22 novembre 2015

Attentats de Paris: la phase d'exploitation

Vendredi dernier, la France découvrait de façon très concrète l'ampleur de la menace islamique pesant sur son territoire. Une semaine plus tard la situation a évolué: aux réactions de bon sens des premières heures - promesse d'une riposte impitoyable, contrôles aux frontières, volonté affichée d'expulser les indésirables - sont assez vites venus se greffer des déclarations parasites, stériles, voire contre-productives. Si l'enquête proprement dite a progressé à grands pas, le train des mesures politico-juridiques semble bien avoir déraillé avant même de quitter la gare.

Cela n'a rien de surprenant. Les élites de France (et d'ailleurs) ne seraient pas arrivées là où elles sont sans un grand sens de l'improvisation et de l'escamotage leur permettant de se ramener à leur agenda initial quelle que soit la force des événements venus, un instant, les perturber. Après quelques heures de déclarations émues, les hauts fonctionnaires et les bureaux politiques ont donc travaillé d'arrache-pied pour en revenir au plan initial: maintenir le statu-quo et garder le pouvoir, et peut-être même le renforcer.

Entre désinformation et agenda politique, un petit tour d'horizon s'impose.

L'épopée du faux passeport syrien

La découverte d'un passeport syrien à côté du cadavre d'un des assaillants du Bataclan fut un épisode tout à fait symptomatique d'une communication de crise échappant pendant quelques heures à l'exécutif. Rapportée par un policier sans doute sous le coup de l'émotion, l'information fut transmise à un journaliste et reprise immédiatement par de nombreux médias internationaux. Plus possible désormais de planquer ce détail sous le tapis du secret de l'instruction, voire du Secret Défense. Mais le pire arriva ensuite lorsqu'une source gouvernementale grecque confirma que les empreintes digitales du porteur du passeport avaient été enregistrées à Lesbos le 3 octobre!

Le passeport retrouvé au Bataclan fut donc l'écueil sur lequel plusieurs mensonges vinrent se fracasser:

  • L'innocuité du flots de migrants, au sein desquels ne saurait se trouver le moindre terroriste;
  • La qualité de la surveillance des frontières de l'Espace Schengen et des frontières intérieures dans l'Union Européenne;
  • La vigilance de la surveillance des milieux islamistes par les services de renseignement français.

Il fallut donc orchestrer un rétropédalage massif. Premier angle d'attaque, minimiser l'importance de ce "mystérieux" passeport - sans succès. Dès les premières heures, outre le conditionnel de circonstance, on insista lourdement sur le fait que ce passeport syrien "serait un faux". Mais qu'est-ce que cela change? Les empreintes digitales du kamikaze ne laissent aucun doute. Il a bien suivi la route des migrants dans les Balkans. Le fait d'avoir employé un faux document n'illustre rien d'autre que la faiblesse du contrôle des frontières de l'Espace Schengen. A ce stade, on se demande même d'ailleurs si se munir du moindre passeport était réellement nécessaire...

L'incongruité de la découverte de ce passeport sur les lieux du massacre donna également lieu à divers détournements de piètre qualité sur le Web. Tout cela ne pouvait être qu'une "manipulation". Restait à inventer laquelle.

La dernière phase de la stratégie de désinformation, la plus vicieuse, fut lancé par plusieurs personnalités politiques ; par exemple le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, qui jugea lundi que ce passeport pouvait être "une fausse piste" lancée par le groupe Etat islamique pour "radicaliser" le débat migratoire. Les graines du doute étaient plantées, à dessein.

Est-il possible que les terroristes aient gardé sur eux un faux passeport syrien juste pour orienter, post-mortem, le débat sur les migrants et la politique migratoire? Sans pouvoir l'exclure totalement, l'hypothèse paraît largement invraisemblable. Elle ne cadre pas avec une attaque synchronisée contre le public d'un match de football, des terrasses de restaurants, ou une salle de concert la veille du week-end - bref, des Bobos parisiens dans leurs activités habituelles. Les assaillants eurent-ils attaqué une permanence du Front National ou un repaire d'identitaires, on aurait pu penser qu'ils jetaient de l'huile sur le feu ; mais le soir du 13 novembre, ils s'attelèrent au contraire à s'aliéner une des communautés françaises les plus ouvertes face à l'islam, ce qui ne traduit pas un niveau élevé de conscience politique...

Les troupes de l'Etat Islamique ne brillent guère par leur intelligence, essayant par exemple d'abattre des avions russes à l'aide de préservatifs gonflés. En Europe, les islamistes sont difficiles à repérer et à surveiller, essentiellement à cause de leur nombre, mais leur mode de pensée est extrêmement simple: les infidèles doivent être tués, dominés ou convertis, point. Ils sont capables de subtilité, mais essentiellement dans le domaine des subterfuges visant à se dissimuler face à leurs cibles. En l'occurrence, on se demande d'ailleurs, même pour une "tête pensante" de Daesh, quel serait l'intérêt de focaliser l'attention sur les migrants musulmans. Le seul effet serait d'instiller la méfiance et de rendre plus compliquée encore leur arrivée sur le sol européen, soit un résultat totalement contre-productif.

De toute évidence, l'hypothèse tordue d'un faux passeport abandonné exprès ne tient absolument pas la route du point de vue de l'Etat Islamique. Mais elle tient au contraire parfaitement debout du point de vue de l'Union Européenne et de sa classe politique, prête à toute invention pour peu qu'elle contribue à rendormir une opinion publique agitée.

Dans ces heures difficiles, un petit mensonge ne coûte pas cher...

La ritournelle du Padamalgam™

Bien que la société française soit très inquiète, il faut absolument l'apaiser. A cette fin, le Padamalgam, un puissant opiacé, est distillé à large dose depuis une semaine. Pas un jour ne passe sans que paraissent plusieurs articles décrivant en long, en large et en travers toutes les opérations de communications opérées par les communautés musulmanes européennes, les messages d'amour et de tolérance, les gestes d'apaisement des uns et des autres - jusqu'aux victimes des terroristes elles-mêmes.

Malgré des télescopages malheureux, nous assistons ainsi à un étalage continuel de textes parfois très beaux. Pensons par exemple au fameux Vous n'aurez pas ma haine d'un père dont la famille vient d'être brisée:

"Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde (...) Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car vous n'aurez pas sa haine non plus."


Oui, hormis que ce petit garçon sera peut-être un peu moins "heureux et libre" maintenant qu'il est orphelin de mère et qu'il finira par comprendre qu'il est en danger à cause de la veulerie de gens comme son père, ce qui pourrait alimenter une certaine amertume à l'adolescence... Car, il faut bien le reconnaître, continuer à vivre comme si de rien n'était suite aux attentats de Paris revient exactement à laisser de nouveaux attentats se préparer sur un mode opératoire identique.

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Dessin d'Artiste Mal Pensant

Dans le même ordre d'idée, les citoyens dotés d'un minimum de mémoire se rappelleront la photo du petit Aylan Kurdi, l'enfant mort noyé retrouvé sur une plage turque, disponible en gros plan dans tous les médias. Visiblement, à ce moment, la "nécessité d'informer" (d'une certaine façon, cela va sans dire) prenait apparemment le pas sur d'autres obligations journalistiques comme la déontologie, le respect des morts, la protection des mineurs et tutti quanti.

Malgré la polémique les médias s'empressèrent de rétorquer qu'ils avaient toutes les raisons de procéder comme ils le firent. Le contraste n'en est que plus grand avec la volonté actuelle de masquer une image du massacre du Bataclan circulant sur Twitter et Facebook. Dès lors, on comprend bien que les justifications liées à la "dignité humaine" ou au "secret de l'enquête" ne sont rien d'autre que des prétextes. La photo d'Aylan Kurdi devait être diffusée parce qu'elle servait certains objectifs politiques ; celles de la tuerie du Bataclan doivent être retirées parce qu'elles les desservent.

Il en est d'ailleurs de même avec les témoignages directs rapportant des égorgements et des coups de poignard portés au ventre des victimes par l'équipe de terroristes islamistes du Bataclan. Ces informations sont pour l'heure cantonnées aux médias étrangers, sur lesquels le gouvernement français n'a pas prise. Les médias suisses, eux, se contentent de censurer ces détails sordides non par obéissance mais par proximité idéologique.

Une fois de plus, l'affrontement fait rage entre les sources institutionnelles et les réseaux sociaux pour connaître la vérité.

Maastricht ou la Sécurité

Le dernier volet de l'exploitation politique des attentats de Paris dépasse le simple cadre de l'information pour provoquer des effets sur toute la population française et jusque dans les plus hautes instances européennes.

"Le Pacte de Sécurité l'emporte sur le Pacte de Stabilité." Ces mots sont ceux de François Hollande et donnent une idée de la bassesse du chef d’État, prêt à exploiter la mort de plus d'une centaine de victimes pour s'épargner des obligations de bonne gestion.

Depuis 2007 la France n'a jamais respecté les critères de Maastricht d'un déficit maîtrisé des dépenses publiques - sans même entrer dans la polémique de la pertinence de critères aussi larges. Les déclarations du président d'un retour dans les clous en quelques années n'ont jamais été rien d'autre que des paroles en l'air destinées à donner le change à Bruxelles ; les attentats de Paris lui apportent désormais une posture morale qui suffira à quémander perpétuellement la clémence des autorités de surveillance européennes.

Il est clair pour quiconque en aurait jamais douté que la France ne respectera jamais les critères d'un déficit public annuel en-dessous de 3% de PIB, et encore moins maintenant alors qu'elle dispose d'une excuse.

La sécurité a un prix, c'est un fait. François Hollande s'engage ainsi à recruter 8'500 policiers, gendarmes et juristes dans le cadre d'un large panel de mesures. Mais toutes ces dépenses, étalées sur plusieurs années, resteront une goutte d'eau dans l'océan des déficits de l’État français. Est-il question de renvoyer chez eux les criminels étrangers qui peuplent les prisons hexagonales? De mettre un terme à l'arrosoir des politiques sociales, qui représentent une véritable manne pour les mouvements terroristes en plus de miner tout espoir d'intégration par le travail? De remettre sur la table les critères d'acquisition de la nationalité ou la surveillance pérenne des frontières?

Il n'est évidemment pas question de tout cela. A la place, la France rajoutera une strate de bureaucratie sur un pays qu'elle écrase. Mieux encore, en guise de réforme François Hollande demande une facilitation et une pérennisation de l'état d'urgence: en un mot, encore plus de pouvoir discrétionnaire à disposition de la police et de l'exécutif. Pour que même Jean-Luc Mélenchon s'en inquiète, on comprend que certaines bornes ont été franchies.

Les politiciens français savent parfaitement exploiter quelque chose d'aussi abominable qu'une attaque terroriste ; ils maîtrisent parfaitement la maxime résumée par le maire démocrate de Chicago Rahm Emanuel:

« Ne jamais gâcher une bonne crise. »

 

15 novembre 2015

Premier massacre à Paris

Vendredi soir, au beau milieu d'une rencontre de football France-Allemagne, les Parisiens ont été rattrapés par la réalité de la guerre contre l'islamisme. Trois équipes différentes ont ouvert le feu dans différents lieux de la capitale avant d'actionner leurs ceintures explosives. La salle de concert du Bataclan est le principal foyer de victimes alors que les 1'500 spectateurs seront massacrés puis pris en otage pendant deux heures avant l'assaut des forces spéciales de la police. Sur l'ensemble des sites, 129 personnes sont mortes et 352 sont hospitalisées, dont 99 encore en "urgence absolue" aujourd'hui.

Les élites du régime ont soudainement pris conscience de leur vulnérabilité, au premier rang desquelles M. Hollande soudainement exfiltré du Stade de France sous bonne garde de ses services de sécurité. En ce sens, la première intervention du chef de l’État français peu avant minuit, la voix tremblante d'émotion, était bien plus authentique que la version policée et maîtrisée qui lui fit place le lendemain matin.

padama10.jpgLe soir même des attaques, alors que la plupart des grandes chaînes françaises avaient interrompu leurs programmes pour des flashs spéciaux, France2 continuait à diffuser son débat "Réchauffement climatique: qu'allons-nous devoir sacrifier?" en toute insouciance. Même les meilleurs machines de propagande souffrent parfois d'inertie. Mais les médias se sont repris depuis. On analyse, on décortique, on place du contexte. Dans tous les pays l'opinion est malaxée comme la pâte à pain. En Suisse, il fallait un estomac solide pour assister sur la RTS à la danse du ventre des deux duettistes Jean-Philippe Schaller et Xavier Colin, le premier obnubilé par le futur score de Marine Le Pen aux élections régionales - la seule question importante à ses yeux - et le second récitant sans ciller l'homélie consacrée du Padamalgam.

Le drame suit désormais sa logique standardisée: nouveau logo, un nouveau slogan Pray for Paris, nouveau hashtag. Les journalistes sont invités à dénicher de nouveaux héros et de nouvelles initiatives citoyennes plutôt que de s'attarder sur les faiblesses de la sécurité intérieure et les errements géostratégiques de leurs gouvernements successifs. Pourtant, si l'impulsion est toujours la même, quelque chose s'est brisé. Le moteur tourne à vide. Exemple marquant, il n'y aura pas de rassemblement solennel façon Je Suis Charlie. D'une part, le danger est encore omniprésent, une manifestation étant l'endroit rêvé pour quelques nouvelles explosions de kamikazes dont certains courent certainement dans la nature ; d'autre part, la solidarité avec Charlie Hebdo s'expliquait par la volonté de s'associer avec une minorité menacée, les caricaturistes de presse. Cette fois-ci l'ensemble de la population française est visé. Une manifestation de solidarité serait donc vide de sens. On ne peut pas afficher de solidarité avec soi-même.

La légende du loup solitaire radicalisé - ou d'une meute, nous ne sommes plus à un oxymore près - ne tient plus. La France a bien eu affaire à une opération militaire professionnelle: un massacre organisé par des kamikazes équipés de bombes, d'armes de guerre et de gilets pare-balles, regroupés en équipes, suivant un timing défini; le tout dans la capitale d'un pays sûr de lui, confiant dans ses services de sécurité et surveillé au travers d'un plan Vigipirate en alerte maximum.

La vérité qui se fait jour peu à peu n'a rien de reluisant. Le passeport syrien d'un des kamikazes, retrouvé sur les lieux du massacre à deux pas de son propriétaire, a été enregistré à Lesbos en Grèce le 3 octobre de cette année. Tout porte à croire qu'une partie de l'équipe terroriste est venue en Europe au travers des flots de migrants. Ce n'est pas la première fois. En septembre, l'Etat Islamique revendiquait déjà 4'000 terroristes infiltrés dans toute l'Union Européenne...

Les Français aiment croire aux histoires que leurs racontent leurs médias, mais cette fois il y a trop de témoins pour livrer une vérité officielle. Des dizaines de familles sont endeuillées par les morts, certains égorgés. 99 personnes grièvement blessées donneront autant de vies à rebâtir après des mois de convalescence et de rééducation. D'innombrables individus directement impliqués mais physiquement indemnes resteront marqués par les horreurs dont ils ont été témoin cette nuit-là. Toute la population parisienne a été durablement traumatisée.

En quelques heures abominables la France a perdu une certaine forme d'insouciance, probablement pour toujours. Elle a compris que la menace islamique pèse directement sur elle. Le combat ne se déroule pas que dans les terres lointaines du Mali, sur les pistes poussiéreuses d'Afghanistan ou au sein des états-majors planifiant les prochains bombardements sur la Syrie ; elle se joue en Europe, au sein de ses banlieues, de ses populations immigrées, des convertis à l'islam, des prédicateurs et des fanatiques, et des flots continus de pseudo-réfugiés syriens.

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Bien sûr, les services gouvernementaux ne cessaient de mettre en garde contre une "attaque d'envergure", mais eux-mêmes n'imaginaient pas une offensive d'une telle ampleur. Et le peuple français se figurait peut-être qu'il serait sauvé in extremis par une nouvelle intervention miraculeuse dans le style de celle qui empêcha le massacre du Thalys.

Les Français ont compris que leur sécurité était une illusion. Les Suisses le croient-ils encore?

Que se passera-t-il pendant la COP21? Aura-t-elle seulement lieu comme prévu? Et l'Euro 2016 de football?

Électoralement, Marine Le Pen pourrait en profiter, c'est indéniable. Mais cela devrait surtout être le cadet des soucis d'une société menacée. Car les Français - et le reste des Européens - ont aussi compris, quelque part, que ces attentats ne seront pas les derniers.

09 novembre 2015

COP 21 et contrôle des frontières: l'ultime hypocrisie

france,hypocrisie,espace schengen,cop 21En France, COP 21 est sur toutes les lèvres: enfin l'Hexagone aura l'occasion de briller sur la scène internationale, organisant le dernier grand raout diplomatique en date autour de la thèse controversée du réchauffement climatique d'origine humaine - laquelle bat un peu de l'aile ces derniers temps face aux aléas de l'actualité...

Puisque le sujet est franco-français, citons un site local:

Fin novembre, la quasi-totalité des dirigeants mondiaux seront à Paris pour la COP 21, la grande conférence internationale sur le réchauffement climatique qui doit durer 12 jours. Pour cette occasion, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a fait une annonce ce 6 novembre : les contrôles aux frontières vont être renforcés.

Gares, ports, aéroports... Chaque mouvement sera scruté. L'État redoute les menaces terroristes, un sujet sensible depuis les attentats de janvier 2015 dans la capitale.

 

En guise de "quasi-totalité des dirigeants mondiaux", tablons sur quelque 80 chefs d'État, ce qui n'est pas si mal. S'il leur vient l'idée saugrenue de se déplacer pendant les douze jours du sommet, les Parisiens passeront probablement un mauvais quart d'heure.

Mais au-delà de la paralysie habituelle d'une capitale lors de la visite de hauts dignitaires étrangers, la réinstauration de contrôles aux frontières prend un caractère hautement polémique dans le contexte actuel de la crise des migrants et des tensions institutionnelles autour de l'Espace Schengen.

Les possibilités d'explication ne sont pas légion.

Imaginons que cela soit utile. Cela voudrait dire que quelques groupes terroristes hors sol français attendent le dernier moment pour venir en France lors de la COP 21 et faire un carton. Enfin, dernier moment, c'est encore discutable: l'annonce de M. Cazeneuve le 6 novembre leur laisse encore une bonne semaine pour rapatrier tranquillement leur matériel sur le territoire. On a déjà connu plus efficace comme effet de surprise...

Mais attention: on sait qu'ils sont décidé et dangereux, on sait qu'ils veulent frapper lors de COP 21, on sait qu'ils sont quelque part à l'extérieur du territoire français, on sait que leurs plans diaboliques seront déjoués avec un contrôle aux frontières d'un mois instauré une semaine plus tard, mais... On n'en sait tout de même pas assez pour les identifier et les arrêter. Crédible de bout en bout!

Imaginons que cela soit inutile. Sachant que le journaliste précédent utilise comme exemple les attentats de 2015 - dont les exécutants sont nés en France et y ont vécu pendant plus de trente ans - il est probable que les menaces éventuelles sur COP 21 soient déjà profondément établies sur le sol français, peut-être même depuis plus d'une génération.

La décision de surveiller les frontières ne serait donc qu'une mesure folklorique destinée à distiller un sentiment parfaitement illusoire de sécurité à l'attention des chefs d'État invités. Les cyniques pourraient même y déceler une excuse à posteriori: voyez, il y a eu des problèmes mais nous avons fait de notre mieux, nous avions même remis en place la surveillance des frontières... Mais même si rien ne se produit, et bien qu'elle soit tolérée dans le cadre des accords de Schengen, la réinstallation temporaire de la surveillance aux frontières reste le signe que la France n'a pas confiance dans les règles de sécurité communes de l'espace et préfère ses propres contrôles lorsque les choses sont vraiment importantes.

Bien sûr, on pourra plaider que cette mesure n'a rien d'exceptionnel ; elle a été appliquée en France en 2009 lors du sommet de l'OTAN à Strasbourg, en 2011 lors du G8 à Deauville puis lors du G20 à Cannes. D'autres membres de l'Espace Schengen mirent en place des mesures similaires lorsqu'ils accueillirent la COP eux-mêmes, comme le Danemark en 2009 et la Pologne en 2013. Il n'en reste pas moins que dans le contexte actuel de l'effondrement de l'Espace Schengen, la surveillance de frontières à l'échelle d'un pays entier et pour une période aussi longue est un acte symbolique fort dont la signification n'a pas pu échapper à l'exécutif français. On ne peut décemment pas placer cette décision sous le signe de la banalité.

Comme on voit, la décision du gouvernement socialiste français n'a guère de sens, et en tout cas aucune conséquence positive. C'est, au pire, un aveu d'impuissance, et au mieux un effet de manche destiné à distraire la galerie.

Dans les deux cas, l'insulte finale est à destination du petit peuple. Il a bien compris qu'en fin de compte seule la conférence COP 21 a de l'importance. Rien n'est trop beau pour la grand-messe médiatico-politique. La crise des migrants n'est pas un motif suffisant pour reprendre le contrôle des frontières ; la sécurité des personnes ordinaires non plus. Mais qu'un parterre de hauts dignitaires se rende à Paris et tout le pays peut, doit, être paralysé!

Vue de Suisse, la COP 21 ne semble qu'une nouvelle occasion de dépenser de l’argent public et de se goinfrer de petits fours, et, pour des dirigeants en perdition, de tenter de redorer leur blason en "rayonnant" internationalement à la veille d'élections régionales fort mal engagées. Se livrant à l'exercice avec sa maladresse habituelle, il n'est pas sûr que le gouvernement socialiste voie sa manœuvre produire les effets escomptés.

05 novembre 2015

La Chine découvre que les enfants sont l'avenir

"Les familles chinoises pourront avoir plusieurs enfants: une révolution pour la 2e économie du monde." C'est en ces termes que le site d'information belge RTL évoque la fin de la politique de l'enfant unique en Chine le 29 octobre, selon un communiqué du Parti communiste rapporté par l'agence Chine nouvelle. Et je vous passe les majuscules.

La Politique de l'Enfant Unique a droit à sa page Wikipedia, convenablement actualisée ; elle se décrit donc comme une "politique publique" de "contrôle des naissances" et courut de 1979 à 2015. Les termes diplomatiques employés par l'encyclopédie en ligne ne peuvent évidemment pas transmettre la violence de cette politique. Tout au plus évoque-t-elle des "méthodes autoritaires"...

Le contexte de la Politique de l'Enfant Unique est lié à des idées en vogue: malthusianisme (il y aura trop de bouches à nourrir), hausse du niveau de vie (transmission du patrimoine à un plus petit nombre d'héritiers), et même multiculturalisme (les minorités ethniques ne sont quasiment pas concernées). La Politique de l'Enfant Unique est donc une barrière totalement artificielle dressée sur le chemin de la plus grande ethnie de Chine par le Parti Unique qui contrôle le pays.

On a coutume de dire que la domestication désigne l'état dans lequel la reproduction des animaux est contrôlée par un maître humain ; de ce point de vue, le Parti Communiste Chinois a formellement réussi la domestication de l'Humanité sur son territoire.

Après trente ans, les ravages sont indiscutables. L'indice de fécondité est aujourd'hui de 1,4 enfant par femme. Le nombre de personnes en âge de travailler ne cesse de diminuer, cette population perdant 3,7 millions de personnes l'an dernier. Quant aux personnes âgées, elles représentent désormais plus de 15% de la population.

La démographie est une science lente, mais exacte. En 2050, un Chinois sur trois aura plus de 60 ans. Cette tendance, qui ira croissant, rendra impossible toute forme de "solidarité" intergénérationnelle telle que celles conduites à travers les politiques étatiques de redistribution. Aucune classe active n'arrivera à assumer le fardeau d'un tel entretien. Pour assurer leur retraite, les Chinois ne pourront compter que sur la générosité des enfants qu'ils n'ont pas eu.

Après des décennies de complaisance et malgré leur imperméabilité dogmatique à toute réalité, les autorités communistes ont malgré tout, peu à peu, saisi l'ampleur du problème. La Politique de l'Enfant Unique a donc été progressivement "assouplie" - pour les couples dont les deux, voire un seul membre, était lui-même issu d'une famille soumise à la Politique de l'Enfant Unique ; pour les campagnes, lorsque le premier enfant était une fille ; et aujourd'hui, pour la Chine toute entière, sans restriction.

Malheureusement, c'est trop peu, et trop tard.

Le problème n'est pas dans le raz-de-marée de personnes âgées auquel la Chine devra faire face dans les prochaines décennies. Il n'est pas non plus dans le déséquilibre des sexes où les filles moins "prestigieuses" étaient régulièrement tuées avant ou après la naissance, laissant des millions de mâles sans compagne potentielle. Il s'est logé dans la psyché la plus intime d'un peuple entier.

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Un million de fœtus féminins étaient avortés chaque année
à cause de la
Politique de l'Enfant Unique.

On ne peut tout simplement pas être soumis à un lavage de cerveau de trente ans et en sortir indemne. Pendant des décennies, l'école, les politiciens, les médias, les lois, les élites ont façonné l'esprit des Chinoises et des Chinois pour leur faire comprendre que l'idée d'une descendance était néfaste. Les enfants étaient décriés jusque dans des campagnes publicitaires. Les couples enfreignant la Politique de l'Enfant Unique étaient sévèrement punis et dénoncés publiquement.

S'il est bien un domaine dans lequel les communistes excellent, c'est le lavage de cerveau. Ils y ont mis les moyens, et ils ont réussi. Nombre de Chinois ne veulent plus d'enfant - du tout. Enfants uniques choyés par leurs parents, ils ont été pourri-gâtés depuis leur premier jour et ne conçoivent plus l'idée du moindre sacrifice matériel pour la génération suivante. L'égocentrisme absolu ne s'autorise pas la concurrence d'une éventuelle descendance.

Même les couples cédant à leur désir d'enfant ne s'imaginent pas avec une fratrie à gérer. Leurs parents se sont sacrifiés pour leur donner un niveau de vie décent ; comment imaginer parvenir à atteindre des résultats identiques en devant gérer non pas un seul mais deux, voire trois bambins? Comment mener une carrière, céder à ses caprices consuméristes et se livrer en même temps aux sacrifices qu'implique une famille? L'hypothèse est totalement impensable, d'autant plus que nombre de couples chinois doivent déjà soutenir des parents âgés.

Pourtant, il les faudrait, ces fameuses familles avec deux ou trois enfants. Il en faudrait des centaines de millions.

Avec une certaine ironie, on peut espérer que le talent des communistes à laver le cerveau de leurs concitoyens marche tout aussi bien dans l'autre sens. Mais même ce talent a des limites. Il faut vingt ans pour bâtir une nouvelle génération. Le travail de désendoctrinement commence à peine. La Chine n'a plus assez de temps. De plus, la mission est autrement plus délicate: il est plus facile de supprimer des enfants jugés surnuméraires et de clouer des familles au pilori que d'inciter les êtres humains à se reproduire, ce qui implique des valeurs positives de continuité et de confiance dans l'avenir... Pas vraiment le genre de partition que savent jouer les nervis du Parti Unique chinois.

Comme le résume une formule limpide, la Chine sera vieille avant d'être riche. Le socialisme l'aura anéantie avec plus de certitude que n'importe quelle catastrophe naturelle.

Il y a des raisons de s'attarder sur l'abandon de la Politique de l'Enfant Unique. Il relève de l'événement planétaire de par l'importance du pays. Mais il permet également de jeter un regard en arrière sur des décennies d'ingénierie sociale et leurs conséquences, un aspect du problème qui rebute quelque peu des éditorialistes européens peu enclins à transposer ces questions à nos contrées. Cette approche est pourtant nécessaire.

On notera ainsi un terme totalement absent du débat démographique en Chine: l'immigration. On ne peut affirmer que les dignitaires du parti soient hermétiques à l'idée, mais elle n'a tout simplement aucune viabilité: quel pays du monde pourrait, en pratique, fournir les cohortes infinies des millions d'immigrés productifs nécessaires à l'entretien des générations chinoises vieillissantes? A travers son seul poids démographique, la Chine est arrivée au terme du jeu de l'avion immigrationniste que d'aucuns plaident pour l'Europe.

La Chine montre que les politiques d'ingénierie sociale étatiques mènent invariablement au désastre. Dans un dernier sursaut de lucidité, elle indique finalement le chemin à suivre: s'il faut assurer l'existence de générations futures pour la population d'un pays, les autochtones sont probablement les personnes les mieux placées pour le faire.

28 octobre 2015

Charcuterie et Roundup

Quel point commun entre une belle assiette valaisanne et une bouteille d'herbicide au glyphosate? A priori, aucun, sauf depuis ces derniers jours où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de décréter que la consommation de charcuterie était "cancérigène" et celle de la viande rouge était "probablement cancérigène".

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Tremblez, mortels...

Les réseaux sociaux ont rapidement réagi avec humour, ce qui était probablement la meilleure chose à faire. D'autres s'inquiètent: les professionnels du secteur se demandent à partir de quand il leur faudra apposer un avertissement "ATTENTION: LA CHARCUTERIE TUE" sur leurs saucissons, à moins bien sûr que les bureaucrates ne se contentent, comme d'habitude, d'introduire une nouvelle taxe.

La méthodologie est discutable. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS s'est basé sur "plus de 800 études" - le grand nombre est sensé forcer le respect - pour établir ses conclusions, essentiellement d'ordre statistique. Et c'est là que le bât blesse.

Diverses substances sont ainsi classées en quatre catégories:

  • Catégorie 1: lien prouvé entre cancer et l'objet en question. On y trouvera la cigarette, l'amiante, l'alcool, etc.
  • Catégorie 2: divisée en deux sous-catégories ; 2A tout d'abord, contenant tout ce qui a un effet "probablement cancérigène" pour l'homme, mais établi sur la base de tests et d'études sur des animaux alors que les résultats des tests sur l'homme sont limités. 2B regroupe ce qui est "peut-être cancérigène" pour l'homme ; les preuves sont limitées et même les résultats des études sur des animaux ne sont "pas suffisants" pour conclure.
  • Catégorie 3: les études ne permettent pas de pencher dans un sens ou dans l'autre.
  • Catégorie 4: étudié mais ne cause pas de cancer chez l'humain.A noter que la Catégorie 4 s'intitule "probablement pas cancérigène pour l'humain": même l'acquittement laisse planer un petit doute...

Forcément, avec un piano à quatre notes, la mélodie jouée par l'OMS ne fait pas dans la nuance. Hormis la première catégorie, le classement ne fait qu'établir divers degrés de suspicion. Il ne tient compte ni du degré d'exposition (faut-il côtoyer la substance quotidiennement ou suffit-il de la croiser une fois dans sa vie?), ni de l'accroissement de la probabilité d'un cancer (5% et 100% d'augmentation des risques de cancer sont-ils des dangers du même ordre?). Il expose seulement l'existence d'une corrélation prouvée.

Concernant la charcuterie, le Dr Kurt Straif du CIRC donne des clés de lecture de cette probabilité:

"Concrètement, chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée quotidiennement augmente le risque de cancer colorectal de 18%."


Si vous mangez, chaque jour, 50 grammes de viande transformée, vous avez 18% de chances de plus de développer un cancer colorectal que votre voisin accro au tofu. Autrement dit, si vous vous privez totalement de charcuterie tout au long de votre vie, vous n'aurez que 16% de chances de moins de développer un cancer colorectal. Présentée de cette façon, l'abstinence charcutière ne semble pas offrir des garanties terribles...

Ce n'est pas tout d'établir un risque, il faut aussi le mettre en perspective. Pour prendre l'exemple de la France, grande consommatrice de charcuterie devant l'éternel, le cancer du côlon frappe en moyenne 36,3 hommes sur 100'000 chaque année (statistiques  2011). Ces chiffres sont en augmentation régulière alors que vieillit une population qui a eu progressivement accès à une nourriture riche et abondante dans la seconde moitié du XXe siècle. Mais là encore, on est assez loin du fléau biblique.

Et que se passe-t-il enfin si vous vous écartez de la norme statistique? Si vous mangez le double de viande transformée, mais trois jours par semaine? Si vous n'en mangez pas fréquemment mais que vous vous lâchez une fois par an à la fête de la Saint-Martin? Si vous en mangiez 200 g par jour pendant des années mais que vous avez baissé votre consommation depuis dix ans?

On ne sait pas.

L'instrumentalisation

Tout au plus peut-on voir dans la classification de l'OMS un message de modération: non, il n'est probablement pas bon pour la santé de s'empiffrer quotidiennement de charcuterie et de saucisses - et ce, bien avant de souffrir d'un cancer du côlon. Mais on se doutait de ce genre de choses sans les publications du Centre international de recherche sur le cancer.

Bien que l'idée ravisse les végétariens et autres défenseurs de la cause animale, la qualification de la charcuterie en catégorie 1 n'en fait pas un produit dangereux. L'inscription de la viande rouge en catégorie 2 - qui n'implique pas de certitude - ne l'est pas davantage. Mais cette annonce est plus troublante sachant qu'elle ne nous apprend rien. Il aurait été plus prudent d'attendre plus de preuves et surtout plus de précision (taux de cuisson, fréquence de consommation, sous-types de viande...) plutôt que d'inscrire une catégorie aussi vaste.

En réalité, les nouvelles classifications semblent surtout servir à susciter un énorme retentissement médiatique au service des idéologies du moment.

Gonflés de leur propre sentiment d'importance, les membres de l'OMS, les lobbies écologistes et les médias s'imaginent peut-être que l'émargement de la viande rouge en catégorie 2 aura une influence sur sa consommation mondiale. A mon avis nous risquons plus de voir une perte de crédibilité de l'échelle elle-même. Les gens se diront qu'ils consomment quotidiennement une substance étiquetée "catégorie 2" (à supposer qu'ils se rappellent encore de cette information dans une semaine) et que, finalement, cela n'a guère d'importance.

L'approche simpliste des probabilités cancérigènes dessert non seulement la cause de la science et de l'OMS, mais jusqu'aux lobbies qui militent pour les instrumentaliser.

Rappelons-nous qu'en mai de cette année, le même CIRC classait en catégorie 2 le glyphosate, désherbant connu mondialement sous la marque Roundup, sur la base de seulement quatre études. Le Roundup est produit entre autres par Monsanto, ce qui en fait une cible de choix pour les activistes écologistes - et ce même si la molécule est tombée dans le domaine public il y a quinze ans. Sourds à toute modération, les activistes du Monde criaient au triomphe. En Suisse les deux grands distributeurs Coop et Migros retirèrent les produits à base de glyphosate de leur assortiment de jardinage.

Maintenant que la viande rouge est classée dans la même catégorie que le glyphosate, que vont faire Coop et Migros?!

Hypocrisie quand tu nous tiens!

En général, l'approche la plus raisonnable serait de cesser tout sectarisme et de laisser les consommateurs adultes décider ; rappelons d'ailleurs que les grands distributeurs vendent aussi des cigarettes, alors que le tabac est en catégorie 1... Tout comme la charcuterie désormais!

La catégorie 2 (2A et 2B) du CICR ressemble de plus en plus à une poubelle. Nous trouvons non seulement les produits potentiellement dangereux pour des professionnels mais aussi toutes les substances contre lesquelles luttent les activistes du moment sans que leur nocivité ne puisse être prouvée.

A côté de produits chimiques industriels se trouvent donc les poussières de menuiserie, les implants chirurgicaux, les contraceptifs, les anabolisants, l'huile de friture ou encore l'exposition au réseau téléphonique mobile!

Et, depuis quelques jours, la viande rouge.

Bien que lacunaire par de nombreux aspects, le classement de l'OMS a une certaine utilité pour inciter à la prudence les utilisateurs professionnels de nombreuses substances potentiellement cancérigènes. En revanche, lorsqu'elle concerne des produits de consommation courante dont l'exposition n'augmente que très faiblement le risque, l'échelle perd en pertinence. Son utilisation paraît alors motivée davantage par des objectifs politiques que par des préoccupations de santé publique.

23 octobre 2015

Revue de presse internationale, désinformation locale

Les élections fédérales du 18 octobre ont eu lieu dimanche dernier, comme chacun sait. Les médias étrangers ne sont pas tendres avec la Suisse. Citons par exemple ce qu'en rapporte la RTS, dont le chapeau de l'article donne le ton:

De manière générale, la presse étrangère est moins surprise par le résultat de l'UDC que par son ampleur. Certains rappellent que la Suisse n'est que peu concernée par la crise migratoire.


Les médias étrangers s'attendaient donc à une victoire de l'UDC (même si les sondages donnaient la plus grande marge de progression au PLR) et "certains" rappellent que la Suisse n'est que "peu concernée" par la crise migratoire. Apparemment, ces gens-là n'ont semble-t-il jamais entendu le vieil adage "gouverner c'est prévoir". Les médias francophones confirment cette position:

En France, Le Monde titre sur la confirmation de la "poussée de la droite populiste", alors que le Figaro parle d'une "progression spectaculaire" des démocrates du centre. Le journal donne la parole à la candidate socialiste Rebecca Ruiz pour qui "les gens ont voté guidés par la peur".

Libération met en relation la centralité de la question de l'immigration durant la campagne électorale et le fait que pour le moment "la Suisse a été épargnée par la vague de migrants qui arrivent en Europe".


Diable. Les Suisses auraient voté sur des problèmes imaginaires qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Zoom sur la presse étrangère

En allant voir les articles en détail, la sentence est confirmée. Le Figaro, un des plus modérés sur le parti UDC de la "droite populiste", publie un texte de l'AFP retouché par la rédaction, incluant l'inévitable commentaire d'une haut gradée de l'Armée du Bien:

"Les gens ont voté guidés par la peur", selon une candidate socialiste, Rebecca Ruiz, ajoutant que le thème des réfugiés et de l'immigration, favori de l'UDC, avait été "malheureusement très dominant dans la campagne".


Eh oui, que voulez-vous, les médias ont un peu parlé de la crise des réfugiés ces derniers jours, c'est ballot, il aurait peut-être fallu attendre le 19 octobre pour évoquer le sujet et ne pas nuire aux chances électorales des socialistes?

L'article est d'ailleurs involontairement comique en évoquant un "système complexe de proportionnelle" pour expliquer le "décalage" entre le score de l'UDC (29,5% de l'électorat) et sa représentation au Conseil National - 65 sièges au lieu des 59 mathématiques. Repensant à la représentativité de leur propre assemblée législative vis-à-vis du Front National, les Français apprécieront!

Du côté de Libération, on fait dans le convenu ; l'article explique le succès de l'UDC par ses affiches provocatrices (sachant que l'électeur de droite, particulièrement stupide, ne vote pour l'affiche qu'il voit le plus souvent). Mais comme le texte du quotidien de gauche n'est qu'une reprise banale d'agence de presse, ne nous attardons pas outre mesure.

élections du 18 octobre 2015
Karl Marx, Rosa Luxembourg, Friedrich Engels: l'affiche des jeunes socialistes genevois
annonçait pourtant la couleur. Pourquoi n'a-t-elle pas séduit l'électorat?

(cliquez pour agrandir)

A tout seigneur tout honneur, concluons avec Le Monde, qui lui aussi regrette la "poussée" de la "droite populiste" - pardon, ai-je dit populiste? On trouve encore mieux dans le texte:

 ...le parti d’extrême droite Union démocratique du centre (UDC)...


Le "journal de référence" n'a pas osé le terme néo-nazi mais le cœur y était. Suit le commentaire obligatoire d'une autre perdante de gauche, Mme Thorens des Verts:

Les Verts et les Verts libéraux subissent de leur côté une défaite cuisante en perdant respectivement 5 et 6 sièges au Conseil national. La coprésidente des Verts suisses, Adèle Thorens Goumaz, se dit « inquiète, car c’est le prochain Parlement qui devra voter la stratégie énergétique du pays… ».


Fermez le ban.

Une sous-traitance bien pratique

On pourrait s'amuser des imprécisions de la presse étrangère lorsqu'elle parle de la Suisse. La même presse qui étale en permanence sa grande connaissance des dossiers face au bas peuple incapable de s'informer... Mais derrière les approximations l'hostilité envers l'UDC est palpable.

La plupart des articles ne sont que des reprises à peine retouchées de dépêches publiées par des agences de presse. Ce n'est d'ailleurs pas une excuse, car l'agence de presse dispose de journalistes permanents sur place, théoriquement capables de fournir une information locale exacte sans tomber dans des préjugés entretenus depuis l'extérieur. Le moins que l'on puisse dire est que le résultat n'est pas au rendez-vous.

Des trois articles des principaux quotidiens français, seul l'un d'eux est signé, celui du Monde, par "Marie Maurisse (Genève, correspondance, avec AFP)". C'est aussi le seul à oser qualifier l'UDC de parti d'extrême-droite, l'accusation la plus exagérée de tous ces compte-rendus électoraux.

D'après sa page LinkedIn, Marie Maurisse est française, correspondante au Monde, et en Suisse depuis 2008. Cela fait donc sept ans qu'elle pratique le pays. La journaliste dispose d'un site personnel rarement mis à jour mais dont les articles permettent de se faire une idée des thèmes de prédilection de la jeune femme ; après un rapide survol nous trouvons pêle-mêle:

  • La Suisse, coffre-fort du dictateur érythréen
  • Trois raffineries suisses fondent pour l’or des cartels de la drogue colombiens
  • Cette Suisse qui craint l’invasion
  • La Suisse raffine l’or illégal de Madre de Dios
  • Corée du Nord : «Kim Jong-un a caché plus de 3 milliards de dollars en Suisse»
  • « Les capitaux français ont grandement profité à la place financière suisse »
  • Suisse: femmes enceintes, au boulot !

Et ainsi de suite... Marie Maurisse est aussi passée par Le Matin Dimanche, une autre officine médiatique romande fièrement anti-UDC, à l'instar de l'Hebdo ou du Temps.

A ce qu'il semble, le qualificatif d'extrême-droite employé à l'encontre de l'UDC helvétique par Le Monde n'a rien d'un accident.

Retour à l'envoyeur

Comment critiquer une élection sans déchirer les derniers lambeaux d'intégrité dont même le plus engagé des éditorialistes cherche à se parer? Comment, sans se dévoiler, dire du mal de ces citoyens qui ont si piètrement voté?

La Revue de presse internationale est un outil parfait pour cela. Au nom de l'information, les médias internationaux rendent compte de l'actualité helvétique et se servent de leurs relais locaux dans ce but - des journalistes professionnels, installés dans le pays, fréquemment engagés idéologiquement, et qui n'hésitent pas à livrer leur interprétation toute particulière des événements.

Une fois publiés dans la presse étrangère, ces mêmes articles reviennent au pays et servent à vilipender le citoyen: "à cause de votre vote, regardez ce qu'on dit de nous à l'étranger!"

Combien de gens réalisent-ils que "la voix de l'étranger" a une source tout à fait locale? Il suffit d'une toute petite coterie de journalistes pour obtenir des textes biaisés à souhait qui seront repris, échangés, cités, rassemblés comme lorsqu'on jette un caillou dans une mare et que les vaguelettes se propagent, reviennent et s'entrechoquent longuement après que la pierre a été avalée par les eaux.

Cela ne pourrait évidemment se faire sans complicité ; de la part des rédactions étrangères qui acceptent ces textes avec complaisance pour en faire des nouvelles officielles, mais surtout d'autres journalistes locaux qui se contentent ensuite de faire des synthèses aux titres outranciers pour ensuite culpabiliser le citoyen.

Et la boucle est bouclée.