08 décembre 2013

Afrique du Sud et vision du réel

La mort de Nelson Mandela donne l'occasion à tous les médias de livrer leur panégyrique au père fondateur de l'Afrique du Sud moderne - "arc-en-ciel" entend-t-on parfois - au mépris de la réalité du pays.

S'il est des mythes utiles à une unité nationale, et les Suisses en savent quelque chose avec Guillaume Tell, il n'est en revanche pas adéquat de noyer la réalité sous un déluge de bons sentiments et de propagande. La RTS nous a donné hier un aperçu de cette mauvaise façon de faire à travers deux reportages ; si le premier, lié à l'émotion soulevée par la disparition de Madiba, semble relever d'une information du public, le second cherche lourdement à faire passer un message:

La transition démocratique a été une réussite en matière politique mais le bilan économique est plus sombre... Quelques chiffres, plus de vingt ans après la fin de l'apartheid les blancs ont un revenu moyen six fois plus élevé que les noirs. Le chômage touche 40% des noirs et seulement 5% des blancs.


Le reportage s'appesantit sur les tristes conditions de vie de deux habitants des bidonvilles (pourtant tous deux employés, l'un comme serveur l'autre à la poste):

Ephraim Tladi: pour nous les noirs les conditions sont pires que jamais... ça ne s'améliore pas sauf pour quelques noirs au sommet et sauf pour la majorité des blancs qui ont tout ce qu'il leur faut.


La voix off de la journaliste égrène impitoyablement: "l'écart avec les blancs reste considérable" ou encore, "si noirs et blancs sont égaux en droit ils ne le sont pas sur le marché du travail, à compétence égale les salaires sont toujours plus élevés pour les blancs." On oublie fort opportunément que nombre de blancs sud-africains vivent dans la misère. De plus, même l'envieux Tladi admet que ce n'est pas la faute de l'apartheid:

C'est le gouvernement général qu'il faut condamner. Ça fait 19 ans qu'ils sont là, on ne peut plus dire "l'apartheid ceci" ou "l'apartheid cela", l'apartheid a été neutralisé.


La journaliste ne rappellera pas que les blancs ne sont que 9,2 % de la population totale. S'ils disparaissaient tous d'Afrique du Sud - admettons - et si tous les emplois qu'ils occupent étaient soudainement occupés par des noirs tout aussi performants qu'eux - admettons encore - le taux de chômage des noirs passerait juste de 40 à 39%.

Du reste, même la journaliste concède que la situation des noirs s'est grandement améliorée, les ménages noirs ayant vu leurs revenus augmenter de 170% en une dizaine d'années. Mais ils sont aussi victimes d'une natalité affolante. La moitié des 53 millions d'habitants n'a pas encore 25 ans. Comment un pays pourrait-il générer suffisamment de richesses pour amener la prospérité à une population qui double en une seule génération?

Alors oui, l'écart entre les noirs et les blancs reste considérable en Afrique du Sud, mais pas plus qu'entre des noirs sud-africains et des Danois ou des Japonais... Ou des Suisses. La comparaison a l'air absurde mais ne l'est pas car même au sein de l'Afrique du Sud les communautés ne se côtoient guère que dans un milieu strictement professionnel, comme si différentes nations vivaient dans le même espace géographique sans se mêler.

Selon une enquête publiée en décembre 2009, seuls environ 50% de Sud-africains estiment que les relations entre les différents groupes raciaux dans le pays sont meilleures que durant l'apartheid et 46% des Sud-africains affirment n'avoir jamais eu de rapport sociaux avec des personnes de race différente que ce soit dans leur propre maison ou chez des amis. Ainsi, les cérémonies privées (mariage, baptême ou obsèques) continuent de s'effectuer à l'intérieur d'un même groupe racial.

Clamer que les noirs gagnent moins que les autres à compétence égale est évidemment un mensonge, puisque si c'était vrai ce serait un avantage comparatif évident qui amènerait les employeurs à les recruter en priorité - même qualité et coûts salariaux moindres! Le fait est que "l'équivalence" n'est peut-être pas aussi flagrante que l'affirme la journaliste, pour d'évidentes questions culturelles. Pour le comprendre, il faut sortir du discours convenu tenu en ville (et dans les bidonvilles). L'histoire d'un couple de marcheurs traversant l'Afrique permet d'avoir un point de vue plus réaliste sur les relations raciales en Afrique du Sud post apartheid:

“Vous entrez dans des régions où il n’y a ni justice, ni police. Tout peut arriver. Il y a quelques années, trois types ont tué mon cousin d’une balle dans la tête sous mes yeux. On venait de les surprendre en train de violer sa fiancée… Beaucoup de fermes isolées se font attaquer : nous sommes des proies faciles. Depuis, j’ai toujours sur moi un petit Beretta.”

Ce fermier n’a pourtant rien d’un militant radical : “Nous avons été les premiers à crier de joie quand Vervoed a été assassiné au Parlement par un Grec [l’idéologue et inspirateur de l’apartheid, le régime de séparation des Noirs et des Blancs qui a eu cours jusqu’en 1992]… Vous imaginiez en Europe que nous étions tous racistes ? Même si nous l’avions voulu, nous n’aurions pas pu l’être. Quand nous étions injustes et que nous nous comportions mal avec nos gens, nous nous réveillions avec la moitié de notre cheptel décapité… Pendant l’apartheid, nous nous occupions de nos employés, nous leur procurions des habits, nous les emmenions chez le médecin, nous nous occupions de leurs écoles, nous les logions, chaque année, nous les emmenions au bord de la mer. C’était très paternaliste, mais tout le monde était content. Pas de criminalité ou de problème de violence et de racisme, tout le monde vivait heureux sur la ferme. Aujourd’hui, ils n’ont plus rien… Est-ce que vous voudriez aller vous entasser dans ces horribles cases alignées hors des villes, ces nouveaux ghettos que le gouvernement leur construit sans leur donner le moindre espoir de travail ?… Quant à moi, je ne peux pas quitter cette ferme. Dès que je m’en vais, il y a un drame : on est cambriolé par les ouvriers des voisins, ils s’entretuent. La semaine dernière, nous sommes partis un vendredi soir pour un mariage à Grahamstown, et au retour, une de mes ouvrières avait défoncé le crâne de son mari avec une brique. C’est pas de l’idéologie, ça, c’est du réel ! Et qui a fait cinq heures de route pour le conduire à l’hôpital de Port Elizabeth ? Qui a payé l’opération ? Qu’est-ce que je vais raconter à mon assureur ? Qu’il est tombé du tracteur ? Si je ne fais pas ça, ils vont tous témoigner et dire que c’est moi qui ai donné le coup de brique. Qui va-t-on croire ?  Depuis, mon gars est en arrêt de travail, mais sa femme est quand même venue chercher son salaire. Je vous le dis, nous marchons sur des œufs ici, et qu’on ne vienne pas nous dire que nous sommes racistes, ce sont des grands mots des gens de la ville. Moi, j’ai été élevé avec ces gens, nourri au sein de ma nounou, j’ai appris le xhosa avant l’anglais, je fais davantage partie de leur famille que de celle des donneurs de leçons qui se gargarise d’antiracisme mais qui sont verts quand leur fille épouse un Noir.”


Abandonnés et méprisés quand ils ne sont pas simplement assassinés, les blancs se savent sans avenir dans l'Afrique du Sud "post-raciale". Selon Wikipedia, la démographie du pays prend une tournure inquiétante:

En octobre 2006, selon un rapport de la SAIRR (institut sud-africain des relations raciales), environ 900 000 blancs, soit 1/5 de la population blanche, ont quitté le pays depuis 1994. Ces départs massifs, surtout de jeunes Sud-Africains diplômés, ont été dénoncés par l'opposition qui a attaqué l'ANC sur ces trop nombreux départs. Basé sur une analyse des Enquêtes Statistiques des Ménages d’Afrique du Sud, l'auteur du rapport, Frans Cronjé, nota que les raisons principales de cette forte émigration blanche résultait du taux élevé de criminalité et de la politique de discrimination positive (affirmative action).


La population blanche résidente vieillit, ce qui signifie que les contribuables blancs contribuent de moins en moins à l’économie.

Depuis des décennies, les noirs dominent sans partage la vie politique du pays. L'excuse de l'apartheid est usée jusqu'à la corde, et même celle de la minorité blanche s'étiole. Il n'est pas politiquement correct d'affirmer que les blancs maintiennent à flot l'activité économique de l'Afrique du Sud, mais si les tendances démographiques se poursuivent, cette théorie sera bientôt mise à l'épreuve.

Que feront les Sud-Africains quand ils seront à court de boucs-émissaires?

03 décembre 2013

La Suisse a-t-elle changé de régime?

Le terme de "coup d’État" évoque des rafales de mitrailleuses au palais présidentiel, mais tous les changements de régime ne sont pas aussi spectaculaires, encore moins quand les révolutionnaires sont déjà dans la place. La Constitution Fédérale pourrait bien être morte mercredi dernier. Vous n'étiez pas au courant? C'est étrange, d'autant plus que les médias en ont parlé. A votre décharge, il est vrai qu'ils n'ont pas présenté la chose de cette façon.

cf.jpgIl ne s'agit pas pour une fois d'un affaiblissement progressif de la Suisse, d'un énième rabotage de l'autonomie cantonale ou d'une nouvelle soumission préventive à l'Union Européenne, mais d'une rupture nette: le Conseil Fédéral a décidé que le peuple souverain... N'était plus souverain.

Découvrons l'affaire à travers un article du Temps:

Le Conseil fédéral a sorti une nouvelle carte de sa manche en recommandant mercredi au parlement d’invalider partiellement l’initiative de l’UDC dite de «mise en œuvre» sur le renvoi des délinquants étrangers (...)

Selon le Conseil fédéral, la définition que l’initiative donne du droit international impératif – qui seul peut faire obstacle à une expulsion aux termes de l’initiative – est trop restrictive. Elle se limite aux risques encourus par la personne expulsée d’être torturée ou exécutée dans son pays d’origine alors que le principe du non-refoulement comprend aussi, par exemple, l’éventualité d’une détention arbitraire, fondée sur l’appartenance religieuse ou ethnique, ou sur les opinions politiques. Ces cas représentent aussi, selon le Conseil fédéral, un traitement inhumain prohibé par le droit international impératif.


Reprenons donc. Le 28 novembre 2010, le peuple suisse accepte l'initiative lancée par l'UDC sur le renvoi des criminels étranger. Le gouvernement et tous les autres partis politiques ont lutté bec et ongles contre l'initiative et perdu dans les urnes, mais n'admettent pas pour autant leur défaite: désormais, ils comptent sur la loi d'application pour ressusciter le contre-projet rejeté par le peuple. L'UDC prend les devants en lançant une nouvelle initiative dite de mise en œuvre pour faire appliquer son texte à la lettre. Il s'agit simplement de placer tels quels les termes de la première initiative dans la Constitution, empêchant toute manœuvre politicienne lors de l'étape cruciale de la loi d'application.

Et mercredi dernier, le gouvernement sort du bois en suggérant d'invalider un point central du texte sur la base du "non-respect du droit international impératif". Pas besoin d'être grand clerc pour deviner que la suppression de cet unique article a pour but de trahir encore une fois l'intention des électeurs au moment de définir une loi d'application.

Pour la plupart des analystes, le réflexe pavlovien anti-UDC tient lieu de réflexion: si ça embête l'UDC ce ne peut être entièrement mauvais, n'est-ce pas? Il y a pourtant lieu de s'attarder sur cet épisode car son examen révèle des dérives inquiétantes du Conseil Fédéral.

Pour commencer, l'invocation d'une infraction au droit international impératif est extrêmement douteuse. Elle est d'autant plus difficile à plaider qu'il n'existe aucune définition explicite de ce fameux droit. Constamment changeant, il est basé sur l'usage et les conventions internationales, elles-mêmes liées à la jurisprudence de tribunaux internationaux. La Suisse s'est engagée à suivre ce fameux droit international depuis 1990, lorsque le pays devint signataire de la Convention de Vienne. La même année, curieux hasard, le Conseil Fédéral décida d'invalider pour la toute première fois de son histoire une initiative populaire, et déjà le différend portait sur le principe du non-refoulement.

Pourtant, le droit international contraignant ne suit que des principes généraux (le jus cogens). De plus, l'interprétation même de violation d'un traité n'a pas à être unilatéralement décidée par le signataire lui-même mais par d'autres parties (article 60 de la Convention). Autrement dit, à supposer que l'adoption d'une initiative par la Suisse lui fasse violer un traité, c'est à l'autre ou aux autres parties lésées de procéder à la dénonciation. Pas à la Suisse.

En décidant de censurer l'initiative de mise en œuvre de l'UDC, le Conseil Fédéral (en réalité la conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga au travers du service juridique du département de justice et police, même pas le département des affaires étrangères!) s'est montré plus royaliste que le roi. D'une part l'administration fédérale préjuge de la réaction d'autres pays signataires d'un traité, d'autre part elle livre un verdict abusif pour décider si un texte enfreint le droit impératif puisque cette décision revient en dernière instance à des juges internationaux. En livrant pareille analyse le CF a donc clairement outrepassé ses compétences.

A entendre Mme Sommaruga, l'initiative de mise en œuvre de l'UDC violerait la Convention européenne des droits de l'homme, l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'Union Européenne, voire la Convention relative aux droits de l’enfant. Pareilles réserves n'ont pas été soulevées lorsque la première initiative de l'UDC a été déposée. De plus, même à accorder crédit à ces hypothèses, quel est le problème? Comme n'importe quel contrat, les traités internationaux peuvent être renégociés ou résiliés. Même s'il livre une interprétation hyperbolique des conséquences de l'initiative, le gouvernement est dans son rôle s'il se borne à informer, mais en sort en tentant de censurer le projet. Qu'il cherche à prendre le Parlement comme complice ne change rien à l'affaire. Le Rubicon a été franchi dès lors que le Conseil Fédéral s'est estimé en droit de caviarder une initiative.

Simple en apparence, l'initiative de mise en œuvre dévoile des interprétations antagonistes de valeurs fondamentales enfouies au sein de la classe politique. A qui appartient le pouvoir de décision ultime? Le Conseil Fédéral et les parlementaires de Berne, ou le peuple souverain? L'évolution du droit suisse est-elle subordonnée à tous les traités passés? Seulement certains? Lesquels et pourquoi? Peuvent-ils jamais être abrogés suite à une votation populaire? L'interprétation du droit international est-elle du ressort d'une coterie de fonctionnaires non-élus comme Martin Dumermuth, le directeur de l’Office fédéral de la justice, ou des citoyens? Le corps électoral est-il capable d'appréhender une notion comme le droit international impératif? Et s'il ne l'est pas, quel sens a son vote sur d'autres sujets, voire sur l'élection de ses représentants?

La Suisse est une démocratie. Si son pouvoir n'est pas sans limites, celles-ci devraient être bornées par le droit naturel inaliénable des individus et non une interprétation partisane des traités internationaux. Mais entre la démocratie directe et le droit international, le gouvernement a choisi son camp. Plus effrayant encore, tant les médias que la plupart des formations politiques semblent parfaitement s'accommoder de ce nouveau paradigme.

Alors que les frictions sont de plus en plus grandes entre les aspirations du peuple et les visions de ses élites, il n'est guère surprenant que le "droit international impératif" vienne s'immiscer de plus en plus fréquemment dans les campagnes politiques. A défaut d'arguments, la soumission à une autorité supérieure semble une façon bien commode de couper court à un débat disputé. Mais c'est aussi un jeu dangereux.

En se permettant de changer la teneur des textes soumis au peuple souverain, le gouvernement helvétique dénature jusqu'au sens même des votations. Les citoyens deviennent de simples sujets, appelés à se prononcer seulement sur ce que leurs maîtres ont jugé bon.

27 novembre 2013

Iran: nucléaire civil, sanctions efficaces et autres fables

Les nombrilistes genevois se sont réjouis: suite aux pourparlers iraniens sur le nucléaire, la Genève Internationale a brillé de mille feux, fut-ce pour rien.

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Catherine Ashton et Mohammad Javad Zarif, très tendus

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif arborait un ordinateur portable Lenovo et incarnait l'Iran nouveau, moderne, sympathique et souriant. "Ils sont vraiment différents [du gouvernement précédent]", expliqua un diplomate, "cette fois-ci ils viennent avec des présentations Powerpoint". L'apparence de la délégation iranienne contredisait assez nettement la rhétorique de pauvres hères ramenés à l'âge de pierre par le joug de sanctions onusiennes.

A y repenser, ce n'est pas étonnant. Il faut vraiment être né de la dernière pluie pour croire que l'ayatollah Ali Khamenei ou sa clique subiront le moindre inconfort à cause de "terribles sanctions économiques" venues de l'Occident. C'est tout aussi vrai pour l'Iranien de la rue. Pour s'en convaincre il suffit de jeter un œil sur quelques mesures infligées à l'Iran en vertu des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies:

  • une interdiction d'exporter vers l'Iran certains articles, matières, équipements, biens et technologies susceptibles de contribuer aux activités iraniennes liées à l'enrichissement de l'uranium, au retraitement du combustible, à l'eau lourde ou à la mise au point de vecteurs d'armes nucléaires;
  • une interdiction de fournir toute personne en Iran de l'aide technique, des services financiers, de courtage ou tout autre service lié la fourniture, la vente, au transfert, la fabrication ou l'utilisation des produits visés par l'embargo sur l'exportation;
  • une interdiction de mettre des biens ou des services financiers ou services connexes à la disposition de l'Iran à des fins d'investissement dans certaines activités nucléaires;
  • une interdiction d'exporter vers l'Iran toute technologie se rapportant à toute activité liée aux missiles balistiques pouvant emporter des armes nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques;
  • une interdiction d'exporter vers l'Iran tout char de combat, véhicule blindé de combat, système d'artillerie de gros calibre, avion de combat, hélicoptère d'attaque, navire de guerre, missile ou lanceur de missile...

Et ainsi de suite. La liste semble assez éloignée de la consommation d'un ménage courant, voire d'un gouvernement courant.

Personne n'a jamais interdit à l'Iran un programme nucléaire civil. Le Traité de Non-Prolifération nucléaire - dénoncé par l'Iran - le permet et l'encourage même:

Art.4 –Rien ne devra entraver le « droit inaliénable » des États à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.


Mais l'article 2 du même TNP interdit la fabrication d'armes nucléaires par les pays qui n'en ont pas. On comprend mieux les motivations de Téhéran, plus crédibles que la pantalonnade de programmes secrets et de centres de recherche abrités par des bunkers et jetés en défi au monde juste pour préparer l'approvisionnement électrique civil de demain...

Si un régime ambitionne de construire des missiles balistiques intercontinentaux dotés d'une tête nucléaire, en revanche, les interdits de l'ONU peuvent gêner. Mais pas tellement. La Corée du Nord, largement écrasée par d'autres sanctions internationales, tire ses principaux revenus de l'exportation de missiles balistiques interdits. Quant à l'Iran, elle a réussi sous le régime des sanctions à enrichir près de 200 kg d'uranium à 20% d'U235, très au-delà des 3 à 5% nécessaires pour une utilisation civile de l'atome. Avec au moins dix-huit mille centrifugeuses, chacune rigoureusement interdite.

Les sanctions ont une autre utilité pour le régime qu'elles visent: elles lui donnent une merveilleuse excuse pour justifier ses échecs. Tout ce qui va mal dans le pays est la conséquence des sanctions. Et d'Israël et des Etats-Unis, aussi.

Même s'il n'est pas politiquement correct de l'affirmer, l'Iran est bien plus ruiné par la calamiteuse gestion islamique de son économie que par d'hypothétiques sanctions internationales. Le parallèle avec le Venezuela de Chavez et de Maduro saute aux yeux - un autre pays producteur de pétrole si habilement géré qu'il est finalement contraint d'importer son carburant et même d'envoyer des militaires surveiller le papier toilette. Malheureusement pour lui, le Venezuela n'a pas de programme nucléaire militaire connu. Il ne lui reste plus que l'excuse fatiguée du complot impérialiste américain.

A les entendre, les négociateurs (USA, Chine, Royaume-Uni, France, Russie et Allemagne) sont convaincus que le régime des sanctions est la bonne solution. C'est de bonne guerre, vu qu'ils n'ont pour la plupart ni la volonté politique ni la santé économique pour mettre d'autres options sur la table. Mais les Iraniens ne vont certainement pas les contredire. Au contraire, ils sont venus à Genève pour les conforter et négocier, évaluer l'unité et la détermination du camp adverse, faire quelques promesses en l'air et pleurnicher sur le malheurs du régime des sanctions malgré lequel le programme militaire fleurit.

L'Iran ne cherchait qu'à gagner du temps - il ne lui faut rien d'autre. Il vient de gagner six mois sur des promesses ambigües. Mieux, le régime des sanctions est assoupli, ce qui veut dire que lorsque la période sera éventée et les promesses non tenues, le monde se contentera probablement de retourner à la situation actuelle en guise de "punition". Et le Figaro rappelle que ce modeste intervalle de temps pourrait lui suffire pour faire la bombe:

Pourquoi les négociations avec l'Iran se focalisent-elles autant sur un seuil d'enrichissement de l'uranium à 20%? Celui-ci semble trop élevé pour le simple usage de production d'électricité à titre civil, pour laquelle 3% à 5% d'enrichissement suffisent. Mais il paraît assez faible par rapport à l'uranium à 90%, strict minimum pour réaliser une bombe nucléaire.

[Le seuil de 20%] laisse la possibilité d'arriver très vite à des niveaux d'enrichissements militaires, proches de 90%. De manière assez contre-intuitive, ce sont en effet les premiers pourcents d'enrichissement qui sont les plus longs et les plus difficiles à obtenir. Si on veut produire de l'uranium à 90%, passer de 0,7% à 3,5% représente déjà les trois quarts du travail, et une fois les 20 % atteints, les neuf dixièmes des efforts sont faits.


Un article du Telegraph enfonce le clou:

Selon le dernier rapport de l'AIEA publié en août, l'Iran dispose de 185 kg d'uranium à 20%, en dessous des 250 kg qu'on estime nécessaire pour une conversion de matière fissile suffisante pour une bombe. Mais avec le stock en augmentation et l'Iran installant de plus en plus de centrifugeuses l'inquiétude est qu'un jour le régime puisse franchir cette étape si rapidement que l'AIEA ne s'en rende pas compte assez vite.


Les Iraniens ont dû passer un bon moment à Genève, ils avaient encore le sourire en repartant. Mais l'enjeu des discussions reste la possession par un régime islamiste millénariste d'une arme capable de carnages où les victimes se comptent en millions.

Rappelons-le encore une fois: l'Iran a déjà fait les neuf dixièmes des efforts nécessaires pour sa bombe atomique. Sous les applaudissements de la Genève internationale.

24 novembre 2013

Un coup d'arrêt à la fiscalité

Ce dimanche 24 novembre était l'occasion d'une journée de votation typiquement suisse, avec un résultat en forme de triple-non lui aussi typiquement suisse!

votation du 24 novembre 2013,initiative,référendumInitiative 1:12 (évoquée ici) est sèchement rejetée par 63,5%, sans surprise puisque jamais elle ne parut en mesure de l'emporter. Pour la petite histoire, l'initiative serait rejetée jusque dans le bastion communiste de Renens, ce qui donne une idée de la façon dont le texte a manqué le coche.

L'utopie socialiste n'a pas le vent en poupe ; même s'ils considèrent probablement nombre de salaires comme abusifs, les Suisses n'ont clairement pas choisi de se lancer dans une aventure. Facile à contourner, imposant une proportion salariale sortie du chapeau, augmentant l’immixtion de l'Etat dans l'économie, l'initiative 1:12 n'apportait clairement pas les bonnes réponses. La perspective des pertes fiscales liées à la disparition ou la fuite des hauts salaires fut probablement le dernier clou du cercueil.

En tentant de surfer sur le succès de l'initiative Minder, les socialistes jubilaient par avance en s'imaginant détourner pour leurs propres objectifs politiques le mécontentement populaire contre les salaires abusifs. Malheureusement, ils ne faisaient que s'intoxiquer avec leur propre propagande. Le résultat de 1:12 vient fermement leur remettre les idées en place.

On peut dénoncer et rejeter les dérives salariales des multinationales sans pour autant adhérer à l'économie planifiée!

Initiative pour les familles (évoquée ici): c'est la mauvaise nouvelle du jour. L'initiative de l'UDC pour accorder une déduction fiscale aux familles quel que soit le mode de garde des enfants n'a pas passé la rampe, sauf dans une poignée de cantons.

votation du 24 novembre 2013,initiative,référendum
L'initiative pour les familles est rejetée par presque tous les cantons (infographie Le Matin / Newsnet)

votation du 24 novembre 2013,initiative,référendumLa déception est d'autant plus vive que les premiers sondages donnés il y a un mois laissaient penser que la partie pouvait être gagnée. L'initiative aurait avantagé fiscalement toutes les familles au premier franc de revenu imposable, simplifié la bureaucratie étatique, diminué la pression sur les crèches publiques et valorisé les tâches d'éducation des enfants. En un seul coup la Suisse se dotait d'une politique familiale simple, attrayante et valorisante, tout en faisant reculer l'implication de l'Etat... Il n'en fallait pas plus pour que l'ensemble des politiciens et médias étatistes monte au créneau, non sans livrer d'innombrables mensonges en passant.

Le seul bénéfice à tirer de cette défaite est d'avoir révélé les vraies couleurs du PDC et du PLR sur le sujet de la "famille" soit-disant importante pour eux ; on a vu comment ils réagissaient face à un projet réellement avantageux pour ces dernières. Au moins quelques sections cantonales du PLR sauvèrent l'honneur en soutenant le projet. Pour l'anecdote, les Observateurs ont aussi répertorié toutes les manipulations de la RTS dans un article qui ne manque pas de sel.

Augmentation à 100.- de la vignette autoroutière (évoquée ici): le troisième objet du jour était probablement le moins important en termes financiers mais le plus symbolique par l'irritation qu'il provoquait. A mon avis il ne faut pas chercher plus loin la mobilisation de l'électorat ce dimanche, et par ricochet sur les deux autres objets. Les conducteurs se sont simplement mobilisés pour voter non à 60,5%.

Ce référendum vient à point nommé pour freiner l'appétit apparemment inextinguible du Conseil Fédéral à l'encontre des automobilistes: quelques dizaines de centimes sur chaque litre d'essence par-ci, une hausse de la vignette par là... Mme Leuthard semblait considérer la mobilité individuelle comme une manne fiscale inépuisable et il fallait y mettre le holà.

Je devine sans forcer que la Conseillère Fédérale s'empressera de mal comprendre le résultat en clamant que les Suisses sont contre les routes et les aménagements routiers ; on ne saurait être plus loin de la vérité. Le fait est que les Suisses payent déjà énormément au titre de la voiture mais l'argent ainsi récolté est massivement détourné. Si la route a sérieusement besoin d'investissements, il ne faut pas augmenter les taxes - l'oreiller de paresse des politiciens par excellence - mais simplement arrêter de gaspiller ailleurs.

Nous aurons un aperçu du sens du refus d'aujourd'hui au travers de l'initiative vache-à-lait.


Voilà l'essentiel de mon analyse des votations du week-end. Aucune modification constitutionnelle ne surviendra par le biais d'une initiative fédérale ; en revanche, la population a adressé un message clair pour mettre un terme à la rage anti-voitures dont toute la classe politique à Berne semble imprégnée. Ce n'est pas grand-chose mais sachant que la liberté commence là où s'arrêtent les prélèvements fiscaux, c'est toujours un début.

20 novembre 2013

Destin français

Ce mardi, le ministre de l'Écologie, Philippe Martin, indiqua une suspension de l'écotaxe "jusqu'à la remise à plat de la fiscalité globale". Un report sine die en langage clair. Le ministre fut pourtant désavoué par son supérieur Jean-Marc Ayrault le jour même: l'écotaxe serait de retour en juin 2014.

helico.jpgCet épisode n'est qu'un cafouillage de plus dans un pays où la confusion règne de la base au sommet. Comment mettre en place l'écotaxe, d'ailleurs? Les portiques encore debout doivent être surveillés en permanence par des escadrons de gendarmes mobiles tandis que les hélicoptères de police patrouillent de nuit pour essayer de sauver les radars routiers bretons du vandalisme... A l'instar d'une mafia, les quelques moyens dont dispose encore l'Etat français semblent exclusivement réservés à la préservation des infrastructures qui lui rapportent de l'argent.

Le solde sert sans doute à préserver de la foule un gouvernement historiquement impopulaire. Avec une cote d'amour présidentielle tournant autour de 15% d'opinions favorables, il vaut mieux être sur ses gardes. François Hollande est peut-être plus en sécurité en prenant la parole depuis son voyage en Israël que du perron de l'Elysée. En outre, il a probablement plus à dire à la Knesset qu'aux citoyens français.

Le président n'a pas de vue d'ensemble. Ce n'est pas surprenant. Lorsque l'horizon ressemble à un mur, la myopie devient une forme de défense. Mais qu'attend-t-on de lui au juste? "Le réflexe français est toujours celui d'attendre un sauveur", assure Dominique de Villepin, ancien premier ministre à n'avoir jamais affronté la moindre élection. L'homme providentiel est attendu avec impatience, puisqu'il est doté de pouvoirs magiques permettant de résoudre tous les problèmes sans effort. C'est presque dommage qu'il n'existe pas.

François Hollande est fidèle à son époque. En guise de génies désintéressés, la France n'a subi qu'une succession de politiciens aussi carriéristes qu'inefficaces. Même Jacques Chirac aurait été proprement laminé dès 2002 s'il n'avait été opposé à l'infréquentable patriarche du Front National. Magie de la démocratie française, il réussit le tour de force d'être élu à plus de 80% tout en étant méprisé par tout le monde. Son successeur Nicolas Sarkozy suscita l'enthousiasme en plaidant un programme de réforme, mais se contenta ensuite de naviguer à vue en commandant d'innombrables sondages pour mieux savoir comment être populaire. Las! A force de vouloir plaire à tout prix on se fait détester. L'affaire Strauss-Kahn fut le dernier coup du sort jetant sur le devant de la scène François Hollande, un président normal, basique, étriqué, sans épaisseur et sans programme. Bonne pioche.

Francois_Hollande_inaction.jpgÉlu sur un malentendu, François Hollande est à peu près aussi éloigné qu'on puisse l'être de toute définition de l'homme providentiel. Mais l'individu aime le pouvoir - il n'a fait que le cultiver toute sa vie - et n'y renoncera pas. Il pourrait même le conserver en 2017 à la faveur d'un second tour contre Marine le Pen. Le pari est dangereux mais il tentera sa chance. Le tout est de bien doser les remaniements ministériels et les dissolutions. Si la tendance est au quinquennat unique, le temps des intrigues n'est pas terminé.

Pour la France - le pays réel, pas le microcosme parisien des élites politiques et médiatiques - l'avenir a un goût de brouet. Taxée jusqu'à l'étranglement, la population voit la fuite ou la médiocrité comme seules solutions. Plus d'un tiers des 18-34 ans veut s'expatrier, selon un sondage récent, qui ne tient évidemment pas compte des centaines de milliers de jeunes à avoir déjà plié bagages. Le départ des forces vives n'a rien d'original quand l'argent quitte aussi le pays ou disparaît des circuits officiels pour rejoindre l'économie souterraine. Resteront en France les personnes âgées, les assistés sociaux, des combinards travaillant au noir, et quelques grosses entreprises faisant de toute façon l'essentiel de leur chiffre d'affaire hors des frontières hexagonales.

Sans même chercher à faire des économies, pas facile de boucler un budget dans ces conditions, évidemment. Il n'est donc pas surprenant que la France n'y arrive pas. Bruxelles a accepté du bout des lèvres celui de Paris pour 2014, mais ne nous y trompons pas: il s'agit juste de ménager un pays important avant des élections européennes où les contestataires ont le vent en poupe. Comme "le pays n'a aucune marge de manœuvre", pour reprendre les mots d'un commissaire européen, il est parfaitement fantaisiste d'imaginer que les courbes tracées jusqu'en 2015 résistent à la récession dans laquelle retombe l'économie...

La France n'évolue pas, ne se réforme pas, elle se désagrège. Tous les voyants sont au rouge, certains plus vifs que d'autres: note des agences, chômage, croissance, dette publique, déficits, prélèvements obligatoires, consentement à l'impôt, tissu social, intégration... Quant à deviner d'où viendra le coup de grâce, il est probable qu'il vienne de la fiscalité. Des recettes moindres que prévues et tous les compteurs exploseront. C'est pour bientôt.

La France n'a plus qu'un rôle à jouer, celui de l'exemple à ne pas suivre.

Dans quelques années, en regardant en arrière, les Français se lamenteront du temps perdu, de ces années gâchées dans des réformes cosmétiques sans jamais s'atteler au fond. François Hollande n'est visiblement pas le président des réformes, c'est un fait. Mais qu'aurait-il eu à perdre à essayer? S'il s'était engagé sur ce sentier peu fréquenté, il aurait eu une chance de laisser pour de bonnes raisons son nom dans l'histoire et il n'est même pas certain que sa cote de popularité serait alors aussi basse qu'aujourd'hui.

13 novembre 2013

Quand l'Etat brise les familles

L'histoire révoltante de la semaine nous vient d'Italie où des parents viennent de se faire retirer la garde de leur enfant, leur enfant biologique, au prétexte qu'ils étaient trop vieux pour s'en occuper - une situation qui a ému même la rédaction du Matin.

italie,justice,familleGabriella Carsano et Luigi Deambrosis sont empêchés de revoir la petite fille qu'ils ont eu par procréation assistée, elle à 56 ans, lui à 62, après des années passées à tenter d'avoir un enfant. Leur faute? Avoir laissé le nouveau-né dans leur voiture à quelques mètres d'eux...

En allant faire des courses, le couple laisse la petite dans la voiture. Enfin laisser est un grand mot, selon leur avocat, qui expliquera aux juges saisis pour abandon de mineur que Luigi Deambrosis montait la garde quelques mètres plus loin.


Le couple sera finalement acquitté de l'accusation outrancière "d'abandon de mineur" mais la machine judiciaire s'est mise en branle et plus rien ne peut l'arrêter. Elle réclame du sang.

Deux jours après l'ouverture de l'enquête, les carabiniers frappent à la porte et emmènent l'enfant, âgée de 35 jours à peine. Le début d'un calvaire épouvantable qui durera trois ans. Le couple gagne le procès [sur l'abandon de mineur], mais ne réussit pas à récupérer la petite, placée dans une famille d'accueil. (...)


Douce image d'une police toquant à l'aube à la porte pour arracher un nouveau-né à ses parents... Écartons d'un revers de main les excuses banales comme la décision arbitraire d'un juge mal embouché: l'ensemble de l'affaire est complètement assumé par la justice italienne du début à la fin. Le dénouement survient après trois ans de lutte parce que les parents ont désormais perdu tous leurs recours, tant en appel qu'en cassation, donc devant toute une brochette de magistrats expérimentés. A tous les niveaux la même justification: trop vieux pour avoir un enfant.

Dans le dernier verdit, les magistrats de la Cour de cassation ont été extrêmement clairs: la différence d'âge entre les parents et l'enfant est trop importante. La fillette devra être adoptée et ses parents naturels ne pourront plus jamais la voir.


Dans la mesure où partout dans le monde les circonstances de la vie font que des millions d'enfants sont élevés par leurs grands-parents ou d'autres encore, ce jugement absurde cache évidemment quelque chose.

Un besoin narcissique de détruire une famille

La correspondante italienne du quotidien évoque l'aspect "social et affectif" de l'affaire face à une société avide de faire un enfant après la cinquantaine, mais il ne s'agit pas que d'une question technique liée à l'effet de la procréation assistée. Sur un autre média, on apprend que la cour - du haut de sa grande sagesse - dénonce "le besoin narcissique d'avoir un enfant".

Remercions nos parents d'avoir éprouvé pareil besoin narcissique, faute de quoi l'humanité aurait disparu depuis longtemps.

Certes, parents âgés dit parents grabataires à long terme ; la cour affirme ainsi, de façon péremptoire, que les parents "ne se sont jamais posé de questions sur le fait que leur fille se retrouvera orpheline très jeune et qu’elle sera contrainte de prendre soin de parents âgés".  Mais qu'en savent-ils? L'espérance de vie augmente sans cesse. Les parents pourraient avoir pris les précautions pour assurer leurs vieux jours, assurer leur fille contre les aléas de la vie, avoir des cousins ou des neveux prêts à aider plus tard... Ironiquement, la suppression de leur descendance par la cour garantit que les parents âgés seront dans leur vieillesse exclusivement à la charge de la société.

En lieu et place de catastrophes hypothétiques, la justice italienne a choisi de façon plus pragmatique d'infliger la douleur de la perte immédiatement. Mais aussi de faire un exemple.

Les décisions de justice absurdes ne sont parfois que le reflet des contradictions du législateur. Ici, les juges ont appliqué - avec toute l'inhumanité qu'il sied à leur robe - la loi italienne controversée sur la procréation assistée.

[La procréation assistée en Italie] n’est permise qu’à un « couple » répondant à différentes conditions. Les deux membres du couple doivent être majeurs, de sexe différent. Il doit s’agir d’un couple marié ou d’un couple vivant en concubinage. Les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer » et ils doivent être vivants. Sont donc exclus de la procréation assistée les mineurs, les femmes seules, les couples d’homosexuels et les « madri nonne » (mères grands-mères).

 
En gros, ne sont autorisés à procréer avec assistance que les parents qui pourraient "traditionnellement" avoir un enfant, et donnez ici l'interprétation la plus conservatrice de ce terme. Mais qui aurait imaginé que ces limitations à la procréation assistée s'appliqueraient même après la naissance de l'enfant? Les juges italiens, des hommes sans aucun doute formés, cultivés et intellectuellement développés, n'ont pas hésité une seconde à se lancer dans cette trajectoire kafkaïenne. Leurs décisions sont plus évocatrices de leur humanisme que n'importe quel discours.

Pour échapper au carcan de restrictions légales absurdes, Gabriella Carsano et Luigi Deambrosis avaient fait comme des centaines d'autres italiens: ils sont allés à l'étranger. Mal leur en a pris, ils ont désobéi. Il fallait les punir pour leur outrecuidance. Pour l'exemple.

Que les Italiens souhaitant vaincre les faiblesses de la nature pour avoir une descendance sachent à quoi ils s'exposent: si la "justice" s'intéresse à leur cas, quelle que soit le prétexte, leur famille sera brisée.

Le tout dans l'intérêt de l'enfant, bien entendu. Nous ne sommes plus à un mensonge près.