05 septembre 2011

Votations en demi-teinte

Ce week-end, les Vaudois se sont exprimés dans les urnes sur trois objets cantonaux.

proportionnelle-non.jpgPremier d'entre eux, l'introduction de la proportionnelle obligatoire pour les communes de plus de 3000 habitants, a passé aisément la rampe avec 60,83% de oui. L'initiative socialiste était soutenue par tous les partis, y compris l'UDC, mais à la notable exception du PLR, qui avait le plus à perdre d'un changement de mode d'élection. Le PLR est en effet surreprésenté dans les conseils communaux des communes entre trois et dix mille habitants à cause du mode d'élection actuel. On pouvait comprendre la réticence du parti face à la perte prévisible de tous ces mandats, mais l'argumentation n'a pas séduit.

Il est vrai que la proportionnelle, largement connue des électeurs et pratiquée pour les assemblées cantonales et fédérale, est un mode de scrutin difficilement critiquable. Les gros plans d'escargot utilisés sur les affiches des opposants tombaient un peu à plat, sans parler d'un slogan ridicule. A moins que les partisans du PLR n'osent réellement clamer leur amour d'un parti unique, le seul à même d'être plus "efficace" pour la prise de décision?


vivre_et_voter_ici.jpgLe deuxième objet, nettement plus symbolique, concernait l'attribution à l'échelle cantonale du droit de vote et d'éligibilité des étrangers. Intitulée Vivre et voter ici, l'initiative visait à accorder les mêmes droits politiques cantonaux que les Suisses aux étrangers établis depuis 10 ans en Suisse et depuis trois ans dans le canton.

Derrière un emballage marketing sympathique, l'initiative socialiste visait à conquérir le pouvoir à l'échelle cantonale de la même façon qu'elle l'avait obtenu à l'échelle communale, c'est-à-dire en changeant la composition de l'électorat. Quitte à ne pas séduire l'autochtone, autant s'adresser à l'électeur d'importation!

La démarche s'inscrivait dans la continuité de la révision de la constitution vaudoise qui a accordé ce droit au niveau communal. Les conséquences furent spectaculaires: une poussée d'ensemble de la gauche dans tous les parlements et exécutifs communaux. On comprendra l'empressement de la gauche à rejouer la mélodie à l'échelle cantonale.

Toutefois, les socialistes ont à mon sens commis deux erreurs:

  1. Ils ont refusé de séparer droit de vote et droit d'éligibilité. Ils clamaient qu'ils ne voulaient pas créer de "demi citoyens" mais, pêchant par excès de confiance, ils ont effrayé l'électorat en laissant entrevoir que des Suisses pourraient être dirigés par des étrangers portés aux commandes du canton (même si cette possibilité restait toute théorique).
  2. Les droits communaux pour les étrangers ont été accordés à travers une révision de la Constitution entrant en vigueur le 14 avril 2003 - un paquet de changements, à tout prendre, dans lequel la révision des droits communaux n'était qu'un élément. Rien ne prouve que le peuple aurait approuvé la modification s'il avait pu s'exprimer sur elle seule.

L'échec a été cinglant, l'initiative étant repoussée par 69% des votants. Certains des perdants clament que le texte a été repoussé parce qu'il avait "vingt ans d'avance"; ce n'est pas faux. Le texte concernait 85'000 étrangers installés dans le canton, dont 75'000 sont déjà naturalisables - sans faire le pas. En 2031, gageons que la plupart d'entre eux auront choisi pour de bon!

Rappelons que pour l'UDC comme pour la majorité des Vaudois semble-t-il, le chemin vers une citoyenneté pleine et entière passe par la naturalisation.


Ecole2010.jpgMais l'affrontement le plus cinglant du week-end, le climax de la votation populaire, concernait bien sûr le rôle de l'école, à travers l'initiative Ecole 2010 et son contre-projet, LEO.

Rien que le nom - Ecole 2010, alors qu'on est en septembre 2011 - laissait deviner l'ampleur de la lutte avant le passage devant les urnes!

Ecole 2010 est l'aboutissement de l'inquiétude de nombreux parents d'élève, assistant, impuissants, à la dilution continue du niveau scolaire vaudois, réforme après réforme. Il est vrai que dans l'école vaudoise comme dans toute école monopole d'Etat, en guise de transmission de savoir on assiste plutôt à l'endoctrinement destiné à bâtir la société de demain. Elévation des consciences au développement durable, dressage au vivresemble, stigmatisation du crimepensée etc. autant de missions plus ambitieuses que des défis triviaux - et bien mal remplis - comme savoir écrire ou compter.

Qui dit chasse gardée dit gardiens: pédagogues, pédo-psychiatres et autres progressistes touchés par la grâce. Ecole 2010 représentait une attaque frontale contre leur pré carré. Pensez donc: des notes! Une scolarité divisée en paliers d'un an, permettant rapidement de détecter les retards des élèves faibles avant qu'ils ne perdent complètement pied! Des filières adaptées au niveau! Des cours de soutien! De l'autorité dans les classes! Une vérification objective des connaissances acquises! Impensable! Sacrilège!

Les sondages donnant un fort capitale sympathie à l'initiative, la riposte fut à la hauteur avec la création de LEO - un contre-projet politique en réponse à un projet pédagogique. La campagne fut un déchaînement d'abus de position dominante de la part des autorités et de bassesses dans les discours. Puisque l'UDC et le Centre Patronal soutenaient Ecole 2010, et restaient les seuls à la soutenir après que d'autres partis aient tourné casaque en faveur de LEO, le raccourci était en place: ceux qui avaient l'audace de soutenir Ecole 2010 ne pouvaient être que de vils électeurs de l'UDC, des sbires de la bête immonde, des créatures à peine humaines...

Si Paris vaut bien une messe, LEO valait bien quelques petits mensonges tactiques. La victoire est dans la poche. Les élèves vaudois subiront donc des cycles de deux ans - garantissant un retard du même ordre lorsqu'on détectera un problème. Les filières VSG et VSO seront fusionnées, avec le nivellement par le haut que l'on devine.

Comme l'écrit un commentateur du Matin, désormais, le choix est simple maintenant: VSB, école privée ou vie foutue. Mais l'honneur est sauf, la vilaine UDC a perdu. Les parents aussi, mais qu'importe! D'ailleurs, la socialiste Anne-Catherine Lyon du Département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture, savourant sa victoire, a-t-elle seulement des enfants?

 

Complément - Scores à Renens:

Vivre & Voter ici - Oui 33.6% Non 66.3%

Ecole 2010 - Oui 38,1% Non 61.8%
Contre-Projet - Oui 60.6% Non 39.3%

Participation 35.4%

31 août 2011

L'insécurité-sentiment, mensonge commode

Réalité peu avenante: en matière de sécurité, la Suisse est désormais un pays "comme les autres". L'étude du criminologue Martin Killias vient bousculer tous les clichés véhiculés à travers une certaine vision de la criminalité, à commencer par le plus insultant d'entre eux. Non, l'insécurité n'est pas un sentiment.

L'étude a été réalisée sur mandat de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse (CCPCS). Elle prend la forme d'un vaste sondage effectué auprès de 2000 personnes, interrogées sur les infractions dont elles ont été victimes ces 5 dernières années:

  • 7% des sondés ont été cambriolés entre 2006 et 2011 (5,1% dans l'étude de 2004).
  • 15,4% se sont fait voler des effets personnels.
  • Les vols avec menace touchent 2,2% des sondés.
  • 2,9% sont victimes de violences sexuelles, des femmes essentiellement. Les abus sont plus violents.
  • Le vol de véhicule touche 1,4% des sondés pour la voiture, 6,8% pour la moto, 24,3% pour le vélo (forte augmentation).

Cette triste remise à niveau fait dire au criminologue qu'il faut "prendre congé du mythe selon lequel la Suisse serait le pays le plus sûr au monde". Mais pourquoi devrait-on parler de mythe alors qu'il ne s'agit que de souvenirs?

Les différents titres de quotidiens romands donnent tous peu ou prou la même interprétation sur les raisons de cette hausse. Citons par exemple le Matin d'hier:

Pour Martin Killias, la croissance des actes de violences est probablement due à l’évolution des loisirs nocturnes. Selon le criminologue, cette tendance semble inévitable si l’on songe au nombre considérable de personnes qui sortent très tard le soir, consomment de l’alcool et utilisent les trains ou bus nocturnes.

 

Loisirs nocturnes donc. Admettons. Du côté du Nouvelliste, on nous sert la même soupe:

De l'avis du scientifique comme des policiers, la hausse de la criminalité, qui prend la rue pour théâtre, résulte de la "société des 24 heures": les possibilités de sortie le soir ont explosé, l'horaire d'ouverture des bars a été libéralisé, et on peut désormais boire de l'alcool à toute heure. "Cela n'a rien à voir avec un quelconque effondrement des valeurs dans notre société. Il y a simplement plus de monde dans les rues jusqu'au petit matin", analyse Martin Killias.

 

Voire. L'augmentation continue de la criminalité en Suisse depuis plus de dix ans ne serait-elle dûe qu'à des bagarres d'ivrognes? Difficile à croire. La Suisse dépasse même la moyenne européenne en terme de cambriolages, une activité rarement improvisée au retour de boîte de nuit. Et même au plus fort des restrictions sur le monde de la nuit et le commerce d'alcool, il n'a jamais été interdit aux fêtards de s'acheter quelques bouteilles d'avance pour faire la bringue jusqu'à l'aube.

Toutes les rédactions boivent à la même fontaine, les dépêches des agences de presse. Aucune mention n'est faite du code pénal helvétique, dont la sévérité est sans cesse diluée. On découvrira donc avec stupeur une interview de Martin Killias au journal de la TSR, donnant au criminologue des propos très différents de ceux que rapporte la presse sur les raisons de cette criminalité en hausse constante.

rochebin_killias.jpg
Darius Rochebin fait son métier de journaliste.

Voici une transcription de l'essentiel de l'interview.

Darius Rochebin - Vos chiffres font écho à des réalités dans la pratique, on les constatait dans les dernières semaines encore, par exemple des cambrioleurs, des gens qui violent le domicile privé des gens peuvent ne même pas faire, pas même une nuit de prison?

Martin Killias - Oui, c'est une réalité triste, d'ailleurs les auteurs d'actes de violence d'une gravité parfois sensible ne font quasiment aucun jour de détention préventive. C'est un résultat des lois que le parlement a voté les dernières années.

DR - Vous me disiez, aussi, le sursis, c'est une donnée importante?

MK - Oui, enfin, parce que le sursis, c'est en soi une bonne chose, mais au fil des dix dernières années le sursis est devenu une sorte de Droit de l'Homme, une sorte de garantie fondamentale [à laquelle] a droit quiconque qui n'aurait pas un palmarès extrêmement chargé. Cela fait que même pour des actes de violence moyenne, on peut compter [s'en sortir] sans véritablement subir une sanction. Et puis ce système du sursis systématique et généralisé entraîne des répercussions sur le plan de la procédure pénale parce qu'on va dire que quelqu'un qui ne risque pas de subir une peine ferme ne peut en principe pas être placé en détention préventive, ce qui fait donc justement que, selon le principe de la proportionnalité, des personnes qui commettent des actes parfois atroces sont épargnées.

DR - Il y a un marché du crime européen ; la Suisse dans beaucoup de domaines est plus clémente que les autres? Ca attire?

MK - Ah ça c'est absolument certain. J'entends... Je ne sais pas si les bandes de cambrioleurs plus ou moins organisés - à travers l'Europe, hein, ce n'est pas seulement un phénomène helvétique, soyons clair... Je ne sais pas s'ils font une analyse aussi rationnelle, mais s'ils la faisaient, je cr ois que le choix des villes suisses serait une évidence, d'abord à cause de [l'opulence] de la population, d'autre part à cause de, voilà, des risques qui ne sont nulle part aussi faibles qu'en Suisse.

 

De la bouche du cheval, comme disent les Anglais. Quand ils ne passent pas par le filtre des pigistes, les propos détonnent. Plus aucune mention des joyeux fêtards comme source du mal. Ainsi donc, la recrudescence du crime serait plutôt dûe à une justice pusillanime, elle-même résultat d'une vision angélique des politiciens suisses.

L'argument serait facile à défausser s'il venait d'un de ces sbires de l'UDC, si prompts à peindre le diable sur la muraille. Que n'entendrait-on alors, populisme, démagogie, propagande nauséeuse, etc. Malheureusement, outre son expertise en criminologie, Martin Killias est tout ce qu'il y a de plus fréquentable, il est socialiste.

DR - M. Killias, vous êtes socialiste. Mme Calmy-Rey il y a quelques temps dénonçait il y a quelques temps un problème de sécurité à Genève, j'entendais Mme Savary [conseillère aux Etats, socialiste] à Forum qui disait "Oui aux agents armés dans les trains", on a l'impression tout à coup que vous ne voulez plus laisser le monopole de ce sujet à la droite, à l'UDC, c'est ça?

MK - Alors si je peux m'exprimer en tant qu'homme politique je dirais que ça fait plusieurs années que la tendance angélique qui régnait effectivement depuis un certain temps au PS a été dépassée... C'est plutôt un autre parti, plus vert que nous disons, qui fait plutôt preuve de [inaudible]...

DR - Est-ce que vous êtes toujours crédible là-dessus, en année électorale tout à coup vous redécouvrez la sécurité? Souvent vous êtes le parti de l'indulgence, non?

MK - Oui mais écoutez en ce qui me concerne personnellement c'est depuis 20 ans que je tiens le même discours. J'étais dès le début critique face à ces révisions des différentes lois pénales et je crois que là, il faut dire que peut-être une partie de la gauche n'a pas partagé mes vues c'est bien vrai, mais il faut dire que le parlement tel qu'il est était très largement composé d'une majorité de droite qui a voté massivement ces différentes lois.

 

Peut-être que M. Killias tient le même discours depuis vingt ans, le fait est qu'il n'a jamais été entendu par ses collègues de parti. Si ça change, c'est à un train de sénateur. En outre, nous ne sommes qu'à deux mois des élections fédérales. Que restera-t-il de ce "réveil" une fois le scrutin passé?

Sinon, dommage qu'il termine sa tirade sur une justification d'une grande malhonnêteté. Les errements amenant les politiciens à infliger à la justice le code pénal actuel ne sont pas le fait d'une majorité de droite, mais d'une alliance entre la gauche et le centre. Ces collusions sont extrêmement fréquentes. Si, sur le papier, la majorité du parlement suisse est théoriquement "bourgeoise", dans les faits la réalité est toute autre.

Que personne n'essaye de me faire avaler que les jours-amende, les sursis à tout bout de champ et la culture de l'excuse sont une invention portée par l'UDC et le centre, à laquelle auraient tenté de s'opposer des socialistes et des écologistes clairvoyants!

La réalité criminelle est simple: les gens malhonnêtes commettent leurs méfaits là où les risques sont moindres - non seulement la probabilité de se faire appréhender, mais aussi les conséquences d'un passage devant le juge. Martin Killias n'a rien découvert. Toutefois, comme il est du bon bord politique, peut-être parviendra-t-il à faire bouger quelques lignes. Sachant que la répartition politique du parlement évolue au même rythme que la dérive des continents - nous sommes en Suisse, n'est-ce pas! - si le PS perdait un peu de son angélisme mortifère en matière pénale, la population ne s'en porterait que mieux.

Mes lecteurs français pourront aussi apprécier une interview où surgissent quelques questions gênantes, eux qui vivent dans un pays où pareille liberté de ton est impensable.

24 août 2011

Dominique Strauss-Kahn: La petite porte

Dominique Strauss-Kahn est libre, pas lavé de tous soupçons.

La fin en queue-de-poisson du procès DSK aura durée moins d'un quart d'heure. Une brève audience durant laquelle l'ex-directeur du FMI aura entendu que les preuves d'une relation sexuelle dans la chambre 2806 ne suffisent plus à le faire poursuivre en justice, les faits étant amoindris par les mensonges et les doutes sur la femme de chambre. DSK devrait revenir en France ces prochains jours.

Ses ennuis judiciaires ne sont pas terminés. Si la procédure pénale s'est éteinte, une procédure civile est toujours en cours. Le Ministère Public contre DSK n'est plus, reste Nafissatou Diallo contre DSK.

fight.jpgLe procès pénal étant annulé, DSK ne saurait être jugé coupable. Il n'est de loin pas innocenté pour autant. De nombreux éléments plaident en faveur d'actes criminels: le dossier médical de la victime, les traces de sperme dans la chambre, l'historique des relations que DSK entretient avec la gent féminine. Mais aussi et surtout, son silence. Un silence obstiné, lourd, dérageant.

Depuis deux mois et demi, pas une phrase de DSK n'a filtré sur ce qui s'est vraiment passé ce jour-là à l'hôtel Sofitel de New-York. Nous n'avons jamais eu la version des faits selon l'accusé. Juste une vague mention d'acte consenti, policée par ses avocats, alors qu'ils travaillaient sans relâche à traîner Nafissatou Diallo dans la boue.

Peut-être que la femme de ménage guinéenne est une prostituée, mais même une prostituée peut être violée. Peut-être que DSK a souhaité une relation tarifée, qu'il y a eu méprise sur la valeur de la prestation, à moins qu'il n'ait carrément décidé de décharger sur elle la frustration de s'être fait éconduire plusieurs fois par d'autres femmes la veille au soir. Notre homme a fort appétit.

Qui peut croire qu'une femme de chambre soit séduite par un homme de soixante-deux ans, parfait inconnu, au point de passer à l'acte en lui faisant une fellation, dans une rencontre durant moins de neuf minutes?

Reste, bien sûr, la possibilité que DSK soit tombé dans un piège. Possible, mais clairement peu crédible. Quitte à pigeonner quelqu'un, DSK ne convenait pas du tout. Compte tenu de sa notoriété, il semblait évident qu'il se défendrait. Les multiples contradictions de la victime ne plaident pas non plus en faveur d'une action préméditée. La version d'un guet-apens tendu depuis l'Elysée, quant à elle, est si faible qu'elle ne semble avoir été conçue que pour démasquer les esprits crédules.

Piège ou pas, toute cette affaire restera une tache indélébile sur le parcours d'un homme qui aspirait à la fonction suprême de l'Etat français. Au-delà des accointances politiques, beaucoup ne s'y sont pas trompés. Citons pour mémoire la réaction de Marie-George Buffet du Parti Communiste Français, rompant avec le choeur de félicitations du cercle des fidèles:

La vérité n'est pas dite, ni pour le présumé innocent ni pour la présumée victime. Le refus de faire juger l'affaire dans laquelle l'ancien directeur du FMI est accusé de viol est une mauvaise nouvelle pour la justice et une mauvaise nouvelle aussi pour les femmes. (...) En montrant le vrai visage de M. Strauss-Kahn, la politique française a été débarrassée d'un individu indigne de toute représentation démocratique.

 

Indigne de toute représentation démocratique? Les mots sont sans doute excessifs, la représentation démocratique revienant en fin de compte au peuple français. Mais, c'est vrai, celui-ci pourrait être moins conciliant que le procureur Cyrus Vance.

Le corps électoral n'a que faire du bénéfice du doute.

En acceptant avec empressement l'annulation du procès, Dominique Strauss-Kahn s'est épargné une épreuve judiciaire, mais aussi l'occasion de faire la démonstration publique de son innocence. Eut-il combattu pour que la vérité éclate au grand jour, il aurait redoré son blason auprès de beaucoup d'indécis et de sympathisants ébranlés, il aurait exposé publiquement sa version des faits, la seule, la vraie.

Au lieu de cela, le silence, la discrétion, les dénégations hautaines, les avocats faisant mur. Son comportement ne correspondait pas à celui d'un innocent bafoué. Et certainement pas au président que les Français recherchent. Les évolutions lancinantes de la procédure civile empêcheront l'affaire de disparaître dans l'oubli. DSK est parti pour traîner l'affaire Diallo comme un boulet. Eternellement.

Cette semaine, DSK a recouvré la liberté, mais pas l'honneur. Politiquement, il vient sans doute de marquer la fin de sa carrière.

Une sortie par la petite porte.

16 août 2011

Le Paradoxe de Warren Buffet

 

Warren Buffet est un spéculateurwarren.jpg devant l'éternel. Un spéculateur talentueux, ce qui ne gâte rien. M. Buffet est devenu, par ses judicieux placements, une des plus grandes fortunes du monde. Il draine des milliers de personnes à ses conférences. Il est écouté lorsqu'il prodigue des conseils de gestion. On lui a consacré des émissions de télévision, des livres. Il fascine et joue bien volontiers de cette fascination.

A une époque où les spéculateurs sont unanimement dénoncés comme la source de tous les maux, le respect dont bénéficie le milliardaire de 80 ans a quelque chose d'étonnant - du moins de ce côté de l'atlantique.

Mais il faut dire que Warren Buffet a une qualité rédemptrice : il est de gauche. Bon, démocrate, la gauche américaine, c'est vrai, c'est léger. Mais c'est mieux que rien. On a le droit d'être extraordinairement riche si, au fond de son coeur (donc loin du portefeuille) on déclare oeuvrer pour le Bien Commun.

C'est sans doute au nom de ce profond altruisme que M. Buffet s'est senti obligé de venir en aide à Barack Obama dans ces temps difficiles de gestion de la dette publique, en suggérant d'imposer davantage les riches, dont lui.

Dans une tribune publiée par le New York Times, le patron du fonds d'investissement Berkshire Hathaway propose une hausse d'impôts pour les Américains dont les revenus dépassent au moins un million de dollars par an, et une hausse encore plus élevée pour ceux qui gagnent plus de 10 millions de dollars annuels.

"Nos dirigeants ont appelé à un sacrifice partagé. Mais quand ils ont fait cette demande, ils m'ont épargné. J'ai vérifié auprès de mes amis méga-riches pour savoir à quels sacrifices ils s'attendaient. Eux non plus n'avaient pas été touchés", écrit le milliardaire.

 

La posture a au moins le mérite de l'originalité, même si on ne manquera pas de remarquer que l'Oracle d'Omaha se fend d'une telle tribune après l'accord passé entre Républicains et Démocrates pour le relèvement du plafond de la dette américaine. Le moment est donc bien choisi pour s'éviter d'être pris trop au pied de la lettre!

Il n'en reste pas moins que ce discours reste étrange de la part d'un homme qui emploie probablement des experts fiscaux pour payer le moins d'impôts possible. Reste la possibilité d'une donation. S'il se plaint de ne pas donner assez à l'Etat, qu'est-ce qui l'empêche de faire cadeau du complément? Je ne crois pas qu'il existe, de part le monde, un seul pays où les dons à l'Etat soient interdits.

gare_au_percepteur.jpgLa lecture simpliste de cet appel à plus d'impôt résonnera avec délice aux oreilles des étatistes de tout poil - et c'est naturellement sous cette forme hâtivement résumée que l'information est répétée dans les médias locaux. Si même Warren Buffet le dit, c'est que ça doit être vrai, n'est-ce pas! Pourtant, le milliardaire tient en réalité un tout autre discours:

"Pendant que les pauvres et les classes moyennes combattent pour nous en Afghanistan, et pendant que de nombreux Américains luttent pour joindre les deux bouts, nous, les méga-riches, continuons à bénéficier d'exemptions fiscales extraordinaires", poursuit-il.

M. Buffet explique que son taux d'imposition par l'Etat fédéral représentait 17,4% de ses revenus imposables l'an dernier, alors que celui des 20 personnes travaillant dans son bureau était compris entre 33 et 41%.

Le taux d'imposition des riches était "beaucoup plus élevé" dans les années 1980 et 1990, et pourtant près de 40 millions d'emplois ont été créés entre 1980 et 2000, rappelle M. Buffet.

 

Eh oui. Un super-riche comme M. Buffet paye des impôts à un taux moyen finalement inférieur aux membres de la classe moyenne. Pourtant, le taux d'imposition américain n'est pas devenu dégressif, loin de là.

La clef du mystère tient effectivement dans les exemptions, ouvrant des possibilités d'optimisation fiscale. Elles sont hors de portée des gens communs mais largement employées par ceux qui en ont les moyens. Donc, en fait, au lieu de militer pour des impôts plus élevés, Warren Buffet réclame une simplification et une harmonisation des réglementations fiscales. Qui sait, peut-être que si on le tannait un peu, il se ferait l'avocat de la Flat Tax!

On peut être d'accord ou pas sur la position de Warren Buffet, notamment en se demandant si l'argent récolté par l'Etat est judicieusement dépensé. Mais sa position est nettement moins "socialiste" qu'il ne semble de prime abord. On peut même penser qu'en augmentant "bêtement" les impôts sans s'attaquer aux exemptions, M. Buffet trouvera probablement de nouveaux moyens de passer au travers, tout le contraire donc de la simple "augmentation du taux d'imposition" dans laquelle on résume abusivement ses propos.

Je conclurai en faisant deux petites remarques.

1. Les exemptions fiscales, les fameuses "niches", sont aujourd'hui décriées. Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage! Mais on oublie un peu vite ceux qui les dénoncent sont les mêmes qui les ont conçues. Un politicien offre des niches fiscales à des catégories de la population (restaurateurs, fonctionnaires, paysans, producteurs d'énergie "verte"...) qui contribuent en retour à le faire élire. Cette façon de faire se retrouve dans pratiquement tout le spectre politique.

Les exemptions fiscales sont l'incarnation même du clientélisme. Si elles changent au cours du temps, elles ne disparaîtront vraisemblablement ni demain, ni jamais.

2. Warren Buffet propose peu ou prou une augmentation des impôts sur le revenu. Pas fou, il laisse de côté sa fortune de 65 milliards de dollars selon le classement Forbes de 2008. Mais même si tout son patrimoine et ses revenus étaient siphonnés par l'Etat, ils ne représenteraient qu'une goutte d'eau dans l'océan... En France par exemple, le patrimoine cumulé des 500 personnes les plus riches atteignait 194 milliards d'euros en 2009. Le patrimoine, pas les revenus. La dette publique de la France atteignait quant à elle près de 1'600 milliards d'euros la même année, soit huit fois plus.

De cela, il découle que hausse des impôts et autres "rabotage des niches" ne suffiront jamais à éteindre la crise de la dette. C'est une impasse. La seule solution consiste à réduire les dépenses de l'Etat.

10 août 2011

Bienvenue au Londonistan

"Le Londonistan est en effervescence", titre un quotidien aujourd'hui. Effervescence? Depuis plusieurs nuits, les boutiques sont pillées, la police a abandonné le contrôle des rues aux casseurs, et après avoir lancé sans succès la cavalerie, envisage enfin le recours aux canons à eau et aux balles plastiques. Jolie effervescence en vérité. Les Jeux Olympiques de 2012 s'annoncent prometteurs...

incendie.jpgCes tristes scènes de rues permettent même à Mouammar Kadhafi et Mahmoud Ahmadinejad de s'en donner à coeur-joie:

Considérés comme des parias par Londres et la communauté internationale, la Libye et l'Iran n'ont pas raté l'occasion pour dénoncer la répression des émeutiers en Grande-Bretagne, Tripoli allant jusqu'à affirmer que le Premier ministre britannique a perdu sa légitimité. Cameron et son gouvernement doivent partir après les manifestations populaires contre eux et la violente répression exercée par sa police contre ceux qui ont participé à ces manifestations pacifiques, a déclaré le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaaim. (...)

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a condamné de son côté le comportement sauvage de la police britannique face aux émeutes qui secouent la Grande-Bretagne depuis quatre jours et a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'intervenir, a rapporté la télévision d'Etat. (...) Au lieu d'envoyer des troupes en Irak, en Afghanistan, en Libye pour piller le pétrole, ils feraient mieux de penser à leur population, a-t-il ajouté.  Une partie de la population britannique a perdu patience et n'a aucun espoir dans l'avenir, a-t-il affirmé.

 

Malheureusement, le dictateur iranien pourrait être dans le vrai. Une partie de la population britannique pourrait effectivement avoir perdu patience et être sans espoir. Lancer des cocktails molotov contre la police et détruire le mobilier urbain sont sans doute des exutoires pour certains enragés, mais pas un projet de vie valable. Piller des magasins et ramener chez soi un écran plat dernier cri améliorent peut-être le confort à court terme, mais pas un quartier aux commerçant et à la réputation ruinés.

De tous temps, les émeutiers sont apparus comme les incarnations les plus abouties du nihilisme, leur comportement animal traduisant une totale incapacité à se projeter dans un avenir qui, de part leurs agissements, vient singulièrement de s'assombrir.

Reste à préciser le projet de société dans lequel ladite population a perdu patience. La tolérance molle d'une société anglaise tardant à s'effacer devant le communautarisme qui la ronge, peut-être? Un article de causeur publié l'an dernier donne la couleur de l'Angleterre pendant le mythe du multiculturalisme, et de ses dérives.

Un respect inconditionnel de « la diversité culturelle couplée à l’égalité des chances, dans une atmosphère de tolérance mutuelle », comme l’affirmait Roy Jenkins, secrétaire du Home office (...) [revient] de fait à accepter sans condition toutes les normes et traditions religieuses, culturelles et sociales.

De l’aristocratie (...) qui y puisa et y puise encore une main d’œuvre à moindre coût, à la gauche travailliste qui s’en fit une clientèle électorale indispensable fidélisée par des dirigeants communautaires très écoutés, tous s’accommodaient bien volontiers du modèle britannique, loué partout pour sa tolérance et la paix sociale qu’il garantissait.

 

Les employeurs avaient leur main d'oeuvre corvéable à merci, les travaillistes leur électorat captif. Tout le monde était content - sauf les principaux concernés, macérant leur rancoeur dans les enclaves qu'on leur avait permis de construire.

Omar Bakri put décerner aux terroristes [du 11 septembre] les épithètes particulièrement bien choisis de « magnifiques ». L’intervention britannique en Irak ? illegals study islam riots_060206_london_protest.jpgTony Blair autorisa les écoles coraniques de façon trop concomitante pour être tout à fait honnête, la discrimination positive battit des records, la parité dans les médias et les administrations se fit pointilleuse. Les caricatures du prophète ? Aucune intervention policière ne vint interdire les calicots appelant au meurtre et les drapeaux danois brûlés. A ceux qui les accusait d’acheter la sanctuarisation de leur territoire, les autorités répondaient respect des religions et des cultures. « Nous devons être attentifs si nous voulons être multiculturels » précisait sans rire le directeur de l’école où les petits cochons durent se travestir en caniches [pour ne pas choquer la "sensibilité" musulmane].

 

Evidemment, cela ne pouvait pas marcher. En cédant sur tout, la société d'accueil ne se montrait pas accueillante, mais naïve; elle laissa entrer sur son sol des gens aux motivations opportunistes (aides sociales, criminalité) sans aucun projet d'intégration, et ouvrit la voie à la création d'enclaves où les immigrés recréèrent des communautés identiques à celles de leurs sociétés d'origine, jusque dans le fonctionnement légal et religieux.

Et bien sûr, tout ceci offra un terreau fertile pour le mépris du pays d'accueil, perçu comme inutile, désuet, faible, et finalement haïssable:

[Dans ce contexte] les attentats [de 2005, où des jeunes ont fait exploser des bombes dans un bus et des rames de métro] ont fait l’effet d’un réveil brutal (...) une série de sondages accablants est venue confirmer que le multiculturalisme avait sacrément du plomb dans l’aile. La moitié des musulmans ne se sentaient pas britanniques. 81% se déclaraient d’abord musulmans. 40% réclamaient l’établissement de la charia là où ils étaient majoritaires. 20% cautionnaient les attentats du 11 septembre. 32% estimaient qu’ils devaient mettre fin à la société occidentale et 7% (soient pas moins de 100'000 gaillards) souhaitaient carrément l’éliminer par la violence.

Vous avez dit société multiculturelle ? Les attentats de Londres ont mis à jour une société gangrenée par 60'000 délits racistes par an et des communautés séparées, figées par la haine, prêtes à s’entretuer comme à Birmingham en octobre 2005.

 

Beau portrait. Et les émeutes récentes à Londres et Manchester ne sont pas sans rappeler celles ayant eu lieu pendant des semaines dans les banlieues françaises en 2005, auxquelles le gouvernement n'avait réussi à mettre un terme qu'en déclarant le couvre-feu.

L'espace Schengen incarnant la protection d'une Europe sûre et confiante était peut-être un concept intéressant sur le papier, mais, outre la faillite de sa mise en application, il correspondait à des préoccupations périmées. Surveiller l'horizon n'a guère d'intérêt quand les barbares sont déjà dans les murs.

riots.jpgDe telles émeutes pourraient-elles avoir lieu en Suisse? A en croire les internautes commentant les articles de presse romands, ce serait "impossible". Cette confiance sereine, que ressentaient peut-être les Londoniens jusqu'à la semaine dernière, est probablement partagée par l'establishment politique et les forces de police helvétiques. Autant dire donc que nous ne sommes absolument pas préparés à de telles émeutes si, par le plus grand des hasards, la confiance sereine devait ne pas suffire.

La juxtaposition des enclaves communautaires conduit précisément à la ségrégation et la haine de l'autre. Pour bâtir une société saine, il faut un minimum de culture commune, de mémoire partagée - une acceptation de l'autre dont trop d'immigrés se sont permis, jusqu'ici, de s'abstenir. Plus que jamais, l'immigration doit être repensée en tenant en compte des intérêts du pays d'accueil.

Les Anglais le comprennent aujourd'hui dans les cris, la fureur et les flammes.

07 juillet 2011

Le contre-projet qui ne voulait pas mourir

Ivan S., violeur de son état, court toujours - en Suisse. Et vu la tournure que prennent les événements, il pourrait courir longtemps encore.

Ivan_violeur.jpg
Campagne d'annonces dans les quotidiens romands

Le retour d'Ivan S. sous les feux de l'actualité est dû à une campagne lancée par l'UDC - en plein juillet, c'est dire l'urgence - face aux atermoiements le groupe de travail chargé de traduire en loi l'initiative sur le renvoi des criminels étrangers approuvée par le peuple l'an dernier. Le texte annonce la couleur:

Le 28 novembre 2010, le peuple et les cantons ont décidé à une forte majorité que les étrangers criminels devaient être expulsés sans discussion. Aujourd‘hui, la gauche, les bienfaisants et leurs experts refusent d‘appliquer l‘initiative sur le renvoi. En clair: au moins 84% des criminels étrangers peuvent rester en Suisse et continuer d‘y sévir. La volonté du peuple est foulée au pied.

 

J'aurais plutôt écrit "bienpensants" au lieu de "bienfaisants", bien que le terme soit un néologisme. Mais si l'UDC est si remontée, c'est à cause du coup fourré concocté par le groupe de travail. Celui-ci a proposé pas moins de quatre variantes (!) pour la traduction en loi de l'initiative, mais toutes ne sont pas comparables, loin de là.

L'option 1 met l'accent sur les délits sexuels et les actes de violence, comprenant une liste allant de crimes comme l'assassinat jusqu'à des infractions comme des lésions corporelles simples. Il suffit qu'un étranger soit condamné par le juge à une de ces infractions pour être expulsé à l'issue de sa peine par les cantons. A l'exception du principe de non-refoulement (empêchant le renvoi d'un individu dans un pays où il risque sa vie) aucun obstacle ne peut s'opposer au renvoi.

L'option 2 comprend une liste indicative d'infractions ainsi qu'une clause générale, afin de de subordonner l'expulsion à la gravité de l'infraction. Aucune expulsion n'est encourue si le prévenu est condamné à une peine de six mois ou moins, bien que des expulsions au cas par cas soient théoriquement possibles. Une disposition est prévue pour les récidivistes. La décision d'expulsion revient exclusivement au juge pénal. Les décisions de renvoi peuvent faire l'objet d'un recours devant un tribunal.

L'option 3 ressemble en tous points à l'option 2, sauf qu'elle ne contient pas de clause générale (les expulsions se limitent donc uniquement aux infractions énumérées) et la liste de ces infractions est réduite. Le juge pénal a en outre le droit d'examiner l'existence d'obstacles éventuels à l'exécution de l'expulsion avant de la prononcer.

L'option 4 est peu couverte par la presse, et au vu de la façon dont elles sont ordonnées, semble encore plus légère que les précédentes. On sait juste qu'elle se baserait sur le droit des étrangers.

On ne sera pas surpris d'apprendre que la majorité du groupe de travail penche pour toutes les variantes à l'exception de la première, seule reconnue par le comité d'initiative. Celle-ci déboucherait sur quelque 16'400 renvois par an, contre 3'400 pour les autres. La différence se retrouvera dans nos rues...

Les options 2, 3 et 4 laissent une grande marge d'interprétation aux tribunaux et autorités exécutantes. Une expulsion peut être empêchée ou suspendue en invoquant la libre circulation des personnes ou des "motifs personnels graves": la présence d'enfants ou d'un partenaire en Suisse, l'absence de relations dans le pays d'origine ou un manque de rapports culturels avec celui-ci. Par dessus le marché, des recours suspensifs restent possibles, permettant à un criminel expulsable de rester en Suisse pendant de longues années de bataille juridique.

Comme d'habitude, les inquiétudes sur le devenir d'un criminel étranger passible de renvoi l'emportent sur les impératifs de sécurité de la population.

Les variantes du comité se distinguent également par leur déférence absolue au droit international non impératif, donc avec tous les traités internationaux présents et futurs. Aucun traité ne doit être remis en cause d'une quelconque manière par le nouvel article de la Constitution, définitivement subordonnée au droit international et à son interprétation changeante par des organismes supra-nationaux. Le peuple suisse est-il encore maître chez lui? Il semble que non.

Cette attitude rend quasi-impossible l'expulsion du moindre criminel ou l'interdiction de son retour sur le territoire, par exemple au nom de la libre-circulation. Cette singulière piété envers un droit international érigé en dogme contraste avec l'attitude récente d'autres nations qui n'hésitent pas à aménager la libre-circulation selon leurs préoccupations nationales, comme par exemple le Danemark ou la Norvège réinstaurant des contrôles à leurs frontières. L'interprétation des traités se fait en gardant à l'esprit l'intérêt du pays - un bon sens qui a encore du chemin à faire au sein de la classe politique helvétique.

En fin de compte, le groupe de travail essaye d'insuffler une deuxième vie au contre-projet. Le président du groupe Heinrich Koller a beau jeu de réfuter cette évidence, il n'abuse personne. L'abandon de notions comme l'intégration des étrangers ou la fixation à six mois des peines permettant le renvoi au lieu d'un an dans le texte du 28 novembre sont présentés comme des différences notables, alors que rien n'a changé sur des points cruciaux, comme le renvoi laissé à discrétion des juges, les innombrables recours, ou la subordination des renvois à des traités de libre-circulation!

Je peux comprendre le point de vue du gouvernement, de Simonetta Sommaruga, de tous les Conseillers Nationaux et Sénateurs qui se sont battus becs et ongles pour rejeter l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers prônée par l'UDC. Ils essayent de faire revenir leur contre-projet par la bande, en présentant leurs quatre options comme le résultat d'un prétendu consensus avec le comité d'initiative. Mais ils oublient deux éléments essentiels.

  • La campagne a eu lieu en 2010. Le peuple a approuvé l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers. Il n'est pas question d'utiliser le processus législatif pour relancer un débat dont la conclusion s'est déjà retrouvée dans les urnes.

En ressuscitant un projet de loi nettement rejeté par le souverain, le Parlement illustre une fois de plus à quel point il est peu représentatif de la volonté exprimée dans les urnes. Certains élus semblent faire de leur mieux pour saboter ce qui peut l'être d'ici la fin de leur mandat en décembre; espérons que les citoyens qui ont approuvé le renvoi des criminels étrangers ne soient dupes d'une arnaque dont le scénario a déjà été dévoilé ici.