01 juillet 2013

Quand une révolution chasse l'autre

Les Égyptiens sont frustrés et déçus.

egypteAprès avoir chassé Hosni Moubarak du pouvoir, leur choix se porta sur Mohamed Morsi, le candidat du Parti de la liberté et de la justice, faire-valoir des Frères musulmans. Le 24 juin 2012, l'Egypte reçut un nouveau président, élu avec 51,73% de voix. Certains en Occident s'en étonnèrent, tous s'en méfièrent. Mais comment un peuple pauvre, sans instruction et dénué d'expérience politique aurait pu faire autrement que d'écouter les conseils du mouvement de résistance historique?

De la même façon, côté égyptien la déception est à la hauteur des espoirs - immense. Mais qu'espéraient donc d'autre les électeurs portant au pouvoir un président islamiste? Mohamed Morsi a été prévisible sur toute la ligne.

On peut bien sûr justifier ce retournement de l'opinion par l'examen critique de la politique de Morsi, pour peu surprenante fut-elle. Accusé de favoriser son clan et d'islamiser le pays, le pantin des Frères a vite pris le pli du pouvoir en s'octroyant des prérogatives exceptionnelles. L'économie ne va pas bien ; touristes et investisseurs boudent l'Egypte. Le chômage et l'inflation sont en hausse et les pénuries de carburant et d'électricité s'ajoutent à celles des biens de consommation courante. Pour fonctionner, l'Etat n'a rien trouvé de mieux que d'emprunter au FMI.

Les drames s'écrivent longtemps à l'avance. Aujourd'hui, alors que Mohamed Morsi n'a accompli qu'un quart de son mandat, les Egyptiens sont dans la rue par millions et réclament le départ de celui qu'ils portaient aux nues la veille. Pour qu'une révolution ait lieu, il faut des jeunes et des estomacs vides, l'Egypte possède les deux en abondance. Révolution il y aura.

Et après?

L'Egyptien moyen pense sans doute que là où Mohamed Morsi a échoué, un autre pourrait réussir, mais qui? En Egypte comme dans la plupart des pays musulmans, le pouvoir se divise en trois factions: les socialo-communistes, auto-proclamés démocrates laïques et éclairés (et qui ont bien sûr droit à tous les honneurs de nos médias occidentaux) ; les islamistes, très présents dans les campagnes conservatrices et dans les couches populaires ; et les nationalistes à travers l'armée et la police, arbitres des deux camps précédents et occasionnellement pourvoyeurs de tyrans ambitieux.

Il paraît évident qu'aucun individu issu de ces groupes ne parviendra à sortir l'Egypte du sous-développement, la dictature étant la forme d'organisation la plus élevée qu'ils puissent atteindre. Il existe bien des commerçants, des entrepreneurs et des hommes d'affaires égyptiens, mais les plus doués se sont enfuis pour faire fortune ailleurs et les autres tâchent de rester discrets ou vivent en symbiose avec la corruption en place. Pire, certains des rares brillants esprits locaux ont le mauvais goût de ne pas être musulmans.

egypteLes manifestants de la place Tahir et du reste du pays ont beau se réunir par millions, combien d'entre eux comprendraient l'idée que la richesse ne peut naître que de l'individu et de sa liberté? Combien d'entre eux seraient prêts à laisser vivre autrui comme il l'entend et à respecter ses croyances, sa liberté d'expression et un mode de vie différent du leur? Combien accepteraient que leur voisin travailleur et entreprenant s'enrichisse plus qu'eux, même si leur propre condition allait s'améliorant? Combien comprendraient et accepteraient le principe du laissez-faire?

Ils ne seraient guère nombreux. Que quelqu'un parvienne à leur passer le message, ils le rejetteraient par conservatisme, piété religieuse, méfiance et conformisme. Voter oui, accepter la diversité des opinions et la liberté des autres, non. Il faut du temps et des échecs pour que les esprits évoluent à l'échelle d'une population.

Mohamed Morsi est un coupable facile: ce n'est pas l'homme providentiel qu'il fallait à l'Egypte. Les braves manifestants se mettent donc à la recherche d'un nouvel homme providentiel. Combien de révolutions faudra-t-il pour qu'ils réalisent que leur démarche est erronée?

26 juin 2013

L'Europe, vue de l'intérieur

Félicitations au Matin: une fois n'est pas coutume, le quotidien s'est fait l'écho du buzz de l'une des dernières vidéos de Tom Staal, animateur néerlandais, montrant de l'intérieur la gabegie européenne. Je me devais de faire relai moi-même, pour mémoire.

L'épisode nous dévoile les coulisses du Parlement Européen.

Un job de rêve pour politicien sans scrupules.
(activez les sous-titres en anglais)

Comme l'explique le Matin:

Outre l'absentéisme des députés européens, [Tom Staal] dénonce dans son sujet le faste et les privilèges entourant l'activité des politiciens, à la manière d'un Michael Moore dans ses domaines d'investigations. On le voit ainsi interroger les élus durant une verrée pour le lancement d'une exposition artistique à 20'000 euros. Et là, surprise, nombreux sont ceux qui se montrent bien incapables de donner le nom du peintre. "L'artiste est un mec d'Italie…", "On passait juste par là", lui lâchent ses interlocuteurs. Tous en revanche, savent bien où trouver des verres de champagnes bien frais, et servis à volonté.

Le clou du spectacle ? Dès la cinquième minute du reportage, l'animateur va s'intéresser à deux cas de députés européens venant, comme bien d'autres, signer un document leur permettant de recevoir une indemnité journalière de 300 euros, cinq minutes après leur arrivée (aux environs de 18 heures, quand même) et cinq minutes avant de partir. Un job en or, décidemment ! Pris en flagrant délit, le communiste tchèque Miroslav Ransdorf finit par s'en prendre physiquement au journaliste quand ce dernier lui demande s'il ne serait pas en train de profiter de privilèges scandaleux. L'ultime victime du reportage, Raffaele Baldassarre, membre du parti italien du Peuple de la liberté (centre droit), fait d'abord semblant de ne rien comprendre [personne ne parle anglais au parlement, c'est bien connu...] avant de s'emporter, et de s'attaquer à son tour au reporter, totalement furieux.

Heureusement, toutes ces émotions prennent fin lorsque Tom Staal et Daniël van der Stoep se retrouvent autour d'une bonne bière. Aux frais du président du Parlement Européen bien sûr !

 

Mais en fin de compte, ce sont bien les contribuables qui payent la facture. On comprend l'attachement des élites des pays membres à vouloir entrer dans ce paradis.

Si vous avez huit minutes devant vous, prenez le temps de contempler le grand-oeuvre bruxellois. Votre vision du projet européen risque de souffrir autant que votre pression artérielle.

25 juin 2013

En mémoire de l'agresseur

La bagarre eut lieu pour des motifs politiques entre l'étudiant de Sciences Po engagé dans "l'antifascisme" et les skinheads en plein Paris vers 18h, dans le quartier de la gare Saint-Lazare. Clément Méric, un type bien, avait fortuitement croisé le chemin de nervis de l'extrême droite ; sauvagement attaqué, il chuta au sol où ses agresseurs finirent de le lyncher.

france,extrême-gauche,médias,mensongesMartyre et symbole, la victime fut instantanément instrumentalisée par ceux-là même qui s'indignent régulièrement des récupérations de faits divers.

Rien n'était trop hâtif dans le cas de Clément. La fable était belle. Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls dénonça "une violence qui porte la marque de l'extrême droite". Le Parti de gauche, toujours subtil, affirma quant à lui que "l'horreur fasciste venait de tuer en plein Paris". La même semaine et les suivantes, des rassemblements eurent lieu sous la férule de Jean-Luc Mélenchon et de Harlem Désir, et d'autres encore, toujours totalement pacifiques.

La récupération n'avait rien de symbolique. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault promit devant les sénateurs que le gouvernement allait étudier les moyens de "tailler en pièces les mouvements d'inspiration fasciste et néo-nazie".

Les députés observèrent une minute de silence.

Malheureusement pour les adeptes des fables, nous ne sommes plus au temps des légendes, mais en 2013. Il y a des caméras partout. Les enquêteurs finirent par faire parler d'une d'elle et le déroulement est sensiblement différent:


C'est une vidéo qui va peser lourd dans l'enquête sur la mort du militant antifasciste Clément Méric. On y découvre un Clément Méric agressif, qui porte, par derrière, un coup à la tête d'un militant d'extrême droite, Esteban Morillo, aux prises avec deux assaillants. Morillo se retourne et renvoie une droite pour se défendre, faisant tomber à terre le jeune Méric qui ne se relèvera plus.

 

Nulle trace d'un poing américain. Nulle trace de lynchage. Nulle trace de lutte même. Clément Méric s'en est lâchement pris dans le dos à un individu déjà en prise avec deux agresseurs, a reçu un coup de poing improvisé en retour et s'est retrouvé étendu pour le compte.

Avec toutes ces hordes de skinheads fous furieux qui arpentent quotidiennement les rues de l'Hexagone, brutalisant tous ces étudiants d'extrême gauche, immigrés à peau sombre et homosexuels qui croisent leur chemin, ce n'est tout de même pas de chance. Les médias et le monde politique ne parvienne-t-ils à monter en épingle qu'une rixe où ils confondent agresseur et victime? C'est pour le moins singulier, à moins que les hypothèses de départ ne soient fausses. Mais dans le monde de la pensée unique, pareil point de vue est-il seulement concevable?

On peut se demander également pourquoi il a fallu autant de temps pour que cette vidéo émerge. "Sans doute fallait-il attendre que la pression retombe autour de cette affaire, avant de pouvoir dévoiler cet élément troublant", spécule pudiquement un fonctionnaire de police parisien de haut rang cité par le Figaro. Il leur aura fallu 3 semaines... Le minimum pour que la France se défoule dans sa minute de haine avant de regarder objectivement les faits?

Espérons au moins que la prochaine fois le monde politico-médiatique fera preuve d'un peu plus de prudence avant de s'indigner comme un seul homme. Mais, comme pour des excuses des principaux intéressés, on peut rêver.

Dans le monde du spectacle de l'indignation sélective, la vérité est la première victime à tomber à terre. Il est rare qu'elle se relève.

22 juin 2013

L'horrible Suisse de 2002

Cette semaine, le Conseil National a débattu de l'initiative UDC "contre l'immigration de masse". Suivant la fructueuse série entamée avec la Lex USA, le Matin s'est fait l'écho des débats du National ; il a permis à chacun de découvrir les arguments avancés par ceux qui représentent le peuple, mais sont si souvent en porte-à-faux avec lui.

Pour les radicaux, l'économie est reine ; petits et grands patrons apprécient la libre circulation qui leur permet d'importer à vil prix de la main d'oeuvre qualifiée ou non du reste du continent. Pour les petits travaux, il y aura toujours des travailleurs étrangers prêts à se plier en quatre face à toutes les exigences simplement pour avoir la chance de trouver un boulot ; cette concurrence met les salaires suisses sous pression, et des dizaines de milliers de frontaliers sur les routes des cantons limitrophes. Il est vrai que ceux-là n'ont pas à subir le coût de la vie helvétique, les rendant facilement compétitifs.

Quant aux spécialistes pointus, pourquoi s'embarrasser à financer de longues et coûteuses formations alors qu'il suffit de débaucher un cadre talentueux à Londres ou Francfort? Les services des chasseurs de têtes ne sont pas donnés, certes, mais ce n'est rien comparé à une université.

immigration,manoeuvres politiques,iniativeAu centre, le PDC et ses avatars se contentent de trembler devant l'Europe: mettre le holà à l'ouverture des frontières, c'est prendre le risque de déplaire à Bruxelles, se faire mal voir, irriter, bref, c'est impensable!

A gauche, l'immigration incontrôlée est elle aussi perçue avec la plus grande sympathie. Les socialistes, pas complètement aveugles aux effets délétères de ses effets sur le marché de l'emploi, dénoncent volontiers le cynisme des libéraux-radicaux ; mais en la matière, ils font encore pire. Aux saillies universalistes et tiers-mondistes habituelles de la gauche s'ajoute une instrumentalisation de la dégradation des conditions salariales pour obtenir plus de bureaucratie, qu'il s'agisse de postes d'inspecteurs pour vérifier le respect des normes sur un chantier ou de la horde de travailleurs sociaux chargés de veiller au bien-être des nouveaux arrivants, aux frais des anciens.

Tout ceci n'est évidemment qu'un prélude au Graal de la gauche, le salaire minimum, intervention décisive de la force politique dans l'activité économique. Elle est donc prête à laisser pourrir la situation aussi longtemps que nécessaire, dans l'espoir d'en tirer un profit politique à long terme.

La population suisse se rend bien compte que la trajectoire suivie est dangereuse ; elle perçoit au quotidien les problèmes de sécurité, la part d'étrangers dans les prisons, la crise du logement, la surcharge des infrastructures, la pression sur les salaires, la surconsommation d'énergie et la dégradation générale de son cadre de vie.

Évidemment, avec l'évolution de la conjoncture en Europe, cette situation tendue ne peut qu'empirer. Je ne sais pas si la Suisse restera un ilôt de prospérité dans une Europe en perdition, mais si elle ne dispose pas d'un contrôle sur les mouvements de personnes à ses frontières, je suis sûr que non.

Alain Ribaux, libéral-radical neuchâtelois, se sentit sans doute très inspiré en raillant l'initiative populaire de l'UDC contre l'immigration de masse: "On n'est plus en 1291!", lança-t-il, ajoutant ensuite que faire croire que la Suisse pourrait gérer l'immigration de manière autonome serait "vain, creux et passéiste".

Mais pourquoi faire référence à la date de la fondation du pays? Les accords de libre-circulation n'entrèrent en vigueur qu'au cours de l'année 2002. Il ne me semble pas qu'à cette époque pas si lointaine la Suisse était un pays vain, creux et passéiste ; au contraire, c'était un pays bienveillant dont la crédulité était la seule faiblesse, prêt à tenter l'ouverture que prônaient des élites toutes acquises à l'Union Européenne (et qui le sont encore.) Après plus de dix ans, l'expérience a montré ses limites. Comme le dit Hans Fehr, le solde migratoire annuel est de quelque 80'000 personnes, soit l'équivalent de la ville de St-Gall. Combien de millions d'habitants vise-t-on en Suisse avant de réaliser qu'il y a un problème?

Les Conseillers Nationaux se sont longuement exprimés à Berne, en rejetant le projet par 128 voix contre 49, soit les voix du seul groupe UDC. Avec ce score sans appel, chacun sait donc à quoi s'attendre de ses élus. Heureusement, en 2014, le dernier mot reviendra au peuple.

14 juin 2013

Il veut une église pauvre, il l'aura

Sacré pape François! Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio bénéficie d'un capital de sympathie intact, succédant au timide Benoît XVI et multipliant les déclarations improvisées avec le plus grand naturel. Dernière saillie en date, adressée à un parterre de journalistes: "je voudrais une Eglise pauvre, pour les pauvres".

religion,pape françois,catholicismePareille musique plaît. Les médias adorent relayer les appels à une vie plus simple lancés depuis le fond du palais de tel ou tel milliardaire, vedette ou homme d'Etat ; c'est presque un passage obligé pour les membres de l'élite. L'hypocrisie est si répandue qu'elle en est devenue banale. Mais sortis de la bouche d'un pape, les mots prennent une autre dimension.

On ne devine que trop bien la lassitude du saint père face aux ors du Palais Saint-Pierre. Pour un homme habitué à un mode de vie frugal à Buenos Aires, cela n'a rien de surprenant. Il y a malgré tout une différence énorme entre le rejet du confort de son poste et l'appauvrissement systématique et généralisé de l'Église.

La charge soudaine du pape contre la richesse n'a rien d'un événement isolé ; quelques jours plus tard, il récidive dans son homélie en expliquant que "Saint Pierre n'avait pas de compte en banque":

"Saint Pierre n'avait pas de compte en banque", a déclaré mardi le pape François, dans un plaidoyer pour une Église pauvre qui n'agisse pas en "entrepreneur", à l'occasion de la messe quotidienne dans la résidence Sainte-Marthe au Vatican. "Quand nous voulons faire une Église riche, l'Église vieillit, n'a pas de vie." La pauvreté qui doit caractériser l'Église "nous sauve du risque de devenir des organisateurs, des entrepreneurs".


Les entrepreneurs, quelle horreur!

L'attitude affichée par le pape François est étonnante de la part d'un homme de foi qui aurait prétendument rejeté la fameuse "théorie de la libération", soit l'imprégnation du christianisme par l'idéologie marxiste. Il semble que le prélat ne soit pas sorti totalement indemne de cette subversion sud-américaine ; à moins que son attitude ne trouve ses sources dans un héritage franciscain où dénuement et pauvreté sont des vertus cardinales.

Dans la Curie, on temporise. "[Les paroles du pape] ne doivent donc pas être interprétées comme une injonction aux institutions de l'Église à fermer leurs comptes en banque ou à ne pas poursuivre leurs nombreuses oeuvres coûteuses en matière de santé, d'éducation, de secours aux pauvres à travers le monde", explique-t-on.

Il n'empêche. La pauvreté est tellement au coeur du projet du pape François qu'il s'est choisi son nouveau nom en rapport avec Saint-François d'Assise, le "saint des pauvres", mais aussi le descendant d'une riche famille marchande finalement déshérité à cause de ses excentricités. Quant à savoir si c'est une métaphore de la trajectoire du nouveau souverain pontife...

Jésus n'avait rien contre la richesse, mais rejetait la cupidité, ce qui n'est pas la même chose. Les premiers chrétiens - tout comme Saint-François d'Assise - vécurent largement de l'aumône ; comment auraient-ils pu détester les riches, alors que la générosité de ces derniers était souvent leur seule ressource?

La méfiance affichée par le pape à l'égard des entrepreneurs a quelque chose d'étonnant. Ces derniers vivent en proposant de nouveaux produits et services à des clients qui n'ont nulle obligation de les accepter, sauf à accroître leur satisfaction. Les entrepreneurs ne peuvent donc exister qu'en contribuant au bien-être général. Saint-Pierre n'avait peut-être pas de compte en banque, mais il n'avait pas non plus accès à l'hygiène dentaire, à l'ampoule avec interrupteur ni aux voyages en avion - autant de trouvailles qui ne furent ni de son fait ni de celui de son église, mais bien d'individus inventifs à travers les siècles. Eussent-elles existé à son époque, les aurait-il reniées?

Les pauvres dont les catholiques s'occupent seront-ils séduits par une église elle-même pauvre? S'inspireront-ils du modèle? Ce n'est pas certain. En sublimant la pauvreté, le pape fait aussi l'apologie de la soumission et de l'inaction. La pauvreté est une situation dont on ne peut s'extraire que par la volonté ; n'en déplaise au pape François, une église riche, généreuse et incitant ses ouailles à s'élever est peut-être préférable à une église pauvre n'ayant rien de mieux à partager qu'une pénurie larmoyante.

Par chance nous serons rapidement fixés sur l'ambiguité du message, car la pauvreté est un objectif extrêmement facile à atteindre. L'humanité se bat depuis qu'elle existe pour sortir de la misère et n'y arrive que modestement depuis un siècle. Parcourir le chemin inverse ne devrait pas prendre trop de temps.

10 juin 2013

Un lundi sans surprise

Suisse rouge ou Suisse verte? Ce matin, c'est un portrait monochrome du pays dont fait état la presse. Pour une fois, les éditorialistes ont passé un dimanche après-midi tranquille, sans devoir se creuser la cervelle au dernier moment pour expliquer l'étrange comportement des citoyens helvétiques.

Il faut dire que les sondages étaient si nets que la surprise semblait exclue.

votation du 9 juin 2013
L'élection du Conseil Fédéral par le peuple, sèchement rejetée.

L'élection du Conseil Fédéral par le peuple - sur laquelle j'ai pris position ici - est lourdement rejetée. Les contempteurs de l'UDC y voient la marque d'un échec du parti, d'autres au contraire une approbation de la politique actuelle. S'il est indéniable que l'UDC a perdu, la défaite est relativement peu conséquente, l'UDC s'étant elle-même fort peu engagée sur le sujet.

L'initiative était intéressante parce qu'elle aurait amené la touche finale à la démocratie helvétique. J'ai trop foi dans l'intelligence politique de mes concitoyens pour imaginer une seule seconde qu'ils seraient dans leur majorité tombé pour ces arguments absurdes à base de "campagne électorale permanente", de "quête de l'homme providentiel" ou "d'élection au plus offrant" ; les élections d'exécutif dans tous les Conseils d'Etat cantonaux suffisent à prouver le contraire, plutôt vingt-six fois qu'une. Mais l'initiative était mal née, conçue comme réponse face aux manoeuvres du Parlement, non comme une évolution des droits démocratiques ; l'eau a aussi coulé sous les ponts depuis la crise qui lui donna naissance.

Le peuple suisse a aussi pu préférer la stabilité à l'aventure insitutionnelle. Malheureusement, ce mode de pensée trouve ses limites. Si hier on défendait le statu-quo parce que tout allait bien et qu'il n'y avait pas de raison de remettre les choses à plat, aujourd'hui c'est parce qu'au nom de la crise le besoin de stabilité est absolu. Toujours des excuses pour ne rien faire, et en fin de compte rien ne change jamais.

La réforme des institutions n'est pas une fin en soi, mais prétendre que le Conseil Fédéral actuel est parfait tant dans sa composition politique que personnelle est difficilement défendable. Sur le plan de la criminalité, de la fiscalité, des attaques contre la prospérité helvétique, nous n'en sommes qu'au début ; il n'est pas certain que le Conseil Fédéral actuel ait la carrure suffisante pour mener la barque dans la tempête. A dire vrai, c'est une certitude.

 

votation du 9 juin 2013
La révision sur l'asile, plébiscitée.

L'approbation du "durcissement" de la loi sur l'asile était lui aussi attendu ; une fois encore, le Parlement donna un tour de vis législatif pour résoudre un faux problème sans fâcher personne. Faux problème? En effet! Selon les Accords de Dublin, les demandeurs d'asile devraient poser leur demande dans le premier pays sûr traversé, soit n'importe quel pays voisin de la Suisse pour qui s'y rend par voie terrestre. Il ne devrait donc y avoir aucun requérant d'asile en Suisse, sauf peut-être la poignée de ceux qui atterrissent à Kloten ou à l'aéroport de Genève sans mentir sur leur pays d'origine réel.

Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, on navigue donc en pleine novlangue. Plutôt que de reconnaître les criminels en goguette et les immigrants économiques pour ce qu'ils sont, on préfère durcir les conditions d'accueil de tous les requérants, les 1% de vrais comme les 99% de faux. On n'érige pas en principe la souveraineté du pays d'accueil. On ne met pas en place de véritables mécanismes d'intégration sur la base du parrainage et de l'accueil individuel, qui mettraient une bonne fois pour toute les partisans de l'asile à tout crin face à leur responsabilité ; à la place, on érige de nouvelles structures de moins en moins discernables d'une prison, où les nouveaux venus s'entasseront en se demandant de quelle façon ils pourront se livrer à des trafics illicites pour rembourser les dettes que leurs familles ont contractées auprès des passeurs.

Enfin, on met aussi un terme à la possibilité de demander l'accueil des réfugiés depuis une ambassade, alors que cette précieuse spécificité suisse avait tout son intérêt pour des personnalités sensibles et permettait de collecter l'identité réelle des demandeurs, in situ, avec empreintes génétiques à la clef.

Il est clair que le changement des lois sur l'asile rendra le pays moins attractif - l'est-il seulement encore pour les vrais réfugiés? - mais au prix d'une confusion bien regrettable entre vrais et faux demandeurs d'asile. Quant à l'accélération des procédures tant attendue, il faudra encore patienter.

Mais la plus mauvaise nouvelle de ce dimanche n'est pas dans un résultat sans surprise, mais bien dans la participation atteignant à peine 39%. Pour la conjonction de deux objets fédéraux - l'un correspondant à une demande démocratique lancinante depuis plus d'un siècle, l'autre à une des préoccupations majeures des Suisses aujourd'hui - c'est très faible, et très inquiétant.