26 février 2016

Vote, mensonges et vidéos

Alors que nous entrons dans la dernière ligne droite du vote du 28 février les forces en présence jettent leur ultime énergie dans la bataille. Chacun tente de mobiliser les partisans de son camp et les réseaux sociaux sont un moyen privilégié pour y parvenir.

Les buzz anti-UDC du moment, évidemment relayés avec empressement par les médias, concernent par exemple la vidéo "anti-macho" de Camille Carron. La jeune femme s'insurge contre un tout-ménage de l'UDC invitant les gens à voter pour le renvoi des étrangers criminels pour protéger "leurs femmes et leurs filles". Coup de gueule improvisé de l'adolescente de 19 ans qui la jeta sur le devant de la scène peut-être plus qu'elle ne l'aurait voulu elle-même. Une interview montre que les limites de sa réflexion politique sont assez vite atteintes :

Camille Carron: (...) À la base, c’était juste un peu d'humour pour montrer tout de même mon indignation devant le slogan de l'UDC. Beaucoup de gens m’ont alors parlé des agressions à Cologne. Cependant, ce n'était pas le thème de ma vidéo. Je voulais parler du statut et de l’image de la femme au sein de l'UDC et non pas de la votation elle-même. Je tiens aussi à dire que je ne suis pas anti-UDC, je pense qu’il y a du bon partout. Je vote les idées pas les partis.

Alimuddin Usmani : Les gens vous parlent des agressions sexuelles de Cologne car il est évident que l’UDC, dans l’affiche que vous brandissez au début de la vidéo, fait une allusion à l'actualité qui s’invite dans cette votation qui vise à expulser les criminels étrangers. Que pensez-vous de ce qui s'est passé à Cologne?

Camille Carron : Voilà, écoutez, je vous ai dit ce que j’avais à dire. Je ne m'attendais pas à ça. J'assume tout à fait mais j'ai une vie d'étudiante à côté et je ne voudrais pas que tout ça perturbe trop mes études. Mais merci de votre intérêt.


La forme plutôt que le fond... Il vaut mieux, en effet. Face à un scrutin crucial qui pourrait décider de la continuité de notre mode de vie, on est quelque peu atterré par la superficialité des arguments employés par les adversaires de l'initiative. On jette aux orties un texte constitutionnel parce qu'on n'aime pas un slogan? Un visuel de campagne? Une phrase? Et on nous parle ensuite de "superficialité"?! Cela prêterait à rire si le sujet n'était pas si grave.

Mais, parlant de fond, un nouveau pallier fut atteint quelques jours plus tard avec une autre vidéo évidemment relayée dans Le Matin: le complot des moutons. Dans ce clip joyeusement monté, quatre moutons blancs, interprétés par trois femmes blanches et un homme blanc, courent à Lausanne autour de la place de la Palud pour attraper un pauvre mouton noir inquiet - interprété par une femme noire. Mais tout est bien qui finit bien: les moutons blancs ne cherchaient le mouton noir que pour lui faire de gros câlins. Et le clip politique de s'achever sur les slogans "Ne sois pas un mouton. Tu n'es pas raciste!" et, bien sûr, "Non à l'initiative de mise en œuvre".

La vidéo est visible ici:

On se demande ce qui est le plus consternant: l'utilisation d'une personne noire pour évoquer un mouton noir? Le raisonnement gauchiste qui apparente tous les étrangers à des criminels? L'amalgame entre le renvoi des criminels, gage de paix et de sécurité, et le racisme? La bêtise générale de la campagne qui, loin d'amener l'électeur à la réflexion, l'invite à se comporter comme un mouton de Panurge?

Il est assez triste de voir ce genre d'expédient employé dans une campagne politique aussi importante, parce que son existence même implique qu'un certain public y soit sensible.

Mais quitte à parler des enjeux en vidéo, voyons donc un autre message, celui d'une jeune Allemande de seize ans qui n'en revient pas d'assister en direct à la destruction de son pays à travers l'immigration totalement incontrôlée de centaines de milliers d'individus allogènes au comportement souvent criminel. Un véritable cri du cœur que tout le monde devrait voir, en particulier les plus jeunes, car c'est bien leur avenir dont il est question ici...

Cette vidéo-là fit elle aussi le buzz - avant que facebook ne décide unilatéralement de la supprimer. N'en subsiste que la version anglaise sous-titrée, qui attira tout de même plus de 400'000 vues en un mois.

Bizarrement, aucun média romand n'en parle. J'aurais bien aimé une petite discussion entre Camille Caron et cette jeune fille de trois ans sa cadette.

Alors que l'Europe se déchire sur les hordes de faux requérants d'asile, que les agressions sont toujours plus nombreuses et que Mme Sommaruga se bat à Bruxelles pour que la Suisse reçoive plus de ces migrants, la votation sur les criminels étrangers du 28 février est probablement la dernière chance d'éviter l'écueil avant qu'il ne soit trop tard.

Votez.

24 février 2016

Et pourquoi pas une RTS de droite?

Un lecteur me pose la question:

Vous dénoncez régulièrement et à juste titre la SRG/SSR pour sa vision de gauche... J’ai lu que 70% des journalistes sont de gauche. J’imagine que les dirigeants de la SRG/SSR aussi.

J’ai alors deux questions à ce sujet.

  • Qui nomme ces dirigeants ?
  • N’y aurait-il pas moyen d’avoir des personnes de droite à la direction de la SRG/SSR ?


Bonnes questions qui appellent évidemment une réflexion plus profonde sur le sens des médias et de leur orientation en général. Mais commençons par le commencement.

Entre un temps de parole minimisé dans Infrarouge à des reportages biaisés visant à inférioriser la population helvétique en passant par une couverture totalement partisane des sujets en votations, la RTS se distingue particulièrement. Elle ne fait même pas semblant.

médias,propagande,redevance,roger de weckMon interlocuteur se doute que le directeur de la SRG/SSR est un homme de gauche, et il a évidemment raison: non seulement Roger de Weck, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est partisan en diable, mais il en est en plus extrêmement fier. Et rudement bien payé. Roger de Weck fut nommé en 2010 par le conseil d'administration de la SRG SSR, comportant neuf membres:

  • Les quatre présidents des sociétés régionales.
  • Trois membres nommés par l'Assemblée des délégués.
  • Deux membres désignés par le Conseil fédéral.

Les présidents des sociétés régionales sont mentionnés sur Wikipedia. Le grand public ne connaît pas forcément les personnalités de ce sérail, mais on trouve assez facilement un engagement à gauche - ou à tout le moins anti-UDC - de la plupart de ces gens.

Deux tiers des membres sont choisis par des instances politiques disparates (le Conseil Fédéral et un système complexe de représentation linguistique des cantons), un tiers par la propre corporation des journalistes. Ce mode de désignation laisse les coudées franches à des individus carriéristes et politiquement "bien orientés", avec tout ce que cela implique sur les débats du moment: condescendants envers l'UDC et son électorat, pro-européens, pro-migrants, réticents face à la démocratie directe, etc.

Fiction médiatique

Imaginons que par un étrange concours de circonstances (accident cérébral, erreur de casting, remplacement par un clone extraterrestre) la SRG/SSR se retrouve avec un directeur de droite. Que se passerait-il alors? Probablement rien. Outre que les entités régionales de la régie publique représentent autant de citadelles idéologiques inexpugnables, les autres directeurs se contenteraient de courber l'échine en attendant que l'orage passe, opposant une résistance passive à toute tentative de réforme sérieuse.

Si le directeur devenait un peu trop pressant, il suffirait de monter contre lui une cabale (relayée par exemple par des copains dans les rédactions de presse histoire de donner l'illusion d'un point de vue extérieur) pour dénoncer l'odieuse tentative de "droitisation" d'un service public. Des procès en sorcellerie ont mené au bûcher pour moins que ça.

Autrement dit, le directeur de la SRG/SSR n'est que la partie émergée de l'iceberg. Si ses positions et sa rémunération peuvent énerver, il n'est que le symptôme d'une affliction profondément ancrée dans le monde journalistique: la certitude de faire partie d'une élite intellectuelle, le besoin de "guider" l'opinion publique, de critiquer la société hôte et de dénoncer ses impairs, le tout enchâssé dans une solidarité sans faille avec les partisans de la même ligne, collègues de travail ou politiciens, entraînant un deux-poids-deux-mesures permanent.

Des médias de droite, pourquoi faire?

Les nombreux Suisses indignés par le parti-pris des médias publics se satisferaient-ils d'une couverture médiatique tout aussi biaisée dans l'autre sens? Probablement pas. Si l'idée d'un directeur de droite relève de la science-fiction, elle n'est même pas souhaitable. Les gens aimeraient avant tout une couverture médiatique aussi équilibrée que possible, sans aucune omertà. Et là, il y a du travail.

L'exemple américain de Fox News est intéressant. La chaîne - vouée aux gémonies en Europe par des gens qui n'ont sans doute jamais vu une seule de ses émissions - détrôna la très démocrate CNN non en proposant une information de droite, mais une information équilibrée. Le slogan fair and balanced de la chaîne renvoie à une attitude non-partisane. Par exemple, un présentateur appellera un Républicain et un Démocrate à commenter chacun leur tour un sujet politique. Bien entendu, imaginer un temps de parole égal est déjà une hérésie pour la plupart des journalistes européens ; de là leur haine viscérale contre la chaîne.

Soyons clair: l'existence de médias de gauche ne pose pas de problème particulier. Lorsqu'ils s'efforcent de vivre par leurs propres moyens, comme Le Courrier, la démarche est même parfaitement respectable. La question est plus épineuse lorsque les médias en question bénéficient d'un monopole légal. Elle devient carrément dérangeante lorsqu'ils vivent de surcroît de l'argent des contribuables.

La solution n'est probablement pas de nommer ou d'espérer la venue d'un directeur de droite à la SRG/SSR, mais de laisser les gens libre de s'informer au lieu de les assommer de propagande avec leurs propres impôts. Je soutiens donc l'initiative No Billag.

Face à une information officielle tendancieuse, moralisatrice, et choisissant soigneusement ses sujets pour empêcher la population de réaliser l'ampleur des dangers qui la menacent, le terme récent de "réinformation" prend de l'ampleur. Le succès de canaux parallèles sur Internet, à commencer par Lesobservateurs.ch en Suisse, démontre clairement un besoin de la population. Car sans information correcte, la démocratie n'a plus aucun sens.

22 février 2016

David Cameron et la sanction de l'Histoire

Dans un exemple d'hypocrisie qui restera dans les annales, David Cameron plaidera pour le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'Union Européenne.

Cameron_announces_referendum.pngLa tournée européenne du Premier Ministre britannique dans plusieurs capitales pendant quatre mois s'acheva en fin de semaine par un sommet européen qui devait sceller le futur de la relation entre le Royaume-Uni et les autres pays de l'UE, et à travers lui de nouvelles relations potentielles entre membres. Tout cela participait à sa grande stratégie de "changer le système de l'intérieur" et  de ne conclure un accord "qu'en obtenant ce dont la Grande-Bretagne a besoin".

Auréolé d'une réputation d'âpre négociateur, il sortit victorieux d'un sommet de 30 heures en annonçant qu'il ferait désormais campagne "avec tout son cœur et toute son âme pour persuader le peuple britannique de rester dans l'Union européenne réformée".

L'Union européenne réformée? Un bien grand mot pour les concessions que M. Cameron parvint à obtenir. La presse anglaise ne fut d'ailleurs pas tendre avec les accords passés. «Maigre gruau», titra l'éditorialiste du Times«Maigres gains» pour The Daily Telegraph. Le Daily Express posa carrément la question: «Tu appelles ça un accord, Dave?»

Au moins les Britanniques sont fixés sur la date du référendum. Celui-ci aura lieu le 23 juin. Mais s'il y a encore de nombreuses incertitudes - rappelons que les réformes obtenues par M. Cameron doivent encore être avalisées d'ici-là par tous les gouvernements des pays membres de l'UE - sur quelle "nouvelle relation" les citoyens vont-ils donc s'exprimer?

Les points de l'accord semblent varier autant que les sources qui en parlent, ce qui donne une idée du flou artistique entourant un texte composé à l'arraché pour tenter de sauver les meubles de l'Union. Quitte à piocher une source, voyons ce qu'en disait à chaud Le Matin:

Immigration - Cameron a obtenu une clause de sauvegarde de sept ans sur certaines aides sociales pour les nouveaux migrants, qui permet de limiter graduellement les versements. Les allocations familiales aux enfants de migrants ne résidant pas en Angleterre dépendront du niveau de vie du pays où ils vivent.


Cameron demandait un moratoire de quatre ans pour toutes les allocations sociales à destination des migrants européens candidats aux aides et logements sociaux, et l'arrêt du versement d'allocations familiales pour ceux dont les enfants ne sont pas en Angleterre. C'est donc un échec puisque non seulement la marge de manœuvre est bien plus faible, mais le mécanisme est limité aux sept prochaines années.

Le Carton Rouge - David Cameron a obtenu pour le Royaume-Uni une exemption qui permet d'utiliser un système de "carton rouge" pour opposer des vétos à Bruxelles. Le système doit être inscrit dans les traités en cas de remaniements de ceux-ci. Toutefois, le "carton rouge" sera compliqué à brandir : il est présent sous condition d'une alliance de 55% des votes alloués aux parlements nationaux. Cameron a indiqué qu'il prévoyait de prendre de nouvelles mesures pour protéger la souveraineté britannique.


Cameron demandait que les parlements nationaux puissent opposer un veto à toute législation européenne et ne semble même pas satisfait sur ce point-là. Les conditions associées à l'emploi de ce carton rouge le rendent totalement impraticables puisqu'il implique une majorité... On est donc complètement à l'opposé d'un système permettant à un pays isolé, ou même plusieurs pays en minorité, de se défendre.

Politique de la Zone Euro - David Cameron revendique avoir obtenu des protections pour la City contre toute discrimination des pays utilisant l'euro. Il a estimé que l'UE reconnaît "pour la première fois" avoir plusieurs monnaies. Toutefois, le vocabulaire du texte reste vague: les institutions de l'Union "faciliteront la coexistence entre plusieurs perspectives". Jean-Claude Juncker a insisté que l'accord n'accordait aucun veto à Londres en matière de décision.


Il fallait bien la menace d'un éclatement de l'UE pour qu'elle admette l'existence de plusieurs monnaies sur son sol... Mais Cameron n'a strictement rien obtenu au-delà d'une déclaration de principe juridiquement non contraignante.

Et c'est tout. Comparée à ses revendications initiales, la récolte s'avère bien faible. Pas de quotas d'immigration. Pas de retrait de l'objectif d'une Union "sans cesse plus étroite" du Traité de Rome de 1957. Pas de renforcement du marché unique par exemple dans le domaine numérique. Pas de possibilité de retour dans les parlements nationaux de compétences abandonnées à Bruxelles. Pas de réduction de la lourdeur administrative européenne.

Au bout du compte, et même si cela constitue un énorme effort de la part d'une Union Européenne sclérosée, ces modifications ne représentent pas grand-chose. Les titres de la presse anglaise sont peut-être acerbes, mais ils sont sincères. Malgré les déclarations hyperboliques d'un Premier Ministre satisfait, le peuple anglais reste sur sa faim. Ces réserves ne concernent pas que les simples citoyens. Nigel Farage, leader du parti UKIP qui taille des croupières aux Conservateurs depuis quelques années, qualifie l'accord de "pathétique" et on n'en attendait pas moins de lui. Mais la rébellion gronde largement jusque dans les rangs du Parti Conservateur. Pour l'instant, cinq Ministres et une Conseillère d’État se sont ainsi rangés en faveur du divorce. Dimanche soir, le célèbre maire de Londres, le conservateur Boris Johnson, annonça "qu'après une longue conversation avec lui-même" il plaiderait lui aussi pour quitter l'UE.

A ce stade l'issue du référendum est incertaine et les Bookmakers se frottent les mains. David Cameron n'aura pas la partie facile. Il devra faire face à forte opposition jusque dans ses propres rangs. Parviendra-t-il à faire rêver ses concitoyens en leur parlant d'Europe? Les effrayera-t-il en leur expliquant que ce continent en perdition, englué dans des crises toujours plus violentes, est l'unique planche de salut de l'économie anglaise? Quel public sera assez complaisant pour gober que l'accord arraché à Bruxelles le 19 février est exactement ce qu'il fallait à la Grande-Bretagne?

David Cameron aurait pu passer à la postérité pour être l'homme qui a démoli cette construction collectiviste antidémocratique qu'on appelle Union Européenne. Il aurait pu être, sur les traces de Margaret Thatcher, l'homme qui rendit sa fierté et son indépendance au Royaume-Uni. A la place, des calculs politiques piteux pour sa réélection de 2015 le font jouer perdant sur tous les tableaux.

Soit le Royaume-Uni quitte l'Europe et David Cameron clôturera sa carrière politique sur cet échec mortifiant, soit il y reste du bout des lèvres et David Cameron passera alors à la postérité comme un politicien sans saveur de plus, prétendant opposer une résistance farouche à l'Union Européenne mais s'accommodant du premier os qu'elle lui jette.

17 février 2016

#JeSuisCirconflexe et la bataille de la langue

L'affaire remonte à deux semaines: disparition partielle de l'accent circonflexe sur le "i" et le "u", simplification de la graphie de quelque 2400 mots, une réforme de l'orthographe décidée en 1990 ferait son apparition dans les manuels scolaires en France à l'occasion de la rentrée 2016. La nouvelle suscita immédiatement une levée de bouclier des internautes, notamment via le hashtag #JeSuisCirconflexe...

Péripéties humoristiques mises à part, le débat de fond subsistait et dure encore: est-ce à l'école de décréter le "bon" orthographe, et à travers elle l’État? La société civile n'allait-elle pas continuer à utiliser l'orthographe traditionnelle, générant ainsi un français à deux vitesses encore plus discriminant que la maîtrise traditionnelle de l'orthographe que les socialistes visaient à résorber?

De nombreuses voix se firent entendre, avec des arguments tout à fait sensés. L'exécutif français se mura quant à lui derrière ses institutions, affirmant qu'il ne faisait qu'amener à l'école une réforme "validée par l'Académie Française il y a un quart de siècle." L'âge de la décision de l'Académie devait, en gros, faire de la polémique un combat d'arrière-garde qui finirait bien par s'éteindre.

helene_carrere_d_encausse.jpgLas! Les Immortels de l'Académie française ne sont pas tous morts et remplacés. Certains étaient là et bien là lors de ces journées fatidiques il y a vingt-cinq ans... Notamment Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, qui prit fermement ses distances avec la réforme de l'orthographe dans un entretien accordé au Figaro samedi dernier. L'article n'est pas disponible pour les internautes de passage mais les propos ont été repris dans d'autres quotidiens comme La Croix et jettent un éclairage résolument différent - voir les passages en gras - sur l'argument de la "validation par l'Académie Française" de cette fameuse réforme:

L’Académie française n’est pas à l’origine et n’a pas validé la réforme de l’orthographe qui doit être prochainement généralisée à l’école. La prestigieuse institution aura pris son temps mais la mise au point est claire. (...)

« Je n’ai pas compris les raisons qui expliquent l’exhumation d’une réforme de l’orthographe élaborée il y a un quart de siècle et où l’Académie française n’a eu aucune part, à l’inverse de ce que l’on a voulu faire croire », indique Hélène Carrère d’Encausse.

L'historienne précise qu'en ce qui concerne la réforme de 1990, l'Académie, consultée, s'était prononcée sur des « principes généraux - un nombre limité de rectifications d'incohérences ou d'anomalies graphiques - mais non sur le projet lui-même dont le texte était en cours d'élaboration ».

Ce n'est qu'ensuite, lorsque le rapport du Conseil supérieur a été publié au journal officiel, que les académiciens ont pu en prendre connaissance et en débattre. « Et le débat fut d'une grande vivacité. L'Académie dans son ensemble a marqué son désaccord avec ce texte » (...)

« La position de l'Académie n'a jamais varié sur ce point : une opposition à toute réforme de l'orthographe mais un accord conditionnel sur un nombre réduit de simplifications qui ne soient pas imposées par voie autoritaire et qui soient soumises à l'épreuve du temps », souligne Mme Carrère d'Encausse. Elle remarque sur ce point que la réforme est tombée en désuétude. Les Français dans leur pratique ne l'ont pas cautionnée. « Il est donc absurde de ressortir aujourd'hui cette réforme » conclut-elle.


Et les traces existent: "cette position est clairement exprimée dans la déclaration de l'Académie votée à l'unanimité dans la séance du 16 novembre 1989 et dont elle ne s'est jamais écartée", rajoute Mme Carrère d'Encausse pour bien enfoncer le clou.

Patatras! La belle ligne de défense de Mme Najat Vallaud-Belkacem tombe à l'eau. Mais une Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, à fortiori socialiste, ne va pas faire preuve d'humilité face à une institution de plus de trois siècles dont la fonction est de superviser la langue française... La politicienne riposte donc dans la mesure de ses moyens dans les journaux:

« Eu égard à la mission de défense et d'illustration de la langue française assignée à l'Académie, je vous serais reconnaissante de bien vouloir me faire part de toute évolution de la position de votre institution quant aux rectifications orthographiques, afin que les acteurs concernés puissent en tenir compte à l'avenir. »


En attendant, elle n'indique évidemment aucun changement de cap des autorités.

La réforme orthographique accouchée au forceps par le gouvernement français semble bien artificielle, et son avenir bien mal en point. Les amoureux de la langue de Molière peuvent-ils souffler? Tout dépendra de l'acharnement des autorités socialistes à persister dans l'erreur. Mais au vu de la façon dont les choses tournent, les parents seraient bien avisés d'insister sur un enseignement traditionnel de l'orthographe s'ils souhaitent que leurs enfants ne se couvrent pas de ridicule plus tard...

Et en Suisse?

Le marché romand du manuel scolaire étant petit, les écoles s'approvisionnent chez les éditeurs français ; et la question se pose de façon très concrète depuis que des parents romands ont eu le déplaisir de découvrir des ouvrages arborant (fièrement?) la "nouvelle orthographe" - alors que le niveau général de français est en baisse constante.

Si certains s'indignèrent, les autorités eurent des réactions nettement plus mesurées - non seulement parce qu'il n'est pas dans le tempérament suisse de faire des vagues, mais aussi à cause du suivisme général face à tout ce qui vient de l'Hexagone.

Toutefois, les révélations d'Hélène Carrère d'Encausse relancent le dossier. Les enseignants ne sont pas tenus d'imposer la nouvelle orthographe ; mais ils étaient tout de même amenés à ne pas sanctionner ce qui n'était plus considéré comme une faute. Or, il semble bien que la fameuse réforme de l'orthographe dont il est question soit plus un coup de force du Ministère de l’Éducation Nationale qu'une volonté de l'Académie Française.

Nous sommes donc en présence d'une réforme politique, non linguistique, ce qui devrait lui ôter toute valeur hors du territoire de la République française. Dont en Suisse romande.

Quand un élu romand osera-t-il demander l'abandon de cette réforme dont personne ne veut et le retour à des manuels scolaires écrits dans un français correct?

15 février 2016

La Cour Suprême s'invite dans la campagne présidentielle américaine

Le décès à 79 ans du juge Antonin Scalia met sous le feu des projecteurs une fonction essentielle du président des États-Unis, nommer les membres de la Cour Suprême.

220px-Antonin_Scalia,_SCOTUS_photo_portrait.jpgLa fête de ce vendredi soir au Ranch de Cibolo Creek, un complexe hôtelier au sud de Marfa, devait être un moment de détente entre les quarante invités, mais personne ne s'attendait à ce que ce soit la dernière apparition publique du juge Scalia. Ses amis ne le voyant pas arriver au petit-déjeuner le samedi matin, l'un d'eux partit à sa recherche et le découvrit mort dans sa chambre. Il semble décédé durant la nuit de causes naturelles.

Nommé par Ronald Reagan, le juge Scalia (Justice Scalia selon le titre donné aux membres de la Cour Suprême) était un esprit fidèle à la Constitution américaine, partisan d'un droit direct et intelligible par le commun des mortels. Dans son style particulier, incisif et souvent drôle, il s'alignait naturellement avec les opinions les plus conservatrices au sein du collège, dont le juge Clarence Thomas et le Chief Justice Roberts, actuel président de la Cour.

Sans surprise, le portrait d'Antonin Scalia brossé de ce côté de l'Atlantique est largement négatif: décrit comme conservateur, catholique "traditionaliste", on devine l'esprit borné. N'était-il pas d'ailleurs convaincu de la constitutionnalité de la peine de mort et défenseur de la détention d'armes individuelles? Opposé à l'avortement, à l'union homosexuelle et à la discrimination positive? Pas un journaliste pour comprendre qu'il s'agissait moins des positions de l'homme que d'une compréhension tout à fait banale de la Constitution américaine par le juge, à la portée de tout un chacun d'ailleurs...

Mais ce quiproquo plus ou moins involontaire entre les opinions personnelles d'un magistrat et la source du droit qu'il était chargé d'interpréter est au cœur du problème qui attend la prochaine Cour Suprême et les États-Unis dans leur ensemble - à brève échéance.

La Cour Suprême, un rôle central

La Cour Suprême américaine représente le faîte du pouvoir judiciaire des États-Unis. On ne peut pas faire appel de ses décisions. Elle peut également annuler des décisions politiques importantes. A l'opposé de constitutions truffées de formules générales de nombreux pays, la Constitution américaine définit aussi précisément que possible le rôle de l’État, c'est-à-dire ses prérogatives et son périmètre. Il ne peut, ou en tout cas ne devrait pas, les dépasser ni s'en attribuer de nouvelles. Les droits des Américains sont quant à eux protégés par un socle de droits fondamentaux, les fameux Amendements du Bill of Rights.

Comprendre et respecter la Constitution américaine revient donc à contenir l'évolution naturelle de l’État - comme de toute bureaucratie - à se mêler de domaines divers et variés sans aucune limite. La Cour Suprême a donc avant tout un rôle de gardien face à une évolution positiviste du Droit où le Gouvernement américain, s'éloignant de ses fonctions régaliennes, tend à légiférer sur des aspects toujours plus nombreux de la vie des Américains.

De ce fait, le rapport de force au sein du collège des juges est moins important que la majorité absolue. Tant que les constitutionnalistes tiennent le haut du pavé, la Constitution américaine signifie encore quelque chose ; que les constructivistes l'emportent et elle sera détruite, brisée par des réformes contraires à l'esprit des Pères Fondateurs qui se retrouveront pour toujours ancrées dans la jurisprudence.

Ces deux camps se retrouvent le grande partie, mais pas complètement, dans le clivage droite-gauche. Les Républicains sont en général respectueux de la Constitution, alors que les Démocrates la voient comme un papier à la seule valeur historique. Les seconds reprochent d'ailleurs continuellement aux premiers de s'abriter derrière la Constitution pour les empêcher de mener à bien les réformes qu'ils envisagent pour la société.

Les gauchistes des deux côtés de l'Atlantique se réjouiront sans doute de la nomination d'un candidat "progressiste", "libéral" ou "réformiste" qui permettrait par exemple de réglementer la possession d'armes à feu. Mais il faut bien comprendre que si ce Droit lié au 2e Amendement est modifiable, il en sera alors de même pour d'amendements, comme le droit de connaître les raisons de son arrestation, l'interdiction de la torture, ou le droit à la liberté d'expression... Une perspective qui s'avère immédiatement plus inquiétante.

Le relativisme constitutionnel n'a pas de limites!

Les grandes manœuvres

La disparition d'Antonin Scalia change de nombreux équilibres au sein de l'appareil judiciaire américain. La Cour Suprême, temporairement réduite à 8 membres, rend par exemple des jugements sans valeur de jurisprudence aussi longtemps qu'elle ne retrouve pas un effectif complet. Mais le plus important a naturellement trait aux rapports de force au sein de l'institution.

Les juges sont nommés par le président et exercent un mandat à vie. Ils peuvent néanmoins démissionner. Ainsi, ils prennent généralement leur retraite à un âge avancé, si possible lorsqu’un président issu de leur sensibilité occupe la Maison Blanche. Avant le décès d'Antonin Scalia, 5 juges avaient été nommés par un président républicain, 4 par un démocrate ; même si la réalité est plus nuancée (rappelons-nous que le collège actuel a approuvé l'Obamacare) les factions constitutionnalistes / constructivistes se retrouvent désormais à 4 contre 4.

Sans surprise, dès l'annonce du décès du juge, Barack Obama se lança dans la bataille en voyant là une opportunité historique de faire basculer l'institution. Il annonça qu'il nommerait un successeur au juge Scalia dans les plus brefs délais. Décidé à pousser son avantage, Barack Obama ne souhaite pas attendre les élections de la fin de l'année qui verraient peut-être le succès d'un candidat républicain ; mais la partie n'est pas gagnée.

La nomination doit en effet passer entre les mains du Sénat pour la confirmation des candidatures de juges à la Cour suprême. Son président républicain, Mitch McConnell, qui fixe le calendrier du Sénat, a déclaré que le juge Scalia ne devrait pas être remplacé avant les élections présidentielles de l'automne. Nous verrons s'il parvient à tenir cette position jusqu'en novembre.

Si Barack Obama échoue dans ses projets, le choix reviendra donc aux citoyens américains. La question est donc moins le nom du remplaçant de M. Scalia que de savoir qui le nommera.

Si les 54 sénateurs républicains tiennent bon, ce sera aux Américains de décider lors de l'élection présidentielle. Hillary Clinton? Bernie Sanders? Donald Trump? Un autre? Quand les citoyens voteront, ils décideront bien davantage que le chef de l'exécutif. Par extension, ils se prononceront également sur la composition du collège des juges de la Cour Suprême, donc les différentes interprétations à donner à la Constitution ; et donc, finalement, les droits dont ils entendent disposer face à leur gouvernement.

usa,cour suprême,manoeuvres politiques,barack obama

12 février 2016

La Municipalité de Renens s'offre une belle augmentation

Le futur syndic de Renens touchera 170'000 francs annuels, ses collègues municipaux 101'000 francs. Il fait bon diriger une commune de gauche.

Municipalite_Renens_2015.jpg
L'équipe sortante.

Hier soir au Conseil Communal les élus eurent à traiter le préavis "90-2015 - Fixation des indemnités du/de la Syndic/que et des membres de la Municipalité pour la législature 2016-2021", autrement dit, un préavis visant à changer le salaire et le taux d'activité des membres de l'exécutif de Renens.

Le projet, issu des rangs de la Municipalité, vise à passer le taux d'activité des municipaux de 50% à 60% et celui de Syndic de 80% à 100%. Mais ces taux sont purement techniques et ne sont utilisés que pour le calcul de diverses cotisations. La véritable information est liée au salaire. Le futur syndic de Renens touchera donc 170'000 francs annuels et ses collègues 101'000 francs. Malaise...

Pour une commune dont la plus grande partie de la population est issue des couches populaires, pareil niveau de rémunération représente un horizon inatteignable. Les indemnités de la future Municipalité atteindront l'équivalent d'un peu moins de deux points d'impôt! Alors que les temps sont difficiles, le futur promettant de l'être encore davantage, que le chômage à Renens atteint 7,5% et que la situation financière de la commune est inquiétante au plus haut point, était-ce bien le moment de s'attribuer cette augmentation rondelette?

Indigné comme tout un chacun, je me fendis donc de l'intervention suivante devant le Conseil Communal.

 


 

Qui dans cette salle peut s’octroyer une augmentation ses revenus par simple préavis ?

La Municipalité.

Certains en commission, encore plus gourmands que la Municipalité, citent Lausanne. Lausanne, Lausanne ! Lausanne, 7 municipaux à plein temps gagnant chacun entre 220 et 240'000 francs annuels ! Le Syndic le plus cher de Suisse ! Mais Lausanne, capitale cantonale, cité olympique, a 130'000 habitants, 6 six fois Renens, un budget de 2 milliards, vingt fois celui de Renens, et une dette supérieure à celle du canton… On peut se comparer à Lausanne, oui - et comprendre qu’aucun ratio issu de cette comparaison ne permet de justifier l’augmentation.

On s’éblouit d’ailleurs d’autant plus volontiers de Lausanne que cela permet de moins regarder les communes voisines. Bussigny, 4 municipaux à 50% et une syndique à 60%. Prilly, 4 municipaux à 50% et un syndic à 60%. Et leur salaire est à des années-lumière. Pensez-vous vraiment que les autres communes soient sous-administrées ?

Alors on nous dit que la fonction n’intéresse pas assez, ce qui est peut-être vrai pour les petits villages, mais certainement pas pour Renens. Voyons-voir, les élections ont lieu à la fin du mois, manquons-nous de candidats ?

Alors, toujours pour justifier cette hausse de salaire, on nous parle de tout ce travail abattu, l’Ouest Lausannois, le PALM… Mais, outre que ces projets sont aussi supportés par les autres communes de l'Ouest Lausannois, ils viennent avec leur propre budget, et leur propre personnel.

Je conçois fort bien que nos Municipaux travaillent avec acharnement. Mais cette activité n’est rien d’autre que les conséquences de leur propre volonté de transformer la ville de fonds en combles. Ils se sont bâti leur petit enfer personnel.

Le portrait reste malgré tout très relatif. Tout le monde a-t-il déjà oublié que cette Municipalité a travaillé en sous-effectif – pendant un an et demi – suite à la maladie de M. Jean-Pierre Rouyet ? Même si cela n'a pas été facile, je n'ai vu nulle trace de burn-out à l’horizon.

Pour les Renanais qui se lèvent le matin, payent de lourds impôts et ne peuvent compter sur aucune clémence dans le secteur privé, ce préavis sonne comme une insulte. 170'000 francs annuels pour le poste de Syndic ! Et on nous parle de "ressources rares" ? Pas pour tout le monde, visiblement !

Les Municipaux doivent servir, et non se servir.

Pour toutes ces raisons, j’amène tous les membres de cette assemblée dotés d’un minimum d’éthique et de respect envers les contribuables à rejeter ce préavis.

 


 

Après cette diatribe Mme Huguenin vint plaider pour sa cause, expliquant toute la douleur des autorités pour lesquelles les salaires sont exposés en place publique. M'est avis que c'est bien la moindre des choses! "Un moment de honte est vite passé" comme on dit, et à ce tarif annuel les Municipaux renanais accepteront volontiers une petite polémique si au bout du compte l'argent est au rendez-vous! Il était d'ailleurs cocasse de lire dans le texte la Municipalité plaider pour "garder un pied dans le monde du travail" alors que sous son influence la fonction se professionnalise à grands pas...

La vidéo est disponible ici (chapitre 13).

Seule l'UDC s'opposa à ce préavis au moment du vote. Il passa donc la rampe sans coup férir.

Après la séance du Conseil, j'eus une conversation intéressante avec la Syndique Mme Huguenin ; si je lui faisais remarquer que je n'avais jamais affirmé que les Municipaux renanais ne faisaient rien, elle me répondit que cette façon d'attaquer les autorités en place "lui rappelaient le fascisme", ce à quoi je rétorquai qu'en tant que communiste elle devait s'y connaître en révolutions. La conversation fut par ailleurs plus aimable, mais cet échange me fit réfléchir sur le sens de mon action.

Sans surprise, je me distancie des propos de la politicienne d'extrême-gauche. L'UDC ne vise pas à "renverser la table" et à mettre à bas la "société bourgeoise" comme ces mouvements révolutionnaires dans l'attente du Grand Soir. Au contraire, nous respectons les institutions et visons à les préserver de ceux qui en abusent. Comme je le rappelai moi-même à la Syndique, c'est la Municipalité qui ouvrit le feu en premier en décidant de s'octroyer cette augmentation.

Le respect de la démocratie, le contrôle des institutions par la base, voilà le credo de l'UDC. Et si les élus oublient leur rôle de serviteurs de la population, font preuve d'orgueil et commencent à utiliser leur position pour leur profit personnel, c'est notre devoir de nous y opposer et de les ramener à la réalité.

Et cela devrait être celui de tout citoyen.