13 avril 2013

Rions un peu avec le réchauffement climatique

Il y a quelques jours je faisais état de quelques petits soucis dans la théorie controversée du Réchauffement Climatique d'Origine Humaine, notamment que ledit réchauffement était en panne depuis un moment. Crispation, toussotement, voyons-vous-n'y-pensez-pas-madame, la nouvelle était reçue avec un mélange d'incrédulité et d'indignation. Mais petit à petit, l'information fait son trou médiatique pendant que la "science" s'évertue à trouver de nouveaux moyens d'expliquer l'inexplicable.

Décortiquons donc ensemble une petite dépêche de l'AFP apparue sur le portail Romandie.com. Rien qu'avec le titre, le ton est donné:

La hausse du thermomètre fait une pause, pas le dérèglement climatique


Voilà, le thermomètre, tout essouflé de sa course vers l'ébullition, fait une petite halte. Personnellement, jamais vu un thermomètre faire une pause, mais admettons: pour quoi, vers quoi, combien de temps, la sieste? Aucune idée. Mais attention, le réchauffement changement dérèglement climatique continue, n'allez pas vous croire sorti d'affaire:

réchauffement climatique,mensonges,médiasLa dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée mais la hausse du thermomètre semble marquer une pause (...) sans toutefois remettre en cause les projections de réchauffement à long terme.


Donc ça va mieux mais tant pis, on est fichus quand même! Vient ensuite l'inévitable "mise en contexte" de notre petite affaire, convenablement présentée comme il se doit avec d'effrayantes intonations de fin du monde:

La planète vient de vivre, en moyenne, sa décennie la plus chaude depuis le début des relevés de températures en 1880: la température moyenne mondiale, dopée aux émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine, a grimpé de près d'un degré depuis la fin du XIXe siècle.


Bien entendu, 130 ans d'historique est un intervalle absolument risible pour déduire quoi que ce soit à l'échelle des températures terrestres, d'autant plus que si on connait très approximativement celles d'il y a un siècle, et encore, la population humaine de 1880 et son mode de vie n'ont absolument rien à voir avec celle d'aujourd'hui en termes d'émission de gaz. En fait, toute construction théorique impliquant l'homme sans faire exactement coïncider le réchauffement climatique avec le boom de l'activité industrielle mondiale (après la seconde guerre mondiale, en gros) est une escroquerie qui n'a même pas l'apparence de la vraisemblance. Mais peu importe: la théorie est en marche!

Les deux phrases suivantes valent à elles seule leur pesant de CO2 tant elle sont des bijoux "d'information". Commençons par la première:

Cette réalité du réchauffement global sera confirmée en septembre par le prochain état des lieux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec).


Les experts du Giec ne se réunissent pas pour débattre, mais pour confirmer. On imagine la haute tenue des échanges entre des gens tous d'accord entre eux. Mais c'est aussi sans compter avec un détail, une broutille, un tout petit rien, un incident, une bêtise...

Mais elle s'accompagne aujourd'hui d'une petite anomalie: bien que la concentration en CO2 ne cesse de croître dans l'atmosphère, la température moyenne, elle, se stabilise à la surface du globe depuis une dizaine d'années.

 
Une petite anomalie, soit en gros juste l'exact contraire de la théorie! Pas de quoi s'énerver! Pendant la décennie écoulée, où notre civilisation a envoyé dans l'atmosphère environ un quart des émissions de CO2 jamais produites par l'humanité depuis 1750, la température est restée stable.

Le Réchauffement Climatique d'Origine Humaine est K.O. debout.

Bien entendu, les climatologues étant doté d'une incroyable propension à tout expliquer à postériori, le rétropédalage est en marche. On peut même dire que ça rétropédale dans toutes les directions:

Différentes hypothèses ont été suggérées pour expliquer un tel plateau, mis en avant par ceux qui contestent le réchauffement: éventuelle baisse d'activité solaire, ou encore quantité plus importante dans l'atmosphère d'aérosols d'origine volcanique ou fossile, qui réfléchissent les rayons du soleil. Deux publications récentes tendent elles à attribuer le premier rôle aux océans. (...)

 
Le soleil se refroidit, la composition atmosphérique et ses effets sont différents de ce qu'on pensait, les océans stockent de la chaleur... Voire, tout en même temps! Que de champs de recherche défrichés à point nommé pour venir au secours d'une théorie battant de l'aile!

D'ailleurs, le réchauffement est sauf, car même une petite pause de plus de dix ans - une paille - ne remet pas en cause l'édifice théorique. C'est un peu la version réchauffiste du "à long terme, nous sommes tous morts" de Keynes. Le réchauffement doit avoir lieu, il aura lieu:

Plus important, pour les climatologues, ce phénomène ne remet pas en cause les projections à long terme établies par la science: Cela n'a presque aucun sens de parler de pause alors que le concept de climat a toujours été défini sur une période de 30 ans, dit à l'AFP Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l'Université de Louvain (Belgique). (...)


Qui a décrété que la période de validité devait être de trente ans, et pas dix, ou au contraire cinquante? Est-ce le onzième commandement rapporté par Moïse du Mont Sinaï? Ou serait-ce que parce qu'un intervalle plus petit donne aujourd'hui une tendance peu favorable au dogme?

L'écran de fumée est d'autant plus amusant que, régulièrement, des articles sont publiés faisant état de catastrophes dues au réchauffement sur des intervalles bien plus courts, voire d'une année à l'autre. Mais peu importe, rappelons les tendances lourdes (et de moins en moins vérifiées):

Au rythme actuel des émission de GES, la planète pourrait se réchauffer de 3 à 5°C d'ici quelques décennies, rappellent les estimations les plus récentes. Et même si le climat s'avérait un peu moins sensible que prévu aux concentrations de CO2, il va rester très difficile de contenir la hausse à 2°C, soit le niveau maximum recommandé par la science pour éviter un emballement du climat, souligne aussi Jean Jouzel.


3 à 5°C, ce n'est jamais qu'une estimation quasiment du simple au double. Et selon un Jean Jouzel accroché à sa théorie comme une palourde à son rocher, il est "très difficile" de contenir la hausse à 2°C - ce, bien que la hausse fasse du sur-place depuis dix ans sans guère d'efforts de la part de l'humanité! Mais M. Jouzel est aussi vice-président du Giec. La définition du poste implique d'être imperméable aux vents contraires.

Allez, une dernière tranche d'apocalypse pour la route:

D'autant que d'autres indicateurs du dérèglement climatique sont bien loin de marquer une pause, comme la hausse du niveau de la mer, la fonte des glaces arctiques ou les événements météorologiques extrêmes comme les tempêtes ou les sécheresses.


La température n'étant plus un indicateur fiable du réchauffement climatique (!) il faut désormais en trouver d'autres, encore moins pertinents. Guettons encore une variation du niveau de la mer qui ne soit pas inférieure au degré d'incetitude de la mesure ; peut-être que d'ici 2100 quelques militants engagés scientifiques parviendront à cette prouesse.

Parée de tous les critères internes de la pseudo-science, la théorie du Réchauffement Climatique d'Origine Humaine continue son petit bonhomme de chemin. J'espère que dans vos chaumières, profitant enfin de ce printemps tardif, vous claquez encore des dents de peur face au Croquemitaine ; il tire son pouvoir de votre culpabilité. Reconnaissons-le, lui et ses alliés de la presse ne ménagent pas leurs efforts face à une réalité de moins en moins coopérative.

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09 avril 2013

Thatcher: Quand la mort déchaîne la haine

La disparition Margaret Thatcher hier, à l'âge de 87 ans, est propice au déferlement de haines refoulées.

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Si les internautes sont profondément divisés face au personnage historique, les médias devraient eux prendre le recul qu'il sied à des professionnels de l'information. Mais c'est mal les connaître! Ainsi, si Margaret Thatcher alimente toujours les divisions selon les termes pudiques de la revue de presse de 24 Heures, d'autres journalistes - dont on devine sans peine les opinions politiques - profitent du décès de la Dame de Fer pour se livrer sans décence ni retenue à une charge contre ce qu'elle a été, ce qu'elle a fait, et ce qu'elle a représenté.

Alors qu'elle a quitté le pouvoir depuis plus de vingt ans et que ses successeurs n'ont eu de cesse de saboter son héritage, le Matin ose par exemple affirmer que le libéralisme thatchérien est à l'origine de la crise actuelle (on s'en convaincra en comptant le nombre de têtes se réclamant de "l'ultralibéralisme" dans les hautes sphères...) Le quotidien orange ne s'arrête pas là; il livre également à ses lecteurs une célébration en musique de l'événement sous couvert d'une rétrospective culturelle, et rapporte également la fête populaire dans un quartier londonien suite à son décès.

Tout ceci relève de la pure information, bien entendu.

Et encore ne s'agit-il là que de quelques quotidiens suisses!

A-t-on entendu pareille cacophonie de critiques et de louanges (et surtout de critiques) lors de la disparition d'un homme politique au bilan nettement plus controversé, Hugo Chavez par exemple? Rien de tel. Et attendons que Fidel Castro y passe, juste pour voir le volume des hommages à une autre Figure du siècle passé, mains propres et tête haute.

Margaret Thatcher était honnie de tous les membres de la gauche, au point de devenir une sorte de Croquemitaine. Elle l'est encore une génération après son passage au pouvoir. Sa faute? Avoir commis deux crimes horribles. D'une part, elle a activement contribué à l'effondrement de l'URSS et donc de l'utopie communiste, acte impardonnable s'il en est ; ensuite, elle a pourfendu sans relâche les mensonges au coeur même du projet socialiste avec des termes simples et compréhensibles pour tous. En est témoin une belle citation parmi bien d'autres:

"N’oublions jamais cette vérité fondamentale: l’État n’a aucune autre source d’argent que l’argent que les gens gagnent eux-mêmes. Si l’État souhaite dépenser plus, il ne peut le faire qu’en empruntant votre épargne ou en vous taxant davantage. Il n’y a rien de bon à ce que quelqu’un d’autre paie; cette autre personne, ce sera vous. margaret thatcher,médiasL’argent public n’existe pas, il n’y a que l’argent des contribuables. La prospérité ne viendra pas de l’invention de programmes de dépenses publiques de plus en plus somptueux. Vous ne devenez pas riches en commandant un carnet de chèques à votre banque et aucune nation n’est jamais devenue plus prospère en taxant ses citoyens au-delà de leur capacité."


Pendant trois mandats, elle a été la femme à abattre et, loin des complots dont se disent régulièrement victimes les tyrans paranoïaques, on a effectivement cherché à l'abattre.

Dans les années 70, la Grande-Bretagne était en perdition, ruinée et soumise au FMI, sclérosée par un syndicalisme archaïque, engluée dans le pessimisme. Margaret Thatcher rendit espoir et fierté à sa nation. Elle remit le pays en marche. Elle le sauva, littéralement. Ne croyez même pas que j'exagère: il n'est pas donné à nombre d'anciens Premiers Ministres de voir érigée une statue à leur effigie au Parlement britannique.

Mais aujourd'hui, même si elle n'avait plus la moindre influence depuis longtemps, la Dame de Fer est morte et bien morte. C'est l'heure de la fête!

Hollywood avait évité de s'appesantir sur l'aspect politique de la vie de Margaret Thatcher, préférant prévenir tout risque de choquer un certain public plutôt que d'oser raconter l'histoire. Il faut dire que l'icône était toujours en vie ; il fallait pieusement s'en méfier.

C'est tout le contraire désormais. Les derniers tabous sont tombés.

Tous les féministes se réjouissent avec des ricanements de mépris d'enterrer la première femme de l'histoire à avoir démocratiquement dirigé le gouvernement anglais.

Tous les croyants et les serviteurs de l'Etat font étalage de leur dédain face à une politicienne élue trois fois au poste de Premier Ministre britannique par scrutin populaire.

Tous les apôtres de la compassion s'empressent de célébrer la triste disparition d'une vieille dame de 87 ans, veuve et ravagée par la maladie d'Alzheimer.

Oui, ces temps-ci la gauche européenne fait bien peine à voir.

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08 avril 2013

Affaire Cahuzac ou affaire PS?

Quelques jours après le coup de tonnerre de l'affaire Cahuzac, les informations continuent de remonter et ne dressent pas un très beau portrait de l'élite aux commandes de la France.

Le point en cinq questions.

Qui était au courant, et depuis quand? Les premières réactions officielles, virulentes, ne laissaient pas la place au doute: le ministre démissionnaire était un monstre qui avait trompé tout le monde. Ses anciens collègues rivalisaient de vocabulaire pour faire part de leur indignation et de leur stupeur.

jerome-cahuzac-francois-hollande.jpgDepuis, le vernis du tableau s'est sérieusement effrité, tant au niveau de la Présidence (M. Hollande) que de son ministre de tutelle, le Ministre de l'Economie et des Finances (M. Moscovici), du Ministre de l'Intérieur (M. Valls) ou de la Ministre de la Justice (Mme Taubira). Citant un connaisseur des rouages des institutions mentionné dans Le Figaro:

Selon une tradition non écrite, le procureur de Paris informe directement le cabinet du Ministre [de la Justice]. (...) Le dossier Cahuzac fait partie de ces dossiers «signalés» qui sont suivis en temps réel ou presque par la Chancellerie. Christiane Taubira en connaît donc personnellement tous les rebondissements. En temps que garde des Sceaux, elle est théoriquement la première informée, mais elle est parfois «doublée» par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, comme dans le cas des expertises confiées à la police scientifique.

Les résultats de l'analyse de la bande sonore (...) remontent, eux, rapidement et directement Place Beauvau [au Ministère de l'Intérieur] - parallèlement à la Place Vendôme [au Ministère de la Justice]… «Le fonctionnement hiérarchique est encore plus efficace de leur côté» explique un habitué de la Chancellerie.

François Molins ouvre une information judiciaire le 19 mars (...) il prend soin de suivre le processus habituel des affaires «signalées».


Sachant qu'au moins deux ministres suivaient quasiment en temps réel les progrès de l'enquête, comment croire que le Président n'ait su la vérité qu'au moment des aveux? Qui plus est, pour des postes aussi importants, le passé des candidats est soigneusement fouillé ; or, M. Cahuzac traîne avec lui des soupçons de corruption depuis les années 90.

A-t-on cherché à protéger Jérôme Cahuzac? Ou, autrement dit, reste-t-il la moindre crédibilité à la "République Exemplaire" prônée par François Hollande en campagne? Cette interrogation est la corollaire de la précédente. Certains individus haut placés ayant eu vent de l'affaire auraient pu être tentés de l'étouffer avant l'explosion, dans la grande tradition républicaine française.

Parmi toutes les personnes suspectées d'avoir couvert Jérôme Cahuzac, le nom du Ministre de l'Economie et des Finances Pierre Moscovici revient avec insistance. Le ministre de tutelle du suspect demanda ainsi à la Suisse une entraide administrative pour savoir si Jérôme Cahuzac possédait un compte à l'UBS depuis 2009 (antériorité maximale selon les accords en vigueur). L'administration helvétique, bonne fille, serait remonté jusqu'en 2006 pour répondre par la négative... Et le ministre de proclamer fièrement son collègue blanchi de tout soupçon !

Pendant cette enquête, M. Moscovici fit preuve d'un manque de curiosité étonnant. Aurait-il traqué ce mystérieux compte à la banque Reyl & Cie - citée par Mediapart - plutôt qu'à l'UBS, il aurait découvert le pot aux roses. Aurait-il formulé une autre demande auprès de Singapour, vers qui on sait que les avoirs ont été déplacés et avec qui la France a des accords d'entraîde administrative depuis 2011, il aurait également trouvé quelque chose.

En fait, il semble que M. Moscovici ait formulé à peu près la seule question à laquelle il était possible de répondre par la négative. Soit le ministre de tutelle de Jérôme Cahuzac fit preuve d'une rare myopie dans ses investigations, soit il ne cherchait pas vraiment à découvrir la vérité, à supposer qu'il l'ignore.

600'000 euros ou 15 millions? La légende des 600'000 € "taraudant la conscience depuis vingt ans" a sérieusement pris du plomb dans l'aile depuis dimanche. La RTS a révélé sur la base de documents suisses que le compte de M. Cahuzac contenait 15 millions d'euros en 2009, soit vingt-cinq fois plus que les sommes évoquées alors.

Loin d'être inactif, le compte a vu d'important mouvements de fonds dont nous n'avons pour l'instant pas la teneur.

Pire, dans son empressement à faire quitter l'argent pour Singapour, M. Cahuzac est allé jusqu'à produire de faux documents pour permettre le transfert. Faux et usage de Faux simplement pour déplacer l'argent ailleurs, à une époque où le ministre n'était pas en cause dans une enquête... Pourquoi un tel empressement?

Les quinze millions sont d'autant plus vraisemblables que les six cent mille n'auraient pas suffit à pousser la porte des établissements fréquentés, qui réclament un ticket d'entrée bien supérieur à leur clientèle. Un homme politique de premier plan n'aurait pas mis en danger sa carrière et sa réputation pour cacher une somme qui, en France, ne suffit même pas à soumettre son détenteur à l'impôt de solidarité sur la fortune. Un tel acharnement à pratiquer l'évasion fiscale force le respect, surtout de la part  d'un socialiste, mais cet unique motif n'est pas crédible. L'argent n'était pas en Suisse pour échapper à l'impôt, mais vraisemblablement pour y être employé en toute opacité.

L'affaire est-elle une preuve de l'indépendance de la justice? Même pas. On aurait pu saluer une justice française prête à découdre face aux puissants, fussent-ils ministres, mais ce n'est pas vraiment ainsi que l'affaire a débuté. Selon un article précédemment cité:

Comment le procureur de Paris, dont la carrière dépend malgré tout en partie du ministère de la Justice, a-t-il pris [la décision de l'ouverture d'une enquête sur un membre du gouvernement en place - un geste rare]? «Pour se protéger, précisément !» estime un ancien de la Chancellerie. «François Molins [le Procureur de Paris] a été placé à la tête de la juridiction la plus sensible de France par la droite, et il craignait bien de devoir rapidement céder sa place. Lorsqu'Edwy Plenel, le patron de Mediapart, lui demande de traiter l'affaire, il se saisit de l'occasion: ainsi, il devient intouchable.»

Pour le garde des Sceaux, il n'est plus possible d'écarter le procureur de Paris: toute mutation serait en effet interprétée comme une volonté d'étouffer l'affaire...


Ainsi, l'enquête contre Jérôme Cahuzac ne serait pas une preuve d'indépendance de la justice face au pouvoir politique, mais au contraire née d'une manoeuvre destinée à se protéger de lui!

Est-ce l'arbre qui cache la forêt? C'est évidemment la question que tout le monde se pose. La menace a pris un tour beaucoup plus concret avec la une de Libération faisant état d'une enquête journalistique de Mediapart à l'encontre du Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, encore une fois à propos d'un compte à l'étranger. Ce qui n'est pour l'instant qu'une rumeur donne lieu à des démentis tous azimuts. Outre la possibilité d'une plainte contre le quotidien, le ministre est allé jusqu'à demander à des banques suisses de certifier qu'il n'a jamais eu de comptes chez elles!

A-t-on jamais vu pareille réaction face à de simples rumeurs?

L'immédiateté et la force du déni ne sont pas sans rappeler les premières étapes de l'affaire Cahuzac, même si les éléments factuels à disposition du grand public sont pour l'heure inexistants.

La poussière soulevée par la chute du Ministre du Budget n'est pas retombée. Loin de l'homme seul trahissant ses amis et ses collègues politiques, tout porte à croire que Jérôme Cahuzac faisait partie d'un système dont il n'était qu'un rouage. Les 15 millions d'euros présents sur le compte suisse n'étaient peut-être pas que les siens. Ce n'est pas par hasard qu'un tel scandale frappe le Ministre du Budget, poste destiné entre tous à la manipulation de flux d'argent. Qu'on se rappelle des casseroles traînées par un illustre prédécesseur à ce poste, Eric Woerth...

Depuis l'évidence de ses mensonges, Jérôme Cahuzac a fait acte de contrition publique pour ses péchés et a cherché à dédouaner avec la plus grande théâtralité ses collègues de gouvernement. Il a demandé "pardon du dommage causé" au Président de la République et au Premier Ministre, lesquels confirmèrent au plus vite leur totale ignorance de l'affaire. Plutôt passer pour benêts et naïfs que pour complices! Bref, il s'est comporté et se comporte encore comme un fusible-modèle. L'homme serait malhonnête, mais surtout, seul - une fable qui semble convenir à tout le monde.

Pas sûr que les citoyens français en soient dupes.

03 avril 2013

La chute de la maison Cahuzac

L'effondrement de la carrière politique de Jérôme Cahuzac est aussi bref que spectaculaire. Ministre du Budget, maillon fort du gouvernement, il apportait une touche de sérieux et de crédibilité à l'équipe de Jean-Marc Ayrault, qui en avait bien besoin. Il était même pressenti comme successeur possible au Premier Ministre en cas de remaniement ministériel.

L’ascension météorique du politicien sera brisée en quelques mois par les révélations du magazine en ligne Mediapart sur la base d'une conversation téléphonique enregistrée il y a plus de dix ans... C'est rocambolesque, il faut bien l'admettre, mais la vérité suit parfois des sentiers caillouteux avant de se révéler à tous, dans la grande tradition romanesque.

france,jérôme cahuzac,mensonges,socialismeÉtrange façon dont résonnent aujourd'hui le déni indigné - et dûment archivé - du Ministre le 5 décembre 2012 face à l'Assemblée Nationale française, à ses collègues du gouvernement, à la presse, aux caméras et au monde:

"Je déments catégoriquement les allégations contenues sur le site Mediapart... Je n'ai pas, Monsieur le député, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant."

 
C'est par ces termes que vient de se terminer l'illusion de la République exemplaire prônée par François Hollande, lequel évoque avec raison une "faute morale impardonnable".

Le schéma de l'affaire Cahuzac est finalement assez classique: déni devant une accusation prétendûment ridicule, indignation et menaces de plainte pour diffamation, ouverture d'une enquête officielle, démission de l'intéressé "afin de mieux préparer sa défense", diffusion de preuves accablantes, explosion de carrière en plein vol.

Le politicien avait fait de la lutte contre l'évasion fiscale son cheval de bataille: il connaissait pourtant son affaire. Pensait-il vraiment que le secret bancaire suisse - celui-là même contre lequel son gouvernement est parti en guerre, ce qui n'est pas la moindre ironie de cette histoire - suffirait éternellement à protéger son pesant secret?

Il n'y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. Jérôme Cahuzac sera devenu en quelques jours un homme politique fini, un paria infréquentable plus encore que s'il avait eu une liaison secrète avec Marine Le Pen - et finalement, peut-être, un futur condamné. On ne lui fera pas de cadeaux. On aura beau jeu de rappeler que la constitution du compte frauduleux de Jérôme Cahuzac remonte à une époque antérieure à sa carrière politique ; celui-ci l'a accompagné tout au long de celle-là. Il l'a soigneusement caché, entretenu, déplacé et nié, sans jamais chercher à régulariser quoi que ce soit.

Évidemment, François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont des victimes collatérales. Sans être eux-mêmes des parangons de vertu, ils n'auraient jamais sélectionné l'ambitieux député dans l'équipe ministérielle s'ils avaient eu vent de ces montants cachés et de leur origine trouble.

Reste un autre malaise, plus sournois. Quel homme politique français d'envergure peut sincèrement se vanter aujourd'hui d'avoir eu une attitude parfaitement honnête, morale et intègre sur les vingt dernières années?

Tous, sans doute.

Beaucoup moins, si leur déclaration était passée au détecteur de mensonge.

Tous les politiciens français sont-ils pourris? Le dire fait de vous un populiste, peut-être parce que les mouvements les moins fréquentables (à gauche comme à droite) sont moins sujets à l'accession au pouvoir et plus à même d'abriter des individus mus par idéalisme. La corruption est fille du cynisme et de l'opportunisme, des valeurs que l'on retrouve bien davantage au centre de l'échiquier. Mais tous les mouvements politiques ne sont pas logés à la même enseigne pour autant. L'accusation de corruption et de mensonge fait beaucoup plus mal lorsqu'elle touche sur la gauche. Celle-ci se voudrait l'incarnation de la vertu face à des adversaires politiques régulièrement dénoncés comme corrompus et malhonnêtes - une posture morale discutable, peu vérifiée dans les faits.

Les socialistes et autres écologistes sont prisonniers de leurs discours. Guides autoproclamés du progrès social et des lendemains qui chantent, ils ne peuvent s'astreindre à la modestie, encore moins admettre l'échec. Attachés à un idéal de perfection et de sacrifice, ils sont bien peu nombreux à l'incarner en pratique. Leur rappeler leur humanité imparfaite sonne comme un reproche.

Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument, disait Emerich Acton il y a un siècle et demi. L'adage reste particulièrement vrai en France. L'implication de l’État dans tous les rouages de l'activité économique rend la classe politique particulièrement sujette au trafic d'influence.

D'où l'inévitable conclusion que la classe politique n'est pas prête à entendre: si on veut moins de corruption, il faut moins d’État.

28 mars 2013

Le coup du drapeau

Un vieux drapeau du IIe Reich a été aperçu suspendu au plafond de la cave d'Oskar Freysinger et serait un symbole néo-nazi. Émoi légitime ou scandale monté de toute pièce?

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L'objet du délit (image diffusée par la télévision suisse alémanique dans l'émission "Reporter")

Pour le nouveau Conseiller d'Etat valaisan, ce drapeau, acheté il y a 15 ans en Allemagne lors d'une exposition sur un sous-marin, ne serait qu'un souvenir. Mais la charge médiatique est féroce, avec force interview "d'experts". Sven Lüken, du Musée historique allemand de Berlin, explique sur Le Matin que le drapeau en question "est utilisé aujourd'hui par ceux qui veulent exprimer leur appartenance à l'extrême-droite". Douce musique aux oreilles des journalistes! Hans Stutz renchérit dans Le Nouvelliste: "On ne peut pas suspendre ce genre d'étendard sans savoir ce qu'il représente pour l'Allemagne nazie."

On ne peut pas? Non, on ne peut pas. Impossible. Jusqu'à Marie Parvex qui termine son commentaire dans Le Temps par une interrogation en forme de verdict: "Est-il suffisant de ne pas avoir su pour être dédouané, quand on est un personnage public?"

Nul n'était sensé ignorer la loi ; désormais nul n'est sensé ignorer les derniers codes en vigueur chez l'extrême-droite.

Apparemment, Oskar Freysinger devra passer le restant de ses jours à s'excuser, se justifier et surtout expier. C'est en tous cas ce que les médias attendent de lui. Je suis persuadé que l'histoire ressortira régulièrement, jusque dans la campagne pour sa réélection au Conseil d'Etat valaisan en 2017.

Personnellement, honte à moi, j'ignorais avant cette polémique l'utilisation symbolique de tel ou tel drapeau. A croire que je ne passe pas mes journées à surveiller les modes néonazies ; mais comme tous les autres membres du grand public, depuis quelques jours la presse s'emploie à combler mes lacunes. Tous doivent comprennent l'horreur décelée chez l'élu valaisan.

Pourtant, le drapeau en question n'est pas un symbole du IIIe Reich à proprement parler, mais du IIe (eh oui, il faut savoir compter!) de 1871 jusqu'à la fin de la première guerre mondiale. Il donna ensuite lieu à plusieurs variantes. La croix de fer est encore la cocarde de la luftwaffe actuelle ; quant à l'aigle impérial, il trône en bonne place au fond de la salle du Bundestag. Le drapeau n'est devenu un symbole néonazi que parce que les signes évidents des aficionados d'Hitler ont été interdits par la loi, telle la célèbre svastika introduite en 1935. La situation suscite donc malgré tout quelques remarques:

  • Les néonazis suisses ont une fâcheuse tendance à brandir des drapeaux suisses, pas allemands...
  • Si Oskar Freysinger, bravant tous les interdits, voue un culte secret au nazisme allemand depuis le fond de sa cave, pourquoi ne pas s'être donné la peine de la décorer avec un vrai drapeau à croix gammée, tant qu'à faire?

Tout le monde reconnaît les qualités intellectuelles d'Oskar Freysinger, même ses adversaires politiques les plus acharnés. Cela ne cadre pas avec la stupidité patente d'un individu qui inviterait carrément une équipe de journalistes dans son repaire intime, caméras au poing, pour révéler son terrible secret. Si Oskar Freysinger était le fourbe néonazi qu'ils imaginent, n'aurait-il pas pris la peine d'enlever le fameux drapeau avant de faire visiter sa maison? Espérait-il que personne ne lève les yeux?

Le fil est un peu gros, l'indignation largement artificielle. La presse nous avait habitué à mieux, mais bon, on fait les scandales que l'on peut avec ce qu'on a ; je suis sûr que dans les rédactions, certains se sont mordus les doigts de ne pas avoir pu monter cette affaire en sauce un peu plus tôt - disons, une semaine avant les élections au Conseil d'Etat.

Malgré tout, les médias sont dans leur rôle s'ils révèlent les déviances néonazies de tel ou tel politicien ; mais pour ce faire, on aimerait qu'ils se penchent sur les discours et les prises de position politiques plutôt que sur la décoration du plafond d'une cave. L'étude historique du nazisme pourrait éclairer quelques lanternes de façon salutaire, soit dit en passant.

On peut enfin cyniquement s'étonner de l'éternel deux-poids-deux-mesures entre socialisme rouge et socialisme brun. Un vieux drapeau vaguement apparenté suffit à clouer son propriétaire au pilori et à instruire un procès médiatique en bonne et due forme pour d'éventuelles sympathies nazies, alors que d'autres politiciens arborent fièrement des portraits de Che Guevara, de Lénine ou de Mao jusque dans leur bureau, sans laisser planer le moindre doute quant à leur adhésion à l'idéologie sous-jacente, et sans que le moindre éditorialiste ne s'en offusque.

Sic transit gloria mundi.

26 mars 2013

La sécurité, souvenir de la Suisse d'avant

Alors que la police publie ses statistiques pour l'année 2012, les choses sont claires: la criminalité en Suisse est en hausse. 8,3% d'augmentation des infractions, toutes catégories confondues ; mais +18% dans le seul canton de Vaud!

Lausanne est désormais la ville la moins sûre de Suisse.

Si des humoristes choisissent de parodier la nouvelle avec talent, d'autres ont une attitude plus ambiguë, comme le journal Le Matin. Il laisse transparaître quelques graphiques étalés sur trente ans, semblant sous-entendre que l'évolution récente n'a rien d'alarmant.

stats_brigandages.png

Ce sentiment est renforcé par la voix d'Olivier Guéniat, criminologue et commandant de la police jurassienne, qui s'empresse de relativiser les mauvais chiffres:

"Quand on parle de 23% de hausse des lésions corporelles graves dans le Jura, on oublie de dire que cela ne touche que 0,07 pour mille de la population. Quand on parle de 18% des vols par effraction en Suisse, on passe de 1 à 3 ménages touchés sur 1000."


La malhonnêteté intellectuelle de ce discours vient du caractère annualisé des statistiques ; les victimes quant à elles ne remettent pas leur mémoire à zéro au premier janvier. Le braquage violent d'une station service ou d'une bijouterie laisse des séquelles pendant des années. De plus, les chiffres masquent d'évidentes disparités locales ; le propriétaire d'un châlet aux Grisons ne sera pas soumis à la même violence "statistique" que le propriétaire d'un commerce à proximité de la frontière française.

D'autres chapitres - lésions corporelles, viols, vandalisme - sont pieusement passés sous silence. Est-ce parce qu'ils sont excellents ou parce qu'ils sont mauvais? Citons une catégorie: entre 2011 et 2012, les lésions corporelles graves ont augmenté de 23%. A ce rythme, elles doublent en un peu plus de trois ans.

L'accroissement de la criminalité est palpable en Suisse romande. Les bagarres au petit matin sont fréquentes et dégénèrent parfois en émeutes. N'importe quel citadin pourra renseigner le curieux sur des "points chauds" où des vendeurs de drogue se livrent à leur trafic au vu et au su de tous, y compris de la police. L'arrachage de sac et de téléphone portable est monnaie courante. Même la police se fait cambrioler.

La violence se banalise. Les agressions s'ajoutent aux incivilités, à la mendicité agressive, aux actes de vandalisme et autres tags auxquels sont exposés quotidiennement les habitants du pays. Il ne s'agit-il peut-être que de "sentiment d'insécurité", mais aussi d'innombrables démonstrations de l'impuissance des autorités.

Certes, la Suisse n'est pas (encore?) la France décrite dans France Orange Mécanique, sans que cela rende la criminalité locale acceptable pour autant. En fait, celle-ci est liée à si peu de facteurs que l'inaction des pouvoirs publics n'en est que plus révoltante.

Le premier a trait à la récidive. La police arrête des malfrats quotidiennement pour les voir remis en liberté quelques heures plus tard. A quoi bon? Si les policiers font encore leur travail, les accusés finissent comme d'habitude entre les mains d'une justice menée par des magistrats soixante-huitards pétris de réinsertion et de bons sentiments, de psychiatres prêts à tout excuser, et d'un système carcéral sous-dimensionné - autant de raisons de remettre en liberté des individus dangereux sans passer par la case prison.

Nous vivons dans l'ère des jours-amende avec sursis ; il faut vraiment avoir commis des horreurs pour finir dans une cellule en Suisse. La peine sera alors probablement aménagée.

A côté de cela, l'origine des criminels est une autre évidence sur laquelle la classe politique reste muette. Entre 2011 et 2012, les crimes et délits impliquant des prévenus "issus du domaine de l'asile" (comprendre: faux demandeurs d'asile, requérants déboutés et autres individus devant théoriquement quitter le territoire) ont augmenté de 38,7%. A Champ-Dollon, la prison genevoise, les Suisses ne représentaient en 2009 que 9,3% de la population carcérale ; 68,9% des détenus étaient des étrangers non résidents, 21,9% des étrangers résidents. Détail peu cité dans les médias, 56,6% des prisonniers se déclaraient de confession musulmane, alors qu'ils ne sont que 5% dans l'ensemble de la population.

Mais tout cela ne doit surtout pas remettre en question les principes sacrés du vivre-ensemble, de frontières-passoires et de l'accueil aveugle et définitif d'individus parfaitement néfastes à la société qui les héberge ; il est vrai qu'un cambrioleur-violeur et plus si affinités s'accommodera bien plus facilement de la pusillanimité de la justice suisse que de celle de son lointain pays d'origine, probablement moins raffinée et plus expéditive. Tant pis pour les victimes. Mais est-ce l'intérêt de la population helvétique? Sur ce point, il faudra encore plusieurs initiatives de l'UDC avant que le Parlement ne sorte de sa léthargie, s'il y parvient jamais.

Pendant que des employés assermentés fouillent nos sacs poubelle et que l'arsenal législatif se renforce continuellement contre les terribles criminels circulant sur les autoroutes au volant de leurs puissants bolides (même quand ils ne provoquent aucun accident) ceux qui sévissent en centre-ville n'ont pas trop de souci à se faire.

Les campagnes de communication publique nous martèlent que sur la route chaque mort est un mort de trop ; mais si les victimes surviennent ailleurs, apparemment, la classe politique s'en accommode avec fatalisme.