horrible pour toute personne civilisée, mais implique l'idée que les armes "conventionnelles" permettent, elles, d'épargner les non-combattants. De toute évidence, cette thèse ne tient pas en Syrie.

Dans une guerre civile avec plus de cent mille victimes au compteur, les deux camps s'abandonnent avec délice dans des attaques gratuites contre les innocents apparentés à l'adversaire. Les rebelles emploient des kamikazes et organisent des opérations de terreur contre les partisans du régime ; Damas riposte avec des bombardements de masse et le soutien du Hamas. Les deux camps fourbissent leurs islamistes et emploient les méthodes les plus sales auxquelles ils ont accès. Il est plausible que les rebelles aient eux aussi employé des armes chimiques de temps à autre ; leur utilisation n'a été limitée que par les stocks disponibles, non par les scrupules.

Il y a un an de cela, tracer une "ligne rouge" infranchissable mais suffisamment lointaine pour se mêler à l'horizon semblait relever de la rhétorique la plus habile. Tuez-vous les uns les autres autant que vous voulez, mais n'utilisez pas d'armes interdites pour cela, annonçait en quelque sorte Obama. L'avertissement offrait une moralité à peu de frais. Il fut rattrapé par l'actualité.

Les premières allégations d'utilisation d'arme chimique remontent au 13 avril, puis au 30, mais les puissances occidentales optèrent alors pour une confortable fin de non-recevoir. Dans ce chaos syrien, comment être sûr de quoi que ce soit? L'absence de réaction incita sans doute les protagonistes à passer à la vitesse supérieure. D'autres soupçons d'armes chimique survinrent encore le 27 mai (impliquant des journalistes français, donc plus difficiles à défausser) et enfin le 21 août dans la capitale, avec plus de mille morts supposés. Le franchissement de la ligne rouge aurait alors été plus une question d'échelle que de moyens.

L'intervention en Syrie est donc, désormais, inévitable. Mais elle ne peut déboucher sur rien.

Empêcher un régime de se servir d'armes chimiques revient à détruire ses stocks, ses moyens de production, ses agents de diffusion (c'est-à-dire son armée), contrôler ses importations, et finalement le renverser ; toute autre niveau d'intervention n'offre qu'une garantie très temporaire. Or, les Occidentaux, épuisés et ruinés, n'ont pas les moyens de s'impliquer sérieusement.

Les Russes ont misé beaucoup sur le régime de Bachar el-Assad et l'Iran ne supportera pas la chute d'un allié à ses frontières: le régime de Damas peut compter sur des soutiens. Le risque d'un embrasement régional n'est pas nul mais a peu de chances de survenir, l'intervention occidentale en Syrie étant probablement très limitée. Quelques bombardements ponctuels sur des stocks supposés d'armes chimiques, peut-être une estocade contre l'aviation de Bachar, ce sera à peu près tout.

Tout le monde aura gagné: le régime syrien pansera ses plaies - il en a vu d'autres - en clamant qu'il est toujours debout ; les brillants chefs de guerre des Etats-Unis et d'Europe s'offriront mutuellement l'accolade en proclamant la mission accomplie ; Barack Obama pourra dire qu'il a tenu sa promesse et la réitérer avec force: "Massacrez-vous autant que vous voulez, mais proprement."

On a les lignes rouges qu'on peut se permettre.