10 septembre 2011

11 septembre 2011

Dix ans que les tours jumelles du World Trade Center de New York se sont effondrées. Tout le monde le sait. Les célébrations battent leur plein depuis deux semaines.

manhattan.jpg

Il y a une première raison, purement médiatique, à ce déferlement. Le 11 septembre a été l'essence même de l'information brute livrée à une échelle inégalée. Les images tournaient en boucle sur les télévisions du monde entier pendant que les commentateurs, aussi sonnés que leur public, se trouvaient incapables de faire autre chose que de contempler, lâchant parfois des jurons d'effroi en prime-time. L'anniversaire représente une forme de revanche, une reprise en main des professionnels de l'information. Le public est inondé à jet continu d'analyses, de mises en perspective et autres rétrospectives - le meilleur moyen de le remettre à sa place.

L'autre trait saillant de cette débauche de commémorations tient sans doute à la volonté de marquer la fin d'une la période. Tant l'intervalle symbolique de dix ans que la mort de Ben Laden des mains des commandos américains au mois de mai représentent des éléments marquants dans la longue guerre contre le terrorisme islamique - guerre précédée de nombreux signes annonciateurs dont personne n'avait pris la réelle mesure.

Que de chemin parcouru, pourtant, depuis la situation en 2001 - un parcours à porter pour l'essentiel au crédit du président américain George W. Bush.

Elu sur un programme isolationniste, le président américain fut le premier à comprendre la nouvelle donne consécutive aux attentats du 11 septembre. La menace était globale (comme les Européens le découvrirent eux-mêmes bien assez tôt), et la réponse se devrait elle aussi d'être globale: Les régimes abritant des réseaux terroristes en toute complicité devraient désormais faire face à leurs responsabilités. Il n'était également plus possible de fermer les yeux plus longtemps sur les dictatures massacrant leur propre peuple, une compromission inacceptable dont le ressentiment résultant lança plus d'une vocation terroriste.

Bush.jpgGeorge W. Bush annonça rarement la couleur aussi clairement que dans un discours prononcé le 7 novembre 2003:

Le fait que, soixante ans durant, les nations occidentales ont excusé et se sont accommodées du manque de liberté au Moyen-Orient n'aide en rien notre sécurité, parce qu'à long terme la stabilité ne peut être achetée au prix de la liberté.

 

Pour ceux que la version longue intéresse, il est toujours possible de se plonger dans l'ouvrage de Guy Millère Ce Que Veut Bush et d'y lire comment, huit ans plus tard, le cheminement de la démocratie au Moyen-Orient s'est impeccablement déroulé.

Cette analyse de l'histoire de ce début de siècle est partagée par Nicolas Sarkozy lui-même dans un discours prononcé récemment:

[Le président français] a affirmé que le printemps de la démocratie arabe constituait «la plus belle réponse» aux auteurs des attentats meurtriers qui avaient ébranlé les États-Unis ce jour-là. Au-delà du souvenir des victimes, le président français a estimé que les dix années écoulées donnaient des raisons d'espérer, les instigateurs des attentats ayant échoué dans leurs objectifs de «porter un coup fatal» aux valeurs des démocraties et de «jeter irrémédiablement l'un contre l'autre» les mondes occidental et musulman. À l'inverse, «chaque jour depuis ce 11 Septembre, davantage de peuples partout dans le monde se réclament de nos valeurs, en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, dans tout le monde arabe et musulman que les terroristes prétendaient incarner, des millions de gens se sont levés pour les valeurs de la démocratie et de la liberté», a-t-il souligné.

 

Le 11 septembre était le pari fou d'une poignée d'islamistes embrassant le jihad - l'idée que le symbolisme d'une attaque meurtrière au coeur du pays le plus puissant du monde amènerait les musulmans du monde entier à se soulever contre l'Occident, et provoquerait une guerre de religion à l'échelle planétaire.

L'échec est patent. Partout depuis l'aspiration des peuples du monde semble être à davantage de justice, de démocratie et de liberté plutôt qu'au rejet de ces valeurs occidentales. De nombreux régimes despotiques sont tombés les uns après les autres - Afghanistan, Irak, Tunisie, Egypte, Libye. Demain peut-être la Syrie, après-demain, qui sait, l'Iran... La présence de l'Occident n'a pas toujours été officielle ni militaire, mais elle a toujours été là - même si elle ne devait ne s'incarner que dans d'humbles vidéos de manifestation postées sur Internet par des rebelles courageux filmant avec leurs smartphones.

L'attentat du World Trade Center a été le Pearl Harbor du XXIe siècle. Depuis le déclenchement de cette nouvelle guerre mondiale, plusieurs batailles ont été remportées mais le combat contre le totalitarisme islamique n'est de loin pas gagné. La guerre est sale. La moralité est mise à l'épreuve. La liberté civile a reculé dans les démocraties. Il y a des victimes innocentes. Les victoires sont incertaines. Personne ne sait quel genre de régime va émerger des pays qui ont été libérés par le printemps arabe. Les Talibans se terrent toujours dans les montagnes afghanes. La jeune démocratie irakienne reste fragile.

Personne ne contestera pourtant que le "camp occidental" progresse sur le terrain. Malheureusement, ces victoires parfois remarquables n'ont pas été suivies sur le plan des idées. L'idéologie ennemie n'est pas vaincue.

Sur ce plan-là, notre retard est inquiétant. L'Occident est loin de contrecarrer le mode de pensée qui sous-tend l'action terroriste islamique. Nous n'osons pas réfuter leurs croyances, les confronter ni les tourner en ridicule, pas plus que nous n'osons démanteler les filières prêchant la haine jusque dans les mosquées de nos villes. Nous fermons même les yeux sur les ennemis infiltrés dans notre camp.

Nos faiblesses expliquent largement ces carences stratégiques:

  1. La social-démocratie a miné les notions de liberté et de responsabilité individuelle, c'est-à-dire les fondements sur lesquels repose une démocratie saine.
  2. Le politiquement correct étouffe la sphère médiatique officielle, interdisant une vraie liberté de débat.
  3. Le multiculturalisme permet aux immigrés de s'épargner la moindre forme d'intégration ou de respect envers leur pays d'accueil, valeurs auxquelles se substituent communautarisme et mépris.
  4. Les valeurs occidentales de démocratie, de liberté de religion, d'universalité de la justice ont elles-mêmes été remplacées par un culte de la culpabilité mâtiné de tiers-mondisme, dépeignant la société existante comme corrompue, épuisée et coupable.

Nous avons peur de manquer de respect à ceux qui veulent nous égorger.

Le danger est grand. A ignorer l'aspect idéologique de la lutte contre le terrorisme et sa base religieuse, on prend le risque de ne jamais l'éradiquer entièrement. Démanteler les cellules terroristes sans s'attaquer leur dogme revient à rentrer au vestiaire avant la fin du match. Les conséquences, le grand public les connaît: la survie d'un terreau fertile d'où émergera immanquablement la prochaine génération de poseurs de bombes.

islam_will_dominate_world1.jpgLes banlieues européennes offrent un cocktail de plus en plus inflammable d'islam, de criminalité et de nihilisme. La propagande anti-occidentale s'y déverse librement. Des populations entière vivent de subventions en méprisant la main qui les nourrit. Les rares esprits libres à dénoncer cet état de fait sont ridiculisés, ostracisés et réduits au silence, à moins qu'ils ne soient carrément poursuivis en justice pour des motifs qui auraient fait pâlir d'envie Torquemada. Les chefs de file de la cinquième colonne islamiste et les mouvements politiques de gauche se manipulent l'un l'autre dans une valse inquiétante où nul ne sait plus qui mène le bal.

A quoi sert de chercher des camp d'entraînement au jihad au Waziristan? Leur utilisation est révolue. L'entier de la filière islamique se déploie désormais dans les banlieues occidentales ; les attentats sont de plus en plus le fait d'individus dont les origines sociales et ethniques ne se démarquent en rien de celles de leurs victimes. La ligne de front a bougé. En conséquences, la destruction d'une franchise locale d'al-Qaeda dans tel ou tel pays d'Afrique ou du Moyen-Orient a bien moins d'importance pour la sécurité européenne que de part le passé - même si les effets positifs sur la sécurité des populations locales sont toujours bons à prendre.

A Ground Zero, les tours jumelles du World Trade Center ne sont plus que des empreintes dans le sol. Le sud de Manhattan a été débarrassé de ses déblais et reconstruit. Les attentats du 11 septembre glissent lentement dans le passé pour s'inscrire dans l'histoire, et ne gardent guère qu'une utilité pratique, comme révélateurs d'esprits malades.

Si les lieux gardent une charge symbolique extrême, aujourd'hui, le combat est ailleurs. Et il n'est, de loin, pas terminé.

16 août 2011

Le Paradoxe de Warren Buffet

 

Warren Buffet est un spéculateurwarren.jpg devant l'éternel. Un spéculateur talentueux, ce qui ne gâte rien. M. Buffet est devenu, par ses judicieux placements, une des plus grandes fortunes du monde. Il draine des milliers de personnes à ses conférences. Il est écouté lorsqu'il prodigue des conseils de gestion. On lui a consacré des émissions de télévision, des livres. Il fascine et joue bien volontiers de cette fascination.

A une époque où les spéculateurs sont unanimement dénoncés comme la source de tous les maux, le respect dont bénéficie le milliardaire de 80 ans a quelque chose d'étonnant - du moins de ce côté de l'atlantique.

Mais il faut dire que Warren Buffet a une qualité rédemptrice : il est de gauche. Bon, démocrate, la gauche américaine, c'est vrai, c'est léger. Mais c'est mieux que rien. On a le droit d'être extraordinairement riche si, au fond de son coeur (donc loin du portefeuille) on déclare oeuvrer pour le Bien Commun.

C'est sans doute au nom de ce profond altruisme que M. Buffet s'est senti obligé de venir en aide à Barack Obama dans ces temps difficiles de gestion de la dette publique, en suggérant d'imposer davantage les riches, dont lui.

Dans une tribune publiée par le New York Times, le patron du fonds d'investissement Berkshire Hathaway propose une hausse d'impôts pour les Américains dont les revenus dépassent au moins un million de dollars par an, et une hausse encore plus élevée pour ceux qui gagnent plus de 10 millions de dollars annuels.

"Nos dirigeants ont appelé à un sacrifice partagé. Mais quand ils ont fait cette demande, ils m'ont épargné. J'ai vérifié auprès de mes amis méga-riches pour savoir à quels sacrifices ils s'attendaient. Eux non plus n'avaient pas été touchés", écrit le milliardaire.

 

La posture a au moins le mérite de l'originalité, même si on ne manquera pas de remarquer que l'Oracle d'Omaha se fend d'une telle tribune après l'accord passé entre Républicains et Démocrates pour le relèvement du plafond de la dette américaine. Le moment est donc bien choisi pour s'éviter d'être pris trop au pied de la lettre!

Il n'en reste pas moins que ce discours reste étrange de la part d'un homme qui emploie probablement des experts fiscaux pour payer le moins d'impôts possible. Reste la possibilité d'une donation. S'il se plaint de ne pas donner assez à l'Etat, qu'est-ce qui l'empêche de faire cadeau du complément? Je ne crois pas qu'il existe, de part le monde, un seul pays où les dons à l'Etat soient interdits.

gare_au_percepteur.jpgLa lecture simpliste de cet appel à plus d'impôt résonnera avec délice aux oreilles des étatistes de tout poil - et c'est naturellement sous cette forme hâtivement résumée que l'information est répétée dans les médias locaux. Si même Warren Buffet le dit, c'est que ça doit être vrai, n'est-ce pas! Pourtant, le milliardaire tient en réalité un tout autre discours:

"Pendant que les pauvres et les classes moyennes combattent pour nous en Afghanistan, et pendant que de nombreux Américains luttent pour joindre les deux bouts, nous, les méga-riches, continuons à bénéficier d'exemptions fiscales extraordinaires", poursuit-il.

M. Buffet explique que son taux d'imposition par l'Etat fédéral représentait 17,4% de ses revenus imposables l'an dernier, alors que celui des 20 personnes travaillant dans son bureau était compris entre 33 et 41%.

Le taux d'imposition des riches était "beaucoup plus élevé" dans les années 1980 et 1990, et pourtant près de 40 millions d'emplois ont été créés entre 1980 et 2000, rappelle M. Buffet.

 

Eh oui. Un super-riche comme M. Buffet paye des impôts à un taux moyen finalement inférieur aux membres de la classe moyenne. Pourtant, le taux d'imposition américain n'est pas devenu dégressif, loin de là.

La clef du mystère tient effectivement dans les exemptions, ouvrant des possibilités d'optimisation fiscale. Elles sont hors de portée des gens communs mais largement employées par ceux qui en ont les moyens. Donc, en fait, au lieu de militer pour des impôts plus élevés, Warren Buffet réclame une simplification et une harmonisation des réglementations fiscales. Qui sait, peut-être que si on le tannait un peu, il se ferait l'avocat de la Flat Tax!

On peut être d'accord ou pas sur la position de Warren Buffet, notamment en se demandant si l'argent récolté par l'Etat est judicieusement dépensé. Mais sa position est nettement moins "socialiste" qu'il ne semble de prime abord. On peut même penser qu'en augmentant "bêtement" les impôts sans s'attaquer aux exemptions, M. Buffet trouvera probablement de nouveaux moyens de passer au travers, tout le contraire donc de la simple "augmentation du taux d'imposition" dans laquelle on résume abusivement ses propos.

Je conclurai en faisant deux petites remarques.

1. Les exemptions fiscales, les fameuses "niches", sont aujourd'hui décriées. Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage! Mais on oublie un peu vite ceux qui les dénoncent sont les mêmes qui les ont conçues. Un politicien offre des niches fiscales à des catégories de la population (restaurateurs, fonctionnaires, paysans, producteurs d'énergie "verte"...) qui contribuent en retour à le faire élire. Cette façon de faire se retrouve dans pratiquement tout le spectre politique.

Les exemptions fiscales sont l'incarnation même du clientélisme. Si elles changent au cours du temps, elles ne disparaîtront vraisemblablement ni demain, ni jamais.

2. Warren Buffet propose peu ou prou une augmentation des impôts sur le revenu. Pas fou, il laisse de côté sa fortune de 65 milliards de dollars selon le classement Forbes de 2008. Mais même si tout son patrimoine et ses revenus étaient siphonnés par l'Etat, ils ne représenteraient qu'une goutte d'eau dans l'océan... En France par exemple, le patrimoine cumulé des 500 personnes les plus riches atteignait 194 milliards d'euros en 2009. Le patrimoine, pas les revenus. La dette publique de la France atteignait quant à elle près de 1'600 milliards d'euros la même année, soit huit fois plus.

De cela, il découle que hausse des impôts et autres "rabotage des niches" ne suffiront jamais à éteindre la crise de la dette. C'est une impasse. La seule solution consiste à réduire les dépenses de l'Etat.

07 août 2011

Le début des choses sérieuses

Pas de trève estivale pour la crise.

Quasiment au lendemain de mon dernier billet sur la question, les politiciens européens décidaient d'une nouvelle politique interventionniste sur le domaine de la dette - la dette grecque pourrait ainsi être directement rachetée par les différents organismes publics pan-européens - au lendemain de la décision, les bourses s'envolaient. L'Euro était sauvé! La prompte action politique avait enfin éteint l'incendie! Alléluia!

eurpean debt crisis.jpgLa rémission aura été de courte durée.

Le CAC40, l'indice des valeurs françaises, a battu un record depuis en enchaînant dix séances de baisse consécutives. Sur une semaine, la bourse a perdu plus de 10%.

Avec la perte du triple-A américain ce vendredi, les bourses du monde se voient offrir un magnifique boulevard à la baisse. A première vue, on pourrait affirmer que les Européens ne sont pour rien dans la mélasse américaine, mais c'est aller un peu vite en besogne. Le déficit américain est pour l'essentiel dû à des politiques socio-démocrates, qu'il s'agisse de dispendieux mécanismes de redistribution sous l'égide du gouvernement ou de plans de relance dilapidant l'argent des contribuables au bénéfice de quelques-uns - soit exactement les mêmes stratégies qui ont court en Europe, où Obama est tant aimé. D'autre part, on ne saurait justifier les baisses boursières de ces derniers temps par les seuls affrontements politiques d'outre-atlantique sur le plafond de la dette, d'autant plus qu'un compromis a été trouvé.

Finalement la perte du AAA américain infligée par Standard & Poor's, alors que l'oncle Sam en bénéficiait depuis la création de l'agence dans les années 40, est un coup de semonce sérieux en direction de tous ceux qui se croyaient intouchables. Le message est clair. Il n'y a plus de tabou.

(Vivement que tombe celui de la France d'ailleurs, parce que, honnêtement, prétendre que Washington serait moins capable de rembourser sa dette que Paris ne fait pas très sérieux. Les USA sont dans une mauvaise passe, mais ils sauront se réformer. La France, elle, est absolument irréformable - nous en aurons un aperçu lorsque M. Sarkozy (ou son successeur) tentera d'imposer la rigueur. Prévoyez des extincteurs, des vitres de rechange et ne garez pas votre voiture dans la rue!)

Les records sont faits pour être battus: la série boursière à la baisse n'est pas terminée. Tel-Aviv, ouverte le dimanche, vient de dévisser d'un bon petit 7% en clôture. L'effondrement boursier généralisé vient d'ailleurs éclairer d'un jour peu flatteur la compétence de divers professionnels du domaine, qui conseillaient il y a peu de temps encore de préférer les actions aux obligations! Ils clamaient que le bilan des entreprises est bon, qu'elles ont du cash, et que lorsque tout va mal et qu'on ne fait plus confiance aux obligations d'Etat réputées sûres, mieux valait se rabattre sur les actions... Ceux qui ont suivi leurs conseils doivent leur dire merci!

Pour ma part, je n'ai jamais conseillé autre chose que de miser sur l'or et je le conseille encore.

Nous rentrons dans la zone de turbulences. La voix de la raison se fait entendre - il faut laisser les acteurs défaillants faire faillite, une responsabilité à la base même du capitalisme - mais ce n'est encore qu'un murmure dans la cacophonie. Ailleurs, les comportements les plus irrationnels commencent à se faire jour. Ainsi, en Italie, les locaux des agences de notation S&P et Moody'sont été... Perquisitionnés. Le motif? Leurs mauvaises nouvelles font baisser le cours de la bourse.

Le parquet de Trani a ouvert deux enquêtes, une pour chaque agence, après le dépôt d'une plainte par deux organisations de consommateurs qui s'inquiétaient des conséquences des rapports de S&P et Moody's sur les cours de la Bourse de Milan. Une première procédure a été ouverte en mai 2010 après la publication par Moody's d'un rapport mettant en garde contre les risques de contagion de la crise de la dette grecque aux banques italiennes. Une autre plainte a été déposée en mai lorsque S&P a menacé d'abaisser la note de la dette souveraine italienne en raison de l'ampleur de sa dette publique. Les enquêteurs se demandent enfin si des malversations ont été commises les 8 et 11 juillet, deux jours lors desquels la Bourse de Milan a accusé de lourdes pertes alors que beaucoup craignaient que l'Italie soit happée à son tour par la crise de la dette souveraine. L'une des deux organisations de consommateurs explique que sa plainte vise à déterminer si le plongeon soudain des marchés répondait à un "plan précis mis en place par des fonds spéculatifs ou par d'autres acteurs non identifiés qui pourraient être liés aux propos négatifs tenus à l'encontre des finances publiques italiennes par les agences de notation".

 

Finissons avec les propositions de Ségolène Royal, digne représentante d'une gauche française toujours aussi douée en économie:

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste pour 2012, a réagi samedi à la dégradation de la note des Etats-Unis par Standard and Poor's, s'ajoutant à la crise de la dette dans la zone euro, en dénonçant le "manque de courage" des Etats pour mener certaines réformes.

"L'urgence en Europe comme aux Etats-Unis, c'est la relance de l'activité économique", fait valoir dans un communiqué la présidente de Poitou-Charentes.

Pour cela, ajoute-t-elle, les Etats doivent enfin "imposer au système financier des règles maintes fois annoncées mais jamais réalisées par manque de courage et en raison d'une idéologie libérale dramatique pour l'avenir de nos peuples". (...)

Ainsi "la taxation des mouvements de capitaux, la réforme du système bancaire, l'interdiction de spéculer sur les dettes des Etats (sic) ne sont toujours pas en vigueur", dénonce-t-elle.

 

Avec des élites comme celle-là, on n'est pas sortis de l'auberge!

27 avril 2011

Obama, citoyen américain (de naissance)

Fin de partie, écrivais-je il y a quelques jours à propos du lieu de naissance exact d'Obama. La possibilité d'une nouvelle loi en Arizona, forçant les candidats à la présidentielle à prouver leur citoyenneté américaine de naissance - condition préalable à l'éligibilité selon la Constitution des Etats-Unis - promettait de clore les interrogations pesant sur le président en exercice.

Obama_certificate.jpgLe projet de loi en Arizona fit long feu, mais même si d'autres étaient encore en projet, ils ont précipité les choses: Barack Obama a présenté son certificat de naissance complet aux médias et au monde (cliquez sur l'image pour l'agrandir.)

Dans les prochains jours la communauté des Birthers, les gens qui doutaient de la citoyenneté de naissance d'Obama, sera secouée de différents soubresauts: fleuriront d'inévitables interrogations sur l'authenticité du document, puis l'éventuelle suspicion d'une double-nationalité d'Obama qui pourrait, encore une fois, le rendre inéligible selon une certaine interprétation du texte des Pères Fondateurs.

Faibles répliques d'une polémique avortée, qui ne sauraient suffire à remettre en cause la participation du président sortant au scrutin de 2012.

Les partisans d'Obama et ceux qui n'ont jamais cru à ces histoires peuvent pavoiser. C'est sûr, aujourd'hui beaucoup de Birthers doivent se sentir un peu ridicules - et s'ils ne le sont pas, les médias se chargeront bien de les faire passer comme tels. Mais c'est un raccourci facile. Si Barack Obama a publié ce document, c'est parce qu'il y a été forcé. Cela valide clairement la pertinence de la critique des Birthers.

J'ai été très intéressé par les thèses des Birthers. A l'inverse des théories du complot habituelles dont la durée de vie semble proportionnelle au ridicule, l'hypothèse d'une naissance hors-Etats-Unis d'Obama était clairement plausible: elle n'impliquait pas de conspiration mondiale, de gros moyens financiers, de complices par centaines ou de technologie extraterrestre. Elle n'aurait été que le fait d'un homme ambitieux soucieux de cacher quelques détails gênants de son passé durant son accession à la présidence - des obstacles dûs à une constitution ancienne et, dans son esprit, probablement désuette. Elle n'aurait été possible que par l'amour d'une grand-mère prête à un mensonge véniel pour offrir le meilleur avenir possible à un petit-fils abandonné par son père, sans deviner que cette entorse, permise par l'indulgente législation hawaïenne de l'époque, pèserait un jour sur le destin d'un adulte devenu président.

Il y avait là tous les ingrédients d'un scénario passionnant!

Le soufflé a tenu jusqu'à aujourd'hui. La révélation soudaine de l'acte de naissance complet par la Maison Blanche le dégonfle. Mais il reste encore deux ou trois enseignements à tirer de cette histoire.

Aujourd'hui, c'est un Barack Obama visiblement agacé qui faisait face à la presse:

"Pendant toute cette semaine, le thème dominant dans les médias n'était pas sur ces ces choix énormes que nous devons faire en tant que nation, mais au sujet de mon certificat de naissance."

 

Cette semaine? Oui, depuis que Donald Trump, le spectaculaire magnat immobilier et candidat républicain possible à la présidentielle de 2012 a évoqué l'affaire d'une façon que même les médias ne pouvaient plus ignorer. Mais la polémique est née durant les primaires démocrates de 2008 opposant Barack Obama à Hillary Clinton. Les esprits s'agitent sur la question depuis plus de deux ans et demi! Lors des élections de 2010, des candidats ont été élus avec la mention de cette clarification dans leur programme électoral.

Et Barack Obama est excédé par une question qui tarauderait l'opinion depuis une semaine?

"Nous n'avons pas le temps pour ce genre de bêtise. Nous avons des choses plus importantes à faire. J'ai des choses plus importantes à faire."

 

Je ne saurais mieux dire - ni m'empêcher de lui retourner la question: si nous avons, tous, des choses plus importantes à faire, pourquoi ne pas avoir écrasé la polémique comme on écrase un mégot du talon, il y a deux ans, en dévoilant à qui de droit le certificat de naissance complet à la recherche duquel tout le monde était? Apparemment, il a suffit d'un coup de fil du président et c'était réglé.

obama_press.jpgLa version Birther, c'est que ce document relancerait l'affaire sous un autre angle en mentionnant le père d'Obama. Mais je n'y crois guère. J'estime que les raisons du silence d'Obama sont plutôt à chercher du côté d'un mépris souverain envers ceux qui mettaient en doute sa vérité. Fournir des preuves est une forme d'abaissement.

Nous en sommes pourtant arrivé là. Les sondages désastreux et la polémique grandissante ont fini par imposer leur agenda au président américain - ce qui représente, d'une certaine manière, une incroyable réussite pour un groupe de prétendus illuminés mis au silence par une omertà médiatique en béton.

Aujourd'hui, c'est une foison de nouvelles célébrant la divulgation du certificat de naissance complet d'Obama. On en parle sur la BBC, sur France2, sur la TSR, sur le New York Times, sur le Washington Post, sur le Corriere della Serra. Partout, on annonce avec soulagement la fin de la polémique - en indiquant incidemment qu'elle dure depuis des années. Des années durant lesquelles les médias ont soigneusement choisi de taire le sujet.

Etrange sentiment qui saisira le téléspectateur coupé d'Internet, soumis au détour d'un chemin à une intrigue qu'on lui dévoile d'un coup, et qu'on accepte de lui dévoiler seulement parce qu'elle se termine bien!

Donald Trump a dénoncé la façon dont les médias protégeaient Obama; on peut difficilement lui donner tort.

En révélant - enfin! - son acte de naissance complet, Barack Obama vient de noyer l'incendie sous un seau d'eau. Le tas de cendre fume encore; dans les scories se consument les restes de quelques idées mortes - l'idée que Barack Obama soit né au Kenya, certes, mais aussi l'idée qu'un président américain puisse traiter par le mépris les interrogations de son opinion publique, et l'idée qu'il suffise aux médias traditionnel de taire un sujet pour que celui-ci n'existe pas.

Internet a définitivement changé la donne.

21 avril 2011

Le dollar et l'euro vont mourir, vive l'or!

Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, estime que le dollar est une monnaie finie; d'où le titre de son dernier livre, La fin du dollar.

Le quatrième de couverture donne un assez bon résumé de la situation:

la_fin_du_dollar_myret_zaki.jpgNous assistons à la fin de l'ère dollar qui dure depuis la Seconde Guerre Mondiale. Le dollar n'est plus la monnaie la plus sûre du monde. Il n'est plus la monnaie d'une superpuissance responsable, performante et hautement productive. Il est la monnaie d'une économie déclinante, arrivée au point de non-retour, techniquement en faillite.

Le billet vert est en train de dévoiler son vrai visage: celui d'une arme du désespoir, utilisée par une grande puissance malade, qui a trop longtemps caché l'état désastreux de son économie derrière sa planche à billets. Suite aux dérives majeures de la politique monétaire américaine, le dollar est devenu, aujourd'hui, la plus grande bulle spéculative de l'histoire. Le statut du dollar comme référence du système monétaire international devient intenable. Il est contesté par des puissances désormais plus riches, comme la Chine. Ce changement de régime majeur se perçoit dans l'envolée de l'or et dans les tensions croissantes entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Cet ouvrage veut avant tout briser le tabou qui entoure le dollar en procédant à un examen sans complaisance de la situation réelle des Etats-Unis, et en la comparant à celle des blocs européen et asiatique. La conclusion est que le dollar, dont la valeur repose sur une perception subjective, ne résiste pas à la rationalité. Même aujourd'hui, après cette sorte de défaut déguisé qu'est la dévaluation compétitive, le dollar est encore largement surévalué. En attendant, il s'agit de se préparer à l'inévitable changement, en réfléchissant d'une part à une sortie ordonnée du dollar par les banques centrales, et d'autre part au futur système monétaire international qui émergera pour tenir compte des nouvelles réalités.

 

Jusque là, rien à dire, Mme Zaki pêche peut-être par excès d'enthousiasme, mais ne tombe pas à côté de la plaque. L'écrivain a d'ailleurs béméficié d'un timing parfait, son livre sortant quasiment le jour où Standard and Poor's décide de mettre le triple A américain sous surveillance négative - déclenchant une nouvelle tempête boursière et permettant à l'auteure d'intervenir en direct sur le plateau du journal de la TSR.

Malheureusement, Mme Zaki semble trouver les limites de son analyse dans une interview avec Samuel Jaberg intitulée "Le dollar va mourir, vive l'euro" au sujet de son livre, disponible lundi sur Swissinfo.

Quel est le problème? "Myret Zaki soutient la thèse d’une attaque contre l’euro pour faire diversion sur la gravité du cas américain." Ouille.

Nous aimons tous l’Amérique et nous préférons voir le monde en rose. Pourtant, après la fin de la Guerre froide et la création de l’euro en 1999, une guerre économique s’est enclenchée. L’offre concurrente d’une dette souveraine solide (sic) dans une monnaie forte risquait de faire baisser la demande pour la dette américaine. Mais les Etats-Unis ne peuvent cesser de s’endetter. Cette dette leur a permis de financer les guerres en Irak et en Afghanistan et d’assurer leur hégémonie. Ils en ont un besoin vital.

 

Guerre économique? Un slogan vendeur mais sans fondement. Les investisseurs opèrent sur un marché ouvert. Ils choisissent librement de souscrire à la dette des USA, de l'Italie ou du Chili - et parfois aux trois. Après, chacun fait son analyse en fonction des risques, de la durée de la souscription, de son taux d'intérêt, etc. Pourquoi qualifier de guerre des emprunts librement consentis, qui ne correspondent à rien d'autre qu'au mécanisme de l'offre et de la demande?

Le terme "d'hégémonie" est fortement connoté. Il ne veut strictement rien dire mais s'inscrit une perception militariste des échanges financiers. L'économie est une guerre, pas vrai? Il s'en fallait de peu qu'on n'emploie le bon vieil "impérialisme". Le choix de ces mots n'est pas anodin et permet ensuite à Myret Zaki de s'enfoncer dans la théorie du complot:

En 2008, l’euro était une monnaie prise extrêmement au sérieux par l’OPEP, les fonds souverains et les banques centrales. Elle était en passe de détrôner le dollar. Et cela, les Etats-Unis ont voulu l’empêcher à tout prix. Le monde cherche un endroit sûr où déposer ses excédents, et l’Europe est activement empêchée d’apparaître comme cet endroit sûr. C’est précisément à ce moment que les fonds spéculatifs se sont attaqués à la dette souveraine de certains Etats européens.

 

Les "Etats-Unis" auraient voulu l'empêcher à tout prix? Pardon? Qui? Quand cela aurait-il été décidé? Et comment le sait-elle? Où est le whistleblower? Où sont les révélations de wikileaks sur l'affaire? Les dossiers égarés par mégarde? La tête pensante du complot? Les emails compromettants?

En balançant au hasard des accusations aussi floues (les vilains "Etats-Unis" dans leur globalité, calculateurs, gros, puissants et méchants) notre journaliste flatte sans doute l'anti-américanisme de ses lecteurs, aux dépens de la rigueur de son enquête. On dirait presque du Jean Ziegler...

Si les accusations de complot sentaient le gros dérapage, la phrase suivante tient carrément de la sortie de route:

L’Europe est aujourd’hui la plus grande puissance économique et elle dispose d’une monnaie de référence solide.

 

Tenir ce genre de propos en 2011 mérite un passage au bêtisier.

Franchement, je ne connais pas Mme Zaki et j'éprouve un certain respect pour son analyse du dollar qui, bien qu'un poil apocalyptique, me semble à peu près pertinente. Mais comment quelqu'un portant un regard si acéré sur la situation de la dette américaine peut-il se tromper à ce point sur la situation prévalant sur le Vieux Continent?

pig.jpgLa crise de la dette détruit l'UE depuis un an et demi. Elle a miné la réputation de l'euro, envoyé dans les cordes la Grèce, l'Irlande et le Portugal, démoli la prétendue indépendance de la BCE et enchaîné les pays de l'union monétaire dans un mécanisme d'entraîde qui promet d'envoyer toute la cordée au fond du précipice. L'hydre de l'inflation se réveille, affamée par la rotation des planches à billets en surchauffe. Et la crise ne fait que commencer: pas un seul pays de la zone euro n'a diminué sa dette nette d'un centime.

En opposant la dette américaine à une hypothétique santé financière européenne, Myret Zaki commet une erreur conceptuelle. Il est tout à fait envisageable que les USA et l'UE soient tous les deux en mauvaise posture. L'un l'exclut pas l'autre!

Prétendre que l’Europe dispose d’une monnaie solide alors même que l'Euroland prend eau de toutes part est au-delà du ridicule.

Dans ce blog, c'est vrai, j'ai rarement évoqué la crise des Etats-Unis. J'ai préféré me consacrer à la faillite de l'euro et de la social-démocratie européenne, non seulement parce qu'elles concernent davantage la Suisse, mais aussi parce qu'elles me paraissent bien plus inéluctable qu'un défaut de paiement de l'Oncle Sam.

Les Etats-Unis sont dans une mauvaise passe, mais ils ne sont pas enchevêtrés dans le carcan d'une monnaie unique intouchable pour des raisons politiques. Ils peuvent cesser de pacifier à bout de bras l'Afghanistan ou les zones tribales du Pakistan. Ils peuvent fermer des bases militaires un peu partout. Ils peuvent augmenter les impôts ou remettre en cause certains programmes gouvernementaux. Ils peuvent supprimer des emplois publics par centaines de milliers. Ils peuvent, enfin, choisir de dévaluer le dollar. Ce serait très mal vu de la part de tous les pays qui ont souscrit à la dette américaine, mais c'est définitivement une possibilité - à laquelle les Américains sont d'ailleurs en train de recourir, en douce, en lâchant les rênes de l'inflation.

Beaucoup de ces chemins sont impraticables en Europe, la plupart des autres sont impensables. Ils donneraient lieu à des faillites innombrables de PME, des grèves générales, une explosion de violence dans les populations dont la tranquilité est achetée à coup d'aide sociale, ou une désintégration de l'Union politique. A trop tirer sur la corde de la solidarité, elle finit par rompre...

Les Américains ont une grande marge de manoeuvre, une population capable de relever des défis et une monnaie sous contrôle. Ils ne sont pas à court de possibilités. Le dollar va passer un mauvais quart d'heure, mais l'euro, tout en maintenant une certaine apparence, est déjà lézardé sur la façade; il volera en éclats à cout ou moyen terme (et peut-être avec lui le bilan d'une bonne partie des banques d'Europe) bien avant de remplacer un billet vert qu'on enterre un peu vite.

Que restera-t-il alors? Le Yuan, comme le suggère Myret Zaki? Peu crédible. Le Yuan n'a guère d'existence dans les échanges hors de Chine. Sa parité est artificielle. Après l'effondrement du dollar et l'éclatement de l'euro, seul un imbécile irrécupérable récidiverait en accordant une nouvelle fois sa confiance à une monnaie géré par des politiciens.

gold.jpgLa seule alternative, tout le monde la connaît: l'or, bien entendu. Pas la peine de chercher plus loin la flambée actuelle des cours - 1'500 dollars l'once selon le dernier record en date. Je vous parie qu'il sera battu plusieurs fois.

L'or ne monte pas: l'or est le rocher de la côte contre lequel on mesure le niveau des eaux. Les records de l'once d'or représentent moins une envolée du métal qu'une déchéance de certaines monnaies contre lesquelles il se mesure. Lorsque les monnaies se maintiennent, l'or ne bouge pas, comme contre le franc suisse.

Les politiciens détestent l'or, parce qu'il n'est pas manipulable. On ne peut pas fixer son taux d'intérêt, lancer les rotatives ou se réunir en urgence pour décider d'en faire surrgir quelques tonnes ex nihilo pour les injecter dans le système bancaire mondial. Quel horrible métal!

Cela prendra encore quelques années de yo-yo monétaire, mais je pense que le métal précieux s'imposera à terme comme monnaie internationale, en grande partie parce qu'il est au-delà de toute "politique monétaire" décidée par un gouvernement.

Il n'y a pas de crise des monnaies; il n'y a qu'une crise de la dette, tant aux Etats-Unis qu'en Europe. La monnaie en est simplement une victime collatérale. Tant que les Etats ne seront pas parvenus au désendettement et à l'équilibre budgétaire, l'espoir d'une sortie de crise est totalement illusoire.

Il est peut-être prématuré d'annoncer la mort du dollar ou de l'euro. Mais une choses est certaine: le second n'est certainement pas en meilleur état que le premier, n'en déplaise à Myret Zaki. Et s'ils sont voués à disparaître, ils seront probablement remplacés par le précieux métal jaune.

18 avril 2011

Obama et les "Birthers": fin de partie

La nouvelle n'a pas fait les gros titre, mais elle pourrait bien mettre un terme à une polémique qui n'a que trop duré: l'Etat de l'Arizona vient de promulguer une loi forçant un candidat à prouver son éligibilité pour se présenter à l'élection présidentielle.

Si le gouverneur de l'Etat ne fait pas obstacle à la loi dans les prochains jours, et rien ne prouve qu'il le fera, alors elle entrera en vigueur et fermera sans doute définitivement les questions autour de l'éligibilité du Président Obama.

Selon l'Article 2, Section 1 de la Constitution des Etats-Unis, seul citoyen de naissance, selon la définition en vigueur à l'époque de la rédaction de la constitution, est éligible au poste de Président. Un individu naturalisé ne serait pas éligible.

Barack Obama est fils d'un Kenyan et d'une Américaine. Sa mère avait 17 ans au moment de l'accouchement; du fait de son jeune âge et de la juridiction de 1961, elle n'a pas transmis automatiquement sa citoyenneté à son fils. En fait, seule une naissance d'Obama sur le sol américain le rendrait éligible pour la fonction qu'il occupe actuellement. (Et encore, puisqu'Obama est Kenyan par son père, il est aussi citoyen de la Couronne Britannique, le Kenya étant alors une colonie; c'est-à-dire qu'il pourrait être bi-national, ce qui est incompatible avec la définition de la constitution! On le voit, le problème a bien des facettes. Mais limitons-nous pour l'instant aux interrogations sur son lieu de naissance, puisque c'est l'argument le plus "parlant", et fermons cette parenthèse.)

La question de l'éligibilité du président est lancinante et pèse depuis des mois sur la légitimité d'Obama à son poste.

Les diverses tentatives de faire passer les Birthers - ceux qui pensent que Barack Obama n'est pas éligible à son poste à cause de sa situation de naissance - pour des illuminés a fait long feu. Internet a suppléé au silence de connivence des médias traditionnel sur la question, et a poussé à la victoire électorale des candidats prêts à faire la lumière sur cette affaire. Nous en voyons aujourd'hui le résultat.

2008-06-12_obama_birth_certificate.jpgBarack Obama proclame qu'il est né à Hawaï, mais il n'a jamais montré pour prouver sa naissance là-bas que la "forme abrégée du certificat de naissance", un document montré ci-contre dont les autorités d'Hawaï elle-mêmes admettent qu'il n'est pas une preuve formelle de naissance sur le sol de cet Etat. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir.)

Le document, posté en 2008 sur le site de campagne d'Obama pour répondre à une campagne de "dénigrement et d'insultes" sur sa personne, n'a pas étouffé la polémique. Aujourd'hui, les autorités de l'Arizona admettent implicitement qu'un tel certificat est sans valeur puisqu'ils l'excluent de la liste des documents officiels prouvant la citoyenneté de naissance d'un candidat:

Ces documents [prouvant la citoyenneté de naissance] peuvent être soit la forme longue du certificat de naissance soit deux ou plus parmi les autres documents autorisés, incluant un certificat de baptême, un certificat de circoncision, un extrait du registre des naissances de l'hôpital, un enregistrement médical post partum signé par la personne qui a accouché l'enfant ou un rapport préliminaire du registre des habitants.

 

Selon l'auteur de la loi, le Républicain Carl Seel, le projet est solide parce qu'il demande les mêmes documents que ceux que doivent produire les candidats à l'armée pour prouver leur éventuelle citoyenneté américaine.

En lançant cette loi, l'Arizona est loin de faire cavalier seul: des législations similaires sont en cours d'élaboration dans le Montana, en Pennsylvanie, en Géorgie et au Texas.

De deux choses l'une: soit Obama est né à Hawaï comme il l'affirme, soit il ne l'est pas.

245px-Official_portrait_of_Barack_Obama.jpgDans le premier cas, il fournira aux autorités de l'Arizona les documents requis, mettant une bonne fois pour toute un terme aux interrogations des Birthers sur son éligibilité. Il restera aux historiens à comprendre pourquoi il a été aussi réticent à exposer ces documents aisément disponibles plus tôt et à laisser ainsi prospérer la rumeur, mais tout cela n'aura plus guère d'importance.

Dans le second, les choses deviennent plus intéressante, notamment parce que de l'aveu même du Gouverneur de l'Etat de Hawaï, personne n'arrive à trouver la version complète du certificat de naissance d'Obama. La controverse ira croissant, et des gens pourraient se mettre à réclamer des preuves de l'éligibilité d'Obama pour le mandat actuel. Et bien malin qui peut dire tout ce qui va se passer si en 2011 Obama n'est pas légalement le président des Etats-Unis!

Afin d'éviter un pénible refus de candidature en 2012 en Arizona, il est possible qu'Obama renonce à se présenter là-bas. Après tout, rien de l'y oblige, et il est peu probable que l'élection nationale se joue avec le décompte des votes de ce modeste état rural. Mais en termes d'opinion publique, il en sera autrement.

Au train où vont les choses, Obama aura du mal à garder les questions d'éligibilité sous le tapis avant les élections de 2012.

Jusqu'ici, Obama a dépensé des centaines de milliers de dollars en frais d'avocat, si ce n'est davantage, pour empêcher que certains pans de sa vie passée ne soient dévoilés au public. Bizarrement, ces secrets incluent les premières années de son existence. Pourtant, même l'adversaire politique d'Obama le plus acharné pourrait difficilement reprocher politiquement son lieu de naissance à un nouveau-né - sauf si, comme dans ce cas particulier, cela a un effet direct sur l'éligibilité de l'adulte.

D'une façon ou d'une autre, nous pouvons espérer être bientôt fixés.

Remarque complémentaire - ayant déjà vu des commentateurs partir en vrille sur ce sujet, je tiens à préciser quelques points:

  • Aimer ou détester Obama ne change strictement rien à la question de son éligibilité.
  • Qu'Obama soit métis, blanc, noir, jaune, républicain, démocrate, musulman, chrétien, hindouiste ou chausse du 47 ne change strictement rien à la question de son éligibilité.
  • Partant de là, les motivations pures ou impures qu'on prête aux Birthers et à ceux qui évoquent le sujet de ce côté de l'Atlantique, comme moi, ne changent strictement rien à la question de son éligibilité.
  • L'éligibilité d'un candidat est une question légale et constitutionnelle. Prétendre que la Constitution Américaine est "désuète" sur ce point est défendable, mais, ici encore, hors-sujet. Il existe des moyens légaux pour l'amender; en attendant, elle s'applique. Dura lex, sed lex.
  • Si Obama devait être déclaré inéligible aujourd'hui, le poste de président échoirait au vice-président, Joe Biden, démocrate lui aussi. Ce serait évidemment un séisme politique, mais aucun automatisme n'offrirait la présidence aux Républicains.
  • Les interrogations sur l'éligibilité d'Obama sont antérieures à son élection. Elles remontent aux primaires démocrates.
  • A ceux qui se demanderaient comment un scénario pareil est possible, rappelons que c'est aux partis politiques américains (Républicains et Démocrates) à qui il incombait jusqu'ici de vérifier, en interne, l'éligibilité de leurs candidats.
  • Obama n'est de loin pas le premier homme politique de l'histoire à avoir connu pareils soucis. En fait, son adversaire de 2008, John McCain, né à Panama, a dû lui-même prouver devant une commission républicaine qu'il était bien citoyen américain de naissance dans le sens constitutionnel du terme.

Merci de tenir compte de ces éléments dans vos éventuels commentaires :-)