16 juillet 2016

La Turquie dans la main de fer d'Erdogan

Le grand public allumant sa télévision pour apprendre les derniers développements de l'enquête sur les attentats de Nice eut sans doute une surprise samedi matin en découvrant que l'actualité se concentrait désormais sur une tentative de putsch avorté en Turquie.

Les rebelles communiquèrent dès vendredi soir, sur le site de l’état-major de l'armée pour affirmer que l'armée disposait désormais du pouvoir politique. Les habitants d'Istanbul virent en effet des tanks et des militaires prendre place dans les rues de la ville, notamment près du Parlement, et bloquer plusieurs ponts, alors que des hélicoptères et des avions volaient à basse altitude au-dessus de leurs têtes. Des coups de feu furent échangés alors que les militaires (de quel camp?) intimèrent aux habitants de rentrer chez eux.

turquie,armée,coup d'état

Dès que la nouvelle fut retransmise à l'extérieur de la Turquie - les réseaux sociaux et Twitter se montrèrent bien plus réactifs que les médias traditionnels - le trafic aérien fut interrompu vers 22h15. L'ensemble de la population turque fut quant à lui averti des opérations en cours par la télévision, un présentateur de la chaîne publique TRT lisant, sous la menace d'une escouade de militaires ayant fait irruption dans les locaux, un communiqué annonçant couvre-feu et loi martiale et accusant le gouvernement de "porter atteinte à la démocratie et à la laïcité". Plus tard toute diffusion de la chaîne sera interrompue.

Mais le pouvoir légitime n'hésita pas à répliquer, sévèrement. Le Premier ministre turc Binalo Yildirim prévint sans se démonter qu'un groupe au sein de l'armée effectuait une tentative de coup d'État et qu'il le paierait très cher. Les combats ne tardèrent pas à éclater, auprès du palais présidentiel et d'autres bâtiments publics, impliquant parfois des hélicoptères.

A l'écart de la capitale, Recep Tayyip Erdogan échappa aux rebelles. Dans une interview improvisée à travers l'écran d'un iPhone et l'application de vidéoconférence FaceTime, il se retrouve à l'antenne de la chaîne CNN Türk, pour annoncer à son tour que les sanctions seraient terribles à l'égard des putschistes et pour appeler le peuple turc à se manifester.

turquie,armée,coup d'état
La réussite ou l'échec d'un coup d'état tient à peu de choses...

Ces quelques petites touches suffirent à renverser la situation. Dans une opération de ce genre, il est primordial pour les putschistes de contrôler l'information pour réduire au silence le régime précédent. Cela place la population et les structures de l’État dans une situation de fait accompli, leur intimant que la transition est achevée. Le résultat revient à saper la volonté de combattre d'éventuels loyalistes, un acte de résistance donnant l'impression d'arriver désormais trop tard.

Mais le message du Président Erdogan fut entendu. Les unités rebelles se retrouvèrent engluées dans des manifestations et les réactions d'unités militaires fidèles et de la police. Certains soldats perdirent leur sang-froid et ouvrirent le feu sur la foule, provoquant des dizaines de victimes. La dynamique du putsch fut malgré tout brisée, au prix de 260 morts dont 100 putschistes.

Aujourd'hui, le régime de Recep Tayyip Erdogan est solidement en place et sort renforcé de l'épreuve. Les militaires motivaient leur coup d'État en le présentant comme une réponse à la concentration des pouvoirs d'Erdogan ; Erdogan rétorque aujourd'hui que la tentative de coup d'État justifie la concentration de ses pouvoirs. Le président aux dérives autoritaires et islamistes se retrouve aujourd'hui félicité par les autorités occidentales au nom de la démocratie, la même que les putschistes annonçaient vouloir défendre avec les droits de l'homme et la laïcité...

La victoire du régime ouvre grand les possibilités de purge au sein de l'appareil d'État et Erdogan est bien décidé à s'en servir. Les exactions contre les journalistes et les minorités politiques n'étaient que jeux d'enfants. Moins d'une journée après les faits, le gouvernement turc a arrêté 2'839 soldats et militaires de hauts rangs, mais aussi limogé 2'700 juges et mis 140 membres de la Cour suprême sous mandat d'arrêt. Et l'enquête n'a même pas commencé!

Plus que jamais, la Turquie est dans la main de fer de Recep Tayyip Erdogan. L'armée turque était peut-être le dernier obstacle à ses visions millénaristes ; il a les coudées franches pour la briser, et ensuite, continuer à écraser l'opposition démocratique et laisser libre court à ses pulsions autoritaires. Nul doute qu'entre l’État Islamique, les Kurdes et la situation économique désastreuse du pays, cela ne peut que très mal se terminer.

15 juillet 2016

Carnage à Nice

Ils s'étaient massés au bord de mer sur la célèbre Promenade des Anglais pour conclure la fête nationale française dans son traditionnel feu d'artifice ; ils ne se doutaient pas que la soirée s'achèverait dans les cris, les larmes et le sang.

france,terrorisme,islam,françois hollande,nice
Le camion fou, criblé de balles (crédit photo: Luca Bruno/AP)

Dans une France libérée de l'organisation de l'Euro, sous plan Vigipirate renforcé et sous état d'urgence, un poids lourd blanc put librement foncer dans la foule dans une rue théoriquement fermée à la circulation, fauchant touristes et familles de Niçois qui rentraient chez eux, avant que le conducteur ne soit finalement abattu. 2 kilomètres de carnage, plus de 80 morts dont des enfants, des blessés par dizaines, des milliers de personnes que les événements de la nuit auront durablement traumatisés. Et dans toute la France, des gens qui se disent que ça aurait tout aussi bien pu leur arriver aussi ce soir-là.

Depuis des années ce mode opératoire est employé par les terroristes palestiniens contre les juifs en Israël, mais qui s'en soucie? En attendant, Israël a appris à se défendre. Même en France, un événement similaire avait eu lieu au marché de Noël de Strasbourg en 2014. On avait commodément conclu à l'acte d'un "déséquilibré".

nice_logo.jpgDes papiers d'identité au nom d'un Niçois franco-tunisien de 31 ans auraient été retrouvés dans le camion de location, mais nul ne sait encore s'il s'agit du conducteur. Si c'est lui, cela jette encore une fois le trouble sur les réservoirs de haine anti-française d'une partie des résidents du pays. Les Tunisiens de France, si bien intégrés et si distants avec les islamistes, n'avaient-ils pas voté à 40% en faveur du parti intégriste Ennahdha lors des premières élections libres du printemps arabe?

L'attentat porte la signature de l'État Islamique ; en attendant cette confirmation, on peut gager que l'affaire suivra son cours avec l'emploi des mots-clef habituels - "pas d'amalgame", "loup solitaire", "impossible à prévoir", "radicalisé sur Internet", "stigmatisation" et "l'islam ce n'est pas ça", ainsi que les passages obligés allant du logo au hashtag obligatoire et  aux appels à l'unité, peut-être une Marche blanche... Ensuite, on découvrira les nombreuses traces et indices laissés par l'assassin et ses relations préalables avec la justice.

Au lendemain des attentats de Paris en 2015, un membre du gouvernement socialiste affirma avec un cynisme achevé - mais en off naturellement - que François Hollande "était vraiment verni, avait une bonne étoile". Il signifiait par là que suite à ces massacres, le réflexe de rassemblement et de solidarité entre Français choqués profiterait électoralement au chef de l'État. Aujourd'hui, la lumière de l'étoile a pâli. Aucune pirouette ne sauvera plus son quinquennat.

Les Français n'en peuvent plus des gesticulations du maître de l'Élysée. Non seulement il ne contrôle plus rien, mais il ne donne même plus l'illusion de contrôler quoi que ce soit. Sa trace dans l'Histoire semble se résumer à ses problèmes de coiffure, ses manœuvres contre les trublions ambitieux de son camp, ses promesses creuses et mensongères, ses maîtresses, ses paris sans cesse perdus, son mépris pour les sans-dents. "Quitte ou double!", lancerait-il dans un sourire comme un ultime défi à une population française écœurée. Mais l'humeur n'est plus aux joutes de langage.

Au lendemain du 14 juillet, les Français comprennent que les attentats ne cesseront jamais vraiment sur le sol du pays tant qu'un changement de paradigme, une véritable révolution conservatrice, n'aura pas lieu au sommet de l'État. Il faudrait pour cela un retour résolu du gouvernement français sur ses fonctions régaliennes - la police, la justice, la défense, la sécurité - qu'il a tant négligé depuis des années. Une politique de droite libérale classique, en somme. Et si, selon toute probabilité, M. Hollande s'avère incapable d'apporter ce changement, la perspective d'une option plus radicale est de plus en plus probable pour les élections de 2017.

Les citoyens français seront peut-être désormais plus pressés de trouver des alternatives que de se serrer les coudes autour de dirigeants incompétents.

12 juillet 2016

Retraites: vous n'aurez rien!

Les Suisses voteront le 25 septembre sur l'initiative "AVS Plus" visant à augmenter de 10% les rentes AVS en contrepartie de nouvelles taxes.

Les partisans du texte invoquent un rééquilibrage des rentes à leurs yeux nécessaire, les adversaires une initiative mal conçue qui ne profitera absolument pas aux rentiers modestes. Dans ce combat politique classique, la gauche fidèle à son marxisme culturel vise avant tout une augmentation des transferts entre classes sociales désignées comme antagonistes (ici les retraités aux dépens des travailleurs) face à droite dénuée d'imagination et qui ne vise rien d'autre que d'essayer, mollement, de préserver un système à l'agonie.

Car une chose est sûre, le système de retraite helvétique est promis à l'effondrement dans les dix à vingt prochaines années, et peut-être avant. Cet effondrement est d'autant plus probable que le bon peuple est endormi, les politiciens lâches, et l'échéance encore assez lointaine. Nous nous dirigeons donc comme d'habitude vers une procrastination fatale. Dans ce contexte, le résultat de l'initiative AVS Plus a autant d'importance qu'une argutie sur le style de broderie des rideaux du Titanic.

Le mythe de la retraite heureuse

Assis sur trois piliers, solide comme un roc, le système de retraite helvétique est en théorie un modèle du genre - fiable, solide, rémunérateur et intelligemment conçu.

Le premier pilier, assuré par L’État, garantit à chacun un minimum vital, au besoin à l'aide de prestations complémentaires. Le deuxième pilier, assuré par le milieu professionnel, est une cotisation conjointe des salariés et des entreprises dans des fonds visant à assurer le maintien d'un certain niveau de vie une fois arrivé à l'âge de la retraite. Le troisième pilier, enfin, est un choix d'épargne individuel, qui se traduit en pratique par un crédit d'impôt.

retraite,prise de position,votation du 25 septembre 2016
Stable, fiable, réparti, et parfaitement obsolète.

Associés, les trois piliers doivent permettre aux retraités présents et futurs de vivre dignement, assurant leur niveau de vie tout en préservant même éventuellement un capital à transmettre à leurs descendants.

Reconnaissons-le, le système a tenu pendant plusieurs décennies où un mélange de croissance économique, de démographie et de force du franc assurait la pérennité du pouvoir d'achat des rentiers. Il a même permis aux banques suisses de disposer d'immenses avoirs sous gestion, contribuant à la puissance économique du pays.

L'avenir est malheureusement un peu moins rose.

Le premier pilier, érodé par la démographie

Les trois piliers sont attaqués de diverse manière, mais aucun ne sort indemne de l'évolution du monde - en grande partie, d'ailleurs, à cause d'une classe politique jurant pourtant ses grands dieux qu'elle cherche à les préserver. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Le premier pilier est une retraite par répartition. Un jeu de l'avion où les assujettis actuels (les travailleurs) payent leur retraite aux rentiers actuels (les retraités). Le système suisse est un peu mieux conçu que son équivalent français dans la mesure où les retraites passent par un fonds richement doté, le fameux fonds AVS, qui a accumulé des réserves pendant les trente glorieuses ; de plus, le niveau des rentes est faible et plafonné. Ces deux facteurs rendent le système plus résilient. Malgré tout, le système prend l'eau depuis quelques temps:

Les dépenses ont excédé les recettes de 579 millions de francs, annonce mardi [29 mars 2016] l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). C'est une nette baisse par rapport au résultat de 2014, où les dépenses dépassaient déjà les recettes, à hauteur de 320 millions de francs.(...)

De plus, contrairement à 2014, les placements du Fonds de compensation ne sont pas venus à la rescousse des comptes de l'AVS l'an dernier. Leur rendement a été négatif à -0,97%, soit une perte de 237 millions de francs.


En Suisse comme ailleurs, la retraite par répartition est liée aux aléas économiques ; que la conjoncture se ralentisse et les cotisants deviennent moins nombreux, alors que le nombre de rentiers ne cesse d'augmenter. La mauvaise performance des placements du fonds AVS est un autre facteur. En 2015, il enregistra une perte de 31 millions de francs.

Le deuxième pilier, fracturé par les crises financières

Les mauvaises performances des placements menacent tout autant le deuxième pilier, la prévoyance professionnelle. Celle-ci se constitue sur la base d'un apport mixte employé-employeur dans un fonds propre à chaque entreprise, géré par des professionnels. Le deuxième pilier incarne à merveille le paternalisme qui imprègne les mécanismes sociaux du pays.

Les employés sont obligés de cotiser dans ces fonds - dans quelles frivolités dépenseraient-ils leur argent sinon! - et les employeurs doublent la mise, selon l'illusion bien connue des prétendues "charges patronales". Les sommes à verser augmentant avec l'âge, elles garantissent à de nombreux salariés helvètes cinquantenaires un passage au chômage, car ils coûtent désormais trop cher à des employeurs qui ne sont pas dupes. Évidemment, ces fins de carrière peu glorieuses n'aident guère les ex-salariés à tenir leurs objectifs d'une retraite optimale.

Le mécanisme du deuxième pilier est donc une puissante machine à faire perdre leur emploi aux salariés les plus vulnérables.

Outre qu'il corresponde à une conception surannée de la vie professionnelle - quasiment plus personne ne fait carrière au sein d'une seule entreprise aujourd'hui, d'où des oublis - le vrai problème du deuxième pilier tient à sa nature: les caisses de pension sont censées fructifier les avoirs des salariés pour payer les rentes des retraités et préparer l'avenir des cotisants. Et comment obtenir des rendements si ce n'est en prenant des risques en bourse?

Depuis 2008, les crises financières se succèdent et nul n'en voit la fin. Contre vents et marées, certains gestionnaires de deuxième pilier arrivent parfois à s'en sortir, mais il ne faut pas être devin pour comprendre qu'à chaque crash boursier de nombreuses caisses de pension risquent de se retrouver à terre, et avec elles les avoirs de retraite de leurs salariés.

Et parce que le sujet mériterait un livre entier, je n'aborderai pas le thème des caisses de pension publiques et de leur situation catastrophique, une autre bombe qui ne demande qu'à exploser...

Le troisième pilier, laminé par l'inflation

Avec les deux premiers piliers, les salariés n'ont quasiment aucun contrôle sur l'argent de leur propre retraite, une situation proprement hallucinante. Mais même pour le troisième pilier, la prévoyance individuelle, la situation n'est guère meilleure.

Le troisième pilier est une épargne assortie d'un crédit d'impôt. L'individu choisit de souscrire à une forme ou une autre de troisième pilier ("assurance-vie" ou "compte bancaire") et place de l'argent chaque année. Les Suisses qui peuvent se le permettre connaissent bien ce type d'épargne et se renseignent chaque année pour savoir quel est le montant maximal possible de placer de cette façon.

Toutefois, l'argent placé ainsi rentre dans un système sur lequel l'épargnant a bien peu de contrôle. Pas question de convertir ces montants en métal précieux, par exemple. Bien trop risqué! Il s'agit de votre retraite tout de même! A la place, parmi les choix raisonnables qui restent au propriétaire théorique de la somme, on peut acheter de la dette publique de divers pays d'Europe, un choix extrêmement peu risqué comme chacun sait...

Le plafond d'épargne change chaque année à cause de l'inflation. Chaque Suisse voit donc régulièrement devant lui les raisons pour lesquelles il ne peut pas gagner la course: il faudrait que son avoir progresse davantage que l'inflation, ce qui n'arrive quasiment jamais. Les Suisses mettent donc de côté un tas d'argent qui se dégonfle - non en termes numériques, mais en pouvoir d'achat. Cela vaut-il l'économie d'impôt? A chacun de voir!

Des boules dans un jeu de quille

Les trois piliers sont donc mis en péril par l'inflation, les crises économiques et la démographie. Mais à côté de ces menaces "intrinsèques" liées à un système dépassé et peu flexible s'ajoutent récemment des facteurs "conjoncturels" autrement plus puissants, et qui pourraient changer la donne aussi radicalement qu'une simple érosion par le vent s'efface devant un tremblement de terre.

Quelles boules menacent de déferler sur le jeu de quille des trois piliers?

  • La crise de l'immigration. Quoi qu'on pense des migrants, leur nombre met déjà au défi les systèmes de solidarités actuels, d'autant plus qu'ils ne repartiront sans doute jamais, ne travaillent quasiment pas et vivent à la charge de la collectivité. Or, en Suisse, les différents mécanismes sociaux reposent sur un équilibre fragile lié à un modèle de société où chacun contribue au pot commun. Que la proportion de population productive se dégrade par un afflux de migrants et tout s'effondrera.
  • L'affaiblissement du Franc suisse. Les apprentis-sorciers de la BNS jouent à affaiblir le franc par tous les moyens possibles ; ce faisant, s'ils réussissent, ils auront contribué à détruire le pouvoir d'achat des rentes. L'initiative AVS Plus s'inscrit particulièrement dans ce contexte: les rentes AVS sont sans doute insuffisantes aujourd'hui mais c'est à cause de l'augmentation générale du coût de la vie en Suisse, celui-ci passant par les assurances-maladie, la TVA, le coût des loyers, de la main-d’œuvre dans les EMS, etc.
  • Les taux négatifs. Les taux négatifs rendent caduque toute forme d'épargne - ni les emprunts d’État, ni les prêts ne sont plus rentables, malgré les risques qu'ils continuent à impliquer. Or, les trois piliers reposent sur des taux d'intérêts sains, c'est-à-dire positifs. Les taux négatifs helvétiques (ainsi que ceux de plusieurs pays de la zone euro) mettent à mal tout le système et enjoignent les caisses de pension à chercher des placements toujours plus dangereux. Même si la chance peut être au rendez-vous, ce n'est évidemment pas une solution viable à long terme.

Nul ne sait quand un de ces facteurs fera tomber un des piliers - ou davantage - du système de retraite, mais les conséquences semblent dramatiques et la probabilité d'un "incident" inéluctable sur les dix, vingt, trente prochaines années, et probablement bien plus tôt.

retraite,prise de position,votation du 25 septembre 2016
Les piliers helvétiques risquent de ne pas tenir aussi longtemps.
(Temple de Hera, Grèce)

Comment sauver sa retraite?

En premier lieu, en refusant absolument de la laisser entre les mains des hommes politiques et de leurs sbires. Incapables de penser hors cadre, ils n'envisagent que des corrections à la marge du système, repoussant l'âge de la retraite ou diminuant le taux de conversion. Mais à leur décharge, il est probable que les Suisses eux-mêmes ne comprennent le besoin de faire autrement qu'une fois que les trois piliers se seront écroulés. Nous passerons par des temps difficiles... Les plus mal lotis seront bien sûr les retraités du moment, qui découvriront alors avec horreur à quel point ils sont à la merci du système.

Sur le plan individuel, la solution est simple: essayer de sortir des trois piliers par tous les moyens. Les étrangers sont comme d'habitude mieux lotis et peuvent retirer leur 2e pilier en une fois sous forme de capital bien plus facilement que les Suisses, mais même pour ces derniers ce n'est pas totalement impossible. En jouant sur le remboursement d'hypothèque, il est possible de sortir de l'argent du système de retraite. Ou carrément de quitter le pays - et si l'hypothèse vous fait sourire aujourd'hui, elle se concrétisera avec une rapidité déconcertante alors que le système approche de l'effondrement.

Évitez absolument les contributions volontaires au système, comme par exemple des versements accrus à votre prévoyance professionnelle ; l'inflation et une ou deux crises boursières vous garantissent que vous en sortirez perdants à l'heure de la retraire. Misez sur l'or, ou sur n'importe quel placement que vous déciderez, tant que vous le choisissez vous-même ; en temps de crise, ne laissez surtout pas vos avoirs entre les mains de professionnels. Ils n'ont pas les mêmes intérêts que vous et ne jouent pas sur la même durée.

En fin de compte, essayez de reposer sur vos propres décisions plutôt que sur un système dirigiste instauré par des gens qui vivaient dans un monde différent et qui sont pour beaucoup morts de vieillesse depuis longtemps. Le meilleur système de retraite est encore celui que vous choisissez vous-même.

06 juillet 2016

Le FBI pardonne à Hillary

comey_0.jpgDans une présentation attendue, le directeur du FBI James Comey a enfin donné le point de vue des autorités sur l'affaire des emails qui empoisonne la campagne présidentielle d'Hillary Clinton. Le FBI recommande au ministère de la Justice de n'entreprendre "aucune poursuite judiciaire" à l'encontre de l'ancienne secrétaire d'État.

Le texte intégral de l'intervention de James Comey se trouve en ligne sur le site du FBI.

La déclaration de M. Comey clôt des mois d'enquête et d'examens. André Archimbaud donne un résumé du contexte et des enjeux sur Boulevard Voltaire. Tout démarre avec l'attaque de Benghazi, où un ambassadeur américain réclamant en vain des renforts se fait assassiner par des commandos islamistes bien préparés. Après ce fiasco, l'opinion publique est abreuvée d'une fable rocambolesque où l'attentat n'aurait été qu'une "simple manifestation dégénérant en émeute", elle-même consécutive à la présence sur YouTube de la bande-annonce d'un film américain islamophobe. La mort du fonctionnaire entraîne la création de deux commissions d'enquête qui vont révéler bien des choses:

Le 11 août 2014, la seconde commission d'enquête découvre, après injonction, que seuls dix courriels sur Benghazi sont produits par le ministère... parce que l'ancienne secrétaire d'État utilisait un serveur privé pour les affaires d'État. Suspicion supplémentaire : au lieu de remettre le serveur aux enquêteurs, Hillary les inonde de dizaines de milliers de pages de photocopies... en spécifiant royalement que 30'000 courriels ont été détruits du fait de leur nature "privée". Intervention du FBI, qui exige poliment la remise du serveur... déjà effacé. On saisit alors le serveur de sauvegarde installé dans la salle de bains d'une micro-société de consultants, avant de passer à l'archéologie numérique : 100 employés du FBI sont sur le pont... sachant que le respect d'une multitude de lois et règlements fédéraux est en jeu, en particulier sur les secrets d'État.


L'affaire se termine donc, apparemment, en queue de poisson:

Le FBI a tranché: Hillary Clinton a fait preuve d'une "négligence extrême" en utilisant inconsidérément sa messagerie personnelle, via un serveur privé, lors de son passage à la tête du Département d'État, de 2009 à 2013, mais elle n'avait "pas l'intention de violer la loi".


Les partisans pro-Clinton seront aux anges, mais ils seront bien vulnérables face à des accusations de partialité de la justice. Rappelons juste quelques éléments contextuels:

  • La loi américaine exige l'utilisation d'une infrastructure spécifique pour les communications électroniques conduites dans le cadre d'un mandat officiel, pour des raisons de transparence, d'archivage, et de contrôle, et punit la destruction de preuves.
  • Par une heureuse coïncidence, le nom de domaine clintonmail.com utilisé pour les échanges de mail "privés" des Clinton fut enregistré le 13 janvier 2009, soit exactement huit jours avant que Mme Clinton ne soit officiellement nommée secrétaire d'État de l'administration Obama.
  • Mme Clinton a utilisé de grands moyens pour effacer ses archives, et a en partie réussi: de nombreux trous de plusieurs mois subsistent dans sa correspondance, notamment autour d'un voyage de Mme Clinton en Libye en 2011. Nous savons que ces lacunes existent parce que des traces d'e-mails envoyés durant ces périodes se retrouvent dans des conversations avec des tiers.
  • Malgré le nettoyage opéré par Mme Clinton, certains de ses mails montrent encore des échanges d'informations top-secrètes, et qui l'étaient déjà au moment de la conversation électronique. Les traces de 110 e-mails "classifiés" ont ainsi été retrouvées alors qu'elle avait affirmé la main sur le cœur qu'il n'y en avait aucun. La transmission d'informations classifiées est un crime fédéral.
  • La semaine dernière, Bill Clinton rencontra "par hasard" la ministre de la Justice Loretta Lynch (en charge du FBI) sur l'aéroport de Phoenix. Pendant les trente minutes d'un entretien informel, ils ne discutèrent que "de golf et de leurs enfants et petits-enfants", affirment-ils.
  • Le Président Obama est tout autant impliqué comme témoin ou complice, ayant entretenu des conversations électroniques avec Mme Clinton sur cet e-mail privé et étant donc parfaitement au courant de son existence.
  • En 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé par Mme Clinton, et ensuite licencié, pour avoir utilisé une adresse e-mail privée dans le cadre d'affaires professionnelles. Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles. Peut-on parler d'hypocrisie?

En résumé, Mme Clinton mit en place un serveur mail privé pour déroger délibérément aux obligations de transparence liées à son rôle officiel, s'en servit avec abandon et, une fois découverte, chercha à effacer toute trace compromettante.

usa,hillary clinton,james comey,justiceOn peut s'interroger sur ce qu'Hillary Clinton avait à cacher. Sa responsabilité dans le fiasco de Benghazi et le scénario échafaudé ensuite pour l'excuser, certainement. Mais aussi, sans doute, un mélange des genres assumé entre son rôle de secrétaire d'État, la fondation Clinton - qui n’a distribué "humanitairement" que 10% des fonds levés depuis sa fondation en 2001 - et la caisse politique des Clinton en vue, notamment, de la campagne d'Hillary pour l'élection présidentielle. Autrement dit, les e-mails manquants portent certainement la marque des innombrables trafics d'influence auxquels s'adonne le couple présidentiel le plus célèbre du monde.

Jamais la législation américaine n'a prévu que quelqu'un ne devrait pas être inculpé pour avoir violé la loi sans le savoir, sans même considérer la légèreté de l'excuse dans ce cas précis. Compte tenu d'autres affaires où les accusés n'ont pas bénéficié de la même mansuétude, il est évident que Mme Clinton a bénéficié d'un traitement de faveur.

La non-entrée en matière du FBI n'est donc pas surprenante. Malgré les dénégations de son directeur, c'est évidemment un verdict politique, le seul qui puisse épargner la candidate démocrate dans sa campagne électorale. Mais Hillary Clinton n'en sort pas indemne. Le grand public américain est bien plus au courant des tentants et aboutissants de cette affaire, et la décision du FBI suscite une indignation légitime.

Beaucoup de gens ont le sentiment qu'il y a une justice pour le bas peuple et une autre justice, infiniment bienveillante, pour les puissants ; difficile de les contredire. Lorsque Donald Trump qualifie continuellement Clinton de "crooked Hillary" (crooked pour malhonnête, véreuse, tordue...) sur Twitter, il n'est que l'écho du sentiment de nombreux Américains. Mme Clinton s'en sort peut-être indemne légalement, mais elle aura fort à faire jusqu'aux élections pour changer son image de politicienne corrompue, hypocrite et au-dessus des lois.

01 juillet 2016

Après le Brexit, les masques tombent

Il n'aura fallu qu'une semaine après un scrutin fatidique pour que la donne change au sein de la construction européenne. De nombreuses illusions sont tombées - sur la démocratie, le sens du projet européen, et les valeurs dont se réclament les élites.

Voici un petit tour d'horizon de l'hypocrisie ambiante et de ce qui attend l'Union Européenne.

Démocratie à géométrie variable

Le Brexit a sans aucun doute libéré la parole, mais pas dans le sens où on aurait pu l'entendre. Le grand public du continent eut donc la joie de découvrir des facettes inédites des médias et d'élites mécontentes du résultat, s'adonnant ouvertement aux manœuvres les plus cyniques sans la moindre retenue.

keep-calm-and-vote-for-brexit.pngOubliés la majorité de citoyens ayant voté pour le Brexit! La parole ne fut jamais donnée qu'aux vaincus du jour, et si par malheur un micro s'égarait devant un partisan du Brexit, ce serait pour lui faire dire qu'il avait peur, regrettait son vote, et finalement n'avait pas vraiment souhaité tout cela. Sur Sott.net, un article hilarant intitulé Brexitinérance nous dévoile preuves à l'appui les quatre étapes suivies par l'ensemble des rédactions francophones du continent: "Tout le monde a perdu" ; "Ils ne savent pas ce qu'ils font" ; "Les pro-Brexit regrettent déjà" ; et enfin, "Et si on revotait?"

Évidemment, en cas de victoire du Remain, on ne serait pas plus allé chercher des indépendantistes du Pays de Galles que des pro-européens soudainement pris d'un doute. Tout est dans le résultat.

Derrière ce traitement médiatique hallucinant pour contourner le résultat des urnes, la perspective d'un deuxième vote n'est qu'une hypothèse de travail parmi d'autres. Le Parlement écossais cherche à opposer un veto. On conseille au gouvernement britannique de se retrancher derrière le caractère "purement consultatif" du référendum. De repousser sine die le déclenchement du fameux article 50 entérinant le départ du Royaume-Uni de l'UE.

Bien entendu, ce déni de démocratie est assorti de toutes les excuses possibles ; le camp du Brexit aurait menti, dépassé ses prérogatives, n'était pas prêt à assumer la victoire. Un jour, Boris Johnson n'est qu'un "ambitieux" faisant campagne pour avancer sa carrière ; le lendemain, il devient un "lâche" en renonçant à postuler comme futur Premier Ministre. Toutes les décisions et toutes les circonstances sont portées au passif du Brexit.

Jean-David Sichel, juriste, s'émeut de ces manœuvres dans Le Figaro en pointant les contradictions du camp Remain. Qui n'a jamais employé de slogan simplificateur dans une campagne politique? Libération rêve d'une oligarchie éclairée au lieu du vote démocratique, mais monte sur les barricades lorsqu'il s'agit de lutter contre l'adoption via le 49.3 d'un projet de loi en France. David Cameron est pointé du doigt comme l'artisan de l'échec alors que l'Europe a boudé ses propositions de réforme. On reproche aux "xénophobes" le résultat mais en refusant de tirer le moindre lien avec la politique d'accueil lancée par Mme Merkel...

Dernière approche, et non la moindre, il faudrait changer les règles de la démocratie elle-même. L'abolir pour donner le pouvoir à une caste éclairée, par exemple. Les moins extrêmes suggèrent tout de même plus de poids pour les "jeunes", qui ont voté dans le bon sens sur ce scrutin, une majorité qualifiée à 60%, une participation de trois quarts des électeurs pour valider le résultat... D'autres enfin, sans doute nostalgiques des guerres de sécession, visent la piste institutionnelle: supprimons tout simplement l'article 50 permettant de quitter l'Union Européenne et les problèmes seront réglés!

Tous ces gens se comportent en parfaits fascistes mais ils n'ont même plus assez de recul pour s'en rendre compte.

Le véritable projet européen se dévoile

L'Europe doit-elle redevenir l'espace de libre-échange qu'elle était au début des années 80, ou pousser plus avant le long du chemin de l'intégration jusqu'à devenir le fameux super-État dont rêvent les étatistes de tout poil?

Le départ du Royaume-Uni, fervent adepte de la première solution, est effectivement une mauvaise nouvelle pour le camp libre-échangiste. Les étatistes se sentent pousser des ailes, incapables de comprendre que leur vision a précisément contribué à faire fuir les Anglais et en fera fuir d'autres. Des documents de travail commencent à filtrer dans la presse - mais sont rapportés uniquement dans les journaux anglais comme l'Express ou le Daily Mail. Ne comptez pas sur les médias du continent pour faire le moindre travail d'information.

Comme le rapporte l'Express, la solution préconisée pour sortir de la crise existentielle de l'Europe post-Brexit consiste à concrétiser un plan prévu de longue date pour fusionner tous les pays du continent en un seul super-Etat. La proposition, radicale, demandera aux pays de l'Union de renoncer au droit de posséder leur propre armée, à leur code pénal, à leur système de taxation et à leur banque centrale, toutes ces prérogatives étant désormais transférées à Bruxelles.

Selon le Daily Express, ce rapport de neuf pages aurait "suscité un outrage" auprès de certains leaders de l'UE en prenant connaissance. Le Ministre tchèque Lubomír Zaorálek aurait exprimé des réserves contre la politique de sécurité commune ; Lorenzo Condign, l'ex-ministre du trésor italien, aurait quant à lui affirmé que ce plan était trop ambitieux pour une Europe en proie à la crise interne actuelle (notez bien qu'il ne dit pas qu'il était contre).

Les prochains mois seront critiques alors que l'agitation politique est à son comble. L'époque est propice à des ajustements de grande ampleur qui définiront le futur des institutions européennes. La volonté de centralisation est d'autant plus forte que les autorités de Bruxelles entendent aller vite, prenant de vitesse les mouvements eurosceptiques de plusieurs pays de l'Union avant leur accès au pouvoir.

Prochaine étape, la crise

Le Royaume-Uni est perdu pour l'Europe. Reste à le lui faire payer.

Nous en avons un aperçu grâce à la vidéo de la première intervention post-référendum de Nigel Farage, le bouillant leader du UKIP, devant le Parlement européen (les sous-titres en anglais sont disponibles dans les paramètres).

Cette séquence a valeur de témoignage non à cause des propos tenus par le leader du UKIP mais bien par la réaction de l'assemblée. Malgré son style corrosif, M. Farage ne demande rien d'autre qu'un comportement constructif de la part des autorités de l'UE face au futur départ du Royaume-Uni. Le Parlement Européen n'est certes qu'un théâtre de marionnettes au sein des institutions européennes, mais reste emblématique de l'humeur qui règne à Bruxelles.

L'hostilité est palpable. La bronca des parlementaires survient à chaque fois que M. Farage évoque la possibilité d'une future entente cordiale profitable entre l'UE et le Royaume-Uni. Il a beau rappeler qu'un conflit commercial endommagerait autant, voire davantage, l'industrie européenne que son pays, l'assemblée n'en a cure. Elle réclame vengeance.

Les parlementaires européens n'ont que faire de l'économie privée. Pour la plupart, ils n'y ont jamais mis les pieds. Le sort des ouvriers automobiles d'Allemagne leur importe donc peu, et moins que l'idée de pénaliser l'économie anglaise à titre de rétorsion. Nous avons finalement un aperçu de la trajectoire du prochain divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne: côté européen, on œuvrera à provoquer une crise économique pour punir le Royaume-Uni en faisant porter le blâme au Brexit, peu importe ce que cela coûte au reste de l'Union Européenne.

Le Brexit et la crise économique qui lui succèdera seront érigés en exemple de ce qui attend les populations qui votent mal - un avertissement adressé tant aux citoyens mécontents qu'à des dirigeants qui oseraient leur poser la question de leur avenir au sein d'une Union Européenne toujours plus centralisée.

24 juin 2016

23 juin, jour de libération du Royaume-Uni

Le Brexit n'est plus une vue de l'esprit. Les sujets de Sa Majesté viennent de lui donner corps à 51,9%, selon les derniers dépouillements.

brexit,david cameron,démocratie,ue

Le succès du référendum pour sortir de l'Union Européenne jette rétrospectivement le trouble les sondages qui émaillèrent la campagne. Depuis des mois le camp du Remain était censé être en tête et ce n'était que récemment que le Brexit avait refait son retard jusqu'à passer devant de très peu. Assistions-nous a un réel renversement de tendance, ou les instituts de sondages n'avaient-ils finalement pas d'autre choix que de coller progressivement à la réalité alors que la date fatidique approchait?

La mort brutale de la députée Jo Cox fut l'occasion de nouvelles manipulations, redonnant là encore un prétendu "coup de fouet" au camp Remain. La mauvaise foi fut maintenue jusque dans les tous derniers instants, avec deux camps prétendument au coude-à-coude, et des instituts refusant de se livrer au classique "sondage sorti des urnes".

D'autres manipulations eurent lieu au niveau des bookmakers, considérés jusqu'à présent comme des outils de prédiction plus fiables que les sondages lorsque l'issue est disputée. Des agents du camp Remain engagèrent tout simplement de grosses sommes pour faire changer les cotes en faveur du résultat espéré. La distorsion amena le pari Remain moyen à atteindre 450 £, contre 75 £ pour un pari Brexit. Les Remain gageaient que la perspective d'un échec démobiliserait les partisans du camp donné perdant.

Mais de toute évidence, et malgré les moyens employés, les Anglais avaient compris que les enjeux dépassaient un simple calcul d'intérêt. Il y avait des principes à la clef, et je pense que bien peu des citoyens britanniques changèrent d'avis comme des girouettes, à l'inverse de ce que toutes ces variations au fil du temps laissent imaginer.

Le Royaume-Uni demande donc le divorce d'avec l'Union Européenne. David Cameron, le Premier Ministre hypocrite qui demanda un référendum à reculons, n'a plus d'autre choix que d'annoncer sa démission. L'histoire gardera de lui un portrait peu reluisant. Ses compromissions pour garder - du bout des lèvres - l’Écosse europhile dans le Royaume-Uni risquent de provoquer l'éclatement de celui-ci à relativement court terme. La gestion catastrophique du royaume par M. Cameron laissera de profondes cicatrices.

Le projet de construction d'un Super-État européen sur le socle du Marché Unique ne vient pas de ralentir, mais bien de dérailler complètement. La renégociation de centaines de traités croisés entre les membres restants de l'UE et le Royaume-Uni occupera les bureaucrates bruxellois pendant des mois. Le prochain Premier Ministre anglais, qu'on imagine réellement eurosceptique, défendra pour une fois sincèrement les intérêts de son pays. Ne subsisteront donc que les accords diplomatiques avantageux pour le Royaume-Uni.

Ce "détricotage sélectif" annonce évidemment un effondrement encore plus rapide de l'UE. Les peuples restants comprennent bien désormais qu'un pays qui divorce peut garder les meilleurs morceaux alors qu'eux-mêmes doivent subir l'entier du joug de Bruxelles. Ils demanderont des aménagements ou probablement un référendum de sortie à leur tour - comme Geert Wilders vient d'en faire la requête au nom des Pays-Bas. Et qui pourrait refuser pareil référendum et prétendre ensuite que l'UE est encore un ensemble démocratique?

Le fameux traité de Lisbonne, la Constitution de l'UE, admettait qu'un pays sorte de l'Union - bien que sur un plan strictement théorique. Aujourd'hui il est nécessaire de mettre ces textes à l'épreuve de la pratique, mais ce n'était de toute façon qu'une question de temps. Par deux fois les Eurocrates sentirent le vent du boulet: lorsque les Grecs votèrent contre l'austérité mais furent finalement trahis par leur gouvernement, permettant à la Grèce de rester dans l'UE ; et lorsque les Autrichiens faillirent élire le mauvais président mais furent sauvés in extremis par les fameux votes par correspondance. On pourrait aussi citer l'impasse helvétique et la sortie de crise choisie par la classe politique en violant la Constitution. Devant les coups de boutoirs financiers, institutionnels ou démocratiques, l'utopie européenne devait un jour ou l'autre finir par se fracasser sur la réalité.

C'est désormais chose faite et le message vient d'un pays respectable, respecté, membre ancien de l'Union Européenne, riche et doté d'une longue tradition démocratique. Impossible de l'ignorer.

Les peuples osent encore, parfois, faire preuve de courage. Saluons les Anglais d'avoir osé ce dont rêvent tant de populations soumises, ailleurs sur le continent, et parions que grâce à cela ils s'en porteront bien mieux. A l'Union Européenne, la cinquième puissance économique préfère le Monde.