26 décembre 2016

Le Grand Remplacement au Moyen-Orient

Une fois n'est pas coutume, en guise de cadeau de Noël, le Figaro offre à ses lecteurs un article relatant la réalité du Grand Remplacement des chrétiens par les musulmans au Moyen-Orient. Sous la plume d'Adrien Jaulmes, il n'est bien sûr pas nommé ainsi mais pudiquement Le grand exode des chrétiens du Moyen-Orient. Dans les faits, pourtant, c'est exactement ce dont il s'agit, comme nous l'apprenons dès le chapeau de l'article: "alors qu'ils représentaient environ 20% de la population de la région il y a cent ans, les chrétiens de toute obédience, cibles de persécutions, ne sont plus que 2 ou 3%."

Des régions entières se sont vidées de leurs chrétiens.

Souvent annoncée, la disparition de communautés entières est devenue une réalité. En Irak, la grande majorité des chrétiens restants sont des déplacés intérieurs. Pour la première fois en deux mille ans, il n'y a plus de chrétiens à Mossoul ni dans la majeure partie de la Mésopotamie. Chassés par l'État islamique, les habitants assyriens et chaldéens de la plaine de Ninive vivent depuis deux ans dans des caravanes dans des camps de réfugiés au Kurdistan. Ils ont ces derniers mois subis un deuxième choc. La libération de leurs villes et de leurs villages s'est accompagnée de la découverte de leurs églises profanées et de leurs maisons pillées par des militants de l'État islamique, souvent venus des villages voisins.


chretiens_irak.jpgL'État Islamique repoussé, on peut imaginer que les rares chrétiens qui retournent sur place auront peu de poids pour récupérer des maisons désormais occupées par des musulmans dans des pays gérés par une administration musulmane. Le droit de propriété ne pèse pas lourd face aux affiliations religieuses des uns et des autres.

Le nettoyage ethnique opéré sous la domination de l'État Islamique n'est que l'accélération d'un phénomène plus ancien. Non seulement les chrétiens de la région étaient démographiquement dépassés par la natalité musulmane, mais ils furent vite amenés à offrir un meilleur destin à leurs descendants à travers l'émigration, seule façon d'éviter l'hostilité générale des populations locales à leur encontre. De fait, les chrétiens sont attaqués depuis plus d'un siècle.

Les pogroms antichrétiens du XIXe siècle se transforment au début du XXe siècle, changeant à la fois d'échelle et de nature. Le grand massacre des Arméniens et des Assyriens en 1915, décidé et organisé par les Ottomans, et perpétré avec l'active collaboration des Kurdes qui s'emparent de terres des chrétiens dans l'est de la Turquie, est le premier génocide du siècle. Il a pour résultat l'éradication presque totale du christianisme du territoire de la Turquie moderne.

Ce génocide est suivi, juste après la Première Guerre mondiale, par un autre phénomène d'ampleur historique: l'expulsion des Grecs d'Asie mineure en 1922 (alors qu'une partie des Turcs sont chassés des Balkans), qui voit la disparition des églises les plus anciennes de l'histoire, fondées par les premiers apôtres.

Le phénomène se poursuit à l'ère des États-nations créés sur les ruines de l'Empire ottoman. Plus proche de nous, la guerre du Liban marque la fin du seul État à dominante chrétienne du Moyen-Orient. Souvent vu en Occident comme une guerre civile entre des révolutionnaires "islamo-progressistes" et un camp chrétien présenté comme conservateur et fascisant, ce conflit complexe et long de quinze ans s'achève par la défaite des chrétiens, qui perdent leur prédominance politique sur le Liban au profit des musulmans sunnites et chiites. Les chrétiens sont aussi chassés de régions entières du Liban, le Sud et la Bekaa, massacrés dans le Chouf.


Régions libanaises désormais sous la coupe du Hezbollah chiite et affilié à l'Iran, qui en profita pour tirer ses roquettes contre Israël... L'article s'achève en citant l'historien Jean-Pierre Valognes qui écrit la conclusion de l'existence de ces chrétiens dans son monumental ouvrage Vie et mort des chrétiens d'Orient:

"Leur histoire glorieuse fut occultée et travestie, au point que, sur la terre dont ils étaient les anciens propriétaires, ils finirent par être traités en hôtes plus ou moins tolérés, quand ce n'est pas en étrangers."


Bien sûr, un destin aussi funeste ne saurait survenir en Europe...

16 décembre 2016

Inde: traque fiscale sans limite

Il y a un mois, l'Inde se lançait par le biais de son Premier Ministre Narendra Modi dans une expérimentation grandeur nature sur une population d'environ 1,3 milliards d'habitants en supprimant l'essentiel de l'argent liquide du jour au lendemain.

Narendramodipic.jpgLa nouvelle fut assez peu traitée par les médias. Peut-être que la modification radicale du mode de vie d'un septième de la population de la planète n'était pas suffisante pour intéresser le grand public - à moins qu'il n'ait s'agit d'une forme de prudence tardive au moment de vérifier en pratique les théories que nos économistes défendent avec enthousiasme.

Le Chaos au quotidien

Quoiqu'il en soit, "l'expérience" - appelons-là ainsi - se poursuit. Dans un des rares articles sur le sujet remontant au 6 décembre, la Tribune de Genève fait preuve de compréhension: "le plan était presque parfait", explique-t-elle.

[Début novembre], les billets de 500 et 1000 roupies (7 et 14 francs), soit 86% du papier-monnaie et les devises préférées de ceux qui fraudent le fisc, sont devenus sans valeur. (...) Un mois plus tard cependant, le stratagème montre déjà des signes de faiblesse. Il serait même en train d’échouer, à en croire les témoignages de patrons.

 
Échouer à quoi? À combattre la corruption, le prétexte officiel délivré par M. Modi. Mais cette explication était cousue de fil blanc dès le début, dès que des réserves de nouveau cash furent mises à disposition spécifiquement pour les agents du gouvernement afin qu'ils puissent recycler leurs anciens billets en nouveaux sans limite et sans contrôle. Moralité, la corruption des fonctionnaires est repartie de plus belle:

Quelques jours après l’annonce, [un chef d'entreprise] reçoit la visite de fonctionnaires qui demandent leurs pots-de-vin habituels, le prix à payer pour gérer son usine à l’abri des tracas administratifs. Ses interlocuteurs acceptent sans hésiter les vieilles coupures.


De nouvelles astuces font leur apparition, comme l'utilisation d'agriculteurs comme intermédiaires pour changer les billets. Pléthoriques et disposant d'employés encore plus pauvres, trop médiocres pour attirer l'attention des autorités, ils représentent la masse humaine idéale pour de longues heures de queue devant les banques. La classe moyenne utilise aussi les inférieurs qu'elle a à disposition - chauffeurs, cuisinières et autre sans-noms dont le mépris est habituellement une marque de statut - pour recycler ses anciennes liasses de billets.

Si elle aura probablement un effet négatif sur la corruption qu'elle prétendait combattre, la manœuvre déroutante du Premier Ministre Narendra Modi a d'autres conséquences délétères. On ne peut pas retirer des centaines de millions de personnes de leurs emplois réguliers pour leur faire faire la queue devant les banques sans effet sur l'économie ; de fait, la croissance indienne est en train de chuter, et avec elle les revenus fiscaux de l'État. "Dans le bâtiment, le textile, l’agriculture, les ouvriers qui touchent leur salaire en liquide ne sont plus payés", explique le quotidien.

Confiscation en masse d'or et d'argent

Quelques phrases lâchées avec légèreté ne traduisent évidemment pas le sentiment d'abandon et de frustration des centaines de millions d'Indiens jetés dans la précarité par la décision de leur gouvernement, d'autant plus que la situation n'a rien de transitoire. Dans le meilleur des cas, il faudra des mois avant que les nouvelles coupures ne soient disponibles en quantité suffisante.

Avide de traquer toute richesse non déclarée, le gouvernement indien se tourne désormais contre la possession de métal précieux ou équivalent. Une "clarification" du gouvernement fait état des nouvelles règles en vigueur: 500 grammes d'or par femme mariée dans un foyer, 250 grammes par femme non mariée et 100 grammes par homme. Les bijoux acquis à travers un héritage ne sont pas concernés... à condition de pouvoir prouver leur origine.

Sur Bloomberg un Indien, Mihir Sharma, confirme ce dont chacun se doute: le gouvernement indien lance des raids directement dans les domiciles pour s'approprier l'or qu'il trouve. Mais l'officier en charge des recherches n'a pas l'obligation de s'emparer de tout or dépassant le volume de possession légale ; il peut tout aussi bien décider de fermer les yeux - contre une grosse somme, cela va sans dire. Comme le résume M. Sharma, les officiers des services fiscaux indiens "viennent de gagner à la loterie."

Une société où la mafia fiscale du gouvernement peut débarquer chez vous à tout moment pour taxer ce qu'elle trouve selon des règles changeant d'un jour à l'autre? Quelle stimulante perspective! Jayant Bhandari de Acting-Man.com explique les conséquences immédiates:

De lourdes taxes et des pénalités seront infligées à ceux qui ne peuvent prouver la provenance de leur or. (...) D'énormes pots-de-vin devront être payés.

Les gens sains d'esprit s'empressent de vider leurs coffres bancaires La conséquence secondaire sera une forte augmentation des crimes non signalés, les victimes d'un vol ayant peur d'aller à la police de crainte de faire face aux questions des autorités fiscales. Dans le même temps, le marché de l'or est devenu souterrain et les volumes en jeu ont apparemment augmenté.

La route de la servitude

En attendant, l'économie indienne décroche fortement comme en témoignent divers indicateurs tant au niveau macro-économique qu'au niveau anecdotique. Les ventes de voitures neuves s'effondrent. Le manque de cash pousse les Indiens à des formes alternatives de paiement comme le crédit informel, voire le retour au troc.

Et que fait la Roupie, en attendant? Elle monte - l'effet étonnant du passage sous l'écran radar de la plus grande partie de la masse monétaire. Moins de monnaie en circulation signifie plus de pouvoir d'achat pour les heureux veinards qui en disposent. Mais cela signifie aussi que les produits indiens deviennent plus chers à l'étranger, brisant le principal avantage compétitif de cette région du monde. Le tissu socio-économique indien n'a pas fini de se déchirer sous les assauts des stratégies "originales" de M. Modi.

De proche en proche les problèmes commencent évidemment à rejaillir sur la sacro-sainte classe moyenne, les quelques 300 millions d'Indiens avec le mode de vie d'un pays émergent. L'effondrement de l'activité économique des couches les plus pauvres ne pouvait pas rester sans conséquences sur le reste de la société indienne.

Plusieurs connaisseurs de l'Inde d'aujourd'hui estiment que face au désastre provoqué par ses propres décisions, Narendra Modi poussera le pays encore plus loin dans un nationalisme aveugle afin de préserver son pouvoir, peut-être à l'aide d'une guerre.

La décision soudaine et brutale de retirer la plus grande partie de la monnaie en circulation n'a pas fini d'avoir des conséquences pour l'énorme proportion de l'humanité vivant en Inde. La décision semble mauvaise, absurde, poursuivie en dépit du bon sens et n'augure rien de bon. On ne sera donc pas surpris d'apprendre que le Venezuela de Maduro emboîte le pas à l'Inde, en attendant les prochains pays.

12 décembre 2016

L'Empire médiatique contre-attaque

L'élection de Donald Trump fut sans doute l'événement le moins conforme aux prévisions des médias depuis plusieurs décennies. Emportant leur crédibilité, elle fut aussi le signe d'un changement de paradigme avec la percée de nouveaux sites d'information sur Internet. Mais la guerre entre l'ancien monde médiatique et le nouveau n'est pas terminée.

Riposte coordonnée

"Nous assistons à une véritable guerre à mort entre les deux systèmes, qui continuera bien après que l'élection présidentielle ait eu lieu," prévenait Charles Gave. Groggy, les médias traditionnels se sont repris depuis leur sombre 8 novembre. Ils travaillent main dans la main avec leurs alliés pour mettre en place une riposte. Le récent retour de Mme Clinton hors de sa retraite pour fustiger les "fausses nouvelles" relève de cette nouvelle stratégie: décrédibiliser les sources d'information alternatives.

"L'épidémie de faux sites d'information mal intentionnés et de fausse propagande (sic) qui a inondé les médias sociaux pendant l'année écoulée - il est clair désormais que ces faux médias ont de vraies conséquences dans le monde réel", affirma Clinton. "Ce n'est pas un sujet de politique ou de bipartisme. Des vies sont en jeu."


Des vies, ou des carrières... Reste à savoir comment discerner la propagande de la vérité, ou, pour reprendre les termes étranges de la politicienne démocrate, distinguer la fausse propagande de la vraie. Hillary Clinton aura probablement une perception très différente d'un Donald Trump sur ce point essentiel.

médias,mensonges
Chacun aura sa propre opinion sur ce qui constitue de "fausses nouvelles".

La défaite d'Hillary Clinton a clairement déclenché l'offensive des deux côtés de l'Atlantique - coordonnée avec une opiniâtreté qui force le respect. Jugez plutôt:

  • Le 17 novembre, Angela Merkel et Barack Obama déclarent conjointement qu'Internet est une force "perturbatrice" qui doit être "contenue, gérée et pilotée par le gouvernement".
  • Le 19 novembre, Mark Zuckerberg annonce que Facebook (lourdement engagé du côté démocrate dans la campagne présidentielle) mettra en œuvre un plan en 7 points visant à "éradiquer la désinformation" du réseau social.
  • Durant la même période on voit apparaître des listes de médias à éviter, qui comportent comme par hasard la plupart des sites de droite, et sans qu'aucun procès en désinformation ne soit formulé contre le moindre d'entre eux.
  • En Suisse des individus se réjouissent de nouveaux algorithmes qui permettront, espèrent-ils, de "filtrer l'extrémisme de droite" - la définition de ce dernier étant laissé à leur entière et satisfaisante appréciation.
  • Le 23 novembre, Angela Merkel déclare devant le Bundestag que le temps est venu de lutter contre les sites de fausses nouvelles - citant nommément RT et Sputnik pour leurs liens avec la Russie. Le challenge pour les démocraties est selon elle "d'atteindre et d'inspirer les gens" mais si cela échoue le temps de la censure est là: "nous devons nous confronter au phénomène et si nécessaire, le réguler".
  • Le 2 décembre, un média révèle que Facebook élaborera désormais son fil d'information à partir d'une liste de "partenaires médiatiques favorisés". On imagine qu'un site comme Breitbart n'en fera pas partie...

La distinction est ténue entre la volonté d'écarter de "fausses informations" d'une part, et l'élimination pure et simple d'informations divergentes par rapport à une ligne idéologique d'autre part. Le précédent de Google refusant de suggérer dans ses recherches les requêtes quant à la santé d'Hillary Clinton n'incite guère à l'optimisme.

Les vilains Russes

La dernière accusation en date désigne comme d'habitude la Russie: elle aurait interféré pour aider Trump. La conclusion du Washington Post, qui cite une "évaluation secrète de la CIA", permet les manchettes les plus accrocheuses. Malheureusement, les révélations se révèlent bien maigres:

À en croire le Washington Post, des personnes liées à Moscou ont fourni au site Wikileaks des e-mails piratés sur les comptes de l'ancien directeur de campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton, John Podesta, et du parti démocrate, entre autres.


Pour l'heure, aucune preuve de ce prétendu lien avec Moscou. Les connaisseurs du dossier ne seront pas surpris. C'est vrai, le compte mail de John Podesta a bien été piraté - le directeur de campagne d'Hillary Clinton utilisait un piètre mot de passe, "p@ssw0rd" - et une volumineuse correspondance finit donc entre les mains de Wikileaks. Mais le dirigeant de l'organisation elle-même, Julian Assange, défaussa l'accusation de "hackers russes" ; il affirma que sa source était interne au Parti Démocrate.

On l'oublie vite, mais avec son vaste historique de coups tordus, Hillary Clinton n'avait guère besoin d'aller jusqu'à Moscou pour se trouver des ennemis. Elle pouvait par exemple rencontrer sur son chemin des partisans de Bernie Sanders, écarté par des magouilles dont la révélation poussa la présidente du Parti Démocrate Debbie Wasserman Schultz à la démission.

Depuis, une vérité plus complexe émerge. L'accusation selon laquelle les e-mails de Podesta auraient été des faux conçus par les Russes était un mensonge délibéré inventé par un fan de Clinton et abondamment repris par les médias mainstream afin de diminuer l'impact des révélations qu'ils contenaient.

En octobre, lorsque Wikileaks publiait des courriels des archives de John Podesta, les officiels de la campagne de Clinton et leurs porte-parole dans les médias adoptèrent une stratégie de mensonge délibéré auprès du grand public, prétendant - sans aucune justification - que les courriels étaient falsifiés ou fabriqués et devraient donc être ignorés. Ce mensonge - et le terme est approprié: une affirmation erronée donnée en connaissance de cause ou un mépris souverain de la vérité - fut amplifié de façon agressive par des personnalités de MSNBC comme Joy Ann Reid et Malcolm Nance, David Frum de The Atlantic, et Kurt Eichenwald de Newsweek.

Que les courriels de l'archive de Wikileaks aient été altérés ou falsifiés - et ne doivent donc pas être pris en compte - était une "fausse nouvelle" caractéristique, diffusée non pas par des adolescents macédoniens ou des agents du Kremlin, mais par des acteurs établis comme MSNBC, The Atlantic et Newsweek. Et de par sa conception même, cette fausse nouvelle se répandit comme une traînée de poudre partout sur Internet, avidement découverte et partagée par des dizaines de milliers de personnes désireuses de croire que c'était vrai. À la suite de cette campagne délibérée de désinformation, quiconque faisant un rapport sur le contenu des courriels se voyait instantanément rétorquer des allégations selon lesquelles on avait prouvé que les documents dans l'archive étaient des faux.


Les e-mails de Podesta ont toujours été authentiques. Les grands médias ont juste choisi de couvrir Clinton. Pas facile décidément de distinguer la fausse propagande de la vraie...

Éliminer les fausses nouvelles, ou la concurrence?

Soyons clair: la désinformation existe. Mais elle n'est en rien limitée à un seul camp comme on souhaiterait aujourd'hui nous le faire croire. En fait, la découverte soudaine et cruciale de ces "fausses nouvelles" juste après la défaite de Clinton fait elle-même largement penser à une fausse nouvelle - jusqu'à France-Info qui parvint même à dénicher un repenti dans la pure tradition des procès de Moscou, à mi-chemin entre le regret et la vantardise.

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En fin de compte, prétendre que la désinformation est responsable de la victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton ne traduit rien d'autre qu'une attitude puérile devant une situation désagréable. La thèse ne paraît guère vraisemblable, en particulier face au volume de propagande pro-Clinton déversé sur l'opinion publique durant la même période.

La volonté de se préserver des "fausses nouvelles" ressemble surtout un prétexte cousu de fil blanc pour reprendre le contrôle du secteur, tant aux États-Unis qu'en Europe. Les politiciens travaillent depuis des années à contrôler le débat public faute de parvenir à en gérer les causes ; on casse les thermomètres plutôt que de lutter contre la fièvre. De là les lois qui interdisent, en France, de tenir des statistiques ethniques ou religieuses ; en Suisse, la pression que s'infligent diverses rédactions pour ne pas mentionner le statut de résidence ou la nationalité d'agresseurs dans un fait-divers ; aux Pays-Bas, la justice déboussolée qui condamne Geert Wilders à la "discrimination raciale" pour avoir évoqué la quantité de ressortissants marocains vivant dans le pays.

Le débat sur les "fausses nouvelles" est un faux débat. Il traduit simplement un nouvel angle d'attaque pour préserver la vérité officielle. On ne discute plus des faits mais de leur source. Tout ce qui ne vient pas du bon canal est suspect d'office et doit affronter un procès en justification. Les termes connotés comme "normal/anormal", "vérifié/non vérifié", etc. permettent d'aiguiller et de canaliser la méfiance du public. La censure, trop brutale et trop voyante, est passée de mode ; on lui préfère aujourd'hui la mise en avant d'une information de "qualité", que le traitement de l'actualité par ceux qui s'en réclament met pourtant largement en doute.

Il n'est pas sûr que la manœuvre fonctionne. L'élection de Donald Trump contre vents et marées médiatiques a montré que les citoyens américains étaient désormais prêts à se forger leur propre opinion. En Europe, en revanche, l'issue de la bataille est encore incertaine.

20 novembre 2016

Comment ruiner un pays en quelques jours

Comment détruire les maigres économies de centaines de millions de personnes parmi les plus vulnérables et saboter à long terme la prospérité de son pays d'un trait de plume? Ce "double exploit" vient d'être accompli en Inde grâce à son Premier Ministre Narendra Modi il y a deux semaines, prenant une décision dont la portée historique pourra se mesurer au travers de la crise que traverse désormais le pays.

Fait du prince et guerre contre le cash

inde,narendra modi,monnaie,criseLe 8 novembre, le Premier Ministre Modi annonce à la surprise générale que quatre heures plus tard, l'essentiel du cash de la septième économie mondiale deviendra sans valeur. Qualifiant la manœuvre de "démonétisation", il déclare que les devises les plus utilisées dans le pays, les coupures de 500 et 1'000 roupies (7 et 14 euros environ) sont retirées. Ces billets avec la dénomination la plus élevée représentent 86% de la monnaie en circulation.

Les Indiens sont dès lors "invités" à échanger leurs devises dans les banques jusqu'à la fin décembre contre de nouvelles devises de 500 et de 2'000 roupies - mais seulement à concurrence de 4'500 roupies, soit environ 62 euros. Il n'y a pas de limite au montant qu'il est possible de déposer sur des comptes bancaires mais le gouvernement a averti les autorités fiscales qu'il lancerait une enquête contre tous les dépôts de plus 250'000 roupies (soit 3'460 euros). Dépasser ce montant oblige le dépositaire à apporter la preuve que les taxes ont été convenablement payées, au risque de se les voir infliger à nouveau assorties d'une amende de 200% de leur montant. Dans la plupart des cas, cela revient à l'intégralité de la somme déposée.

M. Modi indiqua qu'il ne faisait que concrétiser sa promesse de campagne de "s'attaquer à la corruption et à l'évasion fiscale". Certains journalistes occidentaux applaudirent une démarche "volontariste" et "courageuse", mais les couches les plus pauvres de la population indienne frappées de plein fouet par cette décision, qui avaient voté pour Modi en croyant que leur situation s'améliorerait, ne sont peut-être pas du même avis.

Le désastre en pratique

Il ne fallut pas longtemps pour que la décision surprise du Premier Ministre ne jette le pays dans la confusion. De longues files se formèrent devant les banques et perdurent encore aujourd'hui. Pour les centaines de millions d'Indiens touchés, entre se rendre à son travail de boulanger ou de livreur ou renoncer pour faire la queue et essayer de sauver son épargne, le choix fut vite fait - paralysant l'entier de l'économie.

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Les veinards réussissant à atteindre le guichet d'une banque purent donc découvrir qu'il n'y avait pas une queue, mais trois. La première permet d'obtenir un formulaire où l'individu doit indiquer son nom et son adresse, les détails de sa carte d'identité, son numéro de téléphone portable éventuel et les numéros de série de tous les billets qu'il souhaite échanger.

Muni de son formulaire rempli et d'une photocopie de sa carte d'identité, il peut alors se présenter au deuxième guichet où un tampon officiel est apposé sur le document après vérification. Le document tamponné permet de se rendre à un troisième guichet où les billets indiqués sont enfin échangés. La bureaucratie dans toute sa splendeur. Hors de toute file d'attente le processus prend difficilement moins de deux heures.

Il faut quelques chiffres pour comprendre l'ampleur de la réforme lancée par Modi sans préparation ni calcul. La moitié des citoyens indiens ne dispose pas d'un compte bancaire, et un quart d'entre eux n'a même pas de carte d'identité. 38% des adultes ne savent pas lire. Ces gens-là, les plus pauvres que compte le pays, sont frappés de plein fouet par cette réforme. Ils ne disposent d'aucun moyen de convertir leur argent, pas plus que tous ceux qui sont âgés, handicapés, malades ou incapables de se déplacer - la démarche de conversion des billets impliquant de venir en personne.

Les nouvelles devises sont évidemment en nombre insuffisant. Comme peu de gens les ont vus, de faux billets de 2'000 roupies ont rapidement fait leur apparition. Les nouvelles coupures ne sont pas plus sécurisées que celles qui sont retirées et restent donc très faciles à contrefaire. Des enfants des rues et des gangs proposent déjà de "convertir" l'argent déprécié avec une grosse décote - ressuscitant d'un geste le crime organisé et la fraude que la réforme entendait combattre, au travers de billets d'une qualité douteuse.

Le secret de la réforme a été bien gardé ; il a été d'autant mieux accepté de l'administration indienne qu'elle disposait de réserves spéciales de nouvelles coupures pour convertir ses propres économies sans le moindre contrôle. En guise de lutte contre la fraude fiscale et l'argent sale, le Premier Ministre a donc fermé les yeux et permis de perpétuer les agissements d'un des principaux groupes responsables de la corruption en Inde, les bureaucrates du secteur public.

Ruine à long terme

Selon les chiffres du gouvernement Modi, seul 1% de la population s'acquitta d'un quelconque impôt sur le revenu en 2013. Mais est-ce parce que les gens fraudent, ou parce qu'ils sont pauvres?

97% de l'économie indienne est basée sur le cash. Certaines familles ont, c'est vrai, l'habitude de se servir d'argent liquide pour les dots dans les mariages, pour payer une partie des transactions immobilières et échapper ainsi à certaines taxes. Est-il préférable de laisser subsister une économie souterraine et les millions de gens qui en dépendent, ou vaut-il mieux stériliser le tout au nom de la lutte contre la fraude? M. Modi a clairement fait son choix.

Utilisant des comptes bancaires et s'acquittant de ses taxes, la classe moyenne semble pour l'instant suivre le Premier Ministre - moins par suivisme que par mépris des classes inférieures, considérées comme quantité négligeable, voire avec autant de mépris que des insectes. Mais sa posture de supériorité morale ne durera que tant qu'elle reste à l'abri de l'agitation. Sans nouveaux billets, impossible d'acheter, de vendre, de payer ses employés. L'économie est paralysée et les effets de la crise pourraient rapidement se propager aux couches supérieures de la société.

À plus long terme, la réforme surprise du Premier Ministre Narendra Modi vient d'avoir un effet simple - briser toute confiance dans la roupie - alors que la confiance est la caractéristique la plus essentielle de toute monnaie-papier. Ceux qui le peuvent ont déjà commencé à convertir leurs économies en métal, le goût de l'or étant profondément ancré dans la culture indienne, mais aussi en devises étrangères comme le dollar ou le franc suisse qui ont l'avantage d'avoir meilleure réputation et d'être plus facilement convertibles.

Après le désastre de la "démonétisation" et la paralysie de l'économie, on peut donc s'attendre à un effondrement de la valeur de la roupie et une nouvelle vague de politiques volontaristes du gouvernement indien, comme le contrôle des devises étrangères et des achats de métaux précieux, qui finiront de jeter le pays dans le chaos.

13 novembre 2016

La Suisse complice dans la corruption d'Hillary?

"La Direction du développement et de la coopération (DDC), soit l’organe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en charge de la coopération internationale, a versé en 2011 près de 500'000 francs à la Fondation Clinton, l'organisation caritative de Hillary Clinton, du temps où elle était alors secrétaire d'Etat", rapporte la Tribune de Genève en relayant des informations du journal Schweiz am Sonntag paru ce dimanche.

Influence à louer

En qualifiant "d'organisation caritative" la fondation de la politicienne démocrate, la Tribune de Genève aligne quelques mots-clés pour préserver de la tempête qui se prépare l'ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, responsable dans ce dossier. Mais la Fondation Clinton n'a rien d'une organisation caritative. Et c'est parce qu'elle l'est si peu tout en prétendant l'être qu'elle est aujourd'hui sous enquête du FBI. Différents scandales touchent la fondation, liés essentiellement à des versements pour des postes et des interventions politiques, à des détournements de fonds au profit des époux Clinton, et, dans le cas qui nous intéresse, à des donations reçues de pays étrangers.

hillary clinton,corruption,usaPendant des années la Fondation Clinton bénéficia de la très favorable législation américaine sur les organisations caritatives en matière de transparence et de fiscalité, mais resta bien plus réservée sur l'aspect "caritatif" de sa mission. En 2013 par exemple, elle reçut 140 millions de dollars en dons et en promesses de don mais ne dépensa que 9 millions de dollars sur le terrain. D'autres années révèlent un ratio d'environ 10% de caritatif réel.

En fait, il semble relativement clair aujourd'hui que Hillary Clinton a utilisé une fondation pour collecter et blanchir plus facilement les innombrables pots-de-vin versés par les différents lobbys et pays étrangers avec lesquels elle était en contact en tant que Secrétaire d'État, puis plus tard comme candidate à l'élection présidentielle américaine - sous le regard bienveillant de la justice de part sa proximité avec l'Administration Obama.

Le versement de la DDC à la Fondation Clinton s'inscrit directement dans cette stratégie d'une "offrande pour apaiser les puissants" - à l'instar d'autres pays.

Quand la RTS fait (un peu) de journalisme

L'affaire donna lieu à un rare moment de journalisme sur les ondes de la RTS dimanche (au journal de 12h45, n'exagérons rien) lorsque Pierre Nebel - oui, Pierre Nebel! - finit par admettre qu'il y avait effectivement anguille sous roche. Voilà la transcription de cet échange:

Pierre-Olivier Volet - [...Et cette enquête de la Schweitz Am Sonntag] qui nous apprend que la Suisse a versé un demi-million de francs à la Fondation Clinton, et cela, Pierre Nebel, dans un contexte très particulier, où on était à l'époque en pleine crise du secret bancaire.

Pierre Nebel - Oui, souvenez-vous à l'époque, le Crédit Suisse est en pleine tourmente, il a aidé des clients américains à frauder le fisc et il est sous pression maximum de la justice américaine qui commence à sortir ses instruments de torture. Quatre banquiers ont été inculpés, on craint une procédure pénale contre la banque elle-même, ce qui aurait des conséquences cataclysmiques sur le système financier suisse, et mondial... C'est dans ce contexte que les autorités suisses cherchent désespérément le contact avec les plus hautes sphères de l'administration Obama pour essayer de trouver une solution politique. Mais ce n'est pas facile et c'est là qu'intervient ce paiement (sic) de la DDC à la Fondation Clinton à partir de septembre 2011. Bien sûr il n'y a aucune preuve qu'il y a un lien formel avec l'affaire Crédit Suisse, mais il y a des coïncidences. En septembre 2011 Micheline Calmy-Rey rencontre la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton à New York, et un mois plus tard, le 26 octobre, le Conseil Fédéral ouvre des négociations pour régler la crise fiscale avec les États-Unis.

Pierre-Olivier Volet - Alors, Pierre, cette révélation intervient à un moment aussi assez important puisque c'est le moment où les Démocrates sont chassés de la Maison Blanche... Est-ce que cette affaire pourrait rattraper la Suisse aujourd'hui?

Pierre Nebel - Je pense que cette affaire pourrait surtout rattraper Hillary Clinton. Sa fondation familiale est toujours sous enquête du FBI, il est clair que ce versement pourrait entretenir le soupçon que les donateurs de la fondation, sous couvert d'œuvres caritatives, ont en réalité cherché à s'acheter de l'influence au sommet de l'État américain. Alors est-ce que cela pourrait avoir des conséquences pour les relations de la Suisse avec un futur président Trump, honnêtement, aujourd'hui, c'est très, très difficile à dire.


A en croire le journaliste, Mme Calmy-Rey aurait courageusement décidé de sauver la place financière helvétique, et le monde par la même occasion. Un si noble objectif vaut bien de piétiner quelques principes, n'est-ce pas?

Micheline Calmy-Rey dans les coulisses des puissants

Une porte-parole de la DDC démentit rapidement - trop, peut-être - toute implication discutable. "La Suisse n'a pas d'agenda caché et n'instrumentalise pas la coopération au développement à des fins politiques", précisa-t-elle dans les colonnes de la Schweiz am Sonntag. Le don de 484'000 francs suisses soutenait officiellement un programme humanitaire au Liberia entre 2011 et 2013, visant à réduire la mortalité des mères et des enfants.

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Malheureusement, l'explication de la DDC ne tient pas cinq minutes. Même la RTS n'y croit pas, c'est dire. Pourquoi passer par la Fondation Clinton pour soutenir des engagements en Afrique? Et il sera facile, le cas échéant, de vérifier combien de cet argent a atteint le Liberia. Gageons que les parlementaires suisses vont s'emparer de l'affaire et qu'il sera de plus en plus difficile d'en cacher les détails.

En réalité, chacun tente de maintenir les apparences mais personne ne semble y croire vraiment. Le scénario qui se dessine est des plus simples: Micheline Calmy-Rey à la tête du DDC, a graissé la patte de Hillary Clinton, Secrétaire d’État en exercice, par le biais de sa Fondation, pour essayer d'obtenir une issue plus "bienveillante" aux différends qui opposaient alors les États-Unis et la Suisse sur les comportements de certaines banques.

"Croyez-moi, [un lien direct avec Hillary Clinton] aide quand par exemple, les banques suisses aux USA sont sous pression." - Micheline Calmy-Rey, lors d'un spectacle à Soleure à l'été 2011


On comprend un peu mieux le soutien sans réserve de la socialiste genevoise à la démocrate américaine: au-delà de la simple idéologie, une complicité unit les deux femmes dans tous les sens du terme...

L'intégrité, cette inconnue

Selon les commentaires des articles de presse, les Suisses découvrant cette affaire semblent assez vindicatifs envers l'ancienne Conseillère Fédérale. Il s'agit, après tout, d'argent des contribuables finissant dans les poches d'une politicienne parmi les plus corrompues de son époque. D'autres critiques se font entendre du milieu diplomatique, engageant cette fois-ci la neutralité du pays. Paul Widmer, diplomate helvétique, trace un parallèle:

"Imaginez que la DDC ait fait un don à une Fondation de la famille Bush... ça aurait fait un énorme tollé."


Tollé purement hypothétique. Micheline Calmy-Rey aurait-elle pris la décision de verser de l'argent à un Secrétaire d'État corrompu s'il avait été républicain? Chacun aura sa propre opinion.

À ce stade, de nombreuses questions restent à éclaircir. Micheline Calmy-Rey a-t-elle agi de sa propre initiative ou disposait-elle de l'aval du Conseil Fédéral de l'époque? Ce versement est-il seul dans son genre? Quel était exactement le deal avec Hillary? Comment Hillary pensait-elle agir sur le fonctionnement du Département de la Justice américain?

Certains cyniques souriront peut-être face à une approche non-conventionnelle de résolution des problèmes, ou défausseront l'affaire d'un haussement d'épaule en expliquant que pareilles pratiques relèvent de la plus grande banalité dans les hautes sphères. Aucune de ces excuses n'est satisfaisante.

Ce n'est pas un hasard si les pays les plus pauvres du monde sont aussi les plus corrompus. La corruption détruit la justice, les mécanismes de décision, et en fin de compte la démocratie elle-même. Le pouvoir ne s'exerce plus que depuis les coulisses, contre de l'argent.

Dans leurs discours, les socialistes prétendent haïr la corruption, le lobbyisme économique, les remises en cause de l'indépendance de la justice et en général toutes les tractations occultes. Il y a quelque chose de profondément troublant à constater qu'une Conseillère Fédérale socialiste a si facilement choisi la trajectoire diamétralement opposée simplement parce qu'elle se croyait à l'abri des regards.

Contrairement à ce que pense Pierre Nebel, je crois que nous n'en sommes qu'au début de cette affaire. Elle pourrait s'avérer très lourde de conséquences pour la Suisse. S'il s'avère que Hillary Clinton a effectivement eu une influence sur le fonctionnement de la justice américaine dans le traitement des dossiers UBS et Crédit Suisse suite au versement de la DDC à la Fondation Clinton, les conséquences pourraient aller jusqu'à une remise en cause intégrale des affaires en question, montant des amendes infligées y compris. Il faudra bien sûr établir l'ensemble des complicités, ce qui risque de prendre un certain temps.

Si la pauvreté est la fille de la corruption, l'incertitude l'accompagne.

09 novembre 2016

Make America Great Again - Trump est élu

Les résultats des élections américaines sont sous toit. Trump est élu - avec une marge confortable.

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Les électeurs ont parlé.

La légendaire campagne d'Hillary Clinton

Dire que l'élite de l'Amérique roulait pour Hillary Clinton serait en-deçà de la vérité, et ceux qui ont suivi cette campagne de près s'en souviendront toute leur vie. La mémoire d'Internet sera là pour rappeler éternellement aux donneurs de leçons leur manque de crédibilité. S'il y a bien une chose à laquelle que je n'imaginais pas assister de mon vivant, c'était à une unanimité et un manque d'esprit critique plus grands encore que lors des deux élections de Barack Obama. Les records sont faits pour être battus...

Démocrates, médias américains et étrangers, Silicon Valley, vedettes de la musique ou du sport, Wall Street, Hollywood, Google, Facebook, tous soutenaient à bout de bras une présidence Clinton. Même des Républicains de haut rang!

Remportant ses débats aux dires des journalistes, volant de victoire en victoire en engrangeant les soutiens selon les journaux télévisés, rien ne semblait plus en mesure d'arrêter Hillary Clinton jusqu'à son plébiscite le 8 novembre. En termes médiatiques américains, on appelle cela un "narrative", une façon de raconter l'information. Les faits sont continuellement filtrés, mis en valeur ou passés sous silence selon la façon dont ils s'intègrent dans la légende en cours d'écriture. Le flot de l'actualité est tellement canalisé que sa force entière ne sert plus qu'à mouvoir le moulin de la propagande.

La révélation de "propos de vestiaire" sexistes de Trump, enregistrés à son insu onze ans plus tôt, devaient être le dernier clou du cercueil de sa candidature. Il est de coutume de livrer des informations salaces sur un candidat au beau milieu de la campagne présidentielle ; là encore, les journalistes amis (c'est un pléonasme) jouèrent leur partition à fond. Le grand public fut abreuvé jusqu'à la nausée de propos indignés tournant en boucle, de protestations, de femmes exprimant leur dégoût, avant que ne sorte du bois de nouvelles victimes affirmant de façon très artificielle la façon dont Trump les avait pelotées ou draguées jusqu'à trente ans plus tôt.

Certains sondages donnèrent jusqu'à douze points d'avance à Hillary Clinton. On en aurait presque oublié qu'ils étaient tous plus faisandés les uns que les autres!

L'ascension de Trump

En face du camp démocrate, Donald J. Trump, n'était pourtant pas exactement le genre d'individu à prendre à la légère.

Les commentateurs abasourdis sont bien forcés de le constater aujourd'hui, M. Trump avait quelques qualités. Au départ, il n'avait pour lui que sa répartie d'ancienne vedette de télé-réalité et un portefeuille garni, qui lui évitait cette course aux levées de fonds, flirtant avec la corruption, à laquelle se soumettent habituellement les candidats.

Il triompha d'innombrables obstacles méthodiquement, les uns après les autres. Le premier d'entre eux fut d'attirer sur lui l'électorat républicain. Celui-ci avait le choix - il y avait seize autres candidats aux primaires républicaines. Cette époque correspond aussi à la courte lune de miel entre Trump et les médias. Trump générait de l'audience, choquait par son franc-parler, ses répliques assassines, ses tweets. À cette époque la presse l'adorait, mais - car il faut le souligner - seulement pour mieux se moquer de lui. Il fut qualifié tour-à-tour de clown, de bouffon et d'autres termes plus méprisants encore. Les Démocrates ne furent pas plus perspicaces ; pendant longtemps l'état-major du Parti de l'Âne regarda avec bienveillance l'ascension de Trump car il était jugé plus facile à battre par Hillary!

La popularité de Trump fut pourtant assez vite démontrée, résistant au dénigrement continuel dont il faisait l'objet. N'étant pas politicien de carrière, il partait en campagne sans le moindre réseau politique. La faiblesse du lien entre Trump et la classe politique se révélait finalement une force, car il cristallisait sur sa candidature les innombrables déçus des années Obama et d'une Amérique en panne, convaincue de la corruption galopante de Washington - de nombreux Américains qui n'étaient ni Républicains, ni Démocrates. Le camp démocrate subit le même vent de protestation à travers la candidature de Bernie Sanders, mais Hillary, incarnant le statu-quo et la continuité, remporta l'investiture. Les "rebelles" (dont des supporters de M. Sanders!) n'eurent donc plus que Trump vers qui se tourner.

Bizarrement, l'analyse la plus juste du tremblement de terre en préparation vint selon moi de Michael Moore. Le réalisateur de faux documentaires engagés, hypocrite au possible quant à ses valeurs, se démarqua de l'enthousiasme artificiel du camp démocrate en livrant deux semaines avant les élections une confession dangereusement proche d'un retournement de veste. Dans une vidéo, il exprima ce qui constituait selon lui la quintessence du vote Trump, la protestation.

[Que Trump pense ce qu'il dise ou non] est une question non pertinente parce qu'il parle à ceux qui souffrent, et c'est pourquoi tous ces sans-nom, cette masse laborieuse oubliée qui faisait partie de ce qu'on appelait la classe moyenne, ces gens démolis, aiment Trump. Il incarne le cocktail Molotov qu'ils ont tant attendu, la grenade humaine qu'ils peuvent légalement balancer dans ce système qui a volé leur vie. Et le 8 Novembre, bien qu'ils aient perdu leur emploi, qu'ils aient été évincés par la banque, qu'à côté survienne ensuite le divorce et le départ de la femme et des enfants, que leur voiture ait été saisie, qu'ils n'ont pas eu de vraies vacances depuis des années, qu'ils soient coincés dans le plan "bronze" de cet Obamacare de merde où vous ne pouvez même pas obtenir un putain d'analgésique, ils ont essentiellement perdu tout ce qu'ils avaient, sauf une chose - la seule chose qui ne leur coûte pas un centime et qui leur soit garantie par la Constitution américaine: le droit de vote. (...)

Ils voient que l'élite qui a ruiné leur vie exècre Trump. L'Amérique corporatiste a Trump en horreur. Wall Street abhorre Trump. Les politiciens de carrière haïssent Trump. Les médias méprisent Trump, après l'avoir aimé et propulsé, et ensuite détesté. Merci les médias: l'ennemi de mon ennemi est celui pour qui je voterai le 8 novembre.


Le support permanent et inconditionnel de l'establishment en faveur de Clinton finissait par être une arme à double tranchant.

Quand le narrative déraille

Longtemps avant le scrutin, Donald Trump avait assimilé son accession au pouvoir au Brexit, la victoire surprise sur toutes les prédictions. Sur les îles britanniques, le Brexit fut rendu possible par une masse inégalée d'électeurs se rendant aux urnes pour faire entendre leur voix - des gens qui n'avaient jamais voté de leur vie auparavant. Les analyses de ce scrutin montreront sans doute que c'est aussi le cas ici.

Il y eut pourtant de nombreux signes avant-coureur d'un problème dans le camp démocrate. Les manipulations pour écarter l'unique challenger Bernie Sanders. L'affaire des e-mails puis son classement par le FBI, perçus par le grand public comme un abominable traitement de faveur vis-à-vis des lois. Près de 70% des Américains considéraient qu'Hillary Clinton était une menteuse indigne de confiance.

Le malaise de Clinton lors des cérémonies du 11 septembre renforça l'impression d'une femme affaiblie et fatiguée, tout en donnant lieu à une nouvelle salve de demi-vérités.

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Le coup de grâce vint de nombreuses fuites révélées par Wikileaks (bien que passées sous silence par les médias) ainsi que de la découverte de milliers d'e-mails cachés sur les portables d'aides de longue date d'Hillary Clinton, forçant James Comey, directeur du FBI, à rouvrir une enquête sur la candidate à quelques jours du scrutin. La presse ne pouvait pas ignorer pareils développements. Des membres haut placés de la Clinton Foundation se mirent à table. Le FBI trouva la preuve que les dizaines de milliers d'e-mails détruits par Hillary n'étaient de loin pas des messages anodins concertant "les cours de yoga de sa fille". Barack Obama était lui aussi impliqué en ayant une parfaite connaissance du serveur mail privé de sa Secrétaire d’État, et en utilisait un lui-même.

Le directeur du FBI James Comey (dont on attend la démission désormais) eut beau céder une nouvelle fois aux exigences de la Ministre de la Justice Loretta Lynch, le grand public ne fut pas dupe de ces manœuvres. L'administration Obama avait abandonné depuis longtemps toute forme d'équité pour se tourner entièrement au service de la candidate démocrate.

Aujourd'hui, plusieurs enquêtes subsistent contre Hillary Clinton, à commencer par la fondation du même nom. Avec cet échec électoral la Maison Clinton est enfin tombée, emportant dans sa chute d'innombrables complices dont nous apprendrons beaucoup ces prochains mois. De nombreux politiciens corrompus finiront sans doute en prison, ce qui s'avère une perspective réjouissante. Le dernier slogan de campagne de Trump était Drain the swamp, "assécher le marais", évoquant la puanteur et la pourriture imprégnant les élites de Washington, mais aussi l'ampleur de la tâche à accomplir.

Sondage Contre Vote

Comme pour le Brexit, les mensonges répétés dans les sondages jour après jour, heure après heure, n'ont pas suffi. Les citoyens américains se sont mobilisés en masse pour soutenir Donald Trump, et la vérité ne se trouve qu'au fond des urnes.

Il est possible qu'une partie de la propagande pro-Clinton ait découragé certains de ses partisans de se déplacer ; mais en réalité, la victoire vient bien davantage de la mobilisation des pro-Trump. Pour le comprendre, un autre témoignage nous vient de Scott Adams, le créateur du célèbre Dilbert. Commentant et analysant avec beaucoup de recul les "performances" des deux candidats à la présidence, il en vint à se rapprocher de Trump en toute rationalité. Jusqu'à en être menacé à titre personnel. Mais cela ne l'amena pas à fuir, bien au contraire, et comprendre sa démarche revient à comprendre la mentalité de nombreux électeurs républicains lors de cette élection.

J'ai essayé de comprendre le trait d'union qui relie ensemble les supporters de Clinton. Autant que je puisse en juger, la volonté d'intimider autrui sous toutes ses formes en est la caractéristique dominante.

  • Si vous avez une pancarte Trump sur votre pelouse, ils vous la voleront.
  • Si vous avez un autocollant Trump sur votre voiture, ils vous la rayeront.
  • Si vous évoquez Trump au boulot, vous risquez de vous faire virer.
  • Sur les réseaux sociaux, presque chaque message que je reçois d'un défenseur de Clinton est une intimidation sous une forme ou une autre. Ils vous insultent. Ils essaient de vous faire honte. Ils vous étiquettent. (...)

L'équipe d'Hillary Clinton a réussi à perpétrer une des pires vilenies auxquelles j'ai pu assister dans ma vie. Sa campagne a présenté les partisans de Trump - une bonne moitié de l'électorat - comme des nazis, des gens sexistes, homophobes, racistes, et autres termes dégradants (...) [Le] portrait de Trump par Clinton offre une parfaite justification morale pour tout acte d'intimidation en ligne ou en personne. Nul ne peut être méchant en s'opposant à Hitler, pas vrai?


Résultat, la campagne de Clinton a divisé l'Amérique comme jamais auparavant. Clinton, et seulement Clinton.

Oui, oui, je me rends compte que des partisans de Trump ont eux aussi eu des mots très durs pour les supporters de Clinton. Je ne prends pas la défense des pommes pourries de chaque panier ; je signale simplement que Trump avait pour message d'unir tous les Américains sous une seule bannière. Le message de Clinton était, lui, que certains Américains étaient de "bonnes personnes" et que les autres, 40% à l'époque, étaient des gens "déplorables", digne d'être pointés du doigt, vandalisés, punis par la fiscalité et la violence. Elle a littéralement tourné les Américains les uns contre les autres. Il est difficile pour moi d'imaginer un candidat à l'élection présidentielle faire quelque chose de pire.

Je vais le répéter.

Autant que je puisse en juger, la pire chose qu'un candidat à l'élection présidentielle puisse faire est de jeter les Américains les uns contre les autres. Hillary Clinton a fait exactement cela.

Intentionnellement.


Les Américains se sont rebellés - lassés des insultes, des intimidations, d'être tancés par des gens prétendant parler en leur nom, lassés d'être accusés de tous les maux de l'Amérique alors que les responsabilités en étaient dans le camp d'en face. Les Américains n'aiment pas les bullies, les brutes qui cherchent à dominer par l'intimidation.

Aujourd'hui, comme Trump l'annonça dans son discours d'investiture, l'heure est à la réconciliation. Et pour de nombreux Américains, à un authentique espoir.

Donald J. Trump, 45e président des États-Unis

L'élection du 8 novembre ne concernait pas seulement le Président des Etats-Unis, mais aussi la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Comme on pouvait s'en douter, les électeurs qui ont fait l'effort de voter pour Trump n'avaient pas spécialement envie de lui lier les mains et choisirent donc de mettre au pouvoir de nombreux élus républicains.

Loin des sondages, une fois de plus, les résultats sont là: les deux chambres sont désormais sous le contrôle des Républicains. Les Démocrates étaient coutumiers du fait, notamment en 2008 avec Obama, mais pour les Républicains il faut remonter à 1924 pour retrouver pareille configuration.

usa,donald trump,hillary clinton,électionsDans les faits, cela signifie que le Président Trump dispose des majorités nécessaires pour instaurer son programme de campagne. De nombreuses réformes désastreuses et socialisantes instaurées par Obama, comme l'Obamacare, seront probablement annulées.

En outre, le Président Trump sera en mesure de nommer les prochains juges de la Cour Suprême - un des neuf sièges est à pourvoir immédiatement, et jusqu'à quatre d'entre eux devraient être nommés ces prochaines années.

Enfin, on peut s'attendre à ce que l'horizon se dégage sur nombre de dossiers internationaux, notamment la guerre en Syrie, le nucléaire iranien et les relations avec la Russie.

Donald Trump n'a jamais caché son scepticisme quant au controversé Réchauffement Climatique d'Origine Humaine, et pourra mettre en œuvre sa vision de l'immigration - et démontrer aux autres nations ce qu'il est possible de faire en la matière.

Nos gauchistes de service ne devraient pas trop désespérer: il est probable que le fameux TIPP dont ils se méfient tant vienne de dérailler sous leurs yeux. Wall Street et tout le big money soutenant Clinton-la-corrompue viennent de se prendre une veste. Les temps sont mûrs pour reconstruire un parti démocrate sur des bases plus saines.

Après le Brexit libérant le Royaume-Uni, les Américains viennent aussi de se libérer du joug de leurs élites. L'avenir se montre à nouveau riche de promesses.