16 avril 2015

BCE: Un tout petit moment de panique

Confusion lors de la conférence de la BCE présidée par Mario Draghi: une activiste entra en scène, escaladant l'estrade derrière laquelle officiait le président de la BCE, suscitant un bref moment de panique pure que les nombreux journalistes présents dans la salle n'eurent aucun mal à capter:

 draghi_panic.png

Attaque terroriste? Pas vraiment. Arborant un t-shirt "Fuck the BCE Dick-tatorship" (que l'on ne traduira pas ici ; bornons-nous à remarquer une certaine morgue à l'égard de l'institution) la jeune femme se contentera d'arroser le monsieur d'une pluie de confettis, scandant la fin de la dictature de la BCE alors qu'elle fut expulsée manu militari par le service de sécurité:

"Vous entendrez nos cris plus forts, plus hauts, dans et hors de vos murs, partout, et vous n'aurez pas de repos."

Mario Draghi reprendra ensuite le fil de son propos comme si l'incident n'avait jamais eu lieu.

D'une certaine manière, cet épisode n'a rien de particulier. Pendant politique des flashmobs, l'omniprésence de manifestants divers et variés agissant soudainement est devenu un lieu commun, de l'entartage à d'autres formes de protestation. Pas plus tard que le même jour aux USA, un manifestant protestant contre la corruption de Washington se posa au Capitole avec un mini-hélicoptère.

Les Femens ont elles-mêmes largement contribué à la banalisation de ces manifestations ; la femme du jour, Joséphine Witt, est d'ailleurs une ancienne membre de ce mouvement féministe. Si elle reçut la formation lui permettant d'organiser ce genre de happening, elle inscrit son action en totale indépendance avec les Ukrainiennes seins nus en couronnes de fleur, revendiquant seulement une posture résolument anti-BCE.

josephine witt.png

Le tract préparé par l'activiste (récupéré depuis Zerohedge) montre une étonnante clairvoyance de la part de la jeune femme de 21 ans:

Nous sommes propriétaires de nos vies -
et face à l'environnement de puissance écrasante émanant de la police monétaire de la BCE, il est parfois difficile de le garder à l'esprit.

Nous sommes propriétaires de nos vies -
et elles n'ont pas à être les jetons que la BCE emploie dans ses paris,
n'ont pas à être jouées, vendues, détruites.

Nous sommes propriétaires de nos vies!
sera le cri de ralliement de ceux qui font face à la répression,
quand nous commencerons à voir notre pauvreté comme autre chose qu'une défaite personnelle ou une destinée inéluctable.

BCE,
maîtresse de l'univers,
je viens te rappeler qu'il n'y a pas de dieu,
mais des gens, derrière ces vies,
et que si tu règnes au lieu de servir,
(...) tu ne connaîtras pas de repos.

Et pendant que la BCE ne fait que persister dans son hégémonie autocratique, se reposant sur la surveillance des Etats et la police,
la violence quotidienne est finalement enracinée ici (...)


Et encore:

[Nous] n'accepterons pas l'histoire folle que la BCE veut nous imposer où même la liberté d'expression et la dignité doivent être vendues aux banques pour que nous puissions survivre.


Toutes les articulations du discours ne sont pas claires mais relèvent du même sentiment: d'une part, la BCE joue avec la vie des gens et d'autre part, la BCE est désignée comme le centre de décision, et non l'exécutant, des politiques affectant la zone euro toute entière. La nuance est bienvenue alors que la BCE entretient des liens incestueux avec Goldman Sachs et agit sans rendre le moindre compte aux élus.

Si Mario Draghi a gardé son flegme, nul doute que les futures conférences de presse de la BCE seront surveillées d'un peu plus près - des gorilles un peu plus baraqués, un peu plus nombreux et un peu plus vigilants... Cela empêchera peut-être de nouveau débordements du style d'hier, mais rendra aussi encore moins crédible l'illusion d'une BCE œuvrant dans le sens de l'intérêt commun.

13 avril 2015

De l'immobilisme électoral zurichois

Des élections ont eu lieu ce dimanche à Zurich, le canton le plus peuplé de Suisse. A quelques mois des élections fédérales d'automne, et sachant que ce canton réunit à lui seul un sixième des citoyens helvétiques, le scrutin avait valeur de test.

Le résultat est mauvais.

"Les Conservateurs, grands gagnants des élections cantonales zurichoises", titre le Nouvelliste. Le triomphe est encore loin mais il est vrai qu'à première vue, le résultat semble correct: le vert Martin Graf a été sèchement écarté du Conseil d'Etat, l'électorat n'ayant semble-t-il pas digéré l'affaire Carlos. A la place le PDC récupère un siège avec Silvia Steiner, offrant au gouvernement une répartition marquée au centre avec 2 PS, 2 UDC, 2 PLR et 1 PDC. Le remplacement d'un Vert (d'extrême-gauche) par un PDC (de centre-gauche) ne laisse donc pas présager d'un énorme changement de trajectoire gouvernementale. En évoquant "un léger glissement à droite", le Nouvelliste est dans le vrai. À peine un frémissement...

Mais, quitte à nous projeter dans les élections fédérales, laissons tomber l'élection de l'exécutif puisque celle-ci n'est pas du ressort du peuple. Penchons-nous donc sur l'évolution du Grand Conseil zurichois:

resultat_zurich.png
Infographie RTS

L'UDC tient toujours la part du lion dans l'assemblée (30%) mais ne gagne pas le moindre élu. Le deuxième parti du canton, le PS, se renforce un peu d'un siège, ainsi que l'extrême-gauche. Seuls les Verts et Verts Libéraux perdent réellement des plumes dimanche, mais là encore on est loin de l'effondrement: les deux partis gardent encore plus de deux tiers de leurs sièges. Même le renouveau gouvernemental du PDC ne se concrétise guère au niveau du parlement.

Le vainqueur du jour est évidemment le PLR, doté de huit nouveaux sièges et passant en termes de force électorale de 12,9% à 17,3% des voix.

Quatre virgule quatre pour cent

En 2011, un mois après l'accident de Fukushima, un Vert avait profité de la confusion pour s'emparer d'une place à l'exécutif ; après un mandat les citoyens s'en sont lassé.

Que s'est-il passé depuis? Oh, quasiment rien. L'Europe a continué de s'enfoncer dans la crise économique et financière. Le printemps arabe a fait plonger de nombreuses dictatures dans le chaos. Les Français ont eu la joie d'expérimenter dans les faits le socialisme après l'avoir porté au pouvoir par pure détestation de Nicolas Sarkozy. La guerre civile ravage l'Ukraine. L’État Islamique est né, déplaçant le curseur de la violence islamique à un niveau encore jamais atteint. La Syrie draine de nombreux "jeunes européens" dans une guerre civile dont on ne sait de quelles exactions seront capables les gens qui en reviennent. Divers attentats terroristes ont été perpétrés en Europe, jusqu'aux portes de la Suisse.

Sur le plan strictement helvétique, la BNS a mis en place puis retiré un taux de change plancher avec l'euro, abandonnant la souveraineté du franc en embarquant des milliards d'euros dans son bilan. Les frontaliers et les immigrés n'ont jamais été aussi nombreux, malgré le vote du peuple suisse contre l'immigration de masse. Celui-ci attend toujours, d'ailleurs, la mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers. Deux visions de moins en moins compatibles de la loi opposent les apôtres du culte du droit international aux tenants de la démocratie directe, les premiers disposant de tous les leviers médiatiques et politiques hormis le vote populaire. Le gouvernement fédéral n'a toujours pas retiré sa demande d'adhésion à l'Union Européenne, et continue en fait de faire la promotion d'une adhésion "en douce" à la bureaucratie de Bruxelles.

Tout cela n'est bien sûr qu'une maigre sélection de ce qui s'est passé ces derniers temps. Le résultat? +4,4% pour le PLR, et à peu près autant de perdu pour la gauche - les Verts plus ou moins rouges perdent davantage mais les socialistes et l'extrême-gauche compensent. Pire encore, en guise de "droite" les gagnants du jour sont ceux qui prônent entre autre l'ouverture sans limite des frontières aux personnes, la soumission à l'UE et qui cautionnent les manœuvres d'apprenti-sorcier de la BNS! Et les médias de célébrer la victoire des "Conservateurs"?

Voilà à quoi nous en sommes réduit: un basculement à peine perceptible de l'électorat. Les lignes sont figées. Comme on pouvait le craindre, l'évolution du rapport de force entre gauche et droite s'avère dérisoire. De quoi refroidir les ardeurs de tous ceux qui pouvaient espérer un réveil des citoyens.

Vent mauvais pour l'automne

Ceci n'est évidemment pas de bon augure pour les élections fédérales de la fin de l'année. Si les mêmes tendances se poursuivent - et rappelons-nous que les Zurichois sont plutôt plus à droite que le reste de la Suisse et en particulier que des Romands - le nouveau Parlement ne se distinguera pratiquement en rien du précédent ; et il en sera de même pour le Conseil Fédéral.

Le statu-quo est-il précieux au point de devoir tout lui sacrifier? La question se pose de façon cruciale alors que l'heure tourne et que les options se réduisent. Entre les bulles financières et le jihad global, la dilution de la citoyenneté et les pressions transfrontalières du chômage de masse, l'avenir de la Suisse semble constellé d'écueils qu'il faudra contourner avec habileté sous peine d'éventrer la coque.

Le dernier chiffre remarquable du scrutin est celui d'une participation qui frise l'insulte: 31,3% pour le Conseil d'Etat et 32,6% pour le Grand conseil. Moins d'un électeur sur trois s'est donné la peine de se rendre aux urnes - ou de voter par correspondance plusieurs semaines en avance...

Il est de bon ton de s'intéresser à la politique lorsque des initiatives et des référendums sont proposés au souverain, mais les citoyens devraient se rappeler que 95% des lois au moins ne passent jamais devant le peuple, concoctées par des élus ayant acquis leur siège dans l'apathie générale. Comme ce dimanche.

Dans un pays tel que la Suisse où l'offre politique est si vaste et si libre (deux des partis du Grand Conseil zurichois, PBD et Verts Libéraux, n'existaient même pas il y a dix ans) pareil désintérêt de la population pour la politique est proprement terrifiant. On peut y voir la marque d'un certain ennui, d'une offre insatisfaisante, d'une démobilisation... A moins qu'il ne s'agisse de lassitude mêlée de fatalisme. Dans tous les cas, cette posture du corps électoral n'annonce rien de bon pour le fragile futur de la démocratie helvétique.

08 avril 2015

Charleston et les psychopathes de la police

Les autorités de North Charleston, en Caroline du Sud, États-Unis, sont KO debout après la diffusion par le New York Times d'une vidéo montrant un noir abattu par un policier.

Prise par inadvertance par un témoin à l'aide de son smartphone, la séquence ne laisse aucune place au doute. Un individu tente de s'enfuir ; le policier, Michael T. Slagger, âgé de 33 ans, dégaine alors son arme et lui tire dans le dos à huit reprises. Touchée de cinq balles, la cible s'écroule. Le policier intime à sa victime agonisante l'ordre de mettre ses mains dans son dos et lui passe les menottes... Walter L. Scott, 50 ans, père de quatre enfants, ne se relèvera pas.

L'altercation aurait débuté à la suite d'un contrôle routier et d'un phare éteint sur le véhicule de la victime.

Les médias insistent lourdement pour attribuer un aspect racial à l'affaire, la victime étant noire alors que le tireur est blanc. Pareille perception sonnerait comme une revanche alors que 9 mois et 1200 kilomètres séparent cette affaire de l'épisode de Ferguson dans le Missouri où un jeune noir avait trouvé la mort sans que la culpabilité du tireur blanc ne puisse être établie. Mis à part la couleur de peau des protagonistes, les similitudes s'arrêtent là. Nulle caméra ne filmait la scène là-bas et la victime reçut les balles de face. Mais même à Charleston, rien dans les faits dont nous disposons à l'heure actuelle ne vient conforter l'hypothèse d'un crime raciste.

Si le grand public apprend quelque chose aujourd'hui, c'est avant tout le peu de scrupules que peut avoir un policier à mentir effrontément. Avant que l'avocat de la famille de la victime ne produise la terrible vidéo, le tireur affirmait qu'il avait eu "peur pour sa vie", prétendant que l'homme abattu se serait emparé de son Taser. Les images montrent depuis qu'au moment de vider le chargeur de son arme dans le dos de sa victime, sa main ne tremblait guère.

Alors, y a-t-il du racisme dans cette affaire? Les activistes professionnels jurent que oui, et c'est pour eux le principal problème. Aucun d'eux ne semble beaucoup s'inquiéter de la facilité avec laquelle un policier expérimenté et assermenté peut froidement tuer un homme et mentir après-coup sur ce qui s'est passé, comptant sur la confiance qu'un jury apportera la plupart du temps à un dépositaire de l'autorité publique.

Mais pourquoi? Les policiers ne sont pas et n'ont pas à être des Übermensch légaux. Ils sont aussi imparfaits et faillibles que tout autre être humain. Les nombreux avantages juridiques dont ils bénéficient ne les amène certainement pas à devenir meilleurs. Si certains d'entre eux peuvent canaliser leur colère et leurs bas instincts à l'aide d'un entraînement rigoureux, d'autres peuvent très bien garder à l'esprit qu'ils seront au bénéfice du doute le jour où la justice leur demandera pourquoi ils ont employé leur arme.

Sans être entièrement faux en Suisse, cet aspect est d'autant plus remarquable aux États-Unis où la dangerosité de certaines zones (notamment à cause des gangs) et l'hystérie sécuritaire consécutive aux attentats du 11 septembre ont donné les coudées franches à tous les services de sécurités. Les abus s'enchaînent depuis contre le grand public. Entre une législation de plus en plus souple, la confiscation de biens sans inculpation, la facilité d'emploi d'une arme ou l'image positive associée aux comportements les plus extrêmes grâce aux séries télévisées faisant la part belle au "héros sans scrupules", le respect des droits des individus et des procédures est largement passé au second plan.

police,violence,racismeMichael Slagger aura du mal à éviter la prison à perpétuité. Sachant que la Caroline du Sud pratique toujours la peine de mort, il s'expose peut-être même à pire. On verra à l'occasion combien de manifestations politico-médiatiques seront orchestrées pour soutenir son droit à la vie.

Hors de toute polémique idéologique, on se demande surtout comment éviter pareille tragédie à l'avenir. Cet épisode relance encore une fois la pertinence de caméras accrochées à l'uniforme des policiers et filmant en permanence. L'idée est simple, facile à mettre en place et extrêmement formatrice. Un individu ne se comporte pas du tout de la même façon en sachant que ses faits et gestes sont enregistrés que lorsqu'il pense agir sans témoin.

Les policiers se doivent d'agir de façon irréprochable ; être filmés en permanence est une façon d'y parvenir. Ceux que cela dérange ne sont probablement pas dignes de l'uniforme. On ne sera pas surpris d'apprendre que certains s'y opposent, utilisant leurs relais politiques pour tenter de criminaliser l’œil public.

Avec une caméra attachée à sa chemise, Michael Slagger n'aurait certainement pas tué Walter Scott. Mais ce n'est pas le plus important. Avec la certitude de porter un gadget de ce type pendant ses heures de service, peut-être ne se serait-il même pas engagé dans la police.

Mise à jour (10 avril): correction du nom de la localité (North Charleston) et de son état (Caroline du Sud)... Et une nouvelle vidéo montrant la fuite de M. Scott un peu avant qu'il ne soit abattu.

30 mars 2015

Andreas Lubitz, pilote suicidaire... Et islamiste?

Lorsque la tragédie de l'A320 de Germanwings s'est imposée dans l'actualité, la perspective d'une attaque terroriste était parmi les explications possibles. La disparition subite de 149 innocents dans le ciel européen correspondait à trop au mode d'action de groupes islamiques pour ne pas être relevée, ni par les autorités, ni par le grand public.

lubitz_amok.jpgSi la découverte de la boîte noire du cockpit permit d'écarter l'hypothèse d'une panne mécanique ou d'une décompression fatale aux passagers et membres d'équipage à bord, elle renvoya le facteur humain à la puissance dix. Tout le monde sait désormais que le responsable de ce carnage semble être Andreas Lubitz, un copilote de 28 ans employé de Germanwings depuis 2013 et promis à une célébrité aussi posthume que planétaire. Selon un mode opératoire glaçant le sang, il attendit que le commandant de bord Patrick Sondenheimer aille satisfaire un besoin naturel pour verrouiller la porte blindée isolant le cockpit du reste de l'appareil puis assigna une nouvelle altitude au pilote automatique et resta ensuite calmement à attendre que l'avion percute la montagne, restant sourd à toute sollicitation tant des alarmes de bord que du contrôle aérien et bien sûr que du reste de l'avion.

Terrifiants instants vécus par les victimes alors que l'équipage luttait pour tenter d'interrompre la manœuvre fatale, hurlant, suppliant, attaquant la porte à la hache.

Chaque jour apporte son lot de révélations. L'homme aurait eu un burn-out de part le passé. Il souffrait d'une diminution de l'acuité visuelle qui aurait pu mettre un terme à sa carrière. Il avait eu des problèmes sentimentaux. Il aurait dû être en arrêt maladie le jour du drame. Prenant somnifères et médicaments prescrits aux maniaco-dépressifs, il aurait consulté pour des tendances au suicide...

Comme souvent à posteriori, le faisceau de d'indice semble proprement ahurissant. Mais une interrogation demeure: Andreas Lubitz était-il islamiste?

L'hypothèse cadre trop avec le mode opératoire terroriste: la disparition soudaine et aveugle d'un avion de ligne entier avec à bord des dizaines d'innocents, le tout fomenté avec des moyens dérisoires (un seul individu aux tendances suicidaires) et laissant flotter l'inquiétude sur le monde entier. Même pas besoin de revendiquer quoi que ce soit, tout le monde y a pensé.

L'hypothèse fut formulée noir sur blanc par Geoffrey Grider dès le 26 mars, tout en précisant que c'était juste une "possibilité". Un autre article avec nettement moins de conditionnel fut publié par Michael Mannheimer sur le site PI-News (PI pour Politiquement Incorrect...) et n'y alla pas avec le dos de la cuiller:

Toutes les preuves indiquent que le copilote de l’avion Airbus, au cours de sa période d’interruption de six mois, pendant sa formation de pilote pour Germanwings, s’est converti à l’Islam, à la suite de quoi, soit obéissant aux ordres de radicaux ou Musulmans fervents, soit interprétant de son propre chef, l’ordre en le tirant du livre de la terreur, le Coran, aurait décidé de perpétrer un massacre.


Et le bloggueur de faire le lien avec la mosquée radicale de Brême, fermée en décembre 2014 comme foyer d'extrémisme religieux. La thèse fut reprise, amplifiée, déformée, l'indicatif remplaçant assez vite le conditionnel.

Tout ceci cadre parfaitement avec le récit de la catastrophe... Si ce n'est qu'il n'y a pas la moindre preuve.

Compte tenu de la pléthore d'enquêteurs sur l'affaire, des cris de Allahou akbar scandés dans le cockpit de l'A320 au dernier moment auraient eu peu de chance de ne pas filtrer des écoutes de la boîte noire. On aurait probablement retrouvé aussi des consultations de sites islamistes sur l'ordinateur du copilote, et certainement bien d'autres traces de sa radicalisation lors de la perquisition de son domicile, plutôt qu'un formulaire d'arrêt maladie froissé sur une table basse et des boîtes d'antidépresseurs.

Mais l'hypothèse d'une attaque terroriste cadrait si bien avec l'air du temps que les preuves furent rapidement fabriquées. Une blogueuse américaine, Pamela Geller, eut ainsi la "fierté" d'avoir fait, avant sa suppression, une photo d'écran d'une page facebook célébrant la mort en martyr d'Andreas Lubitz. Le fait qu'il ne s'agisse pas de sa page personnelle et que ladite page ait été crée à posteriori n'entra même pas en ligne de compte. Des variantes plus ou moins farfelues apparurent rapidement sur Internet, y compris en Français, célébrant le "héro (sic) de l'état islamique" mort en martyr, rassemblant des fans à mi-chemin entre un second degré douteux et une haine anti-occidentale tout à fait sincère les amenant à célébrer l'assassinat de sang-froid de 149 personnes.

Vraiment, il semble que beaucoup de monde aurait aimé que M. Lubitz eut été musulman. Mais pourquoi prendre des copies d'écrans de groupes ridicules lorsqu'on peut remonter à la source? Hélas pour les adeptes de l'attentat islamiste la page facebook originale du pilote montre des centre d'intérêt tout ce qu'il y a de plus banals:

lubitz_facebook.jpg
(cliquez pour agrandir)

A moins de considérer la musique de David Guetta comme un signe avancé de radicalisation, il y aura encore pas mal d'efforts à fournir avant de faire passer Andreas Lubitz pour un barbu un peu dingue. Certains s'y emploient malgré tout, au mépris de la vérité.

Cette volonté de faire rentrer - à coups de marteau - les événements dramatiques dans une grille de lecture simpliste de l'actualité est assez caractéristique de notre époque. Le plus fascinant est sans doute de constater que l'islamisme supposé d'Andreas Lubitz semble espéré des deux côtés de la barrière: non seulement de tous ceux qui pensent que le musulman est par définition un ennemi (alors même que des centaines de pilotes musulmans volent quotidiennement aux commandes de longs courriers...) mais également tous les sympathisants islamistes installés en Occident et qui auraient vu dans le geste de folie de ce copilote mal dans sa peau un aller simple vers le paradis du jihad.

La radicalisation supposée de l'employé de Germanwings aurait eu un deuxième avantage, dédouaner la compagnie de toute responsabilité. Selon la fable connue du loup solitaire, ses actes auraient été impossibles à déceler ni à arrêter. L'enquête montre pourtant tout autre chose et révèle d'écrasants manquements dans la surveillance psychologique des pilotes, les règles de sécurité face à un coup de folie, et le revers de la médaille d'un secret médical érigé au rang de sacré.

Qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en effraie, il est encore possible en 2015 que surviennent sur sol européen des drames sans aucun rapport avec l'islam.

24 mars 2015

Succès du FN et mensonge médiatique de base

Ce début de semaine voit fleurir diverses analyses sur le premier tour des élections départementales françaises - pêchant par un évident manque de diversité:

Le PS « trébuche », l’UMP « l’emporte », le FN « s’installe. »


Les éléments de langage sont en place et ils seront abondamment répétés. Il faut que le message rentre, même s'il ne correspond pas à la réalité. En effet, le Front National est bel et bien resté le premier parti de France, comme en témoignent les chiffres du Ministère de l'Intérieur. 5'142'177 voix pour le FN (25% des suffrages), la deuxième formation étant l'Union de la Droite avec 4'254 '078 voix (21% des suffrages). Le PS ferme le podium avec 2'708'592 voix (13% des suffrages). Pas vraiment de quoi s'allumer un cigare.

Pourquoi ce gouffre entre les résultats les plus officiels qui soient et la couverture médiatique du premier tour des élections départementales? Sous une forme graphique où le FN est affublé d'une jolie couleur marron (comprenne qui veut) on devine un début d'explication:

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(cliquez pour agrandir)

De nombreux partis et coalitions ont été représentées pour ces élections, sans vraiment être reconnus par les médias comme des entités politiques indépendantes. Le rassemblement forcé de la gauche autour du PS d'un côté et de la droite autour de l'UMP de l'autre permet de cacher l'émiettement de ces partis respectifs et de présenter un podium plus conforme à l'image attendue.

Combien de journalistes se sont penchés sur le fait que les écologistes réunissaient autour de 2% des suffrages nationaux alors qu'ils bénéficient d'une couverture médiatique absolument démesurée? Combien de journalistes pour relever le score absolument pitoyable réalisé par l'UMP en son nom propre, 1'339'579 voix (6% des suffrages), soit encore moins que les "Divers Gauche"?

Cela n'empêche pas certains titres "amis" comme Le Figaro de titrer, toute honte bue, que l'UMP de Nicolas Sarkozy remporte la victoire...

Non, le Front National a remporté le premier tour de ces élections départementales, et de loin. Il a progressé tant en pourcentage qu'en nombre de suffrages. Alors qu'il ne bénéficiait pas de la prime de notoriété des sortants, il a réussi à s'implanter dans des lieux où il n'avait aucune présence historique, et ses plus beaux résultats ont été obtenus dans les zones où il disposait déjà d'élus municipaux. Comme quoi les électeurs ne semblent pas déçus de "l'expérience FN", ou en tout cas pas encore.

Mais pourquoi cet émiettage des partis? La responsabilité en incombe vraisemblablement au Ministère de l'Intérieur:

Dans ce scrutin d'un genre nouveau ne pouvaient se présenter que des binômes constitués d'un homme et d'une femme, qui n'étaient pas obligatoirement issus du même parti politique. A charge pour le ministère et les préfectures de déterminer les binômes socialistes (PS), Union pour un mouvement populaire (UMP), écologistes (EELV), Front national (FN), et surtout les cas, plus complexes, d'unions : « union de la gauche », « union de la droite », « divers gauche », etc.

Interrogé par Le Monde avant le premier tour, le ministère de l'intérieur expliquait s'être fondé, pour établir ses grilles, sur « les clivages politiques issus des scrutins passés et de l'actualité politique ». Celles-ci précisaient par exemple que les binômes intitulés « union de la gauche » devaient avoir été investis par deux partis de gauche, dont le PS, quand ceux d'« union de la droite » devaient avoir reçu l'investiture à la fois de l'UMP et de l'UDI. Subtilité supplémentaire : le ministère distinguait les listes estampillées « union de la gauche » des listes « divers gauche » où aucun des deux candidats n'a été investi par le PS.


Divers gauche tout de même comptabilisés dans le résultat final du "PS" tel que présenté dimanche soir! Si vous avez l'impression d'une manipulation, vous ne seriez peut-être pas loin de la vérité:

[Pour le seul département de l'Ain] quatre cas litigieux ont été recensés. En se basant sur le Répertoire national des élus (RNE), qui recense tous les élus de France, on pouvait trouver, sous l'étiquette « union de la gauche » un binôme radical de gauche-divers gauche (sans le PS) ; deux binômes Parti socialiste-divers gauche (sans la présence d'un deuxième parti de gauche) et même un binôme divers gauche et… divers droite (dans le 20e canton).

En s'affranchissant de leur propre grille, les services du ministère de l'intérieur ont-ils dans ces cas précis choisi de favoriser l'exposition de binômes PS-union de la gauche ? Contacté, le ministère botte en touche : « La corrélation entre le RNE et les nuances individuelles des candidats n'est pas automatique. La nuance attribuée à un scrutin peut refléter l'évolution politique du candidat (…) à partir de l'ensemble des éléments connus de celui-ci... »


Pratique, en effet. A gauche, la manœuvre profita essentiellement au PS. Un binôme PS-Écologiste comptait par exemple comme "Union de la Gauche" et se vit finalement intégrer au score des socialistes ; dans les quelques cantons où ils se présentèrent sous leurs propres couleurs les candidats écologistes purent réunir autour de 10% des voix.

A droite, sans surprise, la manœuvre profita à l'UMP, puisqu'une liste estampillée "Union de la Droite" devait avoir reçu l'investiture à la fois de l'UMP et de l'UDI, tout en étant uniquement comptée dans le giron de la première le dimanche soir. Il est clair que les deux formations politiques ne sont pas de la même force (l'UDI en nom propre ne réunit que 1% des voix) mais le parti centriste avait une vocation naturelle à chercher des alliances... Lesquelles furent, du coup, entièrement phagocytées par son partenaire.

Alors, comme on le voit, le premier tour de ces élections départementales donna lieu à un sacré mensonge médiatique (jusque sur la RTS). Mais dans quel but? Certains diront, et c'est vraisemblable, que l'objectif était de présenter un résultat honorable pour tout le monde. Le PS sauve les meubles, l'UMP revient mais pas trop fort, le FN a de quoi être fier... Mais je crois pour ma part qu'il s'agissait d'autre chose: préparer l'opinion aux résultats finaux.

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La magie du découpage électoral

Si le premier tour d'une élection ouverte est représentatif des citoyens se donnant la peine d'aller voter, le second n'a aucune qualité de cette sorte. Entre les reports de voix, les consignes de vote et les listes éliminées car n'ayant pas atteint un score arbitraire, on se doute bien que la carte de France n'aura pas grand-chose à voir d'un dimanche à l'autre. Si les journalistes avaient fait correctement leur travail en présentant la réalité la pilule aurait été d'autant plus difficile à avaler pour le bon peuple: comment accepter que le FN soit à la fois si présent et réduit à rien? Mais ici nous jouons sur du velours. L'UMP est en tête, le PS bien placé et le FN troisième et réduit, déjà, à la portion congrue.

Les médias nous ont simplement livré, un peu en avance pour préparer l'opinion, les résultats du second tour.

20 mars 2015

Florissant: un revers pour le bétonnage massif

La nouvelle a été envoyée aujourd'hui à tous les conseillers communaux de Renens et aux médias: le "Projet Florissant" est abandonné.

Florissant? Un quartier de Renens composé de huit barres de logement de dix étages et construit dans les années soixante (dans "l'essor lausannois de l'Expo 64", ajoute avec lyrisme Le Temps). Le genre même de paysage urbain qu'on imagine à chaque fois qu'on évoque les banlieues... Mais toutes les banlieues ne sont pas à problèmes.

florissant,immobilier

Parfaitement intégré à la ville et proche de toutes les commodités, à deux pas de la patinoire de Malley et bordé de plusieurs lignes de transports en commun, Florissant est un quartier ouvert et apprécié de ses habitants, dont 20% ont plus de 65 ans. Bien que d'aspect massif, les immeubles ont été intelligemment placés sur la parcelle avec de grands espaces verts pour les séparer. Malgré les ombres portées, tous les logements disposent de la lumière naturelle, même au rez-de-chaussée. Et il y a de la place pour se garer.

Le confort du quartier aurait toutefois connu une fin abrupte avec un projet municipal de "densification" de l'endroit. Avide de bétonner tout ce qui peut l'être dans une course hystérique à la croissance démographique, la Municipalité envisageait de construire pas moins de cinq immeubles de 4 à 8 étages intercalés entre les bâtiments existants. Des tours au milieu des tours! Adieu parkings, espaces verts, lumière naturelle et calme! Mais une juteuse opération immobilière pour le propriétaire du terrain Swiss Life, sortant de terre autant d'immeubles de rendement pour des centaines de nouveaux locataires au prix du marché, comme on dit...

La démocratie participative est à la démocratie ce que la musique militaire est à la musique, et à Renens, on connaît la musique.

Entre une syndique communiste empressée d'importer de nouveaux électeurs et une municipale verte offrant un mandat d'étude à cent mille francs à son ancien professeur, tout était parti pour que l'affaire soit rondement menée "à la renanaise":

  • dossier monté de toutes pièces sur de prétendus problèmes à Florissant justifiant une intervention de la Municipalité ;
  • maquette d'architecture suffisamment outrancière pour réserver de quoi faire une petite marche arrière comme preuve de bonne foi ;
  • réunions de quartiers hâtives permettant de prétendre que la "démocratie participative" avait joué à plein et que bien entendu tout le monde se satisfaisait du projet final concocté par la Municipalité.

Ne restait plus qu'à convoquer les journalistes pour la pose de la première pierre, sous les flashes des photographes!

La mécanique bien huilée trouva son grain de sable à travers quelques habitants vigilants qui décidèrent de s'opposer à ce qu'il faut bien appeler la destruction de leur cadre de vie. Fondant l'association GIF (Groupement d'Intérêt de Florissant) ils s'opposèrent férocement au Monopoly communal, rejetèrent les compte-rendus dithyrambiques et mensongers des rencontres avec la population, rassemblèrent et informèrent les habitants sur ce qui les attendaient - à Florissant d'abord, dans d'autres quartiers ensuite!

Face à une opposition aussi résolue qu'inattendue, la volonté municipale commença lentement mais sûrement à se fissurer. Un immeuble en projet, puis deux autres, furent retirés. On discuta de divers "aménagements" pour faire passer la pilule. Las! Alors qu'il s'étiolait le projet de plan de quartier perdait peu à peu de son intérêt, mais sans jamais vraiment mourir.

De pétitions en menaces de référendum, le danger politique se précisa. Il amena assez vite une partie de la gauche à jeter l'éponge, avec rupture de collégialité à la clef. Mais c'était encore trop peu: l'extrême-gauche et les Verts (oui, les Verts!) restaient alliés au centre-droit PLR jamais à court de compromis au nom de l'obsédante "croissance"...

Le revirement final des deux municipaux de centre-droit acheva de faire basculer la majorité municipale alors même qu'au Conseil Communal du 12 mars il était encore question de choisir entre "geler" et "abandonner" le projet et qu'une décision n'était pas attendue avant mi-avril.

Cinq ans d'efforts

Il aura fallu cinq ans d'efforts, de vigilance et d'opiniâtreté de l'équipe du GIF (notamment Willy Grandjean et Jean-Marc Reymond) pour combattre et finalement vaincre la soif de bétonnage de la Ville.

Les lauriers de la victoire leur appartiennent et à eux seuls. Ils commencèrent leur combat alors que l'UDC n'était même pas présente au Conseil Communal. Depuis, nous prîmes connaissance de la situation et assez vite il apparut que nos objectifs étaient convergents: l'UDC se bat pour un maintien de la qualité de vie urbaine et celle-ci ne permet certainement pas une densification à n'importe quel prix. Quant à la croissance, elle n'est pas un but en soi et doit être maîtrisée (comme les Suisses eux-mêmes le reconnurent en acceptant l'initiative contre l'immigration de masse le 9 février dernier). Nous nous serions tenus prêts aux côtés du GIF en cas de référendum ; heureusement le projet n'arriva pas jusque là.

Cinq ans d'efforts de la part de citoyens renanais avec une vie à vivre et prenant sur leur temps libre et leurs week-ends pour s'opposer à une Municipalité entourée de professionnels et jouant avec l'argent des contribuables. Quelle lutte inégale! Mais comme dans les légendes David l'emporte contre Goliath.

Depuis la Syndique Marianne Huguenin se découvre un talent pour l'écoute et affirme avec une sagesse toute rétrospective qu'on ne "densifie pas un quartier contre ses habitants". Dans la bouche d'une politicienne aussi expérimentée la formule suscite un sourire amer. Non seulement elle refusa mordicus d'écouter lesdits habitants toutes les fois où elle les rencontra - d'où son surnom de "rouleau-compresseur" dans certains cercles - mais elle défendit elle-même son projet jusqu'à la dernière extrémité, obligée d'y renoncer non pas parce "qu'on ne densifie pas un quartier contre ses habitants" mais bien parce qu'elle finit par être lâchée même par le reste de l'équipe municipale.

Le Projet Florissant était un train fou qui avait déraillé depuis longtemps mais il fallut cinq ans avant que l'information ne parvienne au chef de convoi. Espérons que la leçon sera comprise - si ce n'est de Mme Huguenin, au moins de ses collègues - et que les futurs projets de densification de Renens se feront davantage avec les habitants plutôt que dans leur dos en connivence avec des promoteurs. C'est en tout cas le souhait de l'UDC Renens.