22 décembre 2010

Fausses notes

Vous êtes en quête d'une voiture d'occasion. Vous hésitez devant un modèle vanté par le vendeur. Celui-ci vous brandit un certificat de qualité pour le véhicule, mais en faisant le tour vous apercevez une large tache d'huile sous le bloc moteur... L'achèteriez-vous?

Ce décalage entre la qualité estimée par un tiers, ici l'émetteur du certificat, et la qualité effectivement perçue par le client se retrouve à tous les niveaux, y compris lorsque des organismes financiers cherchent à placer leur capital en souscrivant à des obligations d'Etat.

rust.jpgAlors, que fait-on en cas d'incertitude? On s'assure. On s'assure contre le risque. Dans le cas d'une voiture, on négociera une garantie auprès du garagiste-vendeur; dans le cas de la souscription à un emprunt d'Etat, on achètera des Credit Default Swaps (CDS).

Derrière leur nom barbare, les CDS ne sont que des certificats d'assurance comme les autres. Ces produits financiers permettent de se prémunir contre un défaut de paiement de celui qui a émis une dette. Ils n'existent pas que pour les Etats, d'ailleurs, certaines variétés couvrent les emprunts des grandes entreprises. La comparaison entre le prix des uns et des autres est révélatrice, et j'invite le lecteur curieux à lire ce billet instructif sur une spéculation qui ne dit pas son nom.

Mais revenons à notre sujet: les CDS sont une assurance contre la faillite.

Si le risque est élevé, le CDS est cher, forcément. C'est comme pour les assurances automobiles, ceux qui plient une voiture par an doivent payer plus de primes que les bons conducteurs.

Or, nous savons tous que le "risque" d'un pays est aussi représenté à travers la note que celui-ci obtient des agences financières. AAA, AA1, perspective négative, dégradation de la note, toutes ces notions font désormais partie du vocabulaire courant, crise oblige. Les pays jugés très fiables comme la France et l'Allemagne, nous dit-on, méritent un triple A, la meilleure note. Les mauvais payeurs obtiennent des notes inférieures, pour rester poli, jusqu'aux eaux troubles où les perspectives de retrouver sa mise sont si faibles qu'il vaut mieux tenter sa chance au casino.

On serait donc en droit de voir une sorte de corrélation entre la note attribuée à un pays par une agence de notation, et le prix de ses CDS sur le marché, c'est-à-dire le tarif des assurances destinées à se protéger contre un défaut. Bonne note = pas risqué = CDS pas cher. Et réciproquement, Mauvaise note = risqué = CDS coûteux.

Eh bien, pas du tout.

Beaucoup de pays de la zone euro ont des notes excellentes et des CDS paradoxalement très chers.

La note dit "pas risqué" et le CDS hurle "attention, risque maximum, méfie-toi!" Tout cela est très étrange.

Une seule explication: l'un des deux se trompe. Est-ce la note, ou le CDS?

Levons un secret de Polichinelle: c'est évidemment la note. Pour une raison très simple - celui qui note ne prend pas de risque personnel. Il note, rien de plus. S'il s'est fourvoyé, eh bien, ça arrive, l'erreur est humaine. Il en sera quitte pour une réputation un peu étrillée mais c'est à peu près tout. A l'opposé, celui qui souscrit des CDS le fait pour couvrir un emprunt; il a confié son argent et cherche à le protéger. S'il se trompe, il met en jeu la rentabilité de son prêt et ses économies. Il fait donc nettement plus attention.

Savoir que les notes sont surévaluées, c'est déjà bien, et beaucoup s'en doutaient déjà. Mais un article de Businessweek (Merci à Astynoos) nous donne une information autrement plus précise: à quel point sont-elles fausses?

Pour le savoir, des experts se sont contentés d'établir une corrélation entre le prix des CDS et les notes. Là où les pays, mêmes pauvres, ne sont pas dans la tourmente politique (et où les agences de notation ne sont pas désignées comme bouc-émissaire par des élites irresponsables) il existe une corrélation nette entre le prix de l'assurance et la note. Rien de tel pour la zone Euro, où on voit que les pressions des gouvernements sur les agences de notation portent décidement leurs fruits. Mais, en utilisant les CDS, il reste possible de mesurer le décalage entre note officielle et note réelle. Le résultat est décoiffant.

Les CDS associés aux obligations françaises impliquent une note de Baa1, sept rangs en dessous de la note Aaa actuellement accordée par Moody's, selon le groupe de recherche sur le marché des capitaux de la firme basée à New York.

Les contrats sur le Portugal impliquent une note B2, dix rangs en dessous de sa note A1, alors que les swaps associés aux obligations espagnoles valent un Ba3, onze rangs en dessous de sa note Aa1 actuelle, montrent les données du groupe de recherche sur Moody's. Les produits dérivés protégeant la dette belge impliquent un rating de Ba1, neuf rangs en dessous de son Aa1 actuel.

 

Il faut décidément être bien naïf pour croire aux bonnes notes attribuées par les agences. Et en fait, comme en témoigne le marché des CDS, les investisseurs n'y croient pas!

J'en arrive presque à me demander si l'illusion des notes ne serait pas maintenue juste à l'intention du grand public. Ce n'est pas impossible, vu la propension des autorités à multiplier les déclarations pontifiantes. Mais comme quelques graphiques valent mieux que de longs discours, voyons à quel point l'Euroland est sorti des turbulences, avec le taux d'intérêt des emprunts d'Etat à dix ans pour...

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...L'Irlande...

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...L'Espagne...

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...Le Portugal.

Tout cela est radieux, n'est-ce pas? Et on s'étonne d'une crise de confiance enver l'Euro!

L'hiver va être rude, pas seulement à cause de la neige.

04 décembre 2010

Le Sommet de Cancun

Découverte via h16, une vidéo sur le Sommet de Cancun va sans nul doute devenir virale.

Le Sommet de Cancun? Mais si, vous savez, du 29 novembre au 10 décembre, la 16e conférence sur les changements climatiques dans le cadre de l’ONU (CCNUCC) dont l'objectif est de trouver un accord international sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période 2013-2020...

Les ministres de l'environnement, délégués et autres lobbyistes issus de 194 pays se retrouvent donc à Cancun avec un agenda chargé: déforestation, compensations de non-émission, législation internationale contraignante pour la réduction des émissions de CO2, définition de quotas de CO2 et ainsi de suite dans le cadre de la lutte historique de l'humanité contre le réchauffement climatique.

Pourquoi Cancun me direz-vous? Eh bien, Cancun est une espèce de symbole d'un développement non maîtrisé; une station balnéaire artificiellement érigée sur d'anciennes mangroves asséchées. Pauvres mexicains qui ont vu leurs marais poisseux bourrés de moustiques remplacés par des hôtels de luxe! Saloperie de développement économique! On visionnera avec délice le reportage de la TSR sur la ville, il vaut son pesant de cacahuètes.

On imagine l'abnégation et le sérieux de chaque participant, imprégné de l'importance cruciale de sa mission pour la survie de la civilisation et l'avenir de l'humanité alors que s'ouvre le sommet...

Foutaises, faut-il crier à ce moment là. N'en jetez plus, la coupe est pleine! Assez!

Si les délégués écolo-bien-pensants du monde entier se réunissent à Cancun, c'est avant tout parce que c'est une station balnéaire super cool débordante d'hôtels de luxe, de piscines, de spas et de plages artificielles magnifiques. L'alcool y coule à flots, il y a de la musique live et des buffets à volonté (et probablement les extras qui vont avec, de la drogue aux prostituées.)

Démonstration. C'est encore mieux avec un peu de son.

Voilà, chers lecteurs, comment l'humanité est sauvée par ses élites pendant que la Suisse s'enfonce sous la neige. Allons, cette vidéo ne montre que le premier soir, n'oublions pas que le sommet dure jusqu'au 10 décembre.

Je comprends qu'on se bouscule pour sauver la planète!

Si le résultat de Cancun est insuffisant, le prochain sommet se tiendra en Afrique du Sud à Durban en décembre 2011. Comme par hasard, Durban se trouve être une station balnéaire luxueuse. Ca tombe drôlement bien! Et puis décembre 2011, dans l'hémisphère sud, ce sera très ensoleillé. Un symbole en direction du réchauffement climatique, sans aucun doute.

Oui, il fait bon sauver la planète. Mais comme dit h16, pas de quoi s'indigner: c'est avec votre pognon, après tout.

22 août 2010

Obama, président fini

Barack Obama appartient déjà à l'histoire. A l'histoire ancienne.

Récemment, on apprend, pour s'en moquer, qu'un Américain sur cinq pense qu'Obama est musulman. Crétins d'Américains ignorant jusqu'à la religion de leur président, n'est-ce pas... Je me demande en passant ce que donnerait un tel sondage si on demandait aux Français la religion de Nicolas Sarkozy, ou aux Suisses celle de Doris Leuthard!

La question a tout autre sens outre-atlantique, où religion et valeurs morales ne comptent pas pour beurre. En effet, ce sondage montre moins une prétendue ignorance sur le sujet qu'une évolution intéressante au cours du temps:

Le nombre d'Américains qui identifient correctement (sic) Barack Obama comme chrétien a chuté de près de la moitié en un an, à 34%

 

Et au fait - Correctement? Pourquoi la religion "correcte" d'Obama devrait-elle être la religion chrétienne? Parce qu'il le dit? Etonnant comme à certains cette explication suffit! A les en croire, Obama serait donc le premier homme politique de l'histoire incapable de mentir...

En réalité, Obama a moins fréquenté des églises comme la Trinity United Church of Christ de Jeremiah Wright pour y prier que pour y recevoir une formation d'agitateur gauchiste. A l'époque où il vivait en Indonésie, la religion d'Obama était clairement indiquée sur ses papiers d'identité: musulman. Il se rendait d'ailleurs très régulièrement à la mosquée le vendredi, comme le rappelle Guy Millière. Obama a même passé deux ans dans une école musulmane où on étudiait assidûment le Coran, et deux ans dans une école catholique - où il était inscrit comme "élève musulman".

En l'absence de traces d'une spectaculaire conversion au christianisme, il n'y a rien de ridicule à avoir des doutes. Ceux-ci sont alimentés par les nombreux mystères qui émaillent la vie d'Obama, à commencer par son lieu de naissance et son éligibilité.

L'impopularité de Barack Obama aux Etats-Unis n'a rien de nouveau. Il est descendu si bas qu'il est encore moins aimé que George W. Bush - et encore, selon un sondage démocrate.

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Expliquer pourquoi la cote Obama est en chute libre depuis son élection sortirait du cadre de ce billet. Déficits abyssaux, soumission symbolique des Etats-Unis envers des régimes ennemis et brouille avec ses alliés, hausses d'impôt, esprit partisan, réforme calamiteuse (et probablement illégale) du système de santé, chômage stagnant à plus de 10%, responsabilité des autorités dans la fuite de pétrole du Golfe du Mexique, mépris affiché des Américains et des valeurs traditionnelles de l'Amérique... Oh, aviez-vous aussi remarqué que la prison de Guantanamo n'est toujours pas fermée?

987687G_obama_approval_index_august_22_2010.jpgLa vieille excuse de la faute à Bush a vécu; quant à l'éventuel obstructionnisme de l'opposition Républicaine, elle ne convaincra que les crédules, les Démocrates ayant la majorité absolue dans les deux chambres. La gauche américaine porte l'entière responsabilité de la gestion du pays depuis l'élection de Barack Obama en 2008. Le résultat n'est pas brillant.

La nouveauté n'est pas dans l'impopularité d'Obama, mais dans la diffusion de cette nouvelle au sein des médias européens. Jusqu'à présent, ils passaient sous silence les nombreux déboires électoraux de la gauche depuis l'élection d'Obama - symboles de ce recul - ainsi, bien entendu, que de sa perte de popularité permanente. Obama restait en Europe aussi immaculé que le jour de son triomphe.

Aujourd'hui, les médias préparent l'opinion en vue de la monumentale déculottée que les Démocrates vont subir en novembre. En laissant bien comprendre, cela va sans dire, que ce revirement brutal est dûe à l'imbécillité de ces indécrottables Américains.