20 mai 2015

Les Suisses, bons à décapiter?

"Les Suisses ne sont bons qu'à être décapités", proclame un certain Oussama M., Irakien incarcéré en Suisse. Les autorités fédérales, décidément très remontées, ont décidé de "prolonger une nouvelle fois sa détention", explique le Matin. Pas de jours-amende avec sursis ni de réhabilitation aux petits oignons pour le vilain petit canard du vivre-ensemble métissé et festif - en tout cas, pas pour l'instant.

daesh.jpgPadamalgam™, double dose

Sans doute pas au courant que l'islam-ce-n'est-pas-ça (on attend avec impatience le débat télévisé entre un frère Ramadan et ce genre d'olibrius) l'individu explique au Tages Anzeiger qu'il n'y a pas lieu de perdre du temps à essayer de convertir les infidèles: "Les chrétiens suisses ne sont bons que pour la décapitation, pas pour le prosélytisme". On a beau être promis au paradis, il faut utiliser son temps efficacement. D'ailleurs Oussama se préparait à joindre le geste à la parole:

Pour les autorités suisses, Oussama M. était clairement en train de préparer une action en Suisse pour le compte de l'organisation terroriste avec l'aide de deux complices. L'Irakien «est totalement en phase avec les activités de l’État islamique et se considère comme un de ses membres», écrit le Tribunal pénal fédéral. Il se décrit comme un combattant respecté qui a participé à des batailles.


Heureusement, c'est probablement un loup solitaire, le genre de type qui devient méchant à coup de vidéos sur Youtube alors qu'avant il était gentil comme tout et disait bonjours à ses voisins lorsqu'il les croisait dans l'escalier... Rien qui justifierait, par exemple, une remise en question de la politique d'asile habilement conduite par notre conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga... Oups!

Oussama M. a été accueilli en Suisse après une grave blessure en Irak. Il souhaite retourner dans son pays une fois sur pied. Actuellement, il se déplace en chaise roulante. Et même s'il a été soigné et qu'il touche l'aide sociale, il est virulent (sic) avec la Suisse. Selon les autorités fédérales, l'accusé a apporté son soutien à l’État islamique, notamment pour des transferts de fonds. Il aurait aussi eu des contacts avec un membre influent Abu al-Muhajir Akkab, recherché par Interpol. Oussama M. était aussi chargé de mettre en place une cellule terroriste en Suisse chargée de préparer des attentat ici ou en Allemagne.


padama10.jpgLa Suisse est tellement accueillante qu'elle soigne et entretient des gens qui avouent ouvertement leur souhait de décapiter ses habitants! A-t-on jamais vu plus merveilleuse démonstration d'hospitalité? Mais ne vous inquiétez pas outre mesure des propos tenus! Force restera à la loi:

L'Irakien, comme ses deux complices, clame leur innocence depuis des mois. Aucune de ses demandes de libération ne lui a été accordée. En fait, sa détention préventive vient même d'être prolongée jusqu'au 20 septembre au moins.


Prend ça, vil islamiste! Ça calme, hein? Face à un type qui a probablement vu (et commis) des atrocités sans nom en Syrie et en Irak, la perspective d'être incarcéré "jusqu'au 20 septembre au moins" dans une confortable cellule helvétique - à la superficie scrupuleusement conforme aux Droits de l'Homme - doit probablement être terrifiante, faisant vaciller toutes ses convictions.

Ce triste entrefilet de la presse locale n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'une guerre qui gagne en intensité non seulement en Suisse mais dans l'ensemble du monde occidental, et ce d'autant plus que le flot de réfugiés "syriens" que Mme Sommaruga accueille à bras ouverts avec l'argent des contribuables comporte son lot de combattants de l’État Islamique.

La myopie ordinaire

Sans transition, prenons l'exemple imaginaire, mais inspiré de la réalité, de Martine. Martine se définit elle-même comme une amoureuse de la nature ; Martine concrétise cet amour dans un respect scrupuleux des directives officielles édictées par les écologistes et religieusement retransmises par les médias de masse. Martine mange Bio autant qu'elle peut, consomme local, recycle, ne laisse pas ses appareils en veille quand elle y pense, et se maudit intérieurement plusieurs fois par semaine lorsqu'elle est contrainte d'utiliser sa voiture.

Naturellement, Martine vote écolo - les mêmes qui réclament l'accueil de 100'000 réfugiés syriens dans le pays.

Bernard, lui, est fonctionnaire. Employé dans la prestigieuse administration cantonale de Fribourg, son travail est routinier mais finalement confortable. L'argent rentre, il a droit à ses vacances, ses chèques Reka, l'accès à la cantine du personnel. Il ne se foule pas trop mais s'entend bien avec son supérieur, ça compense. Sa progression salariale est garantie et chaque année ses copains syndicalistes réussissent à grappiller un petit plus par-ci ou par-là.

Depuis quelques temps, Bernard dort mal. Sa petite commune de Chevrilles a été sélectionnée par Mme Sommaruga pour implanter un nouveau (et énorme) centre d'accueil pour requérants. Il se demande quel effet cela aura sur la valeur de sa maison et les trajets qu'effectuent quotidiennement ses deux filles. Naturellement, cela ne l'empêchera pas de continuer à voter socialiste.

Thomas, enfin, est un rebelle. Il ne supporte pas les normes sociales rigides. Il se plaint sans arrêt que la Suisse "ne bouge pas assez", qu'elle est trop "réactionnaire" et que sa vie est un carcan. Il rêve d'un revenu universel qui lui permette une vie tranquille avec son copain, bière à volonté et un peu de deal d'herbe au noir comme complément. Il en fume aussi, tant pour oublier ses études qui ne décollent pas que pour mieux planer avec sa musique où on rêve d'un monde ouvert, beau et généreux où tous les humains se tendent la main.

Si Thomas est homosexuel, il ne s'en vante pas - et encore moins depuis vendredi dernier, où il s'est laissé submerger par l'émotion en embrassant son ami devant la gare de Zurich. Il était tard, ils devaient se quitter, mal leur en a pris. Une douzaine d'individus désœuvrés et visiblement étrangers les a vigoureusement houspillés. Les baffes ont commencé à pleuvoir et la situation manquait de dégénérer jusqu'à l'arrivée providentielle d'une patrouille de police qui dispersa l'attroupement. Depuis, Thomas s'efforce de ne plus penser à cet incident troublant, de peur de remettre en question sa vision du monde où l'UDC est le principal obstacle sur le chemin du bonheur.

Responsabilité électorale et priorités

La vie est faite de choix. Nous nous faisons une fierté de proclamer que ces choix sont l'écho de nos valeurs, de notre époque et de notre histoire personnelle ; ce n'est pas toujours vrai. Souvent, ces choix sont aussi les conséquences de notre conformisme, de nos habitudes ou de notre refus d'admettre un problème.

Les exemples de Martine, Bernard ou Thomas n'ont rien de particulier - on pourrait les décliner à l'infini. Mais chacun d'eux aura un petit souci: définir l'ordre de ses priorités face à la menace islamique incarnée par exemple par Oussama. Il y a les choix qu'on fait, mais aussi ceux qu'on refuse de faire.

  • La Suisse est-elle menacée davantage par l'islamisme ou par le réchauffement climatique?
  • La Suisse doit-elle privilégier l'accueil de faux réfugiés ou le respect de son cadre de vie?
  • Comment la Suisse peut-elle promouvoir le respect des homosexuels ou l'égalité homme-femme face à des populations allogènes totalement hostiles à ces concepts?
  • Que vaut la loi des hommes, la démocratie, la liberté d'expression, face à ceux pour qui la seule loi qui vaille est la loi d'Allah? Quel sens y a-t-il à les laisser s'installer sur notre territoire?
  • Quel sens y a-t-il à vouloir renvoyer les criminels étrangers dans leur pays, refuser l'accès à un flot de faux réfugiés, instaurer des quotas pour l'immigration lorsque les autorités élues par ces mêmes citoyens refusent par principe tout contrôle des frontières?

Ces interrogations dérangent - tant et plus que trois-quart des électeurs, et je suis généreux, s'efforcent surtout de ne pas se tourmenter avec des questions de ce genre.

La politique de l'autruche est aussi décriée qu'elle est pratiquée. Si nombre d'élus suisses ont clairement choisi leur camp, la responsabilité finale de leur accès au pouvoir incombe à l'électeur et à nul autre.

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice. »

George Orwell


Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en Europe la situation va aller en s'aggravant: hordes de requérants d'asile, crise économique, islamisation, guérillas urbaines. L'ère de l'insouciance heureuse est terminée et chaque jour il devient plus dangereux de continuer à faire comme si.

L’État Islamique n'a pas encore un an

Voyant l'évolution des crises dans la période 2010-2015 et leur accélération stupéfiante rien que depuis le début de l'année, on s'effraie à penser à ce que sera devenu le monde en 2020 à ce rythme. Bien avant, nous aurons sans doute d'autres chats à fouetter que l'organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

La Suisse n'a plus guère les moyens de continuer à ignorer les problèmes, ou ceux-ci finiront par l'emporter. Mais la prise de conscience requiert le réveil des citoyens, une vision claire des enjeux, et un engagement fort pour appliquer des solutions concrètes. Nous reste-t-il, en tant que peuple, assez d'énergie et de volonté pour organiser notre propre survie? Ou les réglementations sur le ramassage des déchets sont-elles l'aboutissement de notre projet de civilisation?

Nous aurons les réponses à ces questions lors des élections fédérales de cet automne. Je ne vais pas vous mentir, les perspectives ne sont pas bonnes. Si au bout du compte nous nous destinons à n'être que du bétail pour islamistes, c'est aussi parce que nous en aurons décidé ainsi.

03 mai 2015

Le poison des taux négatifs

Les taux négatifs constituent la dernière recette en date concoctée par nos élites financières pour résoudre la crise. Depuis qu'une banque centrale a marqué le pas ils se sont répandus comme une traînée de poudre. Sont-ils la panacée, ou le dernier soubresaut d'un système à l'agonie? Cette modeste explication vous aidera peut-être à vous faire une idée de la question.

Déconstruction de la monnaie-dette

Pour faire simple, deux écoles de pensées s'affrontent concernant la monnaie: l'école autrichienne dans laquelle la monnaie est une convention sociale longuement construite et destinée à faciliter les échanges de biens et services, et les autres pour lesquelles la monnaie est un outil manipulable à loisir afin de servir des intérêts politiques.

Puisque sans intérêt pour lui, l'école autrichienne est méprisée de l'establishment ; les leviers de la finance mondiale, banques centrales et organisations financières internationales sont donc réservés aux Keynésiens et autres doctes manipulateurs de la monnaie. Ils ne sont jamais à court de théories pour expliquer pourquoi leurs manœuvres échouent.

Dans le monde réel, un prêt correspond à une privation que le prêteur concède en échange d'une indemnité ; sa valeur par rapport à celle du bien prêté détermine ce qu'on appelle le taux d'intérêt. Le taux dépend d'énormément de choses comme la relation entre le prêteur et l'emprunteur, le risque que la chose louée soit dégradée, détruite ou volée, ou encore le degré de privation ressenti par le prêteur. Les taux d'intérêts sont donc éminemment variables. Ils peuvent être élevés ou au contraire faibles lorsque "tous les voyants sont au vert" ; mais ils ne sauraient être négatifs puisque cela reviendrait à dire que le prêteur paye pour voir quelqu'un d'autre utiliser ses propres biens, ce qui est absurde (ou au moins masochiste).

Si pareille situation serait ubuesque avec n'importe quel bien matériel, elle est désormais appliquée dans le monde de la monnaie-papier dans lequel nous évoluons pour l'instant. Au lieu de louer une voiture pour un an, louez un million de francs pour un an et voilà, les taux sont négatifs. Comment est-ce possible?

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa monnaie-papier est une monnaie-dette. Formellement, un billet de 10 euros est une reconnaissance de dette de 10 euros que la Banque Centrale Européenne signe en faveur du détenteur du billet. A une époque, ce genre de billet aurait pu être retourné à la banque centrale émettrice en échange d'une certaine quantité d'or ; on disait que la monnaie était adossée à l'or ou encore qu'il en était le sous-jacent. Cette épée de Damoclès pesant sur les banques centrales les empêchaient de faire n'importe quoi, comme créer des billets à tort et à travers. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et si quelqu'un vient au guichet de la BCE pour demander ce qu'il peut obtenir en restituant des reconnaissances de dettes libellées en euros (autrement dit, nos billets de banque) on lui adressera un sourire gêné tout en lui indiquant la porte.

Nos monnaies-papier, dollar, yen, livre sterling, franc suisse ou euro ne sont adossées à rien. Ce sont des dettes émises en contrepartie de rien. On peut les échanger les unes contre les autres, mais rien n'empêche les banques émettrice d'en pondre quasiment à l'infini ; et depuis quelques années, c'est exactement ce qu'elles font.

La monnaie-papier n'a de valeur que par la force de la loi qui en impose l'usage. En outre, son caractère abstrait et manipulable permet toutes les entourloupes. Par exemple, que représente le sacrifice de la privation d'une somme d'argent purement imaginaire? Question un peu absurde, n'est-ce pas ! Elle est pourtant totalement d'actualité, puisque c'est en répondant à cette interrogation que les banquiers centraux déterminent le taux directeur.

Le taux directeur est le taux d'intérêt de base, totalement arbitraire, que la banque centrale décide d'appliquer aux reconnaissances de dettes qu'elle émet. Puisque cette monnaie ne repose sur aucune contrepartie matérielle, rien n'interdit en pratique de lui assigner un taux d'intérêt négatif, même si cela heurtera les gens avec un peu de sens commun. Cette décision s'avèrera lourde de sens lorsque la monnaie-papier se confrontera au monde réel, comme nous allons voir.

Mais avant, demandons-nous pourquoi nous sommes passés à la mode du taux négatif.

L'inflation sans l'inflation

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtL'inflation est un mécanisme bien connu lié à une création monétaire excessive sans lien avec l'économie sous-jacente. L'inflation est l'effet d'une trop grande abondance d'argent. Elle a pour conséquence d'éroder le pouvoir d'achat de l'unité monétaire. Elle "rapetisse" l'argent. Les prix donnent l'impression d'augmenter alors qu'en fait ils ne bougent pas - c'est simplement la puissance de la monnaie dans laquelle ils sont exprimés qui diminue.

L'inflation est activement recherchée par les gouvernements puisqu'elle permet à la fois de diminuer le poids de la dette publique (exprimée dans une monnaie valant de moins en moins) et d'augmenter les impôts (les contribuables glissant dans des tranches de plus en plus "progressives" du barème d'imposition). Le mantra d'une "inflation à 2%" ne correspond à aucune démonstration économique mais seulement à un compromis permettant aux politiciens d'atteindre leurs objectifs sans provoquer trop de grogne de la part d'une population dont les salaires font du sur-place.

L'inflation a toutefois le fâcheux défaut d'être incontrôlable. De nombreux pays l'apprirent à leurs dépens comme l'Allemagne, le Zimbabwe ou l'Argentine. L'emballement de l'hyper-inflation est effrayant, mais en Europe aujourd'hui il s'agit exactement du contraire. Malgré tous les efforts pour la déclencher depuis 2008, l'inflation ne vient pas. La faute à une économie moribonde et à des perspectives encore pires. Les gens se retiennent de dépenser et les entreprises d'investir. Le circuit économique, à l'arrêt, ne permet pas au surplus monétaire de circuler.

Comment obtenir les mêmes effets que l'inflation lorsqu'il n'y a pas d'inflation? Par les taux d'intérêt négatifs, pardi!

Des taux d'intérêts négatifs représentent une taxe sur les comptes bancaires. Même faiblement négatifs, ils s'appliquent souvent sur de gros montants et provoquent une addition douloureuse. La valeur détenue sur le compte s'étiole avec le temps, mais aussi la valeur des dettes contractées par l'Etat puisque les intérêts de la dette publique sont calqués sur le taux directeur du moment!

Un taux d'intérêt négatif permet donc théoriquement de:

  • pousser les gens à consommer, dans le plus pur style de la relance keynésienne, puisqu'il vaut mieux brûler son argent en achetant n'importe quoi plutôt que de le laisser pourrir sur son compte ;
  • diminuer la charge de la dette publique puisque l'entretient de cette dette est tout d'un coup beaucoup moins cher.

Les deux effets rappellent sensiblement les conséquences de l'inflation. De plus, à l'inverse de l'inflation, les taux d'intérêt (négatifs ou non) sont contrôlables: la Banque Centrale peut décider quasiment n'importe quand de réviser sa politique de taux. Rien à voir avec le mauvais génie de l'inflation si difficile à faire retourner dans sa boîte.

Malheureusement pour nos brillants expérimentateurs économiques, la pratique risque d'être un peu moins sympathique que la théorie.

Le cerveau des acteurs économiques

Les hommes ne sont pas des pions. Leurs aspirations et leur libre-arbitre contreviennent au planisme et à l'approche mécanique de l'économie pratiquée par les banquiers centraux. Les taux d'intérêt négatifs ne poussent pas la majorité des gens à consommer de manière effrénée, pas plus que la hausse illusoire des cours boursier ne mène à l'euphorie. Les politiques monétaires des banques centrales peuvent susciter des bouffées d'optimisme mais celles-ci n'affectent pas durablement la réalité.

Si elles ont un effet, c'est bien au contraire sur les politiciens - en particulier les politiciens au pouvoir. Bien qu'ils prétendent perpétuellement le contraire, les politiciens professionnels travaillent essentiellement à court terme. Leur horizon se limite le plus souvent à l'échéance électorale suivante. Pour ceux-là, l'embellie temporaire des comptes de l'Etat suite à l'application des taux négatifs (obtenue essentiellement parce que le boulet de la dette est tout d'un coup moins lourd) leur permet de plaider que le pays vit une embellie économique dans son ensemble.

Alors que l'introduction des taux négatifs serait au mieux un répit à court terme qu'il faudrait mettre à profit pour engager des réformes courageuses, les politiciens font exactement le contraire: ils en tirent de merveilleuses excuses pour ralentir le rythme poussif des réformes et passent plutôt leur temps à s'attribuer les mérites de l'embellie temporaire des comptes de l’État. Pire, ils sont enclins à s'endetter encore plus puisque, clament-ils, les crédits n'ont jamais été aussi abordables!

Comme on le comprend aisément, pareille attitude a peu de chance d'arranger la trajectoire catastrophique qui a amené les banques centrales à adopter des taux négatifs comme mesures de dernier recours.

Les taux directeurs négatifs affectent de fil en aiguille toutes les perspectives de rendement liées au crédit - parmi elles, les fruits de l'épargne. Or, l'épargne est indispensable pour permettre la constitution de capital qui permet à son tour de financer une activité économique. Pour reprendre la limpide formule de Charles Gave, l'épargne représente le capital de demain et la croissance et l'emploi d'après-demain.

Dans un contexte de taux négatifs, l'épargne perd toute raison d'être, ce qui amène des conséquences terribles pour l'avenir économique d'un pays.

La bascule

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa plupart des gens n'ont pas un compte courant suffisant pour réellement souffrir des taux négatifs, mais il suffit de peu de choses pour que la situation se détériore jusqu'à un point de non-retour.

Pour des raisons légales, de nombreuses organisations (comme les gestionnaires de fonds ou les caisses d'assurance-maladie) ont l'obligation de disposer de grandes réserves fiduciaires directement disponibles. Elles sont donc frappées de plein fouet par les pénalités dues aux taux négatifs - et donc indirectement, leurs clients.

Un gestionnaire raisonnablement compétent ne peut pas accepter de perdre de l'argent sur de simples raisons techniques. La tentation sera donc grande de retirer ces énormes montants des comptes bancaires, par exemple pour les mettre dans un coffre comme argent liquide. Or, pour une banque, un million de francs sur un compte ou sous forme d'une liasse de billets déposée dans un safe n'ont pas du tout la même signification: le premier est compté comme masse sous gestion, le second n'a aucune existence au bilan.

Autrement dit, si tous les clients (et en particulier les gros clients, ceux qui ont le plus d'argent en banque) retirent leurs avoirs sous forme d'argent liquide pour éviter les taux négatifs, les banques feront faillite.

Ce comportement rationnel s'avérant fatal aux banques, les banquiers et les politiciens travaillent main dans la main pour l'empêcher. Nous assistons donc au développement d'une guerre contre le cash et d'un contrôle des capitaux de plus en plus marqué - et c'est assez tristement que l'on voit la Suisse aux avant-postes de cette nouvelle offensive contre la liberté économique, cherchant à empêcher chacun disposer de son compte en banque comme il l'entend.

Le mouvement a déjà commencé et prendra de l'ampleur, les capitaux migrant naturellement vers des lieux où les taux sont plus favorables. Pour ceux qui restent sur place, il y a encore la possibilité de convertir son argent en métal précieux ; l'or est souvent décrié comme étant quelque chose d'inerte voire inutile - "l'or ne se mange pas" nous assène-t-on - mais cette inertie devient une qualité extrêmement recherchée lorsque le simple fait de posséder du cash en billets de banque amène votre fortune à s'étioler. Bien sûr, toutes ces manœuvres de la clientèle assècheront progressivement les banques en les poussant à la faillite.

Le système financier s'effondrera-t-il?

Éthique et priorités

Les taux négatifs ne sont pas intenables à proprement parler ; ils le sont seulement dans une économie ouverte. De fait, les dirigeants de la zone euro et de tous les pays à taux négatifs sont face à un dilemme: soit ils renoncent aux taux négatifs, soit ils renoncent à l'économie ouverte.

Comme on peut s'attendre au pire de la part de cette caste, toute une série de mesures seront donc probablement prises pour mettre un terme à la liberté économique. Ces mesures seront de trois types:

  • le contrôle des capitaux ;
  • l'interdiction des paiements en cash (ou au moins leur plus sérieuse restriction) ;
  • le contrôle de l'or et des placements non-monétaires.

Les deux premiers points serviront à éviter que quiconque échappe à la dépréciation planifiée des avoirs bancaires ; l'urgence de la crise justifiera le premier objectif, la lutte contre le terrorisme le second. Quant au troisième, il servira à empêcher la conversion locale du cash en une autre forme de monnaie à l'abri des taux négatifs et on se réjouit de découvrir l'excuse qu'auront concoctées les autorités.

Et il faudra bien sûr mater les rebelles.

Les taux négatifs représentent le dernier acte du drame de l'agonie d'un système économique artificiel comme la monnaie-papier - en quelque sorte, le miroir de l'hyper-inflation, une autre forme d'explosion connue et spectaculaire. Reconnaissons tout de même que dans le cas présent il n'y a pas de précédent historique ; l'effondrement d'un régime de monnaie-papier par le biais des taux négatifs implique un degré de contrôle sur la société civile qui était impossible à atteindre à l'ère pré-informatique.

Nous ne sommes qu'au début de l'époque des taux négatifs, mais à moins de faire marche arrière immédiatement les dégâts qu'ils provoqueront marqueront notre génération.

18 mars 2015

La dernière initiative

C'est avec une immense tristesse que j'ai découvert dans les médias le lancement de la dernière initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" - la dernière du premier parti de Suisse, et peut-être la dernière tout court.

On le savait, le projet couvait depuis quelques temps déjà, alors que Christoph Blocher avait annoncé son retrait du Parlement pour s'adresser directement au peuple souverain, l'organe suprême de la démocratie helvétique. Mais tout semble s'accélérer, en particulier les circonstances qui rendent soudainement ce texte terriblement nécessaire.

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Beaucoup, à commencer par moi, auraient aimé que ce texte ne voie pas le jour, non pas à cause d'un désaccord avec son contenu mais au contraire parce qu'il égrène des évidences. Dans une situation normale, il est difficile de démontrer des évidences. Allez non pas expliquer mais démontrer au sens mathématique la commutativité de l'addition à un jeune enfant! Pas simple.

La Constitution helvétique est issue du peuple suisse. La chose est acquise dès son préambule. Tous les autres organes de l'Etat émanent de cette Constitution et sont donc subordonnés à la collectivité des citoyens qui lui a donné naissance. Viennent donc dans l'ordre de priorité des institutions fédérales le Peuple Suisse, puis le Parlement, puis le Conseil Fédéral - chacun étant aux ordres du précédent.

À Berne, la chose a été oubliée depuis longtemps. Le divorce entre le peuple et les partis politiques remonte sans doute à ce "jour noir" de 1992 où la Suisse refusa les fiançailles avec l'Union Européenne, infligeant un affront cinglant à ses élites. Convaincue de dominer un troupeau d'ânes incapables de comprendre le grand ordre des choses, la classe politique œuvre depuis à contourner, museler et finalement se passer de ces citoyens revêches.

Pendant très longtemps la transformation du régime se fit par petites touches, en toute discrétion: une adhésion par la bande à une organisation supranationale présentée comme de peu de conséquences ; la ratification d'un traité tellement flou qu'on le dote d'une cour de "justice" chargée de définir son contenu, lui garantissant une extension à peu près infinie, peu importe l'éloignement du texte initial ; l'abandon de la convertibilité-or du Franc Suisse, préalable à l'adhésion à l'euro ; des jugements de la Cour Européenne des Droits de l'Homme niant sans contestation les dispositions constitutionnelles fédérales ; la disparition des frontières pour que le territoire suisse ne fasse enfin plus qu'un avec celui de ses nouveaux maîtres.

Longtemps le peuple helvétique fit preuve d'une bienveillance coupable, berné et bercé dans l'idée que ses représentants - jamais mot ne fut plus mal choisi - œuvraient dans le sens de l'intérêt commun. Il y avait bien quelques cahots mineurs lors d'un référendum, mais dans l'ensemble rien de bien grave.

Les choses s'accélérèrent de façon notable au tournant des années 2000 puis ensuite lors de la crise de la dette publique de 2008. Désormais, les avancées se font carrément au grand jour, qu'il s'agisse de l'adhésion de la Suisse à la zone euro à travers les manipulations de la BNS ou de la soumission voulue et assumée de la législation du pays à Bruxelles à travers "l'accord institutionnel" concocté par M. Burkhalter, totalement incompatible avec la démocratie directe - et il le sait très bien!

Par ailleurs et en parallèle le gouvernement n'a jamais été aussi sourd aux cris du peuple qui s'incarnent dans un nombre inégalé d'initiatives acceptées: contre les pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers, contre l'immigration de masse... Mais ces initiatives sont ignorées, perverties, détournées autant que le permet la loi et même au-delà. Il ne s'agit pas d'une évolution progressive face à des opinions qui auraient pu changer depuis le précédent scrutin sur le sujet il y a quinze ou vingt ans. L'objectif avoué est d'ignorer les décisions populaires lorsqu'elles contreviennent à la doxa collectiviste et internationaliste des élites.

Parmi tous les pays du monde, il n'y a probablement qu'en Suisse où le respect du moindre traité international suscite une piété quasiment religieuse. Les autres n'hésitent pas à les dénoncer, à les renégocier, ou à rejeter leur ratification. Même dans les rares cas où l'adhésion à un traité supérieur est établie et attestée, comme dans le cas des États-Membres de l'Union Européenne, cette situation est source d'innombrables débats sur les manœuvres possibles au sein du collège. Chaque pays de l'UE n'hésitera pas et n'hésite d'ailleurs pas à tirer la couverture à lui autant que le permettent les textes ; les autres discutent carrément de leur retrait éventuel de l'Union... C'est, tout simplement, le monde réel.

Rien de tel en Suisse où un respect aveugle, soumis et unilatéral aux traités internationaux semble l'incarnation d'une curieuse naïveté alliée à une bêtise stupéfiante. En fait l'attitude obéit à un objectif intérieur assumé: la soumission à l'international est aussi le meilleur moyen de museler la démocratie directe en réduisant progressivement son champ d'application jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Minée sans relâche depuis vingt ans, la démocratie directe est si vermoulue qu'elle est à deux doigts de l'effondrement. L'initiative pour la primauté du droit suisse vise à restaurer la charpente. La démarche est louable mais s'apparente aussi à un quitte ou double.

Si le texte est rejeté, alors, il en sera officiellement fini de la démocratie directe. C'est une possibilité bien triste mais tout à fait légale ; la démocratie est ainsi faite qu'elle a le droit de voter son suicide. On continuera à voter certes mais sur des choses triviales, la couleur des volets, les dates des vacances scolaires ; le reste sera décidé à Berne (et Bruxelles, et Strasbourg) sans que personne ne puisse y redire quoi que ce soit. La "démocratie directe" sera réduite à un simulacre plus ou moins folklorique.

Mais si le texte est accepté? Les élites, les médias, le Parlement et le Gouvernement accepteront-ils alors de résilier les traités en conflit avec la Constitution suite à diverses votations passées et futures? Vous avez le droit de le penser ; pour ma part je n'y crois pas une seconde. On expliquera que cela nous mettrait en porte-à-faux avec nos partenaires internationaux et puis que tout cela est bien compliqué, et ensuite on ne fera rien.

L'initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" est la dernière initiative pour laquelle voter ait encore un sens - à condition que son adoption soit suivie d'effets. Malheureusement, il est sans doute déjà trop tard. Son refus enterrera pour de bon la démocratie directe, mais son acceptation ne fera probablement rien d'autre que révéler à tous que le coup d’état institutionnel a déjà eu lieu.

Le combat pour la restauration de la démocratie directe ne fait que commencer. Il sera long, incertain et difficile, et demandera bien plus qu'une initiative.

20 novembre 2014

Il y avait bien des ADM en Irak

"J'adore entendre des gens dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Il y en avait plein." -- Jarod Taylor, sergent vétéran US


L'histoire suit son cours, inéluctable. La désinformation du passé se mélange peu à peu aux faits réels pour former une brume de mémoire collective, un lot d'approximations et d'erreurs qui passera pourtant à la postérité. Mais Benny Huang ne peut pas se contenter de ces mensonges. Il décrit pourquoi sur son blog, dont voici une traduction.

 


 

[En octobre 2014] le New York Times révéla que les troupes US avaient bien trouvé des armes chimiques en Irak après tout. Cinq mille munitions chargées d'agents neurotoxiques furent découvertes entre 2004 et 2011. La révélation fit les titres pendant un jour ou deux avant de s'évanouir à nouveau.

irak,george w. bush,mensonges,médiasIl se trouve en fin de compte que l'Administration Bush était au courant de ces armes et choisit, de façon contre-intuitive, de garder leur existence secrète. On se perd en conjectures sur les raisons qui amenèrent l'équipe Bush à décider de s'abstenir de revendiquer ces preuves. Certains ont suggéré que personne ne voulait raviver des controverses du passé.

L'information n'était pourtant pas réellement révolutionnaire. En 2006, un rapport du Congrès fut publié sur la découverte d'à peine cinq cents de ces armes chimiques, un dixième du total actuel. Quelques élus républicains claironnèrent la nouvelle mais, de manière prévisible, les médias se contentèrent de l'ignorer complètement. Les munitions étaient vieilles, voyez-vous, et les vieilles munitions ne "comptaient pas" parce qu'elles étaient dégradées au point d'être devenues inutilisables et parce qu'elles n'étaient pas celles que nous recherchions. Après tout, elles avaient été fabriquées avant l'accord de cessez-le-feu signé avec Saddam en 1991. Nous n'avions pas envoyé nos fils et nos filles en danger pour dénicher de vieilles douilles poussiéreuses, dirent-ils.

Avec la découverte de dix fois plus d'engins que les cinq cents rapportés en 2006, les médias ont changé leur fusil d'épaule, mais d'un rien. Ils ne prétendent plus que les armes sont inoffensives parce qu'on sait qu'elles ont blessé au moins six soldats américains et un nombre indéterminé d'Irakiens, mais continuent à proclamer que les armes pré-1991 "ne comptent pas".

"La découverte de ces armes chimiques ne donne pas plus de poids au raisonnement gouvernemental pour une invasion", écrit CJ Chivers, lauréat du prix Pulitzer.

Chivers est-il un escroc ou un banal journaliste paresseux? Je ne parviens pas à trancher. En fait, ces armes sont exactement celles que nous étions venu chercher. En novembre 2002, le Président Bush demanda à l'ONU et obtint la résolution 1441, qui dénonçait la violation patente de la résolution 667 par l'Irak, c'est-à-dire l'accord de cessez-le-feu qui mit fin à la Guerre du Golfe. La Résolution 667 exigeait que Saddam détruise toutes ses armes chimiques et documente le processus en satisfaisant l'attention des inspecteurs en armement de l'ONU. Il n'en fit rien.

Si Chivers s'était donné la peine de lire la résolution il aurait su qu'elle disait:

"[Le Conseil de Sécurité décide] d’accorder à l’Iraq par la présente résolution une dernière possibilité de s’acquitter des obligations en matière de désarmement qui lui incombent en vertu des résolutions pertinentes du Conseil, et décide en conséquence d’instituer un régime d’inspection renforcé dans le but de parachever de façon complète et vérifiée le processus de désarmement établi par la résolution 687 (1991) et les résolutions ultérieures du Conseil."


L'offensive diplomatique de 2002 était le dernier avertissement du monde à un dictateur pour qu'il renonce à des armes connues pour être en sa possession en 1991. La résolution est limpide. Maintes et maintes fois elle fait référence à l'échec de Saddam à se débarrasser de son armement d'avant la guerre du Golfe. CJ Chivers ne se contente pas d'avoir un point de vue biaisé, il réécrit carrément l'histoire.

L'idée que Saddam ne dispose d'aucune arme de destruction massive était quelque peu farfelue, et pourtant ceux d'entre nous qui insistaient là-dessus étaient dépeints comme des types un peu dérangés, adeptes de la théorie du complot et accrochés au moindre soupçon. Il avait utilisé ces armes contre les Iraniens et les Kurdes. Nous savions qu'elles existaient en 1991. S'étaient-elles simplement volatilisées?

Nous savons maintenant qu'elles étaient toujours sur place. Dans l'histoire de Chivers fut cité Jarod Taylor, un ancien sergent de l'armée qui traita certaines de ces armes. Il fit remarquer, "J'adore entendre des gens dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Il y en avait plein."

J'ai pourtant accueilli le récit du New York Times avec une certaine indifférence. Pendant cinq années j'ai passé la plus grande partie de mon temps à discuter de l'impopulaire Guerre d'Irak, nageant à contre-courant la plupart du temps. Les débats avaient tendance à commencer et se terminer avec des slogans bas de gamme sur Bush-le-menteur et les soldats mourant pour ses mensonges. Cela m'usa au point de ne plus vouloir aborder le sujet.

La pagaille de l'Irak s'observe (en quelque sorte) dans le rétroviseur désormais et j'en suis content. Je ne m'attendais certainement pas à ce qu'il faille huit ans et le coût de 4'806 vies de braves soldats pour atteindre quelque chose qui ressemblerait à une victoire, fragile qui plus est. L'Amérique a déplacé son attention vers d'autres sujets de discorde et c'est aussi bien ainsi.

Aussi, lorsque le Times révéla que les armes de destruction massive de Saddam n'étaient en fait pas des fantasmes comme nous avions été amenés à le croire, je me suis demandé si cela valait la peine déterrer un vieux débat.

Je décidai que oui. Parce que la vérité a de l'importance.

Le grand public mérite de savoir ce qui s'est réellement passé, mais il pourrait ne jamais parvenir à l'entendre maintenant que le récit guerre en Irak a été tellement répété qu'il est devenu résistant à toute remise en question. Les livres d'histoire de demain raconteront probablement une histoire simpliste et fondamentalement inexacte sur un méchant pétrolier texan envoyant ses troupes dans une mission impossible à accomplir. Ce n'est pas le cas et il est important que le mensonge ne devienne pas la "vérité" simplement parce qu'on le répète continuellement.

Les effets du mensonge pernicieux "pas d'ADM en Irak" ont prélevé leur tribut sur nombre de vétérans. Je connais personnellement des gens avec qui j'ai servi sous les drapeaux et qui considèrent leur temps passé en service comme fondamentalement sans valeur parce que fondé sur le prétendu mensonge des armes de destruction massive irakiennes. Je me demande souvent quelle proportion de l'épidémie actuelle de suicides chez les anciens combattants est attribuable à des gens brisés dans leurs corps et leur esprit, mais incapables de citer une seule raison valable pour laquelle ils ont été envoyés à la guerre en premier lieu. Une petite dose de vérité pourrait les apaiser.

D'autres virent leur réputation professionnelle traînée dans la fange. Tony Blair, par exemple, était l'un des Premiers Ministres les plus populaires de Grande-Bretagne jusqu'à ce qu'il décide de prendre le parti de l'Amérique contre Saddam. Il est maintenant rejeté comme un criminel de guerre sans honneur. George Tenet, ancien directeur de la CIA, est aujourd'hui la risée de Washington parce qu'il avait dit au président Bush que les armes de destruction massive de l'Irak étaient un "slam dunk" [Une évidence frappante]. Tenet avait raison. Où peut-il aller pour qu'on lui rende sa réputation?

La piste menant à l'invasion de l'Irak peut sembler de l'histoire ancienne aujourd'hui. A vrai dire, la plupart des enfants maintenant à l'école secondaire ne peuvent même pas s'en rappeler. Il n'est pas trop tard cependant pour insister sur la vérité, parce que la vérité a une valeur propre.

-- Benny Huang


 

Notons sur le sujet que dès 2010, une nouvelle vague de révélation sur la découverte d'ADM en Irak survint à travers les révélations de Wikileaks - ce qui n'est guère surprenant au milieu du flot de documents classifiés accessible par ce biais. Là encore, les médias mainstream, pourtant très à l'écoute des croustillantes révélations du site d'information controversé, choisirent de taire complètement ces éléments. Cette unanimité dans l'Omertà ne pouvait être que le résultat d'une volonté délibérée. Il ne fallait pas nuire à la présentation biaisée de la Guerre d'Irak patiemment mise en place pendant des années.

Il est difficile de savoir exactement quand on été produites les armes chimiques découvertes, et rien ne prouve de façon certaines qu'elles sont toutes antérieures à la Guerre du Golfe de 1991. En fin de compte, quelle importance devrait avoir pareil détail? Dix ans se sont écoulés depuis le début de l'invasion américaine en Irak et la mission des troupes sur le terrain n'était certainement pas de dater ces produits chimiques terrifiants mais de les détruire. On se rend compte de l'absurdité de ce débat alors que les ADM irakiennes conservent leur létalité à travers le temps, aujourd'hui encore.

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Quelques épisodes évoqués dans l'article du NY Times:
1. Mai 2004 - Deux soldats exposés au gaz sarin d'un obus près de Yarmouk dans la banlieue de Baghdad.

2. Été 2006 - Plus de 2400 roquettes à agent neurotoxique trouvées dans cet ancien complexe de la Garde Républicaine de Saddam.
3. Juillet 2008 - Six Marines exposés à du gaz moutarde d'un obus d'artillerie dans un bunker abandonné.
4. Août 2008 - Cinq soldats américains exposés à du gaz moutarde alors qu'ils détruisaient une cache d'arme.
5. Fin 2010 ou début 2011 - Des centaines de munitions au gaz moutarde découvertes dans un container dans l'enceinte d'une base de la sécurité irakienne.

Pourquoi le sujet est-il enfin abordé avec un minimum d'honnêteté après tout ce temps? Peut-être que la vérité sur les ADM en Irak est devenue tellement spectaculaire qu'il n'est tout simplement plus possible de la cacher ; peut-être faut-il finalement lâcher le morceau pour préparer l'opinion à une intervention militaire contre l'EI maintenant que certaines caches d'armes sont tombées entre leurs mains ; mais peut-être aussi, et c'est encore plus inquiétant, que les médias estiment que leur matraquage continuel a tellement bien porté ses fruits qu'ils peuvent désormais même se permettre, grands princes, de lâcher finalement la vérité sans provoquer la moindre réaction.

C'est évidemment l'hypothèse pour laquelle je penche. Face au revirement à 180° d'une vérité officielle qui suscita des manifestations anti-Bush un peu partout dans le monde - y compris aux États-Unis! - l'apathie du grand public semble totale.

L'opération de formatage des esprits a réussi au-delà de toute espérance. Elle résiste même à la vérité.

Mais à travers la mémoire collective que représente Internet il est important de ne pas baisser les bras et de témoigner pour qu'à travers le temps des esprits plus libres que les nôtres puissent, peut-être, avoir accès aux différentes versions de la Guerre d'Irak et se faire leur propre idée des événements historiques de ce début de millénaire.

01 novembre 2014

Pourquoi sauver l'or de la Suisse?

"La campagne s'anime", lança Darius Rochebin à l'antenne du journal du 23 octobre en annonçant un reportage sur l'initiative sur l'or qui fut dans son genre un modèle de désinformation. Promoteurs de l'initiative coupés pour ne retenir de leur discours que les références au passé, adversaires du texte s'étalant complaisamment en mentionnant l'inévitable conservatisme des premiers et bien sûr, condamnation sans appel, leur volonté "d'isoler" la Suisse...

Voilà la faible introduction à laquelle eut droit le téléspectateur helvétique, elle-même préalable à une campagne particulièrement fade depuis. En temps de parole ou surface d'affichage, l'or de la Suisse ne semble guère passionner les foules. Un tel manque d'engouement est d'autant plus regrettable que l'initiative sur l'or est sans doute l'un des objets les plus importants soumis au peuple ces vingt dernières années, un des trois défis de la Suisse.

Elle définit rien de moins que la prospérité future du pays.

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06 octobre 2014

Les trois défis de la Suisse

Affirmer que nous vivons des temps historiques est présenté comme un lieu commun ; pourtant, chacun d'entre nous le ressent. Ce siècle verra la conclusion de nombreux phénomènes dont les effets sont aujourd'hui croissants: la menace globale que représente l'islam, la lente mort de la monnaie papier, la ruine des social-démocraties, l'accroissement de zones de guérilla globales...

Les écologistes travaillent sans relâche à effrayer le grand public sur la base dune hystérie climatique de plus en plus risible. Mais pourquoi promettre l'apocalypse pour 2100 lorsque la plupart des pays qui nous environnent ne franchiront sans doute pas la moitié du siècle sous leur forme actuelle?

Le XXIe siècle sera celui d'une immense recomposition du pouvoir, de l'économie, des influences, des populations. Les crises forcent une redistribution des cartes et les peuples, inquiets, se demandent s'ils auront une bonne main... Qu'en sera-t-il de la Suisse? Survivra-t-elle aux prochains bouleversements dans deux, cinq, dix ans, pour en sortir plus forte ou au moins préserver son intégrité?

A mes yeux, tout dépend de la façon dont elle aborde trois défis déjà lancés aujourd'hui. Qu'elle échoue à relever un seul d'entre eux et son destin risque de rejoindre celui, peu enviable, de la plupart des autres pays européens.

Reprendre le contrôle des frontières

L'adhésion de la Suisse à l'Espace Schengen aura sans doute été le dernier geste d'enthousiasme crédule concédé par le peuple à une classe politique europhile. Depuis des années la population en paye le prix. Loin d'apporter la prospérité promise, l'ouverture des frontières entraîna une dégradation nette de la qualité de vie helvétique.

groupe-refugies.jpgPression sur les loyers, pression sur les salaires, insécurité: il aura fallu du temps avant que les yeux ne se décillent. Le vote contre les minarets fut sans doute le déclencheur d'un mouvement de libération restaurant la dignité des habitants du pays face à des étrangers important leur mode de vie plutôt que de s'assimiler. De nombreuses autres votations confirmèrent la volonté populaire, les citoyens refusant les innombrables abus sur l'asile, demandant le renvoi des criminels étrangers, renonçant à l'immigration de masse.

Ces efforts ne furent entendus ni par le Parlement ni par le Conseil Fédéral, bien au contraire. Berne n'écoute pas et ne veut rien savoir, quelle que soit la façon dont la situation évolue.

Malgré quelques victoires tactiques, la lutte pour la reprise du contrôle des frontières est emblématique des difficultés qui attendent les Suisses. Il ne suffit pas de comprendre un problème, de vouloir le résoudre et de voter pour la mise en place de solutions: il faut aussi en bout de chaîne des élus responsables, acceptant de jouer le jeu de la démocratie et d'appliquer des décisions sorties des urnes. Or, ce n'est pas le cas.

Aussi, malgré tout ce que le peuple a pu voter ces dernières années, les frontières restent toujours grandes ouvertes. Les faux requérants d'asile sont accueillis par milliers. Aucun quota à l'immigration n'a été réellement instauré. Le regroupement familial bat son plein. Les prisons débordent de criminels étrangers que les autorités ne tiennent absolument pas à renvoyer. Les industries du droit de recours et de l'accueil des étrangers continuent à vivre grassement de l'argent des contribuables, et pendant ce temps police et justice abandonnent des quartiers entiers aux revendeurs de drogue.

Reprendre le contrôle de la monnaie

Le XXe siècle a vu deux guerres mondiales et plusieurs génocides, mais aussi l'essor sans précédent de la monnaie papier à l'échelle mondiale - une monnaie purement scripturale, sans aucune contrepartie. Le XXIe siècle verra son effondrement.

money-hole.jpgLes monnaies papier d'hier comme d'aujourd'hui ont une valeur intrinsèquement nulle ; elles ne reposent que sur l'autorité (voire l'autoritarisme) de l'Etat et la crédulité des acteurs dans le système ainsi mis en place. Bien entendu le seul intérêt d'une monnaie scripturale est la création de monnaie ex nihilo, elle-même préalable à toutes les manipulations monétaires. Celles-ci se traduisent invariablement en une succession de bulles et de crises économiques alors que la quantité en circulation enfle toujours davantage, jusqu'à l'effondrement total du système.

La particularité de notre époque n'est pas d'avoir instauré une monnaie-papier mais d'avoir permis à ce système intrinsèquement vicié de tenir si longtemps.

Malgré la résilience de celui-ci et les innombrables expédients qu'inventent presque quotidiennement les banquiers centraux, le régime monétaire est sur sa fin. Il paraît inconcevable que l'Europe puisse tenir des décennies dans le chaos de surendettement, de course à l'inflation, de croissance nulle et de chômage élevé dans lesquels elle se débat actuellement. Et rien n'indique évidemment une sortie par le haut, bien au contraire.

Sur de nombreux aspects mais en particulier sur le plan économique, le monde de demain sera multipolaire. Nombre de pays se préparent aujourd'hui à la fin prévisible de la domination du dollar sur les échanges financiers mondiaux. Certains n'envisagent que de manipuler leur monnaie de façon encore plus éhontée mais d'autres, comme la Chine, ont des ambitions plus solides et une stratégie à long terme.

Nous n'en sommes pour l'instant qu'au début de la guerre des monnaies. Les années qui vont suivre mèneront au chaos. Le nouveau système qui émergera ne sera pas basé sur la confiance - dont on ne sait que trop avec quelle facilité les politiciens en abusent - mais sur la transparence et des valeurs non manipulables, au premier rang desquelles règnera l'or physique.

La Suisse n'est pas bien placée dans le nouveau paradigme qui s'annonce. Coffre-fort du monde, elle avait une monnaie convertible-or jusqu'à ce que les pressions de banquiers peu scrupuleux n'enjoignent, au tournant du siècle, la classe politique à y renoncer. La BNS solda 60% des réserves d'or suisses dans les années 2000, alors que le cours du métal enregistrait un plus bas historique. Depuis, crise aidant, la BNS a résolument arrimé le Franc Suisse à l'euro, monnaie fiduciaire en perdition, sous les applaudissements des naïfs.

Contrairement au contrôle des frontières, le contrôle de la monnaie suscite peu de débats. C'est d'autant plus étonnant que le sujet est absolument crucial pour la future prospérité du pays et le patrimoine des Suisses en général.

En fin de compte, un seul vote est décelable à l'horizon sur ce sujet, l'initiative sur l'or soumise aux citoyens le 30 novembre 2014. Si elle passe la rampe, la Suisse aura une petite chance de reprendre le contrôle de sa monnaie et d'en reconstruire la crédibilité sur une base saine, préparant le pays à la redistribution d'influence qui surviendra au sommet de la crise monétaire. Si elle échoue, le Franc Suisse rejoindra pour de bon l'Euro, le Dollar et toutes les autres monnaies-papier dans les poubelles de l'histoire.

Au vu du développement de la crise je doute fort que le peuple suisse ait le luxe d'attendre quelques années pour revenir sur le sujet. Il sera simplement trop tard.

Reprendre le contrôle de la démocratie

La Suisse est-elle encore une démocratie directe? Clairement plus - depuis quelques années déjà. Alors que le fossé entre le peuple et les élus se transforme en gouffre, cette évolution est de plus en plus visible aux yeux du grand public.

La classe politique helvétique a établi l'infériorité du droit suisse face aux accords internationaux et au diktat d'organisations nationales non-démocratiques. Le jugement de tribunaux étrangers comme la CEDH l'emporte sur les plus hautes juridictions fédérales. Dès lors que le gouvernement peut espérer s'attirer les bonnes grâce des élites mondiales, toutes les compromissions au droit national sont acceptables: le secret bancaire ou d'autres spécificités suisses sont ainsi sacrifiées sans contrepartie.

Reprendre le contrôle de la démocratie est sans doute la plus difficile et la plus essentielle des batailles que le peuple suisse aura à livrer à l'avenir. En effet, entre les accords diplomatiques prétendument gravés dans le marbres et le mythique "droit international",  la classe politique ne manque pas d'excuses pour faire obstacle à la volonté du peuple. Nul doute par exemple que les frontières resteront grandes ouvertes aussi longtemps que cette interprétation prévaudra à Berne.

La tâche est donc immense. Pour s'atteler au problème, on pense naturellement à l'initiative UDC pour la primauté du droit national. Elle n'est pas mauvaise mais il est à craindre qu'elle n'arrive trop tard. La récolte de signature n'a même pas encore commencé. Le temps que le texte soit voté et ses conclusions appliquées, il n'y aura peut-être plus grand-chose à sauver.

Pour réellement reprendre le contrôle de la démocratie, la responsabilité incombe au citoyen, non lors des votations, mais lors des élections.

Il ne sert pas à grand-chose d'approuver ponctuellement une initiative soumise au vote et d'envoyer au gouvernement une brochette de politiciens dont les positions sont diamétralement opposées - et qui cultivent le mépris des décisions populaires par-dessus le marché. Comment s'étonner que les gens ne votent plus?

En ce sens, les élections fédérales de 2015 seront un test beaucoup plus parlant sur la maturité politique des citoyens helvétiques que toute initiative ; et la composition du futur parlement suisse sera instructive quant aux chances de survie de la Suisse à la tempête qui se prépare en Europe, et qui laissera nombre de pays sur le carreau.

Première publication sur lesobservateurs.ch.