17 avril 2012

Pourquoi l'Europe ne s'en sortira pas

Alors qu'il est on ne peut plus clair pour tout le monde que l'Europe n'est pas sortie de la crise, certains pensent qu'il suffit de passer par une période "d'austérité" et d'appliquer un certain nombre de "recettes", fussent-elles au goût amer, pour que les choses rentrent dans l'ordre et que tout redevienne comme avant.

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12 avril 2012

Présidentielles françaises: Retour vers le Futur

Les publicités inondent les boîtes aux lettres, mais toutes ne sont pas sans valeur. Ainsi, en tant que Français de l'Etranger, j'ai reçu il y a quelques années - cinq ans exactement - une petite liasse de documents promotionnels tous plus farfelus les uns que les autres, concernant les élections présidentielles françaises.

J'aurais pu envoyer le tout directement à la corbeille, mais j'ai eu une meilleure idée: mettre soigneusement ce courrier de l'ambassade de côté pour le ressortir un peu plus tard, histoire de voir, avec le recul, ce que valaient les promesses de nos candidats. A quelques jours du premier tour de la présidentielle, le moment semble tout à fait approprié pour se remémorer ces documents, scannés au format PDF.

Accordons-nous donc un petit voyage dans le temps, à l'aube d'un 22 avril plus ancien...

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31 mars 2012

Gazon maudit

Ce jeudi, selon la formule consacrée, le Conseil Communal de Renens a accepté "à une très large majorité" la construction d'un terrain de football synthétique au Censuy.

N'ayant pu assister à cette séance du conseil, j'ai malgré tout suivi une partie des discussions préalables à l'adoption du projet. On peut en tirer des enseignements sur le fonctionnement d'une démocratie en général, enseignements nullement limités à l'échelle locale.

Passons rapidement sur l'aspect factuel. Un terrain en gazon synthétique offre un certain nombre d'avantages comparé à son équivalent traditionnel. Les frais d'entretien sont moindres et entraînent moins de pollution, la surface est utilisable plus souvent qu'un terrain en gazon naturel et dans des conditions climatiques plus variées... Citant le préavis, le gazon synthétique s'avère être un équipement "durable et économique."

gazon-synthetique.JPGLe nouveau terrain de football devrait bénéficier à des centaines de jeunes footballeurs affiliés aux clubs locaux. On parle de 350 personnes. Le gazon synthétique, s'il est moins coûteux à l'usage qu'un gazon traditionnel, est aussi bien plus cher à l'achat. En fin de compte, la facture du projet tourne autour 1'700'000 francs suisses. On pourrait facilement ouvrir quelques polémiques - à quoi ressemblera effectivement le terrain au bout de dix ans? L'utilisation possible du terrain les jours de pluie sera-t-elle vraiment suivie des faits? A-t-on vraiment les moyens de payer cela? - mais ce n'est pas le propos.

Le propos concerne la légitimité de cette dépense.

Et nous sommes, selon moi, devant l'exemple même d'une dépense illégitime.

Imaginons qu'au lieu de passer par le Conseil Communal, on ouvre une souscription publique. On enverrait un joli dépliant explicatif accompagné d'un bulletin de versement à chaque foyer de la commune, et on compterait, un mois plus tard, les sommes récoltées.

Cette façon de procéder livrerait une mesure on ne peut plus concrète de l'engouement financier réel des habitants pour un nouveau terrain de sport. Et on devine sans mal que les 20'000 habitants de Renens seraient loin de payer le million sept nécessaire au projet (c'est-à-dire 85 francs suisses par tête de pipe!)

Lors des discussions attenant au projet, certains se sont émus que le club de foot local contribuait finalement assez peu à ce merveilleux cadeau - et qu'il aurait dû faire davantage de démarches auprès des joueurs, de leurs familles, des supporters, etc. Mais pourquoi s'embêter à faire de l'activisme et à récolter des fonds auprès des uns et des autres lorsque les sommes correspondantes leur seront, de toutes façons, soutirées par l'impôt?

En passant devant la Municipalité et le Conseil Communal, la magie collectiviste opère, et chacun semble oublier toute relation entre le coût du projet et la poche des contribuables. La causalité disparaît. L'argent semble sortir de nulle part - il n'y a plus qu'à l'affecter aux lubies de chacun, en montants plus ou moins grands mais toujours abstraits, sous les applaudissements d'un public conquis, mais plumé.

28 mars 2012

La Suisse s'offre un procès politique

En s'attaquant ouvertement - et avec raison - au Président de la Banque Nationale Suisse, Christoph Blocher s'est fait de puissants ennemis. Aujourd'hui, ils sortent du bois, pensant disposer d'un levier permettant d'envoyer pour de bon le tribun helvétique en prison.

Tiennent-ils enfin un moyen de faire taire leur bête noire? Ce n'est pas sûr.

"Du délit d'initié à la chasse aux sorcières", écrivais-je il y a quelques mois en publiant un billet relatant l'affaire Hildebrand. Je pensais naïvement que le dossier s'était conclu avec le départ du président de la BNS Philipp Hildebrand, démasqué dans une affaire de spéculation sur le marché monétaire totalement indigne de sa fonction. Les révélations s'étaient succédées petit à petit, rendant les mensonges du banquier intenables et l'acculant finalement à la démission (qu'on se rassure pour lui, il ne finira pas sous un pont).

Revenons sur le déroulement chronologique de l'affaire:

  1. Reto T., informaticien de la banque Sarasin, détecte des opérations sur devises sur le compte du président de la BNS. Il est si scandalisé par ce qu'il voit qu'il décide de prendre des photos de ces opérations avec son téléphone portable.
  2. Les extraits bancaires sont transmis à l'avocat et député thurgovien Hermann Lei. Voyant le côté explosif du scandale, il décide en toute discrétion de faire remonter l'affaire au gouvernement. Il s'adresse à Christoph Blocher, élu au Conseil National, comme intermédiaire.
  3. Christoph Blocher informe Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération, des transactions suspectes menées par le couple Hildebrand. Pas de réaction.
  4. L'affaire est portée devant les médias. La polémique s'emballe. D'un côté, les noms des informateurs (Reto T., Herman Lei et Christoph Blocher) sont livrés à la presse où ils sont dénoncés comme des "agresseurs" contre la Banque Nationale Suisse et sa politique ; mais de l'autre, la polémique sur son président ne désenfle pas. Même si tout un chacun insiste lourdement sur la "légalité" des opérations au vu de la règlementation lacunaire de la BNS, le manque d'éthique et la perte de crédibilité de Philipp Hildebrand l'amènent à jeter l'éponge. L'affaire s'arrête là - même si le directeur n'est pas le seul en cause!

fm_blocher_23434534.jpgDéjà à l'époque, j'avais noté que la colère des médias et de certains membres de la classe politique semblait bien plus dirigée vers le messager Christoph Blocher que contre les autres protagonistes de l'affaire, y compris le banquier central indélicat. L'étape suivante de la chasse au sorcière a été franchie avec l'implication de la justice zurichoise. Le conseiller national a été formellement inculpé lundi dernier pour "violation du secret bancaire". Cette notification a été suivie le lendemain de deux perquisitions, l'une au domicile de M. Blocher sur les hauts de Herrliberg, l'autre au siège d'une de ses sociétés, Robinvest, à Männedorf (ZH).

Le politicien se défend en invoquant l'immunité parlementaire. Les éditorialistes et les commentateurs anti-Blocher s'en donnent à coeur-joie. On discutaille de l'éventuelle immunité, on se réjouit que les documents saisis permettent éventuellement de trouver d'autres moyens de jeter M. Blocher en prison... Ils ont senti l'odeur du sang et cachent mal leur désir de se débarrasser de lui.

Mais que lui reproche-t-on au juste? D'après l'ancien procureur Peter Cosandey:

La Loi sur les banques prévoit jusqu'à trois ans de privation de liberté et des peines pécuniaires pour qui viole le secret bancaire. Elle s'applique en premier lieu au «dépositaire du secret», soit dans le cas présent à l'ex-informaticien de la Banque Sarasin. Ceux qui aident le dépositaire peuvent néanmoins être poursuivis en vertu des articles 24 et 25 du code pénal. L'article 47 de la loi fédérale sur les banques prévoit aussi la possibilité de punir celui qui «incite autrui à violer le secret professionnel». Une disposition qui vaut également si cette incitation reste sans résultat.

 

M. Blocher a-t-il trahi le secret bancaire? Alors même que le premier parti de Suisse défend bec et ongles ce qu'il en reste, l'idée semble cocasse. Mais elle ne résiste pas à l'analyse. Seul l'employé de la banque Sarasin, avec l'accès aux données, a pu se rendre coupable d'un tel crime. Quant à l'unique alternative impliquant directement Christoph Blocher - l'idée qu'il ait pu être le commanditaire de ce vol - elle ne tient pas debout. Aucune information ne fait état de relations entre M. Blocher et Reto T. avant l'affaire. Et si tel était le cas, pourquoi s'embarrasser d'Hermann Lei comme intermédiaire?

Peut-être le ministère public est-il parti à la pêche à ce genre de preuve en perquisitionnant chez l'élu zurichois? La perquisition étant l'équivalent légal du cambriolage, la brutalité de ces violations de domicile pour rechercher des traces de simples conversations datant de plus de trois mois fait hausser quelques sourcils. Quand même Christian Levrat, président du Parti Socialiste suisse, admet que "[M.] Blocher a agi correctement, en rapportant au Conseil fédéral, respectivement à la présidente de la Confédération, les informations sur les opérations en devises menées en privé par Hildebrand", on ne peut guère dire que les faits reprochés à M. Blocher fassent l'unanimité.

Une fois mis dans la confidence d'un risque de délit d'initié de la part du président même de la BNS, Christoph Blocher s'est retrouvé dans une situation impossible. Soit il taisait l'affaire et devenait complice, soit il la remontait aux autorités compétentes (enfin, façon de parler) mais s'exposait alors à des mesures de rétorsion si son nom était révélé au public. Évidemment, il choisit vaillamment la seconde solution et évidemment aussi, quelques fuites soigneusement organisées eurent tôt fait de le désigner comme informateur. Les médias et les autorités sont étonnamment peu curieux sur cet aspect de l'affaire.

L'acharnement judiciaire à l'encontre de Christoph Blocher ne semble pas loin. Plusieurs pistes plaident en ce sens. Bien qu'on l'ait cru un moment, l'homme politique mis en examen lundi dernier ne savait pas qu'il ferait l'objet d'une perquisition le lendemain. Mais alors, qui a donc mis au courant les journalistes de 10 vor 10, le journal du soir de la télévision alémanique, de perquisitions chez lui avant même qu'elles n'aient lieu?

Il y a pire. Vendredi, l'un des deux Procureurs Généraux de Zürich s'est un peu trop lâché dans un bar:

Depuis la table d'à côté, vendredi dernier au Horse Pub de Bülach (ZH), des témoins n'ont pas perdu une bribe des propos tenus derrière une bière par Martin Bürgisser (PRD). Normal, il s'agit d'un des deux procureurs généraux de Zurich et il s'exprime sur l'affaire qui est dans tous les esprits: les perquisitions menées le mardi précédent chez Christoph Blocher et la question épineuse de son immunité parlementaire.

L'un des témoins aurait fait aussitôt un rapport circonstancié de la scène à Christoph Mörgeli (UDC, ZH). Ni une ni deux, l'élu UDC zurichois a diffusé partout une lettre recommandée adressée au procureur Bürgisser. Il y dénonce une violation du secret de fonction pour avoir dit à ses amis sportifs - et aux autres clients du pub - que la levée de l'immunité parlementaire de Christoph Blocher allait être demandée avant mercredi.

[Le procureur bavard] aurait affirmé que si l'ex-conseiller fédéral devait tomber dans cette affaire, ce serait la ruine de l'UDC et que, du coup, c'en serait fini aussi, «enfin», pour Christoph Mörgeli.

 

Mis en cause, le procureur zurichois Martin Bürgisser a nié le viol du secret de fonction, minimisé l'affaire, et démenti le moindre propos désobligeant à l'encontre de MM. Mörgeli et Blocher et de l'UDC. Malheureusement pour lui, le témoin de la scène n'est pas le premier venu -  nul autre que le député UDC au Grand Conseil zurichois Claudio Schmid! - et son compte-rendu de la discussion entre M. Bürgisser et ses amis a été corroboré par un deuxième témoin...

Depuis, Martin Bürgisser avoue avoir "manqué de la sensibilité nécessaire" en abordant l'affaire dans un bar - façon peu élégante de dire qu'il regrette seulement de s'être fait attraper.

A peine constituée, la commission de l'immunité devra faire face à un dossier épineux. M. Blocher a-t-il agi dans le cadre de son travail de parlementaire? Etait-il couvert au moment des faits? Ces questions ne trouveront leur réponse que dans quelques mois. La temporisation sera bienvenue face à une justice zurichoise brûlant les étapes et soudainement prise de frénésie:

Après la perquisition, Christoph Blocher a immédiatement fait valoir son immunité parlementaire, bloquant la procédure. Toutes les pièces saisies sont sous scellés, donc inutilisables tant que la question de l’immunité n’est pas tranchée par le Parlement. Est-ce une erreur du procureur de ne s’être pas préoccupé de ce statut plus tôt? Beaucoup le pensent. Avocat et conseiller national UDC, Yves Nidegger se pose ainsi la question de «l’ordre dans lequel les choses ont été faites». Pour lui, le ministère public a mis la «charrue avec les bœufs», avec pour résultat de ne pas pouvoir utiliser le matériel saisi.

Sur les ondes de la RTS La 1ère, l’avocat genevois Marc Henzelin s’est aussi dit «étonné que le ministère public zurichois n’ait pas pris plus de précaution avant»! Il y voit un problème de procédure, mais aussi de proportionnalité. «Nous n’avons pas affaire à un crime mais à un délit qui concerne une présumée complicité dans la fuite de certains documents, estime-t-il. La démesure entre l’acte soupçonné et l’intrusion qu’est une perquisition est assez choquante.»

 

Le fait que la cible de toutes ces attentions s'appelle Christoph Blocher ne peut être qu'une coïncidence, bien entendu.

On a coutume de dire qu'il a une justice pour les puissants et une autre pour le commun des mortels; mais en Suisse, l'UDC semble elle aussi avoir droit à sa justice d'exception.

20 mars 2012

Lettre aux futurs exilés fiscaux français

Mesdames, messieurs,

Mes chers compatriotes,

Les prochaines élections présidentielles françaises placent les mieux lotis d'entre vous devant un choix impossible. Les deux candidats de tête, François Hollande et Nicolas Sarkozy, semblent rivaliser d'inventivité sur les méthodes à employer pour s'emparer de vos revenus et de votre patrimoine. Ce n'est pas qu'une posture électoraliste ; la France s'abîme toujours plus profondément dans la crise financière et son agressivité fiscale s'en trouve décuplée. Vous en êtes donc parvenu à la seule conclusion logique. Il vous faut quitter le pays.

affiche.pngUne fois le constat établi, reste à trouver la terre d'accueil. La Suisse semble une évidence. La Suisse Romande en particulier allie qualité de vie helvétique, proximité géographique et francophonie. Le TGV met Paris à quelques heures de Lausanne et Genève, et la cité de Calvin dispose même de son aéroport international.

La Suisse bénéficie d'une excellente réputation et d'un attrait indéniable, mais, étant installé dans là-bas depuis quelques années, je me dois d'atténuer l'image un rien idyllique que vous vous faites peut-être de ce petit pays au coeur de l'Europe.

La jalousie, le désir de spoliation et la recherche irrationnelle de boucs émissaires, dont la mise en application vous pousse aujourd'hui à quitter la France, ne se sont pas arrêtés aux frontières de l'Hexagone. Déguisés sous un mince vernis idéologique pour les rendre présentables, ils sont largement présents en Suisse et font leur chemin au sein d'une population économiquement inculte (un comble compte tenu de l'importance historique du secteur bancaire dans le pays) et, parfois, d'une naïveté désarmante.

Prenons l'exemple ô combien parlant du forfait fiscal. Les forfaits fiscaux permettent à des étrangers résidents en Suisse, essentiellement retraités, de subir une imposition sur la base de leur train de vie plutôt que de leurs revenus. Toute activité économique leur est interdite. L'opération n'est rentable qu'à partir d'une certaine fortune ; pendant des décennies, elle a fait de la Suisse un havre de paix pour de riches étrangers souhaitant couler paisiblement leurs vieux jours. Les résidents au forfait profitaient du cadre de vie, les banques de gestion étaient proches de leurs clients et les autorités fiscales locales y trouvaient leur compte.

Aujourd'hui, un peu partout en Europe, les choses ont changé. Qu'un individu se soit acquitté de ses impôts sur chaque centime gagné, paye ses taxes rubis sur l'ongle, sa fortune reste suspecte ; on ne tolère pas l'idée qu'il déplace ses capitaux hors des frontières ; on s'indigne de sa mobilité ; on invoque la "dette sociale" et tous les concepts fumeux qu'on pourra sortir du chapeau. La finalité est évidente. A chaque Etat son troupeau de riches captifs et la tonte sera bien menée.

Aussi absurde que cela paraisse, nombre de citoyens helvétique adhèrent à cette vision.

tonte_mouton.jpgL'idée que l'immigré soit par définition mobile, et l'immigré retraité fortuné encore plus, semble échapper à tout le monde. Or, son absence augmenterait la pression fiscale pour toute la population, parce qu'il faut bien équilibrer les comptes de l'Etat d'une façon ou d'une autre. Cette simple remarque de bon sens n'effleure même pas nos dindes qui s'apprêtent à voter pour Noël.

Entrée en guérilla contre le forfait fiscal, la gauche attaque en suivant la tactique du salami: abattre le forfait fiscal dans quelques cantons, là où il ne concerne finalement personne ; puis progressivement, étendre l'interdiction ; et quand la sauce est bien amenée, imposer brutalement son élimination à toute la Suisse à l'échelle fédérale, suivant la technique éprouvée du "coup de massue venu d'en haut", et au diable l'autonomie cantonale en matière fiscale.

Un jour, on frappe le Valais et ses résidences secondaires, un autre, le canton de Vaud et ses 1200 étrangers au forfait. La mode actuelle consiste à ruiner la Suisse par petits bouts.

Si les forfaits fiscaux en sursis ne concernent qu'une minorité d'entre vous, ils sont symptômatiques d'un état d'esprit. On ferme les frontières aux millionnaires mais pour les autres, et surtout les pires, la porte reste grande ouverte. On loge de vrais-faux requérants d'asile, quitte à expulser des familles. On forme des sans-papiers, quitte à laisser les apprentis en situation régulière sur le carreau. La politique migratoire helvétique marche sur la tête.

L'entrée de la Suisse dans l'Espace Schengen n'a pas influé que sur l'immigration économique. La disparition des frontières profite aussi aux malfrats. Depuis quelques années, la criminalité a explosé. Pour que même un criminologue socialiste l'admette, on devine qu'un certain stade a été franchi.

Baladez-vous dans les rues crottées et taguées de Genève, croisez quelques revendeurs de drogue d'Afrique de l'Ouest au centre de Lausanne, vivez sur l'arc lémanique et faites-vous cambrioler, ou braquer dans une station-service ou une agence de poste ou une banque pas loin de la frontière, et vous comprendrez que la Suisse "propre en ordre" de grand-papa est loin, très loin sous terre, entre deux fossiles de dinosaure.

La Suisse est dans une mauvaise passe. Rien n'indique qu'elle va s'en sortir, bien au contraire. Les priorités de la classe politique sont affligeantes. La population exprime parfois son mécontentement au gré de telle ou telle votation, mais dans les élections générales, c'est l'électroencéphalogramme le calme plat.

Sur un coup d'éclat, les citoyens suisses approuvent parfois des initiatives pour baisser la facture de chauffage ; mais le reste du temps, par habitude, ils continuent d'élire ceux qui laissent les fenêtres ouvertes.

Peut-être aviez vous de ce pays une vision plus proche des clichés habituels, boîtes à coucou, Heidi, montagnes enneigées et délicieux chocolat? La Suisse bénéficie encore d'une belle réputation, elle tombe de haut. Elle n'est pas forcément perdue, d'ailleurs : le chômage reste gérable ; l'Etat est moins endetté que dans le reste de l'Europe ; les citoyens ont encore leur mot à dire, même si, abrutis par la passivité et le fatalisme, ils ne s'en servent plus guère ; le mécanisme des institutions force à une certaine retenue, loin de l'hystérie légaliste française. Mais le réveil de la population tarde à se faire entendre, au point qu'on commence à douter qu'il survienne jamais.

Alors, chers compatriotes français en voie d'exil, sachez-le: la Suisse et ses jolis paysages font une bonne terre d'accueil, mais c'est une terre menacée. En outre, dans sa grande majorité, la classe politique helvétique est servilement soumise à toute organisation supra-nationale, qu'il s'agisse de l'UNESCO, de l'ONU, de la CEDH, de l'Union Européenne, de l'OCDE ou de tout ce que vous pourrez trouver.

Quand on sait que le pays s'est fondé sur l'indépendance des juges étrangers, cela prête à sourire.

Le système politique helvétique favorise aux plus hauts niveaux l'émergence de "candidats de consensus", c'est-à-dire des personnalités les plus faibles. Elles prennent bien plus à coeur de se faire bien voir de leur pairs internationaux que de protéger les intérêts du pays. Oui, la Suisse est bien mal défendue.

En d'autres termes, alors que la Suisse ne cesse de se coucher pour démanteler le peu de secret bancaire qui lui reste, ne vous attendez pas à une grande résistance de sa part lorsque, par exemple, Nicolas Sarkozy mettra à exécution sa menace d'une imposition des Français de l'étranger. Le gouvernement helvétique s'empressera de signer.

Malgré tout, quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle française et puisqu'il faut bien aller quelque part, je m'attends à voir arriver un grand nombre d'entre vous ces prochains mois. Ne soyez pas passifs. Intégrez-vous, et luttez pour que votre pays d'accueil garde quelques qualités.

Faute de quoi, dans pas si longtemps, vous pourriez bien devoir déménager encore.

16 mars 2012

Le Conseil d'Etat à la croisée des chemins

L'électeur vaudois sera confronté à un choix essentiel le 1er avril, lors du 2e tour de l'élection au Conseil d'Etat: faire rentrer l'UDC Claude-Alain Voiblet au gouvernement, ou subir pendant une législature un exécutif de gauche.

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L'affiche de campagne pour le second tour

Depuis mardi, nous connaissons les candidats pour le second tour: Anne-Catherine Lyon et Nuria Gorrite pour le Parti Socialiste, Béatrice Mettraux pour les Verts, Claude-Alain Voiblet pour l'UDC et Emmanuel Gétaz pour Vaud Libre.

Dès dimanche soir, quatre des sept sièges étaient attribués. Si les trois sortants libéraux-radicaux ont été réélus comme dans un fauteuil, le plébiscite revient au socialiste Pierre-Yves Maillard, en tête des suffrages. L'apparente faiblesse de la gauche avec un seul élu est donc trompeuse, d'autant plus que les seconds rangs sont bien fournis: à ce quatuor de tête succèdent dans l'ordre Béatrice Métraux (Verts), Anne-Catherine Lyon (PS), puis la syndique socialiste de Morges Nuria Gorrite (PS), et enfin Claude-Alain Voiblet (UDC). Les autres candidats ne font qu'une apparition anecdotique, le meilleur d'entre eux n'atteignant pas le quart des voix du dernier du groupe de tête.

A gauche, on se presse au portillon; à droite, il n'y a guère que la candidature de M. Voiblet pour sauver la majorité de droite à l'exécutif.

Depuis la disparition de Jean-Claude Mermoud, le canton de Vaud expérimente une curieuse cohabitation: un Parlement à droite et un Conseil d'Etat à gauche. C'est que l'UDC fait face ici comme ailleurs à un flot ininterrompu de polémiques. La représentativité, l'équilibre des forces et tous les beaux discours du même genre tombent à l'eau dès lors qu'on parle d'un modeste siège échu à l'UDC.

L'an dernier, le parti agrarien avait lancé Pierre-Yves Rapaz dans la course au Conseil d'Etat pour l'élection complémentaire. Mal lui en pris. Le syndic de Bex, député et chef du groupe UDC au Grand Conseil Vaudois, échoua sèchement. Les analystes rivalisèrent d'imagination pour expliquer le désaveu des électeurs; les plus optimistes se contentèrent de tabler sur la faible mobilisation lors de ce scrutin, le nouveau Conseiller d'Etat ne siégeant que pour six mois. Mais il devint clair pour tout le monde que le siège perdu ne serait pas facile à reprendre.

C'est donc en resserrant les rangs que l'UDC vaudoise choisit en janvier de lancer dans la course son meilleur candidat, Claude-Alain Voiblet, secrétaire du parti et coordinateur de l'UDC en Suisse romande. Sans même faire campagne, Claude-Alain Voiblet s'est naturellement imposé en interne. Pour ceux qui le connaissent, la décision de l'UDC relève de l'évidence. Claude-Alain Voiblet est un bourreau de travail. Ni "agrarien" ni "blochérien", juste pragmatique et loin des querelles de chapelle, il est largement responsable de la croissance de l'UDC vaudoise pendant ces dernières années. Ses convictions ne l'empêchent pas d'être à la ville un homme courtois et disponible, ouvert et apte au compromis - raisons pour lesquelles il a réussi à accéder à la présidence du Conseil Communal de la ville de Lausanne, notoirement à gauche.

Quoi qu'il advienne le 1er avril, je pense et je continuerai à penser que l'UDC a présenté le meilleur candidat issu de ses rangs, compte tenu des équilibres du canton, des compétences de chacun, et des valeurs de l'UDC. Et je ne suis pas le seul à avoir ce point de vue ; si aucun des "candidats à la candidature" devancés par Pierre-Yves Rapaz l'an dernier ne s'est représenté face à M. Voiblet en janvier, ce n'est pas que leur ambition se soit soudainement éteinte, mais simplement le résultat d'une analyse lucide de leur popularité face à ce candidat naturel.

Dans tous les partis, chacun fourbit donc ses armes pour le second tour. Pauvre Claude-Alain! Alors que même les délégués verts libéraux ont compris les enjeux et ont voté à 44 voix sur 49 en faveur du soutien au centre-droit, les Socialistes et les Ecologistes ne font pas mystère de leur stratégie: ils vont chercher à "diaboliser" Voiblet. Et ce sont ces gens qui parlent de remonter le niveau de la politique...

Le plus triste dans toute cette affaire est que l'élection du 1er avril ne concerne l'UDC que de très loin. Avec au mieux un siège de Conseiller d'Etat sur sept, peu de chances que celle-ci influe de façon démesurée sur la trajectoire du canton. Le véritable enjeu est tout autre, et les état-majors politiques l'ont bien compris: le risque consiste à subir une majorité de gauche à l'intérieur du Conseil d'Etat.

Si le centre-droit échoue, selon toute vraisemblance le Conseil d'Etat vaudois comptera 3 socialistes, 1 écologiste et 3 libéraux-radicaux. Outre le fait que les uns seront sur-représentés et les autres sous-représentés, le Conseil d'Etat sera en porte-à-faux continuel avec le Grand Conseil, et surtout, à gauche, ce qui lui permettra de dilapider sans retenue la bonne santé financière retrouvée que l'équipe sortante est parvenue à restaurer. Ne minimisons pas les capacités de gaspillage, de fiscalité et de nuisance que peut accomplir un exécutif de gauche, même face à un parlement vaudois de droite.

Les Démocrates du Centre jouent pour un siège; les Libéraux-Radicaux, pour le sens des trois qu'ils ont obtenus.

On comprend donc l'appétit des uns et l'inquiétude des autres...

Alors, le Conseil d'Etat vaudois basculera-t-il pour de bon à gauche le 1er avril? Rien n'est certain, même si le retard de Claude-Alain Voiblet semble difficile à rattraper. Il en va de 10'000 voix, c'est énorme. Libéraux-radicaux comprennent enfin le danger: il n'est plus question de tergiverser et de parler de l'UDC ou de ses candidats en tordant le nez, selon les bonnes vieilles habitudes. Il faut pour eux que Claude-Alain Voiblet accède au Château dans deux semaines, point. Il en va de bien plus que de la simple représentativité de l'UDC au Conseil d'Etat.

Les citoyens et les politiciens de centre-droit vaudois semblent découvrir que la présence de l'UDC est indispensable au maintien de leur propre majorité dans le canton.

Dommage que cette révélation survienne si tard.