22 juin 2010

Bisbille à l'UDC

Le Matin goûte son plaisir: la démission fracassante d'Yvan Perrin, vice-président de l'Union Démocratique du Centre, est une trop belle occasion de critiquer le parti pour ne pas s'en servir deux jours de suite. Des articles dans lesquels les lecteurs gauchistes peuvent déverser à loisir leur bile contre la première formation politique de Suisse...

Le fond de l'affaire, une divergence cruciale sur l'accord UBS-USA au sein du groupe UDC, aura fait couler beaucoup d'encre. Mais il y a un double-fond.

345384JL_conseil_nat.jpgSans être introduit dans les hautes sphères, je pensais comprendre la stratégie du parti: une fois avoir vidé l'accord de ses ajouts socialistes, le faire passer devant le peuple. La première partie du plan se déroula à merveille, pas la seconde. La faute en incombe à l'UDC. Entre accepter l'accord et imposer un passage devant le souverain (ce qui l'aurait probablement rendu inapplicable, pour des raisons de calendrier, aux yeux de l'impatiente justice américaine), l'équipe dirigeante menée par Christoph Blocher aura finalement préféré un pragmatisme de dernière minute. A mon sens, c'est une erreur.

Les principes devraient gouverner l'action politique. La realpolitik, sans être à bannir, revient à les diluer. Or, si les principes de départ sont bons, les compromettre revient à choisir des solutions de qualité inférieure, un pis-aller qui ne devrait être envisagé que face au risque d'un échec complet. Mieux vaut une demi-victoire qu'une défaite, certes. Mais pourquoi se restreindre à une demi-victoire quand le succès est à portée?

Menant par le bout du nez une gauche arc-boutée dans ses postures idéologiques fossiles, l'UDC avait un boulevard pour faire capoter le lamentable accord UBS-USA. Il est ironique de constater que sur ce dossier les Romands, souvent jugés "tièdes" par le noyau alémanique de l'UDC, étaient finalement les plus en phase avec les valeurs fondamentales du parti, qu'il s'agisse de refuser un accord rétroactif  au nom de l'Etat de Droit ou de porter la décision devant le peuple au nom de la démocratie.

Nous ne connaissons pas tous les détails, bien sûr. Par exemple, la direction de l'UDC se satisfaisait-elle peut-être d'un objectif secondaire, comme la diminution des pouvoirs du Conseil Fédéral en matière de signature de traités internationaux. Peut-être certains s'inquiétèrent tardivement des conséquences d'un procès sur l'économie helvétique entière. Il existe une foule d'arguments rationnels, pertinents ou non, qui auraient pu convaincre les réticents, surtout des UDC romands, à faire preuve d'abnégation. Mais, à ce qu'il semble, on leur a surtout demandé une obéissance aveugle.

045201LP_yvan.jpgLa conjonction de ces facteurs a poussé Yvan Perrin à jeter l'éponge.

Le désastre était-il inévitable? Chacun y va de sa petite analyse. Le Temps estime que les Romands jouent les seconds rôles à l'UDC. Dans les colonnes du 24Heures, on estime que c'est la crise d'adolescence d'un parti qui grandit trop vite.

Selon moi, il y a un peu de vrai dans tout cela. L'UDC moderne vient assez directement de Suisse alémanique. Cela ne veut pas dire qu'elle doit s'y cantonner, comme l'espèreraient ses adversaires politiques. L'origine des bonnes idées importe peu. Si une recette marche à Zurich, ce serait dommage de s'en priver à Lausanne.

Pour des raisons historiques et culturelles, l'UDC Suisse ne donne pas autant de poids aux Romands que ceux-ci l'espèreraient. Ces raisons trouvent leur explication dans le fonctionnement du parti outre-Sarine, mais aussi dans la façon dont les UDC romands gèrent leur trajectoire politique depuis leurs origines agrariennes. La situation n'est pas idéale mais ce serait faire preuve de simplisme que d'en faire porter le chapeau uniquement à de "méchants Zurichois".

Dans cette optique, la démission surprise d'Yvan Perrin est un bien mauvais coup porté à la crédibilité de l'UDC romande, pour compréhensible qu'elle soit et malgré toute la sympathie que je peux éprouver pour l'homme. Je ne parle pas de l'électorat romand mais bien des relations entre UDC romande et UDC alémanique. Démissionner un an avant des élections importantes, déballer son linge sale dans les colonnes du Matin - comment voulez-vous que l'UDC prenne au sérieux les cadres Romands du parti après cela?

Si le but était de donner plus de poids aux Romands, je crains que ce soit un bel autogoal!

Je ne défend pas une quelconque Omertà, bien au contraire. Mais si la stratégie de l'UDC sur l'accord UBS-USA était peu lisible, celle d'Yvan Perrin après sa démission ne l'est pas moins.

16 juin 2010

Accord UBS-USA: Ce n'est que le début

La presse remarque "l'avancée" que représente l'approbation de l'accord UBS-USA devant le Conseil National. Ils y voie une solution à la solution inextricable de la grande banque. Ils ne sont pas les seuls: devant cette victoire d’étape l'action UBS a clôturé en hausse de 2% à la bourse alors que l'indice SMI faisait du sur-place.

L'UBS, prise au piège d'avoir conseillé à ses clients américains de frauder l'IRS, a trouvé, avec le soutien du Conseil Fédéral suisse, un terrain d'entente avec l'appareil judiciaire américain: lui livrer les informations bancaires privées de milliers de titulaires de comptes en échange de l'abandon des poursuites. Belle entourloupe en vérité, permettant à la banque de se sortir d'affaire aux dépens de ses clients!

45353FK_ubs.jpgNe pas le faire aurait placé la banque en porte à faux entre un procès aux Etats-Unis - exigeant les noms de fraudeurs potentiels du fisc - et un procès en Suisse - pour avoir rompu le secret bancaire. A travers leur plan d'aide financier aux banques en difficultés les autorités suisses se sont retrouvées embarquées dans l'affaire et, depuis, naviguent à vue pour soutenir UBS et sauver ce qui peut l'être.

Mais la Suisse a encore quelques institutions qui ne permettent pas au gouvernement d'agir comme bon lui semble. L'accord doit être ratifié par le parlement.

Nous avons donc le Centre (Libéraux-Radicaux-PDC) qui veut de l'accord à n'importe quel prix. Lien avec les grandes entreprises, soutien de leurs conseillers fédéraux, tout est en place pour que les noms soient donnés au fisc américain, et que vogue la galère. Malheureusement, le Centre est en force au Conseil des Etats.

Nous avons la Gauche, menée par les Socialistes. Pour eux, toute cette affaire est pain béni: dans un cas ils tapent sur d'éventuels fraudeurs du fisc en livrant leur nom (échapper à la spoliation par l'Etat est le plus grave crime qui soit aux yeux d'un socialiste), de l'autre ils laissent les Etats-Unis taper sur des banquiers (ennemis de classe par excellence). Mais, histoire de ne pas laisser la partie filer facilement, les socialistes ont monnayé leur accord au Centre en réclamant un virage à gauche: une taxation sur les bonus et un contrôle politique accru sur les banques. L'appétit vient en mangeant.

Nous avons la Droite, c'est-à-dire l'UDC. L'accord bafoue des principes de l'Etat de Droit: présomption d'innocence, non-rétroactivité, accords internationaux (puisqu'un accord d'entraide existe déjà avec les USA, mais les autorités américaines ont décidé de passer outre) et enfin respect du secret bancaire, c'est-à-dire de la sphère privée. La pilule est difficile à avaler.

Et encore, il faut faire vite: selon les autorités américaines, qui semblent donner le la aux autorités suisses, l'accord doit être sous toit au 19 août ou l'entente scellée entre l'UBS et le procureur démocrate Carl Levin en échange de l'abandon des poursuites contre la banque pourrait bien aller à la poubelle.

Voilà les raisons des atermoiements parlementaires qui dureront jusqu'à vendredi.

Devant l'opposition de l'UDC, le Centre a tenté l'alliance avec la gauche, mais l'entente s'est effondrée. A force de trop tirer sur la corde, les socialistes ont tout perdu. L'UDC, elle, joue à fond le jeu politique parlementaire: soufflant le chaud et le froid, elle est parvenue à couler les visées socialistes de réforme, au grand dam de son chef Christian Levrat. Celui-ci n'a depuis de cesse de répéter que l'UDC est le "parti des banques" alors qu'au mieux, les conseillers nationaux UDC se sont au mieux contentés de voter blanc à un accord soutenu à bout de bras par PDC et Radicaux-Libéraux, qui, eux, n'ont pas droits à de tels qualificatifs. Allez comprendre!

Le sauvetage de l'UBS doit-il coûter sa réputation de fiabilité à la place financière helvétique? La sortie de crise judiciaire justifie-t-elle qu'on torde le bras à l'Etat de droit? Délicates questions. En réalité, selon moi l'UDC ne veut pas de cet accord et a trouvé les meilleurs moyens de le saborder: jouer la montre et finalement faire appel au peuple. Dans cette dernière hypothèse, il serait piquant, mais guère surprenant, que le référendum soit lancé par les partis de gauche! Mais la question portera alors sur l'accord final, dont les propositions socialistes sont absentes... Carton plein pour l'UDC.

L'UDC, que d'aucuns jugeaient trop prévisible, a très finement joué la partie. Cela suffit sans doute à expliquer la rage à peine contenue de MM. Levrat et Darbellay; mais ils n'ont pas le monopole de l'intrigue. Et à l'inverse des tractations de couloir pour évincer du gouvernement un  conseiller fédéral coupable d'avoir été compétent, l'affaire UBS-USA pourrait bien finir là où elle devrait: devant le corps électoral, seule instance démocratique à avoir assez de légitimité pour trancher sur un compromis touchant à des principes fondamentaux.

L'accord UBS-USA avance, certes, mais il faut encore voir dans quelle direction!

08 juin 2010

Les gentilles menaces

L'Union Européenne compte "accentuer la pression" contre la Suisse et le Liechtenstein. Gentiment. En souplesse.

Une pression pour quoi, exactement? Pour que ces pays revoient leur législation sur l'imposition des entreprises afin qu'ils soient moins compétitifs - et que les sociétés de l'Union Européennes soient, en conséquence, moins tentées d'aller tenter leur chance sous des cieux fiscalement plus cléments.

Je n'invente rien. Il est prévu qu'une réunion des Ministres des finances de l'UE donne mandat à la Commission européenne pour que le "dialogue" soit lancé. Comme le dit Swissinfo dans une formule non dénuée d'ironie, l'Europe veut imposer ses bonnes manières à la Suisse.

08966HH_flag.jpgNul ne sait comment s'articuleront les questions de calendrier, mais le fond de l'affaire est clair: la Suisse doit plier.

De quelle odieux méfait le petit pays s'est-il rendu coupable? D'avoir une fiscalité des entreprises très favorable, comparée à ses voisins européens

Pour l'Europe, la concurrence fiscale est un fléau qu'il s'agit de combattre.

Cet objectif est ancien. Il remonte à la création d'un groupe de conduite en 1997. Depuis, les Etats de l’UE ont forcés le démantèlement de plus de 100 régimes fiscaux particuliers dans les pays membres.

Cette hargne s'explique sans peine par l'idéologie socialiste prévalant dans la construction de l'Europe politique.

Selon celle-ci, les Etats sont au centre de tout. Les entreprises et les particuliers sont les moutons et les gouvernements les bergers. Voir de juteux moutons laineux sauter une barrière pour aller dévorer l'herbe plus verte du champ voisin provoque donc des haussements de sourcils. Le troupeau appartient à son berger. Le mouton n'a pas son mot à dire. Il va de soi que le mouton n'a de la laine sur le dos que par le travail assidû du berger, et que finalement, au bout du compte, sa fourrure ne lui appartient pas...

On va donc chercher à restreindre les mouvements. Ceux-ci ne sauraient être entravés par des barrières, espace économique oblige. A la place, on va "niveler" le terrain de jeu: en quelque sorte, rendre l'herbe moins verte là où elle l'est trop, de façon à ce que ces chers moutons ne soient plus tentés de regarder ailleurs. L'objectif avoué est d'empêcher, dans une bienveillante autorité paternaliste, toute forme de délocalisations d'entreprises. Pas question d'enchaîner les moutons ou d'ériger des barbelés, ça ne se fait pas. On préfèrera, en plus de la rééducation continue expliquant aux moutons la chance qu'ils ont de vivre là où ils se trouvent, les priver de toute vision plus inspirante que le champ pelé sur lequel ils survivent...

Il faudrait que le mouton soit désespérément borné pour vouloir partir quand même, n'est-ce pas?

Économiquement, ce point de vue est absurde. Malgré le discours habituel - et mensonger - faisant référence à un haut niveau de taxation comme l'indispensable prix à payer pour un haut niveau de service, bien des entrepreneurs s'estiment surtout étranglés par les législations locales et la fiscalité, et cherchent à fuir. Loin des clichés gauchistes à base de costume-cravate et de gros cigares, il en va souvent de la survie de leurs sociétés.

A l'inverse, j'imagine qu'il existe des entreprises cherchant à s'installer en France ou en Allemagne et payer des charges sociales difficilement supportables pour des raisons qui m'échappent. Mais vous ne verrez aucun politicien social-démocrate s'émouvoir qu'une entreprise paye des charges plus élevée en traversant une frontière.

Que l'UE se suicide économiquement comme elle seule en a le secret, préférant voire se détruire des sociétés plutôt que de les laisser survivre, et éventuellement croîre, sur le terreau plus fertile d'états membres de l'Union fiscalement moins déraisonnables, c'est son problème. Mais nous assistons à un phénomène nouveau: l'exportation de cette vision hors de la juridiction de l'UE.

Les Européens souhaitent étendre [leur vision socialiste de l'économie] à des pays extérieurs, "en commençant par les plus proches dont le régime fiscal a la plus grande incidence" sur les pays européens, explique une source diplomatique.

Un peu comme si, dans un immeuble où chacun bat sa femme, les habitants faisaient pression sur le gentil locataire du premier pour qu'il cogne un peu, lui aussi. Y'a pas de raison...

Pour l'instant, bien sûr, la Suisse ne faisant pas encore partie de l'UE, celle-ci ne dispose pas de moyens juridiques contraignants pour imposer ses vues. Juste un "code de bonne conduite" et quelques regards appuyés. En attendant d'autres moyens si la Suisse n'a pas le bon goût d'obtempérer.

A d'autres époques, on aurait parlé de pressions, de diktat, ce genre de choses; mais ces termes sont désuets. Aujourd'hui on préfère évoquer une nécessaire harmonisation.

04 juin 2010

L'intolérable rétroactivité

S'il n'y avait qu'une seule raison de refuser l'accord UBS-USA, ce devrait être celle-là.

Un article de Guillaume Meyer dans l'Agefi révèle les scrupules qui ont, fort tardivement, saisi certains sénateurs du Conseil des Etats sur le dossier controversé de l'accord UBS-USA, tels le PDC thurgovien Philipp Stähelin, le PDC saint-gallois Eugen David ou même le Vert vaudois Luc Recordon. Hélas, la petite fronde s'est fait balayer par 32 voix contre 10 - les rebelles étaient minoritaires. La realpolitik l'a emporté sur les principes fondateurs de l'Etat de Droit.

C'est fâcheux.

La non-rétroactivité est un principe fondamental. Elle signifie qu'une loi ne peut pas criminaliser une conduite antérieure à son élaboration. En d'autres termes, nul ne peut être poursuivi pour des faits antérieurs à la promulgation d'une loi.

Comme l'écrivit avec une grande élégance Jean-Etienne-Marie Portalis en 1803 en présentant le Code Civil français:

C’est un principe général que les lois n’ont point d’effet rétroactif.
À l’exemple de toutes nos assemblées nationales, nous avons proclamé ce principe.
Il est des vérités utiles qu’il ne suffit pas de publier une fois, mais qu’il faut publier toujours, et qui doivent sans cesse frapper l’oreille du magistrat, du juge, du législateur, parce qu’elles doivent constamment être présentes à leur esprit.
L’office des lois est de régler l’avenir. Le passé n’est plus en leur pouvoir.
Partout où la rétroactivité des lois serait admise, non seulement la sûreté n’existerait plus, mais son ombre même.
La loi naturelle n’est limitée ni par le temps, ni par les lieux, parce qu’elle est de tous les pays et de tous les siècles.
Mais les lois positives, qui sont l’ouvrage des hommes, n’existent pour nous que quand on les promulgue, et elles ne peuvent avoir d’effet que quand elles existent.
La liberté civile consiste dans le droit de faire ce que la loi ne prohibe pas. On regarde comme permis tout ce qui n’est pas défendu. (...)

Que deviendrait donc la liberté civile, si le citoyen pouvait craindre qu’après coup il serait exposé au danger d’être recherché dans ses actions, ou troublé dans ses droits acquis, par une loi postérieure? Pourquoi, dira-t-on, laisser impunis des abus qui existaient avant que la loi que l’on promulgue pour les réprimer ? Parce qu’il ne faut pas que le remède soit pire que le mal. Toute loi naît d’un abus. Il n’y aurait donc point de loi qui ne dût être rétroactive. Il ne faut point exiger que les hommes soient avant la loi ce qu’ils ne doivent devenir que par elle.

 

Que de bon sens oublié depuis, à l'aune des intérêts économiques ou partisans!

45342FR_Hammer.jpgLa non-rétroactivité est un principe fondateur de l'Etat de Droit, parce que sans elle la sécurité juridique n'existe pas.

Sans elle, vous, cher lecteur, vous êtes aujourd'hui coupable. Même si vous ne faites rien, même si vous pensez respecter - pire, même si vous respectez effectivement - toutes les lois existant dans votre cadre juridique atuel, vous ne pouvez pas respecter toutes les lois imaginables. Vous ne pouvez pas respecter toutes les lois qui seront votées dans le futur et qui rendront illégales d'une façon ou d'une autre vos activités présentes.

Pire encore, une fois une telle loi rétroactive votée, vous pourriez être puni pour un acte accompli aujourd'hui.

On connaît l'adage "nul n'est sensé ignorer la loi", qui, malgré son absurdité pratique, permet de neutraliser toute défense à base de l'ignorance de celle-ci. Mais ce principe est totalement incompatible avec une loi rétroactive, puisque ne pas ignorer la loi dans ce cadre revient à connaître le futur, et les lois qui y seront promulguées!

En votant des lois rétroactives, un gouvernement s'autorise à punir n'importe qui pour n'importe quelle raison.

En essayant de faire passer un accord d'entente UBS-USA mettant à mal le secret bancaire sur le principe d'un terme légal "fraud and the like" sur des activités antérieures à cet accord, le gouvernement et le parlement helvétiques essayent de sauver une grande banque d'un procès difficile. Mais il est plus urgent que jamais de réaliser les principes qu'ils bafouent au passage.

31 mai 2010

Le Bon Suisse

Comment définir un "bon" candidat à la naturalisation? Qu'est-ce qu'un "futur bon" Suisse?

Non sans malice, Antonio Hodgers, Conseiller National vert, a posé la question au Conseil Fédéral. La réponse de ce dernier est assez embarrassante pour justifier un article au ton moqueur dans Le Matin. En effet, selon le gouvernement, un bon candidat à la naturalisation remplirait les quatre critères suivants:

  1. Posséder un compte en banque.
  2. Avoir une mobilité autonome.
  3. Appartenir à une association.
  4. Connaître sa région.

On le voit - et M. Hodgers y parvient sans peine - ces quatre critères n'ont pas grand sens: il est trop facile de trouver des contre-exemples de personnes à naturaliser ne correspondant pas à cette liste, voire des Suisses contrevenant à un ou plusieurs de ces critères, même si à la louche 95% de la population doit les remplir. Jamais avare d'une polémique facile, M. Hodgers ne cherchait en fait qu'à critiquer le gouvernement bon compte. Il se garde bien, par exemple, de donner en réponse la moindre définition de ce qui devrait être un bon candidat à la naturalisation helvétique selon lui. J'imagine qu'une sensibilité écologico-socialo-gauchiste à fleur de peau devrait jouer un certain rôle, même si seule une minorité de la population correspond à ce critère...

Les questions philosophiques sur la définition de l'humanité occupent les grands penseurs depuis des millénaires. La portée sémantique semble plus humble lorsqu'il s'agit de définir ce qu'est un "bon Suisse", mais le débat n'est pas plus simple pour autant. Pas plus que de définir formellement ce qu'est un "militant de gauche" ou même un "écologiste", d'ailleurs.

564dfw3_passport.jpgC'est en réalité un faux débat. Une définition formelle, qu'un ordinateur sans âme pourrait traiter, est tout bonnement impossible.

Critiqué sur la portée de son test de QI et sommé de définir ce que signifiait cette valeur, un scientifique répondit dans une pirouette: "Le QI, c'est ce que mesure mon test." Il en va de même dans un débat sur les critères légaux sur le passeport helvétique. Du point de vue purement administratif, la nationalité Suisse se résume à la possibilité d'obtenir un passeport rouge à croix blanche par les services de l'Etat.

Par opposition à cette nationalité administrative, la nationalité "de coeur" peut être fort différente. Il y a en Suisse probablement nombre de gens qui se sentent suisses sans en avoir le passeport. Et aussi, malheureusement, nombre d'individus officiellement suisses sans partager le moins du monde les valeurs de leur pays d'accueil.

Serait-il possible d'inventer un meilleur système qu'une liste arbitraire de critères à remplir?

Etant naturalisé moi-même, je suis fasciné par les gens qui choisissent une nouvelle nationalité. C'est un acte politique fort. La réponse du Conseil Fédéral à la question de M. Hodgers m'a donc ramené à ma propre naturalisation, en terre Vaudoise.

De façon étonnante, je ne correspondais pas aux critères édictés par le Conseil Fédéral. A l'époque, je ne faisais partie d'aucune association. J'avais également un regard assez critique sur les connaissances historiques et géographiques exigées lors de mon passage face à la Commission de naturalisation, car elles n'impliquaient que d'étudier quelques livres d'histoire suisse disponibles partout dans le monde. J'aurais tout aussi bien pu connaître la guerre de Souabe en lisant le même livre depuis une yourte en Mongolie.

Il y avait pourtant une condition qui ouvrait, selon moi, une perspective radicalement différente de la naturalisation: le parrainage.

Le candidat vaudois à la naturalisation devait mentionner deux parrains prêts à témoigner de son intégration. Ces personnes devaient être Suisses et domiciliées dans le canton de Vaud.

Le parrainage est une piste prometteuse dans l'obtention de la nationalité. Il témoigne de l'engagement personnel du candidat dans la société helvétique. En mettant quelques garde-fous (comme un entretien du parrain avec les autorités, une limitation du nombre de parrainage à un par an et/ou une responsabilité éventuelle du parrain dans le comportement du candidat une fois naturalisé) on éviterait facilement tout parrainage de complaisance.

Le parrainage seul ne suffit pas; toutefois, il me semble plus porteur de réelles marques d'intégration que l'apprentissage scolaire d'informations historiques et géographiques sur son canton d'adoption ou la possession d'un compte en banque.

Selon cette piste, un bon candidat à l'intégration serait quelqu'un d'assez impliqué auprès de la population pour avoir des Suisses témoignant en sa faveur. Cette définition du processus de naturalisation ne me paraît pas absurde.

26 mai 2010

Virée à dix balles à Martigny

Martigny, cité valaisanne paisible au charme incontournable. Martigny, sa place centrale, son soleil, ses gangs en goguette, ses affrontements à l'arme à feu...

L'image de carte postale de la jolie bourgade de Martigny s'est sérieusement écornée ce dimanche, lorsque deux bandes se sont affrontées en plein centre-ville dans une rixe mortelle.

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Bien qu'une bonne partie de la scène ait été filmée par des caméras de surveillance d'une agence UBS toute proche et que les badauds aient été nombreux, difficile de savoir exactement ce qui s'est passé.

A 19h05, les deux groupes, une dizaine de personnes d’ex-Yougoslavie et quatre ou cinq Cap­verdiens, se sont croisés «par hasard» aux abords de la place Centrale, lieu très fréquenté à Martigny, explique la police. «Ils se sont insultés puis la situation a rapidement dégénéré en bagarre.» Chaque camp disposait d’une arme à feu: un pistolet de 9 mm équipé d’un silencieux d’un côté, un pistolet de calibre 38 spécial de l’autre.

Plusieurs coups de feu sont tirés. Touché à la poitrine, un Serbe meurt après son transport à l'hôpital. Un autre Serbe âgé de 29 ans et un Capverdien de 27 ans sont aussi blessés, mais leur vie n'est pas en danger.

 

On notera, comme d'habitude, la tournure passive propre à la fatalité des événements. C'est le destin: des gens se croisent, sortent des armes, se tirent dessus, au beau milieu des passants, des badauds, des poussettes. Personne n'y peut rien. Ca ne vous est encore jamais arrivé à vous?

Bizarrement, plus personne ne parle de ce fameux "sentiment" d'insécurité, dont l'exploitation faisait les choux gras de l'UDC. Il est vrai qu'à partir du moment où les balles fusent quand deux bandes étrangères antagonistes se croisent - apparemment par hasard - l'insécurité devient quelque chose de beaucoup plus concret. Il suffit de se promener sur la place centrale de Martigny, de contempler les impacts de balles dans les vitrines des commerces du coin ou sur les arcades de la place. De jeter un oeil sur les traces de sang séchées laissées par les blessés - et le mort.

Les politiciens sont invités sur les plateaux télé, bien entendu. Christophe Darbellay, président du PDC tout-puissant en Valais, admet à demi-mot que le nouveau Code Pénal entré en vigueur en 2007 n'est pas dissuasif. Il omet de préciser que ledit Code Pénal et ses peines de jour-amende ridicules ont été approuvés par ses amis socialistes et lui, et que l'UDC s'y est toujours opposée. Des voix se font entendre réclamant que "la justice fasse son travail" et prétendant que, selon la législation en vigueur, les fauteurs de troubles soient expulsés... Mais ils ne peuvent l'être:

Jacques De Lavallaz, l’homme qui a le pouvoir de retirer les permis de séjour en Valais depuis que le nouveau code pénal de 2007 a dépouillé les juges d’instructions de cette faculté, avoue une certaine impuissance en l’espèce.

«Les personnes dont il est question n’ont soit pas été jugées sur territoire valaisan, soit ne remplissaient pas les critères fixés par la jurisprudence pour un non-renouvellement ou une révocation de leur permis (ndlr: des peines d’emprisonnement cumulées de 20 mois)», détaille le chef du Service de la population et des migrations.

 

Des peines insuffisantes! Les protagonistes n'ont donc pas commis assez de crimes et de délits, malgré des casiers judiciaires longs comme le bras:

La victime est un Serbe de 36 ans. Il était au bénéfice d’un permis B depuis 2006, apparemment employé dans une menuiserie de la région et connu de la police valaisanne uniquement pour quelques tracasseries administratives. Il aurait en revanche des antécédents dans le canton de Zoug.

Un de ses compatriotes, blessé dans l’altercation et désormais sous les verrous, est détenteur d’un permis C, qu’il agrémente d’un pedigree de parfait petit délinquant. Il a déjà été interpellé pour violences domestiques, dommages à la propriété, agression, injures, menaces et voies de fait.

A l’autre bout du pistolet: celui qui tient le rôle du meurtrier est un Portugais du Cap-Vert, 27 ans, détenteur d’un permis L avec échéance au mois de juillet. Lui aussi serait occupé comme manœuvre par une entreprise de la région et a déjà été arrêté pour brigandage, infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants, et dommages à la propriété notamment.

Un autre Capverdien, impliqué dans la rixe mortelle, est un récidiviste, condamné à 80 heures de travail d’intérêt général pour avoir frappé un fonctionnaire de police en 2009.

 

Il aura fallu attendre un meurtre pour avoir un motif suffisant pour justifier une expulsion?

La rixe de Martigny ramène sous les feux de l'actualité l'éléphant que personne ne veut voir au milieu du salon: La criminalité étrangère.

Devant ce sujet politiquement incorrect, la justice suisse et les institutions politiques helvétiques font preuve d'un aveuglement empoisonné. Ils refusent d'admettre la présence en Suisse de gens dangereux, introduits dans le pays pour des motifs opportunistes, et sans la moindre envie de s'intégrer ou de respecter le droit helvétique.

Le Code Pénal 2007, célèbre pour sa pusillanimité, doit évidemment être repensé. Il faut mettre un terme à l'angélisme qui a donné lieu à sa révision. Cela contribuera certainement à redonner un peu de vigueur à une justice qui se fait surtout remarquer par le ridicule des peines qu'elle inflige (à moins que vous ne soyez un automobiliste.)

Mais il est probable que la renonciation aux jours-amendes ne serait pas suffisante. Quand des individus sont remplis de haine aveugle au point de tirer à vue sur des rivaux supposés en pleine rue et en pleine journée, il y a peu de chances qu'une éventuelle sévérité des peines les amène à renoncer.

Face à des trublions dangereux et visiblement irrécupérables (comme leur casier judiciaire en atteste) il n'y a qu'une seule solution: l'expulsion, dans l'intérêt de la paix civile en Suisse. Les trafiquants, des criminels et autres hommes de main au service de réseaux mafieux n'ont rien à faire dans ce pays.

Dimanche en fin d'après-midi, alors qu'ils abandonnaient dans les cris et la panique leurs terrasses ensoleillées pour se mettre à l'abri des balles fusant de toute part, les habitants de Martigny ont probablement compris quelque chose: l'insécurité n'est pas un "sentiment" et la violence des bandes étrangères est une réalité. Espérons que le reste de la Suisse romande ouvrira également les yeux, sans attendre que des balles perdues ne trouvent leur chemin vers des victimes innocentes.