06 novembre 2019

Ne dites plus "salauds de pauvres", dites "circulation différenciée"

Genève étant à l'avant-garde de la vague saumâtre qui balaie la Suisse, son gouvernement a décidé d'interdire le centre-ville aux véhicules "très polluants".

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Embouteillage près de l'aéroport (image Wikipédia)

Comme l'explique La Julie, "le Conseil d’État genevois passe à l’action". Et quelle action! L'adoption, aujourd'hui, d'un "dispositif de restriction de la circulation à l’intérieur du périmètre de la moyenne ceinture en cas de pic de pollution atmosphérique." Poursuivons:

La mesure phare de ce dispositif se présente sous la forme d’une vignette qui devra être apposée sur le véhicule. Il y en aura six différentes, qui seront fonction de la «performance environnementale» dudit véhicule. Elles sont identiques aux vignettes, appelées CritAIR, que de nombreuses villes françaises ont adoptées, à l’exemple d’Annecy et, bientôt, d’Annemasse. Ce n’est pas anodin car les voitures immatriculées à l’étranger seront soumises aux mêmes mesures.

Ces macarons, valides durant toute la durée de vie du véhicule, donneront évidemment accès ou non à la zone urbaine selon le degré d’alerte pollution. Pour la catégorie des véhicules les plus polluants, ce sera simple: en cas d’alerte smog, quel que soit le niveau, ils ne pourront pas circuler à l’intérieur de la moyenne ceinture.


Bon prince, le Conseil d'État laissera aux automobilistes jusqu'au 31 mars 2020 avant de commencer à distribuer les amendes, on parle tout de même de 500 francs par infraction. Les professionnels, eux, auront même droit à deux ans pour changer leurs camions...

Alors, heureux?

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La petite zone soumise à réglementation... (cliquez pour agrandir)

La stupidité de la mesure laisse pantois, sans compter que Genève n'a même pas le privilège de faire dans la nouveauté.

Pour commencer, la mesure n'a aucun effet sur la pollution. Aucun. Parce que la pollution de l'air en hiver, liée aux conditions météorologiques (absence de vent et de pluie), vient essentiellement de l'industrie et du chauffage domestique, pour grosso-modo un tiers chacun. La part liée au transport tourne autour de 20% selon les études. De combien de pourcents descendra cette pollution lorsque la circulation au centre-ville sera frappée d'interdiction sélective? Le lien de cause à effet ne sera même pas mesurable - bien moins qu'une différence de température de 1° sur le chauffage domestique.

antonio_hodgers.jpgLa circulation différenciée risque même d'être négative pour la pollution, les automobilistes traversant habituellement le centre-ville décidant de faire des trajets plus longs pour contourner la zone interdite en provoquant au passage de nouveaux embouteillages... En revanche, pour les finances publiques, miam miam!

Mais surtout, la gestion de la circulation différenciée va rapidement virer au cauchemar pour tout un chacun.

Non seulement chaque automobiliste devra avoir son petit macaron officiel sur le pare-brise, mais il faudra en plus consulter chaque matin la météo pour se tenir au courant et savoir si le centre-ville est ouvert au trafic. Vous avez oublié d'allumer votre radio? Paf, 500 francs d'amende, ça vous apprendra à ne pas écouter les directives quotidiennes du Ministère de la Mobilité Heureuse.

Les touristes de passage seront-ils exemptés? L'aspect pratique devrait dire non, l'égalité devant la loi devrait dire oui (Juste pour rire, qu'en sera-t-il des voitures diplomatiques?) Dans les deux cas, d'innombrables problèmes pointent le bout de leur nez. L'exemption des touristes amènera immanquablement un tel lot de fausses déclarations que pratiquement tout le monde passera entre les mailles du filet, à moins d'un flicage encore plus poussé de l'utilisation de chaque véhicule.

L'égalité devant la loi obligera chaque véhicule à être soumis aux mêmes règles, mais ce n'est pas une mince affaire. Va-t-on réintroduire des douanes cantonales pour s'assurer que tout ce petit monde a bien sa vignette? Même ainsi, aucun maillage ne saurait être parfait. Les diverses déconvenues de pauvres hères venus de loin et matraqués d'amendes à leur grande surprise feront autant d'anecdotes dénonçant l'écofascisme et la bureaucratie genevoises - l'idéal pour finir de donner à cette ville la réputation qu'elle mérite.

Mais il y a plus ennuyeux que de savoir si une mauvaise loi s'applique à tous ou seulement à quelques-uns, c'est de savoir si on va y survivre.

Le calcul de la pollution des véhicules est très simple: les voitures plus récentes polluent moins que leurs homologues plus anciennes. N'oubliez pas: la couleur de la vignette évoluera avec les années... Autrement dit, les gens riches avec des voitures modernes auront les moyens d'éviter interdictions et amendes, qui frapperont de plein fouet les working poors avec leurs bagnoles d'occasion. C'est donc une mesure particulièrement anti-sociale. Elle l'est d'autant plus que les pauvres ont tendance à vivre en périphérie dans des zones où les logements sont moins chers, mais aussi plus mal desservies par les transports publics.

Pour ces gens, le message du Conseil d'État genevois est très clair: tant pis pour vous.

Sur le 20 minutes, dans un article encore ouvert aux commentaires, les réactions sont plutôt négatives, pour rester poli. Les gens semblent bien avoir compris à quelle sauce ils seront mangés. Florilège:

Greta mouvance
Bienvenue à l'écolodictature, Hodgers on votera certainement pas pour toi.

vivement la fin...
4 ans ce n'est pas long, mais avec la gauche verdoyante se sera pire que léternité... 10 centimes sur la carburant, 5 balles par ci, 40 balles par là et encore des taxes pour compléter les taxes on n'as pas fini de rire. Le plus comique dans ce foutage de gueule, c'est que pour couronner le tout, on nous servira de beaux discours sur la cherté et que l'on ne gagne pas assez pour vivre décemment dans ce pays.

Décompensation verte
La mise en œuvre sera plus polluante que la mesure elle même! Ils sont tombés sur la tête juste pour avoir bonne conscience !

immonde
C'est dégueulasse les jours de smog seuls les riches pourront rouler en faite.

Bien fait
Et voilà. Maintenant vous allez perdre lentement mais sûrement votre liberté. D'abord un macaron. Puis des normes qui vont devenir tellement sévère que seuls les véhicules électriques pourront rouler. La pollution baisse régulièrement depuis plus de cinquante ans mais ils changent les normes au fur et à mesure pour vous le cacher. Vous êtes pris. Maintenant ils sont au pouvoir et vous allez payer et régresser.


On se réjouit de voir l'application de cette nouvelle Genevoiserie... En attendant que le reste de la Suisse s'empresse de lui emboîter le pas, bien entendu. Le peuple suisse a voté pour "l'écologie", la voilà qui arrive.

03 novembre 2019

Oubliez le Brexit, c'est l'Europe qu'ils veulent sauver

Le 31 Octobre 2019 devait être une date très particulière: le jour où le Royaume-Uni aurait - enfin! - quitté l'Union Européenne.

Des engagements forts avaient été pris ; c'était le principal objectif du gouvernement anglais, tel que rappelé par la Reine elle-même dans son discours de réouverture de la session parlementaire. Le Trésor anglais avait même commencé à battre quelques milliers de pièces de 50 pence commémoratives. Il faut désormais les détruire en les fondant à nouveau - en attendant la nouvelle date, je suppose. Heureusement pour lui, le métal n'a pas de mémoire. Les gens, si.

Il y a anguille sous roche.

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Boris Johnson a été porté au poste de Premier Ministre par un plébiscite de la base du parti, comme une sorte de Winkelried du Brexit. Il réussirait là où Theresa May avait plus qu'échoué. Il serait la volonté qui toujours trouve un chemin.

Reconnaissons-lui plusieurs succès: le plan de relation entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne, "impossible à renégocier" depuis deux ans selon Mme May et M. Junker, fut finalement remis sur la table. Le fameux "backstop" irlandais, caillou dans la chaussure du Brexit, vilipendé par les autorités anglaises, trouva une solution. Mieux, le Parlement britannique alla même jusqu'à accepter ce nouvel accord négocié avec l'UE!

Dans ces circonstances, le report du Brexit jusqu'au 31 janvier semble inconcevable. Mais l'énigme n'en est une que pour ceux qui n'ont pas compris la nature profonde du Brexit - non pour les Anglais, mais pour l'Union Européenne.

Le front anglais et le recul de Boris

Comme expliqué dans ces pages le mois dernier, Boris Johnson subit depuis sa prise de fonction une véritable guérilla de la part du Palais de Westminster. Les Parlementaires lui infligent camouflet sur camouflet. Ils n'osent le démettre mais font tout ce qu'ils peuvent pour lui couper les ailes, miner ses capacités de négociation et plus généralement saboter les efforts de son gouvernement pour accomplir le Brexit.

Plus intéressant encore, et ne comptez pas sur le moindre média pour le rappeler, les parlementaires actuellement élus ne représentent plus guère qu'eux-mêmes ; ils sont particulièrement peu représentatifs du peuple, tellement lassé des tergiversations depuis trois ans qu'il aurait volontiers accepté un Brexit sans accord.

Les élus en question le savent tant et si bien qu'ils ont toujours refusé à Boris Johnson de convoquer des élections, de peur que l'agitation de la campagne électorale et les échéances du calendrier ne précipitent un Brexit sans accord.

La classe politique anglaise ne veut pas d'un Brexit sans accord. À aucun prix. Jamais.

Boris Johnson, et croyez ma tristesse sincère en l'écrivant, fait aussi partie de la classe politique anglaise. Alors qu'il déclarait crânement deux mois plus tôt qu'il préfèrerait être "mort au fond d'un fossé" plutôt que de repousser le Brexit, il se dégonfla comme une baudruche en demandant un report à l'UE.

En cela, il se plia à une décision illégale du Parlement, puisque celui-ci outrepassa ses prérogatives en la formulant. Il aurait pu choisir de désobéir. Rien de plus simple: il n'aurait eu qu'à faire la sourde oreille pendant quelques jours. Il aurait même pu porter l'affaire devant les tribunaux, le deuxième meilleur moyen de dépasser des délais après l'envoi en commission parlementaire. Il aurait ainsi risqué au pire quelques jours de prison - selon des modalités encore à éclaircir, le cas étant inédit - mais peu de choses en sommes. Emporté par la bonhomie de son Premier Ministre, le Royaume-Uni serait alors sorti de l'UE sans accord le 31 octobre. Boris Johnson aurait ainsi laissé son nom dans l'Histoire tout en devenant, en ayant respecté ses promesses, le plus populaire de tous les hommes politiques britanniques.

Pourquoi Boris Johnson s'est-il ainsi couché? Sa force de caractère est sans doute bien plus faible que ce que beaucoup espéraient de lui. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme le fait qu'au pied du mur et par solidarité gouvernementale il ait lui-même voté en son temps en faveur de l'accord de Brexit concocté par Theresa May (avec le Backstop irlandais et tout le tremblement). Chacun a toujours tendance à ignorer les faits contraires aux espoirs qu'il nourrit.

D'accord. Boris Johnson a obtenu des victoires tactiques, mais s'est montré étonnamment faible au moment crucial en transmettant une demande de report du Brexit à Bruxelles. Dont acte. Mais il reste un mystère, et un mystère plutôt important. Pourquoi l'Union Européenne a-t-elle accepté de repousser le Brexit de plusieurs mois? À partir du moment où elle était satisfaite du nouveau Brexit (et tout semble montrer qu'elle l'est) il n'y avait aucune raison de repousser le Brexit, et encore moins d'autant.

Ce "petit mystère" est une entourloupe de première pour faire échouer le Brexit et maintenir le Royaume-Uni dans l'Union Européenne. Et les risques de retourner le vote de juin 2016 n'ont jamais été aussi grands.

Explications.

Garçon, l'addition

La grande force des médias présentant le Brexit a été de le montrer comme un débat interne à l'Angleterre. Face à des autorités européennes forcément intelligentes et responsables, les Anglais s'étripaient comme de beaux diables sans parvenir à s'entendre. Ni à jamais présenter des solutions dignes des autorités européennes, pour ainsi dire.

C'est beau, et très faux.

Si je devais résumer en quelques phrases toute la fausseté de ce point de vue sur le Brexit, les voici:

  • Le Royaume-Uni est la cinquième économie mondiale.
  • Le Royaume-Uni est la deuxième économie de l'Union Européenne, derrière l'Allemagne et devant la France.
  • Le Royaume-Uni est aussi riche et puissant que les dix-neuf économies les plus faibles de l'Union Européenne, réunies.

Sur le plan économique européen, le départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne est aussi énorme que si celle-ci passait de 27 membres à 8 membres. Et ce n'est même pas exact parce que c'est le deuxième membre le plus riche qui s'en va, et non la famille des cousins pauvres qui se remettent péniblement de leur demi-siècle de joug soviétique, alliée aux forçats obligés de se soumettre à l'euromark allemand.

L'Union Européenne ne veut pas que les Anglais s'en aillent. Point.

Ils contribuent bien trop au budget de l'Union.

Toutes les tractations depuis le lendemain du vote sur le Brexit, jusqu'à la durée interminable de ces tractations elles-mêmes, ne servent qu'à perpétuer les contributions anglaises au budget de l'UE. C'est aussi simple que ça!

Par conséquent, tout Brexit sans accord doit être rendu absolument, rigoureusement impossible. Tout Brexit "ordonné" doit faire en sorte de perpétuer les contributions anglaises au budget de l'UE pour les siècles des siècles, fut-ce au prix de discussions perpétuelles. Les détails finaux ne seront jamais réglés, comme un divorce traîné devant les tribunaux et qui en fin de compte ne se conclurait pas, malgré des années de procédure.

Voilà la vérité.

Risque maximum

Le Brexit est plus en danger aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été depuis trois ans. Et paradoxalement, l'apparente raideur de Boris Johnson sur le sujet en est la cause.

Les Libéraux-Démocrates anglais, le DUP, les Travaillistes, sont complices de Bruxelles, et je ne serais pas surpris que de l'argent change discrètement de main pour expliquer cet amour inconditionnel. Ils veulent tous que le Royaume-Uni reste dans l'UE. Les Travaillistes par exemple préconisent un deuxième référendum entre "rester" et "rester" - rester formellement dans l'UE et donc renier le vote de 2016, ou approuver une "relation future" avec l'UE tellement proche des obligations d'un membre de plein droit que cela ne fera aucune différence, en particulier au niveau des contributions budgétaires. Pour les Libéraux-Démocrates, c'est encore plus simple: ils demandent à ce qu'on annule le Brexit, ni plus ni moins. Que le référendum aille au diable!

Les Conservateurs menés par Boris Johnson donnent l'impression de vouloir partir de l'UE, mais comme le montre l'exemple récent donné par le Premier Ministre, leur résolution s'écroule devant l'obstacle. Boris Johnson a fait de gros efforts pour nettoyer les écuries d'Augias de leurs éléments les plus europhiles, mais la tâche est trop herculéenne. Les électeurs ne seront pas plus omniscients pour faire le tri. Après les nouvelles élections de Décembre, il y a de fortes chances pour qu'un bonne minorité des nouveaux élus des Conservateurs soit encore composée de vendus à Bruxelles, simplement parce qu'ils sont enkystés dans la structure du parti.

Le Parti du Brexit de Nigel Farage est le seul qui soit crédible sur la question du Brexit et sur la concrétisation du vote anglais de 2016. Et récemment, il a commencé à sérieusement tailler des croupières aux autres partis, en particulier les Conservateurs.

Visant avant tout à sauver sa paroisse, Boris Johnson explique donc que pour que le Brexit se concrétise enfin il faut "voter Conservateur". En les plaçant en tête des intentions de vote des électeurs, les sondages montrent que ceux-ci sont prêts à le croire. Nigel Farage le croit-il?

La dispute ou l'accord entre le Parti du Brexit et les Conservateurs est une des clés du scrutin. Si les deux partis parviennent à se partager les circonscriptions (ce qui revient au Parti du Brexit à avaler son chapeau) et à éviter les duels fratricides au sein du camp du Brexit dans les circonscriptions stratégiques, alors le futur parlement pourrait être à majorité pro-Brexit et les deux mouvements, travaillant main dans la main, pourraient parvenir enfin à le délivrer.

Ça fait beaucoup de si.

Le plus plausible est que le Nigel Farage et Boris Johnson ne parviennent pas à un accord, ou que celui-ci s'effondre avant le dépôt des listes. Conservateurs et Parti du Brexit s'affronteront dans une série de duels fratricides qui pourraient voir triompher le camp adverse, laissant le Parlement entre les mains de partis totalement opposés au Brexit.

Ils auront alors tout loisir de dénaturer encore plus l'accord de Brexit en faveur de Bruxelles à coup d'amendements, et resteront en poste pour assurer une "transition post-Brexit" qui ne se terminera jamais. Jeremy Corbyn pourrait même finir Premier Ministre à la faveur de la confusion et mettre en branle son agenda politique marxiste, incluant nationalisations massives et plans quinquennaux... Que du bonheur pour nos amis anglais.

Peu importe: à Bruxelles, on a retrouvé le sourire.

20 octobre 2019

Élections fédérales 2019, la vie en vert

Il y a quatre ans, en 2015, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) n'était pas encore entrée au Bundestag. Les Anglais n'avaient pas voté le Brexit. Donald Trump n'avait pas été élu Président. Un ministre français à peine connu, Emmanuel Macron, lançait un mouvement qui l'amènerait à la présidence deux ans plus tard. Beaucoup de chose survinrent qui firent bouger les lignes, bousculèrent l'ordre établi. Pour le meilleur ou pour le pire, tout dépend de votre point de vue.

La vague du changement pourrait-elle atteindre la paisible Suisse? Et quelle forme prendrait-elle?

Nous avons désormais la réponse.

Le visage du nouveau parlement: la gauche en force

Selon un décompte encore provisoire, le Conseil national de la législature 2019-2023 devrait avoir cette allure:

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Infographie 24Heures

La poussée verte tant attendue - espérée, même, par tous les médias officiels - a bien eu lieu. Les grands frères socialistes perdent des plumes mais celles-ci sont plus que récupérées par le reste de la gauche plurielle, les Verts augmentant leur députation de 150% (passant de 11 à 28 sièges) alors que les Verts Libéraux n'augmentent la leur "que" de 130% (de 7 à 16 sièges).

Au centre-gauche, contre toute attente, le PDC résiste plutôt bien en ne perdant que deux sièges. Le PLR se voit lui aussi diminué en perdant le double, alors que les sondages d'opinion et l'atmosphère politique générale lui présageaient un retour en grâce l'an dernier encore. La seule chose qui rassurera ces messieurs est la déconfiture de l'UDC avec une perte de 11 sièges (-16% de sa représentation).

La vague verte est stupéfiante en Romandie. À Genève les Verts deviennent la première force politique du Canton avec 24% des suffrages. Dans le Canton de Vaud, ils deviennent la troisième force politique, passant devant l'UDC avec 18,8% (+7.6) contre 17,4% (-5.2). À Neuchâtel, ils doublent carrément leur score avec 20% (+10.7) et deviennent la deuxième force politique derrière le PLR. L'UDC locale boit la tasse, reléguée en cinquième position. Les Verts doublent aussi leur score dans le Jura et dans le Valais.

Les caractéristiques de la politique suisse

La vague verte déferle aussi en Suisse alémanique mais elle y est plus modeste. Les Verts augmentent leurs scores dans de nombreux Cantons, mais ne prennent pas la première place. À Zurich par exemple Verts et Verts Libéraux sont tous deux au coude-à-coude à 14%, derrière le PS (17.3%) et l'UDC (26.7%). À Soleure, ils ne sont que le cinquième parti, comme à Fribourg.

Selon moi, cette différence s'explique simplement par le traitement médiatique du sujet. Dire que les Verts ont bénéficié d'une propagande gratuite et permanente de la RTS et des journaux serait bien en-deçà de la vérité. Mais ce matraquage n'a visiblement pas eu lieu de la même façon en Suisse alémanique, et les résultats des Verts s'en ressentent.

Comme je le dis toujours en ne plaisantant qu'à moitié, les deux caractéristiques principales de la politique suisse sont l'apathie et l'habitude. L'apathie parce que plus de la moitié des citoyens ne prennent même pas la peine de voter, ce qui fait de chaque élu du pays un des moins représentatifs qui soit. L'habitude, parce que la conscience politique d'un Suisse typique se cristallise quelque part autour de vingt ans et se calcifie ensuite.

Clarifions: cette fidélité forcenée n'empêche pas la critique, loin s'en faut. Le Suisse déteste souvent le mouvement politique qu'il s'est choisi. Il n'hésite pas à démolir les candidats que celui-ci présente, la façon dont la campagne politique est menée, la pauvreté des débats, les initiatives et le programme de son parti de prédilection. Il le voue grosso modo aux gémonies. Mais ces démonstrations d'humeur n'ont pas d'importance. Le jour J, il est au rendez-vous pour mettre le bulletin habituel dans l'urne, fidèlement.

Seule une toute petite frange des Suisses change réellement d'opinion politique au cours du temps ; et c'est pour cela qu'une variation de 1.5% des scrutins un jour d'élection fédérale suffit à susciter de hauts cris dans les rédactions. (Avec ce qui vient de se produire aujourd'hui, les journalistes travaillent d'arrache-pied à trouver de nouveaux superlatifs.)

Venons-nous d'assister à une révolution? Je ne pense pas. Je pense que les médias ont fait depuis des mois un travail de propagande, un travail de fond mené de façon remarquable. Disons-le franchement, depuis des mois si ce n'est des années il n'y a pas un soir où la RTS romande ne serve au public un sujet sur la fonte des glaciers / les réfugiés climatiques / les microplastiques / Greta Thunberg / Extinction Rébellion / la pollution / la température dans un siècle. Le thème est inépuisable, l'actualité tout autant. La propagande fut - fortement - dosée pour susciter l'adhésion des apathiques sans irriter les éveillés plus qu'il ne fallait.

Les élections d'aujourd'hui font déjà bruisser tous les instituts de sondages et les chercheurs d'opinion, et je pense qu'ils confirmeront mes analyses: selon moi, la plus grande partie des nouveaux électeurs écologistes de ce scrutin seront des gens qui ne votaient pas d'habitude, et non des convertis venus d'autres partis. Il y aura une proportion non nulle de Suisses qui n'ont pas voté comme d'habitude - un écart de conduite, en quelque sorte, vis-à-vis du parti dont ils se sont fait tatouer les initiales sur l'épaule - mais cette proportion restera petite.

Cependant, la vague verte est bien plus que cela. D'où vient le reste?

Selon moi, il vient de nulle part. Ce n'est pas une vague verte, c'est une absence.

Je pense simplement que les électeurs traditionnels ont été plus démobilisés que d'habitude. Mobilisation exceptionnelle des écologistes + écart de conduite (notamment des socialistes) + démobilisation particulière des partis traditionnels = vague verte.

Prenons l'exemple de Genève, ville engloutie sous la vague verte s'il en est. Peut-on croire que les Verts ont soudainement conquis un quart de l'électorat?

Genève_2019.png
Infographie 24Heures

Bien sûr que non. De nouveaux électeurs Verts sont arrivés sur le marché, ainsi que des transfuges socialistes, alors que l'UDC restait chez elle - trop diabolisée peut-être - et que les PLR et les PDC restaient eux aussi chez eux, dégoûtés de l'affaire Maudet / Dal Busco.

Voilà l'explication posée. Mais que va-t-il se passer ensuite?

La Suisse sous un régime de centre-gauche

Ce 20 octobre 2019 n'est pas que le passage de la vague verte ; c'est aussi la première fois depuis la fondation de la Suisse moderne que la gauche est en mesure d'imposer un gouvernement de centre-gauche.

Je pense qu'elle ne va pas s'en priver.

Pour la gauche le programme, les valeurs affichées, les objectifs annoncés ne sont que des moyens. Le pouvoir est le but. Pendant la campagne les affiches genevoises du PS invitaient les électeurs à se mobiliser pour "renverser la majorité": c'est désormais chose faite.

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La formule magique et ce genre de traditions sont des pis-aller désuets que la gauche consent à suivre seulement quand elle ne peut faire autrement. Arithmétiquement, le futur gouvernement devrait être de deux UDC, deux PLR, deux PS et un Vert en remplacement du PDC ; mais les bulletins étaient à peine dépouillés que la présidente des Verts Regula Rytz s'exprimait sur la SRF en revendiquant déjà le siège du PLR. "Le Conseil fédéral, dans sa composition actuelle, ne correspond plus aux majorités actuelles". CQFD.

Quel que soit le nouveau Conseil fédéral, il aura au moins quatre sièges à gauche. Il n'est pas impossible non plus que les ambitieux fassent preuve d'appétit et proposent un vrai gouvernement d'union de gauche avec deux socialistes, deux Verts, deux PDC et un Vert-Libéral, reléguant PLR et UDC dans l'opposition. Il suffira aux journalistes de justifier "l'urgence climatique" en boucle et les benêts applaudiront à tout rompre.

Les jours qui s'annoncent vont être sombres pour la Suisse. Les Verts ne sont pas des écologistes sympas mais des extrémistes aussi à gauche que les communistes. Les taxes, les amendes, le flicage des poubelles et les interdictions vont pleuvoir. Les automobilistes vont souffrir, l'énergie va être rendue hors de prix, ce qui provoquera récession économique et appauvrissement généralisé.

La classe moyenne helvétique va rapidement découvrir ce qu'il en coûte de choisir d'aller se promener le dimanche en laissant d'autres choisir à sa place.

Ce soir, pour l'avenir de ce pays, je souhaite me tromper. Je souhaite que mon pessimisme soit excessif. Je crains qu'il ne le soit pas.

17 octobre 2019

Pour désinformer, il faut commencer tôt

D'innombrables études le prouvent, l'équilibre droite-gauche au sein d'une population dépend énormément de la classe d'âge. L'opinion politique des gens va vers la droite en vieillissant. Les jeunes sont plus gauchistes que leurs aînés et changent en prenant de la bouteille, comme le résume la célèbre formule: "à vingt ans, celui qui n'est pas de gauche n'a pas de cœur ; à trente, celui qui n'est pas de droite n'a pas de cervelle."

Sachant cela, les tentatives permanentes d'un bord de l'échiquier politique pour accorder le droit de vote à 16 ans s'expliquent aisément. Le but est clair, il faut contrer les vieux. À défaut d'emporter l'adhésion, on se contente de modifier la composition du corps électoral. Ce n'est qu'une des nombreuses façons d'atteindre l'objectif, plusieurs étant tentées simultanément.

Mais pourquoi les jeunes sont-ils plus à gauche que le reste de la population?

La jeunesse a ses propres faiblesses vis-à-vis de la politique ; elle se passionne facilement, manque de recul, croit aux discours de fin du monde, et pense que la responsabilité du futur lui incombe à elle seule. Mais à ces traits de caractère somme toutes véniels s'en rajoute un autre: la vulnérabilité à la propagande.

Rentrons dans le détail avec un exemple, ta_ta_ki.

Ta_ta_ki, kesako?

Vous n'en aviez jamais entendu parler avant, et c'est bien normal si vous avez plus de vingt-cinq ans.

Ta_ta_ki est un canal disponible sur Instagram, qui traite de sujets à destination des 15-25 ans. Il a une certaine popularité avec plus de 26'000 abonnés - pas mal sur ce créneau dans la petite Romandie. L'information est fréquemment renouvelée, colorée, courte, drôle si possible, mais surtout, très engagée. Aux antipodes d'une production naïve "par des jeunes pour des jeunes", on a affaire à des professionnels qui maîtrisent leur sujet et visent leur cœur de cible avec la subtilité d'un pitbull.

L'existence de Ta_ta_ki ne doit rien au hasard. "Découverte, décryptage, lifestyle et relations sociales, tels sont les angles exploités par la nouvelle entité pure player du Service public romand" nous dit-on avec le charabia marketing de circonstance. Autrement dit, Ta_ta_ki est une antenne de la RTS. La chaîne est pilotée par Manon B., une jeune femme de 31 ans qui a fait des études de sciences politiques à l'UNIL et un master de journalisme et communication à l'UNIGE - le cursus idéal pour bien manipuler informer le public. Papa est président d'une association qui, hormis son activisme écolo-conscient, travaille conjointement avec des entreprises pour promouvoir l'Accueil des Migrants Mineurs non Accompagnés, l'Égalité des Femmes et le Développement durable. Maman travaille dans l'association NELA, dont la mission est de développer "une structure de soutien à la transition des jeunes migrants, par parrainage socioéducatif". Certes, les opinions politiques des parents ne présagent pas à 100% de celle de leurs enfants, mais la pomme tombe rarement loin de l'arbre, comme on dit.

Rien de mieux qu'une petite visite sur Ta_ta_ki pour en avoir le cœur net...

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Quelques-unes des dernières contributions de la chaîne avant les élections fédérales 2019.

Au milieu de quelques vignettes humoristiques ou motivantes (montrant je suppose des Suisses typiques de 2019), l'initiative It's a match? vise à "aider les jeunes à choisir" de quel candidat ils se sentent le plus proche. Une campagne qui mérite le détour.

Opération Manipulation

À première vue, rien de bien extraordinaire: cinq interviews de cinq candidats des plus grands partis de Suisse ("5 représentant-e-s des sections jeunes des principaux partis politiques" explique Ta_ta_ki, l'écriture inclusive faisant partie du package).

À gauche des femmes sont interviewées, à droite des hommes. Hasard également, la candidate souriante des Jeunes PS est une femme de couleur - on sera bien en peine de trouver l'équivalent parmi les élus actuels du PS. Cela ne risque pas de changer avec les prochaines élections non plus, parce qu'il n'y a pas un seul candidat de ce type sur les listes officielles du parti. Ceux-là sont relégués sur des listes exotiques ou jeunes, des porteurs d'eau pour la liste principale.

Mais revenons à ces interviews. Courtes et rythmées, elles balancent à l'écran des thèmes auxquels l'interviewé répond simplement "pour" ou "contre", le plus vite possible avec un mouvement de balayage. L'exercice permet de piéger facilement les interviewés. Je préviens d'avance mes lecteurs: ces vidéos sont un supplice à regarder. Pour les courageux, voici les liens: UDC, PLR, PDC, Socialiste, Vert.

Concentrons-nous sur deux d'entre elles: l'UDC et le PS.

greta_ttk.jpgL'UDC est représentée par Oliver Rumo des Jeunes UDC fribourgeois. Le candidat de 21 ans se prête aux deux minutes et demie du jeu selon les instructions reçues: il lance les images d'un bord à l'autre de l'écran le plus vite possible. Les sujets défilent: "Suicide assisté? Pour. Mariage pour tous? Pour. Taxes sur les billets d'avion? Non, déjà trop cher maintenant..." chacune de ces questions mériterait une soirée de débat à elle seule, et ne font même pas consensus au sein de l'UDC.

Les images s'enchaînent par dizaine, parfois sans le moindre rapport avec les sujets politique actuels. Le porno? L'écriture inclusive? L'aigle de Shakiri? Le revenu universel, bien qu'il ait été balayé dans les urnes il y a trois ans par 76,9 % des votants?.. La vitesse ralentit un peu seulement pour se moquer, comme lorsqu'on pose la question de l'hymne national que le malheureux est évidemment invité à chantonner. Une limite d'âge maximale pour voter? Contre, mais peu importe: on voit que chez certains l'idée est dans les cartons, il s'agit donc de l'implanter dans l'opinion. Le Véganisme? "Pour, ça fait plus de viande pour moi". Après de nombreuses images la séquence se clôt sur la question du fromage vegan ("Non parce que c'est pas du fromage") et Beyoncé ("Non mais pas parce qu'elle est noire.")

port_du_voile.jpgLe PS est représenté par une autre fribourgeoise, Immaculée Mosoba de la liste de la Jeunesse socialiste, 25 ans. La séquence est entièrement différente. Le rythme est plus lent. La jeune femme a parfois droit à plusieurs phrases d'explication sur certaines images (montées pour garder le côté rythmé), ce qui lui donne l'air beaucoup plus intelligente et réfléchie, et tant pis si elle traite moins de sujets. Mais ce qui interpelle immédiatement, c'est que certaines questions sont différentes. Uber? Contre. Le Vote à 16 ans? Pour. Le port du voile à l'école? Pour.

On ne verra pas de questions sur l'accord-cadre avec l'Union Européenne, pourtant décisif pour l'avenir de la Démocratie directe ; on ne remettra pas en cause l'assurance-maladie qui étouffe la classe moyenne ; on ne parlera pas de l'initiative contre l'Immigration de Masse qui fut tout simplement ignorée par les élus à Berne, ni du Renvoi des Criminels Étrangers qui fut édulcoré par les mêmes. En fait il n'y a pas une seule question sur les migrants, les frontières, la criminalité ou l'effondrement en cours des assurances sociales.

Il est clair que ni Oliver Rumo ni Immaculée Mosoba n'ont choisi leurs questions - on les a choisies pour eux, à dessein. La manipulation la plus éhontée est dans la séquence de Mosoba. Le port du voile à l'école n'est qu'un apéritif ; un peu plus loin on lui pose une suite de questions sur le Burkini ("Pour, si elles se sentent mieux en burkini qu'en maillot de bain"), le menu hallal à l'école ("Pour") et les chemises à manches courtes ("Pour, pourquoi pas?" répond-t-elle en riant).

Pourquoi demander à une candidate à une élection au Conseil National ce qu'elle pense des chemises à manches courtes? À priori, cela ne semble avoir aucun sens. Il n'est pas question de discuter à Berne du port des chemises à manches courtes. Mais du foulard islamique ou du burkini, oui. Il faut se donner la peine d'y réfléchir cinq minutes pour comprendre. La juxtaposition des questions est conçue pour donner l'impression que le burkini est équivalent au port de chemises à manches courtes. Cette séquence de questions est donc construite pour amener le spectateur à couper le lien entre le burkini et le prosélytisme musulman. Je-m'habille-comme-je-veux, tiens, aujourd'hui je porte un burkini. Et demain une chemise à manches courtes. Ce ne sont que des vêtements.

Il faut une belle connaissance des ressorts de la manipulation pour mettre en place ce genre de désinformation quasi subconsciente. Goebbels serait fier d'une telle séquence.

Entendons-nous bien: Oliver Rumo pas plus qu'Immaculée Mosoba ne seront élus dimanche au Conseil National. Sur des listes "alternatives" des grands partis, ils n'ont aucune chance. L'un comme l'autre ne sont que des outils à travers lesquels Ta_ta_ki imprègne le public-cible de son message, et donne une image de leurs partis respectifs.

L'objectif est pleinement atteint: vue plus de 136'000 fois, la vidéo d'Oliver Rumo est assortie d'une avalanche de près de 3'000 commentaires dont les quatre-cinquièmes oscillent entre le négatif et le franchement haineux.

Les jeunes ont un intérêt pour l'UDC, le nombre de vues de sa vidéo le prouve. Mais ensuite, grâce à Ta_ta_ki, le plus grand parti de Suisse se voit présenté d'une façon simpliste et repoussante, afin de susciter l'hostilité et le dégoût. Plus d'une centaine de milliers de jeunes Romands ont été imprégnés de ce message avant même d'avoir l'âge de voter. L'objectif est donc pleinement atteint, ce qui interpelle certains.

Merci la RTS et son antenne "jeune".

06 octobre 2019

Quand l'État Français éprouve à son tour un "sentiment d'insécurité"

Dans l'affaire de "l'attaque au couteau à la Préfecture de Police" de Paris, tout a été tenté pour essayer d'étouffer dans l’œuf l'hypothèse de l'attaque terroriste islamique. Mais il suffit de lire Le Figaro du jeudi 3 octobre pour voir que la digue commençait déjà à se lézarder.

La préfecture de police reste extrêmement prudente sur la piste terroriste [pourquoi?]. Si cette hypothèse n’est pas écartée, la piste d’un différend d’ordre privé était aussi évoquée, sans qu’aucune source officielle ne le confirme. Dans une confusion totale, certains parlaient jeudi d’une «peine de cœur». D’autres affirmaient que l’attaquant, converti à l’islam il y a dix-huit mois, aurait été convoqué par sa responsable pour un entretien visant à savoir pourquoi il ne saluait plus les femmes. (...) Le procureur de Paris a indiqué avoir «ouvert une enquête (...) C'est bien pour le moment le parquet de Paris [Et non le parquet national antiterroriste] qui reste saisi», a-t-il ajouté.


À ce moment l'épouse de l'islamiste jouait déjà un double-jeu:

L'épouse de l'assaillant a été placée en garde à vue. Entendue par les enquêteurs, celle-ci a déclaré que son mari aurait eu des visions et entendu des voix la nuit qui a précédé son passage à l'acte, ont appris FranceInfo et BFMTV de sources proches de l'enquête. Toujours selon elle, son mari était alors incohérent. L'épouse de l'assaillant a également indiqué aux enquêteurs que son mari avait le sentiment de ne pas être reconnu par sa hiérarchie à sa juste valeur et n'avait pas eu, selon lui, la progression qu'il méritait, rapporte FranceInfo de source policière.


Las! Les menus détails s'accumulèrent assez vite. À Gonesse dans le Val d'Oise, un habitant vivant dans la résidence de l'assaillant assura aux enquêteurs qu'il aurait crié "Allah Akbar !" à deux reprises vers 3-4h du matin, la nuit précédant l’équipée meurtrière. Pas de chance, ce témoin était policier. Et l'information fut confirmée par un second voisin.

On apprit également, pêle-mêle:

  • que l'individu, Mickaël Harpon, était converti à l'islam depuis une dizaine d'années ;
  • qu'il avait été signalé à sa hiérarchie après avoir "célébré" l'attentat contre Charlie-Hebo en janvier 2015 ;
  • que ces quatre dernières années, le comportement de cet agent administratif avait plusieurs fois "attiré l'attention" ;
  • qu'il avait acheté, le jour même de son attentat un couteau de 33 cm de long avec une lame de céramique pour franchir les détecteurs de métaux des portiques (certains syndicalistes osèrent prétendre que c'était un couteau "pour son casse-croûte" !) ce qui implique la préméditation ;
  • qu'une des victimes, vraisemblablement la première, fut égorgée (des "blessures à la gorge" en novlangue) ;
  • qu'il se rendait régulièrement dans une mosquée du Val-d'Oise dont le prédicateur était connu de la DGSI ;
  • qu'il avait troqué depuis quelques mois ses tenues occidentales pour des habits musulmans traditionnels lorsqu'il se rendait dans cette même mosquée ;
  • que le matin de la tuerie il avait refusé de saluer les femmes, et que ses relations avec les femmes de son milieu professionnel s'étaient progressivement dégradées ;
  • qu'il avait fait l'objet d'une condamnation pour violences conjugales, avec dispense de peine, par le tribunal de Pontoise le 28 octobre 2009, suivie d'un blâme administratif ;
  • qu'il échangea 33 SMS "à connotation exclusivement religieuse" avec son épouse entre 11h21 et 11h50, moins d'une demi-heure avant l'acquisition des couteaux et une heure avant de passer à l'acte. Son dernier message: "Allah Ouakbar, suis notre Prophète et médite le coran".

C'est dans ces circonstances et après un examen "rigoureux et approfondi" que le Parquet national antiterroriste français décida que, oui, finalement, la piste terroriste islamique méritait bien d'être examinée...

Il n'est de pire aveugle...

Mis bout à bout, ces éléments - certains consécutifs au drame, mais bien d'autres, non - brossent un tel portrait de Mickaël Harpon qu'on se demande comment le service de Renseignement de la police a pu rester aveugle à ce qui se passait au sein de ses propres murs.

Paris-prefecture-de-police.jpg

Rappelons que M. Harpon travaillait depuis 2003 au service de maintenance informatique du département. Citant Le Point:

En charge de la maintenance des ordinateurs du millier de fonctionnaires du renseignement parisien, [le terroriste] avait accès à des informations ultrasensibles, entre autres celles en lien avec l'islam radical. Il disposait d'une habilitation secret-défense, situation qui impose une enquête administrative approfondie. « Il disposait notamment des adresses de chaque fonctionnaire », s'inquiète un policier. (...)


On devine que ces informations "ultrasensibles" ont dû être bien partagées au sein des milieux islamistes, permettant à beaucoup de gens de savoir à quoi s'attendre de la part de la police. L'attaque au couteau était meurtrière, mais que penser d'une faille de sécurité majeure, qui dure probablement depuis des années?

Les dénégations et les explications habituelles sur la base de l'incompétence et du manque de communication ne valent qu'un moment. Les journalistes du Point rapportent que des policiers auraient reçu des pressions pour ne pas dénoncer leur collègue:

Des policiers, sous couvert de l'anonymat, évoquent (...) des pressions sur des membres de la DRPP pour ne rien révéler des alertes passées sur le comportement de l'adjoint administratif. Quelques-uns en ont fait état à la Crim', refusant que leurs propos soient consignés sur procès-verbal.

Les autorités ont-elles cherché à minimiser la réalité ou, à tout le moins, retarder l'échéance de l'annonce d'un acte terroriste commis de l'intérieur ?


Quelle autre hypothèse, sinon? Tout le monde aurait évidemment préféré que cette tuerie soit l'œuvre d'un simple "dément", un "fou furieux" sans lien avec l'islam, qui, on le sait bien, "n'est pas ça". Un délégué syndical VIGI police confirma que "la Préfecture de police a essayé d’occulter la radicalisation. On a voulu nous orienter vers la piste de la démence."

Le sujet est éminemment politique.

FranceInfo révéla que la radicalisation au sein des forces de police concerne plusieurs dizaines de personnes:

"Le directeur général de la police nationale indiquait au mois de juin dernier que sur 150'000 fonctionnaires de la police nationale, 28 faisaient l'objet d'un suivi pour radicalisation" a précisé Jean-Charles Brisard [président du Centre d'Analyse du Terrorisme]. "S'agissant de la préfecture de police spécifiquement, l'ancien préfet de police, Michel Delpuech, indiquait quant à lui, que sur 43'000 agents, une quinzaine avaient fait l'objet d'un signalement, une dizaine pour suspicion de comportement radicalisé, et 5 cas de fonctionnaires en contact avec des milieux radicalisés."


Encore ne s'agit-il là que de la partie émergée de l'iceberg. Pour chaque individu fiché et surveillé, combien de Mickaël Harpon naviguent en eaux troubles?

castaner_sympa.jpgMais admettre cela, c'est admettre que les menaces viennent de l'islamisme et non des gilets jaunes ou de l'extrême-droite ; c'est admettre que les services de renseignement sont défaillants depuis des années ; c'est admettre que les politiciens le sont aussi (M. Castaner est assez symptomatique de cette caste où la morgue le dispute à la malhonnêteté, tant ces gens sont obnubilés par le fichage de leurs opposants politiques). Finalement, admettre cela, c'est reconnaître qu'il faut repartir à zéro, un chantier qui s'annonce immense et une remise en question qui laissera des traces.

Alors, sans surprise, on préfère mentir et privilégier, au forceps, la thèse de la démence. Comme c'est pratique!

Le déni n'offre aucune sécurité

Quelque chose me dit que les pouvoirs publics français vont se livrer à un profilage beaucoup plus poussé et beaucoup moins politiquement correct des personnes qui sont en mesure de côtoyer les puissants. Les chauffeurs, les cuisiniers, le personnel de chambre de l’Élysée et tutti quanti vont repasser au crible, et pas qu'un peu. Lorsque cela se saura, les accusations de racisme et les imprécations à base de Droits de l'Homme ne vont pas manquer, ce qui sera amusant à regarder.

Mais que vaut une vérification des antécédents faite par une organisation policière qui n'a même pas été capable de déceler un islamiste radicalisé au sein de son propre service de renseignement? Voilà la pensée qui va en empêcher plus d'un de trouver le sommeil. Et c'est salutaire. Les tours d'ivoire doivent être abattues, et leurs occupants redescendre sur terre. Il est temps pour certaines élites françaises de ressentir ce fameux "sentiment d'insécurité" dans lequel baignent les Français depuis des années.

03 octobre 2019

Trump et le piège ukrainien

Un vent de fureur semble s'être emparé des Démocrates américains, qui se sont désormais officiellement lancés dans la procédure d'Impeachment, une destitution légale du Président. Leurs motifs remontent au jour noir de l'élection de Trump, mais une goutte vient faire déborder le vase: l'affaire du coup de fil ukrainien.

Les médias (en Europe et aux États-Unis) oscillent entre l'hystérie et l'éructation dès que Trump est concerné. Comme il est difficile d'enquêter correctement au beau milieu des deux minutes de haine anti-Trump quotidiennes, faisons le travail dont aucun journaliste n'est plus capable...

Le Narrative ukrainien

Commençons par établir la version de l'histoire, un narrative comme disent les médias, comportant des faits suffisamment graves pour lancer une procédure de destitution d'un Président.

Les Démocrates présentent une histoire où Trump conspire avec un leader étranger dans le but d'interférer avec les élections présidentielles américaines de 2020, en salissant le principal adversaire de Trump d'après les sondages, c'est-à-dire Joe Biden, l'ancien Vice-Président d'Obama. Trump ferait donc exactement ce dont il accuse les Démocrates depuis 2016, lorsqu'il leur reproche d'avoir monté un faux "dossier russe" pour miner sa présidence ; au faux "dossier russe" du clan Clinton de 2016, il rétorquerait avec un faux "dossier ukrainien" visant cette fois-ci Joe Biden.

Le point d'orgue de ce crime est un coup de fil passé par Trump à son homologue ukrainien Volodomyr Zelensky, lorsque Trump l'appelle pour le féliciter de sa victoire électorale. Dans celle-ci, il demande carrément à M. Zelensky de trouver de quoi salir M. Biden.

Trump_on_phone.jpg

Lisons la façon Adam Schiff, ténor démocrate et Président de la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants, parle de cet appel devant les médias et les élus du peuple américain:

Et quelle est la réponse du Président? Eh bien, cela se lit comme un coup monté classique du crime organisé. En substance, le président Trump lance comme suit: "Nous avons été très bons avec votre pays. Très bons. Aucun autre pays n'a fait autant que nous. Mais vous savez quoi, je ne vois pas beaucoup de réciprocité ici. Vous savez ce que je veux dire? J'entends ce que vous voulez. J'ai une faveur que je veux de votre part cependant. Et je vais le dire seulement sept fois, alors vous feriez mieux de bien écouter. Je veux que vous traîniez dans la boue mon adversaire politique, vous comprenez? Beaucoup de saleté, sur ceci et sur cela. Je vais vous mettre en contact avec des gens, et pas n'importe qui. Je vais vous mettre en contact avec le procureur général des États-Unis - mon procureur général, Bill Barr -, il a tout le poids de la police américaine derrière lui. Et je vais vous mettre en contact avec Rudy, vous allez l’aimer. Croyez-moi. Vous savez ce que je vous demande, je ne vais donc le dire que quelques fois de plus, de plusieurs manières. Et ne m'appelez plus. Je vous appellerai quand vous aurez fait ce que je vous ai demandé."


Pire encore, préalablement à son appel, Trump aurait retenu le versement d'aide militaire américaine en Ukraine pour mieux faire pression sur M. Zelensky.

Par chance, l'appel aura été rapporté par un courageux lanceur d'alerte (et agent de la CIA), ce qui permit aux Démocrates de révéler à leur tour l'affaire aux médias et au peuple américain, lançant dans la foulée une procédure de destitution.

Un étrange coup de fil

Depuis sa présentation, le narrative ci-dessus n'en finit pas de prendre l'eau, tant et si bien qu'il coule auprès de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à ce dossier.

Quelques détails mineurs: le récit du coup de fil relaté par Adam Schiff ci-dessus est entièrement inventé. Livré sans aucune mise en garde ni aucun filtre au Congrès et diffusé en boucle sur toutes les chaînes de télévision, il ne s'agit pas des propos tenus par Trump (dont Adam Schiff était au courant) mais seulement de l'interprétation d'Adam Schiff - lequel, coincé par la déclassification de la transcription de l'appel, fut bien obligé d'avouer, énervé et contrit, que son intervention n'était qu'une parodie et qu'il fallait la prendre comme telle. On ne rit pas. Au beau milieu d'une procédure aussi cruciale pour le Gouvernement américain, cela fait un peu tache.

Une fois rendu disponible, tous les médias se penchèrent donc sur le verbatim de l'appel entre Donald Trump et Volodomyr Zelensky. Certains, comme ABC, CNN, MSNBC, CBS, et NPR citèrent une partie de la conversation de cette façon:

"Je voudrais que vous nous fassiez une faveur (...) On parle beaucoup du fils de Biden et du fait que Biden ait arrêté l’enquête et beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus."


Pour situer la bonne foi de ces médias, rien ne vaut une image qui montre ce qui est caché par l'ellipse "(...)":

ellipse_ukraine.jpg
Une ellipse bien calculée (cliquez pour agrandir)

Les médias ne rapportent pas non plus la phrase consécutive, pourtant très importante: "Biden s'est vanté un peu partout qu'il est parvenu à arrêter l'enquête donc si vous pouviez y jeter un œil... Cela semble horrible à mes yeux." Nous allons y revenir.

Trump a rendu publique la conversation qu'il a eu avec le Président ukrainien Volodomyr Zelensky parce qu'il savait qu'elle ne contenait absolument rien de pénalement répréhensible, loin des accusations démocrates virant à l'hystérie.

L'appel a depuis été jugé conforme par tous les juristes consultés. Il s'agit d'une conversation raisonnable et cordiale entre deux chefs d'États. À aucun moment Trump ne menace son homologue de quoi que ce soit. Il n'y a aucun chantage, à l'inverse de ce que rapportèrent initialement les médias.

Au cours de cette conversation, Trump demande au Président ukrainien de vérifier si tout est correct dans l'arrêt soudain de l'enquête (pour corruption) visant Hunter Biden. Il est parfaitement dans son droit, parce qu'il s'agit de vérifier si l'arrêt de cet enquête est régulier. Les États-Unis ont un accord d’entraide judiciaire avec l'Ukraine.

Au cours de l'appel, Trump ne fait que de rares mentions du nom de Biden, et il fait référence au fils, pas à son père. Lorsque Joe Biden proclame que "Trump a voulu s'en prendre à un adversaire politique", il extrapole sur les intentions de Trump et les dégâts d'image éventuels. À aucun moment Trump n'évoque Joe Biden comme cible de quoi que ce soit, ni qu'il souhaite que l'enquête ne permette de l'impliquer.

Les Démocrates étayèrent leur dossier en accusant Trump de retarder le versement d'une aide militaire américaine pour mieux influer sur le Président ukrainien, mais les Ukrainiens n'apprirent le retard dans le versement des fonds que plus d'un mois après le coup de fil...

Pour finir, et c'est sans doute le plus douloureux à admettre pour certains, Joe Biden n'est pas un "adversaire politique" de Trump. À l'heure actuelle, Joe Biden n'est rien de plus qu'un citoyen américain comme les autres. Il n'a pas de mandat depuis 2017 et la fin de sa vice-présidence. Il n'est pas le candidat démocrate faisant face à Trump - le processus d'investiture du parti démocrate a à peine commencé, et compte encore 18 prétendants.

En prétextant qu'on s'attaque au processus démocratique, M. Biden fait seulement référence à des sondages d'opinion dans lesquels il est bien placé, et rien de plus. Ses piètres prestations lors des débats montrent d'ailleurs que rien n'est joué.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la façon dont le scandale a éclaté - et dont certains démocrates semblent en avoir su plus que tout le monde avant même que le "lanceur d'alerte" de la Maison-Blanche ne trouve un écho dans les médias - mais le fait est que juridiquement, le dossier est vide.

Une petite enquête

Peut-être avez-vous remarqué que lorsqu'un "scandale dérangeant" éclate (un scandale dérangeant est un scandale qui pourrait impliquer une personnalité idéologiquement proche du journaliste) l'accent est toujours mis sur le cheminement du scandale, et jamais sur le scandale lui-même.

Transposé ici, cela revient à poser la question: que s'est-il passé avec Hunter Biden en Ukraine? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de procureur déposé et d'enquête annulée?

Hunter Biden eut en Ukraine une carrière pour le moins météorique. Deux mois après avoir été chassé de la Navy pour consommation de cocaïne, et après avoir rendu à Hertz Arizona une voiture de location en oubliant une pipe à crack dedans, Hunter Biden, qui n'avait pas la moindre expérience dans le secteur de l'énergie, fut nommé en mai 2014 au Conseil d'Administration de la société Burisma, en Ukraine, pour un salaire annuel de 600'000 dollars. Là-bas, il put siéger aux côtés d'un revenant de la CIA, Joseph Cofer Black.

Tous ceux qui pensent que sa nomination doit quelque chose à son père, alors Vice-Président des États-Unis d'Amérique, ne peuvent être que des cyniques se complaisant dans la médisance. Et lorsqu'une campagne anti-corruption fut lancée en Ukraine, visant notamment Burisma, le risque de conflit d'intérêt entre le père et le fils ne se posa pas davantage, puisque la Maison Blanche dirigée par Obama décréta qu'il en était ainsi.

Par un curieux hasard, l'enquête contre Burisma se termina abruptement avec le renvoi du Procureur général ukrainien Viktor Shokin, en charge des investigations, par le président ukrainien Poroshenko. La raison invoquée est officiellement que M. Shokin n'avait pas assez avancé dans ses enquêtes. Viktor Shokin a une autre explication et la livre dans un témoignage du 4 septembre 2019:

6. [Le Président] Poroshenko me demanda de démissionner à cause de la pression exercée par l'Administration US, en particulier de Joe Biden, qui était le Vice-Président des États-Unis. Biden menaçait de retenir le versement d'un milliard de dollars de subsides destinés à l'Ukraine jusqu'à ce que je perde ma charge.

8. La vérité est que j'ai été forcé de partir parce que je menais une enquête sur la corruption de grande ampleur sur Burisma Holdings ("Burisma"), une entreprise de gaz naturel active en Ukraine, et dont le fils de Joe Biden, Hunter Biden, occupait un siège au Conseil d'Administration.

9. À plusieurs occasions le Président Poroshenko me demanda de regarder où en était l'enquête sur cette société et de considérer la possibilité de diminuer les actions en rapport avec cette compagnie, mais je refusai de clore l'enquête. (...) [Poroshenko] parlait avec emphase de l'arrêt de mes investigations concernant Burisma. Quand je répondis par la négative, il dit que les USA (via Biden) refusaient de libérer un milliard de dollars promis à l'Ukraine. Il me dit qu'il n'avait pas d'autre choix que de me demander ma démission.

10. Quand Poroshenko [me] demanda de démissionner, il me présenta la chose comme une action faite pour le bien du pays, et avec laquelle je devrais être d'accord, et aussi comme un geste patriotique. J'acceptai de donner ma démission sur cette base.

11. Après ma démission Joe Biden fit une déclaration publique, affirmant - et même se vantant - de m'avoir fait licencier. C'est alors qu'il devint clair que la véritable raison de mon départ était mes actions en rapport avec Burisma et l'intérêt personnel de Biden dans cette société (...)


Peut-être est-ce là le témoignage d'un homme aigri, avide d'accuser un innocent comme Joe Biden. Peut-être. Mais ceux qui croient cela feraient mieux de changer d'avis rapidement, au risque de passer pour des imbéciles. Les faits ont été confirmés de façon décontractée par Joe Biden lui-même, le 23 janvier 2018, devant un parterre de journalistes. Et tout a été filmé.

Donnons une transcription des citations les plus significatives:

J'allais à Kiev pour, je pense, la douzième ou la treizième fois. Et j'étais supposer annoncer qu'il y aurait encore une garantie de prêt d'un milliard de dollars. Et j'avais obtenu la promesse de Poroshenko et de Yatsenyuk qu'ils prendraient les mesures contre le procureur du gouvernement. Et ils ne l'avaient pas fait.

Alors ils me dirent qu'ils l'avaient fait - ils ressortaient d'une conférence de presse. Et je dis "Non, je ne vais pas - nous n'allons pas vous donner ce milliard de dollars. Ils dirent, vous n'avez pas autorité. Vous n'êtes pas le Président. Le Président a dit - Je leur dis, appelez-le [rires dans le public]. Je dis, je vous l'affirme, vous n'allez pas avoir le milliard de dollars. Je vais partir d'ici dans, je pense que c'était dans cinq ou six heures. Je les ai regardés et je leur ai dit: Je m'en vais dans six heures. Si le procureur n'est pas viré, vous n'aurez pas l'argent." Bien, fils de pute [rires dans le public]. Il a été viré. Et ils mirent à sa place quelqu'un qui était sérieux à ce moment.


N'importe quel journaliste faisant un travail d'information pourrait facilement trouver et montrer les éléments rassemblés dans ce billet. Aucun ne le fera. Les journalistes ne font pas un travail d'information, mais de propagande.

La triste réalité est que, selon un schéma convenu, les Démocrates reprochent à Trump exactement ce qu'ils ont fait en Ukraine, et en pire. Joe Biden a utilisé l'argent des contribuables américains comme un moyen de chantage pour faire pression sur un gouvernement ami pour limoger un innocent, dans le but de faire cesser une enquête anti-corruption gênante parce qu'elle pouvait atteindre un membre de sa famille.

Tout cela est prouvé, étayé, documenté, et même filmé.

Les Démocrates américains et les médias semblent croire que le grand public est trop stupide pour se rendre compte par lui-même qu'on essaye de l'enfumer avec un dossier anti-Trump aussi minable. Le futur de la procédure de destitution du Président Trump, et la cote du Parti Démocrate américain aux prochaines élections, nous diront ce qu'il en est.