08 janvier 2018

Et maintenant, Trump est fou.

Dire que les Démocrates s'emploient à éjecter Trump du pouvoir depuis le jour de son élection serait un euphémisme. Incapables depuis plus d'un an d'avaler le résultat d'une élection contraire à leurs attentes, ils n'ont de cesse de trouver le moyen de le renvoyer de la Maison Blanche avant la fin de son mandat. Complot russe, prétendue obstruction à justice, une page Wikipédia tente même de recenser les diverses manœuvres employées dans ce but.

usa,donald trump,manoeuvres politiques,foliePas un mois ne passe sans que vienne s'ajouter une nouvelle excellente raison de chasser le Président en exercice. Disons plutôt que chaque péripétie sur sa présidence, vraie ou fausse mais toujours montée en épingle par les médias, se conclut invariablement par l'examen d'une possible destitution sur la base de ces nouveaux "faits".

La dernière tentative en date se base donc sur une probable "folie" de M. Trump, qui pourrait comme par hasard mener à sa destitution par le biais du 25e amendement.

Une vingtaine de psychiatres et psychologues - forcément "éminents" pour la presse - franchirent le pas en octobre 2017 en publiant un ouvrage collectif sur la question: The Dangerous Case of Donald Trump ("Le Dangereux Cas Donald Trump"). Il reçut bien sûr un certain succès de la part des anti-Trump, confortés par les descriptions hyperboliques livrés aux médias par la coordinatrice très engagée à gauche de l'ouvrage, la psychologue Bandy Lee de l'Université de Yale. Apparemment, il y avait urgence à envoyer M. Trump à l'asile, en camisole de force.

Quelques professionnels du secteur eurent beau objecter que depuis quarante-cinq ans l'Association des psychiatres américains (APA) a établi la "Règle Goldwater", dénonçant comme un grave manquement à l’éthique le fait de dresser le diagnostic d’une personnalité publique sans son autorisation et sans même la rencontrer, personne ne les écouta. Billevesées que tout cela. Les règles de déontologie les plus élémentaires ne sauraient s''appliquer face à Donald Trump!

La nouvelle couche est appliquée ces derniers jours par Michael Wolff et son livre Fire and Fury : Inside the Trump White House ("Feu et Fureur : Dans la Maison Blanche de Trump"). Les médias font leur régal des bonnes feuilles de l'ouvrage. Trump serait un enfant gâté réclamant des "victoires", pris de crises de colère et insultant le personnel de la Maison Blanche et son propre gouvernement ; il s'enfermerait pour ruminer devant plusieurs télévisions en même temps ; il craindrait d'être empoisonné par les repas présidentiels ; il serait quasiment illettré, ou trop impatient, et incapable de venir à bout de textes simples...

usa,donald trump,manoeuvres politiques,folieBien que l'ouvrage soit entièrement à charge et dérive souvent dans le grotesque, les rédactions ne prennent aucune distance lorsqu'elles en parlent. Pour les médias, et Le Temps est en première ligne, Fire and Fury ne représente rien d'autre que la vérité. Comment s'en étonner alors que Michaël Wolff a couché sur le papier, jusque dans des "anecdotes" sur la chevelure de Trump, les fantasmes qu'attendait son public?

Seul problème, une partie au moins du livre est basée sur des affabulations - de l'auteur ou de ses sources - donnant au final un tableau caricatural et mensonger.

Prenons le simple exemple de l'élection. Wolff prétend à de nombreuses reprises que Trump ne voulait "pas vraiment" l'emporter - d'où une promesse faite à son épouse Melania qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de devenir Première Dame contre sa volonté, car il n'avait aucune chance. Il aurait de même été parfaitement livide, le soir fatidique, en apprenant finalement sa victoire. Pourtant, Trump s'est battu comme un lion pendant toute la campagne, mettant au point une stratégie novatrice pour arracher aux Démocrates des États considérés comme acquis et enchaînant des dizaines de meetings durant la dernière ligne droite. Pourquoi se serait-il donné tant de peine s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi aurait-il lutté avec succès contre seize autres candidats lors des primaires républicaines pour arracher l'investiture du parti s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi se serait-il compromis dans l'illégalité avec les Russes, comme l'affirme Wolff, pour arracher un avantage indu dans l'élection, s'il ne voulait pas gagner?

Le récit de Fire and Fury n'a même pas de cohérence interne. Certains intervenants cités par l'auteur ont apporté un démenti cinglant face aux propos qu'on leur prête. Tant que nous n'aurons pas eu le verbatim des enregistrements effectués par l'auteur, nous ne saurons pas où situer le mensonge. Mais Michaël Wolff se couvre lui-même dès l'introduction:

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"Beaucoup des comptes-rendus de ce qui s'est passé dans la Maison Blanche de Trump entrent en conflit les uns avec les autres ; beaucoup, à la mode trumpienne, sont cruellement faux. Ces contradictions et cette souplesse prise avec la vérité, sinon avec la réalité elle-même, forment le fil conducteur du livre. Parfois, j'ai laissé les intervenants exposer leurs versions, permettant en retour au lecteur de les juger. Dans d'autres cas, grâce à une cohérence dans les récits et par le biais de sources auxquelles j'ai fini par faire confiance, je me suis arrêté sur une version des événements que je crois véridique."

Alors, Fire and Fury est-il un récit ou une fiction? Probablement un peu des deux, quoique le point de vue de l'auteur sur Donald Trump ne fasse guère de doute. Comment croire alors que Wolff, coutumier de ces dérives, n'a pas prêté davantage de bienveillance à tous ceux qui disaient du mal de Trump? Et comment s'étonner du résultat?

Nous sommes en pleine construction de narrative, celui-ci visant à préparer l'opinion publique à la prochaine offensive démocrate contre Trump. Les médias qui enquêtent aujourd'hui sur la santé de M. Trump sont les mêmes qui refusèrent avec acharnement de rendre compte de l'évanouissement public de Mme Clinton en 2016.

Mais il n'est pas sûr que la sauce prenne. Donald Trump tweete avec son public, parle un langage simple et direct, n'est pas bardé de diplômes des plus hautes universités du pays. M. Trump est indiscutablement un Président atypique et les Américains le savent. Ceux qui ont voté pour lui l'ont fait précisément pour ne plus être menés dans l'ornière par des élites surdiplômées, sûres d'elles et de leur verbe, et bien plus préoccupées par les cercles mondains que par le devenir de la classe moyenne.

Pourtant, Trump est bel et bien dérangé. Père de grands enfants, marié à un ancien mannequin, entrepreneur richissime, vedette de son émission de télé-réalité, il aurait pu couler une retraite paisible en profitant de la vie. À la place, il choisit de se lancer dans la conquête de la Présidence des États-Unis et tente depuis, avec les plus grandes difficultés, de remettre le pays sur les rails. Clairement, aucune personne saine d'esprit ne ferait tout cela.

Mise à jour (14 janvier): Par un étrange tour du destin, nous apprenons que la psychiatre Brandy Lee à l'origine du livre indiquant que M. Trump n'était pas apte à gouverner ne dispose plus de licence de psychiatrie depuis 2015, soit bien avant l'écriture de son livre.

04 janvier 2018

Culture: l'Apocalypse zombie

Les zombies sont à la mode.

On les trouve désormais à toutes les sauces. Aux films, livres et séries télévisées succède une vague sans précédent dans le monde des jeux vidéo. Days Gone, State of Decay II, The Last of Us : Part II, Red Dead Redemption, Resident Evil 2, Death Stranding ou encore Metal Gear Survive sont autant de titres majeurs annoncés pour cette année ou la suivante, dans un marché qui dépasse celui de la musique et du cinéma.

Le sujet est étudié en sociologie, mais pas forcément pour poser les bonnes questions ("Si l’épidémie se produisait, quelles seraient les conséquences sur le plan sociologique?" ... Vraiment, Monsieur le sociologue?). Car, après tout, que signifie cette omniprésence des zombies dans l'esprit du grand public?

Les Grandes Peurs

Hollywood ne saurait représenter autre chose qu'une infime fraction de l'humanité, mais vend ses productions à une grande part de celle-ci. Et à l'instar d'autres industries, l'offre s'adapte à la demande. Notons bien que la mode des catastrophes ne saurait se découper de façon précise. Comme des vagues qui se chevauchent, les thèmes se recouvrent et s'étalent sur une longue durée. Ce n'est que suite à de multiples essais plus ou moins réussis que l'un d'eux trouve grâce auprès du grand public et engendre la production de masse d’œuvres à succès sur le même thème - donnant naissance à un genre proprement dit.

Les peurs de l'humanité montées sur grand écran sont un classique de l'histoire du cinéma, depuis la dystopie de Metropolis (1927), ou l'Homme invisible (1933) mettant en scène la voix désincarnée d'un savant fou devenu insaisissable. A l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, Hollywood effraie le grand public à travers des thèmes liés aux craintes du développement scientifique, pourtant à l'origine de la victoire contre le Japon, en l'extrapolant sur fond de Guerre Froide. Le futur fascine mais terrorise, et bien sûr l'anéantissement est toujours dans la balance. C'est l'heure des laboratoires secrets lâchant sur le monde d'étranges inventions, quand les militaires ne déclenchent pas eux-mêmes l'Apocalypse par bêtise ou inadvertance.

cinéma,livresVers les années 70, l'époque est plus propice aux films-catastrophe mettant l'Humanité occidentale en prise avec des forces qui les dépassent - naufrages, éruption de volcans ou invasions extraterrestres - et favorisées par l'amélioration des effets spéciaux. C'est l'heure de La Tour infernale (1974) ou de l'Invasion des Body Snatchers (1978).

Aux craintes des décennies précédentes, les suivantes ajoutent épidémies et météorites menaçant la vie sur la planète entière. Les dangers deviennent plus systématiquement planétaires, montrant non seulement des catastrophes hors des États-Unis, mais allant parfois jusqu'à impliquer d'autres nations dans une résolution conjointe du problème. La tendance au globalisme se confirmera au tournant des années 2000 avec les premiers films visant directement à véhiculer une idéologie politique sur le thème de la catastrophe, comme Le Jour d'Après (2004) où la non-signature par le Président américain d'un traité visant à lutter contre le réchauffement climatique déchaîne littéralement, et dès le lendemain, un tsunami contre la Côte Est.

L'évolution de la technologie et l'émergence d'Internet fera fleurir toute une nouvelle catégorie de dystopies et d'interrogations quant au devenir de l'humanité, la robotisation de la société, l'émergence d'une intelligence artificielle, la plausibilité d'une guerre entre humains et machines, ou la confusion entre réalité virtuelle et monde réel.

Mais depuis des années, au milieu des autres thèmes, les zombies se maintiennent et gagnent en popularité.

Le Zombie, excuse du chaos

Le thème des zombies est très ancien, mais son traitement a évolué au fil du temps. De la créature ranimée obéissant à un maître, le zombie est devenu incontrôlable, puis terriblement contagieux, puis mondial. Les morts-vivants originels ont laissé la place à des humains bien portant soudainement fauchés par la zombification, parfois en quelques minutes.

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Or, le zombie lui-même est rarement le principal protagoniste de l'histoire. Les premiers films de zombies mettaient l'accent sur le déclenchement de l'épidémie, le réveil de la horde, la survie des premiers civils confrontés par surprise à la marée décomposée comme dans La Nuit des Morts Vivants (1968). Mais depuis plusieurs années déjà le thème est prétexte à autre chose - l'émergence de nouvelles structures sociales au sein d'une société effondrée, les rapports de confiances entre survivants, les perspectives d'avenir, la survie des valeurs occidentales judéo-chrétiennes dans une catastrophe d'ampleur biblique.

Dans ces contextes, le zombie n''a plus qu'un rôle secondaire, quoique essentiel. Il remplit toujours deux fonctions principales du récit:

  1. Justifier la disparition de la société classique. Face aux zombies, les structures des États traditionnels sont invariablement défaillantes et finissent par s'écrouler. C'est sans doute la plus marquante distinction d'avec une invasion extraterrestre, par exemple, ou après des défaites initiales les vaillants défenseurs de la planète finissent par apprendre de leurs erreurs et mettent une raclée aux envahisseurs. Dans le monde des zombies, rien de tel: l'État disparaît du paysage après quelques soubresauts. Il ne subsiste plus que sous la forme d'usurpateurs, ou d'éléments militaires agissant désormais pour leur propre compte comme pillards ou mercenaires.
     
  2. Maintenir un niveau de danger lancinant. L'insouciance n'est pas une option. Faire face à une horde de zombies est une perspective terrifiante mais les survivants sont rapidement aguerris et bien préparés. Les zombies sont en général lents, prévisibles et incapables de tactique, mais forcent les humains à se regrouper pour augmenter leurs chances de survie, du tour de garde à l'expédition de pillage dans un centre commercial. D'autres défis plus complexes émergent assez vite: lutte pour le leadership au sein du groupe, affrontement avec des groupes rivaux, localisation de ressources rares (médicaments, énergie, munitions). Les communautés de survivants entrent en concurrence et donnent rapidement lieu à des affrontements plus dangereux et plus vicieux que contre les zombies, mais ceux-ci restent en arrière-plan pour rappeler à tous le destin qui attend les individus isolés.

Simulation et jeu vidéo

Les survivalistes sont tournés en dérision, mais le grand public est friand de la société désintégrée que met en scène le thème des zombies. La survie dans cet univers se ramène à la mise en application de leurs conseils: être autosuffisant, prêt à se défendre, et paré au maximum d'éventualités.

Si on accepte l'idée d'un monde dévasté par les morts-vivants comme la symbolique d'une société effondrée et généralement hostile, non seulement le thème des zombies prend tout son sens, mais il s'incarne parfaitement dans le médium du jeu vidéo. À l'inverse d'autres supports, et malgré la scénarisation poussée de certains grands titres, le jeu vidéo est l'environnement parfait pour laisser le joueur libre de ses actes et tenter plusieurs approches. Il peut expérimenter et organiser sa survie dans un monde où chaque nouveau lever de soleil est une victoire.

Les titres autorisant des joueurs à se rejoindre en ligne dans un même monde renforcent l'expérience sociale des "survivants", leur permettant d'élaborer des stratégies que même les créateurs du jeu n'auraient imaginées.

Dans son aspect plus polémique, le zombie représente l'Autre, agrémenté d'une dangerosité mortelle et irréconciliable. Rares sont les titres qui considèrent les zombies comme des êtres humains, bien qu'ils l'aient tous été au départ. La perte d'humanité est généralement présentée comme un processus irréversible. On ne peut pratiquement jamais la guérir (bien que parfois des remèdes permettent de juguler la transformation en zombie d'une personne infectée). Or, non seulement les zombies sont nombreux, mais ils sont toujours hostiles. On ne peut pas raisonner un zombie, ni le dresser, ni espérer qu'il change d'avis, ni faire la paix avec lui - pas même une trêve. Le zombie est l'hostilité incarnée et la seule réponse est sa destruction.

Par ailleurs, le zombie permet de s'éviter les foudres du politiquement correct. Les éditeurs de jeux n'ont certainement pas vocation à se transformer en lanceurs d'alertes, et on ne verra jamais Hollywood se lancer dans un film montrant l'émergence d'une guerre civile entre immigrés et autochtones dans les banlieues européennes - quelle que soit la plausibilité d'un tel scénario. Le zombie permet de contourner cet obstacle et de parvenir au même "résultat": une société effondrée, des factions irréconciliables et un danger de tous les instants.

De ce point de vue, la popularité de l'apocalypse zombie prend un tout autre sens: elle pourrait nous préparer, collectivement et inconsciemment, à ce que pourrait être notre survie dans un avenir aussi proche que sombre - même sans morts-vivants.

29 décembre 2017

La Météo n'est pas le Climat... Quand Trump en parle

Entre Noël et le Jour de l'An, Donald Trump a eu la mauvaise idée de lancer un tweet sur la vague de froid qui frappe les États-Unis en ce moment.

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Traduction: "Dans l'Est, cela pourrait être la veille du jour de l'an LA PLUS FROIDE jamais enregistrée. Peut-être pourrions-nous nous servir un peu de ce bon vieux réchauffement climatique pour lequel seul notre pays, et pas les autres, était sur le point de payer des MILLIONS DE MILLIONS DE DOLLARS afin de se protéger. Couvrez-vous!"

Il n'en fallait pas davantage pour que les médias se déchaînent (ici, ici, ici ou encore ): une attaque aussi frontale contre le dogme du Réchauffement Climatique d'origine Anthropique (RCA) ne pouvait pas rester impunie.

Pour ne prendre qu'un exemple dans le concert des pleureuses, le Figaro français se livra à un réquisitoire en règle, avec dénonciation de la posture anti-scientifique du Président américain et un parallèle avec un tweet de Jean-Marie Le Pen pour faire bonne mesure - étant entendu que seuls des nazis, au minimum, peuvent douter du RCA.

Pourtant, il fait froid aux États-Unis:

Depuis quelques jours, l'Amérique du Nord est frappée par un froid extrême. Outre les fortes chutes de neige (1,5 mètre en 48 heures), des températures allant de -40 à -50°C ont été enregistrées et la situation pourrait perdurer encore quelques jours selon les météorologues, qui ne prévoient pas de remontée des températures pour le moment. Du jamais vu depuis 1993. Au Canada, les bulletins d'avertissement de froid extrême appellent les populations à la vigilance et à éviter les déplacements.


MAIS MAIS MAIS il ne faut surtout rien en déduire vis-à-vis du réchauffement:

Le tweet de Donald Trump a cependant fait bondir les scientifiques, qui rappellent qu'il existe une différence entre le climat, qui s'étudie sur une longue période, et la météo quotidienne, soumise à des variations saisonnières.


Dont acte. La météo n'est pas le climat, et nul être doué de raison ne saurait confondre l'un avec l'autre.

...Et pourtant.

La fin d'année 2017 étant propice aux rétrospectives, revenons sur quelques événements météorologiques marquants de l'année écoulée.

  • L'ouragan Harvey:
    L'ouragan Harvey qui s'est déchaîné sur le sud des États-Unis, causant la mort ainsi que des milliards de dollars de dégâts, est déjà rangé parmi les pires catastrophes naturelles de l'histoire américaine. (...) Face aux doutes, le météorologiste Eric Holthaus rappelle le danger auquel l'humanité fait face. Le réchauffement climatique n'est pas un mythe, c'est une réalité. Et ses conséquences se sont abattues sur Houston, met en garde le scientifique dans les colonnes de Politico. (...) Le scientifique l'assure: Harvey est une conséquence du réchauffement global.

  • Des inondations en Sierra Leone:
    Plus de 400 personnes ont péri à la suite des inondations survenues [en août]. Si le changement climatique explique l’intensité du phénomène, le nombre de morts est lié à l’absence d’infrastructures adaptées. (...) Plus globalement, le drame survenu la semaine dernière pose la question de l’adaptation défaillante des espaces urbains assujettis aux effets du changement climatique.

  • Des feux de forêt au Canada:
    [Les conclusions de chercheurs américains et australiens] rejoignent celles d'autres experts. Le doyen du Département de foresterie de l'Université de la Colombie-Britannique, John Innes, affirmait il y a quelques jours que le réchauffement climatique contribuait à exacerber l'intensité des feux de forêt, comme ceux qui font rage [en juillet] dans l'Ouest canadien, et à prolonger leur durée.

  • Un éboulement en Suisse:
    Fin août, deux glissements de terrain successifs ont eu lieu en Suisse. Une partie du village alpin de Bondo a été détruit. Une dizaine de personnes auraient trouvé la mort. La catastrophe est survenue lorsqu'une masse rocheuse de quatre millions de m3 s'est détachée de la paroi du Piz Cengalo (3.369 m) et s'est déversée, telle une avalanche, dans une vallée en direction de Bondo, détruisant tout sur son passage.
    Les experts ont également expliqué que l'éboulement avait été causé par le dégel du permafrost (les terrains gelés depuis des millénaires), sous l'effet du réchauffement climatique.

  • Des inondations en Asie du Sud-Est:

    De Miami à Porto Rico, en passant par La Barbade et La Havane, les ravages de la saison des ouragans dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes ont sonné comme un rappel du fait que les effets du changement climatique ne connaissent pas de frontières. (...) Les conséquences [du Réchauffement Climatique] ne se limitent pas à cette région. Le niveau record d’inondations enregistré au Bangladesh, en Inde et au Népal a affecté quelque 40 millions de personnes. Plus de 1 200 personnes ont péri et beaucoup d’autres ont perdu leurs maisons, leurs cultures ou leurs lieux de travail.

Les citations agrémentant chacun de ces épisodes météorologiques de 2017 sont issues de sites qui n'hésitent pas à lier météo et climat - y compris pour la vague de froid actuellement subie par les USA - et critiquent aujourd'hui M. Trump pour avoir fait de même. En d'autres termes, ils font exactement ce qu'ils reprochent au Président américain. La seule différence est qu'ils agissent au nom du réchauffement et non contre lui.

Précisons donc la règle médiatique que M. Trump vient d'enfreindre: un épisode météorologique particulier ne saurait être monté en épingle au nom du climat, sauf s'il permet d'appuyer la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine.

16 décembre 2017

Fin de la neutralité du Net: Catastrophe ou libération?

Depuis jeudi et sous l'impulsion de Donald Trump, la FCC, l'autorité de régulation américaine des communications, a validé par un vote (3 voix contre 2) le démantèlement des lois passées sous l'administration Obama et connues du grand public sous le nom de "Neutralité du Net". Est-ce une catastrophe ou une libération? Se pourrait-il que le Président américain soit allé trop loin dans sa volonté de détricoter l'héritage Obama? Ou est-ce une bonne chose pour Internet en général et les États-Unis en particulier?

Chacun sera seul juge ; mais pour avoir la moindre chance de comprendre, il faut rester éloigné de la presse francophone dont la superficialité et le biais anti-Trump pèsent lourdement sur la moindre analyse.

Neutralité du Net et Neutralité du Net

La neutralité du Net est un concept quelque peu confus parce qu'il signifie en pratique des choses différentes. À la base, la "Neutralité du Net" est l'idée selon laquelle chaque parcelle d'information venue d'Internet est un ensemble de 0 et de 1, peu importe qu'ils viennent d'une série sous Netflix, de la lecture de ce blog, ou d'un email ; et qu'au bout du compte, tous ces 0 et ces 1 doivent être traités de la même manière.

En d'autres termes, aucun fournisseur d'accès Internet (FAI) ne devrait être capable de vous interdire d'accéder à un quelconque site, ou au contraire d'accélérer votre accès à d'autres sites, puisque ce sont toujours des paquets d'information de même nature.

Notons que l'idée de rejeter des vitesses d'accès différentes est discutable, car tous les flux informatiques n'ont pas la même importance. Le flux vidéo d'un chirurgien en train d'opérer un patient à distance est sans doute plus important que le flux d'interactions de votre partie de Call of Duty, qui sont eux-mêmes plus importants que l'arrivée sur votre ordinateur du énième patch de Windows, ou la synchronisation dans le Cloud des photos du remariage de Tante Huguette.

En réalité, à cause du concept de Neutralité du Net, la non-différentiation du trafic internet est une cause de congestion du réseau.

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La séparation entre paquets lents et paquets prioritaires permet de renforcer l'efficacité d'une infrastructure sans augmenter sa capacité globale. Les organismes chargés de gérer le trafic routier le savent bien.

La différentiation du trafic est un débat ouvert, avec ses partisans et ses adversaires. Mais on trouvera bien moins de gens pour défendre l'idée que les FAI puissent ralentir ou barrer l'accès de certains sites. Et cela tombe bien puisque la Neutralité du Net qui vient d'être démantelée n'a pas exactement la signification que le grand public lui prête, comme nous le verrons.

La Neutralité du Net, dans la décision qui vient d'être prise par la FCC, concerne la catégorisation des Services Internet comme des services de "Titre II" selon la législation américaine, c'est-à-dire leur définition comme services publics au même titre que l'accès à l'eau ou l'électricité.

Confusion et Politisation

Avant d'entrer plus en détail sur ce qui vient de se passer jeudi, mentionnons encore deux aspects singuliers du débat, mais qui ont leur importance:

  • La "Neutralité du Net" dont il est question est une réglementation passée en 2015 à l'instigation de l'administration Obama. Autant dire hier. Internet, Google, Amazon, Wikipédia et bien d'autres ont existé et gagné leurs galons bien avant la législation sur la Neutralité du Net, et même avant la première élection d'Obama.
     
  • La plupart des acteurs en faveur de la "Neutralité du Net" sont des sites comme Twitter, Google, Facebook, Reddit, qui ont tous montré à de nombreuses reprise leur orientation politique de gauche, leur opposition résolue à l'administration Trump, et qui n'ont pas hésité et n'hésitent toujours pas à censurer le contenu de leurs propres utilisateurs dès lors qu'il ne convient pas à l'orientation politique de leur plateforme.

Comme le résume un créateur de contenu:

"Si vous avez le malheur d'exprimer un point de vue de droite, Google repousse votre apparition à la dixième page des résultats de recherche, YouTube vous coupe vos revenus publicitaires ou supprime vos vidéos, Twitter ferme votre compte, et Facebook censure vos publications de sorte qu'elles n'apparaissent jamais dans le flux d'actualités."


usa,donald trump,internet,réformeIl y a donc anguille sous roche.

L'explication remonte à 2010. Avant cette date, la FCC classait les FAI sous le Titre I du Telecommunication Act du Président Clinton, signifiant qu'elle agissait comme entités privées avec un minimum de régulation de la part du gouvernement. Séparément et sans rapport avec cette classification, la FCC considérait les FAI comme responsables du respect des règles de l'Internet Ouvert (pas de débit variable selon le type de données, pas de blocage de site, pas de navigation prioritaire contre paiement).

Le procès Verizon contre la FCC changea cela, précisant que si la FCC souhaitait faire respecter les règles de l'Internet Ouvert, elle devrait désormais classer les FAI sous le Titre II, soit des fournisseurs de services publics, opérant effectivement sous le contrôle d'un monopole d'État. Le changement le plus radical concernant de fait l'apparition d'une licence de diffusion, donnant pouvoir au gouvernement sur eux. La lutte fut épique sur le dossier entre les fournisseurs d'accès, les lobbies et les politiciens ; mais quoi qu'il se passe en coulisse, les globalistes marquèrent un point essentiel puisqu'ils obligèrent désormais les FAI à s'inscrire pour bénéficier d'une licence de diffusion, et à la renouveler régulièrement. Sans licence de diffusion, un FAI était instantanément condamné à la banqueroute.

Obama fut un acteur essentiel de cette transformation, faisant pression sur les trois juges - deux démocrates et un républicain - pour classer les FAI sous le Titre II et donner ainsi le contrôle d'Internet au gouvernement. Cette prise de contrôle aurait pu être mal prise par l'opinion, elle fut donc rebaptisée "Neutralité du Net" et vendue ainsi emballée aux médias. La nouvelle formule passa comme une lettre à la poste!

Big Brother se réveille

Le gouvernement avait donc un pied dans la porte pour le contrôle des FAI grâce au renouvellement de leur licence, mais l'administration Obama n'avait pas encore les moyens légaux de justifier un non-renouvellement de ladite licence.

Cette base légale se concrétisa à travers le Countering Information Warfare Act de 2016. L'Acte donnait lieu à la création d'un "centre inter-agences", basé à la Maison Blanche, dont le chef était directement nommé par le Président, et dont l'intitulé de mission était de "Maintenir, collecter, utiliser et disséminer des enregistrements pour la collecte et l'analyse de donnée liées à des efforts de désinformation étatique et non-étatique et de propagande étrangère". Non-étatique signifie ici: à l'échelle des entreprises, des sites web, et même des individus.

Avec le Countering Information Warfare Act de 2016, n'importe qui pouvait être désormais coupable de "propagande" ou de "désinformation", une accusation d'autant plus facile à formuler que la signification de ces termes étaient laissés à l'appréciation de l'Administration.

Le Countering Information Warfare Act ne donna pas lieu à un débat par le Congrès. À la place, il fut subrepticement glissé dans les 3'000 et quelques pages du National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2017, un texte voté la veille de Noël 2016 par des élus dont aucun ne se donna la peine de le lire. La création du Global Engagement Center est pourtant bien là-dedans, avec des détails opérationnels comme:

"Identifier les tendances actuelles et émergentes de propagande et de désinformation étrangère (...) et permettre l'utilisation d'agents infiltrés ou d'opérations clandestines spéciales pour influencer et cibler des populations et des gouvernements, pour coordonner et élaborer des tactiques, techniques et procédures pour exposer et réfuter la désinformation et l'information mensongère étrangère (...)"

"La législation établit un fonds pour aider à la formation des journalistes locaux (...)"

"Le Centre développera, intégrera et synchronisera des initiatives gouvernementales globales pour exposer et contrer les opérations de désinformation étrangères (...)"

 
Et ainsi de suite sur des pages et des pages.

L'Administration Obama visait également à mettre en place des "groupes d'experts" extérieurs au gouvernement, comme des ONG, des organisations de la société civile, des laboratoires d'idées, des compagnies du secteur privé et ainsi de suite, pour détecter et classifier l'information comme "trompeuse".

Vous rappelez-vous du fameux Décodex du Monde? Des associations diverses et variées lançant des procédures pour une remarque jugée litigieuse sur Facebook? Les personnes condamnées en Suisse pour un like? Voilà, en pratique, vers quoi menait l'arbitrage par ces "tierces parties indépendantes".

La boucle est bouclée

En quelques étapes et quelques années, l'Administration Obama mit en branle une mainmise totale d'Internet par le gouvernement américain, sur le territoire des États-Unis.

Bombardé par le flot de fausses nouvelles débordant sur le Net, le grand public aurait progressivement adopté le terme de "fake news" et l'idée de "tiers de confiance" chargés de vérifier la véracité de l'information. Ces tiers de confiance, sans lien apparent avec le gouvernement, auraient formulé des jugements de valeur sur de prétendues "fake news" soigneusement sélectionnées, permettant ensuite à l'administration de faire pression sur les Fournisseurs d'Accès Internet qui transmettaient ces informations par leur réseau, et qui seraient devenus complices simplement en les faisant transiter par leurs infrastructures.

Les FAI auraient eu ensuite deux choix: soit couper le sifflet aux sites "déplaisants" pour les élites en place - Drudge Report, Breitbart, 4chan, Wikileaks, etc. dans le monde anglophone - soit perdre leur licence, auquel cas ils auraient instantanément été conduits à la faillite alors que leur infrastructure aurait été rachetées à vil prix par le gouvernement ou leurs concurrents. Les FAI auraient évidemment obtempéré et une partie de la toile aurait tout simplement disparu.

Et tout cela au nom de la Neutralité du Net!

Tous les scandales visant Hillary Clinton et révélés par Internet auraient-ils pu voir le jour sous ce régime?

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Les partisans de la loi Obama sur la Neutralité du Net s'inquiètent d'un monde où les FAI pourraient arbitrairement supprimer l'accès à des sites web, alors qu'en réalité cette loi permet exactement ce résultat... Sur décision de l'Administration.

Conclusion

Toute cette histoire est 100% authentique - il suffit de suivre les liens vers les divers textes légaux et projets de loi qui émaillent ce billet. Mais comme dans bien d'autres dossiers, l'élection surprise de Donald Trump bouleversa les plans établis par la bureaucratie démocrate. 

Notons que Trump n'aurait eu aucun mal à préserver les directives mises en place par son prédécesseur et les employer à son propre avantage, éliminant progressivement CNN et d'autres canaux du paysage d'Internet suite à leurs mensonges répétés, souvent pris la main dans le sac. Mais, et c'est tout à son honneur, il choisit plutôt de désamorcer la bombe et de l'envoyer à la poubelle.

Il n'y aura pas de Global Engagement Center chargé de faire la guerre de l'information au nom du gouvernement américain sur Internet. Il n'y aura plus de menaces de retrait de licence des opérateurs pour qu'ils éliminent de leur offre les sites présentant une opinion dissidente du pouvoir. Et il n'y aura plus ces taxes que l'Administration prélevait sur le moindre abonnement Internet, les services publics étant plus taxés que les entreprises privées.

Internet ne sera pas "neutre", quoi que ce terme puisse signifier pour chacun, mais il restera peut-être libre un peu plus longtemps.

17 novembre 2017

L'optimisation fiscale est un devoir.

Par les temps qui courent, certaines vérités n'ont pas bonne presse - et pour l'optimisation fiscale, ce n'est rien de le dire. Le scandale des Paradise Papers s'étale dans les médias. La masse d'information en question est de belle taille, totalisant 13,5 millions de documents. Cette énième fuite de donnée est donc l'occasion de se livrer à une harangue inouïe contre les techniques d'optimisation fiscale, et de chauffer à blanc l'opinion publique contre les sales riches et puissants qui s'adonnent à de telles pratiques.

Ce déferlement d'accusations caractérisées est surtout une manifestation stupéfiante d'hypocrisie, non seulement de la part des donneurs de leçon habituels, mais même du grand public qui s'adonne sans vergogne à cette nouvelle version contemporaine des deux minutes de haine.

Précisons également que nous parlons ici d'optimisation fiscale, c'est-à-dire de façons certes compliquées mais parfaitement légales pour diminuer ou annuler la facture due aux impôts de tel ou tel pays, et non de fraude fiscale, qui implique l'utilisation de faux documents et qui est lourdement punie par la loi.

Revenons aux Paradise Papers. Citant Wikipédia, les journalistes du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ pour International Consortium for Investigative Journalism) disposent donc de:

  • 6,8 millions de documents internes, de 1950 à 2016, du cabinet d’avocats Appleby et sa spin-off Estera, présent dans une dizaine de paradis fiscaux. La fuite contient notamment la base de données des clients d'Appleby de 1993 à 2014, où figurent les noms de 120 000 personnes et entreprises, ainsi que des documents sur 25 000 entreprises offshore ;

  • 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux : Antigua-et-Barbuda, Aruba, Bahamas, Barbade, Bermudes, Dominique, Grenade, îles Caïmans, îles Cook, îles Marshall, Labuan, Liban, Malte, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Samoa, Trinité-et-Tobago, Vanuatu ;

  • 566 000 documents internes du cabinet Asiaciti Trust, basé à Singapour.

Les journalistes internationaux s'empressent donc de lâcher en pâture au grand public les noms d'individus célèbres repérés dans les fichiers. Il y a de nombreux ressortissants de chaque pays, mais nous nous contenterons pour les besoins de cet exemple des individus mis en avant par la RTS.

Riches, puissants, et... économes

Les nombreux clients du cabinet Appleby - qui ne constituent pas toutes les richesses du monde mais représentent clairement un bon échantillon - cherchent à réduire la facture à travers les montages financiers les plus divers.

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Apple a ainsi choisi l'île de Jersey pour réduire son taux d'imposition lorsque ses montages en Irlande ont été pointés du doigt il y a trois ans, ont rapporté plusieurs médias. Apple - et d'autres multinationales - a alors jeté son dévolu sur Jersey, dépendance de la Couronne britannique, qui n'impose pas les entreprises. Nike passe quant à lui par les Pays-Bas pour éviter l'impôt. Deux sociétés de l'équipementier américain basées au Pays-Bas concentrent tous les revenus européens de Nike. Il ne paie ainsi que 2% d'impôt sur les bénéfices contre 25% pour la moyenne des entreprises européennes.

Les personnes physiques ne sont pas en reste. Le milliardaire Bernard Arnault aurait eu recours au cabinet Appleby pour son yacht, le Symphony, de 101 mètres de long pour une valeur de plus de 130 millions d'euros. Acquis par le biais d'une société offshore située à Malte, le navire battant pavillon des îles Caïman aurait ainsi bénéficié d'un rabais sur le coût de la TVA.

Même chose pour Lewis Hamilton. Le champion de F1 serait passé par l'île de Man pour économiser 4 millions d'euros de TVA lors de l'achat d'un nouveau jet privé, en jouant d'une disposition européenne donnant aux entreprises la possibilité de déduire la TVA sur leurs achats professionnels.

Parmi tout ce beau linge on remarque aussi la reine d'Angleterre, le réalisateur Jean-Jacques Annaud ou, en Suisse, la présidente des CFF Monika Ribar.

Optimisez, c'est bien naturel

S'il y a bien une chose que les Paradise Papers nous enseignent, c'est qu'il n'existe apparemment pas de niveau de richesse à partir duquel la fiscalité soit considérée comme sans importance. Comment s'en étonner, alors que la plupart des systèmes fiscaux mettent l'accent sur la "progressivité" de l'impôt? Les individus richissimes sont ponctionnés - ou plutôt devraient l'être - avec une extrême vigueur, mais ripostent en utilisant les considérables moyens à leur disposition pour se faire aider des meilleurs experts.

L'échelle est différente mais, ce faisant, les riches et les puissants ne se distinguent pas du moindre quidam qui, lui aussi et à son échelle, fait exactement... La même chose.

Que le premier Suisse qui n'a jamais pris soin de faire le plein du meilleur côté d'une frontière leur jette la première pierre.

Qui renonce délibérément à employer telle ou telle abattement, telle ou telle déduction, telle ou telle niche pour éviter l'impôt? Qui paye plus que le strict minimum prévu par la loi? Personne. Bien sûr, comme dans tout, certains sont plus doués que d'autres ou mieux informés que d'autres lorsqu'il s'agit d'amoindrir la douloureuse ; et les plus combatifs sont probablement ceux pour qui les montants en jeu sont les plus importants, car une utilisation intelligente de la complexité fiscale leur permet d'économiser de véritables fortunes. Cela vaut tant pour les personnes physiques que morales.

Extrapolez à la catégorie des super-riches, rajoutez un vol de données massif qui atterrissent entre les mains des journalistes, et vous obtenez les Paradise Papers.

Le bal des hypocrites

Les nombreux foyers exemptés d'impôt sont sans doute les seuls à pouvoir s'estimer floués, imaginant que l'argent qui échappe à l'impôt leur reviendrait sous une forme ou une autre. C'est évidemment une illusion, puisque l'optimisation fiscale ne fait rien disparaître, mais change seulement la façon dont l'argent circule. Si Lewis Hamilton s'évite de payer 4 millions d'euros de TVA en achetant un jet privé, il ne va probablement pas remplir sa piscine de billets à la place, mais plutôt s'offrir quelques jolies voitures de sport pour se rendre à l'aérodrome, ce qui fera plaisir aux ouvriers qui les fabriquent. Et s'il avait été obligé de payer 4 millions d'euros de TVA en achetant un jet privé, peut-être qu'il ne l'aurait pas acheté du tout, et le gouvernement concerné n'aurait pas reçu un euro de plus.

Nous avons évoqué que tous ceux qui payent des impôts se livrent, à leur niveau, à l'optimisation fiscale. La plupart ne s'en vantent pas. Mais la chose devient particulièrement amusante lorsque ce sont de richissimes individus, donneurs de leçons devant l'éternel, qui se retrouvent piégés dans les Paradise Papers. C'est ainsi le cas de Bono, le chanteur de U2, dont l'engagement constant a failli faire éclater le groupe. Ici, Bono s'est fait prendre la main dans le sac et aurait même enfreint les limites de la légalité:

Selon les "Paradise Papers", le rocker irlandais serait actionnaire d'une entreprise maltaise qui aurait elle-même investi dans un centre commercial en Lituanie, via une holding lituanienne accusée d'avoir recouru à des techniques d'optimisation fiscale illégales.


Bien entendu, Bono clame son innocence dans un communiqué transmis à la BBC et au journal britannique The Guardian - une facilité dont n'ont pu bénéficier tous les gens livrés sans procès à la vindicte populaire. Le chanteur de U2 affirme "qu'il avait obtenu l'assurance de la part des dirigeants de l'entreprise que celle-ci respectait totalement ses obligations fiscales". Auraient-ils enfreint la loi par pure perversité, contre les intérêts honnêtes et respectables du chanteur? Il tient peut-être là le thème d'un titre de son prochain album...

Les politiciens se font fort de relayer l'indignation populaire attisée par les médias dans des buts électoralistes, mais c'est sans doute la plus grande hypocrisie du dossier, car ils sont à l'origine de la plupart des mécanismes d'optimisation fiscale. Et chacun les utilise pour préserver son pouvoir d'achat.

L'optimisation fiscale est fille de la complexité fiscale, loin de la Flat Tax réelle préconisée par les libéraux. Dans nombre de pays, peu de choses sont plus complexes que la fiscalité - et, partout, cette complexité est le résultat de l'action des politiciens au pouvoir. Quoi qu'ils clament, personne ne veut réellement simplifier le système. La complexité fiscale est le pain et le vin de la carrière des politiciens professionnels, permettant de favoriser les groupes amis, de renvoyer l'ascenseur à des soutiens ou des lobbies ayant favorisé l'élection du candidat, lorsqu'ils n'en profitent pas directement eux-mêmes. On ne sera pas surpris d'apprendre qu'en France les journalistes profitent de généreux abattements.

Les Paradise Papers mettent l'accent sur l'optimisation fiscale transfrontalière mais le principe est le même. Tout le monde prétend lutter contre l'évasion fiscale mais aménage discrètement - même avec des gouvernements de gauche - des zones d'accueil pour les fonds étrangers, comme Jersey, Monaco, les îles Vierges britanniques, le Delaware ou le Luxembourg... Dont le président Jean-Claude Junker devint en 2013 Président de la Commission européenne. Et il y a encore des gens pour croire que l'optimisation fiscale s'arrêtera un jour!

En fin de compte, l'optimisation fiscale est naturelle, répandue, et entretenue même par la classe politique qui prétend lutter contre elle. Il serait bon de libérer les peuples de cette culpabilité inutile, et de mettre les politiciens face à leurs contradictions.

02 novembre 2017

Trump: "complot russe" et coup d'épée dans l'eau

En début de semaine, l'Enquêteur Spécial Mueller livra ses premières inculpations suite à ses investigations autour du fameux "complot russe" - ciblant, comme le répétèrent à l'envi tous les journalistes du monde, "des membres de l'entourage de Donald Trump". Les médias anti-Trump (pardon pour le pléonasme), les mouvements de gauche et les élites bien-pensantes du monde purent sabler le champagne, la Bête allait tomber à son tour, tout n'était plus qu'une question d'heures.

En Europe, les quotidiens rivalisèrent d'inventivité pour trouver des titres matérialisant leurs fantasmes. Sur Dreuz, Jean-Patrick Grumberg réussit à surmonter sa nausée et en énuméra quelques-uns:

Pour Ladepeche.fr, «L’ex-directeur de campagne de Trump [est] inculpé de complot contre les Etats-Unis». La Tribune de Genève, prenant ses désirs pour des réalités, écrit que «L’étau russe se resserre autour de Trump», et Le Monde, jamais le dernier dans la course à la désinformation, affirme que «Trois conseillers de Donald Trump [sont] visés par l’enquête “ russe ”»

RTL va encore plus loin dans le mensonge en affirmant que «plusieurs proches de Donald Trump [sont] poursuivis [dans le dossier] d’ingérences russes».


Mensonge, car les inculpations en question n'ont rien à voir avec une quelconque collusion entre le Président des États-Unis et une puissance étrangère. Une réalité que le principal intéressé rappela avec un tweet tout en subtilité:

usa,donald trump,mensonges

Donald Trump, pas content.

Comment peut-on en être arrivé à deux représentations aussi diamétralement opposées de la réalité? Tout dépend si vous considérez les faits comme à charge et à décharge, ce qui permet de se faire une idée, ou simplement à charge, à l'instar des chasseurs de sorcières des temps anciens.

Robert Mueller, enquêteur partial

usa,donald trump,mensongesPour donner une idée de la qualité de l'enquête se déroulant outre-Atlantique, il faut se rappeler que celle-ci est menée par l'Enquêteur Spécial Robert Mueller, un personnage particulier nommé en mai par le Département de la Justice. Il dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur "tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du Président Donald Trump, et tout élément qui émerge ou puisse émerger de cette enquête" - un ordre de mission aussi vaste que flexible.

Robert Mueller fut choisi parmi plusieurs personnalités parce que son profil semblait le mettre au-dessus de la mêlée, ce qui donnait aux Républicains l'espoir d'éviter les accusations de partialité et aux Démocrates celui de trouver la vérité. Ce n'est malheureusement qu'un mois plus tard que certains médias remontèrent des liens étroits entre M. Mueller et James Comey, le directeur du FBI limogé par Trump pour avoir tant accordé de crédit au faux dossier russe et s'être par ailleurs montré si complaisant avec l'enquête sur le serveur mail d'Hillary Clinton.

Comme le résuma l'animateur radio Mark Levin:

(...) John Legato est un ancien agent infiltré pour le compte du FBI, et il écrit de [James] Comey et [Robert] Mueller que leurs familles ont passé des vacances ensemble, ont eu des pique-niques ensemble, ils ont passé des heures au bureau ensemble, et pris ensemble des cocktails après le boulot. Donc Mueller ne peut pas être impartial ici. Pas lorsqu'il est si proche d'un témoin clé.

En résumé de tout ceci: il n'est pas indépendant.


Des élus protestèrent rapidement que la nomination de Mueller biaisait de fait tout espoir d'impartialité dans son enquête, qu'il était honteux qu'il ait accepté le poste au vu de ses liens personnels, et que l'intégrité réclame qu'il démissionne pour un autre enquêteur réellement neutre. Mais comme ces protestations ne venaient que des rangs républicains, elles n'eurent aucun écho dans les principaux médias.

Manœuvres juridico-politiques

Pour voir sur quoi repose le complot russe à ce stade, il suffit de reprendre l'infographie d'un journaliste de l'AFP reprenant les faits les plus terribles de cette enquête:

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(cliquez pour agrandir)

L'infographie est correctement intitulée - rencontres embarrassantes et justifications tardives. Un peu léger pour faire tomber un président au nom d'un "complot avec l'étranger". À noter également que, comme d'habitude, les faits présentés par le journaliste sont volontairement déformés pour leur donner une ampleur qu'ils n'ont pas. Jeff Sessions, par exemple, ne se cacha guère de ses deux rencontres avec Sergueï Kislyak - et les quelques 25 autres ambassadeurs qu'il rencontrait à travers son poste au Comité des Forces armées. Dans un premier temps, il avait simplement répondu par la négative lorsqu'on lui demanda s'il avait "conspiré avec les Russes".

Pour les autres accusés, Jean-Patrick Grumberg prit là encore la peine de lire les actes d'accusation délivrés par Robert Mueller:

Paul Manafort est inculpé, mais pour des faits qui remontent à 2012, soit 4 ans avant l’élection, et essentiellement pour évasion fiscale.

Rick Gates, un des associés de Paul Manafort, a également été inculpé par Mueller. Le New-York Times, pourtant archi-politisé et archi anti-Trump, indique que l’inculpation concerne le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et du lobbying pour les Russes entre 2006 et 2015 - 10 ans avant l’élection.


Reste George Papadopoulos, totalement inconnu jusqu’à lundi. L'homme a travaillé comme obscur conseiller aux Affaires étrangères – bénévole – pour la campagne Trump. Il semble qu'il ait gonflé son importance, prétendant connaître Vladimir Poutine lui-même, vraisemblablement pour alimenter son arrivisme. S'il est possible qu'il ait tenté de conspirer avec la Russie, il n'a même pas été inculpé pour cela. Parce que l'équipe Trump n'a pas mordu à l'hameçon!

George Papadopoulos plaidera pourtant coupable d'avoir menti au FBI... Pour s'être trompé sur la date où il a rencontré un professeur russe à Londres. "Grosse affaire!" commente Jean-Patrick Grumberg...

Paul Manafort est sans doute le plus gros poisson dans les filets, mais la pêche est maigre. Aucun individu n'a été arrêté pour des faits liés à la campagne présidentielle de Trump. Plus étonnant encore, Paul Manafort faisait l'objet d'une enquête du FBI depuis 2009 et, alors qu'il était sur écoute, l'Administration Obama le laissa sans autre rejoindre l'équipe de Donald Trump pour mener sa campagne électorale - une démarche qui soulève de graves interrogations sur qui était réellement espionné au bout du compte.

Paul Manafort a donc été inculpé et pas moins de douze chefs d'accusation ont été retenus contre lui - dont ceux de complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non déclarations de comptes détenus à l'étranger. À l'aide de fuites soigneusement organisées dans la presse, M. Manafort a donc eu le privilège d'être arrêté chez lui, sous l’œil avide des caméras. Mais tant Paul Manafort que Rick Gates ont plaidé non coupable.

Après avoir épluché quasiment sans limite le passé et le contexte des centaines de personnes impliquées dans une des plus folles campagnes électorales de l'histoire, les prises sont dérisoires. Mais elles existent. On peut s'attendre à ce que Robert Mueller exerce une pression maximale sur les prisonniers, avant de faire miroiter la possibilité d'un pardon en échange de secrets croustillants contre Donald Trump. Nous verrons dans quelques temps la qualité des aveux extorqués de cette façon.

Pendant ce temps-là, du côté d'Hillary...

Un tour d'horizon des démêlés politico-judiciaires visant le Président Trump ne saurait être complet sans évoquer, en parallèle, les affaires qui remontent jour après jour sur sa concurrente malheureuse Hillary Clinton. Des affaires dont on attend en vain qu'elles soient décemment couvertes par les principaux médias, en particulier de ce côté de l'Atlantique.

  • Le Washington Post révéla récemment que Hillary Clinton, par le biais de la Fondation Clinton, et le Comité du parti démocrate avaient conjointement payé pour les recherches menant à la fabrication du dossier russe.

  • Un an après avoir invité Vladimir Poutine à un événement organisé par la Fondation Clinton, elle approuva la vente de 20% de la capacité de production américaine d'uranium à la Russie", note le Conservative Review.

  • "Peu après cela, des donneurs liés à la compagnie vendue aux Russes contribua à hauteur de 145 millions de dollars en donation à la Fondation Clinton."

  • Par ailleurs, on apprend que M. Comey, ex-directeur du FBI précédemment évoqué, rédigea la lettre exonérant Mme Clinton de toute poursuite dans l'affaire de son serveur mail privé, plusieurs mois avant l'interrogation de pas moins de 17 témoins-clé, et avant même que certains ne se voient offrir une immunité en échange de leur témoignage. À noter que cette nouvelle contredit des déclarations sous serment de M. Comey lui-même quant à la date de la décision de ne pas poursuivre Mme Clinton.

Mais bon, pas de quoi justifier un Enquêteur Spécial, ni même une simple enquête normale, apparemment. Ni quelques articles dans vos quotidiens préférés.