19 juillet 2018

Football et politique

La Coupe du Monde s'est achevée avec la victoire de la France contre la Croatie, mais dans deux pays impliqués dans la compétition, la France et la Suisse, plusieurs polémiques subsistent.

La France, deuxième étoile et gueule de bois

La victoire de 2018 n'a clairement pas le même goût que celle de 1998. Pour tous ceux qui ont pu vivre les deux événements, le constat apparaît comme une évidence. Il y a de nombreuses raisons à cela. La France partait largement favorite dans la finale, et n'en faisait même pas mystère. Le jeu mis en place par l'entraîneur Didier Deschamps sacrifiait le jeu spectaculaire sur l'autel de l'efficacité. De très nombreuses équipes favorites - Brésil, Portugal, Espagne, Allemagne - furent éliminées bien plus tôt que ce que leur réputation présageait, diminuant l'attrait des "affiches" à défaut de celui des enjeux. Mais surtout, la France ne fit que répéter un exploit déjà accompli. C'est une triste loi de l'existence, mais aucune répétition ne peut avoir la même force que l'original.

emeutes_france.pngLa communion avec le public sur les Champs-Élysées, de 4 heures en 1998, n'aura cette fois-ci duré que 12 minutes, laissant des milliers de supporters frustrés.

Le soir même de la victoire, des émeutes, des saccages et des incendies de véhicules gâchèrent la fête dans plusieurs villes de France - Paris, Lyon, Marseille - laissant près de 300 personnes en garde à vue, 45 policiers blessés, et d'innombrables déprédations. De nombreuses femmes avouèrent avoir subi des agressions sexuelles dans la rue.

Le Président Macron tenta bien une récupération politique de la bonne humeur générale, mais jusqu'ici sa tentative semble échouer:

L’épopée victorieuse de l’équipe de France de football n’a (...) pas produit d’effet sur la popularité d’Emmanuel Macron, jugé « bon président » par seulement 39 % des personnes interrogées, en baisse de deux points depuis fin juin. « La victoire de 2018 n’aura donc pas du tout eu le même effet pour la popularité d’Emmanuel Macron que la victoire de 1998 pour celle de Jacques Chirac (+7 points à BVA et à l’Ifop en un mois) », note [l’institut de sondage Odoxa].


En bien entendu, l'euphorie va aller s'amenuisant alors que la rentrée se profile. Nombre de Français réalisent que la victoire ne leur a apporté qu'une voiture réduite à l'état de carcasse et des commerces pillés. Loin de la célébration unanime attendue et espérée, la Coupe du Monde aura démontré les failles profondes entre les factions antagonistes de la société française et l'impuissance des pouvoirs publics à maintenir l'illusion du contrôle.

Le footballeur, sa technique, sa couleur de peau, son ethnie

Une autre polémique eut trait à la composition de l'Équipe de France. Beaucoup craignaient un retour de la fameuse France "black-blanc-beur" de 1998, une propagande en faveur du multiculturalisme aussi subtile qu'un rouleau-compresseur ; mais l'équipe de France de 2018 est bien plus "black-blanc", la composante "beur" étant réduite à sa plus simple expression.

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La sélection tricolore n'a pas grand-chose à voir avec la composition ethnique du pays dont elle est théoriquement issue: "sur les 23 joueurs retenus par le sélectionneur Didier Deschamps, pas moins de 16 joueurs sont originaires d’Afrique, dont 2 du Maghreb", rappelle un quotidien... du Burkina Faso.

"Si vous [doutez de la force de la diversité], demandez à l’équipe de France de football qui vient de gagner la Coupe du monde. Tous n’ont pas l’air Gaulois à mes yeux… mais ils sont Français. Ils sont Français!" -- Barack Obama, depuis Johannesburg


La singularité que représente l'Équipe de France est donc repérée au-delà des frontières de l'Hexagone, en bien ou en mal. Les journaux africains - mais pas seulement - sont ainsi nombreux à s'en émouvoir, considérant celle-ci comme "la sixième équipe africaine" dans la compétition. Un média du Mali relève diverses réactions sur le sujet partout dans le monde:

L'ancien joueur et sélectionneur de la Croatie Igor Stimac [s’est] faussement interrogé sur Facebook : « Quelqu’un sait contre qui exactement on joue la finale ? »

« Nous affrontons la République Française et le continent africain », a-t-il renchéri dans une interview à l’agence de presse turque Anadolu. « Donc d'un côté ce sont les 11 meilleurs, les plus talentueux, parmi un milliard de personnes, et de l’autre, nous sommes quatre millions [de Croates]. »

Au lendemain de la finale, le quotidien italien Corriere della Sera a évoqué « la France pleine de champions africains mêlés à de très bons joueurs blancs, et une équipe de blancs seulement au carrefour de trois grandes écoles de football, l’allemande, la slave et l’italienne ». (...)

De son côté, le président vénézuélien Nicolas Maduro a salué une « victoire de l’Afrique ». L’héritier d’Hugo Chavez s’en est servi pour appeler à « en finir avec le racisme contre les peuples africains en Europe ».


Ces polémiques raciales sont absurdes. Il serait évidemment vain de démontrer une quelconque supériorité de l'Équipe de France à travers sa composition ethnique - non seulement parce que des pays avec des équipes nettement plus homogènes s'en sont très bien sortis, à commencer par la Croatie parvenue jusqu'en finale, mais aussi parce que tous les pays africains se sont fait très vite éliminer de la compétition. Cependant, le débat montre l'importance des questions de couleur de peau dans le monde entier.

La Suisse et son équipe de papier

Les questions de passeport font toujours des vagues de ce côté de la frontière, la sincérité du sentiment patriotique étant un sujet supplémentaire. Les Suisses eurent longtemps l'occasion de ressasser leur courte participation à la Coupe du Monde 2018. Le scandale arriva lors d'un match contre la Serbie à Kaliningrad, où des joueurs suisses originaires du Kosovo célébrèrent le but en faisant le signe de l'aigle albanais.

aigle_albanie.jpg

Disons-le tout net, dans un match avec de tels enjeux, pareil comportement de la part de joueurs professionnels expérimentés est totalement consternant.

Les médias helvétiques firent immédiatement profil bas, à l'inverse de quelques rares politiciens qui osèrent protester publiquement comme Nathalie Rickli. La Conseillère nationale UDC tweeta en toute sincérité "Je ne peux pas vraiment me réjouir. Les deux buts n'ont pas été marqués pour la Suisse, mais pour le Kosovo", déclenchant une avalanche de réactions dans les deux sens.

Cette victoire de la Suisse ne fut pas du goût de tout le monde: à Zurich, des fans serbes attaquèrent un homme de 32 ans et brulèrent un drapeau du... Kosovo. Message reçu.

Malheureusement pour des médias suisses faisant de leur mieux pour minimiser l'affaire, celle-ci remonta de façon automatique à la FIFA, toute manifestation politique à l'issue d'une célébration de but étant interdite. Granit Xhaka, Xherdan Shaqiri et le capitaine (!) Stephan Lichtsteiner risquaient jusqu'à deux matches de suspension. Ils écopèrent finalement d'une amende, payée par une communauté albanaise reconnaissante.

La polémique trouva un rebond inattendu lorsque le secrétaire de l'ASF, l'Association Suisse de Football, souhaita ouvrir le débat sur la question de la double-nationalité de beaucoup de joueurs helvétiques:

Les gestes jubilatoires de joueurs portant le maillot suisse mais exprimant leur solidarité à l'Albanie et les discussions qui ont suivi, montrent qu'il y a un problème, affirme Alex Mischer lors d'un entretien avec le Tages-Anzeiger. Doit-on demander aux joueurs binationaux de renoncer à leur autre passeport?

C'est ce que propose en tout cas l'ASF vendredi. Et si elle lance cette idée, explique son secrétaire général, c'est qu'elle veut en examiner l'écho auprès de la population. Si tout le monde juge qu'il s'agit d'une idée fumeuse, alors la question sera réglée, explique Alex Miescher. Mais afin d'apaiser les esprits, le sujet doit être abordé.


Las! Le sujet ne fut pas "abordé", même pas pour être qualifié d'idée fumeuse. À la place, le secrétaire eut droit à un lynchage médiatique en règle. Il avait enfreint un tabou.

Et peu importe qu'au milieu de sa crucifixion en place publique, l'ASF demande tout de même "comment gérer le fait que les footballeurs juniors binationaux, après avoir été financés par l'ASF, quittent l'équipe nationale suisse." Le débat sera abordé plus tard... Jamais, par exemple.

En attendant, tout le monde profite des vacances, dont Granit Xhaka, un des footballeurs responsable de la polémique, qui envoya une petite photo sur son compte Instagram:

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"Je perçois [l'idée] que les binationaux ne seraient pas prêts à aller au bout d'eux-mêmes pour la Suisse. Ça me touche directement moi et un certain nombre d'autres joueurs avec deux nationalités", avait-il expliqué, légèrement agacé, dans une interview à l'ATS. Paroles contredites par la publication de ce genre de photo, revenant à en jeter un jerrican d'essence sur le feu en espérant que la polémique s'éteigne...

Que devrait représenter une équipe nationale? Le reflet d'un peuple? Des types sans racines mais au bénéfice d'un passeport, bien qu'incapables de chanter l'hymne de leur pays? Des mercenaires capables d'arracher des victoires et peu importe le reste? Des patriotes sincères, et tant pis s'ils perdent leur match? Chacun aura son idée sur la question, mais il serait trop facile de défausser les opinions d'autrui d'un revers de la main.

Malgré le mépris affiché par les médias et les autorités, le débat est bel et bien ouvert.

15 juillet 2018

Trump fait le ménage à l'international

Donald Trump renverse l'échiquier politique traditionnel - et pas que dans les affaires intérieures de l'Amérique. Le Président républicain apporte aussi son franc-parler et son implacable logique dans le domaine de la diplomatie, bousculant de nombreux "consensus internationaux" où ceux-ci s'exprimaient avant tout au détriment des États-Unis.

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Prenons trois récents événements pour mieux comprendre.

G7

En juin, le G7 était pour Trump l'occasion de faire voler en éclat le protectionnisme dont se parent tous les partenaires commerciaux des États-Unis pour se protéger d'eux - ou à les prendre à leur propre piège. Car contrairement à ce que clament les journaux de façon particulièrement mensongère, Trump n'est pas un adepte du protectionnisme mais tout le contraire. En revanche, il est très à cheval sur un principe de base de toute relation saine, qu'elle soit commerciale ou autre: la réciprocité.

Ainsi, Trump proposa en ouverture du G7 la fin totale des tarifs douaniers. Stupeur chez ses partenaires! Tous taxent bien davantage les produits américains que les Américains ne taxent les produits européens - lorsqu'ils ne sont pas carrément interdits à l'aide de réglementations discriminatoires.

« Pas de tarifs douaniers, pas de barrières – c’est ainsi que cela devrait être. Et pas de subventions. C’est la solution ultime. Je ne sais pas si cela fonctionnerait ou pas, mais j’ai proposé [cette solution] », a déclaré le président Trump lors de sa conférence de presse à Québec samedi avant son départ pour Singapour.

« En d’autres termes, disons par exemple que le Canada à qui les États-Unis paient d’énormes droits de douane sur les produits laitiers par exemple – 270%, personne ne le sait -… nous ne voulons rien payer. Pourquoi devrions-nous payer ? »

« En fin de compte, a ajouté le président aux membres du G7, c’est ce que vous voulez – vous voulez une [zone] exempte de droits de douane, vous ne voulez pas de barrières et vous ne voulez pas de subventions, parce qu’il y a des cas où des pays subventionnent des industries et ce n’est pas équitable. »


Tous les médias ont menti de façon éhontée en présentant Trump comme le méchant "protectionniste" face aux gentils "libre-échangistes", alors que c'est exactement l'inverse. Les voitures américaines, par exemple, subissent une taxe à l'importation de 10% en arrivant en Europe, alors que celles importées aux USA ne souffrent que de 2,5%. Les médias sont prompts à parler d'une situation inverse pour les camions, par exemple, mais vous ne verrez jamais aucun truck américain sur les routes européennes simplement parce que des règlements sur la longueur maximale des cabines les empêchent de circuler dans nombre de pays du Vieux Continent! Les droits de douane ne sont pas tout...

Face à leur refus catégorie - "des produits américains chez nous, quelle horreur!" - Trump a pris les partenaires du G7 à leur propre jeu: introduire des taxes équivalentes à l'importation, jusqu'à ce qu'ils baissent les leurs. Les journalistes et les politiques furent nombreux à paniquer, mais ne croyez pas une minute que leur panique concerne la bonne santé de l'économie américaine ; ils s'effraient pour celle de l'Europe parce qu'ils savent bien qu'elle a beaucoup plus à perdre que les Américains dans un conflit commercial.

Nous verrons donc où conduit le jusqu'au-boutisme des leaders européens pour préserver leur protectionnisme face au libre-échange demandé par Trump, lequel refusa par ailleurs de s'avilir à la pantalonnade de lieux communs du "communiqué final" où on aurait ressorti de la naphtaline les Accords de Paris. Donald Trump ne voit aucun intérêt à préserver des apparences creuses!

Otan

La récente tournée de Donald Trump en Europe donna à nouveau l'occasion au Président américain de mettre ses hypocrites partenaires face à quelques vérités bien senties. Les chiffres sont implacables:

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Dépenses des pays membres de l'OTAN en valeur absolue et en pourcentage de leur PIB
(source Statista)

Hormis le Royaume-Uni et les États-Unis, aucun pays membre de l'alliance n'en respecte les termes, qui demandent de contribuer à sa défense nationale à hauteur de 2% du PIB. Tout d'un coup, monter artificiellement celui-ci à coup de de drogue et de prostituées ne paraît plus une très bonne idée...

Il ne fait absolument aucun doute que les pays membres profitent des dépenses militaires américaines pour "lever le pied" au profit d'autres priorités, dirons-nous, et n'avoir que des ersatz d'armée:

"Avec 32 milliards de budget, l’armée française ne peut plus faire face à sa mission de défense et de protection de la nation. A titre de comparaison, la France consacre 730 milliards à son budget social." -- Général de Villiers, Servir


Mais Trump va plus loin et met l'Allemagne face à ses contradictions: l'Allemagne rogne sur sa défense mais verse des milliards à la Russie au nom de sa dépendance énergétique au gaz naturel. Elle se place en situation de faiblesse stratégique face à un pays potentiellement hostile - et face à la dangerosité duquel l'OTAN fut créé!

Malgré les glapissements d'une presse servile hurlant au génie, Angela Merkel ne répondit rien, parce qu'il n'y avait rien à répondre. Trump avait parfaitement raison. Et il aurait encore pu étriller les fausses promesses d'énergie renouvelable et de transition énergétique chantées par les écologistes, mais eut la bonté d'âme de s'abstenir.

Au final, Trump mit en garde ses alliés de monter leurs dépenses militaires aux 2% requis pour être membres de l'Alliance, pas en 2024, maintenant. "L'Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème", affirma-t-il. Il suggéra même plus tard de monter la contribution à 4% pour tout le monde.

À ce stade, nul ne sait de quels effets sera suivi ce recadrage, mais si les Européens font la sourde oreille, il serait intéressant de voir si Trump ira jusqu'à remettre en cause leur appartenance à l'OTAN. Cela les amènerait immanquablement à réviser leurs budgets militaires à la hausse, étant entendu qu'ils ne seront plus sous la protection des États-Unis. Un choix perdant-perdant donc pour ceux qui se contentaient de vivre sous la protection du "grand frère" américain sans bourse délier.

Brexit

La visite en Angleterre du Président Américain fut l'occasion d'autant de nouvelles controverses et d'autant de nouveaux mensonges. Les médias ne firent que s'étendre sur les protestations anti-Trump livrées par des gauchistes méprisant la démocratie. Le Sun se fit l'écho d'une interview dans laquelle Trump aurait démoli l'accord que préparait Theresa May avec l'Union Européenne:

Donald Trump a douché les espoirs de la Première ministre britannique Theresa May: il n’y aura pas d’accord de libre-échange avec Washington si elle maintient une relation économique étroite avec l’UE après le Brexit, un nouveau coup de canif à la «relation spéciale» avec Londres.

«S’ils font un tel accord, nous traiterions avec l’Union européenne au lieu de traiter avec le Royaume-Uni, cela tuera probablement l’accord» que Londres souhaite ardemment conclure avec Washington, a-t-il prévenu dans une interview accordée au tabloïd britannique à grand tirage The Sun.


La bonne entente entretenue entre les deux chefs de gouvernement n'en paraissait que plus hypocrite, mais malheureusement pour les médias, Trump dénonça l'interview comme des fake news, tout en rajoutant qu'il en détenait l'enregistrement. Mme May le savait et ne lui en tint pas rigueur - une attitude d'autant plus compréhensible qu'il aurait été étrange, à ce stade des négociations, d'intervenir sur le contenu d'un texte auquel l'UE n'a encore même pas répondu. Mais le Sun choisit de ne sortir que quelques fragments sélectionnés de l'interview pour faire endosser à Trump un discours qu'il n'a pas tenu, passant par exemple sous silence toutes les propos positifs qu'il put tenir sur May.

Le fait est que Trump respecte la démocratie - infiniment plus qu'un Barack Obama qui vint à Londres tancer les Anglais pour leur demander de rejeter le Brexit, s'immisçant directement dans une campagne référendaire en cours et prétendant que le Brexit mettrait le Royaume-Uni "en dernière position pour négocier des accords commerciaux."

Mais là, nul dirigeable en forme de Barack Obama pour flotter au-dessus de manifestations anglaises... Quoiqu'une manifestation pro-Trump eut aussi lieu à Londres, où le maire eut aussi droit à son ballon. Allons, il n'est pas possible que les médias n'en aient pas parlé?

Conclusion

Les contempteurs de Donald Trump auront pendant longtemps encore la dragée haute dans les médias et au sein des élites installées, intimant aux peuples de haïr le Président américain sur commande pour les aider à maintenir le statu-quo. Mais l'Amérique de Trump porte des coups de boutoir à celui-ci. Les murs de la forteresse se fissurent peu à peu, comme en témoigne l'émergence de nouveaux mouvements politiques, évidemment dénigrés comme "populistes" ou "d'extrême droite" par la presse aux ordres.

Qu'on ne s'y trompe pas: le changement de paradigme est antérieur à Trump, et le Président américain n'est qu'un nouvel avatar de ce phénomène. Mais c'est clairement aux États-Unis que la vague de cette nouvelle révolution conservatrice est la plus haute, permettant au trublion d'accéder à des sphères d'influence normalement interdites à ces gens-là.

La présence de Trump dans les plus hautes sphères du pouvoir est désastreuse pour l'oligarchie, puisqu'elle permet la confrontation des discours à un niveau jusqu'ici inégalé. Il n'est pas possible de défausser d'un revers de la main les paroles d'un Président américain en prétextant de son prétendu "extrémisme" ou de son "populisme" comme les dirigeants le feraient pour n'importe quel politicien ou même chef d'État de moindre envergure. Il faut y répondre. Mais face à Trump, que peut un ivrogne comme Jean-Claude Juncker? La langue de bois, érigée au rang d'art de l'enfumage par la classe politique, montre rapidement ses limites.

Trump sonne les cloches de la fin du diplomatiquement correct, contribuant à réveiller les peuples européens endormis.

16 mai 2018

Iran: la phrase qui change tout

Depuis le retrait américain de "l'accord nucléaire", les Européens se battent comme des lions aux côtés des Iraniens pour tenter de sauver le traité. Aucun voyage diplomatique n'est de trop, aucune promesse n'est excessive si elle peut permettre de faire perdurer le texte.

Une diplomatie qui tourne dans le vide, mais à plein régime

Quel sens le JCPOA (selon l'acronyme du traité qui prétend mollement empêcher l'Iran de fabriquer sa bombe) garde-t-il sans les États-Unis? Ce n'est pas une question rhétorique, mais la simple constatation d'un problème pratique, politique et surtout, économique.

Derrière un titre fort et volontariste en forme de plaidoyer ("Les Européens et l'Iran s'engagent à sauver l'accord nucléaire") un journaliste du Temps fait de son mieux pour faire vivre l'espoir.

«Nous cherchons des solutions pratiques pour permettre à l’Iran de continuer ses ventes de pétrole et de gaz, poursuivre ses transactions bancaires, maintenir les liaisons aériennes et maritimes, lui assurer des crédits à l’exportation et faciliter les investissements», a détaillé la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.


Ensuite, figure de style obligatoire, on donne corps à des fantasmes en s'en prenant aux méchants, méchants États-Unis de Donald Trump. Ils essaieraient, en bons impérialistes yankees, d'imposer leur loi au monde. Le nouveau mot-clef introduit pour l'occasion est l'extraterritorialité, 76 points au Scrabble, placé par Boris Johnson, soutenu par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian et leur homologue allemand Heiko Maas.

L'idée derrière "l'extraterritorialité" est que les États-Unis imposeraient des sanctions au-delà de leur territoire, donc de leur juridiction. Une accusation aussi gratuite que pétrie de mauvaise foi (aucun représentant américain ne sera interviewé pour apporter le moindre contrepoint) et qui vient à point nommé pour préparer l'inévitable échec de toutes ces démarches.

Il s'agit moins d'un problème juridique d'extraterritorialité inventé de toute pièce que de la simple interdépendance des économies occidentales, ce que les politiciens admettent eux-mêmes à demi-mot:

Le cas Airbus est emblématique de la complexité du dossier iranien. L’avionneur est en effet pris en otage (sic) à double titre par la décision de Donald Trump, prise le 12 mai, de se retirer de l’accord conclu avec Téhéran. Premier problème: ses financements, qui impliquent des banques américaines. Deuxième problème: la vulnérabilité technique de ses appareils. Des milliers de composants fabriqués aux Etats-Unis sont utilisés sur chaque Airbus commercialisé. Impossible, dès lors, de poursuivre la production d’avions à destination de l’Iran.


Les Américains n'imposent rien à personne, ils sont seulement cohérents. Si l'Iran fabrique sa bombe, c'est un ennemi, et on ne commerce pas avec l'ennemi, ni avec ceux qui le font. Les Européens (et les Suisses d'ailleurs) sont parfaitement libres de commercer avec l'Iran, autant qu'ils veulent. Mais alors ils devront renoncer à faire commerce avec les États-Unis. Si tout le monde se plaint ces derniers jours, c'est qu'ils veulent le beurre et l'argent du beurre: l'accès au marché iranien (si possible débarrassé de leurs concurrents américains, ne boudons pas notre plaisir) et l'accès au marché américain.

Du nucléaire, nulle question. Des mensonges iraniens dévoilés par Israël, aucune mention. La bombe atomique n'existe plus. Et on s'interroge: pourquoi les Européens se démènent tant pour préserver l'accord? L'amour de la paix, on repassera. Les raisons économiques valent un moment, mais deviennent absurdes dès lors que la poursuite du traité risquerait de faire perdre aux entreprises, aux États-Unis, plus que ce qu'elles ont à gagner en Iran.

Il y a anguille sous roche.

Une phrase sibylline qui remet les choses en perspective

Le dossier iranien est rempli de mystères, dont la récente agitation des Chancelleries européennes n'est que le dernier avatar. Il y a des histoires d'espionnage et des révélations, comme celles faites par Israël récemment. Il y la démission surprise du Chef des inspections nucléaires de l'ONU sans explication, quelques heures après l'annonce de Trump de retirer les États-Unis du traité. Il y a John Kerry, négociateur en chef pour l'Administration Obama, qui multiplie les voyages en Iran et monte une véritable diplomatie parallèle pour expliquer qu'il faut courber l'échine pendant l'orage Trump et que les affaires reprendront bientôt. Il y a Obama qui fit livrer 400 millions de dollars par avion militaire - en cash s'il vous plaît, chargés sur des palettes! - en août 2016, simultanément à la libération de quatre otages américains.

"Rançon!" avaient alors hurlés les adversaires du Président démocrate. Mais si la libération des otages elle-même avait été une couverture pour quelque chose d'autre? Alors qu'ils détestent les États-Unis et ne font quasiment pas d'affaires en dollars, pourquoi le régime iranien aurait-il eu besoin de centaines de millions en coupures livrées par avion?

Et si cet argent n'avait pas été envoyé en Iran pour y rester, mais se retrouver dans les poches de quelqu'un d'autre?

Une phrase vient donner poids à cette hypothèse - une simple phrase prononcée par Hossein Jaberi Ansari et rapportée par plusieurs sites (mais aucun média mainstream en Occident, pour d'évidentes raisons). Hossein Jaberi Ansari est le porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne. Il avertit simplement ses homologues européens:

"Si les Européens cessent le commerce avec l'Iran et ne mettent pas la pression sur les États-Unis, alors nous révélerons quels politiciens occidentaux ont reçu de l'argent, et combien, durant les négociations visant à établir l'Accord Iranien sur le nucléaire."

[“If Europeans stop trading with Iran and don’t put pressure on US then we will reveal which western politicians and how much money they had received during nuclear negotiations to make Iran Deal happen.”]


Voilà une petite phrase très intéressante, ne trouvez-vous pas?

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Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères iranien, à la télévision

On comprend l'amertume des Iraniens si l'accord finit par capoter: tout l'argent versé l'aurait été en vain. Jusqu'ici, on peut dire que la phrase a été suivie d'effets. Les Européens font de leur mieux, de façon démonstrative même, pour montrer qu'ils ont à cœur de sauver les Accords de Vienne - et ce, même s'ils n'ont aucune chance. "Essayé, pas pu", voilà la stratégie qu'il leur reste.

Il serait amusant de voir les Iraniens mettre leur menace à exécution, permettant de révéler le degré de corruption de nos élites dirigeantes. Un bénéfice supplémentaire de l'intransigeance de M. Trump...

Finalement, il se pourrait bien que ce dessinateur de presse ait vu tout juste depuis le début:

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09 mai 2018

Le traité iranien passe à la trappe

Trump rejette le pseudo traité de non-prolifération négocié avec l'Iran sous l'ère Obama, et l'Histoire s'écrit.

À quoi joue Trump ?, Le bulldozer Trump biffe l'accord iranien, Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs, Donald Trump n'a pas de plan B, Et pourtant les généraux soutenaient l'accord sur le nucléaire iranien... Voilà quelques-uns des titres des articles de presse du lendemain du 8 mai, tous sortis du même tonneau. La même antienne servie par toutes les chancelleries, tous les ministres des affaires étrangères, tous les Premiers Ministres, tous les Présidents.

À les entendre, et il est difficile d'entendre autre chose tant leur voix écrase les autres, Trump est irrationnel, fou, imprévisible, et sa décision l'est tout autant. Mais il y a d'autres explications possibles, par exemple qu'ils mentent ou se trompent. Je penche pour cette approche, pour des raisons expliquées récemment.

Ils omettent par exemple de dire que le Traité de non-prolifération signé avec l'Iran en 2015 est tout sauf un traité de non-prolifération. En "échange" de la levée des sanctions internationales, l'Iran a obtenu:

  • Le droit de faire progresser la technologie de ses missiles balistiques, vecteurs indispensables pour projeter l'arme atomique à distance et menacer ainsi toutes les contrées à portée de tir, d'Israël aux États-Unis en passant par l'Arabie Saoudite et l'Europe ;
     
  • Le droit d'enrichir le minerai d'uranium sur son sol, ce qui est strictement interdit par le Traité international de Non-Prolifération nucléaire dont l'Iran était signataire avant que sa violation manifeste ne soit prouvée au grand jour ; [rappelons que les pays souhaitant disposer de nucléaire civil peuvent faire enrichir gratuitement du minerai d'uranium auprès des puissances nucléaires existantes]
     
  • Le droit de moderniser son parc de centrifugeuse, le traité limitant leur nombre mais pas leur puissance, permettant de décupler les capacités de production de matière fissile du pays tout en respectant le texte à la lettre ;
     
  • Le droit d'obtenir l'arme atomique officiellement en 2025, à l'épuisement du traité.

Difficile de parler de non-prolifération sans éclater de rire, si le sujet n'était si grave. Mais tous ces cadeaux obtenus sans contrepartie ne suffisaient pas encore aux mollahs. Il fallut l'intervention commando du Mossad en plein territoire iranien pour ramener les preuves que l'Iran continuait encore et malgré tout à enrichir de la matière fissile en vue d'un usage militaire, pendant les négociations et après la signature du traité. L'Iran n'a jamais, à aucun moment, considéré le texte diplomatique comme autre chose qu'une diversion.

L'Iran pourrait reprendre l'enrichissement, s'inquiètent aujourd'hui des éditorialistes. Leur inquiétude devrait plutôt venir de ce que l'Iran ne l'a jamais cessé.

Trump n'appartient pas à la sphère des politiciens professionnels de Washington. Il résista à l'incitation internationale lancée par les héritiers de Chamberlain, M. Macron et Mme Merkel. Il résista à la pression de ses rivaux politiques, des médias, des doctes analystes. Il resta sourd aux "bons conseils" de membres de sa propre équipe comme Rex Tillerson ou le général Flynn. Pourtant, les Républicains faisaient parfois preuve de plus de courage, en paroles en tout cas.

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Trump annonce qu'il sort les États-Unis du traité avec l'Iran (image: capture d'écran vidéo)

Armé de son bon sens et d'une transparence qui l'amena à aborder le sujet dès la campagne électorale, Trump annonça qu'il retirerait les États-Unis du traité signé avec l'Iran. Les seuls qui voient quelque chose d'imprévisible dans cette affaire sont nos médias, aveuglés par leur haine anti-Trump.

Les Européens gesticulent en affirmant qu'ils veulent "sauver" le traité. Ils n'ont rien compris. Les États-Unis ont tué le traité. Trump réinstalle unilatéralement les sanctions économiques américaines avec l'Iran. Trump ne peut pas empêcher quiconque de commercer avec l'Iran ; mais il peut empêcher ceux qui commercent avec l'Iran de commercer avec les États-Unis. Les vendeurs d'Airbus, de voitures, de téléphones portables et de matériel à usage potentiellement militaire vont devoir faire des choix. Commercer avec Téhéran, ou avec les États-Unis? Les deux seront exclusifs. Plus possible, comme aiment tant à le faire les Européens, de manger à tous les râteliers.

De la même façon, Trump n'est pas tombé dans le piège d'une "réforme" du traité. Celle-ci aurait volontairement traîné en longueur sur des années, largement plus qu'il n'en faut pour que l'Iran ne termine sa bombe. L'annonce surprise de sa décision le 8 mai - alors qu'il avait laissé entendre à plusieurs reprises qu'il se déciderai vraisemblablement le 12 - participe de cette stratégie de déstabilisation de l'adversaire. Selon certains analystes et les sous-entendus de responsables iraniens eux-mêmes, l'Iran pourrait n'être qu'à quelques semaines de l'assemblage d'une bombe nucléaire. À ce stade, chaque minute gagnée compte. Gageons que les satellites espion et les agents infiltrés sont sur la brèche, scrutant la réaction iranienne dans ses moindres détails.

L'avenir est toujours incertain face aux islamistes iraniens et à leurs rêves apocalyptiques. Une guerre reste possible. Mais en agissant comme il vient de le faire, Trump diminue le risque que cette guerre soit nucléaire.

03 mai 2018

Les mensonges de l'Iran dévoilés

Le régime iranien lança avant l'an 2000 un programme nucléaire militaire secret. C'est un fait avéré et documenté. En 2003, alors que les soldats de la coalition menée par les États-Unis envahissaient l'Irak pour mettre à bas le régime de Saddam Hussein, les mollahs iraniens prirent peur et gelèrent immédiatement le programme - l'Amérique était trop proche. C'est un fait avéré et documenté. En 2008, alors que le Messie Obama entra à la Maison Blanche, les mêmes mollahs purent soupirer de soulagement et relancer le programme: la menace que faisaient peser George W. Bush et les faucons républicains s'était éloignée. L'Amérique était désormais conduite par un ami des musulmans - un individu né d'un père musulman, qui effectua une partie de sa scolarité dans une classe coranique, et qui prit de nombreuses positions pro-musulmanes au cours de sa carrière. Ce sont des faits avérés, documentés.

Ils furent tant et plus avérés et documentés que, devant le vague danger de quelques millions de personnes directement consumées par le feu nucléaire lancé par le régime fou et millénariste comme celui des mollahs d'Iran, les puissances de ce monde lancèrent les "négociations" pour donner l'illusion de faire quelque chose. Comme le négociateur en chef du Monde Libre s'appelait alors Barack Obama, il y avait peu de chances que cela débouche sur quelque chose de concret. Et c'est ainsi qu'après d'interminables palabres et autant de dîner de galas et de petits fours, la montagne diplomatique accoucha du fameux traité en 2015 - un traité qui repoussait juste de... dix ans l'obtention légale de la bombe atomique par l'Iran.

En Occident, il faut être un grand naïf pour gober ne serait-ce qu'une minute la fable du nucléaire civil iranien, de l'efficacité des sanctions, de la solution que représente le fameux traité entre l'Iran et les 5+1 (USA, Chine, Royaume-Uni, France, Russie et Allemagne) pour empêcher l'Iran de construire la bombe. Au sein des sociétés occidentales biberonnées à la propagande officielle, mélange de minimisation et de mensonges apaisants pour éviter toute panique improductive, de tels individus existent. Toute population contient une proportion irréductible de crédules, en particulier si leur seule source d'information sont ces médias officiels qui leur veulent du bien. Ces zombies se retrouvent dans toutes les strates du pouvoir, mais plus on prend de la hauteur plus ils se font rares.

D'autres sont des adeptes de la realpolitik la plus extrême: qu'importe que l'Iran soit nucléaire si on peut lui vendre des Airbus, des téléphones portables ou des autoroutes. La France est à l'avant-garde de ce courant de pensée, l'Europe la suit, l'Asie trottine derrière. Dans cette catégorie on peut aussi placer la Suisse qui, se pensant abritée par sa neutralité, ne voit dans le dossier que l'occasion de se faire de la pub en faisant venir des gens importants à Genève. Variante russe: "ils sont totalement fous mais ils sont nos alliés, et c'est ce qui compte". Ces gens savent parfaitement que le chemin qu'ils prennent amènera à courte ou moyenne échéance l'arrivée d'un champignon atomique quelque part mais ils s'en lavent les mains - entre-temps, ils se seront fait un maximum d'argent. Les affaires sont les affaires, et lorsque ce qui doit arriver arrivera, eh bien, il sera temps de voir.

Une troisième catégorie, enfin, est la plus cynique de toutes: ce sont des gens qui imaginent avec un appétit non dissimulé quelle sera la cible - vraisemblablement Tel-Aviv. Bien fait pour la gueule de ces sales Israéliens, de ces sales juifs. Les Iraniens, pensent-ils, finiront le travail commencé par le petit moustachu au XXe siècle, et ce sera très bien pour tout le monde. Évidemment, ce n'est pas le genre de chose que l'on dit en bonne société - si on n'est pas complètement sûr de son auditoire - mais on n'en pense pas moins. En petit comité, on lâche parfois une allusion.

Je passe rapidement sur les nombreux éléments allogènes de nos sociétés qui attendent "l'incident nucléaire" avec impatience pour pouvoir faire la fête avec force klaxons et youyous dans les rues, façon but en finale de Coupe du Monde de football.

Au milieu de cet océan de mensonges, une démocratie, Israël, petit morceau d'Occident perdu au milieu d'une marée d'ennemis vivant dans l'obscurantisme, la violence et la haine, tente de survivre.

Netanyahou fait son spectacle...

Les politiciens sont attirés par les projecteurs et les caméras comme les papillons de nuit par la lumière, et Benyamin Netanyahou ne fait pas exception.

Israël doit sa survie à la qualité de ses services de renseignement - les mêmes qui accumulèrent suffisamment de preuves pour que plus personne, pas même Téhéran, ne puisse remettre en question la réalité du programme d'enrichissement militaire du régime. Le Mossad identifia en 2016 un entrepôt lié au programme nucléaire iranien et lança une opération commando en territoire ennemi, visant à rapatrier ce qui pouvait s'y trouver. Citant un quotidien israélien évoquant des informations publiées dans le New York Times:

Un haut responsable israélien, qui a parlé sous couvert de l’anonymat pour évoquer la mission secrète, a déclaré au Times que le Mossad avait découvert l’entrepôt en février 2016 et que le bâtiment était sous surveillance depuis lors.

Les agents sont entrés par effraction dans le bâtiment une nuit de janvier dernier, ont retiré les documents originaux et les ont ramenés clandestinement en Israël la même nuit, selon le journal.

Le président américain Donald Trump a été informé de l’opération par le chef du Mossad, Yossi Cohen, lors d’une visite à Washington en janvier dernier.

Le haut responsable a déclaré que le retard dans la publication des documents était dû au temps qu’il a fallu pour les analyser, la grande majorité d’entre eux étant en persan.


Que trouvèrent-ils? Juste un ensemble hallucinant d'archives sur le programme nucléaire militaire des mollahs, que le régime iranien avait placé là en pensant que la discrétion suffirait à les protéger, et que le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou présenta en début de semaine avec une mise en scène étudiée.

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Benyamin Netanyahou se donne en spectacle devant la capture de renseignements par le Mossad.
(Crédit : Bureau du Premier ministre)

Cherchant à maximiser l'impact médiatique de la découverte, le Premier Ministre présenta l'archive de documents iraniens révélant que Téhéran a œuvré à développer un arsenal d’armes nucléaires, menti à la communauté internationale à ce sujet, et pris les mesures nécessaires pour que le pays puisse travailler à l'élaboration de sa bombe dans le cadre du pacte de 2015.

Lors d’une présentation brève mais dévastatrice depuis le siège du ministère de la Défense de Tel-Aviv, Netanyahu a dévoilé ce qu’il a qualifié de l’une des plus grandes réussites des services du renseignement israéliens : mettre la main sur des documents rédigés par l’Iran et consacrés à son propre programme sur les armes nucléaires, à savoir 55'000 pages auxquelles sont venus s’ajouter encore 55'000 documents sur CD, a-t-il expliqué. Ces archives retracent fidèlement les progrès réalisés par le programme global de construction d’armes nucléaires de la république islamique, qui porte le nom de projet Amad, a-t-il noté – s’exprimant en anglais, pour un retentissement maximal à l’international. Et en obtenant ces fichiers, a-t-il déclaré, Israël est dorénavant en mesure de prouver de manière irréfutable que les leaders iraniens ont menti « éhontément » au monde et que l’accord de 2015 est fondé sur une « duperie ».

 
Les faits sont précis, documentés, disponibles, indiscutables. L'Iran n'a que sa mauvaise foi pour répliquer.

...Et personne n'applaudit.

Rien ne se passe, rien ne se passera, et rien ne pouvait se passer ; avant même la présentation de Netanyahou, chacun devait s'en douter, à commencer par le principal intéressé. Le grand public - divisé en naïfs, affairistes cyniques et antisémites, comme expliqué plus haut - est généralement insensible à de nouvelles informations ; l'indignation est réservée aux causes que les médias officiels ont décrétées importantes. La vie de quelques millions d'innocents menacés par le feu nucléaire n'en fait pas partie. Rien que de plus normal: ce ne sont que des juifs. Au pire se laisse-t-on surprendre par quelque sympathie pour les millions d'Iraniens qui seraient vitrifiés à leur tour lors d'une riposte.

D'autres tenteront faiblement de se faire l'écho de la propagande iranienne et de clamer que tout cela n'est qu'un tissu de mensonge, tentant éventuellement un parallèle hasardeux avec la déclaration de Colin Powell aux Nations-Unies avant la seconde guerre d'Irak en 2003. Nous appellerons cette sous-catégorie les "fidèles de Meyssan", selon un affairiste dont le nom se perd dans les brumes du temps. "Meyssianistes", peut-être?

Le manque de sincérité des dénégations face aux preuves apportées par les Israéliens n'a pas d'importance, parce que la vérité n'en a pas dans ce dossier. Il est probable, sinon certain, que les 5+1 négociant avec l'Iran pour soi-disant l'empêcher de construire la bombe savaient parfaitement qu'ils avaient en face d'eux un interlocuteur plein de duplicité et indigne de confiance. Mais ils étaient prêts à s'en accommoder. Alors, comme tout bon politicien, ils firent ce qu'ils font à chaque fois en pareil cas: ils baissèrent drastiquement leurs exigences jusqu'à ce qu'il n'en reste quasiment plus rien, mais encore assez pour proclamer un "succès" et le fêter, tout sourire, face aux objectifs des journalistes.

Aujourd'hui, les chancelleries s'agitent mais toutes les déclarations vont dans le même sens: "On ne va pas en faire un fromage". Même Netanyahou, relèvent les observateurs, s'est abstenu d'exiger quoi que ce soit. Des analystes estiment que c'est un aveu de la faiblesse de ses nouvelles preuves. D'autres, dont je fais partie, pensent que c'est pour s'éviter l'humiliation d'une fin de non-recevoir par ses "alliés" occidentaux, pour lesquels la perspective d'un Iran nucléaire a bien moins d'importance que la tranquillité de leurs prochaines excursions diplomatiques.

La seule inconnue - et le seul espoir pour Israël de ne pas avoir à agir seul - vient des États-Unis, où Trump occupe la Maison Blanche, et se montre depuis très longtemps le premier Président américain sincèrement intéressé par le destin d'Israël (autrement que lorsqu'il faut récupérer les voix des juifs américains). Trump met en doute la ratification du pseudo-traité de non-prolifération et entend y donner une réponse le 12 mai.

Malgré son nom, le traité actuel garantit à l'Iran l'accès légal à la production d'armes nucléaires à terme - une filière totale, allant du yellow cake à l'ogive nucléaire soigneusement placés sur un missile longue-portée. La non-ratification du traité ouvre une période d'incertitude qui pourrait elle aussi déboucher sur un Iran nucléaire, ou sur une guerre. Mais elle ouvre aussi la mince perspective d'un nouvel accord, réellement contraignant cette fois-ci, empêchant pour de bon les mollahs de concrétiser leurs délires de fin du monde.

Le chemin est étroit mais il existe.

28 avril 2018

James Comey se met à table

Le journalisme n'est pas mort, mais il faut aller le chercher sur Fox News.

usa,donald trump,médias,espionnageJeudi soir, le présentateur de la chaîne Bret Baier interviewait un invité de marque - James Comey, ancien directeur du FBI débarqué par Trump, actuellement en tournée de promotion pour son livre A Higher Loyalty - Truth, lies and leadership. Dans cet ouvrage, Comey étrille Trump en mêlant opinions personnelles et anecdotes de rencontres avec le Président des États-Unis. Sachant depuis combien de temps le torchon brûle entre les deux hommes, on n'attendait évidemment pas que Comey dise du bien de son ex-patron.

C'est sans doute la possibilité de doper encore davantage les ventes de son livre qui amena James Comey à accepter de se rendre sur le plateau de la chaîne, une des seules sinon la seule du panel à oser défendre Donald Trump. Il s'imaginait sans peine passer un mauvais quart d'heure, mais que ce passage en vaudrait malgré tout la peine face à un public de lecteurs potentiels.

Mal lui en prit.

Bret Baier est un journaliste de la vieille école, qui mouille sa chemise sur ses dossiers (pendant ses cinq ans comme correspondant de la chaîne au Pentagone pour la chaîne, il se rendit onze fois en Afghanistan et treize fois en Irak). Il n'allait pas laisser son temps d'antenne avec Comey devenir une séquence d'autopromotion sans intérêt. Ayant l'occasion rare d'avoir l'ex-directeur du FBI en face de lui et en direct, il lui posa lors d'un face-à-face mémorable les questions que le grand public américain se pose depuis si longtemps sur sa gestion des affaires alors qu'il était aux commandes. Et ses réponses stupéfièrent les observateurs.

La relation entre Peter Strzok, l'agent de contre-espionnage anti-Trump profondément impliqué dans les enquêtes Clinton et Trump avec l'avocate du FBI, Lisa Page, les deux tourtereaux discutant sans vergogne de la façon dont il faudrait "se débarrasser" de Trump et le plan en cours au sein du FBI pour y parvenir?

Je peux vous dire ceci: quand j'ai vu les textes, j'ai été profondément déçu par eux. Mais je n'ai jamais vu de partialité, ni de reflet d'animosité d'aucune sorte envers qui que ce soit, y compris moi. Je suis sûr qu'on me casse du sucre sur le dos dans ces textes. Je ne vais pas tous les lire.


Comey explique ensuite que s'il avait été conscient du niveau de haine éprouvé par Strzok et Page pour Trump, il les aurait tous deux "retiré comme contact de toute enquête significative en cours". Donc l'ex-directeur du FBI affirme que les deux agents faisaient bien preuve de partialité, mais que le produit de leur travail d'enquête reste valide... Magnifique.

Quand on aborde la question des "mémos fuités" aux médias - ceux-là même qui ont servi à justifier le lancement de l'enquête par le procureur spécial Mueller - Comey admet qu'il est à l'origine de la fuite. Il transmit ces sept mémos à Dan Richman, professeur de droit à l'Université de Columbia, avec instruction de les envoyer aux médias ; et en outre d'autres personnes de son "équipe légale", David Kelly et le précédent Procureur des États-Unis Patrick Fitzgerald.

"Je ne considère pas [ces mémos] comme des fichiers du FBI... C'était plus des aide-mémoires personnels", explique-t-il. À ceci près que deux d'entre eux étaient de niveau "confidentiel" et deux de niveau "secret". L'ex-directeur Comey avoua donc encore une fois un crime fédéral, à l'antenne et en direct. Il estima aussi qu'il était en droit de garder sous silence le nom de Dan Richman et le fait qu'il ait été un ancien agent du FBI lors de son témoignage devant le Congrès, parce que selon lui ces détails n'étaient pas "pertinents". Les parlementaires apprécieront.

Vint enfin le sujet du dossier Steele, selon le nom de la barbouze qui en est à l'origine, le faux dossier monté de toute pièce et fourni au FBI comme "preuve" des moyens de pression que la Russie aurait possédé sur Trump. Le document servit de prétexte à de nombreuses manœuvres judiciaires comme la mise sur écoute d'une bonne partie de l'équipe de campagne du candidat républicain. On sait depuis un certain temps déjà, preuves à l'appui, que ce faux dossier a été payé par l'équipe de campagne d'Hillary Clinton et par les instances dirigeantes du Parti démocrate ; mais Comey s'accroche à un mensonge périmé en prétendant qu'il n'en est rien, qu'il ne sait pas voire qu'il vient des Républicains, quitte à se faire reprendre par le présentateur:

- Quand avez-vous appris que la campagne Clinton et le Comité National Démocrate ont payé pour le travail de Christopher Steele? demande Baier.
- Je ne considère pas ça comme un fait, répond Comey.
- Que voulez-vous dire?
- Je ne l'ai vu que dans les médias [NdA: notoirement pro-Trump comme chacun sait...], je n'ai jamais su exactement ce que les Démocrates ont financé. J'ai su qu'il a d'abord été payé par les Républicains.


Baier corrige rapidement Comey, notant que si des sites web conservateurs avaient effectivement fini par disposer du dossier, ils ne payèrent pas pour le dossier Steele, ajoutant que "celui-ci fut lancé par les Démocrates."

Le Directeur du FBI en exercice au moment des faits, donc un des hommes les mieux informés des États-Unis, prétend qu'il ne connaissait pas le nom de Steele, qu'il ne savait pas que Steele avait menti au FBI et en avait été écarté pour cela, qu'il ne savait pas qui avait payé pour élaborer ce faux dossier, qu'il ne savait pas qui l'avait fait fuiter auprès des médias. Cela commence à faire beaucoup pour un seul homme. Peut-être qu'il ne tenait pas vraiment à connaître tous ces détails?

Vendredi matin, outré parce ce qu'il avait vu, Trump explosa Comey dans un nouveau tweet:

Est-ce que quelqu'un arrive à croire ce qui arrive. James Comey ne peut pas définir ce qu'est une fuite. Il a illégalement laissé fuiter de l'INFORMATION CLASSIFIÉE mais ne comprend pas ce qu'il a fait ni la gravité de son acte. Il a menti de tous les côtés pour se couvrir. Il est soit très malade soit très stupide.


En regard à ce que les États-Unis sont devenus aujourd'hui, il n'est même pas impensable que Comey se tire de tous ces crimes sans la moindre conséquence judiciaire. La rupture n'en est que plus forte avec la population américaine, qui rumine furieusement en constatant à quel point les élites de Washington se soustraient ouvertement aux lois qui s'imposent à eux.