06 juin 2014

Quand l'application des peines fait peine

"L'assassin a trahi notre confiance." C'est par ces mots hallucinants de naïveté que Pierre Maudet a commenté l'évasion d'un détenu à l'issue de deux jours de permission sans surveillance accordés par l'administration pénitentiaire...

Dans le monde très particulier de l'application des peines en Suisse, la confiance s'accorde assez aisément. C., de nationalité française, avait tué de 110 coups de couteau une transsexuelle de 49 ans à son domicile de la rue de Berne, aux Pâquis, en janvier 2004, clamant avoir agi sous l'influence de stupéfiants. Il fut condamné à 15 ans de réclusion la même année.

Ne tombez pas dans le panneau d'une simple addition pour en déduire que le coupable devrait sortir en 2019 ; le temps carcéral s'écoule d'une façon toute particulière:

En Suisse, la majorité des personnes détenues sont libérées après avoir exécuté au minimum deux tiers de leur peine ou, dans le cadre de l’exécution des mesures, quand les interventions thérapeutiques ont permis des progrès permettant de considérer qu’elles sont en mesure de réussir la mise à l’épreuve.


Donc 33% de remise de peine pour tout le monde, sauf exception. Les quinze ans en deviennent dix. Mais un condamné se retrouvera au contact du public bien avant:

Souvent, la sortie des personnes détenues ayant exécuté de longues peines se fait progressivement. La personne passe d’une exécution en milieu fermé à une exécution en milieu ouvert, ouvrant la possibilité d’une réinsertion par étapes successives. Avant la libération conditionnelle, il est également possible de passer par une période de travail externe, éventuellement suivie d’une période de logement externe (...)


prison,justice,pierre maudet,genèveLe terme "milieu ouvert" renvoie au contact entre l'individu et la société. Dès la moitié de la peine effectuée, il peut effectuer un travail externe - si le risque d'évasion est nul et le risque de récidive faible, précise-t-on avec un cynisme calculé. Il est aussi possible d'accéder à un logement à l'extérieur. On parle alors de travail et logement externes (TLEX), un statut qui n'a plus guère de rapport avec l'image traditionnelle de la prison. Les détenus doivent simplement dormir dans la structure les soirs de semaine. C. était ainsi logé à Plainpalais, en plein centre de Genève, dans l'institution "la Pâquerette des Champs".

Résumons: l'assassin aux 110 coups de lames condamné à quinze ans de prison en 2004 goûtait à la liberté probablement depuis 2011-2012 et serait sorti de prison cette année. C'est d'ailleurs le refus de sa liberté conditionnelle suite au tour de vis général consécutif à l'assassinat d'Adeline qui l'amena à "péter les plombs" et se rendre chez sa mère en France, d'où il n'était pas possible de l'extrader... Un pétage de plomb qui n'a rien de surprenant sachant qu'il était déjà hébergé dans une structure destinée à des personnes souffrant de troubles de la personnalité, comme en témoigne cette définition de poste pour un nouveau directeur.

Savez-vous pourquoi vous n'avez vu aucun portrait-robot de C. dans la presse ni à la télévision? Parce qu'il était en régime de semi-liberté depuis si longtemps que la police ne voulait pas avoir à traiter les centaines de témoignages de gens l'ayant croisé avant sa cavale!

Un système carcéral reposant sur le bon vouloir de meurtriers et d'assassins peut-il fonctionner? Oui, s'il est très confortable, que les prisonniers sont aux petits soins, les professionnels chargés de l'évaluation compétents, le suivi impeccable, et les détenus pas trop vicieux. Qu'un seul de ces critères tombe et toute la construction s'écroule.

En Suisse il est effondré depuis longtemps, mais le grand public ne réalise l'ampleur de la situation que depuis peu. Suivi lacunaire par des administration qui se renvoient la balle, irresponsabilité généralisée, évaluations angéliques... Les gabegies se succèdent, en particulier pour les peines les plus longues. On finit avec des remises de peine tellement banalisées qu'elles déclenchent l'ire des détenus lorsqu'elles ne sont pas accordées de suite, et bien sûr une dangereuse exposition de la société civile aux éléments dont la prison est sensée la protéger.

La personne qui prend un café en terrasse en face de vous est peut-être un condamné avec encore de longues années théoriques de peine devant elle. Vous n'avez aucun moyen de le savoir. Ne vous fiez pas à l'absence de surveillant aux alentours pour conclure quoi que ce soit... Il faudra sans doute encore bien des scandales pour que les sorties soient correctement surveillées ; quant à des détenus purgeant enfin leur peine telle que définie dans le code pénal, n'en rêvons même pas.

M. Maudet, chef du Département de la Sécurité et de l'Economie dans le gouvernement genevois, le jeune loup PLR si triste que la confiance de l'administration pénitentiaire ait été flouée, fait paraît-il partie des "durs" de sa formation politique. Cela donne une petite idée de l'état d'esprit qui règne en haut lieu. Et puis bon, après quelques jours le condamné est retourné au bercail, donc tout va bien, non?

L'enquête administrative n'a pas encore démarré mais gageons que cette fois encore ce ne sera la faute de personne.

02 juin 2014

En attendant les autres

Mehdi Nemmouche est le dernier avatar de la longue liste des terroristes islamistes soit-disant surgis de nulle part, bien que connus des services de police. Français de naissance en vertu du droit du sol, il eut droit à un parcours de petite frappe en règle avec plusieurs passages en prison dont il ressortira totalement endoctriné. S'ensuit un voyage en Syrie via le Liban et la Turquie ; il y passera un an à commettre des atrocités au nom du mouvement pompeusement autoproclamé État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) mais en accord avec nos valeurs puisque selon Bernard-Henri Lévy, à l'aune duquel se mesure la conscience occidentale, Bachar el-Assad est le seul vrai barbare du coin.

Mehdi Nemmouche a été arrêté par hasard à la faveur d'un contrôle de police inopiné d'un bus assurant la liaison entre Amsterdam et Marseille:

Le suspect a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu'il se trouvait dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles.

Selon des sources proches de l'enquête, il était en possession dans ses bagages d'un fusil d'assaut Kalachnikov et d'un revolver avec des munitions. "Des armes du type de celles utilisées le 24 mai à Bruxelles", a expliqué une de ces sources.

Il avait aussi une caméra portative de type GoPro. Parmi ses vêtements, il y avait une casquette semblable à celle que portait le tireur du Musée juif d'après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge.


Arrêté par des douaniers en quête d'herbe! Et François Hollande de claironner dimanche que le suspect de la fusillade au Musée juif de Bruxelles avait été arrêté grâce à la vigilance des forces de l'ordre "dès qu'il a mis le premier pied en France"... Toutes les victoires sont bonnes à prendre!

Comme son nom fleure bon l'immigration, les médias suisses s'évertuent à ne pas mentionner le nom de Mehdi Nemmouche et sa consonance trop "stigmatisante". Apparemment il vaux mieux taire certaines vérités, de peur de susciter des sentiments négatifs... Cette inadéquation face aux enjeux est symptomatique de l'incapacité de l'Occident à faire face à ce qui l'attend. Prenons pour exemple un échange surréaliste entre la présentatrice du journal de la RTS et Christian Chesnot, journaliste à Paris, au sujet de cette affaire:

Voilà la transcription du dialogue, les points saillants sont en gras:

Agnès Wuthrich: Il y avait eu Mohammed Merah, il y a maintenant cette deuxième affaire, les similitudes entre les deux cas sont frappantes.

Christian Chesnot: La grande différence c'est que Mohammed Merah a été faire le jihad en Afghanistan où il a été attrapé à Kandahar par les Américains, les Français n'ont pas pu le récupérer à la sortie ; cette fois-ci le suspect a passé un an en Syrie et le problème c'est que des gens comme celui-ci il y en a beaucoup, on parle de 600, 700, 800 Français sur place... Peut-être de dix mille étrangers qui combattent en Syrie, et le problème c'est que si ces gens reviennent en France ou en Europe évidemment ils peuvent être dangereux, ils peuvent commettre des actes comme on a vu à Bruxelles.

AW: Vous dites, la Syrie c'est un peu l'autoroute du jihad?

CC: Eh bien oui, c'est même le low cost du jihad parce que vous prenez un billet à Paris pour aller à Istanbul ça va vous coûter 200 euros, vous prenez un bus d'Istanbul à la frontière c'est 50 euros et donc en moins de 300 euros vous êtes à la frontière, donc c'est vraiment très facile, en plus pour aller en Turquie il n'y a pas besoin de visa pour les Européens, un simple tampon sur le passeport suffit, et donc vous avez plein de jeunes qui partent...

Si on compare avec l'Afghanistan ou le Mali ou le Sahel c'est un jihad très facile à faire, à la portée de tout le monde malheureusement, et donc même un jeune qui est tout seul peut aller jusqu'à la frontière turco-syrienne et puis là-bas, il est pris en charge par des groupes, des passeurs, qui vont l'amener sur les zones de guerre à Alep ou dans le nord, il y a même des femmes qui passent, on a même vu un Américain qui a fait une opération kamikaze... Donc vraiment c'est un vrai problème et tous les services de renseignement en Europe sont maintenant sur les dents parce qu'on assiste au retour de ces djihadistes en Europe.

AW: Ca veut dire que la guerre est perdue d'avance pour ces services de renseignement? Personne n'a les moyens de surveiller autant de gens...

CC: Ça va être très compliqué... C'est-à-dire que évidemment il faut les suivre au départ, il est vrai que la destination Istanbul-Ankara, la Turquie, il va vraiment falloir regarder de très près... Mais c'est vrai qu'au retour le problème c'est comment localiser ces gens, comment les surveiller, encore une fois Mohammed Merah était sous surveillance, il a échappé à la surveillance, il a commis son attaque à Toulouse... Donc pour les services de sécurité c'est un vrai défi, pas simplement pour les Français, pour les Belges, les Anglais, les Allemands, pour tous les Européens, parce que là c'est une masse de personnes, c'est pas une ou deux personnes comme l'Afghanistan ou comme le Mali. Là on a des centaines de personnes, donc forcément ça pose des problèmes de coordination entre les Européens, et trouver une parade pour les arrêter au retour.


Dix mille étrangers fanatiques s’aguerrissant au combat urbain et aux techniques terroristes les plus extrêmes sur le champ de bataille syrien, et ils ne visent pas à passer toute leur existence là-bas. Comme Mehdi Nemmouche, ils disposent du passeport européen et peuvent franchir toutes les frontières de Schengen. En vertu de leur nombre, ils sont incontrôlables - même M. Chesnot ne semble pas croire sérieusement que les services de renseignement européens soient en mesure de surveiller simultanément un si grand nombre de terroristes potentiels. Pour revenir de Syrie, Mehdi Nemmouche est passé par Singapour et Bangkok avant d'atterrir à Francfort en Allemagne, puis s'est déplacé par voie terrestre sans laisser de trace, allant en Belgique, aux Pays-Bas, en France. Comment surveiller tous les mouvements de milliers de personnes?

Et que dire de ceux qui apparaissent pendant ce temps dans les banlieues, les prisons?

On peut croire en notre bonne étoile permanente et se réjouir comme François Hollande que l'ennemi public numéro 1 ait été si promptement arrêté, fut-ce par le plus grand des hasards. On peut penser, la foi républicaine chevillée au corps, que nos Etats occidentaux, bien qu'en faillite, arriveront à mettre en place les institutions, les procédés de désendoctrinement nécessaires à la lutte contre le terrorisme islamiste. On peut espérer que les vaillantes forces de l'ordre suffiront à prévenir la plupart des massacres à venir.

Soyons réalistes. Les élites occidentales n'ont ni la compréhension, ni la compétence, ni la force de caractère de s'opposer à ce qui va déferler sur l'Europe dans peu de temps.

Des milliers de djihadistes reviendront de Syrie dans quelques années si ce n'est moins. Soit ils auront vaincu, soit ils estimeront que l'Europe est un champ de bataille plus profitable. Dans les deux cas ils auraient tort de se priver. En Europe, la peine de mort est interdite. On se contorsionne pour respecter la foi des islamistes emprisonnés. Les allocations familiales payent le voyage en Syrie pour faire le jihad.

Osons l'écrire: nous vivons peut-être nos dernières années de paix.

Hier, aller en Afghanistan était long et compliqué. Aujourd'hui, 300 euros suffisent pour devenir candidat au jihad en Syrie. Demain, le prix sera-t-il celui d'un billet de bus pour la banlieue voisine?

31 mai 2014

Les policiers, surhommes légaux?

Les policiers suisses sont assurément des professionnels effectuant un travail difficile. Sont-ils des Übermensch pour autant? Des créatures semi-divines dominant le reste des mortels, leurs pitoyables existences et leurs lois?

Pareille déclaration fait quelque peu tiquer, forcément. Un policier ne porte pas son uniforme en permanence et celui-ci n'est pas non plus un costume de superhéros.

police__mal_garee.jpgNous avons de nombreuses raisons de penser que les policiers sont loin d'être infaillibles. A dire vrai, les exemples abondent de situations où ils ne respectent pas la loi, comme se garer sur une zone pour handicapés (photo ci-contre prise à Sion).

L'exemple n'est pas anodin. La question du respect des lois et de l'impunité des policiers se pose de façon criante dans le domaine des règles de circulation, un cadre particulièrement propice aux restrictions arbitraires et aux punitions exemplaires, notamment avec l'introduction de Via Sicura.

24Heures nous en rapporte un exemple au 13 janvier dernier:

[Des] policiers genevois en voiture banalisée, sans avertisseur, ont été flashés à 102 km/h le 14 août 2013 à la rue Gambetta à Clarens limitée à 50 km/h. Marge d’erreur déduite, le dépassement se monte à 46 km/h. Ils suivaient des arnaqueurs qui se faisaient passer pour de faux policiers, à Genève, mais aussi au château de Chillon.


Le dossier fut promptement enterré par le chef de Police-Riviera au lieu d'être transmis au procureur général comme l'aurait requis la procédure. Des élus se sont heureusement indignés.

Depuis que Via Sicura est en place, les forces de l'ordre s'inquiètent:

«Aujourd’hui, nous sommes vite considérés comme des chauffards. Il faut donc s’adapter et peut-être lever le pied.» Christian Antonietti, président du syndicat de la gendarmerie genevoise UPCP, est inquiet. Depuis l’entrée en vigueur le 1er janvier de la loi sur la circulation routière, appelée Via Sicura, les policiers risquent d’être inquiétés plus facilement par la justice et de se retrouver derrière les barreaux en cas de courses d’urgence.


Sauf si l'infraction est repérée par un collègue complaisant, bien entendu. Mais sur le plan strictement légal, Via Sicura prévoit des peines allant de 1 à 4 ans de prison pour les chauffards. Entre dans cette catégorie un individu roulant à 100 km/h sur un tronçon limité à 50, par exemple. La sanction qui les attend est lourde: ils sont punis plus sévèrement que pour un homicide par négligence!

Certains élus se demandent si des policiers peuvent effectivement se faire pincer pour excès de vitesse. Une réponse détaillée de la Municipalité de Lausanne cite le texte de loi (article 100 alinéa 4 LCR) et montre que la situation est un peu plus compliquée:

Lors de courses officielles urgentes, le conducteur d'un véhicule du service du feu, du service de la santé, de la police ou de la douane qui aura donné les signaux d'avertissement nécessaires et observé la prudence que lui imposaient les circonstances ne sera pas puni pour avoir enfreint les règles de la circulation ou des mesures spéciales relatives à la circulation.


Une course officielle urgente - chaque mot compte. "Officielle" implique que le véhicule policier se fait clairement identifier par les autres usagers de la route par sirènes et gyrophare et que le déplacement est connu de sa hiérarchie. "Urgente" signifie que la course doit être justifiée par des circonstances particulières comme une demande d'intervention pour une situation grave, pesée face au danger. Autrement dit, le bon sens même. Malgré les inquiétudes des uns et des autres, les partisans de Via Sicura ont raison lorsqu'ils disent que la loi est compatible avec le travail des policiers.

Évidemment, chacun ne l'entendra pas forcément de cette oreille. Tout dépend bien sûr du niveau de circonstances requis pour violer le code de la route: une course officielle urgente, une course urgente, voire une course toute simple... Les policiers seraient-ils en train de réclamer des passe-droits? Peut-être que le terme est exagéré, mais on ne peut s'empêcher de songer à un militantisme visant à réinstaurer d'anciens privilèges.

Les mauvaises habitudes sont tenaces. Un exemple nous est fourni par le Matin pas plus tard qu'aujourd'hui, où un internaute genevois filme une voiture de police tranquillement garée sur un passage piéton pendant que son chauffeur va chercher des hamburgers...

Peut-être que cette voiture abritait des superflics d'élite traquant un gros bonnet de la drogue depuis 72h, avec un terrible besoin d'un apport protéiné pour tenir le coup? Peut-être. A moins que nous n'assistions juste à l'abus de pouvoir banal d'une caste de fonctionnaires habituée à des entorses à la loi. Entorses d'autant plus faciles que le contrôle est assuré par des collègues...

Hélas pour ces gens, la démocratisation des téléphones portables avec caméra permet un contrôle citoyen plus strict que n'importe quelle directive administrative. Et si des policiers affamés doivent à l'avenir faire le tour du quartier pour se garer et aller ensuite au restaurant à pied comme n'importe quel quidam, en quoi est-ce un problème? A y réfléchir, c'est une forme de patrouille comme une autre.

Contrairement à d'autres élus jusque dans mon parti, je ne peux que saluer l'alignement relatif des forces de l'ordre avec le commun des mortels. Via Sicura est une monstruosité pénale mais ses effets s'appliquent sans distinction d'uniforme. D'ailleurs, le problème que la réglementation pose aux agents est probablement l'argument le moins défendable. Personne n'accepterait de perdre un proche dans un accident avec un véhicule de police ne respectant pas le code de la route, roulant sirènes éteintes alors que son conducteur n'est engagé dans aucune mission particulièrement urgente. Ces cas sont moins rares qu'on ne pourrait le croire. Une voiture de police genevoise a récemment fait une embardée à 160 km/h sur un axe à limité à 60, sans qu'on sache vraiment si l'urgence justifiait cette allure.

Les policiers doivent non seulement respecter la loi mais donner l'exemple. Il y aura probablement des esprits chagrins pour se plaindre que pareilles obligations seraient de nature à rendre moins attirante la carrière de policier, sans réaliser l'absurdité de cette remarque. Qui voudrait d'un policier dont la motivation vient des passe-droits que permet le poste?

26 mai 2014

Le séisme européen annonce un tsunami

Dès dimanche soir le choc était perceptible dans les états-majors des partis et sur les plateaux de télévision: les affreux eurosceptiques avaient fait une poussée terrible à travers le continent. On aurait tort, pourtant, d'y voir la moindre remise en question de la politique européenne.

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La carte des résultats provisoires

Personne ne nie le changement dans nombre de pays d'Europe. Au Danemark, en France, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Belgique, les adversaires de l'Union Européenne sont en tête ; en Pologne, Lettonie, Finlande, Hongrie ou en Italie, ils arrivent en deuxième position, et dans d'autres pays encore ils sont bien placés. Malgré quelques contre-performances relatives (comme Geert Wilders au Pays-Bas) les mouvements "eurosceptiques" font désormais partie du paysage.

Cela ne suffira bien sûr pas à changer quoi que ce soit à Bruxelles. Malgré leur victoire parfois éclatante, les partis eurosceptiques restent très minoritaires au sein du Parlement Européen. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'ils réussissent à s'entendre ; un groupe parlementaire européen doit représenter 7 nationalités différentes. Les différences entre le UKIP anglais, le Front National français ou le N-VA belge n'ont rien de cosmétique.

Ces explications de circonstances ne doivent pas cacher l'axiome fondamental de la construction européenne qui explique à lui seul pourquoi rien ne changera de ce côté-là: l'Union Européenne se bâtit sans les peuples.

Le Parlement Européen n'a pratiquement aucun pouvoir. Outre son organisation incroyablement inefficace - qu'on imagine la qualité des débats entre 751 députés européens dans plus d'une dizaine de langues! - ses capacités législatives sont extrêmement limitées. Il ne peut pas proposer de loi et doit composer à égalité avec un Conseil de l'Europe non-élu. Le pouvoir de ces deux institutions s'efface lui-même devant les prérogatives de la Commission Européenne.

La situation institutionnelle de l'UE ne doit rien au hasard. L'UE s'est construite sur l'idée que les peuples étaient intimement liés aux notions de patriotisme et de nation, deux concepts combattus avec énergie par les élites aux sources de l'institution. Impossible pourtant de nier les dernières apparences de la démocratie; la solution vint sous la forme d'un simulacre de pouvoir législatif, un parlement inutile où des politiciens sur le retour - mais élus par les citoyens de toute l'Union - pourraient éventuellement couler une retraite paisible. Le Parlement Européen était né.

L'élection d'un Parlement Européen est donc un exercice amusant, mais sans conséquence. La construction européenne se poursuivra quelle que soit la composition sortie des urnes, comme nous le verrons assez vite.

La poussée des euro-sceptiques a tout de même eu quelques effets, mais il s'agit surtout de conséquences nationales.

Passons rapidement sur la Belgique, encore une fois en quête d'un gouvernement, pour nous attarder sur les deux pays où quelque chose s'est réellement passé ce week-end: la France et le Royaume-Uni.

élections,parlement européen,marine le pen,nigel farrageSi l'UE a été secouée par un séisme, la France en a clairement été l'épicentre. Les sondages montraient une poussée du Front National de Marine Le Pen, mais le scrutin lui a offert une première place avec les honneurs.

En vieux renards de la politique, divers porte-paroles et analystes ont tenté de nier l'évidence, citant par exemple le faible taux de participation. Outre une approche inquiétante pour leurs propres formations politiques - si 56% des Français sont restés chez eux et que le FN n'a eu "que" 24,5% des voix de ceux qui se sont déplacés, que penser alors des 14,5% du PS ? - cela supposerait que les abstentionnistes appartiennent aux autres partis ; les sondages montrent qu'il n'en est rien. L'abstentionnisme a touché toutes les formations politiques sans en épargner aucune.

Le Front National est désormais le premier parti de France. C'est un fait indiscutable. L'UMP est au second plan et le PS loin derrière. Voilà qui doit semer le trouble à l'Elysée: la perspective d'un second tour entre François Hollande et Marine Le Pen en 2017 s'éloigne. Cette configuration, la seule à donner une chance de réélection à un président conspué de toute part, impliquait que le PS parvienne au second tour; le maigre espoir semble très compromis. Incapable une fois parvenue au pouvoir, la gauche française aura été laminée en un temps record.

élections,parlement européen,marine le pen,nigel farrageLe bipartisme n'a pas éclaté qu'en France. Au Royaume-Uni, le UKIP ("You Keep"), le parti pour l'indépendance, est arrivé en tête du scrutin, battant à la fois travaillistes et conservateurs - un résultat inédit depuis 1906, ce qui donne une idée de l'exploit. Nigel Farage est réputé pour ses interventions au Parlement Européen, où il ne cesse de dénoncer l'incurie de l'assemblée et l'absurdité constructiviste du projet européen ; parfaitement respectable, M. Farage ne saurait être le sujet d'une tentative de diabolisation en règle. Les Anglais ne seront pas dupes et pareille manœuvre arrive trop tard. Il y a donc fort à croire qu'un boulevard politique s'ouvre devant lui, même s'il aura peut-être plus de mal à faire un score aussi important aux élections générales de 2015.

Le véritable danger pour l'Union Européenne vient de là. Les conservateurs de M. Cameron pensaient avoir fait l'essentiel en promettant vaguement un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE en 2017 ; le UKIP vient de leur couper l'herbe sous le pied. Non seulement ce référendum aura bien lieu, mais il surviendra peut-être même plus tôt et la décision de quitter l'UE pourrait l'emporter. Le départ des Britanniques fera s'effondrer l'Union Européenne comme un château de cartes. Comme le dit M. Farage:

"Je ne veux pas seulement que la Grande-Bretagne quitte l'Union européenne, je veux que l'Europe abandonne l'Union européenne (...) Je ne crois pas que ce drapeau, cet hymne, et ce président dont personne ne connaît vraiment le nom représentent ce que l'Europe devrait être".

"Je pense que jusqu'à maintenant l'intégration européenne, que vous le vouliez ou non, semblait inévitable et je pense que ce sentiment va disparaître avec les résultats de ce soir."


Ceux qui espèrent quoi que ce soit d'un Parlement Européen en seront pour leurs frais. Heureusement, ce n'est pas la seule façon d'en finir avec cette bureaucratie absurde.

23 mai 2014

Drogue et prostitution pour sauver le PIB

Rapportée par le Huffington Post, on pourrait croire la nouvelle directement sortie d'une rubrique insolite: l'institut officiel de statistique italien, l'ISTAT, se chargera dès la rentrée d'intégrer les données de "l'économie souterraine", drogue et prostitution, dans ses calculs de la performance économique italienne...

Les revenus estimés du trafic de substances illicites et du sexe tarifé devraient ainsi gonfler la croissance du Produit Intérieur Brut d'un pourcent de plus que prévu, à 2,4%. Un pourcent!

mensonge.jpgN'allez pas croire que ce léger changement statistique soit l'effet d'une magouille décidée en douce dans les couloirs de Rome. Au contraire, la péninsule italienne ne fait que suivre les instructions du Parlement Européen. En février, celui-ci a demandé aux Etats-membres de comptabiliser l'économie souterraine dans le PIB dès septembre 2014. Par souci d'équité, affirme-t-on.

Certains membres de l'UE - les Pays-Bas pour ne pas les nommer - disposent en effet des revenus officiels liés à la consommation du cannabis, légale dans leur pays. Ils comptabilisent donc cette activité économique dans les chiffres de leur PIB, à l'inversent de ceux qui interdisent cette pratique. Mais, on s'en doute, interdire la vente de drogue n'empêche certainement pas l'activité économique correspondante d'avoir lieu... Voilà qui "fausse" donc la mesure du PIB.

Lorsqu'on sait que le PIB gouverne la répartition des contributions au budget européen, on comprend mieux l'intérêt de ces discussions. C'est une histoire de gros sous. Mais cela va plus loin, car si un PIB plus élevé signifie une contribution plus haute au budget européen, il permet aussi d'embellir artificiellement la situation économique d'un pays. Les avantages semblent largement l'emporter sur les inconvénients dans l'esprit de nos gouvernants, et tant pis pour la morale juridique:

[Selon Eurostat,] les PIB finlandais et suédois pourraient augmenter de 4 à 5 points grâce à la prise en compte des nouveaux chiffres. Les Etats-Unis, qui ont appliqué ce calcul dès juillet 2013, avaient connu une hausse de 3% de leur produit intérieur brut, tandis que la Grèce avait vu le sien bondir de 25% en 2006, grâce à la prise en considération de la prostitution et du blanchiment d'argent.

En 2012, la banque nationale italienne estimait même que les revenus de la drogue et de la prostitution représentaient l'équivalent de 10,9% du PIB. Dans son calcul, l'Italie prend déjà en compte depuis 2008 les revenus des entreprises qui ne payent pas d'impôt pour un montant qui représente entre 16 et 17% du PIB annuel.


Prostitution, commerce de drogue, blanchiment d'argent, mafia: on a la croissance qu'on peut!

Malheureusement, comme son nom l'indique, l'économie souterraine est souterraine. Cette lapalissade reflète la gageure consistant à évaluer correctement des données essentiellement occultes. Difficile d'envoyer des réviseurs de compte examiner la trésorerie d'un gang de vendeurs de drogue. Pas de cabinet d'audit non plus pour les filières de trafic d'êtres humains, les travailleurs au noir, les receleurs de cambriolages, les fraudeurs à la TVA, les maisons de jeu clandestines ou les vendeurs à la sauvette sur les marchés...

On peut bien sûr extrapoler à partir des rapports de police, des sondages, ou l'examen des eaux usées qui révèle parfois quelques surprises, mais cela reste des approximations. L'ISTAT se plaint ainsi qu'il soit "très difficile" d'estimer la valeur d'activités illégales et donc non déclarées par définition, sans pour autant y renoncer. Si les statisticiens sont irrités, les politiciens voient une aubaine. L'économie occulte et son évolution invérifiable feront d'excellentes variables d'ajustement.

L'économie souterraine existe, c'est un fait, et sa prise en compte revient à donner une image plus réaliste de l'activité économique d'un pays, nonobstant les énormes problèmes d'exactitude soulevés plus haut. Mais comment tolérer que la "bonne santé" d'un pays soit mesurée à l'aide d'activités que l'Etat s'applique justement à combattre?

La schizophrénie guette, puisqu'il sera d'autant plus difficile de lutter contre une activité illicite qu'elle contribue au PIB national... On fait ressortir au grand jour - et sous un éclairage favorable - des activités que l'on s'évertue à juguler, une autre façon de retomber sur l'absurdité des taxes sur les activités illégales. Comme le résume le député conservateur britannique Mark Garnier à l'aide d'une formule limpide, "on demande aux gouvernements de quantifier l'ampleur de l'échec de leur politique."

In fine, le plus gros problème tient à l'évolution de cette économie souterraine. Même si de temps à autre il sera tentant de la faire décroître pour accentuer la mauvaise santé d'un pays - par exemple lorsqu'un gouvernement d'alternance se fait un plaisir de tailler un costume à l'équipe sortante, ou lorsqu'il s'agit de plaider une rallonge auprès de diverses institutions internationales - la plupart du temps les politiciens seront juste enclins à accentuer le poids de l'économie souterraine dans les chiffres finaux, juste pour rendre présentable un PIB où l'économie officielle est sans cesse mise à mal par leurs propres efforts.

Des libéraux pourraient penser que cette "reconnaissance" de l'économie souterraine poussera les politiciens à cesser de punir des vices qui ne sont pas des crimes ; je pense que tout au contraire ils seront enclin à rendre illégal encore plus d'activités économiques, de façon à les pousser dans le caveau obscur de l'économie souterraine d'où ils pourront tirer tous les chiffres qu'ils veulent au moment de faire le bilan. De plus, bien des activités illicites ne respectent pas non plus le droit de propriété.

Au delà de l'anecdote, l'intégration de l'économie souterraine dans le PIB - ou la recherche de nouveaux indicateurs exotiques pour mesurer l'état d'un pays - s'apparente moins à la recherche de la vérité, une vérité mesurable et comparable, qu'à une fuite en avant. Devant l'impossibilité d'arriver à des résultats positifs, il semble que la classe politique occidentale cherche de nouvelles façons de maquiller ses piètres performances.

La prochaine fois que vous entendrez des politiciens annoncer joyeusement que la croissance "repart à la hausse", demandez-vous combien de tonnes de drogue ont été écoulées.

Mise à jour (6 juin): dans un article du Figaro, Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque, livre le pot-aux-roses: "Une hausse du PIB permettrait mécaniquement aux États de repasser sous la barre des 3% de déficit public requis par l'UE". Voilà donc pourquoi il est tellement important de gonfler le PIB!

19 mai 2014

Ni Gripen ni salaire minimum

Ce dimanche, 56% des citoyens se sont déplacé pour s'exprimer sur plusieurs objets fédéraux et cantonaux. Le résultat est historique: pas moins de deux initiatives populaire ont passé la rampe.

Référendum contre le Gripen (longuement évoqué ici ou ): le projet d'acquisition du futur chasseur suédois est refusé par 53,4% des votants. C'est une demi-surprise: d'un côté, la première fois qu'une demande d'équipement de l'armée ne passe pas la rampe, et de l'autre, la conclusion d'une campagne où les adversaires du Gripen ont fait la course en tête du début à la fin. La carte des votes montre un clivage romand-alémanique assez marqué.

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La presse unanimement engagée contre le Gripen se délecte de "l'échec personnel" d'Ueli Maurer. Aujourd'hui encore on appelle à demi-mot à sa démission et on annonce fièrement le rejet de "son" avion, comme si le choix de ce modèle était le fait d'un seul homme et les conséquences limitées à sa carrière politique. Les analyses livrées par les intervenants pro-Gripen dès dimanche laissent tout aussi songeur: le peuple aurait rejeté le Gripen pour "se venger" du vote du 9 février, surtout en Romandie, et cherché à jouer un bon tour à un conseiller fédéral UDC.

Cette analyse, si elle est exacte, serait terrible: le peuple ne serait plus capable d'appréhender les enjeux militaires sur le long terme, ramenant les questions stratégiques à des bisbilles politiciennes et des querelles de cour d'école. Rappelons que les avions militaires servent pendant des décennies, bien au-delà du mandat d'un politicien ou d'un autre, et surtout de la situation géopolitique qui préside à son acquisition.

Dès les premières tendances en faveur du Non connues, l'inénarrable écologiste Christian van Singer clama que l'argent du Gripen devrait être dévolu à tout un tas de choses (éducation-aide-sociale-santé...) le plus loin possible de l'armée, dans l'objectif avéré de lui ôter le maximum de moyens. Les adeptes de l'armée-doit-répondre-aux-nouvelles-menaces-style-cyberguerre en seront pour leurs frais. Idem pour le camp bourgeois le-Gripen-n'est-pas-le-meilleur-avion: en rejetant dédaigneusement l'acquisition d'une poignée d'exemplaire de l'appareil le moins cher, ces gens pensaient-ils vraiment que l'armée pourrait un jour disposer d'avions plus performants et plus coûteux comme le Rafale? La gauche et le GSsA ne seront décidément jamais à court d'idiots utiles!

L'armée suisse, elle, entre désormais dans une terre inconnue ; terre qui n'a visiblement plus grand-chose à voir avec la défense physique du territoire. Peut-on encore appeler "armée" un groupe d'hommes en uniformes dont les missions semblent se réduire à l'aide en cas d'inondation et à l'encadrement de la Patrouille des Glaciers?

Face à ce résultat lourd de sens dans une Europe à l'avenir indéchiffrable, les autres objets semblent anecdotiques, même s'ils ont chacun leur importance. Mais nul besoin d'ajouter d'autres cartes des votes, la Suisse étant monochrome dans tous les cas.

L'initiative pour un salaire minimum (évoquée ici) a été sèchement rejetée. Le projet de l'union syndicale suisse de 4'000 francs par mois a rassemblé 76,3% contre lui, une véritable déconvenue pour une gauche syndicale qui ne semble même pas avoir réussi à mobiliser ses propres rangs. Le rejet est encore plus fort que pour des textes utopiques comme l'initiative 1:12.

Beaucoup a été dit sur ce projet, asséné comme un marteau sur l'économie sans tenir compte des particularités locales, du coût de la vie ou des difficultés de telle ou telle branche économique. On ne peut qu'espérer que devant un résultat aussi lisible les syndicalistes comprennent le message et reviennent enfin à la table des négociations entre partenaires sociaux, avec un soupçon de réalisme.

L'initiative pour que les pédophiles ne travaillent plus avec les enfants (évoquée ici) a enfin été adoptée, à l'issue d'une campagne très dure où la classe politico-médiatique a constamment asséné des mensonges sur le texte de la Marche Blanche, jusqu'au Conseil Fédéral lui-même.

Qui souhaiterait que des pédophiles condamnés puissent travailler à nouveau avec des enfants? Contre toute attente, seuls 63.5% des électeurs ont admis cette évidence. C'est assez inquiétant quant au sens des priorités - ou au niveau de crédulité - de la minorité battue dans les urnes, en espérant qu'il ne s'agisse pas de quelque chose de pire encore.

Encore une fois, la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga va avoir la tâche difficile de concocter une loi d'application donnant le change aux initiants et ménageant le courroux du Veau d'or de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, devant lequel toutes les élites suisses se prosternent...

L'initiative pour la médecine de famille a elle aussi été plébiscitée avec des scores jamais vus, 88% d'approbation en moyenne. Les Suisses ont exprimé leur attachement à la médecine de famille et à l'importance d'une couverture médicale dans le pays, mais il est à craindre qu'ils aient en fait approuvé tout autre chose.

Attendons la loi d'application pour y voir plus clair.

Ces quatre objets fédéraux ont retenu l'attention de l'actualité mais de nombreux objets cantonaux étaient soumis au vote, à vous de trier le bon grain de l'ivraie:

  •  Les Genevois refusent de financer de 5 parkings relais d’intérêt transfrontalier situés en France voisine, un coup d'arrêt au colonialisme transfrontalier de la cité du bout du lac. Ils ont aussi rejeté une hausse du tarif des transports publics et, plus important encore, retiré cette responsabilité du gouvernement pour la confier au parlement.
  • La centrale nucléaire de Mühleberg ne sera pas arrêtée immédiatement comme le réclamaient les écologistes bernois.
  • La région viticole de Lavaux ne se transformera pas en musée à ciel ouvert. Contre toute attente (et mes propres pronostics) les Vaudois ont massivement préféré le contre-projet du gouvernement à l'absolutisme de Franz Weber, permettant une survie de l'activité viticole de la région.
  • Les Tessinois ont aussi retoqué une initiative de salaire minimum, cantonale celle-ci.
  • Les Lucernois acceptent que des sociétés privées puissent octroyer des prêts aux étudiants ne remplissant pas les critères cantonaux d'octroi de bourse.
  •  A Neuchâtel, les autorités ont obtenu le feu vert pour l'implantation de cinq parcs éoliens, autorisant l'enlaidissement de leurs crêtes et acceptant à terme que 20% de l'énergie du canton dépende du bon vouloir des vents.

En une seule journée de votation, les Suisses se sont prononcé sur plus de sujets que la plupart des autres peuples européens en une décennie!