22 mars 2016

Bruxelles découvre le vivre-ensemble

Cela avait tout d'un mardi matin comme les autres.

A l'aéroport de Zaventem, vers 8 heures, les passagers en attente de leur départ déambulent calmement dans le grand hall lorsqu'une double explosion déchire l'espace. Les plaques du faux plafond tombent sur la foule. Pour des centaines de personnes le monde bascule en un instant dans le chaos, la poussière, les cris, le sang. Hagards et assourdis, certains se relèvent, se découvrant blessés au milieu de corps déchiquetés. Le bilan provisoire est d'au moins 11 morts et 35 blessés, certains grièvement.

Deux kamikazes se sont fait exploser et un troisième est, pour l'heure, en cavale. Il laisse derrière lui une kalachnikov et une ceinture explosive.

Dans le reportage de la RTS, quelques éléments-clé: il y aurait eu des rafales de tirs avant les explosions, et des cris de "Allah akbar".

Mais la matinée ne fait que commencer. Un peu plus tard, 9h 11, une nouvelle bombe explose dans une rame de métro dans un tunnel vers la station Maelbeek - dans le quartier des institutions européennes, "à cent mètres de la Commission Européenne", s'émeut un journaliste. Il y a les choses importantes, voyez-vous. Les simples quidams peuvent bien mourir, ils ne comptent pas, et d'ailleurs, ils meurent - 20 victimes, encore sous la forme d'un bilan provisoire. Le bourgmestre de Bruxelles évoque également 107 blessés dont 17 graves.

Un autre engin explosif est découvert et désamorcé par les autorités à Schaerbeek, une commune de Bruxelles, avec un drapeau de l’État islamique, lequel ne tarde d'ailleurs guère à revendiquer les attentats.

La journaliste Isabelle Ory de la RTS, qui n'imaginait pas qu'un poste à Bruxelles l'amènerait à considérer une prime de risque, explique que "les [politiciens européens] ont compris aujourd'hui que le terrorisme allait les concerner plus directement". En d'autres termes, les élites européennes, coincées comme tout le monde dans une ville de Bruxelles en état de siège, découvrent qu'elles ne sont pas à l'abri.

Le sentiment d'insécurité vient subitement de monter de quelques crans.

L'après-attentat se met en branle selon un rituel désormais convenu à force d'être répété: drapeaux en berne, déclarations solennelles, hashtag, illumination de bâtiments publics aux couleurs de la nation martyre du jour. Ne manquent que le slogan, les dessins de presse et le logo officiel ; ils viendront en leur temps.

Il n'y a encore personne pour oser affirmer qu'on a plus de chances de mourir foudroyé que dans un attentat terroriste, les traitant comme deux phénomènes naturels. Personne pour chanter que l'islam est une religion d'amour et de paix. Personne pour s'inquiéter d'une possible stigmatisation, du danger de l'amalgame, du risque que ces attentats fassent le jeu de l'extrême-droite. Parce que l'extrême-droite - vieux costume mal taillé dont on affuble tous ceux qui ont l'audace de ne pas adhérer au projet de libanisation à marche forcée du continent - est le seul vrai danger du moment, c'est évident.

Nous vivons pendant quelques heures un moment de flottement avant que les journalistes, les politiciens, les analystes ne se mettent en branle et ne commencent à vendre au public leur version des faits, les conclusions à tirer et celles qu'il ne faut surtout pas tirer. L'actualité suit son cycle digestif.

Un homme se pensant plus sage que les autres expliquera sans doute doctement que tout cela "n'a rien à voir avec les migrants" et que les crapules qui ont mis Bruxelles à feu et à sang sont en fait des gens très bien, installés là depuis longtemps, peut-être même des nationaux, qui ont malheureusement mal tourné. Et ce qu'il dira sera parfaitement vrai. Mais aura-t-il poussé son raisonnement assez loin?

Ceux qui s'intéressent à l'actualité ont encore en mémoire l'hostilité de la foule allochtone de Molenbeek alors que ses membres harcelaient et lançaient des pierres aux policiers venus perquisitionner pour retrouver Salah Abdeslam, co-organisateur des attentats de Paris, 130 morts. Un joli quartier calme, pas de doute ;  l'ennemi public numéro un réussit à s'y cacher pendant des mois. Molenbeek n'est jamais qu'une banlieue parmi des centaines d'autres du même genre partout en Europe.

Si des musulmans prétendument intégrés dans notre société occidentale depuis des années ont développé et mûri pour elle une haine si forte qu'ils lapident les forces de l'ordre et que certains considèrent comme acceptable de se faire exploser au milieu de la foule, que penser des millions d'immigrés clandestins qui inondent le continent et de ce qu'ils deviendront dans les prochaines décennies, eux ou leurs descendants, étant entendu que jamais ils ne repartiront?

Le vivre-ensemble que découvrent les Parisiens, les Bruxellois, et d'autres demain, c'est celui des attentats aveugles, de la boucherie aléatoire, de la haine incarnée dans l'autodestruction, le même vivre-ensemble que vivent depuis des décennies les communautés du Moyen-Orient en Syrie, en Irak, au Liban, et qu'on importe désormais à grands frais.

Mais il est toujours aussi mal vu de le dire.

20 mars 2016

La Municipalité de Renens est sous toit

Ce dimanche vit le second tour des élections à la Municipalité dans diverses communes du canton de Vaud, dont celle de Renens, où votre serviteur était candidat!

La participation était de 25,34%, un score minable et encore en baisse par rapport au premier tour. Là où le scrutin du 28 février proposait en plus des élections des objets susceptibles de mobiliser l'électorat, l'affiche de ce 20 mars ne concernait rien d'autre qu'un référendum de l'extrême-gauche contre la troisième réforme de l'imposition des entreprises (RIE III) dont le résultat était couru d'avance à partir du moment où même les socialistes choisirent de la soutenir.

Le dépouillement occupa les vaillants sélectionnés une partie de la journée avant que les résultats officiels ne soient publiés au cours de l'après-midi. Si vous vous posez la question, RIE III fut acceptée à 87,12% au niveau cantonal...

Voici donc sous forme de tableau les résultats du 2e tour par ordre de popularité des Municipaux, étant entendu que les sept premiers décrochent une place à la Municipalité:

Municipalité (7 sièges)
  2e tour
1er tour
Jean-François Clément (PS) - Réélu 1'967 1'634
Tinetta Maystre (Les Verts) - Réélue 1'914 1'073
Didier Divorne (POP) - Réélu 1'871 1'281
Myriam Romano-Malagrifa (PS) - Réélue 1'786 1'587
Patricia Zurcher Maquignaz (PS) - Nouvelle élue
1'754 1'344
Karine Clerc (POP) - Nouvelle élue 1'663 1'071
Olivier Golaz (PLR) - Réélu 1'300 1'279
Jean-Marc Dupuis (PLR) - Non réélu 1'236 1'188
Stéphane Montabert (UDC) - Non élu 526 678

Nous verrons donc une Municipalité fortement ancrée à gauche avec 3 socialistes, 2 communistes et 1 verte, et un rescapé PLR perdu au milieu.

L'étonnante progression de la gauche s'explique aisément. Au premier tour, chaque parti présentait ses candidats sur une liste propre ; au second, les partis de gauche s'affichèrent sur un ticket commun. Les six mêmes noms se retrouvèrent ainsi sur un bulletin de vote unique réunissant les voix de tous ceux qui avaient soutenu les socialistes ou les communistes ou les verts au premier tour. Le cumul des voix garantit un score retentissant! On notera notamment la remontée spectaculaire de Mme Maystre, propulsée de la septième à la deuxième place entre les deux scrutins. Les électeurs de gauche ont joué à plein le jeu de l'unité.

Bien sûr, la droite aurait dû avoir l'intelligence de faire de même mais s'en abstint à cause d'un refus du PLR ; les raisons de ce désastre prévisible sont expliquées ici. Le résultat ne se fit pas attendre: le PLR perd un siège, alors qu'une alliance avec l'UDC aurait visiblement permis à M. Dupuis de passer devant Mme Clerc et donc de sauver son siège.

Une droite à reconstruire

Berné par les promesses de la gauche, le PLR renanais partait perdant en déclinant une alliance avec l'UDC. Il lutta comme un beau diable durant la campagne l'espoir de combler son retard et n'y parvint pas. Le résultat des urnes montre qu'il était assez loin du compte.

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L'affiche de campagne du PLR pour le second tour, aussi confuse que les positions du parti.

Cette combativité tardive était plutôt une bonne surprise mais ne pouvait plus rien sauver à partir du moment où la droite partait divisée. La droite unie correspond évidemment au souhait des électeurs ; sur de nombreux bulletins les Renanais choisirent d'associer PLR et UDC.

De mon côté, je ferme la marche, ce qui est conforme au rôle d'outsider que j'ai tenu durant toute la campagne. Nous nous sommes bien battus et je n'ai pas à rougir de mon score ; sa relative diminution s'explique par des Renanais qui prêtèrent foi au discours PLR appelant à "sauver la droite".

élections,municipalité,plr,udcJe salue et j'exprime mon plus profond respect à l'équipe UDC de Renens qui m'aida par son implication et son énergie à mener une très belle campagne. Une alliance avec le PLR aurait été nécessaire pour un meilleur résultat mais celle-ci était de toute façon délicate avec un parti qui passa son temps à voter avec la gauche durant la législature écoulée.

C'est d'ailleurs pour cette raison que je me lançai au second tour avec le slogan "Pour une vraie droite à Renens", étant entendu qu'aujourd'hui seule l'UDC représente une réelle opposition. Après tout, avec six sièges pour la gauche, autant accorder le septième à un véritable opposant plutôt qu'à un béni-oui-oui!

Ce soir le PLR renanais est face à de profondes interrogations. S'il se contente d'être le strapontin de la majorité de gauche, alors toute alliance entre nos formations restera difficile. Le PLR restera vissé sur son dernier siège jusqu'à ce que les électeurs de droite se lassent d'une opposition de pacotille. Si au contraire il assume enfin son rôle à droite - posture à laquelle il n'est guère habitué - alors nous pourrons travailler main dans la main et proposer à Renens un autre futur que la trajectoire actuelle de chômage, d'assistanat social et de chantiers publics financés par la dette.

Le PLR a donc son destin entre ses mains. Nous verrons dans les cinq ans à venir le chemin qu'il s'est choisi.

En attendant, que tous les Renanais qui ont eu la flemme de s'impliquer dans les élections communales ne viennent pas se plaindre de ce qui les attend!

16 mars 2016

Ce sera Donald Trump

La victoire de Donald Trump en Floride met probablement un terme au suspense des primaires républicaines. En emportant en mode winner take all les 99 grands électeurs associés à cet État de 20 millions d'habitants, M. Trump prend une telle longueur d'avance dans la course à l'investiture qu'il ne peut plus guère être rejoint.

Marco Rubio a d'ores et déjà jeté l'éponge.

Les derniers développements

usa,donald trump,électionsIl faut prendre la mesure de la Floride pour comprendre la victoire que Trump vient de remporter. Marco Rubio était celui qu'on tentait de présenter comme une alternative. Bien que Républicain et proche de la tendance Tea Party, Marco Rubio était récemment devenu la coqueluche des médias, ces derniers, il faut bien le dire, ayant largement épuisé le filon des nouveaux poulains à mettre sous le feu des projecteurs.

Marco Rubio est en Floride. D'origine cubaine, il est hispanique comme 20% des habitants de L’État. Il a été élu en novembre 2010 pour représenter l’État en question dans la Chambre du Sénat à Washington, ce qui donne une idée de sa popularité locale dans ce swing state - un état qui vote tantôt à gauche, tantôt à droite, marque de nombreux électeurs en théorie modérés et centristes. En début de campagne, Marco Rubio était soutenu par de nombreux supporters simplement parce qu'il "devait" logiquement remporter la Floride et qu'on n'a jamais vu homme politique remporter la présidentielle sans obtenir le soutien de cet État-clé.

Cela n'a pas suffit contre la tornade Trump. Non seulement ce dernier l'emporte, mais en plus, il l'emporte largement: 46% contre 27% pour Rubio. Trump l'emporte également en Caroline du Nord, en Illinois et au Missouri, quoique d'une courte tête face à Ted Cruz. Dans ce nouveau "super-mardi", seul John Kasich tire son épingle du jeu en arrachant l'Ohio - dont il est gouverneur - et ses 66 délégués. Mais même si les médias s'enflamment soudainement pour un n-ième candidat forcément plus fréquentable que Trump, cette victoire survient bien trop tard dans la campagne pour changer significativement les choses.

Le front des primaires républicaines s'est singulièrement éclairci. Seuls trois candidats restent en lice: Donald Trump, Ted Cruz et John Kasich. Au lendemain d'une victoire symbolique, ce dernier ne peut décemment pas se retirer tout de suite, mais son retrait paraît inévitable. Seul Ted Cruz semble pouvoir faire illusion encore quelques temps, même s'il vient de se faire étriller mardi en ne remportant pas le moindre État.

Trump, cet inconnu méprisable

En Europe, il est pratiquement impossible d'avoir la moindre information non biaisée sur Donald Trump. Le niveau de condescendance et de mépris est si proche de l'hystérie que le soutien - en masse! - des Américains à cet individu semble totalement incompréhensible, comme s'ils avaient été saisis d'une sorte de délire collectif. Il y a pourtant bien des raisons à sa popularité.

Certes, Trump dynamite le politiquement correct. Certes, un Trump européen est juste impensable - il aurait tôt fait de croupir en prison sur ce continent, condamné grâce à nos vigoureuses lois sur la "liberté d'expression". Mais Trump est un communicateur expert en accord avec son époque et ses moyens de communication, la télévision bien sûr, mais aussi Internet, ses réseaux sociaux et Twitter. Il en maîtrise les moindres ficelles.

De plus, et contrairement aux propos tenus par nombre de nos éditorialistes, il n'est ni superficiel, ni stupide. C'est sans doute ce qui fait le plus peur aux élites des deux côtés de l'Atlantique. Orgueilleux sans doute mais réel entrepreneur, il connaît le monde des affaires comme personne et porte un jugement sans appel sur la veulerie et la corruption de la classe politique - y compris celle de Mme Clinton.

Le canal TVLibertés fait œuvre de salubrité dans le débat en publiant mardi une vidéo des nombreux discours de campagne de Donald Trump depuis l'annonce de sa course à l'investiture. La séquence de 25 minutes représente un effort méritoire pour comprendre le point de vue authentique de M. Trump sur un certain nombre de sujets - l'immigration, la classe politique corrompue, l'interventionnisme militaire, la diplomatie - et ce qu'il espère accomplir à travers une présidence des États-Unis.

Si vous voulez avoir une idée objective de ce souhaite Trump plutôt que de vous contenter de la bouillie indigeste de propagande servie matin, midi et soir par absolument tous les journalistes, alors prenez le temps d'examiner cette vidéo sous-titrée en français.

M. Trump pourrait bien être le prochain président des États-Unis, cela vaut la peine de chercher un peu à comprendre son point de vue!

Panique républicaine

Trump représente un coup de poing contre le système, les élites, les lobbies, l'immobilisme, le trafic d'influence - tout ce qu'incarne Hillary Clinton. Ce rejet n'est pas limité au camp républicain. Ce n'est donc pas pour rien que celle-ci doit faire face à une autre révolte, à sa gauche cette fois-ci, par le biais de Bernie Sanders. Mais la plus grande menace sur la candidature de Donald Trump ne vient pas du camp démocrate.

usa,donald trump,électionsParce qu'il ne fait pas partie de l'appareil politique, parce qu'il n'a aucun respect pour les lobbies et connaît tous les rouages de la corruption politique pour s'y être adonné lui-même pendant des années en tant qu'entrepreneur immobilier, Donald Trump suscite une véritable terreur au sein des politiciens de carrière du Parti Républicain.

Officiellement bien sûr il s'agit simplement de trouver un "meilleur candidat", c'est-à-dire quelqu'un de plus "consensuel", pour "préserver les chances du camp républicain face à Mme Clinton". Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage!

L'explication, cousue de fil blanc, repose sur des sondages qui accréditeraient une victoire probable d'Hillary Clinton en novembre dans un duel Clinton-Trump pour la présidence. Mais que valent ces sondages à huit mois du scrutin? La véritable campagne n'a même pas encore commencé. Lorsque Trump s'attaquera à Hillary Clinton, mieux vaudra ne pas traîner dans les parages. Quant aux sondages, si quelqu'un les a bien fait mentir jusqu'ici, c'est le bouillant homme d'affaire. Après tant de débats qui montrèrent la capacité de chacun, on voit mal comment John Kasich ou Ted Cruz, malgré leur qualités respectives, pourraient mieux galvaniser des Américains largement désabusés de la politique.

Car la force de Trump est là: il mobilise hors des cercles politiques établis, chez des gens qui ne votent pas habituellement, dont de nombreux dégoûtés du Hope and Change fallacieux servi par Obama. Des Américains normaux écœurés de l'immobilisme de Washington et de la crise économique dans laquelle ils se débattent depuis des années.

Trump est haï de l'establishment non seulement parce qu'il menace les élites et un bipartisme parfaitement artificiel, mais aussi parce qu'il semble désormais en mesure de l'emporter. La crainte qu'il inspire croît avec chaque nouveau délégué arraché pour la Convention républicaine. L'amusement des débuts a cédé la place à l'incrédulité, puis à l'inquiétude, puis à la panique.

À ce stade, il n'est pas exclu que certains pontes républicains franchissent le Rubicon et appellent carrément à soutenir Mme Clinton. Nous verrons s'ils osent aller jusque là.

15 mars 2016

Allemagne, un parfum de changement

L'étrange explosion d'un véhicule à Berlin ce mardi aura eu lieu trop tard pour justifier un changement soudain de l'opinion publique. Les citoyens allemands ont voté ce dimanche dans trois régions et pour Angela Merkel - "Mutti" comme la surnommaient les Allemands à une époque insouciante - le temps du retour à la réalité est venu.

Le  week-end aurait dû être l'occasion d'échéances électorales tout à fait habituelles, trois Länder allemands renouvelant leurs autorités. Mais après une campagne fut dominée par les inquiétudes des Allemands autour de l'afflux de réfugiés, les choses ne se passèrent pas exactement comme prévu.

angela merkel,immigration,allemagne,élections,alternative pour l'allemagne,frauke petryEn Bade-Wurtemberg (ouest), un fief historique de la CDU de Mme Merkel, les conservateurs furent devancés par les Verts. Comme ces derniers sont encore plus pro-immigration que la Chancelière, il est évident que ce score s'explique avant tout parce que les électeurs traditionnels de la CDU ont choisi de rester chez eux. Il s'agit donc plus d'une démobilisation que d'un réel changement d'opinion.

En Rhénanie-Palatinat (ouest), Land de l'ex-chancelier Helmut Kohl, le scénario fut pratiquement identique: la CDU se vit battre par les sociaux-démocrates selon la même logique.

Pour voir du nouveau, il faut s'attarder sur le Saxe-Anhalt (est) où le jeune parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) se plaça deuxième (24%) en talonnant la CDU (29%) - permettant bien commodément aux médias d'annoncer une "victoire" de la CDU dans la région, histoire de ménager la casse auprès de l'opinion publique.

L'Alternative pour l'Allemagne a donc créé la surprise, et a d'ailleurs réussi à rentrer au Parlement dans chacun des trois Länder concernés par le scrutin de dimanche. L'AfD est désormais présent dans la moitié d'entre eux.

Les médias et les élites allemandes sont quelque peu déconcertées par la percée de ce parti vieux d'à peine trois ans. Ils n'ont rien su faire d'autre que de déballer les mots-clef habituels de leur boîte à outils - "populisme", "racisme", "droite dure", "extrémisme" - et dénigrent bien entendu l'ampleur du changement à l'œuvre. Il est pourtant bien là: autour de 40 % de personnes qui ne s’intéressent habituellement pas à la politique sont allées voter pour l’AfD. Alors qu'il paraît de plus en plus évident que l'insouciance politique ne mène qu'à la catastrophe, l'attrait renouvelé des Allemands pour leur système démocratique profitera certainement aux tenants d'une ligne politique différente.

angela merkel,immigration,allemagne,élections,alternative pour l'allemagne,frauke petryFrauke Petry, dirigeante du parti, a beau être une femme (zut, il faudra remettre le sexisme sur son étagère...) mère de quatre enfants et clamer que "l'AfD n'est pas un parti raciste et ne le sera jamais", il n'y a personne pour en rendre compte. La politicienne a décliné poliment mais fermement une alliance avec le mouvement Pegida: peu importe, pour nos journalistes de garde, ce n'est qu'une façon d'abuser le chaland. Dans un procès de l'inquisition médiatique, tout comportement contraire à l'acte d'accusation ne montre rien d'autre qu'un esprit retors prêt à toutes les manipulations pour échapper à sa juste condamnation.

L'explication du nouveau succès de l'AfD s'explique pourtant fort simplement, par la bouche même de sa présidente:

"Nous aimons notre pays, nous voulons que notre culture soit protégée. On respecte les autres cultures mais nous ne voulons pas qu'elles nous dominent."


Et c'est en français qu'elle répond aux journalistes de France2:

"Je ne crois pas que l'islam [soit] compatible avec la culture allemande. L'islam traditionnel est très différent de la culture européenne."


Vraiment un retour aux heures des plus sombres de notre Histoire. En guise d'appel à la violence Mme Petry lance ce furieux assaut sur les faux réfugiés qui affluent en Allemagne:

"Si la frontière est franchie illégalement, si celui qui commet cette infraction ne se soumet pas aux sommations, on peut, selon la loi et en dernier recours, faire usage d'armes à feu."


Évoquer la loi, des sommations, un geste de dernier recours! On est glacé par cette démonstration d'extrémisme.

Conçu à la base comme un mouvement politique opposé à la monnaie unique et à l'uniformisation européenne voulues par Bruxelles et Berlin, l'AfD s'est désormais emparé du dossier de la crise des migrants, menace plus pressante révélée depuis. Les cyniques taxeront pareille attitude d'opportunisme, mais il s'agit avant tout d'offre politique. Quel sens y a-t-il à voter si tous les partis, tous les candidats proposent peu ou prou la même chose?

Sur cet aspect comme bien d'autres, l'Alternative pour l'Allemagne porte bien son nom et montre que la contestation s'empare même de bastion pro-européens et pro-migrants théoriquement imprenables. Il y a d'autres chemins que ceux de l'invasion applaudie et célébrée par les élites, et qui vire peu à peu au désastre.

Et pendant que la Chancelière Angela Merkel, affirmant à qui veut l'entendre qu'il n'y a pas de plan B, marchande avec la Turquie un impossible accord de réadmission avec les milliards des contribuables, les rues allemandes s'emplissent de manifestants appelant à sa démission.

Le plan B pourrait bien être un changement de Chancelière.

10 mars 2016

Le PLR renanais s'encouble

Empêtré dans les conséquences de ses propres intrigues, le PLR de Renens se prépare à une grosse crise interne au soir du 20 mars à l'issue du second tour des élections municipales.

Plongeons-nous dans les profondeurs troubles de la politique locale...

Le contexte du Premier Tour

Tous les partis de Renens (POP, PS, Verts, PLR, UDC) partirent en ordre dispersé, donnant lieu à un ballottage général. Il était donc prévu que les forces se rassemblent à gauche comme à droite. Quelle allait être la nouvelle répartition des forces politiques face à la composition sortante, 2 POP, 2 PS, 1 Vert et 2 PLR, soit 5+2, cinq de gauche et deux de centre-droit?

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Dramatis personae (montage 24Heures - cliquez pour agrandir)

Chaque camp devait faire face à ses propres défis. La gauche devait composer avec une coalition disparate mêlant ambition socialiste, volonté de maintien du POP et sauvetage du siège écologiste. Les composantes de la gauche plurielle devraient trouver la quadrature du cercle pour composer leur ticket à cinq sièges.

La droite devait s'unir de son côté, le PLR ayant finalement accepté une alliance pour le second tour pour enfin tenter de prendre un siège à la gauche - probablement le siège vert ou le second siège du POP. M. Gruber n'ambitionnant de toute façon pas d'être Municipal, il était prévu qu'il se retire pour nous laisser sur un ticket à trois.

Évidemment, rien ne se passa comme prévu.

Le PS, faiseur de rois contrarié

Les résultats du premier tour furent conforme aux attentes jusque dans le mauvais score de l'écologiste sortante, Mme Maystre. Elle arriva en septième position, derrière le PLR, avec seulement deux voix d'avance sur la huitième, la candidate du POP choisie pour remplacer Marianne Huguenin. Le décor d'une lutte fratricide POP-Vert pour l'obtention de ce siège était donc planté.

La droite unie avait une chance réelle de s'en emparer.

Prenant finement conscience du danger, le PS proposa un deal au PLR. Qu'il accepte de renoncer à l'affrontement et la gauche reconduirait la formule 5+2 ; qu'il s'allie dans une coalition de droite pour tenter un troisième siège et la gauche riposterait en s'attaquant à son tour à un des siens. La mêlée générale pourrait donc tout aussi bien déboucher sur une formule 5+2 que 4+3 ou 6+1.

Pesant gains et pertes potentiels, le comité du PLR accepta (dans le plus grand secret) la proposition socialiste. Il refusa dès lors toute alliance avec l'UDC. Il nous conseilla même de renoncer à nous lancer au second tour pour obtenir une élection tacite! Ce manque de combativité pour des raisons que nous ne soupçonnions pas entraîna une profonde déception dans nos rangs. Partant divisée, la droite n'avait aucune chance de conquérir un nouveau siège.

Malheureusement pour les comploteurs, même à gauche les choses ne se passèrent pas comme prévu. Le POP refusa d'abandonner un siège aux socialistes, déclenchant une crise interne. Les palabres entre partis de gauche s'étalèrent de six heures à minuit le lundi soir. Sous la pression d'un POP intransigeant, la seule solution trouvée fut de passer à un ticket à 6. Au nom de l'apaisement, l'équilibre de la Municipalité passerait à 6+1. Le siège capturé au PLR reviendrait à une candidate d'extrême-gauche, Karine Clerc, probablement bien moins conciliante avec les socialistes que l'élu sortant qu'elle remplacerait...

Contre toute attente, le PS se retrouva à renier les promesses tenues au PLR alors que celui-ci avait tenu sa part du marché. Ambiance!

Le PLR empêtré dans ses compromissions

Le dépôt des candidatures pour le second tour fut plutôt houleux, le PLR découvrant qu'il avait été perdant sur tous les fronts. Non seulement il n'attaquerait pas la gauche (ce à quoi il s'était engagé) mais en plus il perdrait un siège là où seule une alliance avec l'UDC aurait pu lui donner une chance de se maintenir. Perdant-perdant.

Différents protagonistes passèrent donc leurs nerfs sur Facebook, révélant au passage le pot-aux-roses:

PLR_renens_compromis.png

Les "5 promis face aux 2 PLR" ? Que de beaux engagements entre prétendus adversaires! S'il était besoin, le PS confirma par la plume de Mme Romano-Malagrifa:

PLR_renens_compromis2.png

Chacun certifie la main sur le cœur qu'il était pour garder la formule 5+2, morte dès le dépôt des listes...

Outre la belle entente entre adversaires politiques, les pièces du puzzle tombent en place sur la législature écoulée.

Nous nous étions demandé cinq ans durant pourquoi le PLR était une si piètre force d'opposition. Nous avons désormais la réponse. Depuis cinq ans, le PLR se donne le rôle de membre de la majorité. Les Municipaux du PLR avaient une si haute vision de cette "belle équipe unie" qu'ils finirent par se bercer de leur propre discours. Tombant des nues en découvrant que leur partenaire PS leur préfère la gauche plurielle, ils subissent un douloureux retour à la réalité.

L'entente PLR-PS explique bien des aberrations dont nous avons été témoins. Le manque de combativité des Municipaux PLR. La complaisance du groupe PLR votant main dans la main avec la gauche au Conseil Communal pour approuver budgets, dépenses et même l'augmentation de salaire des Municipaux. Pendant toute une législature, le PLR renanais s'est bel et bien comporté comme le partenaire de coalition des socialistes!

L'opposition, la vraie

Placés dans ce contexte, entendre les mêmes clamer aujourd'hui qu'il faudrait voter PLR au nom de la "santé financière de la ville" ou de la "sécurité" relève d'une hypocrisie que seuls ceux qui suivent les votes au Conseil communal peuvent apprécier pleinement.

Tout le PLR n'est pas à jeter, évidemment ; certains voyaient d'un bon œil la création d'une section UDC en ville et m'encouragèrent même à me lancer en politique pour dynamiser la droite locale. Ils n'auraient jamais imaginé le niveau de compromission atteint par les édiles de leur propre parti avec leurs prétendus adversaires de gauche.

Que les choses soient claires: le 20 mars la droite de Renens n'aura plus qu'un siège. Dans cette ville la gauche est encore plus forte qu'à Lausanne, c'est tout dire! Le seul enjeu de cette élection, le seul suspense en quelque sorte, consiste à savoir qui occupera ce septième siège. Il n'y a que trois candidats en lice, deux PLR et un UDC. L'incertitude électorale se produira donc uniquement à l'intérieur de la droite.

Bien entendu, une campagne digne de ce nom amène son lot de coup pourris jusqu'à la dernière seconde. Les deux sortants du PLR savent compter ; n'ayant absolument aucune chance de sauver leurs deux sièges, leurs appels "solennels" sonnent bien creux. Ils ne visent qu'à siphonner les voix de la droite pour couper l'herbe à l'UDC, car là se situe pour eux la menace. Les électeurs déçus par leur pseudo-opposition pourraient se tourner vers l'UDC.

De par leurs compromissions avec la gauche, j'estime que MM. Dupuis et Golaz sont discrédités. Quoi qu'il advienne, leurs carrières politiques respectives s'achèvent le 20 mars. L'un sera éjecté, l'autre réduit dans ce qui sera probablement son dernier mandat au rôle de croupion d'une Municipalité massivement à gauche. Il est évidemment possible qu'ils soient évincés tous les deux.

Le choix en revient aux électeurs de droite de Renens. Souhaitent-ils perpétuer ce système de fausse opposition en soutenant le PLR, ou créer une réelle alternative avec l'UDC? Contraindre le PLR à un passage dans l'opposition le forcerait à se régénérer et enfin adopter une politique de droite. Il serait temps!

Il faudra probablement attendre 2021 pour voir émerger au niveau municipal une véritable opposition à Renens, entre une UDC expérimentée et un PLR enfin débarrassé de ses manigances politiques. Cela fait bien loin.

Mise à jour (11 mars): un débat sur le second tour a eu lieu jeudi soir sur La Télé, dans lequel j'ai pu lâcher quelques vérités bien senties.

Pour ceux qui n'ont pas une heure à perdre à regarder cette émission, voici le timing de mes interventions:

08:51 Analyse du premier tour
12:33 Les propos de Jean-Marc Dupuis et une petite riposte...
26:52 Développement urbain et fiscalité
39:32 RIE III
46:40 Des impôts élevés qui rapportent peu, un dilemme renanais

05 mars 2016

Violons la Constitution en toute décontraction

Il fallait se pincer pour y croire: deux ans après le vote du 9 février contre l'immigration de masse, le gouvernement suisse signe à Bruxelles l'extension de l'accord sur la libre-circulation des personnes à la Croatie.

constitution,simonetta sommarugaEn toute décontraction et alors qu'il jure en être le gardien lors de sa prise de fonction, le gouvernement suisse vient donc de violer la Constitution de son propre pays.

Vraiment.

Examinons l'article 121a de la Constitution fédérale, approuvé par le peuple en 2014:

Art. 121a Gestion de l’immigration

1 La Suisse gère de manière autonome l'immigration des étrangers.

2 Le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds valent pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit des étrangers, domaine de l’asile inclus. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales peut être limité.

3 Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers. Les critères déterminants pour l’octroi d’autorisations de séjour sont en particulier la demande d’un employeur, la capacité d’intégration et une source de revenus suffisante et autonome.

4 Aucun traité international contraire au présent article ne sera conclu.

5 La loi règle les modalités.


L'alinéa 4 est limpide. Aucun traité international contraire au présent article ne sera conclu. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement suisse de faire le contraire sciemment au vu et au su de tous ce vendredi.

Je ne suis pas juriste, mais je crois qu'il faut avoir l'esprit méchamment tordu pour penser que la signature d'un traité de libre-circulation avec un pays tiers soit compatible avec ce fameux alinéa. Et savez-vous qui pense comme moi? Le Conseil Fédéral.

Pas le Conseil Fédéral de ce vendredi, bien sûr. Le Conseil Fédéral de 2014. Cet alinéa et le reste de l'article constitutionnel sont si clairs qu'ils amenèrent le Conseil Fédéral d'alors à renoncer à signer l'extension de la libre-circulation à la Croatie. Cette décision lourde de sens trahissait une nouvelle trajectoire suivie à regret: le référendum sur ce traité était initialement agendé plus tard la même année.

Après l'approbation de l'Initiative contre l'immigration de masse, le Conseil Fédéral avait compris que ce traité diplomatique était devenu sans objet, jetant incidemment l'Union Européenne dans une impasse totale. Notons également qu'à l'époque on considérait que la libre-circulation avec la Croatie devrait être validée par les citoyens. Le gouvernement d'aujourd'hui ne s'embarrasse même plus de ces détails.

Que s'est-il passé depuis sur le plan institutionnel? Rien du tout. Aucun accord-cadre liant la Suisse à l'UE n'a été signé et encore moins approuvé. Aucune initiative populaire n'a retourné le vote contre l'immigration de masse. Au Conseil fédéral, Guy Parmelin a fini par succéder à Evelyn Widmer-Schlumpf, mais les autres sont toujours en place, les mêmes qu'avant.

On a beau tourner le problème dans tous les sens, il n'y a rien, rien de rien, qui autorise le Conseil fédéral à établir un traité que la Constitution lui interdit explicitement de signer.

Non seulement le gouvernement vient donc de violer la Constitution de son propre pays, mais il se le permet dans l'indifférence générale. Il suffit de voir l'interview hallucinante de complaisance de Mme Simonetta Sommaruga par la RTS pour comprendre que pas un journaliste n'osera même évoquer la question.

Nous sommes d'accord, ce traité diplomatique avec la Croatie et les 45 millions de francs de cadeau qui l'accompagnent s'inscrivent dans l'optique de dénouer la situation avec l'Union Européenne afin de trouver une solution institutionnelle avec elle sur l'immigration - un plan que les médias trouvent bien mal engagé. Mais même s'il l'était, la question n'est pas là: quels que soient les objectifs politiques poursuivis par le Conseil Fédéral, ils devraient rester en tout temps conformes à la Constitution fédérale, la plus haute norme juridique du pays.

Une semaine après une votation cruciale sur le renvoi des criminels étrangers où tous avaient fait front commun contre le texte au nom du respect des institutions, le cynisme de la classe politique helvétique semble sans limite.