19 septembre 2016

Désunion Européenne

L'Union Européenne est en crise. Dans le théâtre de faux-semblants qui tient lieu d'organisation à la tête de l'UE, les dirigeants se réunissent pour multiplier d'hypocrites démonstrations d'unité.

mensonges,ue

Un reportage de la RTS résume la pièce jouée dans un luxueux château dominant le Danube:

À l'étranger, la mise en scène de la rencontre a été réglée dans les moindres détails. Les chefs d'État de l'Union Européenne s'étaient donné rendez-vous dans un château de Bratislava en Slovaquie ce vendredi. Première réunion sans le Royaume-Uni qui a choisi de quitter l'Union en juin et un seul objectif, raviver l'image d'une Europe unie malgré les crises successives.


Alors on affiche les symboles, tous dans le même bateau pour une croisière sur le fleuve... Mais la propagande ne prend plus. "L'esprit de Bratislava" est celui d'une Europe en bout de course, comme le rapporte Jean Quatremer, encore plein d'amertume d'avoir été parqué avec ses confrères journalistes dans un immense hangar de l'autre côté du Danube pendant que les 27 chefs d'État discutaient à huis clos.

François Hollande et Angela Merkel, la chancelière allemande, qui ont tenu, pour la première fois depuis l’élection du premier, conférence de presse commune (limitée à deux questions par pays…), ont essayé de vendre un « esprit de Bratislava », celui de la concorde retrouvée entre l’Est et l’Ouest, entre le sud et le nord, entre les riches et les pauvres, entre les démocraties autoritaires et les démocraties libérales (sic). Un beau conte de fées que Matteo Renzi, le Premier ministre italien, a fait immédiatement voler en éclats en déclinant toute conférence de presse commune avec le couple franco-allemand : «je refuse de suivre un scénario visant à faire croire aux citoyens que nous sommes d’accord sur tout»… Et d’énumérer, parmi les principaux points de désaccord, les réfugiés et la politique économique, notamment allemande, etc. Même écho de Viktor Orban, le chef du gouvernement hongrois.


Le journaliste pro-européen, fidèle croyant, livre sa martingale: en premier lieu, il faudrait briser la "règle de l'unanimité" qui enfonce selon lui chaque jour un peu plus l'Union dans la paralysie. Il y a du vrai dans ce diagnostic ; se mettre d'accord à 27 semble devenu mission impossible.

Mais à quels projets servirait donc un mode de décision plus souple? Obliger davantage de pays à accueillir des hordes de migrants dont ils ne veulent pas? Interdire l'attractivité fiscale de pays sans ressources? Imposer une rigueur infligée sélectivement à certains mauvais élèves budgétaires? Ou tout simplement permettre plus de procès politiques, comme lorsqu'un obscur Ministre du Luxembourg prétend carrément faire exclure la Hongrie de l'organisation?

L'Europe s'est agrandie avant de clarifier son projet. Chercher la réponse dans l'organisation des institutions ne suffit pas. La crise est d'ailleurs si profonde qu'elle rend toute réforme impossible. Trop de gouvernements savent de quel côté du manche ils se trouveraient si la règle de l'unanimité était remplacée. Certains ont beau être encore pro-européens, ils ne sont pas stupides à ce point-là.

En attendant, on communique donc, comme à la belle époque de l'URSS en crise et des démonstrations d'unité du Soviet Suprême. Les voix discordantes ne sont pas tolérées, les journalistes tenus à l'écart, les sujets qui fâchent balayés sous le tapis. Ne reste que la portion congrue de ceux qui font consensus - une soupe claire brandie comme la potion miracle.

L'illusion européenne a été déchirée par la lame de la démocratie. Le Brexit y a mis fin de façon inéluctable. Ce n'est pas une question de diplomatie, d'image ou même de gestion des dossiers chauds du moment ; l'Union Européenne est promise à l'effondrement à brève échéance à cause des mêmes raisons mesquines qui mettent un terme à bien des couples, l'argent.

On inflige une petite gifle au peuple anglais en n'invitant plus le Royaume-Uni aux réunions, mais lorsque les budgets européens devront être établis, son absence se fera ressentir bien plus cruellement. Bruxelles recevra alors un coup de poing.

L'Angleterre est la cinquième économie du monde, la deuxième en Europe après l'Allemagne et devant la France. En 2015, les sujets de Sa Majesté versèrent 13 milliards de livres à l'Union Européenne, dont 4,5 milliards revinrent au pays sous la forme de programmes et subventions diverses ; le Royaume-Uni était donc un contributeur net de 8,5 milliards de livres au budget européen.

Qui va le remplacer?

Empêtrées dans la crise des migrants et leur propre incompétence, l'Allemagne et la France ne semblent guère en mesure de débourser des milliards au nom d'un projet qui prend l'eau. Ne parlons pas du reste du groupe de tête - Italie, Pays-Bas, Suède, Autriche, Danemark ou Finlande - incapables d'assumer des montants pareils de par la taille de leurs économies, en prise avec leurs propres mouvements anti-UE, ou simplement en crise. Et les 19 pays suivants sont tous débiteurs nets de l'Union Européenne.

L'autre alternative est évidemment de réduire la voilure, ce qui ne manquera pas de provoquer d'intéressantes discussions à Bruxelles pour arbitrer les priorités des uns et des autres au milieu des nombreuses sangsues pompant l'argent en prise directe. Et si l'UE découvre elle-même tardivement la rigueur, elle risque de faire fuir de nombreux pays qui ne verront plus aucun intérêt à rester soumis à la clique de Bruxelles en échange, désormais, de bien peu de choses.

Les discussions budgétaires commencent traditionnellement à l'automne ; cette année, elles promettent d'être particulièrement intéressantes.

14:43 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : mensonges, ue |  Facebook

16 septembre 2016

Paris sera toujours Paris?

Une vidéo fait le buzz en ce moment - mise en ligne le 10 septembre, elle montre en caméra cachée l'état de certaines rues de la ville et des populations qui en ont désormais pris possession.

Sans commentaire.

12 septembre 2016

La santé d'Hillary en question

Il a suffi d'un "léger malaise" de la candidate démocrate lors des cérémonies de commémoration du 11 septembre pour que la santé d'Hillary Clinton revienne sur le devant de la scène. L'épisode, filmé par plusieurs journalistes [correction: de simples spectateurs] selon des angles différents, fut diffusé sur la toile suffisamment vite pour qu'il ne soit plus possible de nier.

Quant à la légèreté du malaise, jugez-en par vous-même:

Clinton_Shoe.jpgAttendant la voiture en tenant à peine debout, la candidate, promptement soutenue par ses gardes du corps, rentre dans son véhicule blindé en abandonnant une chaussure dans le caniveau. Une photo qui aurait fait la une des journaux si elle avait pu concerner Trump.

On notera l'extrême détachement du personnel de sécurité pendant l'entier de cette scène: les agents observent les alentours et ne jettent pas un regard à Mme Clinton, alors que d'autres la soulèvent et l'embarquent dans le plus grand calme, comme si tout cela était une danse parfaitement chorégraphiée.

Est-ce le professionnalisme d'agents rompus à toutes les situations, ou l'expérience d'un personnel pour qui ce genre de passage à vide n'est pas une première?

Quelques jours plus tôt, Mme Clinton donnait une conférence publique très importante à Cleveland, pendant laquelle elle fut prise de quintes de toux incontrôlables pendant plusieurs minutes, provoquant un certain malaise dans le public. Elle réussit à glisser entre deux toux que son comportement était dû à "une allergie à M. Trump". La scène est moins embarrassante que la précédente mais reste tout de même singulière:

Les interrogations sont récurrentes quant à l'état de santé de Mme Clinton - mais il a suffi d'une vidéo accablante pour que ce qui n'était jusque-là que des "spéculations houleuses lancées par des adeptes de la théorie du complot", voire des rumeurs lancées à dessein par son adversaire, ne devienne en moins de 24 heures une vérité établie.

Un retournement de veste assumé avec tant de souplesse force le respect. Deux tweets d'un journaliste à quelques années d'intervalle permettent de se faire une idée de l'hypocrisie de la presse...

 TheFix.png
2008: La santé de McCain: Ce Que Cela Signifie
2016: Ne peut-on pas arrêter de parler de la santé d'Hillary maintenant?

Dès 2012 Hillary Clinton ne donnait plus vraiment l'image d'une santé éclatante. Elle souffrit d'un virus gastrique et d'une déshydratation, puis d'une commotion cérébrale après s'être évanouie. Un caillot de sang fut ensuite découvert entre le cerveau et le crâne. A cette occasion elle vit double pendant quelques semaines. Même alors des soupçons planaient sur sa condition réelle, notamment parce qu'elle reçut des anticoagulants qui, de l'avis de médecins consultés par plusieurs médias, n'étaient d'aucune utilité pour des caillots dus à un traumatisme.

Aujourd'hui, l'entourage médical de la candidate démocrate affirme qu'elle a été victime d'une pneumonie détectée vendredi et qu'elle annulait tous ses rendez-vous pour les prochaines 48 heures. Ce diagnostic soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses.

  • Si Mme Clinton est diagnostiquée avec une pneumonie depuis le 9 septembre, comment se fait-il qu'elle ait participé à de multiples apparitions publiques impliquant de nombreux contacts avec la foule entre cette date et aujourd'hui? La pneumonie est une maladie grave, et contagieuse.
  • Mme Clinton serait traitée par des antibiotiques. Normalement l'amélioration du patient est rapide et notable avec ces médicaments. Or, son malaise du 11 septembre intervient après plusieurs jours de médication et semble donc d'autant plus étonnant à ce stade.
  • De nombreux épisodes de quinte de toux et de comportements étranges de Mme Clinton ont été rapportés (et filmés) depuis longtemps auparavant, et ne cadrent pas avec une simple pneumonie diagnostiquée il y a trois jours.
  • L'apparition forcée d'Hillary Clinton en bas de son immeuble peu de temps après son malaise, et l'affirmation livrée alors qu'elle aurait été victime d'une simple "insolation" (malgré une modeste température de 26° à New York) est un mensonge de plus, entachant encore la réputation d'une politicienne jugée peu sincère par la majorité des Américains.

Hillary Clinton vient de perdre gros aujourd'hui ; même ses partisans les plus déterminés auront des doutes quant à sa capacité à assumer la charge de Président. En termes d'image, une apparence de faiblesse et de maladie n'est guère motivante. Ces ennuis de santé s'ajoutent à la dernière polémique à peine retombée où elle clame que "la moitié" des électeurs de Trump sont des racistes, des xénophobes et des bigots, entre autres termes élégants!

L'élection présidentielle américaine a lieu dans moins de 60 jours. Pendant cet intervalle, l'état de santé de Mme Clinton sera épié, scruté, déchiffré en permanence - et probablement pas à son avantage. Si elle n'est effectivement atteinte que d'une pneumonie et qu'elle en guérit rapidement et complètement, elle garde quelques chances. Autrement, la maigre avance dont elle dispose dans les sondages promet de ne pas durer, d'autant plus que le plus dur arrive avec les trois débats prévus contre Donald Trump, qui ne lui fera pas de cadeaux.

Hillary Clinton sera-t-elle prête et en grande forme à temps? Imagine-t-on l'effet d'un de ces malaises ou d'une quinte de toux en direct sur un plateau de télévision?

Les médias et les démocrates américains réalisent soudainement que la candidature à la présidence d'Hillary Clinton n'a plus rien d'une marche triomphante vers la victoire.

11 septembre 2016

Énergie verte et chèque en blanc

La rentrée est là et avec elle les devoirs civiques - dont le vote sur les divers objets soumis au peuple le 25 septembre. Parmi eux, une initiative écologiste classique tant sur la forme que le fond, l'initiative "Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)".

prise de position,votation du 25 septembre 2016,écologie,réchauffement climatiqueLe texte de l'initiative demande l'inscription dans la Constitution d'un article sur "l'économie durable" dont l'objectif se doit d'être atteint par tous les moyens administratifs possibles - Communes, Cantons, Confédération - à travers des mesures comme des "prescriptions aux mesures de production" et des "mesures de nature fiscale ou budgétaire", lesquelles incluent la possibilités de nouvelles taxes "sur la consommation des ressources naturelles", un intitulé promettant une assiette de taxation à peu près infinie.

Mais la plus grande particularité de ce texte est sans doute dans ses dispositions transitoires, lesquelles s'étendent jusqu'à 2050 (!) Elles demandent à ce que la Suisse - de 2050 donc - ait une "empreinte écologique" "extrapolée à la population mondiale" - 2050 donc - ne dépassant pas "un équivalent planète".

Au cœur de ce charabia vaguement menaçant se trouve donc la notion d'empreinte écologique - une unité de mesure basé sur tellement n'importe quoi qu'elle se mesure à coup de planète, et qui avait déjà été éreintée par H16 il y a plus de six ans:

Pourquoi utiliser l’empreinte carbone pour ces calculs fumeux ? Cela fait un moment qu’on sait que le CO2 n’est pas un polluant et constitue même une véritable ressource. (...) Comment calculer les ressources initiales, sachant qu’on ne connaît pas tout de cette planète, loin s’en faut ? Ne connaissant pas même 1% des espèces vivantes, il paraît en effet pour le moins [audacieux...] de prétendre en connaître précisément les entrées-sorties. (...)

[Même] en imaginant que les données initiales sont connues (hypothèse hardie, on l’a vu), la conclusion qui aboutit à un déficit devrait être sujette à caution : d’où vient le manque à gagner ? D’une part, l’humanité n’a pas, discrètement et sur une autre planète, constitué un petit stock de denrées pour y puiser de temps en temps ce qui lui manquerait pour finir l’année. D’autre part, dès lors que des ressources manquent, leur consommation diminue : eh oui, quand il n’y a pas de pétrole, on n’en brûle pas.


Et de conclure: consommer des ressources à crédit est une thèse "qu'aucune espèce d’explication physique ou mathématique ne permet d’éclairer." Ce qui n'empêche pas les écologistes helvétiques de tenter le coup en inscrivant un objectif en rapport dans la Constitution.

Les Suisses en font déjà beaucoup pour la nature, ce qui donne au pays ses si beaux paysages. Mais ce n'est pas qu'une image de carte postale. Derrière le cliché, les Suisses se sacrifient quotidiennement au nom de l'écologie - que ce soit à travers le sport national du tri des déchets, le matraquage continuel des thèses à la mode par les médias d’État ou l'aspect plus triste des innombrables taxes et interdictions que subissent les citoyens avec philosophie au nom de la défense de l'environnement.

Mais pour les écologistes, cela ne suffit pas. Les écologistes sont visiblement des gens ambitieux et exigeants dont on aimerait qu'ils se conforment davantage à leurs hauts principes dans leur vie de tous les jours ; quoi qu'il en soit, avec ce texte, ils visent bien davantage.

Tout d'abord, ils visent loin. 2050 tombe dans 34 ans. Pour vous donner une idée, il y a 34 ans, c'était en 1982. Reagan était président des États-Unis, le monde était en pleine guerre froide avec l'URSS, l'entité qui devint plus tard l'Union Européenne venait de fêter l'arrivée de son neuvième membre, la Grèce. Le GIEC, pivot central dans la diffusion de la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine, ne serait lui-même créé que six ans plus tard. Il s'en passe des choses sur une durée aussi longue.

La projection dans un horizon lointain est une technique de vente politique éprouvée, permettant à chacun de penser que le gros de l'effort devra être fait par d'autres, typiquement les générations à venir. En réalité, il paraît insensé de vouloir planifier quoi que ce soit sur quasiment deux générations de là, et impensable que ces dernières acceptent docilement de subir des contraintes aussi extrêmes façonnées par leurs aïeux.

Car les écologistes visent également haut. Ils parlent d'un "équivalent planète" au bout du chemin, en 2050, mais pas besoin d'attendre cette date pour voir de quoi il s'agit. Le WWF maintient une infographie de l'empreinte carbone de divers pays. En 2014, deux tiers des pays se situent au-delà de la "biocapacité moyenne mondiale" arbitrairement fixée à un peu moins de deux "équivalent planètes" (je sais, c'est n'importe quoi). Il faut donc aller en bas du classement pour trouver des pays qui tutoient le Graal d'un seul "équivalent planète" actuel, ces pays qui font écologiquement rêver: le Yémen, le Bangladesh, la Palestine, Haïti, l’Érythrée...

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Classement 2014 des pays par "équivalent planète" décroissant - source WWF
(cliquez pour agrandir)

Les écologistes clament qu'il est possible de vivre écologiquement sans rien sacrifier de son confort. C'est évidemment impossible. Essayez de vivre avec 65% de ressources en moins - électricité, nourriture, chauffage, surface habitable... Le calcul de "l'équivalent planète" repose sur différents facteurs parmi lesquels la richesse d'un pays tient une place prépondérante. Ils refusent de l'admettre mais leurs propres classements ne mentent pas: pour les écologistes, vivre en conformité avec l'écologie, c'est avant tout être pauvre. De là ces échelles absurdes où des pays ravagés par le sous-développement, et par ailleurs écologiquement dévastés, décrochent les plus belles médailles.

Je ne doute pas que le grand public verra cette initiative pour ce qu'elle est: un véritable chèque en blanc fait aux écologistes pour contrôler absolument tous les aspects de notre existence jusqu'en 2050, lâchant la bride à leur volonté de taxer tout ce qui respire, court, marche ou rampe sur le territoire jusqu'à ce que le niveau d'activité économique ressemble à leurs pays modèles.

Je n'ai aucun doute non plus que cette initiative sera largement repoussée, même si les perdants du jour gloseront sur "l'intérêt porté au message" ou "le socle de l'électorat prêt à faire bouger les choses" entre autres formules creuses.

Hors de tout cela, ce qui est inquiétant, c'est que dans son esprit ce texte est déjà en route - mis en place par les autorités actuelles, rien de moins. Doris Leuthard envisage dans le cadre de sa "stratégie énergétique 2050" d'interdire le chauffage à mazout dès 2029, le chauffage électrique étant quant à lui programmé pour disparaître en 2035... En matière d'énergie, de taxe et de liberté de choix, la situation helvétique se soviétise de plus en plus.

Les nombreux citoyens qui refuseront l'extrémisme de l'initiative "écologie verte" devraient également se rappeler qui ils envoient à Berne pour décider de leur liberté en matière d'accès à l'énergie.

05 septembre 2016

Test négatif pour Angela

En Allemagne, le renouvellement des autorités du Land du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est) a eu lieu ce week-end. La Chancelière Angela Merkel en ressort durablement affaiblie. Mais elle n'est de loin pas la seule.

Election-regionale-Pomeranie-occidentale.jpg

La débandade était annoncée depuis longtemps. Il y a quelques jours encore 24Heures se faisait l'écho de la préoccupation allemande dans un article dont le chapeau ressemblait à un exercice d'aveuglement volontaire:

Un an après l’arrivée d’un million de réfugiés, Angela Merkel affronte une flambée populiste, prête à se manifester dans les urnes.


Oui, on se demande bien quelle mouche a piqué les électeurs... D'autant plus que le scrutin tombait quasiment le jour de l'anniversaire du tristement célèbre "Wir schaffen das!" de la Chancelière, son invitation hallucinante à laisser l'Allemagne se faire envahir par des migrants économiques revendicatifs et illettrés - avec l'arrière-pensée totalement absurde qu'ils sauveraient le modèle social-démocrate allemand.

A la place, les Allemands sont atterrés par les attentats islamistes sur leur sol - dont un kamikaze, une première sur sol germanique - et l'explosion des violences faites aux femmes, dont la presse a le plus grand mal à cacher l'ampleur. Et la plupart de tous ces braves gens ne sont là que depuis un an! On se demande quel visage aura l'Allemagne dans une génération, et ce qu'il restera de la paix civile qui part déjà en lambeaux aujourd'hui.

Stupidité? Incompétence? En tout cas, faute politique gravissime. Le "On va y arriver" de Mme Merkel se transforma rapidement en "On va arriver à la virer" chez les citoyens, et ceux-ci pourraient avoir plus de chance de succès que celle-là.

Invités à analyser le résultat du scrutin, les journalistes sont nombreux à se faire l'écho d'experts perdus devant le résultat:

Malgré le taux d’étrangers le plus bas du pays (1,5%) et seulement quelques milliers de réfugiés [sic], les gens du Mecklembourg ont été séduits par la campagne populiste et xénophobe de l’AfD. Or, l’extrême droite n’a pas dénoncé la fermeture d’écoles ou de quelques lignes de bus mais bien la politique migratoire de la chancelière. «Nous nous battons pour que l’Allemagne reste aux Allemands et pour que l’Europe ne devienne pas un califat», a répété la tête de liste, Leif-Erik Holm.

Les électeurs de cette région côtière sur la Baltique, où la densité démographique est la plus faible d’Allemagne, n’avaient aucune raison de sanctionner leur gouvernement sortant, une alliance entre conservateurs de la CDU et sociaux-démocrates du SPD. En dix ans, le chômage a été divisé par deux et le tourisme est en plein développement.


Inexplicable, vous dis-je! Apparemment, avoir peu d'étrangers sur place et une économie tournant à peu près rond devrait rendre l'électeur apathique et aveugle à toute forme de projection dans l'avenir. Combien d'années d'études faut-il avoir au compteur pour ne pas parvenir à comprendre que les électeurs ont voté pour garder ce qu'ils avaient? Qu'ils se satisfaisaient grandement de leur existence avec un emploi décent, une faible densité de population, peu de criminalité et une composition ethnique viable? Qu'ils réalisaient très bien qu'il faudra dire adieu à tout cela, leur cadre de vie s'écroulant comme un château de cartes grâce à la généreuse politique d'accueil que Mme Merkel lança aux frais du contribuable allemand?

Dans quelques années, les Allemands de Bavière et d'autres régions exposée - en tout cas, ceux qui n'auront pas réussi à déménager - envieront avec amertume la vie paisible dont disposent aujourd'hui encore leurs concitoyens de Poméranie occidentale.

Le revirement de l'électorat est absolument colossal. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a gagné 21% des suffrages en étant parti de rien en 2011 - le parti n'existait même pas. L'érosion de toutes les autres formations politiques donne un aperçu tout à fait lisible de l'électorat votant désormais pour l'AfD:

  • -5,2% pour le SPD ;
  • -3,6% pour la CDU d'Angela "On va y arriver!" Merkel ;
  • -6,3% pour l'extrême-gauche Die Linke ;
  • -3,7% pour les écologistes, qui évitent leur élimination d'un cheveu ;
  • -3% pour les néo-nazis du NPD, qui, eux, sont éjectés du parlement du Land.

La somme fait 21,8%, soit à peu près le score de l'AfD (21,4%).

Les analystes sont nombreux à pointer du doigt "l'humiliation" d'Angela Merkel, non seulement parce que la CDU passe en troisième position, mais aussi parce que ces résultats sont obtenus dans un fief historique de la Chancelière, là où elle commença sa carrière politique.

L'histoire est belle, le symbole fort, mais le portrait simpliste: la CDU d'Angela Merkel est le parti qui a quasiment le mieux résisté à l'ascension de l'AfD. Pratiquement tous les partis ont perdu davantage de plumes, et si on représente ces variations en proportion de leur base électorale de 2011, l'effet est encore plus marqué: deux écologistes sur cinq ont viré de bord pour l'AfD, un extrémiste de gauche sur trois, et 14% des socialistes ; en face, 15% des chrétiens démocrates. Bien entendu, il s'agit d'une approximation, en particulier parce que la participation a été 10% plus élevée que lors du scrutin précédent, mais il serait absurde de supposer que cette variation justifie à elle seule la percée de l'AfD.

L'effet est d'autant plus spectaculaire qu'il affecte de petits partis ; on pourrait ainsi dire qu'un sympathisant du NPD sur deux a aussi voté pour l'AfD, et cette affirmation est sans doute correcte, mais sans pertinence pour expliquer le score de l'AfD dans sa globalité. Au vu du nombre d'électeurs concernés, la source du succès de l'AfD se trouve clairement dans une population qui votait à gauche en 2011.

L'AfD se construit sur les ruines de la gauche. Cela n'a rien de surprenant, considérant la façon dont elle a délaissé son électorat traditionnel en faveur de celui des immigrés musulmans, jugés plus prometteurs ; de là découlent d'ailleurs les innombrables compromissions de la gauche avec les migrants et leurs revendications (louvoiements auxquels nous assistons également en Suisse).

Sachant d'où viennent les électeurs de l'AfD, les dirigeants politiques allemands de gauche feraient bien de se livrer à un peu d'introspection au lieu de traiter "d'extrémistes de droite" et autres noms d'oiseaux des gens qui sont, selon toute vraisemblance, leur électorat historique.

02 septembre 2016

L'immigration selon Trump

Alors que la campagne présidentielle américaine se poursuit, Donald Trump marque sa différence en répondant à une invitation du président mexicain Enrique Peña Nieto. Ce dernier avait proposé aux deux candidats de les rencontrer, mais Hillary Clinton, qui prétend toujours ne pas avoir de problèmes de santé, déclina la proposition. Mal lui en pris. Le voyage du candidat républicain au Mexique pour y rencontrer un chef d’État lui confère exactement la stature présidentielle dont son adversaire l'estime incapable.

donald trump,usa,immigrationEn outre, le thème du voyage permit de recentrer la campagne sur la question de l'immigration. De retour sur le sol américain, Donald Trump livra à Phoenix un discours détaillant son plan sur la question.

Bien entendu, impossible d'espérer avoir un compte-rendu correct de cet épisode dans les médias romands - pensons à la RTS par exemple - tant la détestation de Trump est palpable. On trouvera un résumé un peu plus factuel des dix points présentés par Trump sur le Figaro français:

1/ "Nous allons construire un grand mur, élevé, impénétrable, magnifique", équipé de senseurs souterrains, de tours de surveillance, et "le Mexique va le payer à 100%."

2/ Les clandestins ne seront plus relâchés dans la nature, mais détenus jusqu'à leur renvoi dans leur pays d'origine. Et les expulsés ne seront plus reconduits juste de l'autre côté de la frontière, mais "à de grandes distances".

3/ Zéro tolérance pour les étrangers auteurs de crimes. C'est un gros volet du plan de Trump, qui estime leur nombre à 2 millions (...) Au-delà des criminels identifiés, "tout contrevenant arrêté sans papiers sera détenu". (...) Des lois seront passées pour durcir les peines minimales infligées aux illégaux récidivistes.

4/ Bloquer les fonds fédéraux aux "villes sanctuaires". Depuis le début des années 1980, une trentaine de grandes métropoles américaines ont pour politique de ne pas contrôler le statut légal de leurs résidents: "plus d'argent des contribuables pour celles qui refusent de coopérer", dit Trump.

5/ Appliquer toutes les lois sur l'immigration, annuler les décrets présidentiels de Barack Obama qui auraient permis l'amnistie de 5 millions de clandestins. "Ceux qui restent au-delà de la validité de leur visa ou qui vivent sur l'aide sociale" sont ajoutés à la liste des expulsables.

6/ Durcissement "extrême" de la politique des visas. Plus aucun permis d'entrer aux États-Unis ne sera délivré "dans les régions et les pays où un contrôle adéquat ne peut être mis en place", à commencer par la Syrie et la Libye. Une "certification idéologique" sera nécessaire pour obtenir un visa. Les États-Unis cesseront d'accueillir des réfugiés: "pour le prix de l'acheminement d'un réfugié ici on peut en installer douze dans des zones de sécurité payées par les pays du Golfe", tranche Trump.

7/ S'assurer que les pays d'origine reprennent leurs ressortissants : 23 États les refusent, dit le prétendant à la Maison-Blanche, conduisant au maintien aux États-Unis de 13'000 criminels étrangers entre 2008 et 2013.

8/ Achever le système de suivi biométrique des entrées et sorties du territoire, "sur terre, par mer et dans les airs." L'an dernier, 500'000 personnes seraient restées après l'expiration de leur visa. La moitié des illégaux s'installerait de cette façon.

9/ Désamorcer l'attraction des emplois et des avantages sociaux. Plus d'aide alimentaire ou d'aide au logement: ceux qui en bénéficient deviennent "prioritaires pour le départ".

10/ Une réforme de l'immigration légale "pour protéger les travailleurs américains". "Nous avons le droit de choisir les immigrants qui correspondent à nos intérêts nationaux, de les sélectionner soigneusement selon leurs mérites, leurs talents, leurs aptitudes et leur capacité à subvenir à leurs besoins".

 

Quant aux millions de sans-papiers réputés vivre dans le pays - Trump ironise sur l'incapacité de l'administration fédérale d'en évaluer le nombre, même à plusieurs millions près - toute amnistie est exclue.

Même si le sujet provoquera un haut-le-cœur chez tout partisan de l'immigration, il n'y a dans cette liste rien de choquant ni d'extrême. Il est par exemple tout à fait incroyable qu'en 2016 des pays puissent encore refuser l'accès sur leur sol de leurs propres ressortissants, fussent-ils des criminels. La Suisse rencontre régulièrement cette situation problématique, au plus grand plaisir des adversaires de tout renvoi.

La plupart des points présentés par Trump sont d'autant plus recevables qu'ils ont tous été abordés par divers pays en Europe même, à travers des référendums ou des gouvernements élus par voie démocratique - qu'il s'agisse de l'immigration choisie plaidée par Nicolas Sarkozy en France, du grillage érigé par les Hongrois ou, bien sûr, du renvoi des criminels étrangers plébiscité par les Suisses.

C'est sans doute parce que Trump est sérieux et cohérent que sa candidature fait si peur aux élites pro-immigration des deux côtés de l'Atlantique. S'il met en place ce programme dans un pays aussi important que les États-Unis, il changera le paradigme de l'immigration, en particulier en Europe. Trump brise le statu-quo. Il ne sera plus possible de se retrancher derrière des prétextes de mauvaise foi en jetant des "c'est trop compliqué", "on ne peut pas surveiller les frontières, voyons!" et "désolé mais ce violeur récidiviste doit absolument rester parmi nous, son pays d'origine n'en veut plus" - simplement parce que les États-Unis feront autrement. Ils prouveront par l'exemple qu'on peut faire autrement.

Les médias passent leur temps à vomir sur Trump et lorsqu'ils ne le font pas, ils n'en rapportent que des bribes biaisées. L'essentiel du discours de Phoenix de Trump n'est pas dans sa série de dix mesures (abondamment décortiquées ces prochains jours par des "experts" qui viendront expliquer qu'ils sont évidemment inapplicables, impensables etc.) mais dans l'introduction dudit discours, où il explique le pourquoi de sa réflexion politique en la matière. Voici quelques extraits de ce passage du discours, notez la différence avec la façon dont en parlent les médias officiels:

Je viens de rentrer d'une réunion très importante et particulière avec le président du Mexique, un homme que j'apprécie et que je respecte énormément. Et un homme qui aime vraiment son pays, le Mexique. (...) Nous sommes d'accord sur l'importance de mettre fin à la circulation illégale de drogues, d'argent, d'armes et de personnes à travers notre frontière, et de mettre les cartels hors d'état de nuire.

Nous avons également discuté des grandes contributions des citoyens américains d'origine mexicaine à nos deux pays, de mon affection pour le peuple du Mexique, et de la direction et de l'amitié entre le Mexique et les États-Unis. Ce fut une conversation de fond, réfléchie, elle va se poursuivre pendant un certain temps. Et, à la fin nous allons tous gagner. Nos deux pays, nous allons tous gagner. (...)

Le problème fondamental du système d'immigration de notre pays est qu'il répond aux besoins de riches donateurs, de militants politiques et de puissants, puissants politiciens. (...) Il ne sert pas le peuple américain. Il ne vous sert pas. Quand les hommes politiques parlent de "réforme de l'immigration", ils veulent habituellement dire amnistie, ouverture des frontières, baisse des salaires. La réforme de l'immigration devrait signifier toute autre chose. Elle devrait amener des améliorations à nos lois et à nos politiques pour rendre meilleure la vie des citoyens américains. (...)

Un rapport de 2011 du Government Accountability Office a constaté que les immigrants illégaux et autres non-citoyens, dans nos prisons et nos centres de détention, représentent environ 25'000 arrestations en leur nom pour homicide. 25'000.

En plus de cela, l'immigration clandestine coûte à notre pays plus de 113 milliards de dollars par année. Et voilà ce que nous en retirons. (...) Bien qu'il existe de nombreux immigrants clandestins dans notre pays qui soient de bonnes personnes, beaucoup, cela ne change pas le fait que la plupart des immigrants illégaux sont des travailleurs moins qualifiés avec moins d'éducation, qui contribuent directement aux difficultés des travailleurs américains vulnérables, et que ces travailleurs illégaux tirent bien plus du système qu'ils n'en rendront jamais. (...) Mais ces faits sont passés sous silence. Au lieu de cela, les médias et mon adversaire discutent d'une chose et une seule, les besoins des gens qui vivent ici illégalement. Dans de nombreux cas, d'ailleurs, ils sont mieux traités que nos anciens combattants. (...)

Quiconque vous dit que la question de base est les besoins de ceux qui vivent ici illégalement a tout simplement passé trop de temps à Washington. Seules les élites et les médias coupés du monde pensent que les plus grands problèmes auxquels sont confrontés l'Amérique (...) sont les besoins des "11 millions" d'immigrants illégaux qui ne disposent pas de statut juridique. Et ils pensent aussi que le problème le plus crucial n'est pas le nucléaire, n'est pas l'Etat Islamique, n'est pas la Russie, n'est pas la Chine, mais le réchauffement climatique. (...)

Rien ne vient en deuxième position. Hillary Clinton, par exemple, évoque constamment ses craintes que les familles soient séparées, mais elle ne parle jamais des familles américaines séparées de façon permanente d'un proche à cause d'un homicide évitable, d'un décès évitable, d'un assassinat.

Non, elle ne parle que des familles qui viennent ici en violation de la loi. Nous allons traiter tout le monde vivant ou résidant dans notre pays avec beaucoup de dignité. C'est tellement important.

Nous serons équitables, justes et compatissants envers tous, mais notre plus grande compassion doit être pour nos citoyens américains.


En fin de compte, la logique de Trump en matière d'immigration est à la fois claire et cohérente. Elle se résume en quelques points emprunts de bon sens:

  • Toute politique d'immigration digne de ce nom requiert un contrôle des frontières pour décider qui entre et qui n'entre pas.
  • L'immigration illégale est la source de nombreuses dérives, alimente réseaux de drogue et de passeurs, siphonne les mécanismes sociaux et fait pression sur les salaires des travailleurs les plus vulnérables.
  • Des milliers d'Américains meurent chaque année à cause de crimes commis par des immigrés illégaux.
  • L'intérêt des Américains prime, en Amérique, sur celui des non-Américains.

Donald Trump résume sa pensée en une seule phrase qui devrait être amplement méditée sur le Vieux Continent:

"C'est une priorité absolue: si nous n'avons plus de frontières, nous n'avons plus de pays."

On comprend mieux pourquoi la lutte contre les frontières est si grande ici.