11 septembre 2016

Énergie verte et chèque en blanc

La rentrée est là et avec elle les devoirs civiques - dont le vote sur les divers objets soumis au peuple le 25 septembre. Parmi eux, une initiative écologiste classique tant sur la forme que le fond, l'initiative "Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)".

prise de position,votation du 25 septembre 2016,écologie,réchauffement climatiqueLe texte de l'initiative demande l'inscription dans la Constitution d'un article sur "l'économie durable" dont l'objectif se doit d'être atteint par tous les moyens administratifs possibles - Communes, Cantons, Confédération - à travers des mesures comme des "prescriptions aux mesures de production" et des "mesures de nature fiscale ou budgétaire", lesquelles incluent la possibilités de nouvelles taxes "sur la consommation des ressources naturelles", un intitulé promettant une assiette de taxation à peu près infinie.

Mais la plus grande particularité de ce texte est sans doute dans ses dispositions transitoires, lesquelles s'étendent jusqu'à 2050 (!) Elles demandent à ce que la Suisse - de 2050 donc - ait une "empreinte écologique" "extrapolée à la population mondiale" - 2050 donc - ne dépassant pas "un équivalent planète".

Au cœur de ce charabia vaguement menaçant se trouve donc la notion d'empreinte écologique - une unité de mesure basé sur tellement n'importe quoi qu'elle se mesure à coup de planète, et qui avait déjà été éreintée par H16 il y a plus de six ans:

Pourquoi utiliser l’empreinte carbone pour ces calculs fumeux ? Cela fait un moment qu’on sait que le CO2 n’est pas un polluant et constitue même une véritable ressource. (...) Comment calculer les ressources initiales, sachant qu’on ne connaît pas tout de cette planète, loin s’en faut ? Ne connaissant pas même 1% des espèces vivantes, il paraît en effet pour le moins [audacieux...] de prétendre en connaître précisément les entrées-sorties. (...)

[Même] en imaginant que les données initiales sont connues (hypothèse hardie, on l’a vu), la conclusion qui aboutit à un déficit devrait être sujette à caution : d’où vient le manque à gagner ? D’une part, l’humanité n’a pas, discrètement et sur une autre planète, constitué un petit stock de denrées pour y puiser de temps en temps ce qui lui manquerait pour finir l’année. D’autre part, dès lors que des ressources manquent, leur consommation diminue : eh oui, quand il n’y a pas de pétrole, on n’en brûle pas.


Et de conclure: consommer des ressources à crédit est une thèse "qu'aucune espèce d’explication physique ou mathématique ne permet d’éclairer." Ce qui n'empêche pas les écologistes helvétiques de tenter le coup en inscrivant un objectif en rapport dans la Constitution.

Les Suisses en font déjà beaucoup pour la nature, ce qui donne au pays ses si beaux paysages. Mais ce n'est pas qu'une image de carte postale. Derrière le cliché, les Suisses se sacrifient quotidiennement au nom de l'écologie - que ce soit à travers le sport national du tri des déchets, le matraquage continuel des thèses à la mode par les médias d’État ou l'aspect plus triste des innombrables taxes et interdictions que subissent les citoyens avec philosophie au nom de la défense de l'environnement.

Mais pour les écologistes, cela ne suffit pas. Les écologistes sont visiblement des gens ambitieux et exigeants dont on aimerait qu'ils se conforment davantage à leurs hauts principes dans leur vie de tous les jours ; quoi qu'il en soit, avec ce texte, ils visent bien davantage.

Tout d'abord, ils visent loin. 2050 tombe dans 34 ans. Pour vous donner une idée, il y a 34 ans, c'était en 1982. Reagan était président des États-Unis, le monde était en pleine guerre froide avec l'URSS, l'entité qui devint plus tard l'Union Européenne venait de fêter l'arrivée de son neuvième membre, la Grèce. Le GIEC, pivot central dans la diffusion de la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine, ne serait lui-même créé que six ans plus tard. Il s'en passe des choses sur une durée aussi longue.

La projection dans un horizon lointain est une technique de vente politique éprouvée, permettant à chacun de penser que le gros de l'effort devra être fait par d'autres, typiquement les générations à venir. En réalité, il paraît insensé de vouloir planifier quoi que ce soit sur quasiment deux générations de là, et impensable que ces dernières acceptent docilement de subir des contraintes aussi extrêmes façonnées par leurs aïeux.

Car les écologistes visent également haut. Ils parlent d'un "équivalent planète" au bout du chemin, en 2050, mais pas besoin d'attendre cette date pour voir de quoi il s'agit. Le WWF maintient une infographie de l'empreinte carbone de divers pays. En 2014, deux tiers des pays se situent au-delà de la "biocapacité moyenne mondiale" arbitrairement fixée à un peu moins de deux "équivalent planètes" (je sais, c'est n'importe quoi). Il faut donc aller en bas du classement pour trouver des pays qui tutoient le Graal d'un seul "équivalent planète" actuel, ces pays qui font écologiquement rêver: le Yémen, le Bangladesh, la Palestine, Haïti, l’Érythrée...

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Classement 2014 des pays par "équivalent planète" décroissant - source WWF
(cliquez pour agrandir)

Les écologistes clament qu'il est possible de vivre écologiquement sans rien sacrifier de son confort. C'est évidemment impossible. Essayez de vivre avec 65% de ressources en moins - électricité, nourriture, chauffage, surface habitable... Le calcul de "l'équivalent planète" repose sur différents facteurs parmi lesquels la richesse d'un pays tient une place prépondérante. Ils refusent de l'admettre mais leurs propres classements ne mentent pas: pour les écologistes, vivre en conformité avec l'écologie, c'est avant tout être pauvre. De là ces échelles absurdes où des pays ravagés par le sous-développement, et par ailleurs écologiquement dévastés, décrochent les plus belles médailles.

Je ne doute pas que le grand public verra cette initiative pour ce qu'elle est: un véritable chèque en blanc fait aux écologistes pour contrôler absolument tous les aspects de notre existence jusqu'en 2050, lâchant la bride à leur volonté de taxer tout ce qui respire, court, marche ou rampe sur le territoire jusqu'à ce que le niveau d'activité économique ressemble à leurs pays modèles.

Je n'ai aucun doute non plus que cette initiative sera largement repoussée, même si les perdants du jour gloseront sur "l'intérêt porté au message" ou "le socle de l'électorat prêt à faire bouger les choses" entre autres formules creuses.

Hors de tout cela, ce qui est inquiétant, c'est que dans son esprit ce texte est déjà en route - mis en place par les autorités actuelles, rien de moins. Doris Leuthard envisage dans le cadre de sa "stratégie énergétique 2050" d'interdire le chauffage à mazout dès 2029, le chauffage électrique étant quant à lui programmé pour disparaître en 2035... En matière d'énergie, de taxe et de liberté de choix, la situation helvétique se soviétise de plus en plus.

Les nombreux citoyens qui refuseront l'extrémisme de l'initiative "écologie verte" devraient également se rappeler qui ils envoient à Berne pour décider de leur liberté en matière d'accès à l'énergie.

05 septembre 2016

Test négatif pour Angela

En Allemagne, le renouvellement des autorités du Land du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est) a eu lieu ce week-end. La Chancelière Angela Merkel en ressort durablement affaiblie. Mais elle n'est de loin pas la seule.

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La débandade était annoncée depuis longtemps. Il y a quelques jours encore 24Heures se faisait l'écho de la préoccupation allemande dans un article dont le chapeau ressemblait à un exercice d'aveuglement volontaire:

Un an après l’arrivée d’un million de réfugiés, Angela Merkel affronte une flambée populiste, prête à se manifester dans les urnes.


Oui, on se demande bien quelle mouche a piqué les électeurs... D'autant plus que le scrutin tombait quasiment le jour de l'anniversaire du tristement célèbre "Wir schaffen das!" de la Chancelière, son invitation hallucinante à laisser l'Allemagne se faire envahir par des migrants économiques revendicatifs et illettrés - avec l'arrière-pensée totalement absurde qu'ils sauveraient le modèle social-démocrate allemand.

A la place, les Allemands sont atterrés par les attentats islamistes sur leur sol - dont un kamikaze, une première sur sol germanique - et l'explosion des violences faites aux femmes, dont la presse a le plus grand mal à cacher l'ampleur. Et la plupart de tous ces braves gens ne sont là que depuis un an! On se demande quel visage aura l'Allemagne dans une génération, et ce qu'il restera de la paix civile qui part déjà en lambeaux aujourd'hui.

Stupidité? Incompétence? En tout cas, faute politique gravissime. Le "On va y arriver" de Mme Merkel se transforma rapidement en "On va arriver à la virer" chez les citoyens, et ceux-ci pourraient avoir plus de chance de succès que celle-là.

Invités à analyser le résultat du scrutin, les journalistes sont nombreux à se faire l'écho d'experts perdus devant le résultat:

Malgré le taux d’étrangers le plus bas du pays (1,5%) et seulement quelques milliers de réfugiés [sic], les gens du Mecklembourg ont été séduits par la campagne populiste et xénophobe de l’AfD. Or, l’extrême droite n’a pas dénoncé la fermeture d’écoles ou de quelques lignes de bus mais bien la politique migratoire de la chancelière. «Nous nous battons pour que l’Allemagne reste aux Allemands et pour que l’Europe ne devienne pas un califat», a répété la tête de liste, Leif-Erik Holm.

Les électeurs de cette région côtière sur la Baltique, où la densité démographique est la plus faible d’Allemagne, n’avaient aucune raison de sanctionner leur gouvernement sortant, une alliance entre conservateurs de la CDU et sociaux-démocrates du SPD. En dix ans, le chômage a été divisé par deux et le tourisme est en plein développement.


Inexplicable, vous dis-je! Apparemment, avoir peu d'étrangers sur place et une économie tournant à peu près rond devrait rendre l'électeur apathique et aveugle à toute forme de projection dans l'avenir. Combien d'années d'études faut-il avoir au compteur pour ne pas parvenir à comprendre que les électeurs ont voté pour garder ce qu'ils avaient? Qu'ils se satisfaisaient grandement de leur existence avec un emploi décent, une faible densité de population, peu de criminalité et une composition ethnique viable? Qu'ils réalisaient très bien qu'il faudra dire adieu à tout cela, leur cadre de vie s'écroulant comme un château de cartes grâce à la généreuse politique d'accueil que Mme Merkel lança aux frais du contribuable allemand?

Dans quelques années, les Allemands de Bavière et d'autres régions exposée - en tout cas, ceux qui n'auront pas réussi à déménager - envieront avec amertume la vie paisible dont disposent aujourd'hui encore leurs concitoyens de Poméranie occidentale.

Le revirement de l'électorat est absolument colossal. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a gagné 21% des suffrages en étant parti de rien en 2011 - le parti n'existait même pas. L'érosion de toutes les autres formations politiques donne un aperçu tout à fait lisible de l'électorat votant désormais pour l'AfD:

  • -5,2% pour le SPD ;
  • -3,6% pour la CDU d'Angela "On va y arriver!" Merkel ;
  • -6,3% pour l'extrême-gauche Die Linke ;
  • -3,7% pour les écologistes, qui évitent leur élimination d'un cheveu ;
  • -3% pour les néo-nazis du NPD, qui, eux, sont éjectés du parlement du Land.

La somme fait 21,8%, soit à peu près le score de l'AfD (21,4%).

Les analystes sont nombreux à pointer du doigt "l'humiliation" d'Angela Merkel, non seulement parce que la CDU passe en troisième position, mais aussi parce que ces résultats sont obtenus dans un fief historique de la Chancelière, là où elle commença sa carrière politique.

L'histoire est belle, le symbole fort, mais le portrait simpliste: la CDU d'Angela Merkel est le parti qui a quasiment le mieux résisté à l'ascension de l'AfD. Pratiquement tous les partis ont perdu davantage de plumes, et si on représente ces variations en proportion de leur base électorale de 2011, l'effet est encore plus marqué: deux écologistes sur cinq ont viré de bord pour l'AfD, un extrémiste de gauche sur trois, et 14% des socialistes ; en face, 15% des chrétiens démocrates. Bien entendu, il s'agit d'une approximation, en particulier parce que la participation a été 10% plus élevée que lors du scrutin précédent, mais il serait absurde de supposer que cette variation justifie à elle seule la percée de l'AfD.

L'effet est d'autant plus spectaculaire qu'il affecte de petits partis ; on pourrait ainsi dire qu'un sympathisant du NPD sur deux a aussi voté pour l'AfD, et cette affirmation est sans doute correcte, mais sans pertinence pour expliquer le score de l'AfD dans sa globalité. Au vu du nombre d'électeurs concernés, la source du succès de l'AfD se trouve clairement dans une population qui votait à gauche en 2011.

L'AfD se construit sur les ruines de la gauche. Cela n'a rien de surprenant, considérant la façon dont elle a délaissé son électorat traditionnel en faveur de celui des immigrés musulmans, jugés plus prometteurs ; de là découlent d'ailleurs les innombrables compromissions de la gauche avec les migrants et leurs revendications (louvoiements auxquels nous assistons également en Suisse).

Sachant d'où viennent les électeurs de l'AfD, les dirigeants politiques allemands de gauche feraient bien de se livrer à un peu d'introspection au lieu de traiter "d'extrémistes de droite" et autres noms d'oiseaux des gens qui sont, selon toute vraisemblance, leur électorat historique.

02 septembre 2016

L'immigration selon Trump

Alors que la campagne présidentielle américaine se poursuit, Donald Trump marque sa différence en répondant à une invitation du président mexicain Enrique Peña Nieto. Ce dernier avait proposé aux deux candidats de les rencontrer, mais Hillary Clinton, qui prétend toujours ne pas avoir de problèmes de santé, déclina la proposition. Mal lui en pris. Le voyage du candidat républicain au Mexique pour y rencontrer un chef d’État lui confère exactement la stature présidentielle dont son adversaire l'estime incapable.

donald trump,usa,immigrationEn outre, le thème du voyage permit de recentrer la campagne sur la question de l'immigration. De retour sur le sol américain, Donald Trump livra à Phoenix un discours détaillant son plan sur la question.

Bien entendu, impossible d'espérer avoir un compte-rendu correct de cet épisode dans les médias romands - pensons à la RTS par exemple - tant la détestation de Trump est palpable. On trouvera un résumé un peu plus factuel des dix points présentés par Trump sur le Figaro français:

1/ "Nous allons construire un grand mur, élevé, impénétrable, magnifique", équipé de senseurs souterrains, de tours de surveillance, et "le Mexique va le payer à 100%."

2/ Les clandestins ne seront plus relâchés dans la nature, mais détenus jusqu'à leur renvoi dans leur pays d'origine. Et les expulsés ne seront plus reconduits juste de l'autre côté de la frontière, mais "à de grandes distances".

3/ Zéro tolérance pour les étrangers auteurs de crimes. C'est un gros volet du plan de Trump, qui estime leur nombre à 2 millions (...) Au-delà des criminels identifiés, "tout contrevenant arrêté sans papiers sera détenu". (...) Des lois seront passées pour durcir les peines minimales infligées aux illégaux récidivistes.

4/ Bloquer les fonds fédéraux aux "villes sanctuaires". Depuis le début des années 1980, une trentaine de grandes métropoles américaines ont pour politique de ne pas contrôler le statut légal de leurs résidents: "plus d'argent des contribuables pour celles qui refusent de coopérer", dit Trump.

5/ Appliquer toutes les lois sur l'immigration, annuler les décrets présidentiels de Barack Obama qui auraient permis l'amnistie de 5 millions de clandestins. "Ceux qui restent au-delà de la validité de leur visa ou qui vivent sur l'aide sociale" sont ajoutés à la liste des expulsables.

6/ Durcissement "extrême" de la politique des visas. Plus aucun permis d'entrer aux États-Unis ne sera délivré "dans les régions et les pays où un contrôle adéquat ne peut être mis en place", à commencer par la Syrie et la Libye. Une "certification idéologique" sera nécessaire pour obtenir un visa. Les États-Unis cesseront d'accueillir des réfugiés: "pour le prix de l'acheminement d'un réfugié ici on peut en installer douze dans des zones de sécurité payées par les pays du Golfe", tranche Trump.

7/ S'assurer que les pays d'origine reprennent leurs ressortissants : 23 États les refusent, dit le prétendant à la Maison-Blanche, conduisant au maintien aux États-Unis de 13'000 criminels étrangers entre 2008 et 2013.

8/ Achever le système de suivi biométrique des entrées et sorties du territoire, "sur terre, par mer et dans les airs." L'an dernier, 500'000 personnes seraient restées après l'expiration de leur visa. La moitié des illégaux s'installerait de cette façon.

9/ Désamorcer l'attraction des emplois et des avantages sociaux. Plus d'aide alimentaire ou d'aide au logement: ceux qui en bénéficient deviennent "prioritaires pour le départ".

10/ Une réforme de l'immigration légale "pour protéger les travailleurs américains". "Nous avons le droit de choisir les immigrants qui correspondent à nos intérêts nationaux, de les sélectionner soigneusement selon leurs mérites, leurs talents, leurs aptitudes et leur capacité à subvenir à leurs besoins".

 

Quant aux millions de sans-papiers réputés vivre dans le pays - Trump ironise sur l'incapacité de l'administration fédérale d'en évaluer le nombre, même à plusieurs millions près - toute amnistie est exclue.

Même si le sujet provoquera un haut-le-cœur chez tout partisan de l'immigration, il n'y a dans cette liste rien de choquant ni d'extrême. Il est par exemple tout à fait incroyable qu'en 2016 des pays puissent encore refuser l'accès sur leur sol de leurs propres ressortissants, fussent-ils des criminels. La Suisse rencontre régulièrement cette situation problématique, au plus grand plaisir des adversaires de tout renvoi.

La plupart des points présentés par Trump sont d'autant plus recevables qu'ils ont tous été abordés par divers pays en Europe même, à travers des référendums ou des gouvernements élus par voie démocratique - qu'il s'agisse de l'immigration choisie plaidée par Nicolas Sarkozy en France, du grillage érigé par les Hongrois ou, bien sûr, du renvoi des criminels étrangers plébiscité par les Suisses.

C'est sans doute parce que Trump est sérieux et cohérent que sa candidature fait si peur aux élites pro-immigration des deux côtés de l'Atlantique. S'il met en place ce programme dans un pays aussi important que les États-Unis, il changera le paradigme de l'immigration, en particulier en Europe. Trump brise le statu-quo. Il ne sera plus possible de se retrancher derrière des prétextes de mauvaise foi en jetant des "c'est trop compliqué", "on ne peut pas surveiller les frontières, voyons!" et "désolé mais ce violeur récidiviste doit absolument rester parmi nous, son pays d'origine n'en veut plus" - simplement parce que les États-Unis feront autrement. Ils prouveront par l'exemple qu'on peut faire autrement.

Les médias passent leur temps à vomir sur Trump et lorsqu'ils ne le font pas, ils n'en rapportent que des bribes biaisées. L'essentiel du discours de Phoenix de Trump n'est pas dans sa série de dix mesures (abondamment décortiquées ces prochains jours par des "experts" qui viendront expliquer qu'ils sont évidemment inapplicables, impensables etc.) mais dans l'introduction dudit discours, où il explique le pourquoi de sa réflexion politique en la matière. Voici quelques extraits de ce passage du discours, notez la différence avec la façon dont en parlent les médias officiels:

Je viens de rentrer d'une réunion très importante et particulière avec le président du Mexique, un homme que j'apprécie et que je respecte énormément. Et un homme qui aime vraiment son pays, le Mexique. (...) Nous sommes d'accord sur l'importance de mettre fin à la circulation illégale de drogues, d'argent, d'armes et de personnes à travers notre frontière, et de mettre les cartels hors d'état de nuire.

Nous avons également discuté des grandes contributions des citoyens américains d'origine mexicaine à nos deux pays, de mon affection pour le peuple du Mexique, et de la direction et de l'amitié entre le Mexique et les États-Unis. Ce fut une conversation de fond, réfléchie, elle va se poursuivre pendant un certain temps. Et, à la fin nous allons tous gagner. Nos deux pays, nous allons tous gagner. (...)

Le problème fondamental du système d'immigration de notre pays est qu'il répond aux besoins de riches donateurs, de militants politiques et de puissants, puissants politiciens. (...) Il ne sert pas le peuple américain. Il ne vous sert pas. Quand les hommes politiques parlent de "réforme de l'immigration", ils veulent habituellement dire amnistie, ouverture des frontières, baisse des salaires. La réforme de l'immigration devrait signifier toute autre chose. Elle devrait amener des améliorations à nos lois et à nos politiques pour rendre meilleure la vie des citoyens américains. (...)

Un rapport de 2011 du Government Accountability Office a constaté que les immigrants illégaux et autres non-citoyens, dans nos prisons et nos centres de détention, représentent environ 25'000 arrestations en leur nom pour homicide. 25'000.

En plus de cela, l'immigration clandestine coûte à notre pays plus de 113 milliards de dollars par année. Et voilà ce que nous en retirons. (...) Bien qu'il existe de nombreux immigrants clandestins dans notre pays qui soient de bonnes personnes, beaucoup, cela ne change pas le fait que la plupart des immigrants illégaux sont des travailleurs moins qualifiés avec moins d'éducation, qui contribuent directement aux difficultés des travailleurs américains vulnérables, et que ces travailleurs illégaux tirent bien plus du système qu'ils n'en rendront jamais. (...) Mais ces faits sont passés sous silence. Au lieu de cela, les médias et mon adversaire discutent d'une chose et une seule, les besoins des gens qui vivent ici illégalement. Dans de nombreux cas, d'ailleurs, ils sont mieux traités que nos anciens combattants. (...)

Quiconque vous dit que la question de base est les besoins de ceux qui vivent ici illégalement a tout simplement passé trop de temps à Washington. Seules les élites et les médias coupés du monde pensent que les plus grands problèmes auxquels sont confrontés l'Amérique (...) sont les besoins des "11 millions" d'immigrants illégaux qui ne disposent pas de statut juridique. Et ils pensent aussi que le problème le plus crucial n'est pas le nucléaire, n'est pas l'Etat Islamique, n'est pas la Russie, n'est pas la Chine, mais le réchauffement climatique. (...)

Rien ne vient en deuxième position. Hillary Clinton, par exemple, évoque constamment ses craintes que les familles soient séparées, mais elle ne parle jamais des familles américaines séparées de façon permanente d'un proche à cause d'un homicide évitable, d'un décès évitable, d'un assassinat.

Non, elle ne parle que des familles qui viennent ici en violation de la loi. Nous allons traiter tout le monde vivant ou résidant dans notre pays avec beaucoup de dignité. C'est tellement important.

Nous serons équitables, justes et compatissants envers tous, mais notre plus grande compassion doit être pour nos citoyens américains.


En fin de compte, la logique de Trump en matière d'immigration est à la fois claire et cohérente. Elle se résume en quelques points emprunts de bon sens:

  • Toute politique d'immigration digne de ce nom requiert un contrôle des frontières pour décider qui entre et qui n'entre pas.
  • L'immigration illégale est la source de nombreuses dérives, alimente réseaux de drogue et de passeurs, siphonne les mécanismes sociaux et fait pression sur les salaires des travailleurs les plus vulnérables.
  • Des milliers d'Américains meurent chaque année à cause de crimes commis par des immigrés illégaux.
  • L'intérêt des Américains prime, en Amérique, sur celui des non-Américains.

Donald Trump résume sa pensée en une seule phrase qui devrait être amplement méditée sur le Vieux Continent:

"C'est une priorité absolue: si nous n'avons plus de frontières, nous n'avons plus de pays."

On comprend mieux pourquoi la lutte contre les frontières est si grande ici.

29 août 2016

Les Accords Bilatéraux, l'invincible atout

Lorsqu'on joue au tarot, disposer du 21 d'atout est avantageux: c'est le plus puissant des atouts. En conséquence, la carte ne peut jamais être ramassée par l'adversaire. Quelles que soient les circonstances, les appels au roi et le contrat en cours, le joueur qui pose le 21 d'atout ramasse le pli en jouant sa carte, point.

tarot_le_21.jpgDisposer du 21 d'atout est, clairement, très confortable.

Dans le jeu politique suisse, les Accords Bilatéraux semblent jouer le même rôle. Une réforme pose problème? Le peuple gronde? "Attention, la refuser menace les Accords Bilatéraux!" crient à l'unisson journalistes et politiciens. Les contestataires grommellent et retournent dans leurs tanières en maugréant. Une initiative barre la route de la soumission de la Suisse à l'Union Européenne? "Votez comme vous voulez, mais si cette initiative passe, alors c'est la fin des Accords Bilatéraux!!" glapissent divers éditorialistes et experts judicieusement choisis. L'avertissement disperse le public rassemblé autour de l'initiative aussi vite qu'un compère au chapeau à la fin d'un spectacle de rue.

L'invocation des Accords Bilatéraux est le baiser de la mort du discours politique helvétique. Toutes proportions gardées, les Accords Bilatéraux ressemblent comme deux gouttes d'eau à la fameuse Loi de Godwin et son fameux "point Godwin". Il faudrait juste l'appeler différemment. Le "point Junker", par exemple.

Sa dernière utilisation en date remonte à quelques jours, lorsque l'Union Européenne révéla une nouvelle directive sur les armes à feu, la directive 91/477, obligeant tous leurs détenteurs à des tests psychologiques. Jusque-là, nous assistons juste à une démonstration supplémentaire et assez typique de l'incompétence de l'UE: bien que les attentats de masse soient actuellement en Europe le fait d'islamistes utilisant des bombes artisanales, des armes achetées au marché noir, des couteaux ou des poids lourds fonçant dans la foule, l'UE réagit donc au nom de la "sécurité" en tournant ses soupçons vers les individus honnêtes, chasseurs, tireurs sportifs et amateurs d'armes. Punissez les innocents, il en restera toujours quelque chose.

Dans un monde normal, cela ne devrait pas nous concerner - l'UE a ses délires, nous avons les nôtres. Malheureusement, la Suisse s'est engagée à reprendre automatiquement le droit européen en matière de sécurité en tant que membre de l'espace Schengen. Comment? Personne ne vous avait rien dit lors de la votation sur la libre-circulation? Un oubli, sans doute.

Mme Sommaruga s'en alla donc plaider à Bruxelles une "dérogation" concernant l'arme de service des anciens militaires suisses, qui sera peut-être accordée à titre temporaire, peut-être pas. Vous pouvez être certain que Mme Sommaruga n'a que faire de ces armes et les interdirait immédiatement si elle le pouvait ; mais dans le système politique suisse, certaines décisions doivent encore passer à travers une loi, qu'il s'agit de rendre digeste à la majorité (pro-Bruxelles et anti-armes) du Parlement. On travaille donc juste à des accommodements raisonnables pour éviter un référendum.

Car attention! Attention! Si d'aventure, le peuple suisse se réveillait un peu avant d'être désarmé, et osait convoquer un référendum contre la réforme de la loi sur les armes, et l'emporte, alors tout tomberait par terre! La Suisse ne respecterait plus le règlement interne de l'Espace Schengen! La libre-circulation tomberait! Et avec la fin de la libre-circulation, celle des Accords Bilatéraux! La fin de tout!

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La fin des Accords Bilatéraux (vue d'artiste)

Et qui pourrait vouloir la fin des Accords Bilatéraux? Personne - même pas l'UDC.

En définissant les Accords Bilatéraux comme la ligne rouge indépassable du débat politique, les Suisses se défendent contre Bruxelles avec une main attachée dans le dos. Eussent-ils sérieusement plaidé que la directive 91/477 amènerait à la résiliation des Accords Bilatéraux, elle serait peut-être retournée dans ce tiroir qu'elle n'aurait jamais dû quitter ; mais en réalité, à Bruxelles, les diplomates suisses ne plaident rien du tout. Ils prennent leurs ordres. Ce n'est que plus tard, à la maison, dans les couloirs du Parlement, qu'on essaye de voir comment assaisonner les textes, à la marge, pour les faire avaler aux élus et au peuple.

La situation est d'autant plus cocasse que toute cette bagarre vise à préserver un traité moribond. Les Accords Bilatéraux sont brisés depuis le vote du 9 février, précisément parce que le peuple suisse a mis fin à la libre-circulation en reprenant le contrôle de l'immigration. Mais dans les hautes sphères tout le monde continue à faire comme si. On se moque des derniers jours de Constantinople et des discussions sur le sexe des anges, mais à notre époque Berne a inventé la politique à titre posthume. Ce n'est pas tellement mieux.

Reste au peuple suisse à se débarrasser de la dernière illusion profondément martelée dans son esprit par les médias - le caractère avantageux qu'auraient eu les Accords Bilatéraux. Gageons que la bonne marche de l'économie anglaise après le Brexit suffira à convaincre les esprits les plus bornés. Il n'y a nul besoin d'accords bilatéraux avec l'ensemble de l'UE pour commercer avec les pays qui la composent, et encore moins en s'imposant une libre-circulation dont les Suisses ne veulent plus.

C'est une évidence, mais par les temps qui courent, même les évidences doivent être rappelées.

23 août 2016

Réflexions sur le Burkini

Période estivale oblige, le burkini est devenu le sujet de l'été. Ce vêtement, inventé il y a dix ans par une Australienne d'origine libanaise, a été prévu dès le départ "avec pour objectif de permettre aux musulmanes de profiter de la plage tout en respectant les préceptes de leur religion."

On notera comme d'habitude le joli double-discours qui, sous couvert de liberté, culpabilise des musulmanes en simple maillot de bain comme de mauvaises musulmanes. Nous sommes régulièrement spectateurs des mêmes manœuvres quant au port du voile.

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Mais dans la France meurtrie par les attentats de cette année et de ceux de l'an dernier (sans parler des prochains) cette ostensible démonstration religieuse sur le sable des plages ne passe plus. Loin d'abriter le corps des femmes du "regard concupiscent des hommes", le burkini attise les passions, parfois violemment.

Il faut dire que la démarche est aux antipodes de toute discrétion. Elle s'apparente au contraire à une énième revendication imposant l'islam dans de nouveaux espaces. Les familles dont les femmes portent le burkini ne font pas profil bas, mais revendiquent, marquent leur différence, s'approprient le domaine public.

Le burkini indique la couleur du drapeau.

Sisco-Story

C'est bien par cette appropriation, et non par un burkini, que démarra la rixe de Sisco en Corse. Comme l'expliqua ultérieurement le procureur de Bastia, Nicolas Bessone, l'affrontement procédait plus d'une "logique de caïdat" où des musulmans tentèrent carrément de s'emparer d'une plage pour leur usage propre:

"Il est établi comme évidence qu'à l'origine des incidents se trouvent les membres de la famille maghrébine qui ont manifesté une volonté de privatiser la plage et ont provoqué des incidents avec des personnes présentes, sous la forme d'insultes, de menaces et de jets de pierres."

 
Les journalistes s'engouffrèrent aussitôt dans la brèche: le burkini n'était pas directement responsable! Tout allait bien! Corse-Matin tenta de faire retomber le soufflé, mais rien n'y fit. Le malaise subsiste. Les gens saisissent très bien que la situation leur échappe. Le burkini n'est que le dernier symptôme en date d'un phénomène plus vaste.

france,islam,prosélytisme,guerre civileA Sisco, les Corses ne se firent pas prier - les familles musulmanes tentant une OPA hostile sur les plages de l'Île de Beauté trouvèrent sur leur chemin de nombreux jeunes du village et leurs familles, impliquant plusieurs dizaines de personnes dans une bagarre généralisée qui conduisit plusieurs blessés à l'hôpital et trois voitures à finir incendiées.

Aujourd'hui encore les détails de l'affaire restent flous, les témoignages contradictoires. Mais le déroulement exact des faits à Sisco n'a plus guère d'importance. L'onde de choc s'est propagée. Diverses communes ont lancé des arrêtés municipaux visant à bannir le burkini, avant peut-être une loi qui l'interdirait sur tout le territoire français.

Le burkini, l'islamisme en vacances

Le sujet ayant dépassé le fait divers pour devenir un thème politique, le débat s'engage. Faut-il interdire le burkini? Des esprits à la naïveté calculée proclament que non, invoquant un simple vêtement inoffensif. D'autres rappellent que les femmes portaient il y a un siècle des tenues de bain bien proches du fameux burkini - mais se défendent par ailleurs de prôner un retour à la condition féminine de l'époque.

La myopie volontaire a ses limites. Le burkini n'est pas un équipement sportif comme une tenue de plongée, ni une mode. C'est un vêtement religieux, adopté par une frange revendicative de la population musulmane. Le besoin de légiférer sur le burkini existe parce que le burkini apparaît. La marque du communautarisme est d'obliger à légiférer sur des comportements qui relevaient auparavant de l'évidence. La judiciarisation des rapports sociaux jusque sur une plage traduit la désintégration de la société en communautés antagonistes. Elles ne peuvent plus coexister pacifiquement que sous la férule d'un État régissant par voie légale leurs interactions.

En amenant le débat dans le domaine législatif, le risque est le même que pour le voile intégral: que l'interdiction ne se répercute pas sur le terrain. Que les baigneuses en burkini ne se fassent pas amender, et si elles le sont, qu'elles puissent rester en burkini sur la plage après coup. Comme pour toutes ces musulmanes en burqa sur le territoire de la République Française où pareille tenue est théoriquement interdite, ces lois ne servent plus que comme indicateur du recul de l'autorité de l'État sur son propre territoire.

Des juges livrent (enfin) une analyse correcte

Amenés à se prononcer sur la validité d'un arrêté municipal contesté par les protestataires habituels - "Ligue des droits de l'homme" et "Collectif contre l'islamophobie en France" - les juges du tribunal administratif de Nice validèrent ce lundi l'interdiction des burkinis, déboutant les plaignants.

Cette première victoire est assortie d'une seconde, car non seulement le burkini est interdit, mais son sens a été correctement interprété par les hommes de loi. Foin de prétendue sécurité ou du besoin d'identifier les gens pour lutter contre le terrorisme (cagoules, cache-nez, burqa, même combat!) les juges appellent un chat un chat:

Le tribunal administratif a estimé lundi que ce vêtement de bain féminin couvrant le corps et la tête était « de nature à porter à atteinte aux convictions ou l'absence de convictions religieuses des autres usagers de la plage » et pourrait « être ressenti comme une défiance ou une provocation exacerbant les tensions ressenties par la population (...)».

 
La conclusion est toute aussi directe:

« Quelle que soit la religion ou la croyance concernée les plages ne constituent pas un lieu adéquat pour exprimer de façon ostentatoire ses convictions religieuses. »


Rares sont les décisions de justice aussi limpides, en particulier lorsque l'islam est concerné. L'introduction du qualificatif d'ostentatoire est évidemment clé, et pourrait ouvrir tout un pan de jurisprudence permettant - avec la force adéquate - de mettre un terme à de nombreuses dérives ailleurs qu'à la plage, comme les prières de rue.

La laïcité française sera-t-elle un jour employée autrement que contre les catholiques?

Trop peu, trop tard?

La législation éventuelle sur le burkini sera peut-être un caillou symbolique sur le chemin de la radicalisation islamique en France, mais ne suffira évidemment pas à l'arrêter. En Corse, les esprits ne cessent de s'échauffer, comme en témoigne une vidéo qui fait le buzz sur Facebook:

Si ce ne sont là que des paroles - vindicatives certes - elles se rajoutent à de nombreux épisodes parfaitement concrets qui témoignent de la tension là-bas entre les autochtones et les musulmans qui auraient la mauvaise idée de la ramener un peu trop.

Frédéric Saint Clair livre dans les colonnes du Figaro une analyse virant au lyrique lorsqu'il parle de la Corse:

[La] Corse est l'âme de la France. En quel sens? Elle est le lieu où son esprit nationaliste et conservateur est demeuré intact. Elle est, en actes, ce que le reste du pays n'est qu'en pensée et en parole. Elle est la jeunesse de la France, sa fougue, sa folie, cette partie de soi-même que l'on sait devoir dompter, c'est à dire soumettre à la raison, sans pourtant se décider à le faire, peut-être à cause du bon sens qui émane bien souvent de cette folie, et dont notre raison moderne semble cruellement dépourvue.


Admiratif de la Corse "image exaltée d'une France fatiguée", il oublie que l'île endure une proportion de population musulmane trois fois plus élevée que sur le continent. L'irritation semble donc suivre le pourcentage, et plutôt qu'un témoignage de la vigueur de la Corse, nous pourrions simplement être en train de contempler notre propre avenir.

Entre une minorité musulmane revendicative, des habitants échaudés et un État encore plus faible que sur le reste du territoire français, la Corse semble une poudrière quasiment hors de contrôle. Si une guerre civile éclate un jour entre musulmans et infidèles en Europe occidentale, il se pourrait bien que l'Île de Beauté soit le théâtre des premières batailles.

Mise à jour (26 août): sans grande surprise, la décision du tribunal administratif de Nice a été cassée par le Conseil d’État: "La plus haute juridiction administrative a estimé que toute interdiction de ces tenues de bain islamiques très couvrantes devait s'appuyer sur des «risques avérés» pour l'ordre public."

17 août 2016

La vieille antienne de la Suisse gouvernée à droite

Lorsqu'un gauchiste se retrouve un peu coincé dans une discussion publique - cela arrive fréquemment dans des commentaires sur Internet, lorsque le sujet point un peu trop directement le lien entre une politique de gauche et son résultat catastrophique - l'excuse est alors toute trouvée, un postulat lancé comme un écran de fumée avant de prendre la fuite:

"Cela ne peut pas être la faute de la gauche, parce qu'elle est minoritaire en Suisse."

Et voilà. Rien de ce qui arrive en Suisse de mauvais ne saurait être imputé à la gauche, jamais, car elle ne dispose pas des leviers du pouvoir. CQFD. J'ai même eu droit à des variantes de ce type jusque dans des commentaires ici-même:

Vous parlez des socialistes. Nous ne sommes pas en France. Les socialistes, je le répète n'ont aucun pouvoir au niveau fédéral sauf celui de convaincre. De tout temps ils ont toujours été minoritaire au CF et dans les Chambres. De plus leurs actions est limitée par le vote du peuple.

Je sais, c'est difficile pour vous de comprendre ça. C'est tellement plus simple de définir un ennemi qui portera tous les maux de la terre. Sauf qu'en Suisse, c'est la droite qui est au pouvoir, et avec l'UDC.


Ce n'est pas tant que ce soit difficile à comprendre ; c'est surtout faux.

Le Socialisme, ses variantes et ses amis

D'abord, même une position minoritaire au gouvernement n'est pas synonyme d'impuissance, loin de là. Mme Sommaruga en sait quelque chose, elle qui travaille avec acharnement à importer des hordes de migrants en Suisse. M. Berset se contente quant à lui de bureaucratiser toujours davantage le secteur de la santé.

Tout cela s'inscrit dans la logique helvétique du partage du pouvoir, mais l'influence de la gauche s'exerce bien au-delà. Quelle proportion du Conseil Fédéral et à fortiori du Parlement est pour une diminution du poids de l’État dans la société? Pour une monnaie fiable reposant sur l'or? Pour un contrôle des frontières? Contre la supériorité des juges étrangers sur le droit suisse? Pour le fédéralisme? Sur chacun de ces aspects et de nombreux autres, l'influence des positions socialistes sur l'ensemble de l'échiquier politique est évidente. Elle est d'ailleurs parfaitement perceptible par la bonne entente entretenue par des partis politiques théoriquement concurrents, mais concordants sur la plupart de ces thèmes.

Il existe quelques rares aspects sur lesquels la gauche parlementaire est réellement minoritaire au sein du monde politique, comme une caisse d'assurance-maladie sur le modèle de la sécurité sociale française, mais ils constituent l'exception plutôt que la règle.

La socialisation des esprits

En Suisse comme ailleurs, les socialistes n'ont pas attendu d'accéder au pouvoir pour influer sur la destinée d'un pays. S'ils ne pouvaient tenir les leviers du gouvernement, ils l'obtenaient ailleurs comme une première étape. Syndicats, magistrature, éducation supérieure, furent autant de bastions historiquement infiltrés par le socialisme. Ce n'est pas par hasard.

Les syndicats permettent de canaliser politiquement les revendications des adhérents et de propulser les leaders syndicaux dans une carrière élective. La présence dans la magistrature permet d'influencer le législateur, en particulier en Suisse où il est le fait de politiciens de milice, et d'infiltrer progressivement l'administration, friande de juristes ; et, accessoirement, de différencier les peines infligées selon la proximité idéologique du délinquant (il suffit de voir les verdicts rendus dès que l'extrême-gauche est concernée...) Enfin, l'éducation supérieure est le creuset où se forment les futures élites, qu'on imprégnera abondamment des dogmes tout en canalisant crédits de recherches et attributions de chaires selon leur utilité pour appuyer les positions du parti.

Il existe bien d'autres domaines infiltrés par les socialistes, comme la presse, l'administration fédérale, la culture, mais il serait trop long d'en faire l'inventaire.

Par "infiltré par les socialistes" je n'entends rien d'autre que de pointer que l'idéologie de gauche y est présente sans commune mesure avec les 18% que représentent les Socialistes lors des élections fédérales, ou même les 25-30% de la gauche élargie, même s'ils n'atteignent évidemment pas les 100%. Ces bastions se perpétuent comme animés d'une vie propre et sont, de facto, la principale source des voix socialistes aujourd'hui.

La base du fonctionnement du système est la cooptation entre individus idéologiquement conformes, qui s'exprime ainsi: quelles que soient les qualités professionnelles respectives des candidats lors d'un recrutement, priorité doit être donnée aux socialistes ou apparentés. L'appartenance politique est en quelque sorte un super-critère de sélection qui s'exerce en permanence, pour tous les emplois possibles dans un milieu donné.

Les employeurs libéraux ou sans couleur politique mettent évidemment la compétence au centre du recrutement et se font de ce fait progressivement évincer, en particulier dans des secteurs d'activité protégés de la concurrence, car d'autres aspects entrent en jeu que la simple efficacité économique.

L'obstacle populaire

Le peuple suisse n'est pas de gauche, et constitue donc le principal rempart contre l'hégémonie socialiste - de là la guerre sans merci que la gauche livre contre le peuple pour l'affaiblir, le diviser et démolir son influence politique au sein des institutions. Pour une liste non-exhaustive des différents moyens mis en œuvre, citons:

  • la naturalisation de masse, si possible automatique, pour changer physiquement la composition de la population, dans l'espoir de modifier l'équilibre des forces sur les opinions disputées ;
  • le multiculturalisme, détruisant le tissu culturel et civilisationnel historique et soumettant les franges les plus vulnérables de la population à la violence ;
  • l'immigration et l'inflation, amenant par un effet d'appauvrissement généralisé la population à se détourner de la sphère politique pour se concentrer sur sa simple survie économique ;
  • le détournement de la police de ses fonctions régaliennes de maintien de l'ordre public pour faire la chasse à des fautes administratives (les "crimes sans victimes") ;
  • la mise en place progressive d'une éducation visant à fournir à la société des individus inemployables, revendicatifs et dépendants, mais avec une conscience politique "adéquate" ;
  • l'affaiblissement de la fonction punitive de la justice, notamment en cas de récidive, en faveur de mesures coûteuses et inefficaces de "réinsertion" ;
  • la subordination et l'annulation des décisions du souverain par de vaporeuses références au "droit international" visant à décourager toute initiative politique inappropriée ;
  • la délégation maximale de toute forme de décision à des "comités d'expert", et en général tout groupe dont la composition puisse être aisément noyautée et dont les conclusions pourront s'imposer à un ensemble plus grand (Parlement, voire Suisse toute entière).
  • le marxisme culturel, visant à imprégner dans les esprits que tous les rapports sociaux sont des rapports de force.

Lorsque tout cela échoue, il reste encore la simple propagande que servent avec un empressement servile des journalistes massivement encartés à gauche.

Voilà pourquoi la définition d'une "majorité" ou d'une "minorité" de gauche au sein de la population n'a, en fin de compte, strictement aucune pertinence, en particulier dans un système politique fractionné comme en Suisse. La gauche a compris que l'important n'était pas de convaincre une population pour laquelle elle n'a d'ailleurs que mépris, mais de tenir les leviers du pouvoir. Elle ne les lâchera pas - ils lui permettent de démultiplier son influence bien au-delà de ses scores électoraux. Si le peuple vote parfois encore à droite, quasiment toutes les décisions sur lesquelles il n'intervient pas directement vont dans l'autre sens.

La conclusion, sans appel, et largement partagée par des observateurs de longue date de la vie politique helvétique: depuis plus de vingt ans, la Suisse est gouvernée au centre-gauche. La trajectoire du pays s'en ressent.

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