24 janvier 2011

De l'engagement

Ca y est, c'est fait - l'UDC Renens se lance à la conquête du Conseil Communal. Votez pour la liste n°4!

Ces derniers mois ont été difficiles, et ces dernières semaines encore davantage. La recherche de candidats à mettre sur notre liste a réclamé énormément de temps. C'était un fil rouge que nous tenions à chaque réunion, à chaque discussion sur le marché de Renens, à chaque appel téléphonique à un de nos membres... Une préoccupation constante que d'autres jeunes sections communales de l'UDC partagent sans doute!

Malgré toute cette attention, le résultat est maigre. Au bout du compte, nous ne sommes qu'une poignée de candidats au Conseil Communal de notre ville. C'est bien étrange.

Loin d'inviter à la moquerie, la modestie de notre liste m'a amené à une réflexion sur la difficulté d'être candidat. L'idée de coucher quelques pensées sur l'engagement politique me trottait dans la tête depuis un moment, mais l'agression de Hans Fehr par des extrémistes gauchistes vendredi dernier lui donne un ton particulier.

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Hans Fehr, interviewé par la télévision suisse alémanique
peu de temps après son agression.

L'agression de M. Fehr n'est malheureusement pas un acte isolé. Ainsi, Toni Brunner, président de l'UDC Suisse, mentionne que "notre secrétaire général Martin Baltisser travaille depuis plus d’un mois dans un bureau sans lumière du jour parce que la fenêtre est toujours barricadée avec des planches."

Le 22 janvier, on apprend que Céline Amaudruz, présidente fraîchement promue à la présidence de l'UDC Genève, est victime de menaces anonymes depuis son élection. Et ces menaces n'ont rien de théorique:

Vendredi soir, alors qu'elle siégeait en commission, sa voiture a été vandalisée pour la troisième fois. (...) «Ce n'est pas un hasard car il s'agit de trois véhicules différents. Quelqu'un me suit», a-t-elle déclaré samedi à l'ATS. Le scénario est toujours le même: vitres brisées, mise à sac de la voiture, puis lettres de menaces expédiées au travail, à la maison, au Grand Conseil ainsi qu'au manège où elle monte à cheval. Vendredi soir, les voitures stationnées à côté de la sienne et appartenant aussi à des députés n'ont pas été touchées, selon elle (sic).

 

Ce ne sont que quelques exemples saillants de la violente pression qui s'exerce chaque jour un peu plus - et un peu plus ouvertement - pour tenter de museler l'UDC. Pensons aussi à la façon dont des militants gauchistes ont profité d'une manifestation pour envahir et saccager les locaux de l'UDC vaudoise à Lausanne, le tout accompagnés par des journalistes! Pensons à la façon dont les autorités de l'Université de Lausanne ont refusé d'accueillir un congrès de l'UDC face à la "pression" de tracts anonymes laissés dans des toilettes! Quelle bonne excuse!

L'agression de M. Fehr représente une nouvelle étape. On a dépassé l'intimidation pour l'agression physique, agression ayant pour but la suppression pure et simple de l'opinion dérangeante. Comme le raconte le conseiller national: "Quelqu'un s'est écrié: «C'est Fehr de l'UDC!» J'ai changé de trottoir et ils m'ont immédiatement attrapé pour me frapper, poursuit-il. J'ai essayé de me protéger avec les bras, puis je suis tombé à terre. Là, ils ont commencé à me donner des coups de pied et j'ai ressenti des douleurs à la poitrine. Je leur ai crié: Vous êtes fous!"

Les agresseurs de M. Fehr avaient parfaitement identifié leur cible et savaient ce qu'ils faisaient. S'ils n'avaient été dérangés, il ne serait peut-être plus de ce monde.

Pascal Décaillet livre sur cette affaire une analyse très pertinente:

Je connais bien Hans Fehr. C’est un homme d’une parfaite courtoisie. Ses combats, il les mène avec des mots, jamais avec les poings. Ce qui lui est arrivé est parfaitement dégueulasse. Inadmissible dans une démocratie. Mais il y a plus nauséabond encore. Ceux qui, tout en condamnant hypocritement l’agression, laissent entendre que l’UDC paierait là le tribut de son style politique, et qu’au fond Hans Fehr ne l’aurait pas volé. Au fond d’eux-mêmes, sans doute se réjouissent-ils de la correction subie par l’un des ténors du premier parti de Suisse.

 

Au fond d'eux-mêmes? Si seulement! Les commentaires du blog de M. Décaillet suffisent à démontrer qu'ils sont rares à avoir cette retenue. Ils se réjouissent ouvertement de l'agression du conseiller national UDC! L'agression serait de sa faute, bien entendu. Toujours cette inversion commode entre l'agresseur et sa victime...

Pour chaque épisode de ce genre, combien de citoyens renoncent finalement à s'engager en politique?

C'est malheureusement dans cette optique que je constate la faible proportion de candidats sur la liste communale de l'UDC Renens ou d'autres communes similaires. Notre section communale est jeune, certes. Elle n'a pas de sortants à représenter, certes. Nous avons certainement commis quelques erreurs, nous avons probablement laissé passer des occasions. Mais Renens est une ville de vingt mille habitants. L'interdiction des minarets - objet soutenu uniquement par l'UDC entre tous - a obtenu 49.5% des suffrages. Dire que l'UDC a un potentiel à Renens relève de l'euphémisme. Nous avons été en contact avec bien des sympathisants, dont la plupart on choisi de refuser de s'engager. Est-ce vraiment parce que chacun était tellement occupé à autre chose? Quelle a été la part de la peur dans leur refus?

Se présenter, c'est s'exposer, prendre un risque. Un risque minime - tout le monde n'est pas Hans Fehr - mais pas dérisoire. Un risque auquel il est si facile de renoncer, en se cachant, en se retirant parmi les ombres... En espérant que d'autres lutteront à notre place.

La popularité d'un parti politique ne suffit pas au succès de ses idées. Il lui faut aussi des candidats pour les défendre. Les agresseurs de M. Fehr, et tout ceux qui dénoncent mollement l'attaque dont il a été victime, l'ont bien compris. Et tant pis, pensent-ils dans leur for intérieur, si la démocratie doit y passer.

19 janvier 2011

Vive les Tunisiens!

Pour la plupart des occidentaux, la Tunisie était, au mieux, une destination de vacances. Elle est maintenant devenue le symbole de la révolution contre les dictateurs.

Personne n'aurait imaginé il y a quelques mois l'horreur de l'Etat mafieux dans lequel vivent dix millions de Tunisiens depuis des décennies. Le 17 décembre, l'immolation volontaire d'un jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, révolté par la saisie de sa marchandise par la police, mit le feu aux poudres. La réaction populaire à la mort de cet homme malheureux et désespéré révéla au monde l'ampleur de la colère couvant contre le régime de Zine El Abidine Ben Ali.

En protestant contre le dictateur, les manifestants savaient bien qu'ils prenaient des risques; Mohamed Bouazizi ne serait pas la dernière victime de Ben Ali. Le week-end du 8 janvier fut le plus sanglant, entre vingt et cinquante personnes perdant la vie suite à des affrontements avec la police du régime.

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Le président Ben Ali tenta naturellement d'éteindre l'incendie à coup de promesses: création de 300.000 emplois supplémentaires d'ici 2012, limogeage d'un fusible (le ministre de l'intérieur), libération de certains prisonniers, baisse des prix, jusqu'à l'annonce de son retrait du pouvoir en 2014. Le tout avec une répression savamment orchestrée, le couvre-feu étant décrété dans de vastes zones urbaines pendant que certains "policiers" participaient directement aux pillages.

Rien n'y fit. Loin de se calmer, la population tunisienne redoubla d'ardeur. Craignant pour sa vie, le despote s'enfuit en Arabie Saoudite le 14 janvier.

Depuis, la Tunisie lutte pour un vrai changement de régime et non une remise en question symbolique: tous les sbires de Ben Ali n'ont pas été éloignés du pouvoir, loin de là.

La Tunisie réussira-t-elle à prendre un virage démocratique? Sombrera-t-elle dans le chaos et la violence? Finira-t-elle entre les mains d'une dictature militaire, d'un groupe islamiste, de révolutionnaires marxistes? S'enfoncera-t-elle dans un nouvel enfer pour une génération?

Il est trop tôt pour le dire. Mais malgré les risques, la violence et les vautours, les Tunisiens suscitent l'envie auprès d'autres populations maghrébines asservies: témoins de nouveaux actes désespérés tentant de déclencher en Algérie ou en Egypte le même mouvement populaire, en s'immolant en place publique pour protester contre les régimes en place.

Les Tunisiens doivent relever des défis immenses. Ils s'y attellent avec courage et méritent notre respect.

Et ils ne le reçoivent pas.

Le monde observe la Révolution de Jasmin avec une pudeur déplacée, gênante. Pourquoi personne ne félicite les Tunisiens? Par prudence? Il en faut, certes, mais la Tunisie vit un bouleversement unique. Par mépris? Certainement des autres dictatures de la planète - et elles sont nombreuses - mais pas de nos démocraties occidentales, enfin, on peut l'espérer.

En France, on brille surtout par le manque d'enthousiasme. Après avoir proposé à Ben Ali de l'aide pour "gérer" les manifestations, du bout des lèvres on félicite "le peuple" pour son action - le peuple, cette masse pléthorique et méprisée, sans leader à qui serrer la main devant des photographes. Et encore, uniquement parce qu'il est clair désormais que Ben Ali ne reprendra pas les rênes du pouvoir.

En Suisse, on temporise, on parle d'autre chose. Peut-être est-ce une prudence de bon aloi associée à la neutralité du pays. A moins que l'épisode de la reconnaissance empressée du Kosovo, dont on réalise aujourd'hui qu'elle a surtout servi à légitimer la mafia qui le dirige, ait laissé quelques traces.

Mais de part le monde, il y a bien des gouvernements, bien des chancelleries, bien des ministres des Affaires étrangères qu'on a déjà vu parler à tort et à travers pour moins que ça. Pensons à l'affaire de la "flottille de la paix" par exemple (lire une analyse ici). On cherchera en vain les condamnations du régime Ben Ali après les tueries commises par les "forces de l'ordre" locales, surtout comparées aux protestations conséquentes à une intervention militaire israélienne, quelle qu'elle soit.

Qu'attendent-ils pour dénoncer avec la plus grande fermeté les exactions du régime?

Qu'attendent-ils pour féliciter les Tunisiens?

Qu'attendent-ils pour se réjouir de la fin du régime de Ben Ali? Pour proposer leur assistance à une transition démocratique?

Sont-ils à ce point peu concernés de voir fuir un dictateur? Ou simplement mal à l'aise? Et pourquoi?

Je n'ai pas la réponse, mais rien de positif ne me vient à l'esprit quand j'y pense. En attendant, mes meilleurs sentiments sont pour la population tunisienne.

22 décembre 2010

Fausses notes

Vous êtes en quête d'une voiture d'occasion. Vous hésitez devant un modèle vanté par le vendeur. Celui-ci vous brandit un certificat de qualité pour le véhicule, mais en faisant le tour vous apercevez une large tache d'huile sous le bloc moteur... L'achèteriez-vous?

Ce décalage entre la qualité estimée par un tiers, ici l'émetteur du certificat, et la qualité effectivement perçue par le client se retrouve à tous les niveaux, y compris lorsque des organismes financiers cherchent à placer leur capital en souscrivant à des obligations d'Etat.

rust.jpgAlors, que fait-on en cas d'incertitude? On s'assure. On s'assure contre le risque. Dans le cas d'une voiture, on négociera une garantie auprès du garagiste-vendeur; dans le cas de la souscription à un emprunt d'Etat, on achètera des Credit Default Swaps (CDS).

Derrière leur nom barbare, les CDS ne sont que des certificats d'assurance comme les autres. Ces produits financiers permettent de se prémunir contre un défaut de paiement de celui qui a émis une dette. Ils n'existent pas que pour les Etats, d'ailleurs, certaines variétés couvrent les emprunts des grandes entreprises. La comparaison entre le prix des uns et des autres est révélatrice, et j'invite le lecteur curieux à lire ce billet instructif sur une spéculation qui ne dit pas son nom.

Mais revenons à notre sujet: les CDS sont une assurance contre la faillite.

Si le risque est élevé, le CDS est cher, forcément. C'est comme pour les assurances automobiles, ceux qui plient une voiture par an doivent payer plus de primes que les bons conducteurs.

Or, nous savons tous que le "risque" d'un pays est aussi représenté à travers la note que celui-ci obtient des agences financières. AAA, AA1, perspective négative, dégradation de la note, toutes ces notions font désormais partie du vocabulaire courant, crise oblige. Les pays jugés très fiables comme la France et l'Allemagne, nous dit-on, méritent un triple A, la meilleure note. Les mauvais payeurs obtiennent des notes inférieures, pour rester poli, jusqu'aux eaux troubles où les perspectives de retrouver sa mise sont si faibles qu'il vaut mieux tenter sa chance au casino.

On serait donc en droit de voir une sorte de corrélation entre la note attribuée à un pays par une agence de notation, et le prix de ses CDS sur le marché, c'est-à-dire le tarif des assurances destinées à se protéger contre un défaut. Bonne note = pas risqué = CDS pas cher. Et réciproquement, Mauvaise note = risqué = CDS coûteux.

Eh bien, pas du tout.

Beaucoup de pays de la zone euro ont des notes excellentes et des CDS paradoxalement très chers.

La note dit "pas risqué" et le CDS hurle "attention, risque maximum, méfie-toi!" Tout cela est très étrange.

Une seule explication: l'un des deux se trompe. Est-ce la note, ou le CDS?

Levons un secret de Polichinelle: c'est évidemment la note. Pour une raison très simple - celui qui note ne prend pas de risque personnel. Il note, rien de plus. S'il s'est fourvoyé, eh bien, ça arrive, l'erreur est humaine. Il en sera quitte pour une réputation un peu étrillée mais c'est à peu près tout. A l'opposé, celui qui souscrit des CDS le fait pour couvrir un emprunt; il a confié son argent et cherche à le protéger. S'il se trompe, il met en jeu la rentabilité de son prêt et ses économies. Il fait donc nettement plus attention.

Savoir que les notes sont surévaluées, c'est déjà bien, et beaucoup s'en doutaient déjà. Mais un article de Businessweek (Merci à Astynoos) nous donne une information autrement plus précise: à quel point sont-elles fausses?

Pour le savoir, des experts se sont contentés d'établir une corrélation entre le prix des CDS et les notes. Là où les pays, mêmes pauvres, ne sont pas dans la tourmente politique (et où les agences de notation ne sont pas désignées comme bouc-émissaire par des élites irresponsables) il existe une corrélation nette entre le prix de l'assurance et la note. Rien de tel pour la zone Euro, où on voit que les pressions des gouvernements sur les agences de notation portent décidement leurs fruits. Mais, en utilisant les CDS, il reste possible de mesurer le décalage entre note officielle et note réelle. Le résultat est décoiffant.

Les CDS associés aux obligations françaises impliquent une note de Baa1, sept rangs en dessous de la note Aaa actuellement accordée par Moody's, selon le groupe de recherche sur le marché des capitaux de la firme basée à New York.

Les contrats sur le Portugal impliquent une note B2, dix rangs en dessous de sa note A1, alors que les swaps associés aux obligations espagnoles valent un Ba3, onze rangs en dessous de sa note Aa1 actuelle, montrent les données du groupe de recherche sur Moody's. Les produits dérivés protégeant la dette belge impliquent un rating de Ba1, neuf rangs en dessous de son Aa1 actuel.

 

Il faut décidément être bien naïf pour croire aux bonnes notes attribuées par les agences. Et en fait, comme en témoigne le marché des CDS, les investisseurs n'y croient pas!

J'en arrive presque à me demander si l'illusion des notes ne serait pas maintenue juste à l'intention du grand public. Ce n'est pas impossible, vu la propension des autorités à multiplier les déclarations pontifiantes. Mais comme quelques graphiques valent mieux que de longs discours, voyons à quel point l'Euroland est sorti des turbulences, avec le taux d'intérêt des emprunts d'Etat à dix ans pour...

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...L'Irlande...

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...L'Espagne...

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...Le Portugal.

Tout cela est radieux, n'est-ce pas? Et on s'étonne d'une crise de confiance enver l'Euro!

L'hiver va être rude, pas seulement à cause de la neige.

20 décembre 2010

L'arnaque selon Sommaruga

Le jour même de la votation du 28 novembre consacrant le Renvoi des Criminels étrangers, Berne a pris acte de la décision populaire. La Conseillère Fédérale en charge du département de Justice et Police, Simonetta Sommaruga, annonça alors:

"Je respecte la volonté du peuple et vais exécuter le mandat qui m'a été confié."

 

Cette façon très fair-play d'accepter la défaite me semblait trop belle pour être honnête. Mais peut-être la cheffe socialiste du DFJP avait-elle vraiment à coeur de respecter la décision souveraine? Peut-être mettrait-elle en place une procédure respectant le résultat des urnes? Après tout, je ne connaissais guère la conseillère fédérale fraîchement promue et celle-ci se distinguait des autres candidats par son ouverture d'esprit, paraît-il... Oui, chacun était en droit d'espérer.

Il n'aura fallu que trois semaines pour que l'on découvre le pot-aux-roses.

610x.pngNous savons désormais de quelle façon Simonetta Sommaruga a l'intention de torpiller, en toute décontraction, l'initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers: en noyautant le groupe de travail chargé d'élaborer le projet de loi consécutif à la modification de la constitution.

Lorsque la constitution est modifée suite à une initiative, il faut traduire la nouvelle orientation en loi. Pour cela, on élabore un projet, celui-ci est discuté par les Chambres, éventuellement combattu par référendum, et entre enfin en vigueur.

L'élaboration d'un projet de loi par un groupe de travail est donc essentielle, car ce dernier est la base de tout le processus législatif.

Certes, le projet sera ensuite discuté par le Conseil National et le Conseil des Etats; il sera amendé, négocié, retravaillé. Mais le projet de loi représente le point de départ de la démarche. Compte tenu de l'orientation anti-renvoi du Parlement, il y a fort peu de chance que le projet gagne en sévérité au fil du processus.

Imaginons que, par un pur hasard, le groupe de travail initial soit biaisé et compose un projet de loi trahissant l'esprit de l'initiative - par exemple, en ne produisant qu'une pâle copie du contre-projet rejeté par le souverain. Les initiants étant politiquement minoritaires dans les chambres, ils n'auront aucune chance de corriger le tir. La loi finale sera très éloignée de l'esprit de l'initiative approuvée par les citoyens.

Et ce scénario correspond exactement à la façon dont Mme Sommaruga prévoit de manoeuvrer.

Il suffit de se remémorer le nombre d'éditoriaux rejetant l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers pour comprendre le peu d'empressement des médias à dénoncer quoi que ce soit. Seul Le Matin sort du lot en rendant compte de l'affaire à travers un "débat" et un article. Qu'on se rassure, le ton est résolument anti-UDC, mais une partie de l'arnaque transparaît tout de même, comme en témoignent ces extraits:

[Première critique], le comité d’experts sera présidé par Heinrich Koller, ancien directeur de l’Office fédéral de la justice. «Il s’était prononcé contre notre initiative», rappelle Livio Zanolari. La seconde critique vise le fonctionnement du groupe de travail, qui devra trouver des solutions de manière consensuelle. «Cette façon de faire laisse une marge de manœuvre très limitée. A quoi sert-il de rejoindre le groupe s’il n’est pas possible d’y agir?» poursuit le porte-parole.

Il est prévu que les discussions au sein du groupe soient confidentielles, et les divergences ne feront pas l’objet de votes. Une discrétion absolue est imposée et le Département fédéral de justice et police (DFJP) conserve le monopole de l’information, a déploré l’UDC vendredi.

L’UDC doute de l’intention réelle d’exécuter la volonté du peuple. Le groupe de travail est en effet composé, hormis les deux représentants des initiateurs, exclusivement d’organisations et de personnes qui, déjà avant la votation populaire, avaient affirmé que le mandat constitutionnel ne pourrait pas être appliqué, note-t-elle.

 

Voilà, un groupe de travail où les initiants sont minorisés, où les débats sont menés de façon "consensuelle" - ce qui évite d'avoir recours au vote et, surtout, à un rapport de minorité. Le tout assaisonné de délibérations secrètes, tant qu'à faire!

En réalité, ce serait la moindre des choses que le groupe soit constitué d'une majorité d'experts favorables au Renvoi des Criminels Etrangers. En l'état, le groupe de travail ne s'appliquera qu'à rechercher les moyens de rendre inopérante la mise en application de l'initiative. Rejoindre un groupe de travail aux mains des adversaires de l'initiative, et ensuite faire porter le chapeau d'un projet de loi misérable à l'UDC? Ou renoncer à se rendre complice de cette arnaque? Pour les Démocrates du Centre, c'est perdant-perdant. Soit ils avalent des couleuvres en silence, soit ils se laissent dépeindre comme des irresponsables.

La ficelle est grosse, très grosse.

L'arnaque mise en place par Mme Sommaruga ne pourrait pas fonctionner sans l'assentiment des autres partis du Parlement. Les commentaires de leurs chefs respectifs sont évocateurs: ils se montrent très satisfaits de ces manoeuvres politiciennes. C'est un jeu dangereux, car ils s'en rendent complices. En se réjouissant de rappeler à l'UDC qu'elle est minoritaire dans les Chambres, ils affichent surtout leur mépris du résultat de l'initiative populaire, c'est-à-dire de l'opinion du peuple.

15 décembre 2010

De l'intégration à la désintégration

Alors que la Suède panse les plaies du premier attentat-suicide sur son sol, plusieurs quotidiens analysent la personnalité et le parcours de vie du kamikaze islamiste, Taimour Abdulwahab - un parcours qui ne cadre absolument pas avec la vision convenue du terrorisme islamique au sein des éditorialistes et de certains politiciens.

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13 décembre 2010

De la logique collectiviste appliquée à Mobilis

Voilà, depuis hier 12 décembre, les détenteurs d’un abonnement senior à prix réduit ne sont plus en mesure de l'utiliser avant 9 h du matin dans les trains, bus et métros de la communauté tarifaire vaudoise (MOBILIS).

La nouvelle de la modification des tarifs, annoncée début novembre, a suscité une levée de bouclier immédiate: "jeunisme", "discrimination"... Un commentateur d'un article de 24 Heures s'emporte: "Avant l'incarcération (sic) en EMS, voilà déjà une nouvelle manière de restreindre la liberté des seniors. A quand le couvre-feu? Aurons-nous encore le droit d'assister à un spectacle nocturne?" Eh oui, pensez à ces seniors qui reviennent de boîte de nuit au petit matin! Quoi qu'il en soit, la réaction a fait long feu. La Communauté tarifaire vaudoise a rejeté un recours déposé par le conseil d’administration des Transports Publics Lausannois.

Digne représentant de la population active, je prends souvent les transports en commun. Je n'ai jamais observé ces hordes de mamies et de papys sur les quais et les trottoirs le matin, qui compromettraient les capacités de transport du réseau aux heures de pointe...

J'aimerais toutefois faire quelques remarques déplaisantes.

  1. L'abonnement AVS est un abonnement avantageux réservé à une catégorie de personnes. Sans rentrer sur d'éventuelles justifications, ill s'agit d'un privilège face à l'imbécile de service qui n'a, lui, que le droit de payer plein pot son abonnement. La discrimination tarifaire est une réalité. Où sont les socialistes lorsqu'il s'agit de dénoncer un accès à deux vitesses aux transports en commun?
  2. Une personne âgée n'est pas interdite de bus avant 9h avec son abonnement. Elle peut acheter des billets normalement, ou même prendre un abonnement plein tarif comme une personne active. C'est plus cher, mais l'accès reste possible.
  3. Il n'y a rien d'anormal à associer à un tarif préférentiel des conditions d'utilisation contraignantes.

Nous ne sommes donc pas face à une hystérie anti-personnes âgées, comme on voudrait nous le faire croire, mais plutôt dans la remise en question d'un "avantage acquis".

On ne voit que trop bien qu'il n'avait rien d'acquis du tout.

BusLausanne.jpgSuite à cette décision unilatérale, nombre de personnes âgées se retrouvent en difficultés. Les adaptations seront aussi douloureuses que coûteuses pour cette catégorie de personne déjà bien malmenée en termes de pouvoir d'achat. Mais avant tout, je me borne à relever que cette remise en question arbitraire est typique du collectivisme.

Sans doute les personnes âgées votaient-elles trop souvent UDC et méritaient d'être punies?

MOBILIS est une communauté tarifaire subventionnée. Le tarif des transports en commun n'est lié que de très loin à leur coût réel. Or, à partir du moment où le tarif d'utilisation d'un service est lià à des critères politiques on entre de plain pied dans l'arbitraire. Chacun peut ainsi réclamer des privilèges, des revendications, des ajustements de tarifs et tutti quanti. Puisque de toutes façons on ne paye pas ce que coûte réellement le bus, pourquoi ne pas réclamer sa part du gâteau faussement gratuit? Dans cette optique, les revendications des Jeunes Socialistes pour des transports publics gratuits pour tous (sauf les contribuables) est une démarche jusqu'au-boutiste, mais avec le mérite de la cohérence.

Evidemment, il est peu probable que la pseudo-gratuité soit jamais adoptée. La droite s'y oppose parce qu'elle coupe définitivement les ponts entre l'utilisation des transports en commun et leurs coûts; on arrive, à grands coups de subventions, à un système où les bus sont payés par des gens qui n'y mettent jamais les pieds. Non seulement c'est injuste, mais en outre, un tel système n'a aucune chance d'être efficace et de maîtriser ses coûts. La gauche s'y oppose pour des raisons plus sournoises: l'égalité pour tous revient à empêcher la pesée d'intérêts, les trafics d'influence et la corruption politique inévitable lorsqu'il faut définir quel groupe est plus prioritaire que son voisin. L'octroi de privilèges aux socio-proches est au coeur de la politique de la gauche. Voilà sans doute pourquoi la gauche cherche à obtenir en premier lieu la gratuité les transports pour les moins de 20 ans, un public-cible aisément séduit par ces cadeaux illusoires.

Rappelons pour mémoire que la seule façon d'avoir une situation saine, tant en termes de financement qu'en termes de justice sociale, est de faire payer un service par ceux qui s'en servent. On consomme, on paye - et surtout, si on ne consomme pas, on ne paye pas. Voilà la vraie justice.