03 mars 2016

Initiative de Mise en Œuvre: les raisons de l'échec

Dimanche 28 février, les citoyens suisses rejetèrent à 58,9% de Non une Initiative visant à concrétiser un texte qu'ils avaient eux-mêmes plébiscités à 53,5% en 2010.

Cet affrontement entre les pro et les anti se mena à tous les niveaux possibles - politique, médiatique, sociétal - et pourrait bien définir le futur de la communication politique en Suisse. Aussi, mieux vaut étudier cette épopée en détail.

La conclusion d'une longue saga

Sans revenir sur les innombrables péripéties autour de ce texte, le peuple approuva en 2010 une initiative UDC demandant un renvoi automatique des étrangers criminels. L'automaticité était au cœur du projet et la principale pomme de discorde entre les initiants et la classe politique. Le contre-projet du Parlement, différant de l'initiative sur ce point essentiel, ne trouva pas grâce aux yeux des citoyens.

Menée par Simmonetta Sommaruga, la classe politique helvétique n'entendit pas rester sur cet échec. Elle trouva une solution en ôtant l'automaticité du renvoi lors de la transcription de l'initiative en loi d'application. L'UDC se retrouva alors dans la situation ubuesque de combattre la loi d'application de sa propre initiative!

affiche_mise_en_oeuvre.jpg

Il aurait sans doute été bien trop confus pour le citoyen de se retrouver face à un référendum dans ces circonstances, référendum dont le "succès" aurait en plus ramené au statu quo ante du vote de 2010, privant l'UDC de sa victoire.

Le parti trouva la riposte en lançant non pas un référendum, mais une deuxième initiative, qui inscrivait directement dans la Constitution les crimes entraînant un renvoi (immédiat ou après récidive, selon les fautes commises) et constituait selon l'UDC une transcription fidèle de l'intention du texte approuvé en votation populaire.

A ce stade, il faut noter que le second texte n'avait à priori pas vocation à passer devant le peuple ; il était essentiellement conçu pour mettre la pression sur le Parlement, montrant qu'une stricte interprétation du renvoi des criminels étrangers était parfaitement possible.

Les conseillers nationaux et les conseillers aux États ne s'en laissèrent pas compter. Tenant mordicus à laisser l'entière marge de manœuvre aux juges, la même qui permet aujourd'hui d'empêcher quasiment tout renvoi, ils refusèrent de plier. Sa menace brandie en vain, l'UDC n'eut d'autre choix que de poursuivre sur sa lancée et ce qui n'était au début qu'un texte de travail se retrouva finalement porté devant le peuple avec le résultat que l'on sait...

Il est clair que si l'UDC avait eu dès le départ l'objectif de conduire l'Initiative de Mise en Œuvre jusqu'à une votation finale, elle aurait sans doute été rédigée différemment. Le parti fut en quelque sorte pris à son propre piège. Mais cela n'explique pas tout. Partant du principe que l'Initiative de Mise en Œuvre traduit fidèlement l'Initiative pour le Renvoi des Étrangers Criminels de 2010, l'échec devant le peuple n'avait rien d'automatique. Les premiers sondages donnaient même une sérieuse avance aux partisans du texte.

Comment expliquer ce revirement?

Des adversaires qui apprennent de leurs erreurs...

Les opposants à l'Initiative de Mise en Œuvre avaient un énorme avantage: le score du scrutin de 2010 comme point de départ, associé à d'innombrables analyses post-mortem sur les raisons du vote des citoyens. Ils avaient devant les yeux une véritable cartographie de l'opinion publique, de sa structure, de ses points de résistance et de ses faiblesses.

dsinein_plakat_fr.pngLe plan du champ de bataille étant déployé devant eux, ils comprirent assez vite qu'il suffisait seulement de retourner grosso-modo 5% des citoyens favorables d'alors pour faire basculer le résultat. Bien décidé à ne pas laisser se reproduire les erreurs du passé, ils savaient aussi qu'il leur faudrait mener campagne différemment. Ils rivalisèrent donc d'inventivité dans leur façon de communiquer.

En plus de traiter la proposition de l'UDC par l'indignation et le mépris habituels - les vieilles recettes ne meurent jamais - les adversaires du texte déplacèrent le débat sur le terrain de la société civile et du prétendu respect des institutions. Est-ce à dire que les 40% de citoyens partisans du texte n'appartenaient pas à la société civile? Qu'en votant démocratiquement sur une initiative populaire ils ne respectaient pas la démocratie directe?! Aucun éditorialiste pour poser ces questions...

On vit au contraire émerger autant d'officines politiques présentées comme "apolitiques" et drapées de l'intérêt supérieur monter au front pour "dénoncer" la nouvelle proposition de l'UDC, appels complaisamment répétés par des médias trop heureux de relayer la propagande sans avoir à l'inventer eux-mêmes.

Bien entendu, ces officines étaient totalement politiques, soit comme émanations de la classe politique elle-même, soit avec un intérêt direct ou indirect à la poursuite de la gabegie actuelle en matière de criminalité étrangère (par exemple parce qu'ils en vivent professionnellement, ou pour ne pas déplaire à la libre-circulation si bien vue de l'Union Européenne). Leur multiplication pléthorique en devint presque caricaturale. Pour un aperçu - non-exhaustif - des groupes de pression tentant d'influer sur le vote populaire on aura compté:

suisse-nazi_landolt.jpgCe feu roulant de reproches et de menaces était définitivement intimidant et on se demandait même si le citoyen avait encore matière à décider. Mais pour l'Homo helvéticus moyen, peu intéressé à la politique et sans opinion particulière sur le sujet, l'illusion était parfaite: on avait vraiment l'impression d'une mobilisation de toute une frange de la société face à une UDC qui tentait par son initiative - parfaitement respectueuse de la démocratie directe faut-il le rappeler - de fomenter un véritable coup d’État.

La mobilisation eut également lieu sur les réseaux sociaux, l'objectif étant de créer un buzz mineur mais suffisamment important pour être relayé par les médias, qui se chargeraient de lui donner un écho encore plus large.

La campagne enthousiaste et globale des adversaires de l'initiative donna lieu malgré tout à quelques dérapages ; pensons à Martin Landolt du PBD qui ne trouva rien de mieux que de traiter de nazi les partisans de l'initiative, drapeau suisse nazifié à l'appui - et persistant dans l'excès en allant jusqu'à placarder son visuel en gare de Zurich.

Mais ces écarts, bien rapidement pardonnés puisque provenant du bon camp, ne furent que des aspects mineurs dans une campagne d'opposition bien menée.

...Et une UDC qui se laisse vivre

Le premier parti de Suisse partait d'une situation globalement favorable: une situation nationale et internationale lui donnant raison sur toute la ligne, une initiative remportée en 2010 et des moyens financiers conséquents pour une campagne cruciale.

Dans une hallucinante décision qui restera dans les annales des mauvais choix tactiques, certains stratèges de l'UDC pensèrent sans doute que pour l'emporter il suffirait de répéter la campagne de 2010. Grossière erreur. Comment croire qu'on puisse gagner deux parties de suite en jouant les mêmes cartes?

Les citoyens eurent donc la surprise de revoir resurgir un visuel de campagne vieux de six ans, la fameuse affiche du "mouton noir" qui avait en son temps déclenché un tollé médiatique parfaitement artificiel.

Et ce fut tout.

Pire encore, l'UDC refusa d'attiser la polémique et mena une campagne discrète, limite "bon enfant". Disparues, les affiches sur "Ivan S. le violeur". Effacés, les encarts dans la presse. Les Suisses n'eurent droit qu'à des tout-ménages estampillés UDC (avec les deux moutons) ce qui les amena à les jeter tout aussi sec à la poubelle, non seulement parce qu'ils avaient été dressés à bannir ce visuel, mais aussi parce que ce matériel ne répondait pas suffisamment aux reproches formulés par les adversaires de l'initiative.

On avait l'impression que l'UDC ressortait du matériel d'archive.

Bien sûr, le parti ne resta pas inactif face à une campagne prenant la mauvaise direction. Il tenta tant bien que mal de corriger le tir, notamment en prenant pour exemple les agressions sexuelles de Cologne, expliquant que pareils individus seraient expulsés avec l'initiative alors qu'ils sont protégés de tout refoulement selon droit actuel. Las! C'était trop peu, trop tard pour espérer reprendre l'avantage.

Lendemain de bataille

Victorieux face à un texte qui semblait un temps destiné à l'emporter, les éditorialistes laissèrent éclater une joie sauvage. Le temps n'était pas à l'apaisement, mais à la curée. Tant pis pour les 53,5% de Suisses qui approuvèrent le texte de 2010 et ceux qui soutinrent à 40% celui de ce dimanche.

Pourtant, l'UDC n'a pas démérité. Le nombre de citoyens soutenant le texte est similaire à celui qui obtint une majorité en 2010. La différence a globalement joué dans la mobilisation de citoyens qui, habituellement, ne votent pas. Nombre d'entre eux, particulièrement les jeunes, ont été sensibles aux thématiques liées à l'expulsion pour de "petits délits", ce qui est un fieffé mensonge. Le mensonge paie donc dans une votation. C'est fort mauvais signe, car il est probable qu'il sera utilisé encore plus souvent à l'avenir.

Comme l'écrit Roger Koppel, "Non sans surprise, les adversaires extrêmement bien mobilisés de l'UDC ont vaincu l'UDC avec un thème de l'UDC dans le style de l'UDC, parfois même encore plus dur. S'il est vrai que le plagiat est la plus haute forme de reconnaissance, la question se pose de savoir qui a vraiment gagné le week-end dernier."

En effet, si l'UDC annonçait près de dix mille renvois de criminels étrangers par an, le Parlement et le Conseil Fédéral en annonçaient environ quatre mille avec la nouvelle loi qui s'appliquera à la place. Les six mille de différence représentent les étrangers criminels qui pourront éventuellement récidiver dans le pays - et encore, seulement si les vainqueurs de dimanche n'ont pas exagéré leurs chiffres.

Les adversaires du texte ont promis l'impossible, plus de sécurité avec moins de renvois.

Il n'est pas du tout certain que le peuple suisse y trouve son compte, évidemment, ce qui met les adversaires de renvois "inhumains" en face de leurs responsabilités. Les victimes continueront à s'accumuler ; et lorsque surgiront de nouveaux faits divers impliquant des étrangers qui auraient été depuis longtemps renvoyés si l'initiative avait été acceptée, le grand public aura du mal à rester dupe. Se sentant floué, il pourrait éprouver quelque colère.

Qu'on se le tienne pour dit, désormais, chaque texte proposé par l'UDC sera probablement "nuisible à l’État de Droit", "injuste", "excessif" et "brisera nos institutions". La campagne du 28 février change sans doute pour longtemps la manière de communiquer en Suisse: les adversaires de l'UDC ont embrassé et répliqué sans retenue les méthodes qu'ils dénonçaient il y a peu, marque d'une hypocrisie sans complexe. L'appel illusoire d'une prétendue "société civile" sera réutilisé à l'envi jusqu'à ce que les citoyens rejettent un concept antinomique au scrutin démocratique - à moins que la lassitude n'y mette un terme en premier.

Il n'est pas dit que la nouvelle martingale soit garante de futurs succès. L'UDC a en effet rassemblé bien au-delà de son électorat habituel. Imperméable au ras-de-marée de propagande, résistante au matraquage continu de l'opinion pendant des semaines, une frange rebelle de la population a décidé de soutenir envers et contre tout le renvoi inconditionnel des criminels étrangers.

Non seulement ces citoyens qui pensent aux victimes sont plutôt nombreux, mais ils démontrent avant tout une remarquable imperméabilité aux tentatives de manipulation de l'opinion, comme des bactéries résistantes à toute forme d'antibiotique. Probablement perdus à jamais pour nos bien-pensants, ils pourraient former la prochaine extension de l'électorat des Démocrates du Centre.

Les vainqueurs du 28 février ont donc quelques motifs d'inquiétude à avoir.

01 mars 2016

Renens, la Nuit des Couteaux à Beurre

Sur l'échelle strictement locale, le 28 février fut également l'occasion du premier tour des élections communales vaudoises. Le scrutin eut une saveur particulière à Renens, quatrième ville du canton, puisqu'à l'inverse de Lausanne les jeux était ouverts, chaque parti se lançant séparément à la Municipalité.

Il s'agit donc d'une analyse un peu plus exhaustive que celle, sommaire, que j'ai pu livrer sur le plateau de La Télé dimanche soir.

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A l'aube du dépouillement.

Commençons par les résultats du Conseil Communal.

Conseil Communal (80 sièges)
  2016 2011
Parti Socialiste 24 (+6) 18 (-3)
PLR 20 (+1) 19 (-4)
POP - Fourmis Rouges 17 (-6) 23 (+3)
UDC 10 (-) 10 (+10)
Les Verts 9 (-1) 10 (-1)

Les chiffres entre parenthèses renvoient à l'évolution vis-à-vis du scrutin précédent. La variation indiquée entre parenthèse pour 2011 (montrant l'écart avec 2006) doit être relativisée, une liste de cinq sièges disparaissant lors de cette élection.

L'extrême-gauche POP / Fourmis Rouges subit la loi d'un Parti Socialiste hégémonique au sein de la gauche plurielle. Le PLR grignote un siège aux Verts. Au coude-à-coude avec eux en 2011, l'UDC prend la tête. La stabilité du parti est plutôt une bonne surprise pour ces élections qui ont vu l'UDC affronter un vent contraire avec le mauvais score vaudois de l'Initiative de Mise en Œuvre. Merci aux électeurs qui nous ont fait confiance!

Il n'y a guère de glissement gauche-droite au Conseil Communal de Renens, mais le premier tour de l'élection à la Municipalité s'avère plus instructif.

Municipalité (7 sièges)
  2016 2011
Jean-François Clément (PS) 1'634 2'163
Myriam Romano-Malagrifa (PS) 1'587 2'113
Patricia Zurcher Maquignaz (PS) 1'344 -
Didier Divorne (POP) 1'281 -
Olivier Golaz (PLR) 1'279 911
Jean-Marc Dupuis (PLR) 1'188 777
Tinetta Maystre (Les Verts) 1'073 2'040
Karine Clerc (POP) 1'071 -
Florian Gruber (PLR) 1'036 -
Johnson Bastidas (POP) 952 -
Nathalie Jaccard (Les Verts) 761 -
Stéphane Montabert (UDC) 678 504
Gérard Duperrex (UDC) 606 -
Roland Delapierre (PEV) 144 -

Les résultats sont donnés par ordre décroissant. La comparaison avec les scores de 2011 est purement indicative: à l'époque, la gauche partait unie avec un ticket de cinq candidats (2 POP, 2 PS et 1 Vert) qui furent tous élus dès le premier tour. Il n'y eut pas de second tour à Renens, les deux candidats du PLR Olivier Golaz et Jean-Marc Dupuis obtenant leurs sièges tacitement.

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Dans le premier tour ci-dessus, chacun des six sortants emmena avec lui un ou plusieurs colistiers qui purent profiter de sa notoriété - la fameuse "prime au sortant". Les partis représentés à la Municipalité n'eurent donc aucun mal à occuper le haut du classement. Les six sortants et leurs cinq colistiers occupent fort logiquement les onze premières places. L'UDC vient ensuite, selon un résultat somme toute assez logique. J'obtiens un score personnel d'un peu moins de 16%, à comparer aux 38,5% engrangés par Jean-François Clément.

L'intérêt de cette élection à Renens portait surtout sur la recomposition de la gauche. En avançant trois candidats tout en annonçant briguer le poste de Syndic, les socialistes affichèrent leurs ambitions - et leur appétit. Ce premier tour ouvert permit de mesurer la force réelle de chaque parti. La figure historique du POP Marianne Huguenin s'étant retirée du jeu, les candidats socialistes dominèrent largement. Le "tout-juste-sortant" Didier Divorne, en poste depuis moins d'un an, se fit distancer alors qu'il est encore le mieux placé de son groupe. Vinrent ensuite les candidats du PLR. La Municipale verte se vit sévèrement sanctionnée, obtenant le plus petit score parmi les sortants, derrière la droite.

Renens, à la lausannoise

Lundi soir, les groupes politiques définirent donc leur stratégie pour la conquête des sept sièges de la Municipalité. Le terme de Nuit des Longs couteaux est sans doute trop ambitieux pour les petites cuisines de la politique renanaise!

Approché dès le dimanche par l'UDC pour une alliance électorale formelle au second tour, le PLR refusa sèchement. Contrairement aux discussions qui avaient pu avoir lieu en amont, ses responsables expliquèrent alors que leur objectif était de conserver leurs deux sièges et qu'ils n'auraient "rien à gagner" à déterrer la hache de guerre avec la majorité de gauche. Les électeurs de droite apprécieront. Bien entendu, cette fin de non recevoir douchait tout espoir d'un troisième siège de droite à la Municipalité, marque d'un rééquilibrage nécessaire. Écœuré par cette passivité, c'est avec un certain dégoût que je ressortis de cette entrevue déconcertante.

De leur côté, lundi soir, dans une ambiance de veillée d'armes, les trois partis de gauche installés dans trois salles différentes de la Salle de Spectacle de Renens tinrent conseil jusque tard dans la nuit. Le résultat du premier tour les avait en effet placés devant une situation apparemment inextricable. Compte tenu de ses cinq sièges sortants, comment respecter les vœux de toute la gauche plurielle? Le souhait du POP de garder la tête haute, le PS d'obtenir les trois sièges auxquels il prétendait et les Verts de préserver leur unique Municipale, gage de leur participation dans une alliance de gauche?

La continuité aurait voulu que le POP concède le transfert d'un siège municipal au PS, mais ajouté à la perte de la syndicature, cela commençait à faire beaucoup. J'imagine qu'à un moment quelqu'un s'interrogea naïvement à haute voix: "Au nom de quoi infliger ce sacrifice à la gauche? Pour que le PLR continue d'occuper joyeusement les deux derniers sièges de la Municipalité?"

Pas besoin d'être devin pour comprendre que la réponse était dans la question. L'équilibre d'une gauche renanaise "apaisée" passerait par la prise d'un siège de la minorité de droite. Toute la gauche serait satisfaite: le POP trouverait la continuité, les Verts le salut et le PS la victoire. Cette idée fut confortée par l'exemple de Lausanne où, la veille, un ticket de la gauche unie rafla 6 sièges municipaux dès le premier tour.

Il faut préciser que ce scénario avait été envisagé et expliqué au PLR par votre serviteur, mais le comité de ce parti refusa d'en tenir compte. Des rumeurs vraisemblables laissent entendre que des responsables de gauche auraient "promis" au PLR qu'il garderait ses deux sièges minoritaires s'il ne s'alliait pas avec l'UDC. Mais, en revanche, qu'il fasse mine d'attaquer un siège de la gauche dans une alliance PLR-UDC et la gauche le "punirait" en lui prenant un de ses deux sièges. Et le PLR aurait servilement acquiescé à ces conditions!

Mal lui en prit.

Le coup de Jarnac de la gauche s'explique facilement: quitte à trahir quelqu'un, les gauchistes préféreront toujours prendre pour cible la droite plutôt qu'un des leurs. Douloureuse leçon que le PLR de Renens vient, un peu tard, de comprendre!

En route pour le second tour!

L'assemblée de l'UDC se passa sereinement: comme le PLR nous avait fermé la porte, nous n'avions plus d'autre choix que de partir seuls. Même sans savoir ce qui se tramait, eu égard à nos électeurs, il eut été impensable de priver la population renanaise d'un second tour.

Mon co-listier Gérard Duperrex, arrivé deuxième, se retira avec élégance. Je fus fort logiquement acclamé pour me lancer.

Le second tour pour la Municipalité de Renens verra donc s'affronter:

  • Une liste "Renens, rose rouge vert" avec:
    • Jean-François Clément (PS)
    • Myriam Romano-Malagrifa (PS)
    • Patricia Zurcher Maquignaz (PS)
    • Didier Divorne (POP)
    • Karine Clerc (POP)
    • Tinetta Maystre (Les Verts)
  •  Une liste PLR avec:
    • Olivier Golaz (PLR)
    • Jean-Marc Dupuis (PLR)
  •  Une liste UDC avec:
    • Stéphane Montabert (UDC)

Neuf noms pour sept sièges. Il y aura des perdants. Autant dire qu'avec une droite désunie, nous ouvrons un boulevard pour que la gauche s'empare de six sièges à la Municipalité, laissant un strapontin à la droite.

Les électeurs de droite de Renens seront sans doute déçus, mais ils doivent savoir que le refus de l'alliance est le fait du PLR. Nous sommes les premiers à le regretter. Nous avons tendu la main au PLR et nous souhaitions faire un ticket commun au second tour, mais notre offre fut déclinée. Mis devant le fait accompli du coup de force de la gauche, ces messieurs du PLR ne pensèrent même pas à nous contacter ce matin, car pour qu'un désastre soit complet, il fallait également renoncer à tout plan de rechange...

Calculer ce qu'on a à perdre et se compromettre ne mène à rien. La leçon est rude mais nécessaire. Tout au plus peut-on espérer que le PLR sorte assagi de cette cure d'amaigrissement à l'exécutif. Je me réjouis de pouvoir en discuter avec MM. Golaz ou Dupuis sur les bancs du Conseil Communal, selon lequel y siégera à nouveau au soir du 20 mars.

28 février 2016

28 février: Oui à la libre-circulation des criminels!

Ce 28 février était un jour important de votation avec quatre objets fédéraux.

Référendum contre le projet de percement d'un second tube au Gothard (évoqué ici): le peuple était amené à se prononcer sur la stratégie prévalant lors des travaux de réfection du Tunnel du Gothard. Reliant les cantons d'Uri et du Tessin, l'unique tube routier doit être fermé pour réfection pendant trois ans. Après de nombreuses tergiversations, le Conseil Fédéral opta pour le percement d'un second tube qui permettrait de résoudre pour toujours les lancinantes questions d'entretien et d'améliorer la sécurité. Le vote portait sur de nombreux autres aspects comme l'intérêt porté au Tessin, la politique des transports ou l'Initiative des Alpes.

La gauche à l'origine du référendum fut en fer de lance sur ce dossier. Si ce n'est en Suisse romande, la sauce eut malgré tout mal à prendre: les Suisses comprenaient fort bien que malgré la propagande anti-mobilité le percement d'un second tube au Gothard n'était pas de l'argent "dilapidé", sachant qu'il y aurait au bout des travaux une solution pérenne pour un ouvrage routier d'importance internationale. La Suisse n'aurait plus à souffrir de tragédies comme l'accident de 2001 qui coûta la vie à onze personnes.

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Au final, le projet est accepté par 57% des citoyens. Les Tessinois votèrent à 57,8% pour et les Uranais à 55%, dans la moyenne.

Initiative "Pas de spéculation sur les denrées alimentaires": Le texte lancé par les Jeunes Socialistes ne faisait que traduire l'incompréhension totale des mécanismes du marché par les militants de ce parti, et en particulier ceux ayant trait aux denrées alimentaire, une des plus anciennes activités économiques de l'humanité. L'initiative étant promise à un échec cinglant dès les premiers sondages, elle ne gardait qu'un intérêt anecdotique en termes de mobilisation. Le résultat est là, avec 59,9% d'opinions défavorables. Je vous épargne une carte quasiment rouge vif, seuls le Jura et Bâle-Ville l'ayant soutenue.

Tout négoce alimentaire n'était pas formellement interdit par le texte des Jeunes Socialistes. En interdisant la "spéculation sur les denrées alimentaires", il aurait fallu réglementer les bénéfices réalisés sur ces transactions, c'est-à-dire mettre en place toute la bureaucratie nécessaire à cet examen. La division entre "transactions spéculatives" et "transactions non-spéculatives" aurait entraîné un imbroglio juridique inextricable et de nombreux recours. De plus, dans le cas d'une loi trop contraignante, les acteurs concernés auraient tôt fait de simplement partir pour des cieux plus cléments, privant la Suisse d'emplois et de recettes fiscales.

Mais, puisqu'ils partaient du bon sentiment de vouloir lutter contre la faim, j'invite la prochaine fois les militants socialistes à plutôt critiquer les divers régimes d'extrême-gauche présents, passés et à venir de par le monde (Venezuela, Pérou, Ethiopie) qui ruinent et affament leur population plus sûrement que n'importe quelle spéculation boursière. S'ils veulent vraiment lutter contre la faim, il y là bien du travail.

L'initiative "Pour le couple et la famille - Non à la pénalisation du mariage": l'initiative visait à stopper la pénalisation fiscale des couples mariés tant au niveau des rentes AVS que de l'impôt fédéral direct. Politiquement, elle eut le mérite de démonter que le PDC est encore capable de lancer une initiative et que l'UDC, loin du sectarisme dont on l'accuse régulièrement, est capable de soutenir un texte correct fut-il issu d'une formation politique concurrente (on attend la réciproque...)

Comme souvent l'enthousiasme initial du début de campagne alla s'amenuisant au fil du temps. Le texte mobilisa contre lui les bruyants lobbies LGBT car il formalise dans la Constitution le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme, bien que cela corresponde à la pratique actuelle dans le droit helvétique ; et la gauche vit dans la réduction des injustices fiscales une possible réduction d'impôts pour les couples les plus riches, un véritable chiffon rouge agité devant ses yeux - même si l'inégalité de traitement des couples mariés est dénoncée par le Tribunal Fédéral depuis 1984.

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Au final, l'initiative est refusée du bout des lèvres par une Suisse divisée. 50,8% des votants la refusent, bien qu'elle passe l'écueil de la majorité des cantons en emportant le soutien de dix-huit d'entre eux.

L'Initiative de Mise en Œuvre du Renvoi des Criminels Étrangers (évoquée ici): last but not least, le texte de l'UDC était le phare de cette élection et sans conteste l'enjeu le plus symbolique. Il est au-delà de ce modeste compte-rendu de relater toute la campagne et les raisons de son refus, qui feront l'objet d'une analyse séparée.

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Pour l'instant, bornons-nous à rapporter que l'initiative fut sèchement rejetée avec 58,9% de Non, bien qu'elle passe la rampe dans six cantons. Le Oui le plus fort est d'ailleurs venu du Tessin avec 59,4% d'approbation.

Le rejet de l'Initiative de Mise en Œuvre fait passer à la place la loi d'application concoctée par le Parlement suite à l'initiative de 2010. Cette loi subordonne les renvois aux "cas de rigueur". Autrement dit, la justice continuera sur la lancée de la pratique actuelle: n'importe quel motif d'empêcher le renvoi d'un criminel étranger, si ténu soit-il, permettra à celui-ci de continuer à vivre en Suisse. Et d'y récidiver, ou de rencontrer à nouveau une de ses victimes... Mais qu'importe la sécurité de la population lorsqu'il s'agit d'infliger une défaite politique à l'UDC!

Il n'est pas moins ironique de constater que ce refus tombe la semaine même où l'Allemagne décide de son côté d'expulser même les requérants d'asile criminels. Les gens n'ont sans doute pas réalisé qu'ils venaient de revenir sur leur décision de 2010 et de vider cette première initiative de l'essentiel de sa substance.

En résumé, le peuple suisse vient d'approuver la libre-circulation des criminels. Espérons pour lui qu'il n'en souffre pas trop, car la saga vient sans doute de se terminer. Ayons juste une pensée émue pour les futures victimes des récidivistes, et les contribuables qui continueront à grands frais à bâtir des prisons sous-dimensionnées.

 


 

Ce 28 février représente une nouvelle victoire de la classe politique face au peuple. Trois initiatives furent repoussées et un référendum rejeté, selon l'avis du gouvernement et du Parlement - et expliquent finalement un résultat relativement sans surprise.

Grisé par le succès de quelques initiatives qui réussirent ponctuellement à survivre au barrage médiatico-politique, certains analystes (moi le premier!) ont tendance à espérer que les choses changent, que le peuple suisse s'éveille enfin et prenne son destin en main. C'est oublier un peu vite l'équilibre statique de la classe politique dans les instances élues à tous les niveaux. L'immobilisme est une des composantes principales de la politique helvétique.

Alors que les élections fédérales sont encore fraîches, ce scrutin est là pour nous le rappeler.

26 février 2016

Vote, mensonges et vidéos

Alors que nous entrons dans la dernière ligne droite du vote du 28 février les forces en présence jettent leur ultime énergie dans la bataille. Chacun tente de mobiliser les partisans de son camp et les réseaux sociaux sont un moyen privilégié pour y parvenir.

Les buzz anti-UDC du moment, évidemment relayés avec empressement par les médias, concernent par exemple la vidéo "anti-macho" de Camille Carron. La jeune femme s'insurge contre un tout-ménage de l'UDC invitant les gens à voter pour le renvoi des étrangers criminels pour protéger "leurs femmes et leurs filles". Coup de gueule improvisé de l'adolescente de 19 ans qui la jeta sur le devant de la scène peut-être plus qu'elle ne l'aurait voulu elle-même. Une interview montre que les limites de sa réflexion politique sont assez vite atteintes :

Camille Carron: (...) À la base, c’était juste un peu d'humour pour montrer tout de même mon indignation devant le slogan de l'UDC. Beaucoup de gens m’ont alors parlé des agressions à Cologne. Cependant, ce n'était pas le thème de ma vidéo. Je voulais parler du statut et de l’image de la femme au sein de l'UDC et non pas de la votation elle-même. Je tiens aussi à dire que je ne suis pas anti-UDC, je pense qu’il y a du bon partout. Je vote les idées pas les partis.

Alimuddin Usmani : Les gens vous parlent des agressions sexuelles de Cologne car il est évident que l’UDC, dans l’affiche que vous brandissez au début de la vidéo, fait une allusion à l'actualité qui s’invite dans cette votation qui vise à expulser les criminels étrangers. Que pensez-vous de ce qui s'est passé à Cologne?

Camille Carron : Voilà, écoutez, je vous ai dit ce que j’avais à dire. Je ne m'attendais pas à ça. J'assume tout à fait mais j'ai une vie d'étudiante à côté et je ne voudrais pas que tout ça perturbe trop mes études. Mais merci de votre intérêt.


La forme plutôt que le fond... Il vaut mieux, en effet. Face à un scrutin crucial qui pourrait décider de la continuité de notre mode de vie, on est quelque peu atterré par la superficialité des arguments employés par les adversaires de l'initiative. On jette aux orties un texte constitutionnel parce qu'on n'aime pas un slogan? Un visuel de campagne? Une phrase? Et on nous parle ensuite de "superficialité"?! Cela prêterait à rire si le sujet n'était pas si grave.

Mais, parlant de fond, un nouveau pallier fut atteint quelques jours plus tard avec une autre vidéo évidemment relayée dans Le Matin: le complot des moutons. Dans ce clip joyeusement monté, quatre moutons blancs, interprétés par trois femmes blanches et un homme blanc, courent à Lausanne autour de la place de la Palud pour attraper un pauvre mouton noir inquiet - interprété par une femme noire. Mais tout est bien qui finit bien: les moutons blancs ne cherchaient le mouton noir que pour lui faire de gros câlins. Et le clip politique de s'achever sur les slogans "Ne sois pas un mouton. Tu n'es pas raciste!" et, bien sûr, "Non à l'initiative de mise en œuvre".

La vidéo est visible ici:

On se demande ce qui est le plus consternant: l'utilisation d'une personne noire pour évoquer un mouton noir? Le raisonnement gauchiste qui apparente tous les étrangers à des criminels? L'amalgame entre le renvoi des criminels, gage de paix et de sécurité, et le racisme? La bêtise générale de la campagne qui, loin d'amener l'électeur à la réflexion, l'invite à se comporter comme un mouton de Panurge?

Il est assez triste de voir ce genre d'expédient employé dans une campagne politique aussi importante, parce que son existence même implique qu'un certain public y soit sensible.

Mais quitte à parler des enjeux en vidéo, voyons donc un autre message, celui d'une jeune Allemande de seize ans qui n'en revient pas d'assister en direct à la destruction de son pays à travers l'immigration totalement incontrôlée de centaines de milliers d'individus allogènes au comportement souvent criminel. Un véritable cri du cœur que tout le monde devrait voir, en particulier les plus jeunes, car c'est bien leur avenir dont il est question ici...

Cette vidéo-là fit elle aussi le buzz - avant que facebook ne décide unilatéralement de la supprimer. N'en subsiste que la version anglaise sous-titrée, qui attira tout de même plus de 400'000 vues en un mois.

Bizarrement, aucun média romand n'en parle. J'aurais bien aimé une petite discussion entre Camille Caron et cette jeune fille de trois ans sa cadette.

Alors que l'Europe se déchire sur les hordes de faux requérants d'asile, que les agressions sont toujours plus nombreuses et que Mme Sommaruga se bat à Bruxelles pour que la Suisse reçoive plus de ces migrants, la votation sur les criminels étrangers du 28 février est probablement la dernière chance d'éviter l'écueil avant qu'il ne soit trop tard.

Votez.

24 février 2016

Et pourquoi pas une RTS de droite?

Un lecteur me pose la question:

Vous dénoncez régulièrement et à juste titre la SRG/SSR pour sa vision de gauche... J’ai lu que 70% des journalistes sont de gauche. J’imagine que les dirigeants de la SRG/SSR aussi.

J’ai alors deux questions à ce sujet.

  • Qui nomme ces dirigeants ?
  • N’y aurait-il pas moyen d’avoir des personnes de droite à la direction de la SRG/SSR ?


Bonnes questions qui appellent évidemment une réflexion plus profonde sur le sens des médias et de leur orientation en général. Mais commençons par le commencement.

Entre un temps de parole minimisé dans Infrarouge à des reportages biaisés visant à inférioriser la population helvétique en passant par une couverture totalement partisane des sujets en votations, la RTS se distingue particulièrement. Elle ne fait même pas semblant.

médias,propagande,redevance,roger de weckMon interlocuteur se doute que le directeur de la SRG/SSR est un homme de gauche, et il a évidemment raison: non seulement Roger de Weck, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est partisan en diable, mais il en est en plus extrêmement fier. Et rudement bien payé. Roger de Weck fut nommé en 2010 par le conseil d'administration de la SRG SSR, comportant neuf membres:

  • Les quatre présidents des sociétés régionales.
  • Trois membres nommés par l'Assemblée des délégués.
  • Deux membres désignés par le Conseil fédéral.

Les présidents des sociétés régionales sont mentionnés sur Wikipedia. Le grand public ne connaît pas forcément les personnalités de ce sérail, mais on trouve assez facilement un engagement à gauche - ou à tout le moins anti-UDC - de la plupart de ces gens.

Deux tiers des membres sont choisis par des instances politiques disparates (le Conseil Fédéral et un système complexe de représentation linguistique des cantons), un tiers par la propre corporation des journalistes. Ce mode de désignation laisse les coudées franches à des individus carriéristes et politiquement "bien orientés", avec tout ce que cela implique sur les débats du moment: condescendants envers l'UDC et son électorat, pro-européens, pro-migrants, réticents face à la démocratie directe, etc.

Fiction médiatique

Imaginons que par un étrange concours de circonstances (accident cérébral, erreur de casting, remplacement par un clone extraterrestre) la SRG/SSR se retrouve avec un directeur de droite. Que se passerait-il alors? Probablement rien. Outre que les entités régionales de la régie publique représentent autant de citadelles idéologiques inexpugnables, les autres directeurs se contenteraient de courber l'échine en attendant que l'orage passe, opposant une résistance passive à toute tentative de réforme sérieuse.

Si le directeur devenait un peu trop pressant, il suffirait de monter contre lui une cabale (relayée par exemple par des copains dans les rédactions de presse histoire de donner l'illusion d'un point de vue extérieur) pour dénoncer l'odieuse tentative de "droitisation" d'un service public. Des procès en sorcellerie ont mené au bûcher pour moins que ça.

Autrement dit, le directeur de la SRG/SSR n'est que la partie émergée de l'iceberg. Si ses positions et sa rémunération peuvent énerver, il n'est que le symptôme d'une affliction profondément ancrée dans le monde journalistique: la certitude de faire partie d'une élite intellectuelle, le besoin de "guider" l'opinion publique, de critiquer la société hôte et de dénoncer ses impairs, le tout enchâssé dans une solidarité sans faille avec les partisans de la même ligne, collègues de travail ou politiciens, entraînant un deux-poids-deux-mesures permanent.

Des médias de droite, pourquoi faire?

Les nombreux Suisses indignés par le parti-pris des médias publics se satisferaient-ils d'une couverture médiatique tout aussi biaisée dans l'autre sens? Probablement pas. Si l'idée d'un directeur de droite relève de la science-fiction, elle n'est même pas souhaitable. Les gens aimeraient avant tout une couverture médiatique aussi équilibrée que possible, sans aucune omertà. Et là, il y a du travail.

L'exemple américain de Fox News est intéressant. La chaîne - vouée aux gémonies en Europe par des gens qui n'ont sans doute jamais vu une seule de ses émissions - détrôna la très démocrate CNN non en proposant une information de droite, mais une information équilibrée. Le slogan fair and balanced de la chaîne renvoie à une attitude non-partisane. Par exemple, un présentateur appellera un Républicain et un Démocrate à commenter chacun leur tour un sujet politique. Bien entendu, imaginer un temps de parole égal est déjà une hérésie pour la plupart des journalistes européens ; de là leur haine viscérale contre la chaîne.

Soyons clair: l'existence de médias de gauche ne pose pas de problème particulier. Lorsqu'ils s'efforcent de vivre par leurs propres moyens, comme Le Courrier, la démarche est même parfaitement respectable. La question est plus épineuse lorsque les médias en question bénéficient d'un monopole légal. Elle devient carrément dérangeante lorsqu'ils vivent de surcroît de l'argent des contribuables.

La solution n'est probablement pas de nommer ou d'espérer la venue d'un directeur de droite à la SRG/SSR, mais de laisser les gens libre de s'informer au lieu de les assommer de propagande avec leurs propres impôts. Je soutiens donc l'initiative No Billag.

Face à une information officielle tendancieuse, moralisatrice, et choisissant soigneusement ses sujets pour empêcher la population de réaliser l'ampleur des dangers qui la menacent, le terme récent de "réinformation" prend de l'ampleur. Le succès de canaux parallèles sur Internet, à commencer par Lesobservateurs.ch en Suisse, démontre clairement un besoin de la population. Car sans information correcte, la démocratie n'a plus aucun sens.

22 février 2016

David Cameron et la sanction de l'Histoire

Dans un exemple d'hypocrisie qui restera dans les annales, David Cameron plaidera pour le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'Union Européenne.

Cameron_announces_referendum.pngLa tournée européenne du Premier Ministre britannique dans plusieurs capitales pendant quatre mois s'acheva en fin de semaine par un sommet européen qui devait sceller le futur de la relation entre le Royaume-Uni et les autres pays de l'UE, et à travers lui de nouvelles relations potentielles entre membres. Tout cela participait à sa grande stratégie de "changer le système de l'intérieur" et  de ne conclure un accord "qu'en obtenant ce dont la Grande-Bretagne a besoin".

Auréolé d'une réputation d'âpre négociateur, il sortit victorieux d'un sommet de 30 heures en annonçant qu'il ferait désormais campagne "avec tout son cœur et toute son âme pour persuader le peuple britannique de rester dans l'Union européenne réformée".

L'Union européenne réformée? Un bien grand mot pour les concessions que M. Cameron parvint à obtenir. La presse anglaise ne fut d'ailleurs pas tendre avec les accords passés. «Maigre gruau», titra l'éditorialiste du Times«Maigres gains» pour The Daily Telegraph. Le Daily Express posa carrément la question: «Tu appelles ça un accord, Dave?»

Au moins les Britanniques sont fixés sur la date du référendum. Celui-ci aura lieu le 23 juin. Mais s'il y a encore de nombreuses incertitudes - rappelons que les réformes obtenues par M. Cameron doivent encore être avalisées d'ici-là par tous les gouvernements des pays membres de l'UE - sur quelle "nouvelle relation" les citoyens vont-ils donc s'exprimer?

Les points de l'accord semblent varier autant que les sources qui en parlent, ce qui donne une idée du flou artistique entourant un texte composé à l'arraché pour tenter de sauver les meubles de l'Union. Quitte à piocher une source, voyons ce qu'en disait à chaud Le Matin:

Immigration - Cameron a obtenu une clause de sauvegarde de sept ans sur certaines aides sociales pour les nouveaux migrants, qui permet de limiter graduellement les versements. Les allocations familiales aux enfants de migrants ne résidant pas en Angleterre dépendront du niveau de vie du pays où ils vivent.


Cameron demandait un moratoire de quatre ans pour toutes les allocations sociales à destination des migrants européens candidats aux aides et logements sociaux, et l'arrêt du versement d'allocations familiales pour ceux dont les enfants ne sont pas en Angleterre. C'est donc un échec puisque non seulement la marge de manœuvre est bien plus faible, mais le mécanisme est limité aux sept prochaines années.

Le Carton Rouge - David Cameron a obtenu pour le Royaume-Uni une exemption qui permet d'utiliser un système de "carton rouge" pour opposer des vétos à Bruxelles. Le système doit être inscrit dans les traités en cas de remaniements de ceux-ci. Toutefois, le "carton rouge" sera compliqué à brandir : il est présent sous condition d'une alliance de 55% des votes alloués aux parlements nationaux. Cameron a indiqué qu'il prévoyait de prendre de nouvelles mesures pour protéger la souveraineté britannique.


Cameron demandait que les parlements nationaux puissent opposer un veto à toute législation européenne et ne semble même pas satisfait sur ce point-là. Les conditions associées à l'emploi de ce carton rouge le rendent totalement impraticables puisqu'il implique une majorité... On est donc complètement à l'opposé d'un système permettant à un pays isolé, ou même plusieurs pays en minorité, de se défendre.

Politique de la Zone Euro - David Cameron revendique avoir obtenu des protections pour la City contre toute discrimination des pays utilisant l'euro. Il a estimé que l'UE reconnaît "pour la première fois" avoir plusieurs monnaies. Toutefois, le vocabulaire du texte reste vague: les institutions de l'Union "faciliteront la coexistence entre plusieurs perspectives". Jean-Claude Juncker a insisté que l'accord n'accordait aucun veto à Londres en matière de décision.


Il fallait bien la menace d'un éclatement de l'UE pour qu'elle admette l'existence de plusieurs monnaies sur son sol... Mais Cameron n'a strictement rien obtenu au-delà d'une déclaration de principe juridiquement non contraignante.

Et c'est tout. Comparée à ses revendications initiales, la récolte s'avère bien faible. Pas de quotas d'immigration. Pas de retrait de l'objectif d'une Union "sans cesse plus étroite" du Traité de Rome de 1957. Pas de renforcement du marché unique par exemple dans le domaine numérique. Pas de possibilité de retour dans les parlements nationaux de compétences abandonnées à Bruxelles. Pas de réduction de la lourdeur administrative européenne.

Au bout du compte, et même si cela constitue un énorme effort de la part d'une Union Européenne sclérosée, ces modifications ne représentent pas grand-chose. Les titres de la presse anglaise sont peut-être acerbes, mais ils sont sincères. Malgré les déclarations hyperboliques d'un Premier Ministre satisfait, le peuple anglais reste sur sa faim. Ces réserves ne concernent pas que les simples citoyens. Nigel Farage, leader du parti UKIP qui taille des croupières aux Conservateurs depuis quelques années, qualifie l'accord de "pathétique" et on n'en attendait pas moins de lui. Mais la rébellion gronde largement jusque dans les rangs du Parti Conservateur. Pour l'instant, cinq Ministres et une Conseillère d’État se sont ainsi rangés en faveur du divorce. Dimanche soir, le célèbre maire de Londres, le conservateur Boris Johnson, annonça "qu'après une longue conversation avec lui-même" il plaiderait lui aussi pour quitter l'UE.

A ce stade l'issue du référendum est incertaine et les Bookmakers se frottent les mains. David Cameron n'aura pas la partie facile. Il devra faire face à forte opposition jusque dans ses propres rangs. Parviendra-t-il à faire rêver ses concitoyens en leur parlant d'Europe? Les effrayera-t-il en leur expliquant que ce continent en perdition, englué dans des crises toujours plus violentes, est l'unique planche de salut de l'économie anglaise? Quel public sera assez complaisant pour gober que l'accord arraché à Bruxelles le 19 février est exactement ce qu'il fallait à la Grande-Bretagne?

David Cameron aurait pu passer à la postérité pour être l'homme qui a démoli cette construction collectiviste antidémocratique qu'on appelle Union Européenne. Il aurait pu être, sur les traces de Margaret Thatcher, l'homme qui rendit sa fierté et son indépendance au Royaume-Uni. A la place, des calculs politiques piteux pour sa réélection de 2015 le font jouer perdant sur tous les tableaux.

Soit le Royaume-Uni quitte l'Europe et David Cameron clôturera sa carrière politique sur cet échec mortifiant, soit il y reste du bout des lèvres et David Cameron passera alors à la postérité comme un politicien sans saveur de plus, prétendant opposer une résistance farouche à l'Union Européenne mais s'accommodant du premier os qu'elle lui jette.