22 février 2017

Donald Trump contre le Deep State

Fraîchement nommé dans l'équipe Trump, le Conseiller à la Sécurité Nationale Michael Flynn fut poussé à la démission le 13 février 2017. Le motif de son départ reste sibyllin: il aurait donné au vice-président Mike Pence des informations "incomplètes" sur ses discussions téléphoniques avec l'ambassadeur de Russie durant la période de transition.

En réalité, M. Flynn n'est que la première victime d'une longue guerre qui oppose Donald Trump d'un côté et le Deep State de l'autre.

À l'origine du Deep State

Qu'est-ce que le Deep State? En français, on l'appellerait l'État dans l'État - une bureaucratie enkystée, puissante, inamovible, contre laquelle la volonté de réforme des politiciens élus, forcément transitoires, finit immanquablement par se fracasser comme l'écume sur les rochers.

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Le Deep State américain est probablement assez ancien mais s'enracina en particulier grâce au triste manque de clairvoyance d'un Président que l'on n'aurait jamais imaginé dans ce rôle, Ronald Reagan. Avant lui, la coutume voulait que tous les fonctionnaires fédéraux soient limogés à la faveur d'un changement de majorité. Le candidat vainqueur débarquait avec des milliers de nouveaux employés pendant que les précédents pliaient bagages. C'est pour cela que l'on parlait, et que l'on parle toujours par abus de langage, de "l'Administration" du Président - comme si chacun venait repeupler Washington, D.C. avec les siens.

Tout cela changea avec Roland Reagan. Reagan annonça pendant sa campagne présidentielle qu'il mettrait fin à une pratique privant des milliers de gens de leur travail au lendemain d'une élection, et tint sa promesse. Il nomma bien sûr des Secrétaires d'État et des fonctionnaires de haut niveau à ses côtés, mais le reste de l'appareil fédéral resta intact. La pratique fut perpétuée par ses successeurs. Un geste humaniste permit ainsi l'émergence progressive d'une caste de fonctionnaires carriéristes et finalement inamovibles.

Les Démocrates avaient annoncé la couleur dès le lendemain de leur défaite contre Trump, lorsqu'une haute responsable du parti rappela aux militants pour leur garder espoir: "Nous gardons encore une minorité de blocage au Sénat, et le contrôle de l'administration."

Pourquoi le Deep State est-il marqué à gauche? La réponse tient au point de vue fondamentalement antagoniste des Démocrates et des Républicains sur le rôle de l'État. Pour les premiers, il est un outil au service de leur cause ; pour les seconds, un mal nécessaire qu'il s'agit de contenir. Aux États-Unis comme ailleurs, les fonctionnaires verront donc d'un fort mauvais œil un parti visant à diminuer leur nombre. De même, les plus fortes phases de croissance de l'État sont souvent la marque de politiques collectivistes assez classiques, pendant lesquelles les nouveaux venus ont souvent le profil idéologique adéquat.

Le Deep State américain est donc profondément enraciné et hostile aux valeurs incarnées par Donald Trump.

Le Deep State aujourd'hui

La page Wikipédia du Deep State américain (en anglais) a été créée le 7 janvier 2017. Elle décrit dès le départ quelques tentacules possibles de l'entité:

Selon Philip Giraldi, le noyau du pouvoir est centré sur le complexe militaro-industriel, la communauté du renseignement et Wall Street, tandis que Bill Moyers pointe du doigt les ploutocrates et les oligarques. Le Professeur Peter Dale Scott mentionne également les entreprises pétrochimiques ("Big Oil") comme joueur clé, alors que David Talbot se concentre sur les officiers de la Sécurité Nationale, en particulier Allen Dulles.


Toute l'opposition à Trump ne relève pas du Deep State, loin de là. Hollywood, les médias, certaines entreprises de la Silicon Valley ou le Parti démocrate lui-même sont des adversaires résolus de Trump. C'est leur droit le plus strict, mais le Deep State fait ici référence à autre chose: une partie de l'État qui renie son devoir de servir pour miner et contester l'administration en place. Nous en avons un aperçu avec la démission de Michael Flynn.

usa,donald trumpMichael Flynn est un ancien général d'armée. Il était haï par les adversaires de Trump parce qu'il entendait traiter la Russie en adversaire et non en ennemi, et parce qu'il identifiait clairement l'islam radical comme la source de nombreux problèmes du monde.

Pendant la "phase de transition" entre les Administrations Obama et Trump, des journalistes reçurent des informations - des fuites vraisemblablement organisées depuis l'intérieur des services de renseignement - impliquant des conversations téléphoniques entre Michael Flynn et Sergey Kislyak, l'ambassadeur de Russie aux États-Unis. Ces discussions portaient sur une éventuelle atténuation des sanctions par l'Administration Trump.

Les médias attaquèrent en prétextant une violation du Logan Act, exhumant pour l'occasion une loi de 1799 visant à interdire l'établissement d'une "diplomatie parallèle" et qui ne fut jamais employée pour poursuivre le moindre citoyen américain. Michael Flynn expliqua au Vice-Président Mike Pence que ces discussions n'avaient pour but que de préparer une conversation téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine.

Vint alors une seconde attaque, plus violente. Les services de renseignement firent remonter l'information selon laquelle Flynn serait désormais "potentiellement vulnérable à un chantage russe". La raison? Il aurait été "flou" sur la teneur exacte de ses propos avec l'ambassadeur... Propos d'autant plus faciles à analyser qu'ils furent gracieusement fournis aux journalistes!

Souhaitant éviter d'embourber la jeune Administration Trump dans un scandale, Michael Flynn démissionna, contre l'avis du Président. La démission de l'ancien général fut immédiatement présentée comme une preuve de sa duplicité.

Les adversaires de Trump purent sabler le champagne - ils venaient de faire leur première victime. Les partisans de Trump y virent des signes plus inquiétants: l'espionnage des membres de l'Administration par leurs propres services de renseignement et la fuite régulière d'informations secrètes auprès de médias engagés.

Notons qu'à ce stade, outre que M. Flynn n'a pas été mis en cause par la justice, le grand public n'a jamais réussi à lire une transcription de la fameuse conversation entre lui et M. Kislyak. Nous devons nous contenter de ce qu'en disent les journalistes.

Disons-le franchement, l'éviction de Michael Flynn relève de motifs dérisoires - des services secrets montant un dossier au nom de l'éthique alors qu'ils avaient piraté jusqu'au téléphone portable d'Angela Merkel... L'affaire montre en tout cas l'implication du Deep State dans une guérilla soutenue contre un gouvernement qui peine à se mettre en place sous les assauts des médias et de l'opposition démocrate.

Une issue incertaine

usa,donald trumpLa bataille qui s'annonce entre Donald Trump et le Deep State sera brutale, et déterminera probablement le succès ou l'échec du mandat du Président. Parviendra-t-il à ramener les services de renseignement américains sous son contrôle?

L'affrontement sera d'autant plus difficile à mener que le Deep State a des alliés jusque dans le camp républicain. L'affaire grotesque du dossier russe - qui s'est écroulée depuis - eut lieu grâce à John McCain, un ennemi intime de Donald Trump, en mèche avec de nombreux agents du renseignement.

McCain et Trump ont beau appartenir au même parti, à peu près tout les oppose. Mais John McCain n'est pas un énième militant anti-Trump. Il est élu au Congrès depuis 34 ans, dont 30 au Sénat. Il préside la puissante Commission des Armées, qui gère notamment les 600 milliards de budget annuel du Pentagone. Il fut candidat républicain en 2008 à l'élection présidentielle, témoignage de la force de ses réseaux à l'intérieur du Grand Old Party.

L'éviction de Michael Flynn eut au moins le mérite de faire comprendre à Donald Trump qu'il avance sur un terrain miné. Ses ennemis ne lui feront pas de cadeau. Les "fuites" soigneusement organisées risquent de se poursuivre pendant tout son mandat.

De par sa nature, le Deep State vise à traverser le temps et les vents contraires. Il est bâti pour résister à des événements défavorables comme l'élection de Donald Trump. Il s'est renforcé pendant des décennies. Sur le papier, les chances de victoire de Donald Trump paraissent bien faibles ; mais ce dernier a aussi prouvé à maintes reprises qu'il était homme à déjouer les pronostics.

16 février 2017

Les immigrés plus diplômés que les Français ?

Dans une opération de propagande digne des plus grandes heures de La Pravda, un journaliste du Matin, Jonathan Zalts, se fait l'écho d'un article du Monde sur le niveau d'éducation des migrants. Son article est intitulé "Les immigrés plus diplômés que les Français" - oui, il n'y a pas de point d'interrogation. C'est une affirmation.

L'article n'y va pas par quatre chemins:

Dans son travail intitulé «Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine» relayé par Le Monde, le chercheur de l'INED (Institut national d’études démographiques) Mathieu Ichou met au jour une théorie bien éloignée de l'image du migrant primitif débarqué en haillons de son canot (sic).

Il révèle ainsi que certains groupes sont généralement plus diplômés que la population française. Par exemple, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France posséderaient selon lui un diplôme de l’enseignement supérieur alors que seulement 27% des Français peuvent se targuer de pareille qualification. Le chercheur indique des chiffres similaires pour d'autres diasporas comme les Chinois, les Vietnamiens ou encore les Polonais. (...)

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La photo d'illustration de l'article montre quelques immigrés roumains,
chinois, vietnamiens ou polonais typiques.

Et de conclure d'un ton rieur:

Une étude qui risque de faire grincer quelques dents du côté du Front National.


A ce stade, on hésite: est-ce un poisson d'avril? Une attaque raciste anti-française? Un troll? Une simple fake news?

Creusons.

Le Monde, tel qu'il est

Le pamphlet du Matin vient d'une publication amie, Le Monde. Le titre de l'article est plus neutre: "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général". Le ton est moins ouvertement polémique. D'ailleurs, le texte comporte quelques précisions dont l'article du Matin ne s'embarrasse pas:

Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux [de diplôme de l’enseignement supérieur], comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).


On passe donc de "Les immigrés" à "certains groupes d'immigrés, mais pas les Marocains, les Tunisiens ou les Algériens". L'effet est amoindri. Cela n'empêche pas le journaliste du Monde de se livrer au prêche habituel:

En France, le migrant reste, souvent, perçu comme un pauvre hère débarqué en haillons. Cette mythologie s’éloigne pourtant de plus en plus de la sociologie réelle de l’exilé. Même assignés au maniement du balai ou à un poste de vigile, les migrants installés dans l’Hexagone ont souvent des diplômes en poche.


Ah, l'éternel conte du videur de boîte de nuit BAC+5 mais contraint par le destin à se cantonner à de petits boulots... Il est tellement facile de ne pas tenir compte de quelques éléments connexes comme l'équivalence entre les diplômes internationaux ou les besoins réels du marché du travail. Si je reconnais bien volontiers que les immigrés sont parfois mieux formés que les autochtones - j'en suis un parfait exemple - cela ne correspond pas à une généralité, en particulier pour des pays qui ne parviennent pas à appliquer un principe d'immigration choisie.

Et si nous allions examiner cette fameuse étude?

Population & Sociétés, février 2017, par l'INED

L'avantage du monde scientifique est, en général, dans sa transparence. Mathieu Ichou est Chargé de recherche à l'INED. Son article n'apparaît pas (ou peut-être pas encore) dans sa bibliographie. En réalité, le document cité par Le Monde et Le Matin est simplement diffusé dans le numéro de février de la revue mensuelle Population & Sociétés de l'INED, une modeste publication de quatre pages.

La publication contient en fait deux articles. Le premier, de Mathieu Ichou, présente sur deux pages et demie le niveau d'éducation des immigrés en France selon leur origine. Données statistiques à l'appui, il relève que les immigrés sont généralement plus instruits que la plupart des personnes restées dans leur pays de naissance - et non par rapport au pays d'accueil, ce qui n'est pas du tout la même chose.

L'étude statistique souffre malgré tout de quelques faiblesses. Toutes les données datent de 2012, c'est-à-dire aux balbutiements de la guerre en Syrie. Elles ne recouvrent donc absolument pas les populations venues en Europe à la faveur de ce qui sera appelé plus tard la "crise migratoire", et qui modifiera en profondeur le visage de l'immigration sur le Vieux Continent. On peut supposer qu'en 2012 les gouvernements étaient encore à peu près capable d'identifier les immigrés et de saisir leur niveau de formation ; en 2017, les services d'accueil, dépassés, ne savent même plus distinguer les mineurs des adultes.

La seconde faiblesse tient évidemment à la proportion des différentes populations immigrées elles-mêmes. On peut certes clamer que les immigrés vietnamiens sont en moyenne plus instruits que les Français autochtones, mais quelle est la proportion de ces ressortissants vietnamiens face aux Algériens, aux Turcs ou aux Sénégalais qui sont, eux, bien moins lotis? En laissant de côté cette dimension essentielle, tancer les gens pour leurs "idées fausses à propos de l'instruction des immigrés" relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Le numéro 541 de Population & Sociétés contient un second article par Anne Goujon. D'une seule page, il a le mérite de présenter des données plus récentes, collectées en 2015 en Autriche. L'article rappelle que les immigrés sont en général des gens plus riches que la moyenne dans leur pays - les plus pauvres n'ayant même pas de quoi voyager - et relie cette richesse à leur niveau d'instruction. Il établit ensuite un tableau de comparaison entre le niveau d'éducation de certaines nationalités et le compare aux Autrichiens:

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Niveaux d'instruction des réfugiés en Autriche, comparé à ceux des Autrichiens
et de la population générale dans les pays d'origine (cliquez pour agrandir)

On notera donc que les populations immigrées de ce panel sont toutes moins bien formées que les Autrichiens, à l'exception d'une seule catégorie, les Irakiens ayant fait des "études post-secondaires". Cette maigre exception reste suspecte: dans un pays tellement plongé dans le chaos qu'il n'est même plus capable d'établir des statistiques d'éducation de sa propre population - alors que même l'Afghanistan y parvient - que valent des "études post-secondaires"? On peut douter du niveau d'enseignement de l'Université de Bagdad depuis la chute de Saddam Hussein il y a quatorze ans...

Enfin, la qualité de ces chiffres est elle-même sujette à caution, sachant que beaucoup d'immigrés illégaux mentent non seulement sur leur origine et leur âge, mais aussi sur leur niveau de formation s'ils pensent pouvoir diminuer ainsi leurs chances d'être refoulés.

Quoiqu'il en soit, pour l'essentiel et sans même tenir compte des nombreux biais et erreurs de mesures, les populations immigrées sont en général loin d'avoir le niveau éducatif des habitants des pays occidentaux qu'elles rejoignent.

Retour à la réalité

L'article du Matin représente un cas d'école de la façon dont un travail scientifique est progressivement exagéré et déformé pour finir en manchette outrancière, passant de "Les migrants sont mieux formés que leur population d'origine" à "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général" pour finir avec un "Les immigrés [sont] plus diplômés que les Français". Mais combien de gens se seront donné la peine de remonter à la source?

L'analyse statistique donnée par les chercheurs de l'INED entre en conflit direct avec la mesure empirique de la réalité, brutalement rencontrée par l'Allemagne. Ainsi, le Gatestone Institute se fait l'écho de quelques faits contradictoires:

Une enquête réalisée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung a révélé que les 30 plus grandes entreprises allemandes ont employé seulement 54 réfugiés, dont 50 ont été embauchés comme coursiers par Deutsche Post, le prestataire logistique. Les dirigeants d'entreprise ont déclaré que le principal problème des migrants est qu'ils n'ont pas de qualifications professionnelles et parlent mal l'allemand.

Selon l'Office fédéral du travail, le niveau d'instruction des migrants récemment arrivés en Allemagne est beaucoup plus faible que prévu : un quart seulement dispose d'un diplôme d'études secondaires, et les trois quarts n'ont aucune qualification. Quatre pour cent seulement des nouveaux arrivants sont hautement qualifiés.


Loin des diplômés universitaires en puissance présentés par les chercheurs de l'INED, la plus grande partie des migrants d'aujourd'hui s'apparente à de pauvres hères à peu près inemployables. Ils n'en sont pas moins dignes de respect, car celui-ci ne se mesure pas en niveau de formation. Mais cela a un impact direct sur leur avenir au sein des sociétés occidentales.

Nos économies développées ne laissent plus guère de place à des petits boulots sans qualification pour les éléments les plus faibles de la société - une porte refermée bien avant la crise migratoire. Le niveau éducatif réel des migrants est donc l'enjeu d'une bataille idéologique importante. Sont-ils un atout pour le futur de nos sociétés, ou une charge permanente sur la collectivité?

Les chiffres d'emploi des demandeurs d'asile en Allemagne, en Suède, en Suisse et dans d'autres pays ne poussent guère à l'optimisme. Avec la crise migratoire et sans même aborder les questions de communautarisme ou de criminalité, les Européens ont vraisemblablement fait entrer sur leur sol des populations entières qui resteront à la charge des autochtones toute leur vie, présageant la ruine des mécanismes sociaux.

Admettons par ailleurs que les migrants soient, en moyenne, plus riches et mieux éduqués que la population de leur pays d'origine. Ce n'est pas une meilleure nouvelle. Les diplômés sont abondants en Europe, mais manquent cruellement à la source des flux migratoires au Moyen-Orient et en Afrique. Cette fuite des cerveaux repousse d'autant la capacité des pays d'origine à sortir de la crise et du sous-développement.

12 février 2017

12 février: victoires socialistes majeures

Les votations du 12 février ont donc eu lieu. En plus de divers objets cantonaux, trois objets fédéraux étaient au menu, RIE III, la naturalisation facilitée des étrangers de 3e génération, et le nouveau fonds FORTA pour le financement de nouvelles infrastructures.

Troisième Réforme de l'Imposition des Entreprises (RIE III) - Cette réforme était sans doute le gros morceau de cette journée de votation. Les différents sondages avaient montré que le texte était mal embouché ; la confirmation vint assez tôt avec un rejet plutôt cinglant, 59,1% de Non.

votation du 12 février 2017,naturalisation,fiscalité,automobile

Seuls quatre cantons l'acceptent, dont Vaud, soutenant fort logiquement une réforme dont il avait approuvé des mesures d'accompagnement soutenues par l'ensemble de l'échiquier politique (dont le PS local... qui fit ensuite campagne contre RIE III. Toujours cohérents, les camarades!)

Si RIE III ne m'inspirait guère d'enthousiasme, je m'étais engagé en faveur du texte: il allait tout de même dans le bon sens, diminuant l'imposition des PME helvétiques tout en accroissant celle des multinationales. Mais surtout, il permettait de maintenir la compétitivité internationale de la Suisse en conformité avec les nouvelles règles de l'OCDE.

Écœuré par les abattements fiscaux que permettait la fameuse "boîte à outils", enfiévré par la gauche qui hurla aux pertes fiscales, emporté par une irritation générale face aux élites implorant de voter Oui, les citoyens suisses choisirent d'exprimer leur colère.

Le résultat est là: RIE III est à la poubelle et la Suisse saute dans l'inconnu. Qu'adviendra-t-il des 24'000 multinationales installées dans le pays, des 150'000 personnes qu'elles emploient et, surtout, des 5 milliards d'impôts qu'elles versent annuellement? Si elles quittent la Suisse, les pertes fiscales seront sans commune mesure avec le manque à gagner de RIE III, sans compter le chômage et les conséquences sur les PME locales.

La victoire socialiste d'aujourd'hui pourrait avoir assez vite un goût de cendres.

Naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération (abordée ici): la réforme lancée par la socialiste Ada Marra remporte le suffrage haut la main avec 60,4% de Oui. Différentes variantes de l'objectif étaient depuis longtemps soutenues par une majorité populaire mais quelques cantons alémaniques faisaient obstacle à la double-majorité requise. Seuls six refusèrent aujourd'hui, entraînant de fait l'adoption de la réforme.

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Rompant avec la tradition germanique d'héritage culturel familial, la Suisse ouvre progressivement la voie à une naturalisation selon le droit du sol. Le changement de paradigme est bien réel, puisque ces nouveaux naturalisés ne demanderont plus la vérification de critères d'intégration mesurables, même si cet examen était déjà souvent laxiste.

Les Suisses sont restés sourds au fait que ces immigrés de troisième génération avaient déjà toutes les cartes en main pour se faire naturaliser selon la voie habituelle - excepté la volonté de le faire. En rendant le processus plus facile, la population s'enrichira-t-elle de citoyens plus impliqués?

"Quand le peuple vote mal, il faut changer le peuple" ironisait Bertolt Brecht. Dans une époque où trois quarts des nouveaux Suisses le sont déjà par naturalisation, cette nouvelle réforme aura de profondes conséquences à long terme sur la composition du corps électoral helvétique.

Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (FORTA): avec 62% de Oui, les Suisses ont plébiscité la création d'un fonds routier doté de 3 milliards de francs sur le modèle de celui qui existe déjà pour le rail. Les sondages montrèrent une course en tête tout au long de la campagne et pas un seul canton ne refuse cet objet.

La gauche s'opposait au texte mais avait du mal à convaincre, le retard d'investissement en faveur de la route s'avérant chaque année plus évident. Elle s'élevait contre l'attribution de recettes directement dans un fonds dédié au détriment de la caisse générale de la Confédération, et contre la nouvelle augmentation - jugée trop faible - de 4 centimes par litre d'essence, alors que celle-ci est déjà devenue plus onéreuse qu'en France voisine...

Quelques voix firent entendre au passage que FORTA bénéficierait tout autant aux autres modes de transport routier qu'à la voiture, comme les transports en commun et les vélos. Il reste donc de nombreux moyens de torpiller l'utilisation d'un argent théoriquement dévolu à l'élimination des goulets d'étranglement routiers.

 


 

Finalement, les Vaudois ont accepté à plus de 55% la nouvelle Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL), abordée ici, et qui entérine entre autres choses la possibilité de préemption de la plupart des ventes immobilières par les autorités. Outre une nouvelle couche de bureaucratie et un allongement des délais de transaction, les malheureux candidats vaudois à la propriété verront donc éventuellement leurs projets contrecarrés par leur propre administration, selon l'ouverture d'une nouvelle Boîte de Pandore dont nous ne manquerons pas de voir les effets se déployer durant les prochaines années.

 


 

En fin de compte, ce dimanche de votation aura été le signe de plusieurs avancées majeures de la gauche. Sur le plan fiscal, la gauche a déclenché une réforme, puis une crise, et sort finalement victorieuse de l'ensemble ; elle repart avec le beurre et l'argent du beurre, et son influence est désormais telle qu'elle garde même l'initiative sur la future baisse des recettes fiscales consécutive au départ de multinationales. Il sera encore temps de tenter le Grand Chelem en faisant porter le chapeau à la droite - tant qu'on gagne, on rejoue!

Sur le plan de la nationalité, la brèche du droit du sol est enfin ouverte, pour le plus grand plaisir des ennemis du concept de communauté nationale. La possession d'un passeport rouge à croix blanche devient de plus en plus un simple acte administratif coupé de toute volonté de partager le destin d'un peuple ; les "Suisses de papier", déjà fort nombreux, pourront s'accroître mécaniquement avec le temps, amenant sur un plateau de nouvelles victoires à la gauche alors que la société se fragmente en groupes antagonistes dont le seul intérêt est de détourner les ressources de la collectivité à leur profit exclusif.

Entre RIE III et la naturalisation facilitée, la Suisse vient de s'offrir deux crises, une à court terme, une autre à long terme, par le seul biais de ses choix démocratiques. Le peuple helvétique a semble-t-il décidé de s'offrir un avenir contrarié.

10 février 2017

Un jour noir pour la démocratie

Le 6 décembre 1992, un certain Conseiller fédéral évoqua un "dimanche noir" pour la Suisse. La catastrophe était alors le refus de ses citoyens d'adhérer à l'Espace Économique Européen, préalable à une adhésion pleine et entière à l'Union Européenne. La formule de Jean-Pascal Delamuraz passa à la postérité ; pourtant, ce jour noir n'en était pas un. Tout au contraire, c'était le triomphe de la démocratie - un verdict des urnes qui s'imposait aux négociations de couloir et aux allégeances secrètes.

L'époque paraît lointaine aujourd'hui. Mais le jour noir de la démocratie existe bel et bien: il a eu lieu le 9 février 2017, lorsque les trois ans accordés pour la concrétisation de l'Initiative contre l'immigration de masse se sont écoulés sans aucune conséquence.

L'UDC l'annonce clairement:

Il y a exactement trois ans jour pour jour, le peuple et les cantons ont approuvé l'initiative contre l'immigration de masse. Le souverain a ainsi donné au Conseil fédéral et au Parlement un mandat clair: la Suisse doit reprendre le contrôle autonome de l'immigration sur son territoire en imposant des plafonds et des contingents. Toujours selon l'article constitutionnel approuvé par le peuple et les cantons, les traités de droit public qui sont contraires à ce principe devaient être renégociés en l'espace de trois ans et adaptés. En cas de non-application de la décision du peuple du 9 février 2014, le Conseil fédéral devait la mettre en œuvre par la voie d'ordonnances.


Il n'y eut aucune mise en œuvre. Le Conseil Fédéral et le Parlement ignorèrent purement et simplement la disposition constitutionnelle, menés par le raisonnement pétri de mauvaise foi d'une Cesla Amarelle qui lança que la pesée d'intérêt entre les bilatérales et la remise en cause de la libre-circulation devait profiter aux premières.

Malgré toute la morgue que pouvait lui attirer sa logique spécieuse, la socialiste ne se fit que la porte-parole de la majorité parlementaire et gouvernementale, prête à toutes les compromissions pour enterrer le vote du 9 février 2014 sans faire de vagues.

Le résultat est là: une loi d'application tellement light qu'elle en est risible. Selon Le Matin:

Selon la solution retenue par le Parlement, le Conseil fédéral devra d'abord prendre des mesures pour épuiser le potentiel de main-d’œuvre indigène. Les patrons ne seront bridés que pour les groupes de profession, domaines d'activité ou régions économiques qui enregistrent un chômage supérieur à la moyenne. Sous peine d'une amende pouvant atteindre 40'000 francs, les employeurs devront annoncer leurs postes vacants et convoquer à un entretien ou un test d'aptitude les candidats sélectionnés par le service. Mais pas besoin de justifier un éventuel refus.


lematin_sondage_9féfrier.jpgComprenez: la possibilité, dans certains cas bien spécifiques, de devoir convoquer des demandeurs d'emploi indigènes avant de décliner leur candidature tout aussi sec. Et notez bien qu'on ne parle que de "main-d’œuvre indigène" et surtout pas de "main-d’œuvre suisse": les étrangers présents en Suisse, par exemple au bénéfice d'un simple permis B, profiteront tout autant de ce cache-misère que les autochtones.

Personne ne prétend que la loi d'application reflète même imparfaitement le vote contre l'immigration de masse - pas même les politiciens qui la défendent. Le grand public n'en est pas dupe davantage, comme le montre un sondage en ligne.

La volonté du peuple est bafouée tout à fait ouvertement.

Le 9 février 2017 est un jour de deuil - c'est le jour où la démocratie directe helvétique s'est éteinte. Le jour où la population put constater de façon irréfutable que la volonté du peuple transmise par les urnes fut foulée au pied en toute connaissance de cause par ses soi-disant représentants.

Le Conseil fédéral avait le devoir de renégocier l'accord de libre circulation des personnes avec l'UE, et de gérer l'immigration en Suisse par la voie de contingents comme dans le passé. Il passa outre. Il n'avait pas envie de se fâcher avec M. Junker et sa clique, de semer le trouble sur la belle amitié entre Berne et Bruxelles.

La trajectoire remonte à un quart de siècle, au lendemain du "dimanche noir" de M. Delamuraz. Les élites jurèrent que plus jamais elles ne se laisseraient déposséder de leurs décisions par le peuple. Leur défaite digérée, elles commencèrent selon la bonne vieille tactique du salami à mettre en place une adhésion progressive à l'Union Européenne. Le peuple suisse ne souhaitait pas intégrer l'Union Européenne? Qu'importe! Il se retrouverait à l'intérieur, pieds et poings liés, sans même s'en rendre compte - et bien entendu, finirait placé devant le fait accompli.

Le vote du 9 février 2014 fut un électrochoc. Il montra aux élites que le peuple pouvait encore être revêche, et aux citoyens que leurs représentants n'en avaient que le nom. Malgré de nombreuses péripéties et d'espoirs déçus, il fallut encore trois ans pour que les yeux des uns et des autres se décillent pour toujours. L'UDC résume parfaitement la situation actuelle:

Une élite arrogante et prétentieuse composée de la majorité du Conseil fédéral et du Parlement, aidée par des juges et des hauts fonctionnaires, fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que le peuple suisse puisse décider de l'immigration dans son pays. Il s'agit d'une attaque frontale contre la démocratie directe et contre la liberté de notre pays dans le but d'intégrer autant que possible la Suisse dans une UE chancelante.


L'issue de la bataille est indécise. Elle dépend pour l'essentiel de la capacité des citoyens à prendre du recul sur leurs habitudes électorales.

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Les citoyens qui votèrent en majorité contre l'immigration de masse, les trois-quarts des Suisses qui estiment aujourd'hui que la volonté du peuple est bafouée, continueront-ils comme si de rien n'était, reconduisant au pouvoir des politiciens qui ont méprisé la démocratie directe?

L'excuse des "discussions en cours" n'a plus lieu d'être. Le non-respect de la volonté populaire est désormais un fait.

Si rien ne se passe aux prochaines élections fédérales, les parlementaires félons pourront sabler le champagne: ils auront eu la confirmation que le peuple suisse est composé en grande partie de citoyens apathiques dont on peut royalement ignorer l'opinion, et qui en redemandent.

Mise à jour (11 février): Lesobservateurs.ch décrivent les arrangements en coulisse des quatre personnalités politiques qui ont élaboré la "préférence indigène light" - tellement light qu'elle est impossible à distinguer de l'eau claire - et qui tient désormais lieu de loi d'application à l'initiative contre l'immigration de masse.

07 février 2017

Réchauffement Climatique: la tricherie de trop

Dire que la Théorie du Réchauffement Climatique d'Origine Humaine traîne des casseroles serait très en-dessous de la vérité.

213423P_hockey_stcik_illusion.pngDepuis sa conception et sa révélation au Monde à travers la fausse Courbe en crosse de Hockey, après l'inexplicable réchauffement climatique de Mars (aucun rapport avec cette grosse boule de feu souvent aperçue dans le ciel), après le scandale du Climategate révélant l'ampleur de la fraude scientifique autour de la publication d'articles pro-réchauffement et l'impitoyable chasse aux sorcières réservée aux dissidents, après l'utilisation par le GIEC de propagande de Greenpeace comme matériel scientifique, après avoir lancé des dizaines de prévisions absurdes, il n'existe aucun exemple de théorie aussi discréditée par la controverse, la malhonnêteté et les scandales que le Réchauffement Climatique, mais gardant intacte son pouvoir de séduction auprès des médias et des grands de ce monde.

Mais toute chose a une fin et la dernière casserole attachée à l'attelage pourrait enfin stopper sa course folle.

Au tour de la NOAA

Le dernier scandale en date nous vient donc de la NOAA. La NOAA, pour National Oceanic and Atmospheric Administration, est devenue depuis des années un bastion américain du réchauffisme. Pour tout dire, la NOAA est l'organisme qui a tordu le cou à la fameuse "pause du réchauffement climatique" - une interruption de 17 ans du réchauffement, admise publiquement par nul autre que Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC en exercice en 2013. Sans doute un de ces odieux climato-sceptiques...

Bien peu diffusée dans les médias, cette longue pause du réchauffement mettait à mal des modèles climatiques régulièrement ridiculisés mais risquait surtout d'éteindre l'hystérie collective autour du réchauffement, et à travers elle ses riches débouchés politiques. Heureusement, la NOAA vint à la rescousse: les données avaient été mal lues! Le réchauffement était toujours là!

Malgré le grotesque de la thèse, nos médias pétris d'intégrité scientifique la reprirent comme un seul homme. Ils purent donc révéler au grand public que la pause de 17 ans du réchauffement climatique qu'ils avaient cachée jusque-là avec la dernière énergie était finalement du flan. On pouvait enfin se remettre à paniquer, comme avant. Le Monde, fidèle à sa tradition "d'information", alla jusqu'à clamer que la pause du réchauffement n'était rien d'autre qu'une invention de ces affreux négationnistes du changement climatique!

Juste avant les accords de Paris, le timing tombait pile. Le réchauffement climatique avait eu chaud... À ceci près que la NOAA avait honteusement trafiqué ses résultats pour parvenir à ses conclusions.

réchauffement climatique,mensonges,manoeuvres politiquesNous le savons aujourd'hui grâce au témoignage d'un lanceur d'alerte interne à l'organisation, le Docteur John Bates, un scientifique de haut niveau de la NOAA à l'intégrité et à la réputation irréprochables. Celles-ci furent d'ailleurs récompensées en 2014 par l'obtention d'une médaille d'or, décernée par l'Administration Obama, pour son travail dans l'élaboration des procédures concernant la préservation des données liées au climat.

Le Dr Bates décida de briser le silence face à des manipulations inqualifiables, révélant le pot-aux-roses à des journalistes. En résumé:

  • Un article scientifique majeur [Karl et al 2015] exagéra le réchauffement climatique.
  • Cet article fut publié dans Science avec empressement dans le but d'influencer les Accords de Paris sur le changement climatique.
  • La NOAA enfreignit ses propres règles pour permettre son élaboration.
  • L'article, proclamant que la "pause du réchauffement" n'a jamais existé, repose sur des données trompeuses et non vérifiées.

Dans une interview sur un blog, le Dr Bates décrivit plus précisément le processus de perversion de la science:

Graduellement, dans les mois suivant la publication, les preuves s'accumulèrent montrant que Tom Karl avait constamment "un doigt sur le plateau de la balance" - dans la documentation, les choix scientifiques, la diffusion des jeux de données - dans le but de discréditer la notion de parenthèse dans le réchauffement climatique. Il força une diffusion publique à la hâte de l'article pour influencer les délibérations nationales et internationales sur la politique climatique.


Tom Karl obtint de fructueuses discussions avec John Holdren, le Conseiller pour la Science de Barack Obama. Mais il tricha à de nombreuses reprises lors de l'élaboration de son article. Il mélangea des données fiables de bouées marines avec des données de navires, non fiables et plus chaudes à cause de leur moteur, pour faire monter la température océanique ; il ignora des données satellites n'allant pas dans son sens ; il utilisa pour analyser ses données une version du logiciel GHCN connue pour être tellement boguée qu'elle ne donnait pas un résultat identique d'une fois à l'autre à partir des mêmes données initiales ; et finalement, il fit disparaître l'ordinateur sur lequel ses résultats furent établis, violant ainsi non seulement les directives de la NOAA mais également le protocole de la revue Science.

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La courbe des températures de l'article erroné (en rouge) contre la courbe des températures vérifiées (en bleu). Notez l'exagération de 0,2° C rien que pour l'année 2016.

Fouillant davantage dans le dossier, le Daily Mail découvrit que non seulement la NOAA publia un article profondément erroné, mais tenta de cacher la vérité pour empêcher la découverte de la supercherie:

Après la publication de l'article scientifique, le Comité des Sciences de la Chambre des Représentants des États-Unis lança une enquête sur ses allégations concernant l'absence de pause dans le réchauffement. La NOAA refusa de se soumettre aux injonctions de fournir les e-mails internes formulées par le président du comité, le républicain Lamar Smith du Texas, et mentit en proclamant que personne à l'interne n'avait levé le moindre soupçon concernant la publication.


M. Smith remercia le Dr Bates pour "s'être courageusement porté volontaire pour dire la vérité sur les dirigeants de la NOAA jouant de façon irresponsable avec les données afin d'appuyer des conclusions politiques prédéterminées."

La tricherie de trop

Ironiquement, le Docteur John Bates sortit de sa réserve lorsqu'il vit fleurir des articles s'inquiétant de la préservation des données scientifiques du réchauffement climatique sous l'administration Trump - alors même qu'il avait été témoin de leur compromission éhontée sous la surveillance de l'administration Obama.

Cela ne pourrait être qu'une banderille de plus plantée sur le taureau du réchauffement climatique, mais maintenant que Donald Trump est dans l'arène, le moment est particulièrement mal choisi. Comme l'explique James Delingpole, le nouveau Président des États-Unis dispose désormais d'une opportunité en or pour lancer le grand ménage.

Trump est maintenant dans la position parfaite pour demander à tous les corps scientifiques étudiant le climat et recevant des fonds du gouvernement (c'est-à-dire tous) de rendre leur code et leurs données accessibles au public. Cela signifiera que toutes les manipulations de données à la NASA et à la NOAA seront finalement exposées à la vue du monde - rendant impossible aux propagandistes du réchauffement l'utilisation du bon vieil appel à l'autorité "Mais les experts de la NASA et de la NOAA disent..." Et dans un futur maintenant proche, ces faux experts de la NASA et de la NOAA devront se chercher de nouveaux boulots, remplacés par des scientifiques intègres qui, eux, suivent scrupuleusement la méthode scientifique.

L'ironie sera particulièrement savoureuse pour tous ces climato-sceptiques honnêtes qui, au cours des dernières décennies, ont été qualifiés "d'anti-scientifiques" pour avoir remis en question le consensus du réchauffement climatique.


James Delingpole termine son analyse en citant Michael Crichton: "Un consensus scientifique n'existe pas. Soit c'est un consensus et ce n'est pas de la science, soit c'est de la science et ce n'est pas un consensus. Point."

On ne saurait mieux conclure.

03 février 2017

RIE III, la tentation de la colère

La campagne pour RIE III est mal engagée. Un dernier sondage gfs.bern donne le Oui en tête à 45% contre 44% pour le Non, avec -5% et +9% respectivement depuis la précédente enquête. L'opposition a donc le vent en poupe. Elle appelle à la mobilisation pour passer l'épaule.

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Le sondage montre que les partis de gauche sont très mobilisés. À droite et au centre-droit, seul le PLR convainc ses partisans ; l'UDC et le PDC peinent à rassembler leurs sympathisants. Le duel est donc bien plus équilibré que prévu.

De façon empirique, le rejet envers RIE III semble relever d'une certaine colère ; il suffit de lire les commentaires de mon premier billet en rapport sur Lesobservateurs.ch. La révolte gronde - contre les élites, contre ces multinationales qui exigent et obtiennent des faveurs, contre Économie Suisse, contre ces Conseillers d’État de divers cantons qui viennent pleurnicher, la larme à l’œil, que des magouilles comme les intérêts notionnels sont la bonne solution. Ils tiennent le haut du pavé en matière d'autorité et de moyens, mais leur matraquage continuel finit par être contre-productif. Les gens détestent qu'on leur force la main.

En face, les socialistes et leurs alliés font une campagne efficace. Ils crient contre la baisse des rentrées fiscales, attisent la jalousie, réclament que les riches payent leur écot. Ils passent sous silence que RIE III est le résultat de leurs propres efforts auprès de l'OCDE pour empêcher les pays de disposer de régimes fiscaux spéciaux.

Le pivot de cette campagne tient précisément à cet aspect: avec ou sans RIE III, une réforme fiscale est inévitable. Les socialistes le taisent volontairement et les partisans de RIE III ne parviennent pas à l'expliquer.

Le vote sur RIE III est ambigu car il laisse croire que les Suisses choisissent entre RIE III et rien du tout, ce qui est erroné. En réalité, ils votent pour RIE III et, s'ils refusent, une future RIE IV.

RIE III ne séduit pas, même parmi ceux qui l'acceptent. Mais refuser RIE III ne permettra pas de revenir dans le confortable monde d'avant. Il appartient à un passé révolu, comme les dinosaures. Les règles de l'OCDE ont changé. Refuser cet état de fait revient à mettre la Suisse sur tout un tas de listes noires et à lui faire subir autant de mesures de rétorsion de la part des 34 autres pays membres représentant 80% du PIB mondial.

La question n'est donc pas de voter pour RIE III ou pour le statu-quo, mais de voter pour RIE III ou de sauter dans l'inconnu.

Personne ne sait de quoi sera fait cet inconnu, mais différentes études montrent clairement qu'entre l'incertitude légale et le risque d'une double-imposition, les multinationales quitteront la Suisse en masse et à une vitesse surprenante. Le vieux fantasme de la gauche de saigner les riches entreprises internationales avec le même taux que subissent les PME helvétiques captives ne se concrétisera pas. Elles s'enfuiront avant de passer à la moulinette fiscale.

Une RIE IV aura beau intervenir plus tard, dans la panique, il n'y aura probablement plus grand-chose à sauver. En attendant, les recettes fiscales s'effondreront bien davantage qu'avec l'adoption de RIE III (on parle d'un facteur de x10). Les naïfs qui rejetèrent RIE III pour "maintenir les prestations sociales" risquent de déchanter. Ils seront les premiers à écarquiller les yeux, stupéfaits, mais il sera trop tard.

Vous en doutez? L'explication est pourtant sous nos yeux - dans RIE III elle-même. D'où sortent les intérêts notionnels, la patent box ou la déclaration des réserves latentes tant décriés par la gauche? Ces techniques ne viennent pas de l'imagination fertile des experts fiscaux de l'administration. Le Conseil Fédéral a tout simplement mis dans la "boîte à outil" des pratiques qui ont lieu, telles quelles, dans d'autres pays de l'OCDE.

Il n'y a aucune mesure inventée par la Suisse dans RIE III - juste un modeste échantillon des techniques employées par des pays concurrents de la Suisse pour attirer des multinationales. Lorsque le CEO d'une multinationale décide de déplacer le siège de son entreprise, il n'a que l'embarras du choix.

Mais qui a besoin de multinationales, me direz-vous? Chassons-les et logeons des migrants syriens dans leurs locaux désaffectés, voilà comment nous assurerons notre prospérité! Nous voilà sortis d'affaire! Les Suisses n'auront pas tué la poule aux œufs d'or, ils l'auront chassée.

Les Suisses sont-ils devenus naïfs au point de penser qu'une victoire de la gauche unie contre la droite unie donnera un résultat économiquement favorable à la Suisse? Au vu des sondages, par esprit de révolte, lassitude et rancœur, certains semblent prêts à tenter ce pari insensé.

Comme dans certaines scènes de ménage, fracasser la vaisselle est peut-être libérateur sur le moment, mais ne laisse qu'un triste champ de verre brisé le lendemain.