29 novembre 2012

Pétrole 2.0

Le pic pétrolier et autres théories fumeuses intéressent au plus haut points des écologistes et certains médias, inquiets pour le devenir d'une société de consommation vouée à une pénurie certaine selon eux - ce qui est pour le moins paradoxal, vu leur souhait affiché d'en finir avec elle.

C'est comme s'ils se hâtaient au chevet du malade non pour lui souhaiter un prompt rétablissement, mais plutôt pour assister au spectacle de son dernier souffle...

énergie,recherche scientifique,pétrolePour les fossoyeurs de l'âge du pétrole, la perspective d'une technologie permettant de recycler le plastique en pétrole est indéniablement une mauvaise nouvelle. Or, cette technologie existe. Elle est novatrice, certes, mais pas si récente - elle existe depuis six ans.

Comment? Vous n'en aviez jamais entendu parler? Comme c'est bizarre...

Réussissant par on ne sait quel miracle à franchir l'épais brouillard médiatique, une dépêche de l'AFP intitulée l'alchimiste américain qui refait de l'or noir avec du plastique (un titre avec tout ce qu'il faut de fantaisie romantique dedans) révèle à l'occasion du salon lyonnais de l'environnement Pollutec ces nouveautés dont on ne parle habituellement jamais:

La technique d'Agilyx, [née aux Etats-Unis,] permet de traiter n'importe quel plastique, même le plus vieux ou le plus sale pour lequel un recycleur ferait la fine bouche.

D'abord broyé, le dit plastique est ensuite placé dans une grande cartouche, chauffé pour être transformé en gaz, puis refroidi avec de l'eau, le pétrole étant ensuite séparé en remontant à la surface.

Au final, plus de 75% du poids de départ est transformé en pétrole brut de synthèse, prêt à être raffiné comme n'importe quel or noir saoudien ou russe. Le reste se partage en gaz et dans un déchet final (moins de 10%).

 

Agilyx est une petite société de 60 employés promise à une croissance rapide. Plusieurs usines sont en chantier aux Etats-Unis. Elle n'est pas seule sur ce créneau en plein essor, s'y trouvent aussi le britannique Cymar ou l'américain Vadxx Energy. Il y a clairement un marché à prendre.

Les décharges de plastique deviennent des champs de pétrole en devenir. Jon Angin, le vice-président de la société, explique: "Ce qui nous intéresse nous, ce ne sont pas les plastiques qui sont recyclés aujourd'hui, ce sont les plastiques dont personne d'autre ne veut et qui finissent généralement à la décharge." On parle donc bien de déchets non valorisés.

Le rendement est impressionnant: dix tonnes de plastique rendent environ cinquante barils de pérole. La consommation d'énergie est de dix barils ; l'opération de de recyclage permet donc un rendement net de quarante barils en équivalent pétrole. La production mondiale de déchets plastique étant estimée à 280 millions de tonnes en 2011, il y a donc un potentiel de 70 millions de barils de pétrole recyclés annuels selon la méthode développée par Agilyx, sans compter le volume de déchets existant...

Et le plastique issu de ce nouveau pétrole pourrait encore être recyclé!

Mieux, le pétrole recyclé de cette façon est d'excellente tenue, de nombreuses impuretés ayant été retirées lors de la première transformation en matière plastique. "C'est un brut de bonne qualité qu'on pourrait qualifier de léger, souvent recherché par les raffineries", explique François Badoual, directeur de Total Energy Ventures, un des actionnaires de la jeune société.

Nous ne sommes pas dans l'univers évanescent des dotcom et des cours boursiers bâtis sur du vent, mais dans le domaine industriel. C'est du concret. Au cours actuel du brut, l'entreprise est déjà rentable.

Entre le pétrole recyclé de plastique, le pétrole issu de biomasse, le pétrole issu de sables bitumeux et bien d'autres techniques qui restent à découvrir, la thèse de l'épuisement des ressources apparaît de plus en plus sous un jour fallacieux, car incapable d'intégrer l'inventivité de l'esprit humain.

Et c'est plutôt une bonne nouvelle - mis à part pour ceux qui espèrent en secret la pénurie de pétrole et chérissent l'idée du crépuscule de notre mode de vie. Ceux-là ne manqueront pas de trouver tous les défauts du monde même au recyclage du plastique!

07 novembre 2012

Obama brillamment réélu

Depuis cette nuit, nous connaissons enfin le locataire de la Maison Blanche pour les quatre prochaines années.

obama-2012.jpg

Malgré les sondages évoquant un coude-à-coude, la réélection de Barack Obama semble avoir été facile, en dépit d'un bilan politique plutôt mitigé.

Face à lui, Mitt Romney n'a pas dépareillé ; mais le candidat républicain modéré n'a pas réussi à mobiliser autour d'un projet politique qu'il n'a d'ailleurs jamais vraiment formulé. Malgré toute son expérience dans le secteur privé, Mitt Romney, présenté par les Républicains comme le "meilleur candidat possible" parce qu'il le fallait bien, manquait de charisme et de combativité. Gagner de façon incontestable un des trois débats présidentiels a été son fait d'armes le plus marquant ; cela n'a évidemment pas suffit.

barack obama,mitt romney,usaMédiatiquement, la population américaine a suivi le script prévu. Le quatrième pouvoir a adoubé Obama depuis 2008 et n'a jamais remis ce soutien en question. L'Obamania a déferlé jusqu'en Europe avec des résultats durables. Aujourd'hui encore, quatre Français sur cinq "voteraient" pour Obama. En Suisse, un sondage en ligne du Matin, montré ci-contre, donne une proportion identique.

Que va-t-il se passer aux Etats-Unis entre 2013 et 2016? Eh bien, on peut s'attendre à une continuation de la marche en avant de l'Etat Fédéral américain vers la social-démocratie à l'Européenne (avec la réussite que l'on connaît sur le Vieux Continent) avec plus de régulations, de centralisation, de taxes, de subventions, de dirigisme, de socialisme.

"Obamacare" sera mis en place en 2014, créant pour de bon une machine à déficit dont les Américains ne verront jamais le bout.

Le dollar-papier continuera à s'éroder jusqu'à sa valeur intrinsèquement nulle. Bonne nouvelle pour ceux qui possèdent de l'or...

La reprise finira bien par se produire, mais la croissance restera molle et le taux de chômage élevé. Suivant son jeu partisan, Barack Obama se fera un plaisir d'attribuer ces piètres performances économiques aux minorités de blocage dont disposent encore les Républicains.

Barack Obama pourra probablement nommer entre 1 et 4 juges de la Cour Suprême américaine, influant de manière décisive sur l'équilibre de cette institution.

Sur le plan de la politique étrangère, il n'y aura probablement pas de gros changements ; l'administration Obama continuera de garder ses distances avec les alliés traditionnels de l'Amérique tout en étant bien accommodante avec les régimes hostiles. La conséquence la plus inquiétante de cette posture touche évidemment au dossier nucléaire iranien. En l'absence d'une Amérique frappant fermement du poing sur la table, il est plus que probable qu'une nouvelle guerre éclate à court terme au Moyen-Orient.

Les Républicains gardent le contrôle de la Chambre des Représentants, les Démocrates celui du Sénat: les équilibres politiques établis depuis les élections de mi-mandat de 2010 continueront à prévaloir. C'est la seule chose, peut-être, qui pourra encore retenir Obama. N'ayant plus aucun souci à se faire sur le plan de la popularité, le président réélu aura les coudées franches pour tenter désormais d'appliquer les mesures les plus radicales de sa pensée.

Depuis des années, on annonce le "point de bascule" - le moment où la somme des intérêts particuliers, du vote communautaire (90% des Noirs et 70% des Latinos soutiennent Obama) et des clientèles électorales cultivées à coup de subventions réussira enfin à l'emporter sur la simple démocratie représentative. Le second mandat de Barack Obama pourrait marquer le franchissement de ce point de non-retour.

Les Républicains, enfin, devront se livrer à une remise en question en profondeur - de la qualité de leurs candidats à leur relation aux médias - s'ils veulent espérer retrouver le chemin de la présidence un jour.

18 octobre 2012

Feuille de route vers un désastre

Au hasard de leur pérégrinations, certains d'entre vous sont peut-être déjà tombés dans un recoin d'Internet sur la célèbre "carte de la domination islamique", une espèce de plan plus ou moins délirant de conquête du monde...

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20 septembre 2012

OGM: une étude qui tombe pile-poil

Quelques semaines après les conclusions du programme helvétique PNR 59 (évoqué ici) relevant l'absence de nocivité des OGM surgit de nulle part une étude française aux conclusions ravageuses: Oui, les OGM sont des poisons!

Et d'illustrer le tout avec de bonnes grosses photos de rats malades de cancer.

rats.jpg

Les OGM c'est bon, mangez-en...
Sauf qu'un de ces rats n'en a jamais consommé.

Bien sûr, la presse reprend unanimement la dépêche et les "conclusions" de l'étude; en Suisse, le Matin se charge de la vulgarisation, avant de revenir à la charge pas plus tard que le lendemain avec une interview d'Adèle Thorens, vice-présidente des Verts, souhaitant "interpeller" le Conseil Fédéral pour reconduire le moratoire sur les OGM.

Vraiment, ça tombe à point nommé.

Le programme PNR 59 a conclu que les OGM étaient sans danger. Surgit une étude sortie du chapeau, décrétant rien de moins que les OGM çay le mal, façon cancer fatal. L'honnête homme ne sait plus où donner de la tête. Comment des études menées par des dizaines de chercheurs helvétiques peuvent-elles parvenir à des conclusions aussi radicalement différentes de celles d'une unique équipe française?

C'est qu'en science, malheureusement, il y a étude et étude. Toutes ne se valent pas. Question de biais expérimental ou d'opinions préconçues, par exemple. On lira ainsi avec avec étonnement l'analyse critique de la fameuse étude sur des "papillons mutants" à Fukushima, où comment les conclusions sont établies avant l'étude qui doit les déterminer. Malheureusement, le grand public est rarement mis au courant de ces discussions.

Les travaux de Gilles-Eric Seralini, le chercheur de Caen, appartiennent-ils à cette catégorie? Ce n'est pas impossible. L'homme a droit à sa page sur wikipedia (l'onglet de discussion est plutôt éclairant) et a visiblement une réputation sulfureuse dans ses recherches contre l'herbicide Roundup ou les OGM, à la limite de l'obsession. Il s'est engagé politiquement auprès de la liste Europe écologie. Il a fondé le CRIIGEN, un organisme de recherche entièrement dédié à la justification scientifique de la lutte contre les OGM, et il est cofinancé par Greenpeace, organisme entièrement neutre sur la question comme chacun sait...

En fait, le monsieur et son laboratoire traînent une liste de casseroles assez longue.

L'étude doit s'accompagner le 26 septembre d'un film, "Tous cobayes", qui rend compte de cette expérience, ainsi que d'un livre chez Flammarion. Sommes-nous encore dans la vulgarisation scientifique, ou dans le militantisme appliqué?

Certes, il n'est pas impossible que M. Seralini vienne de démontrer une dangerosité soudaine - et jusqu'ici parfaitement inconnue - de certains OGM de maïs. Mais les opinions visiblement bien établies de ce monsieur obligent à prendre des pincettes. Les écologistes sont les premiers à dénoncer la collusion d'intérêt et le manque d'indépendance lorsqu'une étude financée par untel ou untel ne va pas dans leur sens. Qui ne hausserait pas le sourcil face à une étude étayant les bienfaits du tabac, payée par Philip Morris?

Mais ici, les mêmes semblent abandonner toute prudence dès lors que l'étude valide leurs positions anti-OGM.

Venons-en donc à la publication proprement dite. Elle est disponible en ligne (avec les photos-choc) et montre en effet...  Quelques faiblesses, et il n'est pas besoin d'avoir un doctorat en biologie moléculaire pour le comprendre. Le protocole expérimental est résumé dans un article du Figaro:

Sous la houlette de Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen, qui n'en est pas à son premier coup d'essai (sic), les auteurs de ce brûlot ont suivi pendant deux ans pas moins de 200 rats qu'ils ont répartis en neuf groupes d'une vingtaine d'individus. L'objectif était de tester les effets d'un régime alimentaire contenant trois doses (11 %, 22 % et 33 % de la ration totale) de maïs transgénique NK603 de la firme Monsanto, désherbé ou non avec du Roundup, un herbicide également produit par Monsanto auquel ce maïs est capable de résister. Enfin trois autres groupes de rongeurs ont été abreuvés avec une eau contenant des doses d'herbicides proches de celles que l'on retrouve dans les champs de maïs génétiquement modifié. Tous ces rats ont été comparés à des animaux témoins nourris avec une variété non transgénique, très voisine (mais non identique ou isogène) du NK603 et n'ayant pas reçu de Roundup.

 

Les groupes sont donc: R (pour "soumis au Roundup"), GMO (pour "soumis à une nourriture OGM") et GMO + R (pour "nourriture OGM arrosée de Roundup".) Chaque groupe est divisé en quatre sous-groupes: rien du tout (groupe témoin) ou 11%, 22% ou 33% du régime précité. Les 200 rats sont divisés en tellement de groupes qu'à la fin chacun ne comporte plus que 10 individus, ce qui est vraiment faible pour établir des statistiques valides.

Le tableau des résultats est livré en page 4 de l'étude, et mérite qu'on s'y attarde. Je ne me hasarderai pas à commenter les tumeurs et leur "qualité", qui implique un jugement de valeur, mais simplement à analyser la mortalité des individus dans les échantillons:

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Les deux colonnes se rapportent aux mâles et aux femelles. La zone blanche correspond à l'espérance de vie moyenne de l'espèce, la zone grisée à un âge auquel les rats doivent "normalement" mourir (de vieillesse, de maladie ou de quoi que ce soit d'autre). Certains individus soumis toute leur vie à une nourriture viciée résistent donc plutôt bien - et à partir de la zone grisée, il est difficile de dire si les rats meurent plus à cause des effets de leur alimentation ou simplement de vieillesse. Le décompte significatif est effectué lors du trait vertical plein.

Le destin des groupes de rats de chaque catégorie est instructif. La ligne pointillée correspond au groupe témoin (soumis ni au Roundup, ni à du maïs OGM). Les lignes à trait plein plus ou moins grasses correspondent aux groupes soumis à des doses croissantes, le "pire dosage" apparaissant en gras.

Le Roundup est un herbicide contenant du glyphosate, irritant et toxique, et n'est pas destiné à être consommé directement, encore moins à hautes doses. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les rats de laboratoire soumis à pareille alimentation souffrent quelque peu durant leur triste existence, en théorie en tous cas. Ainsi, la vie des rats du groupe "R" devrait être bien courte. Pourtant, il n'en est rien. Les mâles à durée de vie la plus longue sont ceux soumis aux plus fortes doses de Roundup!

Le cas des femelles est plus instructif, parce que les courbes s'arrêtent abruptement dès l'arrivée dans la zone grise. Deux femelles de l'échantillon-témoin sont déjà mortes. Pas possible de voir comment évolue la courbe dans la "zone gériatrique" comme pour les mâles. C'est dommage.

Les femelles exposées au Roundup ou au maïs OGM s'en sortent moins bien que leurs homologues masculins, mais il faut noter que les deux femelles-témoin mortes avant leur bel âge ont été euthanasiées (elles apparaissent en noir dans l'histogramme) pour "éviter leur souffrance selon les règles éthiques, soit "des tumeurs de plus de 25% du poids de leur corps, une perte de poids de plus de 25%, un saignement hémorragique, etc." mentionne l'étude.

La vie n'est pas un long fleuve tranquille chez les rats, même dans l'échantillon-témoin, et c'est un indice sur lequel nous allons revenir.

Plus éloquent encore: dans toutes les catégories, les rats soumis au "pire régime" - 33% de nourriture OGM et/ou arrosée au Roundup - ont un meilleur taux de survie à la mesure que ceux soumis à de moindres doses. Un poison mortel à petite doses, mais inoffensif à hautes doses? Voilà effectivement une découverte inédite!

Dans tous les cas, l'échantillon de recherche est extrêmement réduit face à une variété de rat qui souffre visiblement d'une mortalité élevée dans toutes les conditions. La démonstration n'apparaît guère probante: la mortalité des groupes ne montre aucune corrélation avec le dosage des produits testés, et l'écart avec le groupe témoin n'a rien de significatif.

Restent les photos affreuses, abondamment reprises dans la presse, destinées à marquer les esprits. L'effet est réussi, même si aucune étude ultérieure ne parvient jamais à répéter les curieux résultats obtenus par notre chercheur-militant.

Une étude conduite par un anti-OGM notoire, biaisée dans ses résultats et sa présentation? Qui irait imaginer cela! Pourtant, même du côté du Figaro, la prudence prédomine:

"Il manque des données chiffrées sur les tumeurs et les analyses biochimiques, mais aussi sur le régime alimentaire et l'historique de la souche de rats utilisée", note le toxicologue Gérard Pascal. En outre, contrairement à ce qu'affirme le Pr Séralini de nombreuses études à long terme ont déjà été menées sur des rats et des animaux d'élevage (vaches laitières, porcs, moutons, volailles…) nourris aux OGM. Aucune n'a montré de différence significative.

 

Ce n'est pas totalement surprenant. Tom Sanders, directeur du département des sciences nutritionnelles au King's College de Londres, dévoile la clef de l'énigme:

Les chercheurs n'ont pas fourni de données chiffrées sur la quantité de nourriture donnée aux rats, ni sur leur taux de croissance. "Cette race de rat est particulièrement sujette aux tumeurs mammaires lorsque les ingestions de nourriture ne sont pas contrôlées."

"Les méthodes statistiques sont inhabituelles et les probabilités ne permettent pas de comparaisons multiples. Il n'existe pas de projet d'analyse de données et il semble que les auteurs n'ont retenu que les chiffres les intéressant."

 

Ce ne sont pas des avis isolés: mention spéciale à la TSR pour son reportage équilibré sur les doutes entourant cette étude. Lui aussi mentionne le manque de fiabilité de l'espèce de rat utilisée:

Les soupçons s'accumulent, et ne sont calmés en rien par la réticence de l'auteur à livrer ses données brutes. On ne saura pas davantage si les rats en photo sont des vieillards coriaces ayant dépassé depuis longtemps l'espérance de vie de leur race.

Prendre une souche de rat ayant tendance à développer des cancers avec l'âge et présenter ces derniers comme le résultat d'une consommation d'OGM? Voilà une habile stratégie pour embobiner le chaland!

C'est beau comme du Lyssenko.

 


 

Mise à jour (21 septembre): le sujet provoque une avalanche de réactions sur le Web. Comme le dit un internaute: "L'équipe de M. Séralini comprend une spécialiste de microscopie électronique, un médecin privé à la fois généraliste, acuponcteur, homéopathe... Pas un seul toxicologue ni cancérologue pour une étude qui étudie la toxicologie et le caractère cancérogène d'un OGM, il fallait le faire."

Si certains journaux comme le Matin persistent dans le déni, d'autres se montrent enfin circonspects, tel le journal français Le Monde, peu suspect de sympathie pro-OGM.

Le quotidien brosse un portrait du "chercheur engagé" Gilles-Eric Séralini, et explique surtout les carences - fatales - de l'étude: faiblesses statistique majeures et incompatibles avec les normes scientifiques européennes, aucune indication sur les doses de maïs transgénique délivrées, pas d'analyse poussée des constituants du maïs ni de données chiffrées sur la fréquence des pathologies observées et sur les analyses biochimiques... Et une espèce de rat totalement inappropriée pour une étude de longue durée.

En effet, il est banal que les rats développent des cancers avec l'âge. Les rats utilisés, de la souche dite de Sprague-Dawley, sont les pires à ce sujet: 45 % de ces rongeurs développent cette pathologie, sans la moindre intervention. Ce défaut est connu depuis... 1973. on ne peut donc guère accorder le bénéfice du doute au professeur Séralini. Il a délibérément choisi des rats contractant des cancers quoi qu'il arrive.

Cerise sur le gâteau, l'étude est entre autre financée par le CERES, une association regroupant des acteurs de la grande distribution française (Carrefour, Auchan), qui ont un intérêt tout particulier à promouvoir leur filière Bio, génératrice de marges commerciales supérieures. Vous aviez dit "recherche indépendante"?

N'en jetez plus, la coupe est pleine.

Toutes mes condoléances aux anti-OGM qui ont rapidement rangé tout esprit critique pour embrasser une étude pseudo-scientifique dont les conclusions allaient enfin dans le sens de leurs convictions.

 


 

Mise à jour (28 septembre): Comme on s'en doutait, l'étude OGM de Séralini ne passe pas le test statistique. Ces conclusions sont de de Marc Lavielle, de l'INRIA à Saclay, et du Laboratoire de Mathématiques de l'Université Paris-Sud Orsay, également membre du Conseil Scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies - et elles sont limpides:

Le protocole et les outils statistiques utilisés souffrent de graves lacunes et faiblesses méthodologiques qui remettent totalement en question les conclusions avancées par les auteurs.

Une analyse statistique rigoureuse des résultats obtenus lors de cette étude ne met en évidence aucune différence significative de la mortalité des rats dans les groupes contrôle et expérimentaux et aucune différence significative des paramètres biochimiques.

 

Mais de tout cela, on se doutait déjà ; l'étude entière n'est qu'un "coup médiatique" destiné à frapper l'opinion. Le succès est mitigé. En Suisse, les discussions sont en cours mais l'étude Séralini, bien que pour le moins controversée, a évidemment été reprise dans les discussions pour prolonger un moratoire sur les OGM (j'adore le paradoxe du "les gens n'achèteraient probablement pas d'OGM, alors interdisons-les!")

Côté UE, l'étude n'a pas fait bouger les lignes; il faut dire qu'elle s'adresse avant tout à un public français convenablement travaillé par les médias, et à une classe politique résolument arc-boutée contre les OGM: il n'y a donc pas beaucoup de changement à attendre à prêcher des convaincus.

19 septembre 2012

Romney en flagrant délit de sincérité

Il est des impairs à ne pas commettre en période électorale américaine: perdre son sang-froid par exemple. Ou dire la vérité. Pour avoir commis ce triste délit, Mitt Romney est aujourd'hui démoli avec gourmandise par des médias qui, avouons-le franchement, n'ont jamais rien fait d'autre que de rouler pour Obama.

Le crime remonte au mois de mai, alors que M. Romney n'était pas encore officiellement le poulain du camp républicain. Au cours d'une soirée privée de récolte de fonds, le candidat s'est lancé dans certaines considérations avec un niveau de franchise plus élevé que ce à quoi les déclarations publiques nous habituent - alors même qu'il était filmé en caméra caché par une source de Mother Jones, journal engagé à gauche.

Aujourd'hui, selon un timing minuté pour nuire au maximum au candidat, les séquences sont diffusées petit à petit. Nous n'en avons pour l'instant que deux, d'autres suivront peut-être. La première est liée à la "mentalité d'assisté" des électeurs démocrates:

"47% [des électeurs] voteront pour le président [Obama] quoi qu'il arrive. Il y a 47% des gens qui sont avec lui, qui dépendent du gouvernement, qui pensent qu'ils sont des victimes, qui pensent que le gouvernement doit s'occuper d'eux, qui pensent qu'ils ont le droit d'avoir accès à une couverture santé, à de la nourriture, à un toit, à tout ce que vous voulez."

"Ces gens pensent que c'est quelque chose qui leur est dû. Que le gouvernement devrait le leur donner. Et ils voteront pour [Obama] quoi qu'il arrive. Ce sont des gens qui ne paient pas d'impôts."

 

Où est le scandale, au juste? Le clientélisme est à la base de toute politique socialiste. Redistribuer les richesses des autres est le fondement même de l'Etat-providence, et à une époque les partisans de ce genre de programme (qui prétendaient bien entendu que c'était à des tiers, et non à eux-mêmes, qu'il s'agissait de venir au secours) en tiraient même une certaine fierté.

Evidemment, nous avons dépassé ce stade depuis très longtemps, et la plupart des gens ont bien compris aujourd'hui que la définition correspond surtout à une posture morale, quand il ne s'agit pas de vol pur et simple. Dans la pratique, l'argent finit bien plus souvent dans les poches des intermédiaires et de la bureaucratie, les "aidants", que dans celles des "aidés", qui ne s'en sortent pas. Ce n'est pas pour rien qu'en France comme ailleurs le PS est surtout le parti des fonctionnaires, guère celui des ouvriers ou des plus pauvres.

Comme le disait Margaret Thatcher: "Je n'ai jamais oublié que l'objectif inavoué du socialisme – municipal ou national – était d'accroître la dépendance. La pauvreté n'était pas seulement le sol nourricier du socialisme: elle en était l'effet délibérément recherché."

Toutefois, les "47% de votants démocrates incompressibles" mentionnés par Mitt Romney reposent sur une erreur d'appréciation:

[Les] non-assujettis à l'impôt sur le revenu ne sont pas tous des citadins à faible revenu vivant des bons alimentaires, des aides au logement et d'autres programmes sociaux traditionnellement soutenus par les démocrates.

Beaucoup sont des retraités et des électeurs blancs issus de la classe ouvrière qui se montrent méfiants à l'égard du rôle de l'Etat qu'ils jugent parfois de nature à menacer leurs libertés individuelles.

Cette méfiance les incite naturellement à se montrer conservateurs politiquement et à voter pour le parti républicain bien qu'ils soient bénéficiaires des aides sociales.

 

On pourrait encore rajouter les anciens combattants ou les étudiants. Mitt Romney n'a donc pas à convaincre l'intégralité des 53% restants pour l'emporter, heureusement pour lui.

La deuxième "révélation" de Mother Jones concerne le conflit israélo-palestinien.  Là encore, le candidat républicain accuse les Palestiniens de ne pas vouloir la paix avec Israël - ce qui est, là encore hélas!, la plus stricte vérité. Que ce soit le Fatah ou le Hamas, leur objectif ultime n'a jamais été de vivre en paix dans un territoire (pas plus Gaza que la Cisjordanie) mais bien l'élimination physique de tous les juifs de Palestine, femmes et enfants compris. Ils n'ont jamais renoncé. Toute avancée vers la paix sera impossible tant qu'ils ne lâcheront pas cet objectif. Le "dialogue" israélo-palestinien ayant tourné depuis longtemps à la mascarade, pourquoi pousser Israël à la moindre concession face à des gens qui ne lui reconnaissent même pas le droit à l'existence?

Les éditorialistes sont prompts à s'indigner devant la position de M. Romney sur le Moyen-Orient, mais ils oublient que celui-ci a été publiquement soutenu par le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, un fait sans précédent, qui pourrait avoir un effet sur le puissant lobby juif américain. Sachant qu'Obama pourrait l'emporter en novembre, la prise de risque en dit long sur l'état des relations entre Israël et l'administration démocrate.

En fin de compte, si la sincérité et le bon sens de Mitt Romney (bien que capturés par caméra cachée) sont des faiblesses naturellement exploitées à des fins partisanes, l'effet politique n'est peut-être pas si grand que ce que les médias pourraient espérer. En privé, Mitt Romney apparaît comme un individu animé de convictions plus profondes que ce que ne laissent transparaître les insipides spots de campagne.

En outre, la "dégringolade" du candidat dans les sondages peine à se matérialiser. La moyenne des principaux sondages réalisés ne donne que 3 points d'avance à Obama.

Mitt Romney est peut-être un candidat républicain maladroit, peu séduisant, fade, médiocre même, mais il dispose d'un terrible avantage sur le président sortant: il n'a pas à défendre un bilan économique catastrophique.

Alors que l'échéance électorale se rapproche, les électeurs pourraient bien oublier les polémiques superficielles pour se rappeler leur situation personnelle déplorable sous le régime du président Obama. Comme pour l'élection de François Hollande en France face à Nicolas Sarkozy, les Américains pourraient voter non par adhésion, mais simplement par rejet du candidat sortant.

17 septembre 2012

Les limites de la rage islamique

Depuis quelques jours, des dizaines de milliers de musulmans manifestent dans le monde - souvent violemment - pour dénoncer Innocence of Muslims (l'Innocence des musulmans), nanar de série Z réalisé aux Etats-Unis.

terrorisme,liberté d'expression,islamLes émeutes ont provoqué des morts en Tunisie, au Soudan, au Liban et en Egypte. L'attaque de l'ambassade américaine à Tunis a fait quatre morts. En Libye, l'attaque du consulat américain de Benghazi a fait plusieurs victimes, dont l'ambassadeur - violé, sodomisé, et promené dans la ville comme trophée.

Les autorités américaines voient dans ces manoeuvres la signature d'al-Quaeda, arguant qu'il n'est pas très crédible que des manifestations "spontanées" abritent des individus armés de lance-roquettes. Ce n'est pas faux, mais d'un autre côté, dans un pays comme la Libye en proie aux pillards et aux bandes de miliciens mal dégrossis, comment en être sûr? Peut-être que le lance-roquettes est le dernier accessoire à la mode pour ne pas avoir d'ennuis en aller chercher le pain...

Plus sérieusement, les lance-roquette de Benghazi sont regrettables, mais tiennent malheureusement du détail. Il est toujours dommage que des éléments violents viennent s'abriter dans une manifestation comme à Khartoum, mais ce n'est qu'un aspect secondaire. Si 10'000 personnes viennent hurler leur haine de votre pays et de ses valeurs au pied de votre ambassade avant de la mettre à sac, vous avez un problème, même si la foule vindicative n'abrite aucun terroriste.

A Khartoum, les manifestants n'étaient pas en reste. Échouant à vandaliser l'ambassade américaine, ils se sont contentés de prendre d'assaut l'ambassade allemande, arrachant son drapeau pour le remplacer par un étendard islamiste avant d'incendier le tout pour faire bonne mesure. Toujours au nom de la protestation contre un film hébergé sur Youtube, les partisans les plus engagés de la "religion de paix" ont saccagé et brûlé une église au Niger.

Ces agissements éclairent d'une façon très parlante les prétendues nuances dont les régimes occidentaux tentent de se parer dès lors qu'on aborde la question littéralement explosive de l'islam. Pour le manifestant libyo-égypto-soudano-afghano-tunisien typique, le monde n'est pas vraiment nuancé: il y a les terres sous domination islamique et il y a les autres, à soumettre - et peu importe la façon dont les dirigeants de ces régimes se tortillent pour espérer apaiser son courroux.

Ce qui pourrait passer pour une espèce de folkore tribal navrant est plus problématique lorsque les salafistes viennent manifester jusque dans Paris. N'allez pas croire qu'ils ont fait le trajet exprès depuis le Soudan. Ils n'ont eu qu'à prendre le bus de banlieue.

Nous jetons des milliards de dollars et d'euros pour essayer de nous faire aimer de ceux qui nous haïssent et veulent nous convertir ou nous décapiter, mais nous les laissons venir s'installer jusque dans nos villes, profiter de nos systèmes sociaux généreux, de notre liberté de parole, de notre prospérité. Le résultat est souvent maigre: les voir rejeter entièrement leur cadre de vie et prêcher leur haine dans des mosquées radicalisées, dans le but semi-avoué de ramener leur environnement au cloaque sous-développé qu'ils ont quitté.

terrorisme,liberté d'expression,islamQue valent toutes les politiques d'apaisement face à un adversaire dénué de tout sentiment, qu'un navet sur Youtube suffit à embraser d'une rage inextinguible?

Les politiciens - dont l'hypocrisie n'est plus à démontrer - ne sont que trop au courant de la situation. Résultat? Ils s'empressent de se tromper de cible: en Allemagne, le pasteur Terry Jones est persona non grata. Aux USA, Barack Obama demande à Google de retirer la vidéo incriminée - sans succès, heureusement.

Les élites occidentales cherchent à éviter toute confrontation. Face à un adversaire aussi irrationnel que l'islamiste moyen, cela implique de se plier à sa vision névrosée du monde. Bien entendu, la seule conséquence revient à susciter encore plus de haine: les islamistes dénonçant l'hypocrisie et la veulerie de l'Occident n'ont pas à chercher longtemps des exemples pour étayer leurs harangues.

En Europe et aux Etats-Unis, la liberté d'expression et le droit de critiquer une religion - comprendre: la religion musulmane - sont en sursis. Un projet de loi pour introduire le blasphème dans le code pénal n'est pas à l'ordre du jour, mais la question se posera certainement.

On pourrait se demander, au vu des réactions de la "rue arabe", quelle proportion de musulmans est accro à Youtube. Moins d'un protestataire sur mille a probablement vu la bande-annonce de ce film, et la proportion réelle est sans doute encore moindre.

C'est exactement comme la fameuse affaire des caricatures de Mahomet où les journalistes envoyés sur place (une fois le calme revenu) avaient bien du mal à dénicher le moindre manifestant ayant effectivement aperçu les dessins incriminés.

Mais comment faire face à l'irrationel? Dans ses conditions d'utilisation,Youtube explique:

"Certains contenus sont susceptibles de vous choquer. [...] Si la vidéo n'est pas contraire à notre règlement, cliquez simplement sur une autre vidéo. Pourquoi perdre votre temps à regarder des vidéos que vous n'aimez pas ?"

 

Cette évidence est incompatible avec le mode de pensée islamique. Il ne s'agit pas de voir ou de ne pas voir une vidéo offensante, des caricatures du prophète ou un exemplaire du coran maltraité: ces choses-là ne doivent pas exister. Peu importe ce qu'il faudra brûler, mutiler, tuer, démolir ou décapiter pour y parvenir.

Une telle attitude porte les germes de sa propre destruction. Comme l'écrit Waleed Aly au sujet de protestations contre le film organisées à Sidney (!):

En réalité, ils ont besoin de cette offense. Elle leur donne la chance de s'imposer de sorte qu'ils puissent se sentir unis, vertueux mêmes. C'est un raccourci vers l'estime de soi.

Le problème est qu'à notre époque numérique, il y a toujours moyen de susciter de nouveaux griefs. N'importe qui peut faire une recherche sous Google pour trouver des préjudices inédits, et il y a sans cesse des nouvelles rageantes à partager avec d'autres. Des communautés virtuelles se rassemblent autour de la mise en ligne de matériel offensant et de déchargement de bile communautaire. Bien vite vous avez un phénomène culturel, une sous-communauté dont la cohésion repose presque exclusivement sur une indignation partagée. Vous finissez avec une identité qui n'a rien à dire sur elle-même; une identité reposant sur une position d'une pauvreté absolue, n'existant qu'à travers sa colère de défi.

 

Et d'annoncer le verdict: le concept "d'identité islamique" devient totalement creux. La fierté et l'opposition résolue n'abritent aucune substance. Pour Waleed Aly, la colère musulmane est semblable à celle d'un ivrogne dans un bar, blessé dans sa fierté et qui chercherait à frapper n'importe qui en décochant des coups de poing au hasard - absolument n'importe qui, juste pour se donner contenance.

terrorisme,liberté d'expression,islamMalheureusement pour les musulmans, l'Occident est une source de vexation absolument sans limite. Bien que ses dirigeants soient lâches, la multitude des comportements individuels, la liberté d'expression et l'existence d'Internet garantissent au monde islamique l'émergence continuelle de nouveaux motifs d'indignation, et ce, de plus en plus souvent. Nous ne sommes qu'aux balbutiements en termes d'irritation. Qu'on imagine ce qui se passera le jour où un artiste réellement provocateur décidera de mettre non une croix chrétienne, mais un coran dans de l'urine!

Les émeutes en Libye ou au Soudan font passer les manifestants pour des enragés certes dangereux, mais également de plus en plus ridicules. Comment peuvent-ils espérer inculquer un quelconque respect à une population incroyante de plusieurs milliards d'habitants? Quand on y pense, L'Innocence des Musulmans, obscure création de troisième catégorie, est devenue un méga-hit planétaire visionné par des millions d'internautes précisément à cause des manifestations de gens pensant que personne ne devrait voir un tel film. Quel bel auto-goal!

Dans la lutte entre provocation et indignation, les islamistes ne peuvent tout simplement pas l'emporter.