14 novembre 2014

Renens: un conseil accidentellement animé

La séance de novembre du Conseil Communal de Renens prévoyait d'être un long fleuve tranquille mais deux sujets amenés sur la table au dernier moment donnèrent lieu à polémique.

Comme souvent en pareilles circonstances, les troubles apparurent en toute fin d'une courte séance, lors du quinzème et dernier point de l'ordre du jour - "propositions individuelle et divers." Ce chapitre du déroulement du Conseil Communal est l'occasion d'amener devant le conseil des annonces ou des commentaires de portée générale.

Les spectateurs ne furent pas déçus - parmi lesquels Cindy Mendicino, journaliste de 24Heures chargée de la couverture locale.

Les hostilités commencèrent avec une demande de "résolution" de M. Ali Korkmaz du PS. Très concerné par le destin des Kurdes et la réticence de la Turquie dans la guerre contre l'Etat Islamique autoproclamé, il demanda l'instauration de couloirs humanitaires, la facilitation du travail des organisations comme la Croix-Rouge, la fermeture des frontières pour prévenir le passage des djihadistes, l'embargo contre le trafic de pétrole, l'autonomie des provinces de Kobané et de la région de Rojava dans le Kurdistan syrien et j'en passe, lançant un appel solennel au Conseil Fédéral et au gouvernement turc.

Que venait faire cet appel Urbi et Orbi - sincère certes, mais totalement déplacé - au Conseil Communal de Renens? Imagine-t-on un tyran comme Bachar el-Assad ou un grand démocrate comme Tayyip Erdogan affectés par une telle déclaration jaillie de l'obscure séance législative d'une commune vaudoise qu'ils seraient bien en peine de situer sur une carte? M. Korkmaz avait-il le cas échéant jamais entendu parler de la neutralité helvétique?

La réaction fut pourtant toute autre et pris la forme... d'une contre-résolution, déposée cette fois-ci par M. Alberto Mocchi des Verts, estimant que la déclaration de M. Korkmaz était trop "corrosive"! Le Conseil Communal de Renens se donnait des petits airs de Conseil de Sécurité de l'ONU, pinaillant sur le Verbe qui allait changer le destin du monde.

Le débat vira à la foire d'empoigne. Trois interventions des deux orateurs, vote organisé dans la plus grande confusion, cafouillage du Président, suspension de séance... Ce hors-sujet nous tint en haleine près d'une heure, à ramener à la patience à géométrie variable de certains groupes politiques en d'autres circonstances.

Pour mémoire, M. Mocchi finit par retirer sa résolution et celle de M. Korkmaz fut acceptée.

Nous surveillerons avec intérêt les réactions du Conseil Fédéral, de l'ONU, de la Turquie, du Vatican et de l'ambassade d'Uruguay.

Mais ce n'est pas le seul point intéressant de cette soirée.

M. Richard Neal vint à son tour à la tribune pour se plaindre d'une perception qu'il éprouvait trop souvent à son goût: la désagréable sensation que la Municipalité court-circuitait le Conseil Communal, en présentant notamment à la presse comme fait accompli des décisions qui n'avaient même pas encore été votées par celui-ci...

Je rejoins totalement M. Neal sur ce point: il paraîtra évident pour tout observateur avisé de la vie politique de Renens que le Conseil Communal n'est qu'une chambre d'enregistrement des décisions municipales. L'exécutif domine le législatif. Il en va ainsi à cause de la discipline de vote de l'écrasante majorité de gauche qui règne sur la ville et de la mainmise de la Municipalité sur celle-ci. Saluons M. Neal - encarté PS - d'avoir eu le courage mêlé de candeur de relever publiquement cette triste situation, en espérant que cela ne péjore pas son avenir politique, car "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne" comme le disait si bien Jean-Pierre Chevènement!

Pareille intervention n'était évidemment pas du goût de la Municipalité. La syndique Marianne Huguenin s'empressa de prendre la parole pour expliquer que non, les décisions sont prises par le Conseil, et que les communiqués de presse envoyés trois jours avant le Conseil Communal mentionnent bien en bas de page que les décisions sont subordonnées au vote du pouvoir législatif... Qui lit encore les notes de bas de page?

Ces dénégations parurent bien faible pour une Municipalité complètement accro aux médias et à la notoriété, et qui maintient une conférence de presse les semaines de Conseil dans ce seul but. Qu'est-ce qui les empêcherait de parler de tous les projets après qu'ils ont été voté par le Conseil? Rien, si ce n'est qu'une telle démarche ne susciterait aurait aucun intérêt auprès des journalistes dont nos élus sont si friands!

Mais on ne gagne pas à tous les coups. Profitant de l'agitation de nos apprentis-diplomates s'étripant sur le second round du dossier syrio-kurde, Mme Véronique Bovey-Diagne - Verte - appuya son collègue de la majorité de gauche et vint à la tribune pour donner un exemple concret de cette dérive: un article de 24Heures sur un projet de passage sous-voie Rue du Léman, présenté comme approuvé alors que son examen en commission n'aura lieu que dans quelques jours et son adoption éventuelle n'interviendra que lors de la séance de Conseil Communal de décembre!

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Pas encore voté mais c'est pas grave, on fera comme si.

Directement mise en cause par cette intervention car auteur de l'article en question, la journaliste Cindy Mendicino éclata de colère. Plus de digression sur smartphone pour tuer le temps - la jeune femme bouillonnait en attendant la fin de la séance.

Celle-ci fut finalement levée quelques minutes plus tard. Je tentais alors d'approcher la journaliste pour connaître son point de vue ; bien mal m'en pris puisque je reçus en plein visage une réplique méprisante - "Assez de vos petites manigances!" - avant même d'avoir pu ouvrir la bouche. La légendaire objectivité de la presse, sans doute.

Mais Mme Mendicino avait déjà quitté son siège, fonçant droit sur Mme Bovey-Diagne pour mettre les points sur les i avec elle avant de s'éclipser sans piper mot. La rumeur dit qu'elles étaient bonnes amies, avant...

Cette séance de novembre permit finalement de révéler les multiples tensions entre groupes politiques de la majorité, municipalité et médias. Mais tension n'est pas rupture. Le plus important d'entre ces liens est évidemment celui, incestueux, qui unit la Municipalité aux groupes politiques du Conseil et font que ceux-ci sont entièrement sous la férule de celle-là.

L'affranchissement de cette tutelle ne se fera pas en un jour mais s'avère pourtant indispensable ; un passage obligé à l'âge adulte, en quelque sorte. Ce n'est qu'à ce prix que l'organe législatif de Renens retrouvera un semblant de légitimité et par-là même, un rôle réel sur les affaires communales.

Note: Je suis évidemment concerné au plus haut point par les délires de l'Etat Islamique en Syrie, la lutte pour l'indépendance des Kurdes et la radicalisation des musulmans un peu partout dans le monde y compris en Suisse. Il existe des lieux pour en débattre - d'un blog à une page facebook en passant par les assemblées politiques, lorsqu'elles sont compétentes - et des moyens de contribuer à soulager les douleurs des populations civiles, par exemple à travers des dons à la Croix-Rouge ou à la Chaîne du Bonheur.
Il n'empêche: tout cela n'a absolument rien à voir avec la politique communale.

12 novembre 2014

30 novembre: la campagne s'anime

Verrons-nous autre chose qu'un triple Non le 30 novembre? L'hypothèse est peu probable mais pourtant pas complètement à exclure. Tous les sondages ne sont pas dévoilés et certains électeurs ont déjà commencé à voter par correspondance! Un accident est toujours possible! Aussi, échaudés par de récentes surprises en votation, les médias et la classe politique prennent les devants.

swiss_gold.jpgAu sujet de l'initiative sur l'Or, le 20 minutes d'aujourd'hui propose ainsi une belle page de propagande - une interview de Thomas Jordan où le directeur de la BNS, le devoir de réserve dans la poche, lance un plaidoyer à charge contre l'initiative sans aucun contradicteur. Merveille du journalisme d'information!

On lit dans ses propos des perles de sagesse comme "Peu d'or n’a jamais été un problème lors d'une crise" et autres stupidités tellement consternantes qu'il faudrait les encadrer pour les ressortir lorsque la vraie crise de la monnaie fiduciaire aura éclaté. Dommage qu'à ce moment les Suisses aient d'autres chats à fouetter... Mais aucun doute que M. Jordan touchera son salaire mirobolant jusqu'à la dernière extrémité, peut-être même sous les applaudissements de ceux qu'il a déjà ruinés.

arc_lemanique.jpgL'initiative de la gauche contre les forfaits fiscaux donne en revanche lieu à une couverture médiatique plus étendue, avec pas moins de trois reportages d'une RTS qui semble pour une fois avoir retrouvé un semblant d'information équilibrée. Si le reportage à Kusnacht, commune emblématique de la Goldküste, 5 ans après l'abolition du forfait fiscal, laisse l'auditeur sur sa faim - on remarquera par exemple que les statistiques des rentrées fiscales dues aux forfaits fiscaux chassés de Zurich s'arrêtent fort opportunément à 2010 - il n'en est pas de même pour les deux autres sujets sur le thème.

Le grand public apprendra ainsi que de nombreux pays d'Europe ont déjà des formules financièrement aussi intéressantes que le forfait fiscal, offrant autant de point de chute pour les riches étrangers. S'ils souhaitent quitter une Helvétie devenue hostile pour eux ils n'auront pas à parcourir trop de kilomètres. Londres et la Belgique semblent des destinations privilégiées. Ceux qui pensent encore que la vie sur l'arc lémanique est une merveille inégalable devraient y songer à deux fois. Mention spéciale pour cette intervention de Linda Bourget sous-entendant avec finesse le cynisme international qui règne en matière de fiscalité des grandes fortunes.

L'autre argument vient des cantons romands craignant une diminution des recettes fiscales suite à un succès de l'initiative. Comme de coutume, on entend chanter le mantra du ceux-qui-restent-paieront-pour-ceux-qui-partent, argument central en faveur de l'initiative ; mais l'interview de Philippe Kenel, avocat fiscaliste spécialisé, change quelque peu la donne.

[La comparaison entre cantons romands et alémaniques ne tient pas la route] tout simplement parce que les cantons alémanique, même sans l'imposition à la dépense, ils sont attractifs, ce qui n'est pas le cas des cantons romands!

Je prends un exemple: à Schwytz, impôt sur la fortune, 0.1%, c'est attractif ; à Genève, 1%, dix fois plus. Il est là le problème.


Partiront-ils? Maître Kenel n'en fait aucun mystère:

Ah ils partiront! Moi je suis en contact constant avec des clients pour trouver des solutions ailleurs si l'initiative passe.


Eh oui: ceux-qui-restent pourraient bien être beaucoup moins nombreux en proportion qu'à Zurich, la faute à une fiscalité locale punitive pour les personnes physiques, comparé à la Suisse alémanique. Certes, m'objectera-t-on, ceux-qui-restent paieront donc peut-être encore plus, qui sait? Il n'est pas interdit de rêver! On peut se bercer, la foi chevillée au corps, de l'idée que nombre de riches étrangers se laisseront tondre. Mais soyons sérieux quelques secondes: on parle d'un facteur dix entre Genève et Schwytz. Même la classe moyenne déménagerait pour une telle différence. Et si un riche étranger décide de faire ses valises, pourquoi se contenterait-il de changer de canton alors que tant de pays lui tendent les bras?

On saluera la prestation de l'inénarrable Jean-Christophe Schwaab venu encore une fois exprimer toute l'hostilité qu'il ressent envers les "riches" - une posture qui ne manque pas de sel venant du président romand de l'Association suisse des employés de banque (ASEB), un secteur immanquablement précipité dans les plus grandes difficultés si le Oui l'emporte. Toujours cette histoire de scie et de branche... Mais on a les leaders syndicaux qu'on mérite n'est-ce pas!

ecopop.jpgQuant à Ecopop, me direz-vous? Nous en saurons plus ce soir avec Infrarouge - mais sachant que l'émission de mercredi soir s'intitule "Encore restreindre l'immigration?" on a un aperçu assez évident du parti-pris que le débat aura certainement.

Une chose est sûre: ces grandes manœuvres augurent de résultats peut-être plus serrés que prévus au soir du 30 novembre. De quoi donner quelques sueurs aux responsables politiques et autres "faiseurs d'opinion", et rendre cette dernière ligne droite de campagne autrement plus animée.

06 novembre 2014

Obama réduit à l'état de "lame duck"

Lame Duck. L'expression américaine de "canard boiteux" fait référence à un élu sans avenir - par exemple lorsqu'il est encore en poste alors que son successeur a été élu. Mais ce n'est pas son seul usage: on l'emploie aussi pour un président contraint à une forme de cohabitation avec ses adversaires politiques.

barack obama,usa,électionsLe terme s'applique donc pleinement à Barrack Obama après la gifle infligée au camp démocrate lors des élections de mi-mandat cette semaine. Le courant politique du président se retrouve en minorité dans les deux chambres parlementaires américaines, Chambre des Représentants et Sénat.

Certes, le président est toujours en exercice mais la fin de son mandat se limitera vraisemblablement à une sorte de figuration, à moins qu'il ne s'astreigne à une guérilla contre les forces politiques disposant désormais de la majorité au sein du pouvoir législatif.

Quelle fin sans gloire pour le messie du Hope and Change depuis 2008! Reconnaissons au moins qu'il n'est pas le premier président à subir cette infamie, mais le cinquième - sans compter les présidents qui n'ont jamais eu de majorité législative pour les soutenir pendant toute la durée de leur mandat.

Il n'en reste pas moins que Barack Obama porte une lourde charge dans la défaite des Démocrates aux élections de mid-term, qui ont emporté même de nombreux bastions historiques. Pourquoi l'image du président s'est-elle détériorée au point d'être qualifié de pire président des États-Unis de tous les temps? Au point que les propres candidats du Parti Démocrate prennent bien soin de se distancier de lui pour tenter de sauver leur siège?

obamacrush08.jpgPour des médias européens toujours bloqués à l'Obamamania de 2008, il est difficile d'expliquer le revirement du corps électoral - et le fait est qu'ils n'y parviennent pas. Certes, Obama a connu quelques revers, le prix Nobel de la Paix a lancé encore quelques guerres et sa stratégie pour la Syrie est quelque peu illisible mais peu importe, ils l'aimaient avant et l'aiment toujours maintenant!

Le peuple américain, lui, s'est lassé depuis longtemps des promesses vides du candidat messianique. Ainsi, en début d'année un sondage indiquait que 71% des électeurs regrettaient d'avoir contribué à la réélection de Barack Obama - dont 55% de Démocrates parmi ces électeurs. Mais ce n'est pas le genre de nouvelle qui parvient à franchir l'Atlantique.

Le public américain est pourtant prompt à laisser quelques indices aux observateurs ; par exemple, lorsqu'il quitte en masse un meeting politique - démocrate! - lorsque le président, venu à la tribune, se met à vanter les mérites de la "reprise" économique à laquelle le pays serait sujet.

L'économie, voilà donc le principal point faible d'Obama. Les journalistes sont prompts à relayer les nouvelles émises de la Maison Blanche: la croissance est là, le chômage se réduit, les cours de la bourse battent des records.

Tout cela n'est pourtant qu'illusion.

La hausse du NASDAQ, par exemple, n'est due qu'aux injections de dollars fraîchement imprimés par la FED, les fameux QE pour Quantitative Easing. Les cours de la bourse s'envolent, certes, mais cela ne profite qu'aux 10% des Américains les plus riches qui ont les moyens de jouer massivement en bourse ; pour le commun des mortels, c'est une (fausse) prospérité dont ils ne voient pas la couleur.

Le front de l'emploi n'est guère plus reluisant. Des emplois ont bien été créés certes mais il y a salaire et salaire... Et les Américains ont échangé des postes intéressant et bien payés pour des petits boulots à peine suffisants pour joindre les deux bouts:

barack obama,usa,élections
(cliquez pour agrandir)

Les statistiques du chômage ne sont pas meilleures ; à l'instar d'autres gouvernements plus proches de nous, l'administration Obama a tout simplement fait disparaître des millions de demandeurs d'emploi des listings, permettant ainsi de fanfaronner sur une baisse du taux de chômage. Un record de 92 millions d'Américains ne font ainsi plus partie de la population active!

Le dernier indicateur et non le moindre est celui de la pauvreté, mesurée par le biais des coupons alimentaires permettant aux familles les plus démunies de se procurer de quoi manger. Or les chiffres sont effarants: près de 50 millions d'Américains sont désormais "bénéficiaires" des fameux food stamps, soit quasiment 20% de la population civile.

Il est difficile de prétendre que les familles américaines moyennes ont retrouvé le chemin de la prospérité, ni même simplement leur niveau de vie d'avant la crise.

Et ne parlons ni de la dette publique américaine, ni du marché de l'immobilier toujours sinistré en de nombreuses régions.

Si Obama a été particulièrement confus et calamiteux sur le plan de la politique étrangère - quand elle ne se confine carrément pas au mensonge - c'est bien sur le plan de la politique intérieure américaine qu'il a perdu les élections et amené les affres de la désillusion sur le camp démocrate. L'Obamacare qu'il a poussé à bout de bras séduit de ce côté du monde, mais c'est une ignominie pour la plupart des Américains qui ne supportent pas cette immixtion du gouvernement dans la gestion de leur santé.

Par le biais du nouveau chef de leur majorité Mitch McConnell, les Républicains annoncent la couleur:

[Nous nous attaquerons] sans délai à plusieurs des défis les plus pressants auxquels fait face le pays, incluant:

  • Le système de taxation délirant qui pousse les emplois américains à être délocalisés ;
  • Les coûts de la santé dont la hausse continue sous l'égide d'une loi bancale au-delà de tout espoir et que les Américains n'ont jamais soutenue ;
  • Une menace terroriste globale et sauvage qui cherche à faire la guerre à tout Américain ;
  • Un système éducatif qui dénie tout choix aux parents et dénie une éducation correcte à bien trop d'enfants ;
  • Des réglementations excessives et des procès frivoles qui augmentent les coûts pour les familles et empêchent l'économie de croître ;
  • Une bureaucratie d'Etat obsolète et mal équipée pour servir les citoyens dans des défis du XXIe siècle, du contrôle des épidémies aux soins pour les vétérans ;
  • Une dette nationale qui a vu les Américains voler leurs propres enfants et petits-enfants, les privant de bénéfices qu'ils ne verront jamais et les laissant avec le poids d'une dette qu'il leur sera quasiment impossible de rembourser.

 

Simple et de bon sens - enfin!

Malheureusement, on se dirige surtout vers deux ans de blocage. Malgré les discours d'ouverture prononcés de part et d'autre Barack Obama a prouvé à de nombreuses reprises qu'il n'était absolument pas apte au moindre compromis. La Maison Blanche s'est toujours comportée de la façon la plus partisane qui soit tout en présentant aux médias ralliés à sa cause les blocages comme le fait exclusif de ses adversaires politiques.

Les Républicains ne disposent pas de la majorité des deux-tiers requise pour outrepasser un veto présidentiel, il paraît probable que la montagne de victoire électorale des Républicains accouche d'une souris législative. Il n'importe: les Républicains n'ont pas été élu pour travailler avec Barack Obama, mais pour le stopper.

Gageons qu'avec leur victoire cette semaine, le socialisme forcené dans lequel Barack Obama essaye sans relâche d'entraîner les États-Unis d'Amérique depuis six ans vient de subir un coup d'arrêt.

01 novembre 2014

Pourquoi sauver l'or de la Suisse?

"La campagne s'anime", lança Darius Rochebin à l'antenne du journal du 23 octobre en annonçant un reportage sur l'initiative sur l'or qui fut dans son genre un modèle de désinformation. Promoteurs de l'initiative coupés pour ne retenir de leur discours que les références au passé, adversaires du texte s'étalant complaisamment en mentionnant l'inévitable conservatisme des premiers et bien sûr, condamnation sans appel, leur volonté "d'isoler" la Suisse...

Voilà la faible introduction à laquelle eut droit le téléspectateur helvétique, elle-même préalable à une campagne particulièrement fade depuis. En temps de parole ou surface d'affichage, l'or de la Suisse ne semble guère passionner les foules. Un tel manque d'engouement est d'autant plus regrettable que l'initiative sur l'or est sans doute l'un des objets les plus importants soumis au peuple ces vingt dernières années, un des trois défis de la Suisse.

Elle définit rien de moins que la prospérité future du pays.

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28 octobre 2014

Hélicoptères: Comment ruiner un secteur d'activité

Il suffit de peu de choses pour détruire des milliers d'emplois et provoquer des dégâts considérables. L'exemple du jour nous vient de l'Union Européenne, tuant l'ensemble du secteur hélicoptère aérien simplement à l'aide d'une nouvelle réglementation.

[La réglementation IR-OPS de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA)] interdit, pour le transport public, les survols en hélicoptères monomoteurs de zones habitées ne disposant pas d'aires de recueil immédiat. Seuls les hélicoptères équipés de deux moteurs "performants" pouvant assurer "des opérations en classe de performances 1" sont autorisés.


hélicoptère,rSont donc exclus d'office tous les monomoteurs "anciens", c'est-à-dire plus de 85 % des 450 appareils en service en France...

Le Figaro simplifie le problème à sa plus simple expression dans le titre de l'article qu'il dédie à ce sujet: la plupart des hélicoptères sont menacés d'être cloués au sol par Bruxelles. 85 sociétés sont en danger dans leur existence même.

Malgré la tournure de phrase la menace n'a rien d'hypothétique. La nouvelle réglementation entre pleinement en vigueur le 28 octobre, aujourd'hui même. Pour les entrepreneur la bureaucratie européenne est un bien plus grand danger que quelque fléau biblique.

Dominique Orbec, président de l'Union française de l'hélicoptère (UFH), le syndicat patronal de la filière, s'étrangle:

"Cette réglementation condamne une profession qui réalise 280 millions d'euros de chiffre d'affaires par an et emploie quelque 1800 personnes." (...)

La directive est "économiquement inacceptable et opérationnellement injustifiée", ajoute-t-il. L'utilisation d'un engin avec deux moteurs coûte deux fois plus cher à l'achat (5 millions d'euros au bas mot) et en exploitation (3000-3200 euros). "La facture carburant doublerait et le coût de la maintenance serait plus élevé", explique Dominique Orbec. "Nos clients sont-ils prêts à payer deux fois plus cher un service identique?", lance-t-il.


Eh oui, qui dit deux moteurs dit plus de consommation de carburant et aussi plus de pollution... Mais qu'en est-il de la sacro-sainte sécurité au nom de laquelle le secteur du transport par hélicoptère est condamné du jour au lendemain? M. Orbec n'a qu'à citer les chiffres: "En cinquante ans d'exploitation, il n'y a jamais eu d'accident d'hélicos monomoteurs à l'héliport de Paris." Sachant que les hélicoptères d'il y a un demi-siècle n'avaient pas grand-chose à voir avec ceux d'aujourd'hui.

La soudaine méfiance envers les hélicoptères monomoteurs est d'autant plus absurde qu'à l'inverse d'un avion, un hélicoptère peut atterrir en douceur en cas de panne de moteur en utilisant l'autorotation: utiliser la descente de l'engin pour redonner de la vitesse au rotor et ensuite effectuer un posé en douceur, d'autant plus simple qu'un hélicoptère n'a pas besoin d'une piste d'atterrissage. L'emploi de cette manœuvre fait d'ailleurs partie de la formation standard des pilotes. Si agir ainsi est évidemment stressant en cas de panne moteur cela n'a rien à voir avec les conséquences que subit un avion dans la même situation...

Le véritable danger en hélicoptère vient d'un contact du rotor avec un obstacle (câble à haute tension ou arbre) ou d'un problème mécanique au rotor de queue qui rendrait l'appareil ingouvernable. Mais dans ces circonstances deux turbines ne changeraient rien.

Notons que les avions monomoteurs, eux, pourront continuer à faire du transport public de passagers au-dessus des zones habitées. La nouvelle règlementation IR-OPS n'en parle pas.

Mais la fin de l'article résume toute l'absurdité bureaucratique incarnée, lorsque la parole est donnée à des fonctionnaires de la Direction Générale de l'Aviation Civile française:

"Nous constaterons les infractions et les notifierons aux compagnies. Nous leur laisserons quelques semaines pour prendre des actions correctives afin de se mettre en conformité avec le règlement. Il est clair et incontournable. On l'applique."


A, la belle aridité de fonctionnaires assurés de toucher leur paye à la fin du mois en collant des amendes! Mais il paraît que les exploitants avaient deux ans pour se préparer, nous dit-on, et même plus encore depuis le début des "discussions" (entre des fonctionnaires européens et des membres du lobby des constructeurs d'hélicoptères sans doute). La durée de vie commerciale d'un appareil se compte en dizaines de milliers d'heures, soit des décennies selon son utilisation...

Malheur aux patrons, comme d'habitude. Nous sommes en Europe.

Et la Suisse? Elle est concernée elle aussi, puisque liée à l'Europe en matière de sécurité aérienne. Pour l'instant elle a carrément refusé d'appliquer la directive, mais attendons que Doris Leuthard ne s'empare du dossier. Il sera intéressant de compter les morts, bien réels, dus à une pénurie d'hélicoptères de secours à la veille d'une saison d'hiver.

20 octobre 2014

Quand les donneurs de leçon n'aiment plus les étrangers

L'EPFL aimerait bien introduire des quotas d'étrangers.

Reformulons: l'EPFL, école d'élite ouverte sur le monde etc. etc., pour laquelle la Suisse est un modeste reliquat du passé et les frontières un carcan dont il faut s'affranchir, dirigée par l'éminent parachuté Patrick Aebischer, lequel n'hésita pas à exprimer dans les journaux toute son "amertume" après un vote du 9 février qui le laissa "furieux et abattu", prêt à lutter contre les "arguments populistes de l'UDC"... Bref, on pourrait continuer longtemps! Eh bien cette EPFL-là, dirigée par ces gens-là, demande, réclame même, l'instauration de quotas pour les inscription d'étudiants étrangers.

Dit comme cela, on comprend mieux l'ampleur de la nouvelle.

Celle-ci fut d'ailleurs révélée en premier par la Schweiz am Sonntag, un quotidien alémanique. On devine que l'EPFL n'était pas trop fière de son changement de cap - un peu comme un prêtre avouant à ses ouailles qu'il a contracté la syphilis - et n'alla pas le clamer sur tous les toits, mais juste auprès des instances concernées, au Département Fédéral de la Formation à Berne. Instances auprès desquelles se renseignent aussi quelques journalistes du cru. Et évidemment l'information de finir par revenir en Romandie... Même au journal télévisé s'il vous plaît!


La nouvelle a de quoi surprendre, annonce la présentatrice...

"L'école polytechnique fédérale de Lausanne souhaiterait donc pouvoir limiter le nombre d'étrangers dès la première année, si besoin, car avec dix mille étudiants elle est victime de son succès", nous explique-t-on. Tout parallèle avec un pays doté d'un drapeau rouge à croix blanche est purement fortuit.

Le plus savoureux est évidemment d'entendre la justification avancée par le président de l'EPFL, joint au téléphone par une journaliste ; en voici la transcription:

"Je suis totalement contre les contingentements mais aujourd'hui si on laissait ouvert les vannes on pourrait avoir trente mille étudiants sur le campus... Il y a une limite à avoir, aujourd'hui [l'université de] Saint-Gall limite à 25% d'étudiants étrangers, ça c'est la réalité. Donc je crois qu'il y a un moment si vous voulez où vous devez trouver des équilibres et 50% me paraît être un bon équilibre..."


Patrick Aebischer a sans doute beaucoup pleuré, il s'est flagellé à de nombreuses reprises, il a perdu l'appétit et ne demande des quotas que la mort dans l'âme, mais bon, il les demande tout de même. Je suis totalement contre les contingents, mais j'en veux pour l'EPFL.

C'est magnifique, magique. On reste interdit par une telle facilité verbale. On en perdrait sa novlangue!

Alors que l'Armée du Bien martèle jour après jour son amour pour le métissage, l'immigration, l'ouverture indiscriminée des frontières, passant comme chat sur braise sur les aspects les moins reluisants de l'afflux d'étrangers... L'EPFL semble, avec 52% d'étrangers, avoir heurté de plein fouet le mur de la réalité. Non, il n'y a pas de place pour tout le monde. Et même la mise en place d'une immigration choisie - que l'EPFL pratique en recrutant sur dossier - ne suffit pas!

La tolérance ne serait-elle donc qu'une question de proportion?