09 septembre 2018

Initiatives alimentaires et science de l'enfumage

Il suffit d'une distribution de tracts au détour d'une gare pour que le quidam se rappelle brusquement que la rentrée ne concerne pas que les écoliers. Le 23 septembre, dans deux semaines déjà, les citoyens seront amenés à se prononcer sur divers objets - dont pas moins de deux ont trait à l'agriculture et à l'alimentation en Suisse.

Les deux initiatives ont des noms à rallonge très "marketing". La première s'intitule officiellement "Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques", la seconde s'intitulant quant à elle "Pour la souveraineté alimentaire - l'agriculture nous concerne tous!". Par esprit de simplification, nous appellerons la première "Aliments équitables" et la seconde "Souveraineté alimentaire".

L'initiative sur les Aliments équitables, lancée par les Verts, fait double emploi avec de nombreuses dispositions légales déjà mises en place en Suisse sur l'écologie, la qualité de l'eau, le droit du travail ou le bien-être des animaux. Elle suppose que les aliments en Suisse ne seraient pas "équitables" alors que de nombreux labels permettent déjà au consommateur de choisir ses aliments en toute connaissance de cause.

En revanche, l'établissement de nouvelles normes fédérales et ensuite leur vérification par des fonctionnaires poserait rapidement de nombreux problèmes de coût, de bureaucratie, de subsidiarité, et enfin de compatibilité avec les accords internationaux - lesquels sont d'habitude érigés en religion par les promoteurs mêmes de l'initiative. Ce dernier aspect du texte est sans doute le plus amusant et pourrait presque amener à voter pour l'initiative rien que pour la confusion qui s'ensuivrait.

L'initiative sur les Aliments équitables demande en effet que soient conformes aux normes suisses tous les aliments qui y sont importés. Non seulement cette disposition serait démolie par principe dès le lendemain du vote par le Conseil Fédéral par peur de Bruxelles (sur le thème habituel du "non ne le faites pas sinon c'est la fin des Accords bilatéraux, la fin du monde, etc.") mais en pratique on se demande bien comment les fonctionnaires fédéraux pourraient vérifier que l'agneau de Nouvelle-Zélande ou la moussaka grecque soient bien produits selon les "standards de qualité alimentaire de la Confédération", lesquels sont bafoués depuis aussi longtemps qu'on importe de la viande halal en Suisse.

votation du 23 septembre 2018,prise de position,écologie,alimentation,agriculture,initiativeMalheureusement pour nous, l'initiative sur les Aliments équitables est encore la plus douce des deux, l'initiative de Souveraineté alimentaire étant encore plus dirigiste. Elle exige une réglementation totale de l'agriculture, de la transformation des aliments, la régulation des prix, et de nombreux autres aspects encore. On pourrait dire qu'elle résume l'agriculture à l'image d'Épinal du début du XXe siècle, avec de petites exploitations agricoles familiales perdues sur les flancs des montagnes. On peut aimer ou non cette image, mais est-elle compatible avec les exigences alimentaires de la Suisse du XXIe siècle, que ce soit en qualité ou en quantité? Évidemment, elle n'est pas plus compatible avec les réglementations européennes que la première.

Il suffit de lire l'écriture épicène du matériel de campagne des promoteurs de l'initiative pour savoir où on se situe ; l'examen des organisations amies - Greenpeace, le PS, SolidaritéS, Uniterre ou l'Association Transport et Environnement - montre clairement que le vent du collectivisme porte le texte.

Les deux initiatives se ressemblent par certains aspects et beaucoup de gens voteront pour les deux probablement sans chercher à comprendre leurs nuances. Les mêmes citoyens auront sans doute oublié qu'ils ont voté pas plus tard qu'en septembre 2017 sur une modification constitutionnelle de "sécurité alimentaire" qui est encore loin d'avoir été traduite en textes de loi. Bref, l'alimentation et l'agriculture semblent être un filon politique porteur dont le capital sympathie ne demande qu'à être exploité - et il l'est sans vergogne.

Le Conseil national a rejeté les deux initiatives avec de fortes majorités. C'est moins par rejet de leur contenu vis-à-vis de l'agriculture et de l'alimentation que par la peur ontologique que ces deux initiatives inspirent, puisqu'elles sont frontalement incompatibles avec les accords de circulation des marchandises actuellement en vigueur avec nos voisins de l'Union Européenne, voire avec l'Organisation Mondiale du Commerce.

C'est donc avec délectation que l'on assiste au spectacle de gens qui réclament des protections constitutionnelles pour leur marotte du moment, alors que par ailleurs ils soutiennent la primauté des traités internationaux sur la Constitution.

Bêtise? Improbable. Hypocrisie? Certainement. Les promoteurs de ces textes n'hésitent pas à aller aussi loin que possible dans la rupture avec les traités d'autant plus facilement qu'ils savent que le Conseil Fédéral ne mettra jamais en œuvre les aspects constitutionnels conflictuels avec, par exemple, les Accords Bilatéraux. Si le Oui l'emporte, entendra-t-on des écologistes dire qu'il faut couper les ponts avec l'Union Européenne pour permettre la concrétisation de leur initiative?

Mais admettons qu'ils soient sincères. Les initiatives alimentaires seraient alors la matérialisation législative de la schizophrénie de gauche selon laquelle la Constitution est inférieure au droit international ou supérieure à celui-ci selon l'attrait ou le dégoût que chaque article inspire à nos utopistes de service. On aime le droit international et on l'invoque pour interdire le renvoi des criminels étrangers, mais on fait comme s'il n'existait pas le jour où on veut imposer du bio/équitable/local/de saison dans toutes les assiettes de Suisse.

On pourrait résumer en reprenant la boutade d'Éric Zemmour:

« Les écologistes sont partisans du local pour les salades et du global pour les hommes. Ils dénoncent le libre-échange, mais refusent la fermeture des frontières aux migrants »


L'analyse des contradictions de la gauche nous entraînerait sans doute trop loin. Pour ma part, je me contenterai évidemment d'un double Non dans l'urne.

02 septembre 2018

Pierre Maudet et l'ombre de la corruption

La carrière de M. Maudet, le "surdoué de la politique genevoise", vient de subir un brutal coup d'arrêt ce jeudi avec un communiqué du Ministère public demandant sa mise en prévention pour acceptation d'un avantage.

Pierre Maudet risque jusqu'à trois ans de prison.

Dans son communiqué, le Ministère public genevois a détaillé ses motifs avec un rare luxe de détails et demandé la levée de l'immunité dont dispose le chef du gouvernement genevois. La Tribune de Genève, en pointe sur ce scandale politique du bout du lac, résume une partie de l'affaire:

L’élu PLR [reconnaît] s’être rendu à Abu Dhabi pour assister à un Grand Prix de Formule 1 – sans être spécialement un fan – avec sa famille, son chef de cabinet et un autre ami, l’entrepreneur genevois d’origine libanaise Antoine Daher, lequel s’occupait d’organiser le voyage. Un package comprenant le vol, le logement à l’Emirates Palace et l’accès à l’événement avait été payé, selon le magistrat, par un certain «Saïd Bustany, d’origine libanaise, un ami de longue date d’Antoine Daher» (...)

Sachant qu’on lui offrait ce cadeau, Pierre Maudet avait, plusieurs jours avant son départ, décidé de faire un don de 4000 francs aux Églises. Comme pour se dédouaner. Le montant total du voyage s’élevait pourtant à plusieurs dizaines de milliers de francs, d’après un calcul des médias. Sur place, Pierre Maudet avait rencontré, par hasard selon lui, l’homme fort du pays, le prince héritier des Émirats. Puis il s’était entretenu avec de hauts dignitaires sur des sujets politiques, tel que relaté dans un article de l’agence d’information officielle du gouvernement.


Le Conseiller d'État a toujours plaidé que ce voyage était privé. Il fut désavoué par le Parlement en juin, qui estima que le voyage relevait des fonctions publiques de l'élu. À ce premier désaveu s'en rajouta un second, de la Justice cette fois-ci, et beaucoup plus sérieux, car Pierre Maudet a menti à plusieurs reprises. Le communiqué révisé par Stéphane Grodecki, premier procureur et directeur de la procédure, Olivier Jornot, procureur général, et Yves Bertossa, premier procureur, fait état de nombreuses entorses à la vérité:

Les éléments de preuve recueillis semblent indiquer que Pierre Maudet, en sa qualité expressément mentionnée de conseiller d’État, sa famille et son chef de cabinet ont été formellement invités », indique leur communiqué. Ce n’est pas tout. «La Maison du prince héritier a pris à sa charge le coût des vols en classe affaires et l’hébergement, soit un montant de plusieurs dizaines de milliers de francs.» Selon nos informations, les bureaux du haut dignitaire ont adressé l’invitation à Pierre Maudet, conseiller d’État, et lui ont même précisé que tout lui était payé.

Pire. «En particulier, le dénommé Saïd Bustany n’a joué aucun rôle dans le financement du voyage, sa mention ayant été décidée par les intéressés en 2018, dans le but de dissimuler la véritable source de financement.» Pour le Parquet, Pierre Maudet aurait donc menti.

Autre élément livré: «Des personnes et sociétés actives à Genève dans l’immobilier, en contact régulier avec Pierre Maudet et son chef de cabinet, ont activement pris part à la mise sur pied de ce voyage.» Selon nos informations, il ne s’agit pas seulement d’Antoine Daher, mais aussi d’autres personnes d’origine libanaise retrouvées sur place: Magid Khoury, un acteur immobilier très actif notamment à Genève, Philippe Ghanem, une grande figure de la finance basée à Abu Dhabi, et son père, Charbel Ghanem, un financier ayant défrayé la chronique en France dans les années 80 et 90.

Pour le trio de procureurs, «ces éléments, qui diffèrent très sensiblement (sic) des informations données par Pierre Maudet et son chef de cabinet au Ministère public» jusqu’à présent, «ont conduit ce dernier à ouvrir formellement l’instruction contre le chef de cabinet et à souhaiter entendre Pierre Maudet en qualité de prévenu d’acceptation d’un avantage».


Pierre Maudet a donc menti délibérément sur 1) la nature du voyage, 2) le financement du voyage, et 3) les buts du voyage. Le Parquet dispose, pour le prouver, de nombreux "éléments de preuve". L'immunité dont dispose l'élu sera rapidement levée, et le scandale ne fait sans doute que commencer.

genève,pierre maudet,corruptionPierre Maudet avait de nombreux thuriféraires, jusqu'aux citoyens genevois qui votèrent pour lui en masse pour le faire élire dès le premier tour des élections cantonales. Ces gens-là devraient passer quelques minutes d'introspection quant à leurs choix politiques.

Peut-être persisteront-ils dans l'aveuglement et déclareront que Pierre Maudet n'a rien fait, ou n'est coupable d'aucun détournement, ou que ses errements n'ont pas eu d'effet sur le contribuable - en attendant que l'on découvre les éléments venant contredire toutes ces postures. Tout comme ils se sont fait balader depuis le début du scandale, la minimisation réussira juste à les faire passer pour des imbéciles.

Ces mêmes personnes se persuadent sans doute qu'il est normal pour un membre de gouvernement cantonal de se faire inviter "pour rien" par un lointain chef d'État étranger, lequel a comme par hasard des intérêts financiers importants dans l'attribution des marchés publics de l'Aéroport de Genève, et gageons que ce ne sont pas les seuls. Ou peut-être pensent-ils réellement que le monde est plein de nababs qui invitent des gens avec leur famille tous frais payés dans des hôtels de luxe, pour le simple plaisir d'offrir?

Ces mêmes personnes estiment peut-être aussi qu'il est tout aussi normal de mentir pour se couvrir, d'inventer de faux prétextes et de présenter comme "fortuites" des réunions politiques planifiées depuis longtemps. Bref. Soit ces gens sont d'une naïveté au-delà de toute rédemption, soit ils sont dotés d'une moralité aussi douteuse que celle de M. Maudet - et du même sens de l'hypocrisie.

Cette dernière possibilité est hélas! plausible. Genève est régulièrement secouée par des scandales de corruption divers et variés. Certains pourraient en déduire que la Cité de Calvin est corrompue jusqu'à la moelle ; le verdict est sans doute exagéré, mais on ne pourra guère parer Genève d'une pureté virginale en la matière.

Il y a quelques temps, dans ces colonnes, je qualifiais M. Maudet de "politicien français - de passeport, de style et d'ambition" ; son ascendance genevoise manquait à ce portrait.

Le plus amusant est que M. Maudet se soit longtemps présenté comme un redresseur de torts. Le problème posé à l'électeur face à tous les gens qui avancent ainsi est de déceler s'ils cherchent à mettre un terme à des dérives ou à remplacer ceux qu'ils dénoncent. Comme dit une fameuse boutade, "je souhaite mettre un terme à la corruption, ou en profiter au moins autant que les autres!"

M. Maudet est-il corrompu? C'est à la justice d'en juger, et plus tard, au citoyen. Il paraît difficile de ne pas voir dans le voyage à Abu Dhabi la définition même d'une opération de corruption, jusqu'au mensonge employé par le politicien pour tenter de se couvrir. Pierre Maudet lança ses énormes bobards avec l'aplomb d'un Cahuzac, mais c'est dans le style du personnage. En revanche, l'enfumage fut rapidement dissipé, montrant une grande inexpérience en ce domaine. Cela joue plutôt en sa faveur: le petiot n'est pas encore à l'aise pour bétonner ses alibis.

La corruption est affaire de degrés. On ne reçoit les honneurs suprêmes qu'à la suite d'une longue carrière de compromissions, d'appels d'offre truqués et de renvois d'ascenseur. La corruption dépend aussi du poids de l'État. Un État limité n'offre guère de prises pour négocier, un État omniprésent par son poids économique et régulatoire présente d'innombrables opportunités de corruption. Dans cette perspective, Genève et les autres Cantons romands sont sans doute les plus vulnérables de Suisse.

Venant d'un pays très corrompu, la France, je sais quels efforts peut mettre en place le législateur pour essayer de juguler la corruption, et punir durement ceux qu'il parvient à attraper. En Suisse, c'est tout le contraire: la grande faiblesse des institutions helvétiques est d'avoir une haute opinion de la chose politique. Les citoyens pensent qu'il suffit que leurs élus prêtent serment pour que les règles soient respectées dans l'esprit sinon dans la lettre - une attitude pieuse mais peu compatible avec la nature humaine. Face à des organes de contrôle défaillants, le risque est grand qu'un individu passe entre les mailles du filet et s'en donne ensuite à cœur-joie en toute impunité.

Pierre Maudet est au moins un menteur, c'est un fait désormais incontestable, mais pour le reste, il faudra attendre les conclusions de l'enquête à venir. Sa démission est probable. En guise de fin de carrière, le "surdoué de la politique genevoise" aura, comme principal fait d'armes, offert à la gauche genevoise la majorité au Conseil d'État à l'occasion de l'élection complémentaire visant à le remplacer.

29 août 2018

Sur la Route de la Servitude, Vaud tente l'échappée

Ce mardi était un jour important, historique même, pour le Canton de Vaud. Et qui dit jour historique répond Pierre-Yves Maillard. On sait tous qu'il ne faut pas tirer sur le messager quand il apporte de mauvaises nouvelles, mais quand le message est de sucre et de miel, alors il est bon d'être le messager, bien cadré par les photographes.

De quelles bonnes nouvelles le Conseiller d'État pouvait-il donc se prévaloir? Du "plafonnement" des primes d'assurance-maladie à 12% du revenu dans le Canton, dès le mois de septembre, et même à 10% dès 2019. "C'est un moment important", annonça Pierre-Yves Maillard.

Le canton a donné des exemples de l'impact du nouveau dispositif d'aide. Par exemple, une famille à Lausanne (deux adultes et deux enfants) avec un revenu déterminant de 90'000 francs qui paie aujourd'hui 1'080 francs pour la LaMal ne reçoit aucun subside. Ses dépenses représentent un taux d'effort de 14,4%.

Dès le 1er septembre, cette famille pourra toucher 180 francs de subside mensuel, ce qui réduira son taux d'effort à 12%. A partir de janvier 2019, le subside mensuel s'élèvera à 330 francs. La mesure de plafonnement aura alors atteint son but: la famille consacrera 10% de son revenu déterminant à ses primes d'assurance-maladie.

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De l'argent gratuit! Qui ne serait pas d'accord pour recevoir un peu d'argent gratuit? Le système est tellement simple qu'il en est génial. On se demande d'ailleurs pourquoi les pingres qui nous gouvernent ont égoïstement décidé d'une limite à 12% et à 10%. Elle pourrait baisser de 2% chaque année, par exemple, jusqu'à 0%, et on en aurait enfin fini avec cette coûteuse assurance maladie lancée par la gauche il y a bien longtemps. Mieux encore, on pourrait continuer à baisser de 2% les années suivantes, et ainsi, passant dans le négatif, donner de l'argent aux assurés. Payer 0.- d'assurance-maladie et toucher quelques centaines de francs par mois, franchement, qui serait assez stupide pour dire non?

Avec l'argent gratuit, tout est possible. Dommage qu'il n'existe pas.

Les citoyens vaudois avec un organe fonctionnel entre les deux oreilles - ils sont de moins en moins nombreux - se doutent bien qu'il y a une arnaque quelque part. Les subsides versés pour les primes d'assurance-maladie viendront du budget de l'État, c'est-à-dire, des contribuables eux-mêmes.

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Cela fonctionnera-t-il dans le Canton de Vaud?

Voyons rapidement les chiffres:

Cette politique, qui devrait toucher plus de 70'000 personnes dès l'an prochain, a un coût, a reconnu le conseiller d’État. La part des 10% dans l'ensemble des subsides se situera entre 50 et 60 millions de francs, auxquels il faut ajouter 10 millions pour le volet à 12% de fin 2018.

 
Des chiffres sous-évalués ("Ces sommes sont proches, mais tout de même supérieures à l'estimation annoncée lors du vote sur la RIE III" précise-t-on) et qui ne tiennent pas compte de l'augmentation annuelle des primes, elles-mêmes le reflet de coûts de la santé hors de contrôle en Suisse.

Le nombre de "subsidiés" va donc augmenter mécaniquement au cours des années qui viennent - dans beaucoup de communes, notamment Lausanne et Renens, ils représentent déjà une majorité - en même temps que les montants des subsides reçus par chaque famille. La conjugaison de ces deux effets fera rapidement exploser l'enveloppe destinée à les soulager et donc, in fine, les impôts.

Bien entendu, le marxiste de votre entourage (qui n'a pas un marxiste dans son entourage?) viendra rapidement éructer que "ce sont aux riches de payer" (sauf ceux qui sont membres du Parti, cela va de soi). Et c'est vrai: avec la progressivité de l'impôt, les riches paieront une facture bien plus élevée, que ce soit en valeur absolue ou en proportion de leurs revenus. Après quelques années de finances dans le rouge, lorsque les Vaudois réclameront furieusement une hausse d'impôt pour "préserver leurs subsides", les vilains riches seront dans le collimateur.

Mais Vaud n'est qu'un modeste Canton, et c'est là où le bât blesse. Il suffira pour un "riche" de faire quelques kilomètres pour se retrouver sous des cieux fiscaux plus cléments - et plus la matraque fiscale sera menaçante, plus l'incitation sera forte. Le résultat, on le connaît puisqu'il est le même depuis les décennies que la gauche applique ses recettes une fois au pouvoir: l'addition sera pour la classe moyenne.

Peu importe. Pour la gauche, c'est carton plein: des dizaines de milliers de familles vont désormais avoir le sentiment que leur survie économique dépend du bon vouloir de l'État social(iste) et voteront en conséquence ; des centaines de nouveaux fonctionnaires vont être embauchés pour gérer toute la paperasse et voteront en conséquence ; et lorsque le système s'effondrera dans quelques années, il aura fait illusion suffisamment longtemps pour qu'on accuse quelqu'un d'autre du naufrage.

"Le but politique est atteint", annonça fièrement Pierre-Yves Maillard mardi. On ne saurait mieux dire. La droite vaudoise - ou plutôt ce qui en tient lieu - est en échec et mat. Cela méritait bien une conférence de presse, le qualificatif de jour historique, et de nombreux sourires.

23 août 2018

Les socialistes de Renens découvrent le communautarisme

Le verdict est tombé: acquittement. Fadhil*, Conseiller communal socialiste, n'est pas reconnu coupable par la justice vaudoise de s'être livré à de la "captation de vote" lors des dernières élections à Renens.

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L'histoire remonte aux élections communales de 2016. Au-delà des résultats généraux, dont il fut rendu compte dans ce billet, le dépouillement donna lieu à une étrangeté: des dizaines de bulletins de vote socialistes biffés de la même façon avec quatre ou cinq "cibles désignées", éventuellement assortis du cumul de Fadhil. Le soupçon de manipulation est courageusement révélé au grand jour par une dénonciation anonyme... Comme l'explique alors 24Heures,

[Fadhil, candidat PS sortant], aurait manipulé des bulletins de vote pour favoriser sa réélection au détriment de rivaux de son propre parti, qui ont d’ailleurs perdu leur siège. Un recomptage est ordonné, de même qu’une enquête administrative du Canton. Conclusion: le résultat du scrutin est revu, deux élus sont réintégrés, mais l’élection de [Fadhil] est confirmée et l’enquête ne parvient pas à établir l’existence d’irrégularités.


Bien que les faits ne soient susceptibles que d'une amende, la fraude potentielle est ici suffisamment importante - on parle de 120 votes - pour attirer l'attention de tous les acteurs du Canton, médias, Conseil d'État, justice. Le procureur Christian Buffat s'empare de l'affaire et monte un dossier.

Avec l’aide d’autres personnes, que le Ministère public n’a pas pu identifier à ce jour, [l'élu socialiste] aurait cumulé son propre nom et biffé de manière systématique les noms de cinq autres candidats du PS renanais.

L’acte d’accusation précise que [Fadhil] aurait remis ces bulletins notamment à des électeurs de la communauté kurde, qu’il aurait personnellement approchés pour les amener à voter.


Le procès a lieu cette semaine, et voit passer le témoignage à charge de l'ancienne syndique communiste de Renens Mme Huguenin. La Municipale socialiste Patricia Zurcher Maquignaz fait quant à elle état de pratiques locales courantes dans la falsification d'élections:

Selon elle, [l'accusé aurait accédé] à la présidence de l’association des jardins familiaux de Renens à l’issue d’un vote où le nombre de bulletins était supérieur au nombre de membres inscrits. «Elle n’était pas présente, a répliqué [Fadhil]. Chaque fois que je réussis quelque chose, on m’accuse.»


Malgré les nombreux témoignages à charge, les preuves matérielles sont insuffisantes et le tribunal prononce l'acquittement. Il ne s'agit guère d'une surprise ; dès avril 2016, à la suite d’une enquête administrative, le Conseil d'État avait nié toute irrégularité, estimant que «le fait que quelques candidats aient été systématiquement biffés et d’autres régulièrement ajoutés ne permet pas de conclure à une fraude». La vraie fraude, c'est à partir de combien de bulletins Mesdames et Messieurs du Conseil d'État?

Maintenant que Fadhil est blanchi par la justice, il retrouve de plein droit sa place au sein du PS renanais. Entre une Municipale témoignant contre lui et des élus socialistes victimes de ces bulletins biffés mais élus tout de même, l'ambiance des prochaines séances de groupe du Parti Socialiste risque d'être encore plus lourde que pendant ces deux dernières années.

Mais toute cette histoire n'est pas là que pour rendre compte des turpitudes de la vie politique renanaise. Quelle que soit la véracité qu'on accorde à la version des uns et des autres, elles ont en commun que des dizaines d'électeurs de la communauté kurde de Renens ont accepté de suivre les instructions de l'un d'eux, et l'ont fait avec une remarquable discipline. Leur nombre a fini par peser sur le résultat de l'élection elle-même. Cette approche risque de renforcer les nombreuses tensions communautaires à Renens, celles entre les Turcs et les Kurdes n'étant pas des moindres.

La "personnalisation" du communautarisme n'était sans doute pas ce qu'avaient en tête les socialistes suisses lorsqu'ils choisirent de courtiser le vote des étrangers. Au lieu de réunir les électeurs sur des valeurs helvétiques communes comme le fait l'UDC, le parti socialiste se trouve dans une impasse. En jouant la carte des minorités, il se condamne: impossible d'être l'agrégat de toutes les minorités. Le résultat des rapports de force ethnique aura tôt fait de transformer les listes électorales socialistes en champ de bataille où chaque communauté luttera pour la suprématie en doublant les siens et en biffant le reste. Cette trajectoire ne peut que nuire aux candidats d'origine suisses, qui seront les premières victimes du feu croisé des uns et des autres.

Nul doute que les stratèges socialistes vont désormais surveiller de près les statistiques des bulletins modifiés lors des prochaines élections - et pas qu'à Renens.

*prénom d'emprunt, pour la forme.

18 août 2018

L'inexplicable suicide européen

Il suffit de quelques jours de vacances en Europe de l'Est pour prendre la mesure de ce que beaucoup de peuples du Vieux Continent ont perdu.

La Hongrie et la Croatie ne sont pas des sociétés "multiculturelles" dans le sens que ce mot recouvre désormais dans une bonne partie de l'Europe. Il n'y a pas de militaires armés patrouillant dans les rues, parce qu'il n'y en a pas besoin. Il n'y a pas pléthore de miséreux dans les centres-villes, ni de bandes de racailles en maraude, ni de silhouettes noires voilées de pied en cap. Il n'y a pas de sentiment d'insécurité minimisé par des médias partisans, pas d'attentats terroristes réalisés ni déjoués, pas de plots de béton à chaque rue piétonne au cas où, pas de revendications islamistes absurdes à chaque opportunité, accordées avec empressement par une classe politique rivalisant de veulerie. Il n'y a pas de hordes d'envahisseurs venus détruire la société locale en se faisant passer pour des "réfugiés" dans l'hypocrisie générale.

Dans ces contrées, tout n'est pas parfait évidemment, mais la dynamique est positive, l'ambiance est bonne et l'humeur est à l'espoir - une différence notable d'avec l'Europe de l'Ouest où les gens s'enferment à moudre du noir en redoutant, avec raison, que le lendemain soit pire que la veille.

Que ce soit dans la vieille Hongrie ou la jeune Croatie, les habitants sont aussi fiers de leur pays. Au sud-ouest de Budapest se trouve le Lac Balaton, le plus grand lac d'Europe centrale. L'Abbaye bénédictine de Tihany le surplombe. Fondée par le roi András I en 1055, le roi y est enseveli dans une crypte depuis sa mort, en 1060 après Jésus-Christ - plus de deux siècles avant le pacte fondateur de la Suisse primitive. Contempler une sépulture de près de mille ans dans un lieu toujours conforme à l'esprit de son fondateur force le respect. On aimerait pouvoir en dire autant d'autres pays, d'autres pactes. On ne le peut.

Tihany.jpg

Il suffit de reprendre contact avec l'actualité pour que celle-ci vous gifle, immédiatement. Pas la presse mainstream bien sûr - celle-ci esquive les véritables sujets pour ne laisser, en guise d'information, qu'une coquille vide - mais des vrais sites d'information, de réinformation comme on les présente parfois, comme LesObservateurs.ch. Entre une profession de foi et un billet d'humeur, on y voit surtout des faits divers, innombrables, fragmentaires, les pièces d'un puzzle terrible que seuls les aveugles volontaires les plus acharnés refusent de voir.

Pour ces derniers jours, nous avons la propagande des chemins de fer autrichiens, un "demandeur d'asile" en Allemagne furieux qu'on ne lui accorde pas une BMW à 50'000 euros, un professeur des Pays-Bas qui explique doctement que "les Hollandais doivent s'habituer à devenir une minorité" dans leur propre pays, une musulmane demandeuse d'emploi refusant de serrer la main à un recruteur en Suède (le recruteur sera puni d'une amende), des émeutes raciales coordonnées dans le même pays qui s'est "ouvert à l'autre",  une ex-esclave yézidie qui fuit l'Allemagne après y avoir retrouvé son bourreau de l'État islamique, lui-même réfugié, une famille syrienne qui reçoit gracieusement plus de 5'000 euros mensuels et un appartement de 220 mètres carrés en Allemagne encore, la naturalisation du terroriste islamiste de Westminster au Royaume-Uni, le FMI qui "préconise" 5,5 millions de migrants pour l'Espagne d'ici 2050...

Ces liens, convenablement sourcés et authentifiés, n'ont pas plus d'une semaine. Ils ne couvrent de loin pas l'entier de cette actualité. Il y a des centaines de nouvelles du même acabit, chaque semaine.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a quelques années, la différence entre LesObservateurs.ch et 24Heures (les deux plateformes que je consulte d'un peu plus près que les autres puisque mes billets s'y retrouvent) tenait avant tout à l'interprétation de l'actualité ; en d'autres termes, la teneur de l'information partisane qui pouvait, par exemple, émailler une campagne électorale avant une votation. La publication de Tamedia reflétait fidèlement le point de vue officiel, avec ses invités sempiternellement de gauche, ses débats déséquilibrés, ses éditorialistes sentencieux et sa fidélité acquise à l'Union Européenne. Pour compléter son point de vue il fallait alors aller chercher "aux franges de l'empire" les informations politiquement incorrectes, les arguments contradictoires, les réflexions iconoclastes qui n'avaient pas droit de cité ailleurs.

Cette pluralité d'opinion, indispensable à une compréhension adéquate des enjeux, fut peu à peu phagocytée par le traitement de l'invasion migratoire du continent européen. Lancinante depuis des années, elle entra dans sa phase aiguë vers 2015 sous les encouragements d'Angela "Wir schaffen das!" Merkel. Les médias officiels traitèrent l'information aussi servilement que d'habitude, débordant d'enthousiasme et forçant les populations envahies à la compassion avec des ficelles aussi grosses que nécessaire. Pourtant, ils échouèrent à modeler l'opinion publique selon leurs désirs. Aussi cessèrent-ils purement et simplement de traiter le sujet.

Les seules mentions sur l'immigration qu'on verra dans les médias officiels helvétiques sera par exemple pour dire qu'elle est en baisse, mélangeant allègrement le flux (le nombre de nouveaux entrants) et le stock (les populations installées) pour confondre le grand public. Si seulement quelques centaines de milliers d'immigrés clandestins envahissent le continent, au lieu de quelques millions, on annoncera toute honte bue que "l'immigration diminue" en Europe, et pas un mot sur les dizaines de millions qui s'y prélassent déjà en préparant la future guerre civile. Et pour le reste, silence radio. La divergence de vue entre LesObservateurs.ch et 24Heures ne porta plus sur l'analyse de l'information, mais sur son accès tout court. Évidemment, les gens devinaient qu'on leur cachait certaines réalités et n'aimèrent pas cela. Les courbes d'audience s'en ressentirent.

Froidement analysé, le refus d'un média de traiter une actualité idéologiquement déplaisante, fut-ce au prix de son lectorat, s'apparente à un suicide. Un suicide est un geste totalement irrationnel. Le Matin s'en est rendu coupable il y a quelques mois, d'autres publications s'apprêtent à subir le même sort, mais l'irrationalité des médias n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. Des suicides du même genre ont lieu partout dans nos sociétés, à tous les niveaux.

Angela Merkel choisit délibérément de ne pas faire respecter la loi et de laisser des millions de personnes envahir l'Europe en direction de l'Allemagne. Moralité, elle se débat depuis dans les conséquences de sa politique pendant que l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) taille des croupières à son parti. Rien ne l'obligeait à cela. Politiquement, c'est un suicide. D'autres formations politiques font de même ailleurs. Elles lancent leur pays dans une folle trajectoire et se plaignent ensuite d'être chassées du pouvoir par les partis qu'elles haïssent le plus. N'est-ce pas absurde?

Les bien-pensants, les fonctionnaires et les agents des ONG, partout en Europe, souhaitent la bienvenue à des populations musulmanes pour l'essentiel ingérables, inadéquates, revendicatives et agressives. Ils mettent en jeu l'avenir de leurs propres enfants dans des pays dont ils précipitent l'effondrement. Qu'il s'agisse des finances publiques, des politiques de redistribution, des retraites, des assurances sociales, tout part à vau-l'eau, et de plus en plus vite. Et bien entendu les Occidentaux ne font même plus d'enfants, hâtant leur génocide.

Les raisons du suicide européen sont difficiles à cerner, mais le suicide lui-même ne fait aucun doute. C'est comme si toutes les décisions politiques, toutes les alliances, tous les alignements visaient à en finir le plus vite possible.

Lorsque les historiens du futur se pencheront sur les ruines de notre civilisation, ils se poseront certainement des questions quant aux raisons de ce qui est, de toute évidence, un mouvement collectif à l'échelle de l'Europe - un suicide à la fois politique, médiatique, idéologique, économique et culturel. Est-ce un cynique calcul de pouvoir de la part des élites installées? Est-ce la consécration d'un racisme anti-blanc masochiste visant à éliminer la plus grande partie de la civilisation occidentale? Est-ce la dernière pulsion nihiliste de la génération soixante-huitarde avant qu'elle ne s'enfonce dans les limbes? Est-ce la doctrine keynésienne du "à long terme nous sommes tous morts" poussée à son paroxysme? Il y a davantage que l'opportunisme de tous les peuples conquérants entourant l'Europe pour piller le cadavre pendant qu'il est encore chaud. Des forces internes sont à l’œuvre.

Une chose est certaine pourtant, toute l'Europe n'a pas choisi comme un seul homme l'impasse de l'autodestruction. Le futur sera sans pitié pour les peuples de France, de Suède, d'Allemagne, du Royaume-Uni, de Belgique et d'autres pays encore. Demandez ce qui les attend aux Chrétiens du Liban, aux fermiers blancs d'Afrique du Sud ou du Zimbabwe, aux Arméniens de Turquie. Il ne sera pas tendre non plus pour ces peuples faisant dans la mièvrerie et la demi-mesure alors que leur survie est en question. Mais d'autres nations d'Europe ont saisi la nature des enjeux, et se préparent avec habileté et détermination à y faire face. Je n'ai aucun doute dans les capacités de survie de la Hongrie, de la Pologne, et d'autres pays d'Europe de l'Est, quelles que soient les anathèmes lancés par l'ONU ou les manigances de Bruxelles.

Peut-être assistons-nous, à une vitesse accélérée, à la même vague d'effondrement qui emporta l'Empire Romain ; mais si Rome tomba, Constantinople résista pendant encore plusieurs siècles à travers l'Empire Byzantin.

La survie de la civilisation européenne passera forcément par les pays d'Europe de l'Est, ceux de l'Ouest étant sans doute déjà condamnés.

12 août 2018

Internet: la bataille de l'information fait rage

Quel point commun entre Twitter, Facebook, Reddit ou encore Google? Ces acteurs majeurs de la communication d'aujourd'hui se présentent comme des parangons de vertu et d'équilibre, mais ce n'est qu'une façade. Profondément engagés à gauche, ils pèsent de tout leur poids contre ceux qu'ils considèrent comme le camp adverse.

Google, YouTube et al.

L'implication partisane de Google dans la bataille entre les camps républicains et démocrates en faveur des seconds a fait l'objet de nombreuses études, dont celle-ci, particulièrement détaillée. Que ce soit en termes de dons des employés pour les partis politiques, de parcours de carrière allant d'une position de dirigeant dans l'entreprise à celle d'un partenaire de campagne pour un candidat ou simplement de lobbyisme auprès des élus, l'entreprise entretient un engagement idéologique profond.

En termes pratiques, Google oriente les résultats de ses recherches. Par exemple, lorsque Hillary eut un malaise lors de la matinée des cérémonies du 11 septembre 2016, amenant ses gorilles à la balancer évanouie dans son van blindé avec autant d'élégance que si elle avait été un quartier de bœuf, la nouvelle défraya la chronique puis devint virale, malgré les tentatives de YouTube de censurer toutes les vidéos en rapport. Mais Google mit en place un filtre pour "protéger" le grand public de ces interrogations. Il suffit aujourd'hui encore de taper "Hillary Clinton Health" dans la barre de recherche de votre navigateur pour voir des suggestions sur Mme Clinton - mais aucune sur sa santé, jamais. Le terme "Health" est tabou dans Google Suggest lorsqu'il est associé à Hillary Clinton. On peut se poser la question de la pertinence de ce filtre maintenant encore alors que cette histoire est derrière nous ; il est probable que personne chez Google n'ait simplement pensé à l'enlever.

Avoir une opinion politique n'est pas un problème en soi. Elle le devient si celle-ci interfère avec la neutralité prétendument assurée par la plateforme, et quand celle-ci a un quasi-monopole dans l'accès à l'information du public. Comme on s'en doute, Google a sa propre police du discours. Pour éviter d'être directement mise en cause, l'entreprise de Mountain View décharge habilement sa politique de censure à plus de 100 ONG et agences gouvernementales pour aider YouTube à déterminer les contenus "extrémistes", allant des "discours de haine" à des vidéos de recrutement terroriste. Mais qu'est-ce qu'un "discours de haine", pour commencer? Il n'en existe pas la moindre définition légale, ce qui permet de cibler n'importe qui.

médias,mensonges,internet,censureGoogle et YouTube s'engagent à ne pas communiquer le nom de leurs partenaires dans ce programme, mais cette discrétion laisse présager le pire. Nous en avons la preuve à travers certaines ONG qui choisissent tout de même de révéler leur participation, comme l'Anti-Defamation League ou No Hate Speech, des organisations très politisées qui sont bien plus concernées par l'élimination de toute expression conservatrice sur Internet que par celle des vidéos de décapitation de l'État islamique, comme de nombreux contributeurs libéraux, conservateurs ou journalistes indépendants purent en faire l'amère expérience.

L'hypocrisie de YouTube et Google va plus loin ; lorsqu'ils ne peuvent directement interdire certaines vidéos - une hésitation qu'ils éprouvent de moins en moins souvent - ils peuvent encore les cacher, en exigeant un accès restreint à YouTube en présentant leur contenu comme "pour public averti" ou en choisissant de les démonétiser, privant effectivement les producteurs de la vidéo des revenus reliés à son visionnement. À défaut d'interdire d'antenne, ils étranglent financièrement les canaux qui les dérangent.

Le but de la manœuvre est clairement de promouvoir certains contenus au détriment d'autres.

Facebook et Reddit

Facebook est un acteur majeur de la distribution d'information aujourd'hui, et la posture pro-démocrate de Facebook n'est plus à démontrer. Elle fut révélée il y a plus de deux ans dans les colonnes de The Guardian, un journal dont les vues ne sont pas vraiment de droite.

D'anciens employés de Facebook décrivirent le processus en détail:

[Des employés] de Facebook ont ​​régulièrement supprimé les articles d’intérêt intéressant les lecteurs conservateurs de la section d’information "tendances" du réseau social. (...) Ils avaient aussi pour instruction d’injecter artificiellement des articles sélectionnés dans le module de nouvelles, même s’ils n’étaient pas assez populaires pour justifier leur inclusion, ou dans certains cas, ne buzzaient pas du tout. Les anciens employés, qui travaillaient tous en tant que sous-traitants, ont également indiqué qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas inclure de nouvelles concernant Facebook dans le module des tendances. (...)

Les histoires couvertes par les publications conservatrices (comme Breitbart, Washington Examiner et Newsmax) qui étaient assez nombreuses pour être prises en compte par l’algorithme de Facebook étaient exclues à moins que les sites classiques comme le New York Times, la BBC ou CNN ne couvrent le même sujet. (...)

Dans d'autres cas, les employés injectaient une histoire, même si elle n'était pas largement discutée sur Facebook, car elle était jugée importante pour que le réseau ressemble à un endroit où les gens parlaient de nouvelles difficiles. "Les gens ont cessé de se soucier de la Syrie", déclara un ancien employé. "[Et] si cette tendance se traduisait sur Facebook, Facebook aurait mauvaise allure." Ce même opérateur déclara que le mouvement Black Lives Matter avait également été injecté dans le module d'actualités de Facebook. "Facebook a subi beaucoup de pression à cause d'une absence de sujet tendance sur Black Lives Matter", déclara l'individu. "Ils ont réalisé que c’était un problème, et ils l’ont renforcé dans l'algorithme. Ils lui ont donné la priorité sur d'autres sujets. Lorsque nous l’avons injecté, tout le monde a commencé à dire: «Maintenant, je le vois comme numéro un»". Cet exemple d'injection est particulièrement remarquable parce que le mouvement #BlackLivesMatter est né sur Facebook, présence puissante des médias sociaux.


Cette manipulation des tendances n'est pas propre à Facebook. Reddit (phonétiquement "Read it", "je l'ai lu") est un site web communautaire de partage de liens permettant aux utilisateurs de soumettre leurs contributions et de voter pour celles proposées par autrui. Ainsi, les liens les plus populaires se retrouvent propulsés en page d’accueil. Le site se situe en quatrième position des sites américains les plus fréquentés, car on peut parler de tout sur Reddit. Quel que soit le sujet, il y a forcément d'autres passionnés avec le même centre d'intérêt. Ceux-ci se regroupent sur des "canaux" dévolus à un thème précis - comme la politique.

reddit_censor.jpgCertaines des manipulations de Reddit sont le fait de ses utilisateurs. Par exemple, le fameux canal /r/politics, prétendument non-partisan, a été de longue date colonisé par la gauche américaine qui y détient désormais les influentes positions de modération. Rien de plus facile donc que de filtrer tout contenu gênant (une nouvelle favorable à l'Administration Trump, par exemple.) Pour éviter de donner l'apparence d'une modération partisane, la manœuvre est en deux temps. D'abord, un complice se contente de poster un lien vers un article positif pour Trump ("Sprint va rapatrier 5'000 emplois aux États-Unis, annonce Trump") en lui associant volontairement un commentaire violemment hostile et contraire à la charte du canal ("Prenez ça sales crétins gauchistes!"), ce qui permet à la modération d'effacer le tout. Ainsi, l'article disparaît instantanément. Et si un utilisateur bien intentionné tente plus tard de soumettre la même nouvelle, il recevra un message d'erreur lui disant que ce lien a déjà été proposé à la communauté.

Mais les manœuvres partisanes s'étendent jusque dans l'administration du site, comme les utilisateurs de Reddit purent s'en rendre compte lors de la campagne présidentielle américaine de 2016 opposant Hillary Clinton à Donald Trump. Chacun avait son propre canal - r/HillaryClinton pour la première et r/The_Donald pour le second. Il devint vite assez évident au vu des chiffres de fréquentation que le candidat républicain était bien plus populaire que celui de son adversaire démocrate.

Reddit modifia alors le canal standard /r/popular , une sorte de méta-catégorie listant les contenus les plus populaires, pour filtrer les contenus "présents un peu trop souvent" selon les administrateurs du site. Après quelques temps il fut possible d'établir des statistiques sur l'origine des contenus les plus souvent écartés:

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(cliquez pour agrandir)

On notera qu'il ne s'agit pas simplement de filtrer tout contenu politique de cette rubrique: ni r/HillaryClinton ni r/politics n'apparaissent dans ce top 25. Écrivons-le clairement: Reddit installa un filtre pour écarter toute information venue de r/The_Donald, qu'il s'agisse de nouvelles positives pour Trump ou de révélation de scandales concernant l'opposition à sa présidence. Reddit modifia également son algorithme d'affichage afin de "pondérer" les votes - autrement dit, diminuer arbitrairement l'influence du canal pro-Trump.

Bien entendu, les responsables du site s'abritèrent derrière la ritournelle habituelle de la "préservation de la diversité". Cependant, toute tentative de présenter les choses sous l'angle de la neutralité vola en éclat lorsqu'en 2016 le PDG de Reddit Steve Huffman admit publiquement avoir effacé, voire modifié lui-même des contributions d'utilisateurs pro-Trump qui s'en prenaient à lui dans une discussion sur le site parce que ceux-ci "l'énervaient".

Dans un monde où les lois criminalisent de plus en plus le discours, qui réalise les conséquences provoquées par un individu capable de modifier sournoisement vos propres textes publiés en ligne, sans laisser la moindre trace?

Twitter et le Shadow banning

La neutralité apparente de Twitter est d'autant plus facile à défendre que Donald Trump est un des plus populaires utilisateurs de la plateforme ; mais comme le proverbial arbre qui cache la forêt, la frénésie de micro-messages du Président cache une campagne d'épuration idéologique de grande ampleur. Même le compte de Donald Trump n'est pas à l'abri de la censure de Twitter. Avant qu'il ne devienne président, de nombreuses discussions eurent lieu à l'interne pour déterminer s'il avait "franchi les limites" (une expression de novlangue destinée à exprimer la patience des censeurs vis-à-vis les cibles dont ils tolèrent péniblement l'existence). Ces débats continuèrent même une fois qu'il emménagea dans la Maison Blanche, et chacun se souvient avec quelle facilité Bahtiyar Duysak, un ex-employé de l'entreprise, ferma le compte du président le 2 novembre 2017 pendant une dizaine de minutes. Twitter annonça qu'il s'agissait d'une bévue, mais le public put tout de même découvrir la vulnérabilité des comptes. De nombreux employés de l'entreprise pouvaient fermer d'un simple clic le compte de n'importe quel utilisateur. Et ils ne s'en privent pas.

médias,mensonges,internet,censureSi la vitrine Trump peut continuer à sévir sur Twitter, celle-ci est soigneusement encadrée. On peut ainsi noter que l'algorithme de Twitter "pousse" systématiquement les réactions anti-Trump au sommet des réponses lors de chacun de ses tweets. Le nombre de "likes" et de "reposts" de ces questions, comparés aux statistiques similaires des rares réactions pro-Trump qu'on peut trouver dans le fil de réponse montre clairement qu'une "pondération" est à l’œuvre, pour rester poli.

D'autres contributeurs de Twitter ont moins de chance que le Président américain. C'est le cas de Scott Adams. Le créateur de Dilbert, devenu supporter de Trump à la suite d'une longue analyse de l'échiquier politique, découvrit comment Twitter archivait artificiellement ses messages afin de les rendre plus difficiles à lire, avant de subir un "shadow ban" en 2016 également. Son crime? Avoir demandé à son public de lui envoyer des vidéos d'agression de partisans de Donald Trump perpétrées par des partisans d'Hillary Clinton... Alors qu'il ne fait nul doute que si des supporters de Trump avaient été filmés en train de s'en prendre à des Démocrates, l'information aurait fait la Une de tous les médias.

Le Shadow Banning est une technique de modération plutôt ignoble mais très utilisée par Twitter, Reddit, et d'autres. L'utilisateur qui en est victime utilise toujours la plateforme comme si de rien n'était - il peut poster des contributions, commenter celles d'autrui, et voit ce qu'il publie - mais en fait il est le seul à les voir. Elles sont cachées aux autres utilisateurs, qui ne peuvent ni les lire ni les commenter. Pour des profils comme celui de Scott Adams, la mise à zéro de popularité du jour au lendemain est suffisamment notable pour que l'auteur se doute de quelque chose, mais des dizaines de milliers d'anonymes n'ont pas cette chance. Ils postent sur des réseaux sociaux qui sont pour eux aussi fermés et déserts que des chambres fortes, simplement parce qu'ils n'ont pas les "opinions convenables". Ils se retrouvent à parler dans le vide sans même le savoir - une sentence encore plus vile que de leur notifier officiellement une fermeture de leur compte.

Souriez, vous êtes censurés

"J'ai remarqué un phénomène général sur Internet. Tout forum où règne la liberté d'expression et pas ou peu de modération devient de droite. Les idées de gauche ne peuvent subsister sans censure ni modération." -- anonyme


Le Shadow Banning, le filtrage des opinions et la pondération des nouvelles suffisent un moment, mais un moment seulement. Devant la résistance de l'opinion publique face à ceux qui ont pour mission de la modeler, les majors d'Internet sont récemment passés à la vitesse supérieure. On assiste depuis quelques jours à une vague sans précédent de fermeture de comptes, de suppression de pages et de groupes Facebook, d'élimination de canaux YouTube et ainsi de suite - et la nouveauté est que la chasse aux sorcières semble désormais coordonnée, comme Alex Jones d'Infowars.com peut en témoigner. Alors qu'il maintient son site en ligne depuis près de vingt ans, vit en quelques jours ses comptes YouTube, Apple, Facebook et Twitter disparaître, une information qui fut relayée même sur des médias francophones.

Les imbéciles justifieront la mise au pilori en disant qu'Infowars.com est un site "controversé". Il est incontestable que l'approche de l'information du site fait la part belle au sensationnalisme, mais cela ne justifie en rien une censure - censure qu'aucun major ne songerait à appliquer à un site de propagande d'extrême-gauche comme Mother Jones, coutumier des mêmes dérives. Et au vu de leur track record depuis deux ans, Infowars.com est un site bien plus fiable que peuvent l'être CNN ou le New Work Times...

La vague est tellement vaste qu'elle cible tout azimut - même des individus parfaitement respectables, même des candidats républicains officiels dans le cadre de leur campagne électorale, ce qui pose de sérieuses questions sur l'information démocratique du public.

En Suisse et en Europe de l'Ouest, où les citoyens dorment paisiblement, la bataille pour la réinformation n'a même pas commencé - et au vu du degré d'apathie entretenu au sein de la population, elle ne commencera peut-être jamais. Mais aux États-Unis, elle fait rage. Il n'est d'ailleurs pas sûr que les majors la remportent ; depuis sa mise au ban, Infowars.com est en train de susciter un intérêt démesuré de la part du grand public, selon le bien connu Effet Streisand. Bien malin qui peut dire comment tout cela se terminera. Nous en aurons sans doute un aperçu lors des élections de mi-mandat aux USA, où les Démocrates font feu de tout bois pour reprendre une majorité parlementaire.

Tant que les GAFA resteront massivement engagés à gauche, la bataille restera inégale. En attendant, en matière de pluralisme des médias et de liberté d'expression, l'Occident ne se comporte pas mieux que les régimes totalitaires dont il se permet régulièrement la critique.