16 août 2011

Le Paradoxe de Warren Buffet

 

Warren Buffet est un spéculateurwarren.jpg devant l'éternel. Un spéculateur talentueux, ce qui ne gâte rien. M. Buffet est devenu, par ses judicieux placements, une des plus grandes fortunes du monde. Il draine des milliers de personnes à ses conférences. Il est écouté lorsqu'il prodigue des conseils de gestion. On lui a consacré des émissions de télévision, des livres. Il fascine et joue bien volontiers de cette fascination.

A une époque où les spéculateurs sont unanimement dénoncés comme la source de tous les maux, le respect dont bénéficie le milliardaire de 80 ans a quelque chose d'étonnant - du moins de ce côté de l'atlantique.

Mais il faut dire que Warren Buffet a une qualité rédemptrice : il est de gauche. Bon, démocrate, la gauche américaine, c'est vrai, c'est léger. Mais c'est mieux que rien. On a le droit d'être extraordinairement riche si, au fond de son coeur (donc loin du portefeuille) on déclare oeuvrer pour le Bien Commun.

C'est sans doute au nom de ce profond altruisme que M. Buffet s'est senti obligé de venir en aide à Barack Obama dans ces temps difficiles de gestion de la dette publique, en suggérant d'imposer davantage les riches, dont lui.

Dans une tribune publiée par le New York Times, le patron du fonds d'investissement Berkshire Hathaway propose une hausse d'impôts pour les Américains dont les revenus dépassent au moins un million de dollars par an, et une hausse encore plus élevée pour ceux qui gagnent plus de 10 millions de dollars annuels.

"Nos dirigeants ont appelé à un sacrifice partagé. Mais quand ils ont fait cette demande, ils m'ont épargné. J'ai vérifié auprès de mes amis méga-riches pour savoir à quels sacrifices ils s'attendaient. Eux non plus n'avaient pas été touchés", écrit le milliardaire.

 

La posture a au moins le mérite de l'originalité, même si on ne manquera pas de remarquer que l'Oracle d'Omaha se fend d'une telle tribune après l'accord passé entre Républicains et Démocrates pour le relèvement du plafond de la dette américaine. Le moment est donc bien choisi pour s'éviter d'être pris trop au pied de la lettre!

Il n'en reste pas moins que ce discours reste étrange de la part d'un homme qui emploie probablement des experts fiscaux pour payer le moins d'impôts possible. Reste la possibilité d'une donation. S'il se plaint de ne pas donner assez à l'Etat, qu'est-ce qui l'empêche de faire cadeau du complément? Je ne crois pas qu'il existe, de part le monde, un seul pays où les dons à l'Etat soient interdits.

gare_au_percepteur.jpgLa lecture simpliste de cet appel à plus d'impôt résonnera avec délice aux oreilles des étatistes de tout poil - et c'est naturellement sous cette forme hâtivement résumée que l'information est répétée dans les médias locaux. Si même Warren Buffet le dit, c'est que ça doit être vrai, n'est-ce pas! Pourtant, le milliardaire tient en réalité un tout autre discours:

"Pendant que les pauvres et les classes moyennes combattent pour nous en Afghanistan, et pendant que de nombreux Américains luttent pour joindre les deux bouts, nous, les méga-riches, continuons à bénéficier d'exemptions fiscales extraordinaires", poursuit-il.

M. Buffet explique que son taux d'imposition par l'Etat fédéral représentait 17,4% de ses revenus imposables l'an dernier, alors que celui des 20 personnes travaillant dans son bureau était compris entre 33 et 41%.

Le taux d'imposition des riches était "beaucoup plus élevé" dans les années 1980 et 1990, et pourtant près de 40 millions d'emplois ont été créés entre 1980 et 2000, rappelle M. Buffet.

 

Eh oui. Un super-riche comme M. Buffet paye des impôts à un taux moyen finalement inférieur aux membres de la classe moyenne. Pourtant, le taux d'imposition américain n'est pas devenu dégressif, loin de là.

La clef du mystère tient effectivement dans les exemptions, ouvrant des possibilités d'optimisation fiscale. Elles sont hors de portée des gens communs mais largement employées par ceux qui en ont les moyens. Donc, en fait, au lieu de militer pour des impôts plus élevés, Warren Buffet réclame une simplification et une harmonisation des réglementations fiscales. Qui sait, peut-être que si on le tannait un peu, il se ferait l'avocat de la Flat Tax!

On peut être d'accord ou pas sur la position de Warren Buffet, notamment en se demandant si l'argent récolté par l'Etat est judicieusement dépensé. Mais sa position est nettement moins "socialiste" qu'il ne semble de prime abord. On peut même penser qu'en augmentant "bêtement" les impôts sans s'attaquer aux exemptions, M. Buffet trouvera probablement de nouveaux moyens de passer au travers, tout le contraire donc de la simple "augmentation du taux d'imposition" dans laquelle on résume abusivement ses propos.

Je conclurai en faisant deux petites remarques.

1. Les exemptions fiscales, les fameuses "niches", sont aujourd'hui décriées. Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage! Mais on oublie un peu vite ceux qui les dénoncent sont les mêmes qui les ont conçues. Un politicien offre des niches fiscales à des catégories de la population (restaurateurs, fonctionnaires, paysans, producteurs d'énergie "verte"...) qui contribuent en retour à le faire élire. Cette façon de faire se retrouve dans pratiquement tout le spectre politique.

Les exemptions fiscales sont l'incarnation même du clientélisme. Si elles changent au cours du temps, elles ne disparaîtront vraisemblablement ni demain, ni jamais.

2. Warren Buffet propose peu ou prou une augmentation des impôts sur le revenu. Pas fou, il laisse de côté sa fortune de 65 milliards de dollars selon le classement Forbes de 2008. Mais même si tout son patrimoine et ses revenus étaient siphonnés par l'Etat, ils ne représenteraient qu'une goutte d'eau dans l'océan... En France par exemple, le patrimoine cumulé des 500 personnes les plus riches atteignait 194 milliards d'euros en 2009. Le patrimoine, pas les revenus. La dette publique de la France atteignait quant à elle près de 1'600 milliards d'euros la même année, soit huit fois plus.

De cela, il découle que hausse des impôts et autres "rabotage des niches" ne suffiront jamais à éteindre la crise de la dette. C'est une impasse. La seule solution consiste à réduire les dépenses de l'Etat.

10 août 2011

Bienvenue au Londonistan

"Le Londonistan est en effervescence", titre un quotidien aujourd'hui. Effervescence? Depuis plusieurs nuits, les boutiques sont pillées, la police a abandonné le contrôle des rues aux casseurs, et après avoir lancé sans succès la cavalerie, envisage enfin le recours aux canons à eau et aux balles plastiques. Jolie effervescence en vérité. Les Jeux Olympiques de 2012 s'annoncent prometteurs...

incendie.jpgCes tristes scènes de rues permettent même à Mouammar Kadhafi et Mahmoud Ahmadinejad de s'en donner à coeur-joie:

Considérés comme des parias par Londres et la communauté internationale, la Libye et l'Iran n'ont pas raté l'occasion pour dénoncer la répression des émeutiers en Grande-Bretagne, Tripoli allant jusqu'à affirmer que le Premier ministre britannique a perdu sa légitimité. Cameron et son gouvernement doivent partir après les manifestations populaires contre eux et la violente répression exercée par sa police contre ceux qui ont participé à ces manifestations pacifiques, a déclaré le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaaim. (...)

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a condamné de son côté le comportement sauvage de la police britannique face aux émeutes qui secouent la Grande-Bretagne depuis quatre jours et a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'intervenir, a rapporté la télévision d'Etat. (...) Au lieu d'envoyer des troupes en Irak, en Afghanistan, en Libye pour piller le pétrole, ils feraient mieux de penser à leur population, a-t-il ajouté.  Une partie de la population britannique a perdu patience et n'a aucun espoir dans l'avenir, a-t-il affirmé.

 

Malheureusement, le dictateur iranien pourrait être dans le vrai. Une partie de la population britannique pourrait effectivement avoir perdu patience et être sans espoir. Lancer des cocktails molotov contre la police et détruire le mobilier urbain sont sans doute des exutoires pour certains enragés, mais pas un projet de vie valable. Piller des magasins et ramener chez soi un écran plat dernier cri améliorent peut-être le confort à court terme, mais pas un quartier aux commerçant et à la réputation ruinés.

De tous temps, les émeutiers sont apparus comme les incarnations les plus abouties du nihilisme, leur comportement animal traduisant une totale incapacité à se projeter dans un avenir qui, de part leurs agissements, vient singulièrement de s'assombrir.

Reste à préciser le projet de société dans lequel ladite population a perdu patience. La tolérance molle d'une société anglaise tardant à s'effacer devant le communautarisme qui la ronge, peut-être? Un article de causeur publié l'an dernier donne la couleur de l'Angleterre pendant le mythe du multiculturalisme, et de ses dérives.

Un respect inconditionnel de « la diversité culturelle couplée à l’égalité des chances, dans une atmosphère de tolérance mutuelle », comme l’affirmait Roy Jenkins, secrétaire du Home office (...) [revient] de fait à accepter sans condition toutes les normes et traditions religieuses, culturelles et sociales.

De l’aristocratie (...) qui y puisa et y puise encore une main d’œuvre à moindre coût, à la gauche travailliste qui s’en fit une clientèle électorale indispensable fidélisée par des dirigeants communautaires très écoutés, tous s’accommodaient bien volontiers du modèle britannique, loué partout pour sa tolérance et la paix sociale qu’il garantissait.

 

Les employeurs avaient leur main d'oeuvre corvéable à merci, les travaillistes leur électorat captif. Tout le monde était content - sauf les principaux concernés, macérant leur rancoeur dans les enclaves qu'on leur avait permis de construire.

Omar Bakri put décerner aux terroristes [du 11 septembre] les épithètes particulièrement bien choisis de « magnifiques ». L’intervention britannique en Irak ? illegals study islam riots_060206_london_protest.jpgTony Blair autorisa les écoles coraniques de façon trop concomitante pour être tout à fait honnête, la discrimination positive battit des records, la parité dans les médias et les administrations se fit pointilleuse. Les caricatures du prophète ? Aucune intervention policière ne vint interdire les calicots appelant au meurtre et les drapeaux danois brûlés. A ceux qui les accusait d’acheter la sanctuarisation de leur territoire, les autorités répondaient respect des religions et des cultures. « Nous devons être attentifs si nous voulons être multiculturels » précisait sans rire le directeur de l’école où les petits cochons durent se travestir en caniches [pour ne pas choquer la "sensibilité" musulmane].

 

Evidemment, cela ne pouvait pas marcher. En cédant sur tout, la société d'accueil ne se montrait pas accueillante, mais naïve; elle laissa entrer sur son sol des gens aux motivations opportunistes (aides sociales, criminalité) sans aucun projet d'intégration, et ouvrit la voie à la création d'enclaves où les immigrés recréèrent des communautés identiques à celles de leurs sociétés d'origine, jusque dans le fonctionnement légal et religieux.

Et bien sûr, tout ceci offra un terreau fertile pour le mépris du pays d'accueil, perçu comme inutile, désuet, faible, et finalement haïssable:

[Dans ce contexte] les attentats [de 2005, où des jeunes ont fait exploser des bombes dans un bus et des rames de métro] ont fait l’effet d’un réveil brutal (...) une série de sondages accablants est venue confirmer que le multiculturalisme avait sacrément du plomb dans l’aile. La moitié des musulmans ne se sentaient pas britanniques. 81% se déclaraient d’abord musulmans. 40% réclamaient l’établissement de la charia là où ils étaient majoritaires. 20% cautionnaient les attentats du 11 septembre. 32% estimaient qu’ils devaient mettre fin à la société occidentale et 7% (soient pas moins de 100'000 gaillards) souhaitaient carrément l’éliminer par la violence.

Vous avez dit société multiculturelle ? Les attentats de Londres ont mis à jour une société gangrenée par 60'000 délits racistes par an et des communautés séparées, figées par la haine, prêtes à s’entretuer comme à Birmingham en octobre 2005.

 

Beau portrait. Et les émeutes récentes à Londres et Manchester ne sont pas sans rappeler celles ayant eu lieu pendant des semaines dans les banlieues françaises en 2005, auxquelles le gouvernement n'avait réussi à mettre un terme qu'en déclarant le couvre-feu.

L'espace Schengen incarnant la protection d'une Europe sûre et confiante était peut-être un concept intéressant sur le papier, mais, outre la faillite de sa mise en application, il correspondait à des préoccupations périmées. Surveiller l'horizon n'a guère d'intérêt quand les barbares sont déjà dans les murs.

riots.jpgDe telles émeutes pourraient-elles avoir lieu en Suisse? A en croire les internautes commentant les articles de presse romands, ce serait "impossible". Cette confiance sereine, que ressentaient peut-être les Londoniens jusqu'à la semaine dernière, est probablement partagée par l'establishment politique et les forces de police helvétiques. Autant dire donc que nous ne sommes absolument pas préparés à de telles émeutes si, par le plus grand des hasards, la confiance sereine devait ne pas suffire.

La juxtaposition des enclaves communautaires conduit précisément à la ségrégation et la haine de l'autre. Pour bâtir une société saine, il faut un minimum de culture commune, de mémoire partagée - une acceptation de l'autre dont trop d'immigrés se sont permis, jusqu'ici, de s'abstenir. Plus que jamais, l'immigration doit être repensée en tenant en compte des intérêts du pays d'accueil.

Les Anglais le comprennent aujourd'hui dans les cris, la fureur et les flammes.

07 juillet 2011

Le contre-projet qui ne voulait pas mourir

Ivan S., violeur de son état, court toujours - en Suisse. Et vu la tournure que prennent les événements, il pourrait courir longtemps encore.

Ivan_violeur.jpg
Campagne d'annonces dans les quotidiens romands

Le retour d'Ivan S. sous les feux de l'actualité est dû à une campagne lancée par l'UDC - en plein juillet, c'est dire l'urgence - face aux atermoiements le groupe de travail chargé de traduire en loi l'initiative sur le renvoi des criminels étrangers approuvée par le peuple l'an dernier. Le texte annonce la couleur:

Le 28 novembre 2010, le peuple et les cantons ont décidé à une forte majorité que les étrangers criminels devaient être expulsés sans discussion. Aujourd‘hui, la gauche, les bienfaisants et leurs experts refusent d‘appliquer l‘initiative sur le renvoi. En clair: au moins 84% des criminels étrangers peuvent rester en Suisse et continuer d‘y sévir. La volonté du peuple est foulée au pied.

 

J'aurais plutôt écrit "bienpensants" au lieu de "bienfaisants", bien que le terme soit un néologisme. Mais si l'UDC est si remontée, c'est à cause du coup fourré concocté par le groupe de travail. Celui-ci a proposé pas moins de quatre variantes (!) pour la traduction en loi de l'initiative, mais toutes ne sont pas comparables, loin de là.

L'option 1 met l'accent sur les délits sexuels et les actes de violence, comprenant une liste allant de crimes comme l'assassinat jusqu'à des infractions comme des lésions corporelles simples. Il suffit qu'un étranger soit condamné par le juge à une de ces infractions pour être expulsé à l'issue de sa peine par les cantons. A l'exception du principe de non-refoulement (empêchant le renvoi d'un individu dans un pays où il risque sa vie) aucun obstacle ne peut s'opposer au renvoi.

L'option 2 comprend une liste indicative d'infractions ainsi qu'une clause générale, afin de de subordonner l'expulsion à la gravité de l'infraction. Aucune expulsion n'est encourue si le prévenu est condamné à une peine de six mois ou moins, bien que des expulsions au cas par cas soient théoriquement possibles. Une disposition est prévue pour les récidivistes. La décision d'expulsion revient exclusivement au juge pénal. Les décisions de renvoi peuvent faire l'objet d'un recours devant un tribunal.

L'option 3 ressemble en tous points à l'option 2, sauf qu'elle ne contient pas de clause générale (les expulsions se limitent donc uniquement aux infractions énumérées) et la liste de ces infractions est réduite. Le juge pénal a en outre le droit d'examiner l'existence d'obstacles éventuels à l'exécution de l'expulsion avant de la prononcer.

L'option 4 est peu couverte par la presse, et au vu de la façon dont elles sont ordonnées, semble encore plus légère que les précédentes. On sait juste qu'elle se baserait sur le droit des étrangers.

On ne sera pas surpris d'apprendre que la majorité du groupe de travail penche pour toutes les variantes à l'exception de la première, seule reconnue par le comité d'initiative. Celle-ci déboucherait sur quelque 16'400 renvois par an, contre 3'400 pour les autres. La différence se retrouvera dans nos rues...

Les options 2, 3 et 4 laissent une grande marge d'interprétation aux tribunaux et autorités exécutantes. Une expulsion peut être empêchée ou suspendue en invoquant la libre circulation des personnes ou des "motifs personnels graves": la présence d'enfants ou d'un partenaire en Suisse, l'absence de relations dans le pays d'origine ou un manque de rapports culturels avec celui-ci. Par dessus le marché, des recours suspensifs restent possibles, permettant à un criminel expulsable de rester en Suisse pendant de longues années de bataille juridique.

Comme d'habitude, les inquiétudes sur le devenir d'un criminel étranger passible de renvoi l'emportent sur les impératifs de sécurité de la population.

Les variantes du comité se distinguent également par leur déférence absolue au droit international non impératif, donc avec tous les traités internationaux présents et futurs. Aucun traité ne doit être remis en cause d'une quelconque manière par le nouvel article de la Constitution, définitivement subordonnée au droit international et à son interprétation changeante par des organismes supra-nationaux. Le peuple suisse est-il encore maître chez lui? Il semble que non.

Cette attitude rend quasi-impossible l'expulsion du moindre criminel ou l'interdiction de son retour sur le territoire, par exemple au nom de la libre-circulation. Cette singulière piété envers un droit international érigé en dogme contraste avec l'attitude récente d'autres nations qui n'hésitent pas à aménager la libre-circulation selon leurs préoccupations nationales, comme par exemple le Danemark ou la Norvège réinstaurant des contrôles à leurs frontières. L'interprétation des traités se fait en gardant à l'esprit l'intérêt du pays - un bon sens qui a encore du chemin à faire au sein de la classe politique helvétique.

En fin de compte, le groupe de travail essaye d'insuffler une deuxième vie au contre-projet. Le président du groupe Heinrich Koller a beau jeu de réfuter cette évidence, il n'abuse personne. L'abandon de notions comme l'intégration des étrangers ou la fixation à six mois des peines permettant le renvoi au lieu d'un an dans le texte du 28 novembre sont présentés comme des différences notables, alors que rien n'a changé sur des points cruciaux, comme le renvoi laissé à discrétion des juges, les innombrables recours, ou la subordination des renvois à des traités de libre-circulation!

Je peux comprendre le point de vue du gouvernement, de Simonetta Sommaruga, de tous les Conseillers Nationaux et Sénateurs qui se sont battus becs et ongles pour rejeter l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers prônée par l'UDC. Ils essayent de faire revenir leur contre-projet par la bande, en présentant leurs quatre options comme le résultat d'un prétendu consensus avec le comité d'initiative. Mais ils oublient deux éléments essentiels.

  • La campagne a eu lieu en 2010. Le peuple a approuvé l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers. Il n'est pas question d'utiliser le processus législatif pour relancer un débat dont la conclusion s'est déjà retrouvée dans les urnes.

En ressuscitant un projet de loi nettement rejeté par le souverain, le Parlement illustre une fois de plus à quel point il est peu représentatif de la volonté exprimée dans les urnes. Certains élus semblent faire de leur mieux pour saboter ce qui peut l'être d'ici la fin de leur mandat en décembre; espérons que les citoyens qui ont approuvé le renvoi des criminels étrangers ne soient dupes d'une arnaque dont le scénario a déjà été dévoilé ici.

03 juillet 2011

Dominique Strauss-Kahn: le retour de la vengeance?

Le New York Times a ouvert une brèche dans laquelle tous se sont engouffrés: le dossier de l'accusation "se serait effondré", au point de remettre en question l'ensemble du procès. Et d'aucun, en France, de voir Dominique Strauss-Kahn à la présidence.

Les tenants de la théorie du complot se sentent pousser des ailes.

Depuis le début de l'affaire, chaque camp fourbit ses armes. Un représentant de DSK est allé jusqu'au village natal de la victime, en Guinée, pour essayer d'arracher un accord à l'amiable avec sa famille. Mais le coup le plus violent porté au dossier vient du bureau du procureur lui-même. Quelle sont ces nouvelles informations?

nafissatou-diallo-victime-dsk.jpgSelon les deux enquêteurs cités par le journal américain, [Nafissatou Diallo, la femme de chambre supposée victime d'agressions sexuelles] a téléphoné à un détenu dans les 24 heures qui ont suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation, qui a été enregistrée, elle a évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre DSK. 
Ce détenu a été incarcéré pour possession de 180kg de cannabis et fait partie d'un certain nombre de personnes, qui ont transféré de l'argent, d'un montant total de 100 000 dollars, vers le compte bancaire de Nafissatou Diallo au cours des deux dernières années. 
Les enquêteurs soupçonnent la femme de ménage de faire partie d'un réseau de blanchiment d'argent.

 

La jeune femme aurait également nettoyé une autre chambre après "l'épisode DSK" et serait revenue sur les lieux une fois le directeur du FMI parti, contrairement à ses déclarations initiales. Finalement, elle aurait souscrit des abonnements téléphoniques auprès de cinq compagnies différentes alors qu'elle aurait assuré aux enquêteurs ne posséder qu'un seul abonnement (sans conteste son crime le plus abject.)

Au vu de ces révélations, je me suis empressé de relire mon premier billet sur l'affaire ainsi que mes commentaires, afin de vérifier si mes dires étaient devenus terriblement gênants. Mais en fait, non. Certes, certains aspects factuels présentés initialement on mal vieilli au fur et à mesure du déroulement de l'enquête (de même que la présentation des faits par les médias a évolué) mais le fond du débat reste tristement identique: l'inéquité entre les puissants et les faibles face à la justice, la fragilité d'une accusation parole contre parole, les casseroles du prévenu, et bien sûr, des prises de position qui sentent bon la justice de classe par les uns et les autres.

Dans une situation comme celle-ci la crédibilité est un facteur essentiel. Les jurés doivent être convaincus au-delà du doute, ce qui laisse peu de place à une accusation dont la motivation est entachée de soupçon.

sofitel.jpgChacun s'accorde à dire qu'un rapport sexuel a bien eu lieu. Les analyses ADN laissent peu de place à l'interprétation. Nafissatou Diallo a eu sur les parties génitales des hématomes reconnus par des professionnels de la santé. Mais ces éléments essentiels semblent avoir été complètement oubliés. Prenons le nettoyage d'une suite supplémentaire par la victime, le 14 mai, après son agression sexuelle présumée. Pareil comportement peut aisément s'expliquer par une situation d'état de choc et la nécessité absolue - confinant à l'absurde - de revenir temporairement à une routine. Les psychologues connaissent bien ces situations comportementales, mais aucun témoignage de ce genre ne parviendra dans les colonnes des journaux.

Le coup de téléphone passé dans les 24h à un ami détenu? Qu'y a-t-il de surprenant? Y-a-t'il un délai à respecter? La législation américaine ouvre fréquemment la voie à de larges compensations financières pour des victimes déposant plainte au civil. En écrivant cela, je n'apprends rien à personne. Quel mal y a-t-il à l'admettre? A en parler à un proche? Quitte à s'être fait violer, à essayer d'obtenir une compensation financière? Si une victime se débat pendant son agression, ce que chacun peut comprendre, faudrait-il qu'elle cesse après coup de lutter par tous les moyens possibles, comme une poursuite au civil avec dommages et intérêts à la clef? Ou alors, clamera-t-on que toute action en justice est motivée par de bas intérêts mercantiles à partir du moment où un plaignant demande plus que le franc symbolique?

Mais les révélations sur le passé de la jeune femme ou son comportement avant les faits sont autrement plus choquantes. Il n'y a pour l'heure pas le moindre soupçon de préméditation ou de complot. Le compte bancaire de la jeune femme a peut-être servi à faire transiter de l'argent sale, mais son implication ne semble pas lui avoir profité au point de la préserver de l'emploi ingrat de femme de chambre des années durant. Certes, Nafissatou Diallo n'a pas l'air d'être une sainte, mais c'est à se demander s'il faut être une sainte pour avoir le droit de porter plainte pour viol.

Dans une justice idéale (et visiblement utopique) le dossier porterait sur les faits. Des éléments de preuve mesurables et factuels. Et dans cette justice idéale, une victime de viol aurait le droit d'attaquer son violeur en justice, la victime fut-elle en délicatesse avec les services sociaux, avec un casier judiciaire, portée sur la boisson ou entrée illégalement dans le pays. La seule chose qui compte est ce qui est ce qui est reproché à l'agresseur, pas le statut social ou les relations que la victime entretient avec l'administration locale.

dsk1.jpgNafissatou Diallo mériterait peut-être une révocation de son permis de séjour aux Etats-Unis. Peut-être a-t-elle des relations fort louches. Peut-être est-elle vénale et membre d'un réseau de blanchiment d'argent. Et peut-être s'est-elle aussi fait violer par Dominique Strauss-Kahn. Tous ces éléments peuvent être vrais, simultanément.

Aujourd'hui, l'affaire DSK s'est pas mal dégonflée. Dès le début, j'imaginais mal un verdict jetant derrière les barreaux le directeur du FMI pour une quinzaine d'années - même s'il était pleinement coupable des faits qui lui sont reprochés dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan. Les moyens dont disposent la défense sont démesurés. Le bureau du procureur a eu beau jeu de révéler ces nouveaux éléments, il l'a fait seulement parce que les limiers des avocats du politicien les auraient amenés au procès.

Souiller la crédibilité de la victime est une ficelle vieille comme le monde. C'est désormais chose faite.

Aujourd'hui déjà, beaucoup pensent que tout ceci est un coup monté. Personnellement, je pense que non. Contre toute attente, selon moi ces éléments plaident en faveur de l'authenticité de l'agression sexuelle. Si Nafissatou Diallo avait comploté contre un client du Sofitel, elle aurait préparé plus soigneusement son témoignage. Elle n'aurait pas caché des détails gênants de sa vie, nuisant à sa crédibilité, qui auraient fini par être découverts. Elle n'aurait pas nettoyé une chambre supplémentaire après son passage dans la 2806, mais se serait jetée de façon théatrâle devant les caméras de surveillance de l'hôtel juste après l'événement, avec des vêtements déchirés pour faire bonne mesure. Quelqu'un prêt par convoitise à inventer un viol aurait agi avec autrement plus de sang-froid.

Dans l'hypothèse probable où le procureur de New York, Cyrus Vance, se préparerait progressivement à lâcher l'affaire, DSK pourra peut-être tenter un retour politique en France. Mais le soupçon n'est pas levé. Les électeurs de l'Hexagone pourraient ne pas être aussi prompts à en faire un saint que les journalistes et politiciens français.

20 juin 2011

Renens dit oui aux caméras

Les résultats sont sans appel: 57% des votants ont approuvé la pose de caméras à la gare ce dimanche. Une bonne petite claque à une équipe communale prônant le non à tout crin, et dont l'angélisme confine à l'aveuglement volontaire dès qu'il s'agit de criminalité.

Le taux de participation est faible (moins de 27%) mais n'a rien d'inhabituel pour un scrutin de ce type.

Sur les ondes de la TSR, la syndique POP de Renens, Marianne Huguenin, déployait des trésors de langue de bois pour expliquer que la défaite n'en était pas vraiment une; que non, bien entendu, la gauche n'était pas "idéologiquement" arc-boutée contre l'idée de caméras de surveillance (les deux ans de débats au Conseil Communal et l'emploi de l'arme ultime de l'initiative témoignent de cette ouverture d'esprit, tout comme les commentaires des adversaires sur ma prise de position sur le sujet...) et que, bien entendu encore, la Municipalité avait à coeur l'emploi efficace des deniers publics (ce qui se voit tout de suite au vu de ses priorités budgétaires.)

Bref, un déni de réalité typique d'un mouvement politique réticent au possible à demander son avis à la population en dehors des échéances électorales obligatoires, et un rappel mérité à l'existence que vivent les habitants de Renens.

C'est une très belle victoire pour le PLR renanais et pour la sécurité en ville. Comme d'autres je pense, je suivrai de près l'évolution des crimes et délits dans les zones sous surveillance une fois les caméras en fonction, ainsi que le taux d'élucidation de ces affaires une fois les caméras posées.

Évidemment, ce dénouement dépendra grandement de la bonne volonté de la municipalité à mettre en oeuvre la décision populaire. Nous partageons l'inquiétude du PLR à ce sujet, mais dès le premier juillet l'UDC pourra s'associer à l'effort politique au Conseil Communal pour que le scrutin de ce dimanche garde sa signification.

Ce vote illustre enfin le décalage entre les positions idéologiques des édiles de la ville et les préoccupations des citoyens. Il prouve que l'électorat de Renens n'est pas prêt à suivre aveuglément les directives des partis, fussent-ils majoritaires au conseil communal, et ouvre peut-être la voie à d'autres initiatives du même type - en attendant que les habitants de Renens réalisent qu'ils ne se reconnaissent plus dans ceux qui sont sensés les représenter.

so_Renens.jpg
Typique de Renens: loin de se contenter d'avoir un avis, le conseil communal
et la municipalité (tous deux à
gauche) se sont arrogés le droit d'intervenir
directement dans la campagne électorale. Aux frais du contribuable, naturellement.

15 juin 2011

Choisir, c'est discriminer

Cette formule simple me revenait à l'esprit au lendemain de la piètre tentative de rejouer la grève féministe de 1991, qui avait rassemblé un demi-million de personnes. Depuis le temps que l'égalité devant la loi est acquise, les cris de ralliement sonnent creux.

fuschia.jpgEn 2011, on a juste du mal à croire les revendications selon lesquelles les femmes seraient victimes de sous-enchère salariale. Si différence de salaire il y a, elle est selon moi plus à chercher en direction des comportements des uns et des autres. Les femmes choisissent plus souvent l'investissement dans leur vie familiale que dans leur carrière et optent davantage pour le temps partiel.

Je ne fais là qu'énoncer des généralités, les exceptions sont monnaie courante. On peut surtout regretter la paupérisation continue de la classe moyenne suisse à cause des prélèvements obligatoires - impôts et assurances sociales - obligeant de plus en plus les deux conjoints à travailler pour joindre les deux bouts. On peut discuter longtemps de l'opportunité de travailler à temps partiel ou du choix de rester à la maison, encore faut-il en avoir les moyens.

Dans un marché du travail libre, une catégorie de personnes prêtes à travailler à un salaire inférieur toutes choses étant égales tend à s'éliminer d'elle-même. Si une femme et un homme étaient identiques en tout hormis leur rémunération, les chefs d'entreprises se battraient pour embaucher plutôt des femmes, moins chères et tout aussi performantes donc, et réduire d'autant la facture salariale de leur société. A cause de leur rapport qualité-prix supérieur, les femmes seraient très demandées, ce qui amènerait immanquablement les employeurs à proposer des rémunérations plus élevées... Et pousserait rapidement l'écart à se combler en faveur d'un salaire lié à la seule compétence.

Soit les patrons, plus machistes que radins, sont prêts à péjorer les performances de leur entreprise par pur sexisme, soit la sous-enchère salariale entre hommes et femmes est illusoire.

Dans la cosmologie syndicale où le patron fait figure de croquemitaine, pareille perception ne dérange pas plus que ça. Mais heureusement, tout le monde n'est pas obligé d'appréhender le monde professionnel avec des oeillères idéologiques.

Les partisans de l'égalité se battent peu contre les avantages particuliers dont les femmes disposent: exemption du service militaire, conditions de retraite plus avantageuses. A l'inverse des théories sur la sous-enchère salariale, sujette à controverse, il s'agit d'une discrimination totalement assumée, inscrite noir sur blanc dans les textes de loi. Leur égalitarisme est à géométrie variable. Et ne parlons même pas de la garde des enfants en cas de divorce...

De même, le silence est de mise lorsqu'il s'agit de dénoncer les mariages arrangés ou le statut inférieur de la femme au sein des communautés musulmanes en Suisse et ailleurs.

Les différences hommes-femmes ne semblent bonnes à dénoncer que lorsqu'elles permettent de s'en prendre au Grand Capital, ce qui ne surprendra personne.

Mais quitte à entrer dans les revendications salariales, pourquoi se restreindre à l'opposition homme-femme? On pourrait évoquer la beauté:

"Une étude (...) prouve que si les plus beaux gagnent un peu plus que la moyenne nationale, les plus laids perçoivent des salaires de 11 à 15 % inférieurs. "


Ou encore, la taille:

"Les étudiants les plus grands en taille (supérieurs à 1m85) commencent leur carrière avec un salaire de 12,40% plus élevé que celui d'étudiants moins grands."

 

Nobles combats syndicaux en perspective! Ces deux exemples portent sur des différences salariales supérieures aux discriminations prétendument associées au sexe des employés. Les mots d'ordres ne mobiliseront peut-être pas des masses ("petits et laids de tous les pays, unissez-vous!") mais la lutte contre ces abjectes discriminations promets de beaux morceaux de bravoure...

Ce combat est sans fin parce qu'il est dénué de sens. Les gens ne sont pas interchangeables: la notion même de compétence et d'expérience "identique" est extrêmement suspecte. Et s'il y a un biais, il n'est pas toujours dans le sens que l'on croit, comme l'attestent des tests effectués en France avec des CV anonymes qui pénaliseraient... Les demandeurs d'emploi issus de l'immigration ou venant de zones sensibles.

"Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat" disait Louis XIV. Aujourd'hui, on parlerait de cent personnes discriminées. Choisir une personne pour un poste, c'est nécessairement écarter des candidats: certains seront des hommes, d'autres des femmes, des grands, des petits, des beaux, des laids, des droitiers, des bruns, des obèses, ou porteront des taches de rousseur.

Il est aussi facile que tentant de tomber dans le travers simpliste d'un refus motivé par l'apparence ou la condition physique. Quand bien même ce serait le cas - qui a déjà vu un top-model homme, petit, noir, obèse et âgé de soixante-trois ans? - personne ne penserait remettre ces critères en question. Le physique fait simplement partie de beaucoup de définitions de postes. Ceux dont l'amour-propre ne supporte pas l'idée seraient bien avisés d'affiner leurs compétences dans des secteurs où pareils critères n'ont pas d'importance.

Choisir, c'est discriminer. Nous ne sommes pas interchangeables. Et c'est tant mieux.

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Les employés de demain tels que les rêvent les égalitaristes:
A
sexués, compétences identiques, salaire unique, CV anonymisés.