03 février 2014

Etrange justice

Pierre Chiffelle vient d'être blanchi par le Tribunal Fédéral, la fin en queue de poisson d'une étrange affaire traitée par une étrange justice.

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Franz Weber et Pierre Chiffelle, la mine des grands jours (photo Keystone)

Le 12 mars 2012, l'initiative populaire fédérale lancée par Helvetia Nostra "pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires", également appelée "initiative Franz Weber" du nom de son principal promoteur, fut bien tristement acceptée par le peuple.

Le texte visait officiellement à limiter la construction de résidences secondaires ; qui se doutait qu'en réalité, l'initiative mettait sous cloche le potentiel de développement des régions montagneuses helvétiques, Valais et Grisons en tête, au mépris du fédéralisme et des populations concernées?

Il ne fallut pas longtemps pour que des victimes découvrent qu'Helvetia Nostra, contrairement à ses promesses de campagne, visait moins les résidences secondaires que toute nouvelle construction selon ce que d'aucuns qualifièrent de "terrorisme administratif":

"[Nous avons] un dossier à Riddes (VS) où Helvetia Nostra a fait opposition à la construction d’une résidence principale qui, je le précise, se trouve en plaine et non aux Mayens. Sur demande de l’association, nous lui avons fourni le certificat d’établissement de la famille, un certificat de l’employeur qui affirme que le père travaille dans la région, les plans de la maison et une déclaration assurant que cette famille compte vivre dans cette maison à l’année.

Mais Helvetia Nostra n’a même pas accusé réception. Nous avons rappelé deux fois et l’on nous a répondu que l’opposition allait être levée, mais Helvetia Nostra ne l’a jamais fait", lance Antoine Micheloud, [directeur d’un bureau d’architecture basé à Sion et à Moléson]. Qui révèle au passage que l’association dépendant de la Fondation Franz Weber a aussi fait opposition lors de la mise à l’enquête de cinq autres maisons [à Neirivue].

"Et ce sont pourtant toutes des résidences principales", souligne Antoine Micheloud.


La boulimie de recours d'Helvetia Nostra et de son avocat Pierre Chiffelle ne connaissait pas de limite - pas même de limite légale. Mêlant empressement et faux en écritures, ce dernier lança carrément des oppositions à des projets de construction au nom de voisins qui n'avaient même pas donné leur accord!

Les limites de l'honnêteté ayant été franchies, Pierre Chiffelle fut la cible d'une dénonciation auprès de l'ordre des avocats et d'une plainte pénale lancée par un promoteur immobilier invoquant un préjudice de 50 millions de francs à travers ces oppositions abusives.

L'affaire semblait entendue mais c'était mal connaître la justice helvétique, ou en tous cas ce qui en tient lieu. L'individu vient ainsi d'être blanchi par le Tribunal Fédéral, confirmant le jugement rendu en première instance:

Dans son arrêt notifié le 30 janvier, la Chambre des recours pénale vaudoise a classé la plainte contre Pierre Chiffelle, a indiqué ce dernier. L'avocat d'Helvetia Nostra, accusé d'escroquerie et de faux dans les titres dans le cadre d'une opposition à des projets immobiliers, confirmait une information du Matin Dimanche. Le Tribunal a estimé qu'il n'y avait pas de dessein d'enrichissement illégitime.


Les juges suisses viennent donc d'inventer un nouveau paradigme: il est désormais tolérable de se livrer à des faux dans les titres si ce n'est pas suivi d'un enrichissement illégitime.

Le concept est proprement révolutionnaire, au-delà du droit, au-delà même de la logique, pour tout dire. Nul doute que nous verrons fleurir de nombreux faux dans les titres ces prochaines années, faux doctorat (c'est à la mode), titre de noblesse, mandat inventé de pure pièce à la Helvetia Nostra: c'est open bar, peu importe les dégâts collatéraux sur la crédibilité des uns et des autres. Il faut juste faire en sorte que l'on ne puisse démontrer d'enrichissement illégitime aux yeux d'un tribunal, cela ne devrait pas être trop compliqué.

Les juges de Mon-Repos se sont-ils livrés à une interprétation des textes diamétralement opposée à la morale et au bon sens, ou quelques éléments contextuels se sont-ils invités dans les délibérations? Après tout M. Chiffelle est ancien conseiller d'Etat vaudois. Il se pourrait qu'il ait gardé quelques amitiés auprès des tribunaux. Quoi d'étonnant, sachant que les juges doivent eux-mêmes leur nomination à l'Assemblée Fédérale, donc à la classe politique?

Comme dit l'adage, il y a deux sortes d'avocats à succès: ceux qui connaissent bien le droit, et ceux qui connaissent bien le juge!

Mais c'est sans doute pure médisance que d'évoquer cette piste. Des falsifications de titres sont forcément jugées avec la même sévérité selon que leur auteur soit un escroc anonyme ou un avocat assermenté, ancien responsable politique et ponte du parti socialiste. C'est l'évident même, faute de quoi la justice suisse ne serait qu'une vaste pantalonnade.

30 janvier 2014

Dieudonné se prend une quenelle

Je n'aurais pas cru devoir revenir sur "l'affaire Dieudonné" mais celle-ci prend désormais une nouvelle tournure avec la perquisition du domicile de l'intéressé.

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L'humble masure de l'humoriste sans le sou, au Mesnil.

Selon le parquet de Paris, les perquisitions s'inscrivent dans le cadre d'une enquête préliminaire pour organisation frauduleuse d'insolvabilité, blanchiment d'argent et abus de biens sociaux:

[Parmi les différentes enquêtes qui le visent], les enquêteurs veulent se pencher sur son patrimoine et des mouvements de fonds, notamment plus de 400'000 euros expédiés au Cameroun depuis 2009, alors que le polémiste n'avait acquitté le montant d'aucune de ses amendes début janvier.

L'enquête pourrait aussi porter sur les conditions dans lesquelles la boîte de production gérée par sa compagne, Noémie Montagne, a racheté pour 550'000 euros une propriété de Dieudonné, mise aux enchères publiques forcées en raison d'une dette fiscale de près de 900'000 euros.


La justice cherche également à déterminer dans quelle mesure les appels lancés par Dieudonné pour payer ses diverses amendes liées à ses condamnations pour propos antisémites.

Selon les premiers résultats de l'enquête cités par RTL, la police aurait retrouvé pour 650'000 euros au domicile de l'individu - le "produit de la billetterie", selon son avocat. Ainsi que 15'000 dollars qu'on imagine liés à la vente de billet à des touristes américains de passage...

Le premier volet de l'affaire Dieudonné avait trait à la liberté d'expression. L'humoriste avait inventé la "quenelle" un geste antisémite qu'il se bornait à décrire comme anti-système ; clamer autre chose aurait pu l'envoyer en prison, puisqu'en France la liberté d'expression en est réduite à cela. Ses nombreux fans avaient bien entendu lu entre les lignes et s'en donnaient à cœur-joie. Malgré tout, plaidais-je, il ne fallait pas museler le bonhomme, non seulement parce que la censure le faisait passer pour une victime mais surtout parce que seul le débat permet la confrontation des idées.

dieudonne.jpgÉvidemment, la France socialiste de MM. Hollande et Valls et leurs amis du CRIJF et de la LICRA ne pouvaient s'en contenter. Dieudonné fut donc préventivement privé de spectacle un peu partout, un interdit professionnel comme dans les états totalitaires, selon des principes juridiques totalement tirés par les cheveux. Nous sommes depuis passés à l'étape suivante, le procès politique. Les perquisitions chez Dieudonné n'ont pas d'autre but que de le jeter promptement en prison après l'avoir ruiné et humilié. Peut-être pourra-ton assister à une rédemption en public en échange d'une modeste réduction de peine, selon le principe des procès staliniens?

On me rétorquera que les lois sont faites pour être respectées, que l'insolvabilité de l'humoriste a tout de la manœuvre financière destinée à frauder le fisc et la justice. Tout cela est probablement exact mais foin d'hypocrisie: ces arguments sont hors-sujets.

Dieudonné a été inquiété, poursuivi et perquisitionné parce qu'il a osé défié le pouvoir en place, et rien d'autre. De "trublion" à "ennemi du peuple" la nuance est ténue. Le premier provoquera des rires gênés lorsqu'il est invité sur un plateau de télévision, le second une descente de police et un contrôle fiscal.

Aurait-il eu droit à l'examen de ses transactions financières avec le Cameroun s'il avait pratiqué un humour, disons, plus convenu? S'il n'avait pas raillé Manuel Valls? La réponse est évidemment non. Dieudonné subsistait sous le radar médiatique depuis des années et menait sa barque antisémite avec une certaine réussite tant qu'il ne dérangeait pas trop. Le succès de la quenelle le fit ironiquement passer à un stade supérieur de visibilité où l'irritation qu'il suscitait n'était soudainement plus tolérable ; l'humoriste en paye aujourd'hui le prix. Il ne sera pas le dernier.

Le gouvernement français et sa justice ont clairement annoncé la couleur. Les déviants seront traqués, impitoyablement, bien au-delà des griefs qu'on leur reproche. C'est le grand retour de la guérilla fiscale tellement appréciée de François Mitterrand, un autre socialiste, et ce n'est pas un hasard. Le même schéma de pensée se retrouve jusqu'en Amérique. Bien entendu, la diligence de la justice est à géométrie variable: où sont les perquisitions dans l'affaire Fabius? Où sont les condamnations dans l'affaire Cahuzac?

Dieudonné, par maladresse, a oublié que pour se moquer de l’État français il faut être parfaitement en règle. Mais l'eut-il été qu'il aurait été coincé quand même, cela aurait juste pris plus de temps. Le système légal français est tellement complexe que chaque habitant du pays a forcément enfreint au moins une loi. Nul ne saurait être perpétuellement irréprochable ; il suffit juste de surveiller ceux qui sont dans le collimateur, ou leurs proches, et de lancer la machine au moment opportun. La "justice" ne pouvant inquiéter tout le monde, le mode d'action sera réservé aux déviants avec qui le pouvoir a maille à partir. En guise de conclusion me reviennent les mots de Hunter S. Thompson:

"Dans une société bloquée ou tout le monde est coupable, le seul crime est de se faire prendre."


27 janvier 2014

Sécurité Sociale, le front suisse

La bataille contre l'obligation controversée de s'affilier à la Sécurité Sociale française pourrait prendre une nouvelle échelle.

Des milliers de lecteurs ont suivi avec intérêt les Chroniques de Laurent C., un indépendant français bien décidé à quitter le carcan de la Sécurité Sociale hexagonale - celle-là même que réclament bien naïvement les Suisses! Il faut savoir que le monopole de la Sécurité Sociale française serait abrogé depuis maintenant vingt-deux ans (!) par le biais de directives européennes libéralisant les services d'assurance à l'échelle communautaire. En d'autres termes, si les Français ont toujours l'obligation de s'assurer, ils ne seraient plus contraints de s'affilier à la Sécurité Sociale française, bureaucratique et déficitaire, et donc pas obligés non plus de cotiser à tous les bras armés du tentaculaire système social français, comme l'URSSAF, ni de payer la CSG-CRDS.

Ces quelques lignes plongeront nombre de lecteurs français dans la perplexité, tant ils sont maintenus dans l'ignorance de la législation européenne lorsqu'elle peut leur apporter un peu de liberté. Sur le sujet, l'opacité médiatique est totale: il en va de la survie du système. A quelle vitesse le léviathan s'écroulerait sous les déficits issus de son clientélisme et de ses gaspillages si chacun avait le choix de s'affilier ou non à la fameuse Sécu?

j_de_c.jpgPendant des années, des décennies même, le barrage a tenu bon: si Laurent C. et d'autres, aidés par Claude Reichman, ont réussi à sortir du système - sans être ni jetés en prison ni mis sur la paille - ils évoquaient plus des gouttes perlant à la surface qu'une véritable brèche. Mais la donne pourrait changer, rapidement. Stimulée par la charge fiscale menée tambour battant par le gouvernement socialiste français, la fronde contre la Sécu prend de l'ampleur.

Cependant, à la grogne populaire s'ajoute rien de moins qu'un nouveau front à la frontière franco-suisse. Comme souvent, le feu de la révolte a été allumé par un gouvernement français financièrement aux abois:

Selon l’Office fédéral de la statistique, la Suisse comptait [145'393 frontaliers français au 3ème trimestre 2013]. (...) La masse salariale totale des frontaliers français devrait dépasser les CHF 15 milliards. Peu importe les chiffres précis, il s’agit de montants gigantesques dont l’impact budgétaire ne peut être négligé, ni par la France, ni par la Suisse.

La France a toujours convoité cette manne suisse des frontaliers. En reconnaissant que ces derniers ont une capacité financière qui dépasse de 261% la moyenne française (le salaire médian français étant de CHF 26'552 selon l’OCDE), l’Hexagone cherche à remplir ses caisses sur le dos de cette partie supérieure de sa population active. (...)

A partir du 1er juin 2014, la France compte prélever 8% (voire plus encore) sur les salaires de certains frontaliers pour la couverture de maladie universelle (CMU). Il s’agit des frontaliers français qui ont, dans le passé, opté pour une assurance-maladie privée avec exemption de l’assurance-maladie suisse, dont les primes sont en général 2 voire 3 fois plus chères. Cela concerne en pratique la grande majorité des frontaliers français pour qui un choix malin du passé devient donc très regrettable en 2014.

Si on peut dire qu’environ 90 à 95% des frontaliers sont concernés, il s’agit de quelque 135'000 personnes et une cotisation théorique pour la CMU de CHF 770 millions par année. Une somme bienvenue dans les caisses françaises, sans doute. Étant donné, d’une part, la couverture inférieure de la CMU (comparée avec une assurance privée française ou l’assurance-maladie suisse), et d’autre part, le manque de structures de soins adaptées dans la partie française des zones frontalières avec la Suisse, les personnes concernées perçoivent la contribution de 8% comme un impôt supplémentaire, et rien d’autre.


Comment la prendre autrement alors que ceux qui souhaitaient s'affilier à la Sécurité Sociale française ont toujours pu le faire?

Frontiere_F_S.pngOr, les frontaliers ne semblent pas vouloir lâcher leurs armes sans combattre. Dans un article confus du 20 minutes de lundi, l'association Liberté et Sécurité des Frontaliers prétend protéger les intérêts des frontaliers en leur faisant contracter une assurance maladie en Suisse, selon un modèle déjà pratiqué par des milliers de frontaliers allemands. Et bien entendu, chacun s'empresse de nier jusqu'à cette possibilité, comme Michel Charrat, président du bien mal nommé Groupement Transfrontalier Européen rappelant que "chacun peut croire ce qu'il veut, mais il devra en assumer toutes les conséquences" - et de conclure en citant l'affaire C-18/95, Terhoeve qui ne confirme rien du tout.

Bref, chaque camp fourbit ses armes et la bataille s'annonce rude. Vu leur salaire moyen, nul doute que parmi les frontaliers français concernés se trouvent quelques juristes de haut vol prêts à se battre pour ce genre de chose. L'administration française de l'URSSAF parviendra-t-elle à affronter une guérilla juridique suivie par des dizaines de milliers de personnes? Et pendant combien de temps l'Etat français pourra-t-il garder un silence ambigu quant à l'obligation ou non d'adhérer à la Sécu au vu du droit européen?

21 janvier 2014

L'Or du Rhin

La banque centrale allemande pourrait avoir beaucoup moins d'or que ce qu'indiquent ses livres de compte, avec des conséquences imprévisibles sur les relations entre les pays et le système financier mondial.

or_du_rhin.jpgDans l'opéra de Wagner, l'Or du Rhin rend fou ses détenteurs et provoque une guerre entre les dieux. Il pourrait y avoir quelque chose de wagnérien dans la crise à venir... Traduisant ZeroHedge:

Un an après l'annonce stupéfiante - suscitée par les révélations de Zerohedge - de rapatrier 674 tonnes d'or de la Fed de New York et de la Banque de France, la Bundesbank n'a réussi à transférer qu'un maigre volume de 37 tonnes. Ce montant ne représente que 5% de l'objectif annoncé, bien en-dessous des 84 tonnes que la banque devrait annuellement recevoir pour rassembler les 674 tonnes escomptées dans l'intervalle de 8 ans entre 2013 et 2020.

La publication de ces chiffres quant à la lenteur du transfert a promptement entraîné la colère des Allemands et suscité de nombreuses allégations selon lesquelles l'or ne serait simplement plus en possession de ses gardiens outre-atlantique, aurait été loué, ou pire, vendu sans la moindre annonce formelle ou informelle. Les "théoriciens du complot" ne vont certainement pas se calmer en lisant l'article du 19 janvier du journal Die Welt où l'on apprend que seules 5 petites tonnes d'or furent envoyées depuis la Fed de New York. Le reste vient de Paris.


Bien sûr, l'article original du journal allemand s'empresse de livrer des justifications rassurantes: l'or serait livré depuis Paris plutôt pour des raisons de logistique ; le lingot américain aurait en outre un format moins approprié nécessitant une refonte.

Comme le dit la sagesse populaire, une bonne excuse suffit. Pourquoi en apporter deux? Et si l'une ou l'autre de ces explications est parfaitement convenable, pourquoi l'or est-il livré à la fois de New York et de Paris? Et pourquoi dans des volumes si faibles en comparaison de ce qui est dû à la Bundesbank?

On peut donner foi aux explications officielles, aussi incomplètes soient-elles. On peut penser aussi que les débiteurs de la "Buba" (le surnom de la banque centrale allemande) ont eu le plus grand mal à rassembler des lingots en quantité suffisante et font ce qu'ils peuvent pour faire illusion. Cette hypothèse de travail collerait davantage avec les tensions relevées ici-même sur l'or physique.

Mais la véritable nouveauté vient du canal choisi pour diffuser l'information. D'orientation conservatrice, Die Welt est un des trois plus grands quotidiens allemands. Pour la première fois, les préoccupations sur le retour de l'or allemand au pays sont exposées au grand public.

Le stade de la rumeur est dépassé. La population sait désormais, et parmi elle des politiciens. Comme la situation n'est pas vraiment à l'apaisement il y a peu de chances que l'inquiétude s'éteigne, malgré les manœuvres de la Fed et de la Banque de France. Si n'importe quelle banque centrale a des coffres moins bien remplis que ce que prétend sa comptabilité, il va être bientôt impossible de le cacher.

Tout le système international repose in fine sur la confiance entre les acteurs qui en font partie: confiance entre les investisseurs, envers les institutions, envers les publications de bilans financiers et les estimations des agences. Dans le genre, il sera difficile de lui porter un coup plus dévastateur que l'aveu de la disparition du stock d'or de la Buba, confié à ses alliés il y a un demi-siècle pour le protéger d'une éventuelle invasion de la République Fédérale d'Allemagne par l'Armée Rouge.

L'effondrement du château de carte financier pourrait-il venir d'Allemagne?

18 janvier 2014

Comme sur des rails

Si l'on en croit un sondage gfs.bern, l'approbation du texte "Financement et Aménagement de l'Infrastructure Ferroviaire" (FAIF) tiendrait de la formalité, avec 56% de Oui, 27% de Non et 17% d'indécis. Cela explique sans doute la mollesse de la campagne.

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...En direction de quoi?

L'engouement des électeurs n'a rien de surprenant: c'est le résultat d'un long travail d’endoctrinement par les médias et les autorités. Le Rail est Merveilleux. Les Trains sont une Bonne Chose. Le Transport Public de Masse est l'avenir d'une Humanité Épanouie, Heureuse et Égalitaire. Corollaire: la voiture individuelle - que dis-je, individualiste! - est l'incarnation du mal. Elle ne mérite que le mépris. Que nul ne s'inquiète, elle sera taxée jusqu'à sa disparition.

Un peu gros? Sans doute, mais le conditionnement fait partie intégrante de la formation de l'opinion. En Suisse, celui-ci a été soigneusement mis en place à travers l'éducation étatique et les canaux d'information. Par exemple, l'UDC est détestable. Ça ne se discute pas. Ainsi, les adversaires de l'initiative contre l'Immigration de Masse ne se donnent même plus la peine de la nommer: ils demandent simplement l'appui contre "l'initiative de l'UDC". Son origine suffit pour tout argument.

Il existe nombre d'esprits faibles pour lesquels le réflexe pavlovien tient lieu de réflexion politique et  selon le sujet on peut susciter automatiquement autant le rejet que l'adhésion.

Ainsi, le train bénéficie à plein d'un a-priori positif. Chacun a de bons souvenirs attachés aux trains, et ils sont partie intégrante de l'histoire de la Suisse, même si leur ponctualité tient désormais de la légende. Parmi tous ceux dont les pensées dérivent bienheureusement face à un tel sujet, combien prendront la peine de regarder les conséquences du FAIF dans le détail?

Une première mouture du projet était devisée à 3,5 milliards de francs mais ce n'était pas assez "ambitieux". L'enveloppe est désormais portée à 6,4 milliards, sachant que le moindre chantier géré par l'Etat coûte plus que prévu... A partir d'un certain stade, les chiffres ne semblent plus que des abstractions. Une grande partie des citoyens acceptera n'importe quel montant. Pas de raison de se gêner. On se demande presque pourquoi personne n'a tenté 28 ou 57 milliards, pour la forme.

S'il est toujours de bon ton de penser que les autres paieront, en réalité, tous devront passer à la caisse. Le projet prévoit de plafonner la déduction fiscale pour frais de transports à 3000.-, soit moins qu'un abonnement général de deuxième classe! De fait, tous les clients actuels du train verront leurs impôts augmenter (ainsi, bien entendu, que tous les malheureux dont la distance entre travail et logement implique une dépense de plus de trois mille francs annuels, tous modes de transport confondus.)

faif,votation du 9 février 2014,prise de position,trainDernière ironie, le peuple s'apprête à approuver massivement le FAIF alors qu'il y a à peine quelques semaines, il affirmait exactement le contraire en refusant la hausse à 100 francs de la vignette autoroutière défendue par Mme Leuthard, probablement au nom de la subvention inique des transports collectifs par l'automobile. Mais sait-on seulement que FAIF sera aussi financé par de nouvelles taxes sur l'essence? Pour atteindre les milliards escomptés, je vous laisse deviner leur montant... Il y a aussi une hausse de la TVA à la clef.

A en croire les autorités il semble impossible d'avoir des trains qui se financent eux-mêmes, comme il y a un siècle lorsque les compagnies ferroviaires étaient aussi privées que florissantes. Le service public semble condamné à perdre de l'argent. C'est d'autant plus vrai que FAIF mettra un terme à cette interrogation en inscrivant dans la Constitution, dans le marbre en quelque sorte, le financement du rail par la route. Dès lors, on peut être sûr que les CFF perdront de l'argent par wagons entiers, si j'ose dire. Pourquoi se battre lorsque le magot tombe quoi qu'il arrive? FAIF est l'aveu que le rail ne peut pas être rentable, et avec un postulat de départ comme celui-là vous pouvez être sûr qu'il ne le sera jamais!

Le FAIF est un projet inquiétant par son ampleur et ses ramifications. Rien que pour cela, il faudrait s'en méfier. L'expérience montre que les méga-projets monstrueux où on décide d'une enveloppe d'abord et de son affectation précise ensuite ont toute les chances de produire à l'arrivée quelque chose de très différent de ce qui était escompté. Comme d'habitude, le peuple est amené à faire un chèque en blanc aux autorités - d'un montant à dix chiffres - et à espérer que tout ira pour le mieux jusqu'en 2025, époque où beaucoup des politiciens actuels seront plaisamment à l'abri de rendre des comptes.

Mais peut-on vraiment lutter contre un conditionnement?

15 janvier 2014

Hollande, Schettino, même combat

François Hollande n'est pas un capitaine de pédalo, même si son seul antécédent dans un exécutif en Corrèze évoque l'image. François Hollande n'est pas non plus, Dieu nous en préserve, le capitaine du Titanic ; Edward Smith était un commandant agréable, imposant et à l'écoute, dont le destin tragique fut lié à des circonstances indépendantes de sa volonté. M. Smith était aimé et respecté de ses hommes comme de ses passagers ; même la légende selon laquelle il aurait demandé à pousser le navire pour lui faire remporter le Ruban Bleu est sans fondement, le Titanic ne pouvant pas rivaliser avec le détenteur du record à l'époque, le Mauretania.

Non, vraiment, si on doit comparer François Hollande à un capitaine, seul Francesco Schettino vient à l'esprit.

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Ce n'est pas le France, mais il y a de l'idée.

Pensons aux dernières heures de la carrière du capitaine du Costia Concordia: alors que son navire devait passer dans un chenal de 15 km entre l'île de Giglio et la côte de Porto Santo Stefano, après avoir dîné et bu avec sa maîtresse moldave Domnica Cermortan, il décida de faire l'Inchino - la révérence - en forçant le paquebot à aller au plus près de la côte, juste pour l’esbroufe. Beaucoup trop près. Le naufrage fit 32 victimes et le comportement minable de l'individu pendant la catastrophe est entré dans la légende.

Bien sûr, il y a quelques différences entre le capitaine italien et le président français. Par exemple, le premier était à l'époque officiellement marié avec des enfants ; aujourd'hui, le second trompe sa maîtresse officielle avec une deuxième maîtresse. Ce n'est pas pareil, même si en termes d'irresponsabilité, on s'y retrouve.

france,françois hollande,humourA aucun moment Francesco Schettino n'a osé prétendre que ce qui s'était passé ce soir-là relevait de la vie privée, et pour cause. Il est piquant d'entendre le président français clamer de son côté que "les affaires privées se traitent en privé" lorsque le chef de l'Etat, détenteur des codes de la force de frappe nucléaire française, est amené à cause de ses pulsions sexuelles à s'exposer sans protection face à un paparazzi plusieurs jours de suite, alors qu'ils se rendait auprès de sa Julie (Gayet). Et, puisque nous en sommes à l'inventaire du quinquennat irréprochable, il est bien sûr question aussi de l'argent des contribuables. Combien de bureaux et d'appartements, combien de conseillers particuliers, combien de sièges de luxe en voyage sont réservés pour les différentes courtisanes du président?

Pauvre Valérie Trierweiler! Affaiblie et à l'hôpital, son titre de maîtresse officielle vaut encore moins qu'avant. Dure dégringolade pour celle qui a rompu ses vœux de mariage pour un politicien. L'apprentissage de la vie, dira-t-on.

On a beau jeu de se moquer des Américains et de leur sacro-sainte morale, mais quelque part, ils sont plus cohérents que nous autres européens lorsqu'ils prétendent exiger un président exemplaire jusque dans sa vie privée. Il y a de l'hypocrisie là-dedans, c'est évident, mais on ne peut s'empêcher de penser: que valent les promesses publiques d'un homme incapable d'assumer ses engagements même dans ses relations les plus intimes?

Après la gestion piteuse du mariage homosexuel, après l'affaire Léonarda, après l'affaire Dieudonné, François Hollande semble réduire la fonction présidentielle à sa propre posture: un zeste de ridicule, à côté des vrais enjeux, sans envergure aucune. Espérons que cela se terminera mieux pour la France en crise que pour le Costa Concordia, mais à voir le capitaine, rien n'est moins sûr.

Ce dernier épisode évoque plus que n'importe quel autre un vaudeville bien français: un homme à femmes, des révélations, des mœurs légères et quelques quiproquos amusants.

Et des cocus, beaucoup de cocus.