05 mars 2011

Les Migrants votent UDC!

J'ai eu hier le privilège d'animer une conférence de presse sur un thème hautement symbolique alors que le gouvernement s'apprête à brader la nationalité: l'engagement des étrangers au sein de l'UDC. Dans une salle réservée pour l'occasion en gare de Lausanne, sous le thème "Les Migrants Votent UDC", Yorick Cazal, Monika Deillon et moi-même avons tenu à tordre le cou à quelques idées reçues sur les relations entre les étrangers et l'UDC.

Les thèmes abordés:

  1. Les raisons de l'engagement des migrants et des naturalisés au sein de l'UDC.
  2. Le refus des migrants de voir la Suisse adhérer à l'Union Européenne.
  3. La nécessité de renvoyer les étrangers criminels et d'avoir une frontière sûre.
  4. Pour une politique migratoire stricte cessant de mélanger immigration économique et asile.

J'étais notamment en charge du premier point; voici donc l'argumentaire que j'ai livré à aux journalistes présents sur place.


La presse nous donne régulièrement un aperçu de la façon dont certains politiciens mettent en avant leurs origines étrangères pour séduire l'électeur non-suisse aux élections communales. Un article récent faisait ainsi un petit tour d'horizon de ces pratiques à Genève. Rien que dans le canton du bout du lac, les exemples ne manquent pas:

  • Sami Kanaan (PS) rappelle ses origines libanaises à ses compatriotes;
  • Sandrine Salermo (PS) utilise ses racines italiennes;
  • Michel Chevrolet (PDC) met en avant son ascendance argentine et fait des discours électoraux en 6 langues;
  • Carlos Medeiros (MCG) insiste sur sa nationalité portugaise;
  • Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) fait valoir ses séjours en ex-Yougloslavie, en République Démocratique du Congo et en Turquie pour séduire les communautés étrangères correspondantes...

Rien qui sorte de l'ordinaire là-dedans. Des cas similaires pourraient être retrouvés dans la plupart des grandes communes de Suisse romande. Mais vous n'entendrez jamais pareil discours tenu par un candidat de l'UDC d'origine étrangère - et il y en a: 17% des candidats de l'UDC pour ces élections 2011!

migrants_final.jpgPourquoi ces nuances dans le discours? Pourquoi, une fois de plus, cette différence étonnante entre l'UDC et les autres partis?

L'origine étrangère d'un candidat est un élément indéniable de son identité. Il ne s'agit pas de la nier ou de la cacher. Il y a pourtant un monde entre la mention d'une origine étrangère à titre informatif et son utilisation comme argument de campagne. Cela nous ramène à la vision qu'ont les uns et les autres de la place de l'électeur étranger dans la société.

Séduire l'électeur sur la base d'une affinité nationale plutôt que sur un programme politique revient à cultiver un communautarisme démocratique. C'est une perversion dangereuse des droits démocratiques, pour cinq raisons.

1. Elle nie la diversité des opinions individuelles. On aurait ainsi un "vote kosovar" ou un "vote portugais" d'après les papiers de chacun et non de ce qu'il pense, une négation flagrante du libre-arbitre.

2. Elle mine l'assimilation en mettant en exergue l'appartenance envers son pays d'origine; avoir à cœur les intérêts de son pays d'accueil est dès lors présenté comme un reniement de ses racines.

3. Elle dresse les communautés étrangères les unes contre les autres. Dans une élection, les postes à pourvoir ne sont pas légions; seule la minorité étrangère la plus nombreuse a voix au chapitre.

4. Elle divise et corrompt la société sur la base de l'appartenance étrangère, car un élu insistant sur son origine "italienne", une fois élu, renverra nécessairement l'ascenseur à la communauté "italienne" qui l'a porté au pouvoir (à moins que sa démarche ne soit mensongère, ce qui est un autre problème!)

5. Finalement, elle provoque la méfiance de la population suisse vis-à-vis des communautés étrangères et désavoue la classe politique dans son ensemble, le vote communautaire étant par définition guidé par autre chose que l'intérêt commun.

Je pense que cette petite liste décrit assez bien les pièges de l'approche communautaire de la démocratie et les raisons pour lesquelles il faut l'éviter. Et l'UDC l'évite!

L'UDC choisit au contraire une approche unificatrice autour de valeurs communes, au centre desquelles l'amour de la Suisse, indépendamment de toute origine. Il ne s'agit pas d'une affection irrationnelle mais d'un respect raisonné et objectif basé sur des particularités helvétiques reconnues: la démocratie directe, la paix du travail, une fiscalité plus avantageuse que dans le reste de l'Europe, la neutralité, l'aspiration à une vie paisible et en sécurité…

Les étrangers satisfaits de leur pays d'accueil se retrouvent parfaitement dans les valeurs de l'UDC - d'autant mieux qu'ils apprécient en connaisseurs les différences entre la Suisse et leur pays d'origine.

Les politiciens opportunistes rappelant sans cesse leur origine étrangère aux électeurs immigrés les insultent. Ils sous-entendent que l'origine ethnique ou culturelle se suffit à elle-même comme gage de fidélité à une idéologie que, comme par hasard, ils prétendent incarner: "Tel pays est socialiste, moi je suis socialiste, voilà, ça vous suffit, vous autres qui venez de là-bas, votez pour moi!" Mais ils oublient la raison pour laquelle les immigrés se retrouvent en Suisse. Il y a fort à parier que ces politiciens incarnent précisément ce qui a poussé ces gens à émigrer!

Pourquoi les étrangers chercheraient-ils à transformer la Suisse pour qu'elle ressemble davantage à ce qu'ils ont choisi de quitter?

Les hommes et les femmes ne s'installent pas dans ce petit pays simplement parce que les vents les ont poussés ici. Peut-être est-ce vrai pour certaines catégories d'étrangers peu concernés par la vie politique, mais certainement pas ceux qui souhaitent à terme exercer leurs droits démocratiques. Ces gens-là ont un projet de vie. Ils ont choisi la Suisse. Ils s'y sentent bien. Ils souhaitent lui éviter les fondrières dans lesquelles les politiciens europhiles et pusillanimes tirent le pays. S'ils ne le font pas pour eux, ils le font souvent pour les enfants qu'ils ont eu ici.

Quel que soit l'amour qu'ils portent à leur contrée d'origine, les immigrés savent mieux que personne que la prospérité ne doit rien au hasard. Que leurs connaissance économiques et sociologiques soient assez vastes pour saisir les mécanismes de la prospérité ou non, ils reconnaissent le succès helvétique et veulent le préserver. Mieux vaut ne pas jouer aux apprentis-sorciers avec un modèle qui fonctionne!

Naturalisés suisses ou fraîchement arrivés sur place, les étrangers vivant en Suisse connaissent de première mains les recettes étatiques que des politiciens locaux essayent de vendre. Ils ont vu les désastres qu'elles entraînaient ailleurs, là où elles étaient adoptées - paupérisation, corruption, impôts, chômage, absence de sécurité, censure et mépris du peuple. Ils en ont tellement souffert qu'ils ont choisi l'exil!

Voilà pourquoi tous les gens qui se retrouvent dans l'amour de ce pays, Suisses ou étrangers, en viennent naturellement à soutenir l'UDC.

25 février 2011

C'est pour votre bien

Le parlement du Canton de Vaud l'a refusé, le Conseil Communal de la ville de Lausanne l'a fait: les enfants déjeunant dans les réfectoires scolaires appartenant à la commune seront privés de viande et de poisson un jour par semaine. La Municipalité doit encore se pencher sur la question mais compte tenu de son orientation politique, ce sera une formalité.

Défaussons d'un revers de la main toutes les arguments à côté de la plaque en faveur ou en défaveur d'une telle décision, des questions nutritionnelles à l'aspect financier en passant par l'effet sur les importations de viande, parce qu'ils n'ont aucune importance.

Passons outre les absurdités liées à la nouvelle situation, du gamin constamment privé de viande parce qu'il ne vient à la cantine qu'une fois par semaine, le jour maudit; passons les parents et enfants guettant le planning pour savoir quand aller au McDonald's, si par hasard les autorités tentent de surprendre le chaland en déplaçant le jour de l'idéologie d'une semaine à l'autre.

Cherchons plutôt le symbole, puisque c'était paraît-il la démarche.

Eh bien, je peux le dire, le symbole est spectaculaire: nous avons découvert, à cette occasion, de petits apprentis du totalitarisme qui ne reculeront devant rien pour enfoncer - littéralement - leur conception du bonheur dans la gorge d'autrui. Que ne ferait-on pas pour modeler "la société de demain"! Et ils en sont fiers. 48 oui contre 22 non et 10 abstentions, le tout mené par les Verts et A Gauche toute!, dont la convergence politique ne surprendra que modérément.

tofu.jpgOh, bien sûr, point n'est besoin de rappeler les heures sombres de l'histoire, c'est de totalitarisme mou dont il s'agit. Personne n'est mort, il n'y a pas encore de rééducation par le travail en laogaï citoyen éco-responsable.

Mais qu'on se penche deux secondes sur la démarche intellectuelle de gens qui vont jusqu'à légiférer sur ce que doivent manger les autres, au nom de motifs idéologiques avoués. Pas leurs enfants, bien entendu; les enfants des autres. Les enfants dont la collectivité a la charge à travers un service de cantine.

Ils ne choisissent plus d'éduquer les enfants avec de jolies images et des slogans creux pour les inciter à se priver. Ils ne vont pas leur proposer une tofu-party à laquelle les bambins pourront participer ou non, essayant de faire passer leur alter-nourriture sous un jour vaguement sympathique. Ca c'était l'activisme d'hier, celui qui essayait encore d'avoir un visage séduisant.

Lassés sans doute d'une utopie à petits pas qui a montré ses limites, ces gens passent à la vitesse supérieure. Quand le projet ne convainc pas on ne va pas renoncer, on va se montrer un tout petit peu plus pressant. Le gentil militant qui essayait de vous vendre son vivrensemble va se montrer un poil plus agressif; il aura toujours son air avenant, mais il vous tient le poignet et commence à vous tordre le bras.

Le sourire se transforme peu à peu en rictus.

Le message cool et sympa ne suscite pas l'adhésion? Vous aimez trop la viande et le poisson les enfants? Alors, on va vous l'interdire. On ne va pas proposer d'autres plats, on va supprimer toute alternative.

Les enfants n'ont pas le choix. Il faut les priver du choix.

Simple, net, facile. Pas besoin de discuter. Pas de pression.

C'est pour leur bien, celui de leur parents, de la Suisse, de l'Humanité et du Monde.

Je le répète une dernière fois: oui, ce n'est rien d'autre que du totalitarisme mou. Mais les gens à l'origine de ce projet prétendent rechercher les symboles, il faut aller au bout de la démarche. S'ils avaient le pouvoir politique de modeler la société d'une façon coercitive pour que les individus soient obligés de vivre selon leur idée du bonheur, ils ne se priveraient pas une seconde.

"Vivre et laisser vivre" est un concept qui leur est totalement étranger.

L'adolescent qui sortira un sandwich au saucisson de son sac le jour fatidique sera-t-il poursuivi pour crime éco-citoyen? La question reste ouverte.

21 février 2011

L'irrésistible appel de la Démocratie

Alors même que les prudes et les cyniques en appelaient à la retenue, j'étais heureux de saluer ici le succès des Tunisiens.

En ce temps-là, un ministre tunisien fraîchement nommé expliquait dans une interview, depuis les couloirs de Davos où il était invité, qu'il ne fallait pas extrapoler le succès tunisien à l'ensemble du monde arabe, notamment une Egypte qu'on sentait alors à peine frémir: malgré certaines similitudes, les peuples tunisiens et égyptiens n'avaient rien à voir, le niveau d'éducation n'était pas le même, la culture politique des deux pays n'avait rien à voir...

Foutaises!

Il n'y a pas besoin d'être en bonne santé, riche et convenablement éduqué pour réaliser qu'on vit dans une dictature. Au contraire, ceux qui y obtiennent un confort raisonnable ne sont pas toujours enclins à risquer leur fragile situation pour mettre un terme au régime, quels que soient les sentiments négatifs qu'ils nourrissent à son égard.

L'appel de la liberté est profondément ancré dans l'esprit humain, allant de pair avec un sens instinctif de la justice et de l'équité. De Rabat à Sanaa, des millions de gens l'ont compris. Le gros des protestataires sont ceux qui n'ont rien à perdre, fils oubliés mais terriblement légitimes de la corruption et de l'absence de liberté imposées par les élites tyranniques au peuple.

Depuis la plaisante interview du jeune ministre tunisien, contre toute attente Moubarak est tombé. La rébellion s'est répandue dans le Maghreb et la péninsule arabique comme une traînée de poudre.

Libyan flag2.jpgAujourd'hui, les regards sont tournés vers la plus symbolique des dictatures corrompues et violentes de la région, la Libye, qui vit des heures sombres, sanglantes et historiques. Le drapeau de l'ancien régime - avant la prise du pouvoir par Kadhafi - flotte sur la ville rebelle de Benghazi. A Tripoli, la foule marcherait vers le palais du despote. Mouammar Kadhafi finira-t-il sa sinistre carrière de tyran comme il le mérite, pendant au bout d'une corde? Réussira-t-il à ménager sa fuite et celle de son clan, à l'abri dans une autre dictature, avec une partie du trésor extorqué à son peuple? Écrasera-t-il la rébellion dans le sang?

Il est probable que le régime vive ses dernières heures. Mais si la révolte échoue, d'autres suivront, en Libye même. La chute des dictatures régionales a donné des ailes aux Libyens. Elle leur a fait la grâce du poison fatal à tout régime totalitaire: l'espoir que le changement est à portée de main.

Oui, on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Oui, les islamistes et les musulmans rétrogrades, haineux, antisémites n'ont pas disparu.

Oui, chaque changement de régime fait le lit des opportunismes.

Oui, pillages et violences sont dramatiques et nuisent gravement à l'activité économique.

Oui, les régime qui émergeront de ces affrontements pourraient être du même tonneau que les précédents.

Mais non, le pire n'est pas inéluctable.

Ces gens ont connu la dictature sous toutes ses formes depuis des décennies, en distinguent toutes les facettes de l'horreur et du mensonge. Sur ce sujet particulier, leur expérience est indépassable. Pourquoi seraient-ils stupides au point d'accepter de retomber dans la même misère? N'importe quelle clique qui tentera d'accaparer le pouvoir rencontrera à nouveau l'opposition forcenée de la rue, avec d'autant plus de vigueur qu'un régime dictatorial naissant est forcément faible. La seule issue est dans le partage du pouvoir, c'est-à-dire la démocratie.

libya_1255875a.jpgUn peuple qui lutte pour sa liberté et qui meurt pour elle ne se laissera pas berner par le premier beau parleur venu.

Je fais le pari que la Tunisie, l'Egypte, le Yémen et la Libye et d'autres encore vont enfin bénéficier de la démocratie. Une démocratie naissante, brutale, imparfaite, violente probablement, pleine de disputes sanglantes, longtemps pauvre, où l'assassinat politique et les attentats seront considérés, pendant quelques années encore, comme des moyens acceptables de faire valoir son opinion. Démocraties primitives sans aucun doute, mais démocraties tout de même; elles évolueront. La liberté de la presse et Internet y pourvoiront, ainsi que la liberté économique d'une société libérée du joug affairiste des anciennes castes dirigeantes.

Il est facile, depuis le confort matériel et la paresse intellectuelle de nos démocraties occidentales, de regarder de haut ces mouvements d'émancipation, d'exprimer ses "craintes" et son "inquiétude" - et de finalement sous-entendre que la stabilité mortelle des régimes dictatoriaux avait son charme. Le cynisme est une posture confortable; à moins que je ne le confonde avec un snobisme mâtiné de racisme.

La Suisse est une vieille démocratie. On y entend parfois des gens se plaindre que l'on vote trop ou trop souvent. Les éditorialistes se lamentent régulièrement des mauvais choix de la populace, invitée à déléguer davantage ses décisions à de prétendus experts. Régulièrement, des voix s'élèvent pour réclamer l'interdiction de partis et d'adversaires politiques contre lesquels ils sont à court d'arguments. Oui, la Suisse est une vieille démocratie, un peu endormie sur ses lauriers - au point d'oser, parfois, peser le pour et le contre de sa liberté et de son indépendance en échange d'un peu de confort.

Quel contraste avec l'autre côté de la méditerranée, où des civils meurent pour accéder à cette liberté!

Ils vivent dans des dictatures. En termes de motivation, ils nous donnent pourtant une sacré leçon de démocratie.

18 février 2011

Petites polémiques

C'est la faute au bulletin
urne-vote_01.jpg

Le succès de l'initiative sur le Renvoi des Criminels Etrangers ne passe décidément pas. Revenir sur cette votation démocratique au résultat déplaisant pour nos édiles semble être un exercice de style. C'est au tour d'Etienne Grisel, professeur honoraire de l'Université de Lausanne, de s'y coller dans les colonnes du Temps.

L'argument du jour: la votation n'aurait pas respecté le choix de la majorité puisque - tout est dans le puisque - le contre-projet l'a emporté contre l'initiative... Dans la question subsidiaire!

Aveugle à la notion de subsidiarité rendant toute son argumentation caduque, Etienne Grisel soutient mordicus que la minorité l'a emporté sur la majorité:

Ces inconvénients (sic) sont apparus au grand jour lors du scrutin du 28 novembre. A la question subsidiaire une majorité a répondu en faveur du contre-projet contre l'initiative, mais ce vote était privé de toute portée, le contre-projet ayant été refusé dans la votation principale. Ainsi, c'est le texte qui n'a pas la préférence de la pluralité (re-sic) qui est proclamé accepté. Il est vrai que cette issue est aussi due aux tactiques intéressées des extrêmes, qui parviennent à supprimer le rôle normalement attribué au contre-projet.

 

Tant l'approbation de l'initiative que le refus du contre-projet par le corps électoral semblent tout à fait secondaires. Détails, détails, s'ils permettent de fustiger les "extrêmes" à peu de frais! Le professeur Grisel ne va tout de même pas jusqu'à demander un nouveau vote. A la place, il élabore péniblement un mode de scrutin alternatif dont on se demande en quoi il serait plus compréhensible que le procédé actuel, lequel remonte à 1987 et n'a guère mené à une foison d'initiatives approuvées. Autant dire que le problème n'existe pas.

Derrière un titre à l'accroche tapageuse - "Le résultat du vote sur le renvoi a été faussé par le mode de scrutin" - l'article sent un peu le combat d'arrière-garde, finalement.

 

Les absents sont toujours morts

Une fois n'est pas coutume, Le Matin se distingue aujourd'hui en n'abordant pas la question de la peine de mort. Le quotidien romand nous avait pourtant habitué à un compte-rendu tout à fait occasionnel des exécutions judiciaires aux Etats-Unis (ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici ou encore , et je dois en oublier...) permettant de lever des polémiques faciles en mêlant débat sur la peine de mort et vociférations anti-américaines. On cherchera en vain, par exemple, une couverture similaire des exécutions dans des pays respectant infiniment moins l'Etat de Droit! Mais l'exécution de Frank Spisak dans l'Ohio hier, rapportée par le 20 minutes d'aujourd'hui, n'a pas donné lieu à un article dans le Matin.

Le détenu de 59 ans était reconnu coupable de trois meurtres.

Il est vrai aussi que cet ancien sympathisant néonazi avait commis son crime en 1982, sur un campus, lors d'une "partie de chasse" destinée à tuer le plus de Noirs possibles... Ces détails auraient-ils fait hésiter la rédaction?

Dommage que le Matin ait renoncé. Il aurait été intéressant de mesurer l'intensité des protestations anti-peine-de-mort sur un cas pareil.

 

A exception, exception et demie
rehausseur.jpg

Le Conseil Fédéral a rejeté une motion de la conseillère nationale bernoise Margret Kiener Nellen sur les sièges pour enfant.

La réglementation d'avril 2010 impose des réhausseurs jusqu'à douze ans pour des enfants de moins de 150 cm. Trouvant la législation disproportionnée, notamment lors de transport vers les écoles et les installations sportives, la socialiste demandait une dérogation pour les trajets de ce type.

La réponse du CF? Il reconnaît le problème mais n'entend rien changer du tout! Beau volontarisme. Explication du CF: Si un accident grave devait se produire, personne ne comprendrait que des dérogations aient été accordées.

Prenant acte de la décision, je m'interroge pour ma part sur la curieuse dérogation dont bénéficient ces véhicules où nul enfant n'est attaché, où les passagers peuvent se tenir debout, voire carrément se déplacer pendant que l'engin roule - je veux parler de nos transports en commun, bien sûr. Ils pèsent des tonnes, se déplacent en ville tout aussi vite que des voitures (parfois plus lorsqu'ils ont des voies réservées) et aussi sur les routes de campagne. Et là, pas de siège, pas de ceintures, pas de réhausseurs-pour-les-enfants-de-moins-de-150-cm-et-de-moins-de-douze-ans, rien.

Qu'attend le CF pour remédier à ces inadmissibles compromissions sur la sécurité?

17 février 2011

Le Programme de l'UDC Renens est disponible!

Ca y est, le programme de législature 2011-2016 de l'UDC Renens est en ligne!

Il est disponible sur le site temporaire de l'UDC Renens, au format PDF. Cliquez ici pour y accéder.

Merci à tous ceux qui ont rendu possible son élaboration. Et rappelez-vous...

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...Rendez-vous le 13 mars!

14 février 2011

Armés et émotifs

Les votations se suivent et se ressemblent - surtout le lundi matin.

Le lundi matin, on apprend que le peuple suisse, celui-la même qui a si mal voté la veille, est affligé de différentes tares plus ou moins fatales. Tantôt il est stupide, tantôt arriéré, ignare, craintif: dans tous les cas, il est bon à jeter. Le Suisse ne comprend pas la Marche de l'Histoire, n'écoute pas ses élites, reste réfractaire à la propagande organisée pour son plus grand bien. Pire, il tente parfois, vaguement, de résister à l'air du temps. Si cela ne tenait qu'à nos éditorialistes de service, on enverrait tout ça, zou!, en camp de rééducation par le Vivrensemble.

Comme la presse aime s'écouter parler, les revues de presse ronronnent de concert. Prenons par exemple celle de Swissinfo: il est question de la victoire de la Suisse des campagnes, des stands de tir, des journées de chasse. Traduisons: la Suisse des cul-terreux, arriérés, rétrogrades, simplets. La Basler Zeitung va jusqu'à écrire en titre une "Victoire de la vieille Suisse." Comme si 56,3% des Helvètes se pressaient au petit jour pour dégommer du faisan dans les sous-bois embrumés...

Mais reconnaissons-le, les électeurs romands ayant plutôt soutenu l'initiative, les rédactions ne se mettent pas en porte-à-faux direct avec leur lectorat, pour une fois. Elles se rattrapent sur leurs tentatives d'explications:

Les commentateurs sont unanimes pour souligner la très grande habileté des adversaires de l’initiative. Ceux-ci ont su faire glisser le débat d’un niveau technique à un plan beaucoup plus général et émotionnel. Le St. Galler Tagblatt n’hésite d’ailleurs pas à qualifier cette tactique de «machinerie de marketing géniale».

 

Pardon? Les adversaires de l'initiative faisant de l'émotionnel? C'est l'hôpital qui se fout de la charité!

Affiche_initiative_pour_la_protection_face___la_violence_des_armes-F_full.jpgJe ne sais pas où se situe le marketing génial, mais à ce stade des "explications" il me paraît bon de rappeler l'affiche des partisans de l'initiative, avant qu'elle ne disparaisse des mémoires:

Voilà à quoi nous avons eu droit en guise de débat rationnel. Pas du tout sentimental, non non non. Le nounours est un symbole guerrier reconnu. Et peu importe que tout risque d'acte irréfléchi ait disparu depuis 2007 déjà, lorsque l'armée a retiré la munition de poche détenue par les miliciens à leur domicile, sous la pression des initiants d'ailleurs, qui s'étaient en échange engagés à retirer leur texte avant de faire volte-face.

Je ne peux m'empêcher de me remémorer cette affiche de campagne quand je lis dans un Bund de Berne contenant mal sa rage que "quelques symboles pathétiques peuvent être plus forts que la froide raison."

A croire que chaque camp fourbit ses symboles "pathétiques", même si je n'ai rien vu de pathétique lorsqu'on annonçait le monopole des armes pour les criminels - rien que la triste et froide réalité. Certaines perspectives sont plus convaincantes que d'autres.

Le Matin, tellement impliqué en faveur de l'initiative qu'il fait encore campagne après la votation, livre un verdict en forme de menace:

D’autres tragédie sanglantes surviendront à coup sûr demain, dans six mois, dans un an. Avec ou sans arme de service. Nous devons vivre avec cette terrible tragédie.

 

Messieurs les journalistes, à vos plumes, la rédaction a fait passer ses consignes!

Mais l'aspect purement émotif sur lequel s'attardent les médias déçus est peut-être le fond de leur problème. Incapables d'accepter le moindre argument rationnel en faveur d'une politique libérale des armes (dont je donne ma vision ici) pour eux le refus de l'initiative n'a été qu'un cri du coeur. Un caprice.

C'est par cette pirouette que les médias engagés réussissent à retourner leur échec: le peuple suisse a refusé le contrôle des armes, certes, mais c'est parce qu'il est trop émotif. Donc, finalement, trop émotif pour être armé! CQFD.

Et de conclure dans un cri unanime, résonnant comme un appel à l'aide: que faire désormais pour désarmer le peuple suisse?

Nul doute qu'ils se remettront rapidement au travail. Ils trouveront d'autres moyens.