03 juillet 2011

Dominique Strauss-Kahn: le retour de la vengeance?

Le New York Times a ouvert une brèche dans laquelle tous se sont engouffrés: le dossier de l'accusation "se serait effondré", au point de remettre en question l'ensemble du procès. Et d'aucun, en France, de voir Dominique Strauss-Kahn à la présidence.

Les tenants de la théorie du complot se sentent pousser des ailes.

Depuis le début de l'affaire, chaque camp fourbit ses armes. Un représentant de DSK est allé jusqu'au village natal de la victime, en Guinée, pour essayer d'arracher un accord à l'amiable avec sa famille. Mais le coup le plus violent porté au dossier vient du bureau du procureur lui-même. Quelle sont ces nouvelles informations?

nafissatou-diallo-victime-dsk.jpgSelon les deux enquêteurs cités par le journal américain, [Nafissatou Diallo, la femme de chambre supposée victime d'agressions sexuelles] a téléphoné à un détenu dans les 24 heures qui ont suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation, qui a été enregistrée, elle a évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre DSK. 
Ce détenu a été incarcéré pour possession de 180kg de cannabis et fait partie d'un certain nombre de personnes, qui ont transféré de l'argent, d'un montant total de 100 000 dollars, vers le compte bancaire de Nafissatou Diallo au cours des deux dernières années. 
Les enquêteurs soupçonnent la femme de ménage de faire partie d'un réseau de blanchiment d'argent.

 

La jeune femme aurait également nettoyé une autre chambre après "l'épisode DSK" et serait revenue sur les lieux une fois le directeur du FMI parti, contrairement à ses déclarations initiales. Finalement, elle aurait souscrit des abonnements téléphoniques auprès de cinq compagnies différentes alors qu'elle aurait assuré aux enquêteurs ne posséder qu'un seul abonnement (sans conteste son crime le plus abject.)

Au vu de ces révélations, je me suis empressé de relire mon premier billet sur l'affaire ainsi que mes commentaires, afin de vérifier si mes dires étaient devenus terriblement gênants. Mais en fait, non. Certes, certains aspects factuels présentés initialement on mal vieilli au fur et à mesure du déroulement de l'enquête (de même que la présentation des faits par les médias a évolué) mais le fond du débat reste tristement identique: l'inéquité entre les puissants et les faibles face à la justice, la fragilité d'une accusation parole contre parole, les casseroles du prévenu, et bien sûr, des prises de position qui sentent bon la justice de classe par les uns et les autres.

Dans une situation comme celle-ci la crédibilité est un facteur essentiel. Les jurés doivent être convaincus au-delà du doute, ce qui laisse peu de place à une accusation dont la motivation est entachée de soupçon.

sofitel.jpgChacun s'accorde à dire qu'un rapport sexuel a bien eu lieu. Les analyses ADN laissent peu de place à l'interprétation. Nafissatou Diallo a eu sur les parties génitales des hématomes reconnus par des professionnels de la santé. Mais ces éléments essentiels semblent avoir été complètement oubliés. Prenons le nettoyage d'une suite supplémentaire par la victime, le 14 mai, après son agression sexuelle présumée. Pareil comportement peut aisément s'expliquer par une situation d'état de choc et la nécessité absolue - confinant à l'absurde - de revenir temporairement à une routine. Les psychologues connaissent bien ces situations comportementales, mais aucun témoignage de ce genre ne parviendra dans les colonnes des journaux.

Le coup de téléphone passé dans les 24h à un ami détenu? Qu'y a-t-il de surprenant? Y-a-t'il un délai à respecter? La législation américaine ouvre fréquemment la voie à de larges compensations financières pour des victimes déposant plainte au civil. En écrivant cela, je n'apprends rien à personne. Quel mal y a-t-il à l'admettre? A en parler à un proche? Quitte à s'être fait violer, à essayer d'obtenir une compensation financière? Si une victime se débat pendant son agression, ce que chacun peut comprendre, faudrait-il qu'elle cesse après coup de lutter par tous les moyens possibles, comme une poursuite au civil avec dommages et intérêts à la clef? Ou alors, clamera-t-on que toute action en justice est motivée par de bas intérêts mercantiles à partir du moment où un plaignant demande plus que le franc symbolique?

Mais les révélations sur le passé de la jeune femme ou son comportement avant les faits sont autrement plus choquantes. Il n'y a pour l'heure pas le moindre soupçon de préméditation ou de complot. Le compte bancaire de la jeune femme a peut-être servi à faire transiter de l'argent sale, mais son implication ne semble pas lui avoir profité au point de la préserver de l'emploi ingrat de femme de chambre des années durant. Certes, Nafissatou Diallo n'a pas l'air d'être une sainte, mais c'est à se demander s'il faut être une sainte pour avoir le droit de porter plainte pour viol.

Dans une justice idéale (et visiblement utopique) le dossier porterait sur les faits. Des éléments de preuve mesurables et factuels. Et dans cette justice idéale, une victime de viol aurait le droit d'attaquer son violeur en justice, la victime fut-elle en délicatesse avec les services sociaux, avec un casier judiciaire, portée sur la boisson ou entrée illégalement dans le pays. La seule chose qui compte est ce qui est ce qui est reproché à l'agresseur, pas le statut social ou les relations que la victime entretient avec l'administration locale.

dsk1.jpgNafissatou Diallo mériterait peut-être une révocation de son permis de séjour aux Etats-Unis. Peut-être a-t-elle des relations fort louches. Peut-être est-elle vénale et membre d'un réseau de blanchiment d'argent. Et peut-être s'est-elle aussi fait violer par Dominique Strauss-Kahn. Tous ces éléments peuvent être vrais, simultanément.

Aujourd'hui, l'affaire DSK s'est pas mal dégonflée. Dès le début, j'imaginais mal un verdict jetant derrière les barreaux le directeur du FMI pour une quinzaine d'années - même s'il était pleinement coupable des faits qui lui sont reprochés dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan. Les moyens dont disposent la défense sont démesurés. Le bureau du procureur a eu beau jeu de révéler ces nouveaux éléments, il l'a fait seulement parce que les limiers des avocats du politicien les auraient amenés au procès.

Souiller la crédibilité de la victime est une ficelle vieille comme le monde. C'est désormais chose faite.

Aujourd'hui déjà, beaucoup pensent que tout ceci est un coup monté. Personnellement, je pense que non. Contre toute attente, selon moi ces éléments plaident en faveur de l'authenticité de l'agression sexuelle. Si Nafissatou Diallo avait comploté contre un client du Sofitel, elle aurait préparé plus soigneusement son témoignage. Elle n'aurait pas caché des détails gênants de sa vie, nuisant à sa crédibilité, qui auraient fini par être découverts. Elle n'aurait pas nettoyé une chambre supplémentaire après son passage dans la 2806, mais se serait jetée de façon théatrâle devant les caméras de surveillance de l'hôtel juste après l'événement, avec des vêtements déchirés pour faire bonne mesure. Quelqu'un prêt par convoitise à inventer un viol aurait agi avec autrement plus de sang-froid.

Dans l'hypothèse probable où le procureur de New York, Cyrus Vance, se préparerait progressivement à lâcher l'affaire, DSK pourra peut-être tenter un retour politique en France. Mais le soupçon n'est pas levé. Les électeurs de l'Hexagone pourraient ne pas être aussi prompts à en faire un saint que les journalistes et politiciens français.

20 juin 2011

Renens dit oui aux caméras

Les résultats sont sans appel: 57% des votants ont approuvé la pose de caméras à la gare ce dimanche. Une bonne petite claque à une équipe communale prônant le non à tout crin, et dont l'angélisme confine à l'aveuglement volontaire dès qu'il s'agit de criminalité.

Le taux de participation est faible (moins de 27%) mais n'a rien d'inhabituel pour un scrutin de ce type.

Sur les ondes de la TSR, la syndique POP de Renens, Marianne Huguenin, déployait des trésors de langue de bois pour expliquer que la défaite n'en était pas vraiment une; que non, bien entendu, la gauche n'était pas "idéologiquement" arc-boutée contre l'idée de caméras de surveillance (les deux ans de débats au Conseil Communal et l'emploi de l'arme ultime de l'initiative témoignent de cette ouverture d'esprit, tout comme les commentaires des adversaires sur ma prise de position sur le sujet...) et que, bien entendu encore, la Municipalité avait à coeur l'emploi efficace des deniers publics (ce qui se voit tout de suite au vu de ses priorités budgétaires.)

Bref, un déni de réalité typique d'un mouvement politique réticent au possible à demander son avis à la population en dehors des échéances électorales obligatoires, et un rappel mérité à l'existence que vivent les habitants de Renens.

C'est une très belle victoire pour le PLR renanais et pour la sécurité en ville. Comme d'autres je pense, je suivrai de près l'évolution des crimes et délits dans les zones sous surveillance une fois les caméras en fonction, ainsi que le taux d'élucidation de ces affaires une fois les caméras posées.

Évidemment, ce dénouement dépendra grandement de la bonne volonté de la municipalité à mettre en oeuvre la décision populaire. Nous partageons l'inquiétude du PLR à ce sujet, mais dès le premier juillet l'UDC pourra s'associer à l'effort politique au Conseil Communal pour que le scrutin de ce dimanche garde sa signification.

Ce vote illustre enfin le décalage entre les positions idéologiques des édiles de la ville et les préoccupations des citoyens. Il prouve que l'électorat de Renens n'est pas prêt à suivre aveuglément les directives des partis, fussent-ils majoritaires au conseil communal, et ouvre peut-être la voie à d'autres initiatives du même type - en attendant que les habitants de Renens réalisent qu'ils ne se reconnaissent plus dans ceux qui sont sensés les représenter.

so_Renens.jpg
Typique de Renens: loin de se contenter d'avoir un avis, le conseil communal
et la municipalité (tous deux à
gauche) se sont arrogés le droit d'intervenir
directement dans la campagne électorale. Aux frais du contribuable, naturellement.

15 juin 2011

Choisir, c'est discriminer

Cette formule simple me revenait à l'esprit au lendemain de la piètre tentative de rejouer la grève féministe de 1991, qui avait rassemblé un demi-million de personnes. Depuis le temps que l'égalité devant la loi est acquise, les cris de ralliement sonnent creux.

fuschia.jpgEn 2011, on a juste du mal à croire les revendications selon lesquelles les femmes seraient victimes de sous-enchère salariale. Si différence de salaire il y a, elle est selon moi plus à chercher en direction des comportements des uns et des autres. Les femmes choisissent plus souvent l'investissement dans leur vie familiale que dans leur carrière et optent davantage pour le temps partiel.

Je ne fais là qu'énoncer des généralités, les exceptions sont monnaie courante. On peut surtout regretter la paupérisation continue de la classe moyenne suisse à cause des prélèvements obligatoires - impôts et assurances sociales - obligeant de plus en plus les deux conjoints à travailler pour joindre les deux bouts. On peut discuter longtemps de l'opportunité de travailler à temps partiel ou du choix de rester à la maison, encore faut-il en avoir les moyens.

Dans un marché du travail libre, une catégorie de personnes prêtes à travailler à un salaire inférieur toutes choses étant égales tend à s'éliminer d'elle-même. Si une femme et un homme étaient identiques en tout hormis leur rémunération, les chefs d'entreprises se battraient pour embaucher plutôt des femmes, moins chères et tout aussi performantes donc, et réduire d'autant la facture salariale de leur société. A cause de leur rapport qualité-prix supérieur, les femmes seraient très demandées, ce qui amènerait immanquablement les employeurs à proposer des rémunérations plus élevées... Et pousserait rapidement l'écart à se combler en faveur d'un salaire lié à la seule compétence.

Soit les patrons, plus machistes que radins, sont prêts à péjorer les performances de leur entreprise par pur sexisme, soit la sous-enchère salariale entre hommes et femmes est illusoire.

Dans la cosmologie syndicale où le patron fait figure de croquemitaine, pareille perception ne dérange pas plus que ça. Mais heureusement, tout le monde n'est pas obligé d'appréhender le monde professionnel avec des oeillères idéologiques.

Les partisans de l'égalité se battent peu contre les avantages particuliers dont les femmes disposent: exemption du service militaire, conditions de retraite plus avantageuses. A l'inverse des théories sur la sous-enchère salariale, sujette à controverse, il s'agit d'une discrimination totalement assumée, inscrite noir sur blanc dans les textes de loi. Leur égalitarisme est à géométrie variable. Et ne parlons même pas de la garde des enfants en cas de divorce...

De même, le silence est de mise lorsqu'il s'agit de dénoncer les mariages arrangés ou le statut inférieur de la femme au sein des communautés musulmanes en Suisse et ailleurs.

Les différences hommes-femmes ne semblent bonnes à dénoncer que lorsqu'elles permettent de s'en prendre au Grand Capital, ce qui ne surprendra personne.

Mais quitte à entrer dans les revendications salariales, pourquoi se restreindre à l'opposition homme-femme? On pourrait évoquer la beauté:

"Une étude (...) prouve que si les plus beaux gagnent un peu plus que la moyenne nationale, les plus laids perçoivent des salaires de 11 à 15 % inférieurs. "


Ou encore, la taille:

"Les étudiants les plus grands en taille (supérieurs à 1m85) commencent leur carrière avec un salaire de 12,40% plus élevé que celui d'étudiants moins grands."

 

Nobles combats syndicaux en perspective! Ces deux exemples portent sur des différences salariales supérieures aux discriminations prétendument associées au sexe des employés. Les mots d'ordres ne mobiliseront peut-être pas des masses ("petits et laids de tous les pays, unissez-vous!") mais la lutte contre ces abjectes discriminations promets de beaux morceaux de bravoure...

Ce combat est sans fin parce qu'il est dénué de sens. Les gens ne sont pas interchangeables: la notion même de compétence et d'expérience "identique" est extrêmement suspecte. Et s'il y a un biais, il n'est pas toujours dans le sens que l'on croit, comme l'attestent des tests effectués en France avec des CV anonymes qui pénaliseraient... Les demandeurs d'emploi issus de l'immigration ou venant de zones sensibles.

"Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat" disait Louis XIV. Aujourd'hui, on parlerait de cent personnes discriminées. Choisir une personne pour un poste, c'est nécessairement écarter des candidats: certains seront des hommes, d'autres des femmes, des grands, des petits, des beaux, des laids, des droitiers, des bruns, des obèses, ou porteront des taches de rousseur.

Il est aussi facile que tentant de tomber dans le travers simpliste d'un refus motivé par l'apparence ou la condition physique. Quand bien même ce serait le cas - qui a déjà vu un top-model homme, petit, noir, obèse et âgé de soixante-trois ans? - personne ne penserait remettre ces critères en question. Le physique fait simplement partie de beaucoup de définitions de postes. Ceux dont l'amour-propre ne supporte pas l'idée seraient bien avisés d'affiner leurs compétences dans des secteurs où pareils critères n'ont pas d'importance.

Choisir, c'est discriminer. Nous ne sommes pas interchangeables. Et c'est tant mieux.

robots.jpg

Les employés de demain tels que les rêvent les égalitaristes:
A
sexués, compétences identiques, salaire unique, CV anonymisés.

12 juin 2011

Renens face caméra

Dans une semaine, les citoyens de Renens seront amenés à s'exprimer sur la pose de caméras de surveillance dans le voisinage de la gare afin de renforcer la sécurité.

Les votations communales sont rares à Renens. Il faut remonter à 2008 pour retrouver la trace d'une consultation populaire; celle-ci avait pris la forme d'un référendum facultatif pour la réfection de la place du marché. Et je ne sais même pas à quand remonte la consultation précédente.

Cette méfiance des autorités de Renens envers le souverain transparaît de façon assez évidente à la lecture de la brochure d'accompagnement de la votation du 19, dont l'équilibre des propos semble avoir été délégué à une firme nord-coréenne.

votation_renens.jpgLe livret comporte 7 pages imprimées. Les pages 2, 3 et 4 s'annoncent comme un "descriptif de la situation" alors qu'il ne s'agit que d'un plaidoyer tendancieux en défaveur de l'initiative; suit en page 5 la recommandation du NON par la municipalité, puis en page 6 la recommandation du OUI par le comité d'initiative - un petit îlot dissonant dans ce grand cri unanime de rejet des caméras, mais découlant probablement de quelque obligation légale...

La dernière page résume les recommandations de vote des partis et de la municipalité (et moi! Et moi! crie-t-elle) avec encore une fois une écrasante répétition du NON. Le rejet de l'initiative par le Conseil Communal est aussi rappelé en première page, si jamais.

6 pages pour le NON et une page pour le OUI: un équilibre typique du "débat démocratique" à la sauce renanaise. La confiance des défenseurs du NON dans leurs partisans semble très limitée: il faut marteler cent fois le message pour que les camarades comprennent bien comment remplir leur bulletin de vote, avec force regards appuyés...

Mais revenons un peu sur l'historique de ce débat.

  • En février 2009, à la surprise générale, les habitants d'Yverdon approuvent à une majorité confortable une initiative communale de l'UDC locale sur la pose de caméras place de la gare. Configuration classique: UDC seule contre tous, débat ramené à des rires moqueurs et des haussements d'épaule, rejet unanime de cette approche par les édiles en place et... Victoire du OUI dans les urnes.
  • En mars 2009, au détour d'une élection complémentaire, on apprend la fondation d'une section UDC toute fraîche à Renens.
  • En mai 2009, par un étonnant sens de l'à-propos, une motion du PLR pour la pose de caméras de surveillance dans le périmètre de la gare atterrit sur le bureau du Conseil Communal de Renens.

Le hasard fait bien les choses. Mais quelles que soient les raisons qui aient poussé le PLR renanais à faire sienne les solutions de sécurité préconisées par l'UDC, réjouissons-nous: les habitants de Renens en bénéficieront. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait les caméras!

Les caméras constituent une méthode simple et bon marché de gêner la criminalité et d'assister la police dans ses enquêtes. Évidemment, elles ne sauraient suffire à résoudre seules tout problème de sécurité: filmer n'est pas un but en soi, il faut que la police et la justice suivent derrière. Mais comme celles-ci ne dépendent pas encore entièrement des forces de gauche dans notre pays, on peut encore en espérer quelque chose.

renens_gare.jpgLa municipalité et les partis de gauche au conseil communal sont fermement opposés à la pose de caméras, pour des raisons purement idéologiques - dont on se demande parfois si elles ne vont pas jusqu'à remettre en cause la notion d'autorité elle-même. La lecture des "mesures prises" pour lutter contre la criminalité à la gare de Renens comporte une bonne part d'ironie involontaire. Marrains et Parrains de Gare, terrain de sport, création d'un Observatoire de la Sécurité, animation de quartier... Beaucoup d'efforts pour tourner autour du pot et empêcher les fauteurs de trouble d'être punis.

L'argument le plus drôle est sans doute celui du coût, reproché par la municipalité aux tenants de l'initiative:

Les coûts d'un système de vidéosurveillance ne sont pas négligeables. Ils explosent lorsque les caméras sont sous surveillance permanente (ce qui n'est pas demandé par les initiants), mais sont conséquents aussi simplement dans la pose et l'entretien d'un système régulier. (...) Pour 10 caméras sur la Place Sud de la Gare, les initiants ont évalué les frais à Fr. 90'000.- pour les investissements et Fr. 10'000.- pour l'entretien annuel.

 

90'000.- une fois et 10'000.- par an, voilà qui grève un budget - surtout un budget comme celui de Renens, taillé au cordeau pour coller seulement à des projets d'une importance cruciale pour la population. Et puis, combien coûtent par an la farandole inefficace des mesures risibles proposées jusque-là, parrainage, observatoire, centre de rencontre et d'animation, délégué jeunesse, travailleur social de proximité et j'en passe?

Je laisse aux sociologues les raisons pour lesquelles la gauche semble incapable d'accepter des solutions simples, efficaces et bon marché dès qu'il est question de sécurité. En attendant, je soutiens sans réserve l'initiative "pour renforcer la  sécurité à Renens" et je vous invite à vous prononcer en sa faveur le 19 juin.

07 juin 2011

Bientôt sur nos routes

En attendant d'avoir plus de temps pour commenter l'actualité, une petite vidéo de nos amis Wallons, qui, bien qu'habitant un pays avec peu de relief, réussissent à atteindre certains "sommets":



Est-ce au nom de la vitesse, de la pollution ou de la sécurité?

Sans doute ont-ils tant à dépenser pour les routes? Eh bien non, pas vraiment semble-t-il...

Nombre de politiciens doivent saliver de jalousie devant une telle réussite. A quand de tels aménagements en ville de Lausanne, Genève ou Renens? On y vient, on y vient.

26 mai 2011

Sortie du nucléaire: l'esbroufe

Hier, en annonçant "une sortie ordonnée du nucléaire", le Conseil Fédéral s'est couvert de ridicule avec les félicitations du jury.

leuthard.jpgLa déclaration a plu: les divers lobbys anti-nucléaire et mouvements écologistes boivent du petit lait. Divers campeurs "résistants" ont même levé le camp, c'est dire. Les médias saluent la décision de concert - il suffit de lire les éditoriaux d'aujourd'hui. Les quotidiens romands applaudissent la sortie du nucléaire, titre d'ailleurs Le Matin.

Attendez. Les quotidiens romands? Quel nombrilisme! Voyons plutôt ce qu'en dit la presse internationale, forcément médusée par un engagement aussi audacieux! Quoique... Pas un écho sur la page d'accueil du Figaro. Rien sur Libération. Le Monde? Nada. Sur Le Point ou de l'Express, silence radio. Bon, c'était un tour d'horizon de la presse française; par acquis de conscience, allons voir ailleurs... Eh bien, c'est pareil. Rien sur le Times, le Corriere della Serra, le Washington Post ou le New York Times. Bigre!

C'est vrai, l'information a été annoncée hier. La Suisse est si loin: il faudra peut-être du temps pour que les rédactions étrangères ne rendent compte de ce qui se passe. Mais tout de même, on ne m'enlèvera pas l'impression tenace que tout le monde s'en fiche.

Pourtant, il y aurait matière à un article. Dans la rubrique insolite, par exemple: comment, en Suisse, un Conseil Fédéral dont le mandat expire dans six mois prétend engager le pays sur une trajectoire portant sur vingt-trois ans après sa dissolution.

Peu probable que les Suisses de 2034 se sentent très liés par des "engagements" pris en 2011 (fussent-ils applaudis par les quotidiens romands), de même qu'aujourd'hui nous nous sentons assez peu liés par les déclarations solennelles du Conseil Fédéral de 1988 - à supposer que quelqu'un s'en souvienne.

nucleaire.jpgAutre angle d'attaque, les médias étrangers auraient pu saluer l'historique décision suisse les protégeant d'une catastrophe nucléaire apocalyptique. Les particules radioactives ne s'arrêtent pas aux frontières, n'est-ce pas? Grâce à Doris Leuthard, entre 2019 et 2034, les voisins de la Suisse seront progressivement libérés du terrible risque d'une fusion de réacteur de Beznau II ou de Leibstadt, consécutive à un tremblement de terre de niveau 8 sur l'échelle de Richter, à un tsunami, et à l'échec généralisé des procédures d'alerte mises en oeuvre par les secours pendant quelques jours ("croisons les doigts pour que ça n'arrive pas d'ici 2019", disent les anti-nucléaires en claquant des dents.)

Mais là encore, peut-être que le retrait du modeste parc nucléaire helvétique de 5 réacteurs ne pèse pas lourd face à la terreur muette qu'inspirent les 7 réacteurs belges, les 9 réacteurs Espagnols, les 10 réacteurs Suédois, les 19 réacteurs anglais ou les... 58 réacteurs français (et d'autres encore.) Des pays qui ne semblent pas trop remettre leur capital de production énergétique en question. Bon sang, c'est à croire qu'ils ne craignent pas un tremblement de terre suivi d'un tsunami! Et pourtant, l'Angleterre est une île, non? La Belgique a des côtes! Ne comprennent-ils pas les risques? Si même Fukushima ne les incite pas à tout balancer par-dessus bord sur un coup de tête, c'est à désespérer!

Remarquez, il ne faut pas trop cracher sur le nucléaire étranger. La Suisse va en avoir sacrément besoin.

Aujourd'hui, deux kilowatt-heures sur cinq produits en Suisse sont d'origine nucléaire; cela n'empêche pas la Suisse d'importer jusqu'à 20% de son électricité à l'étranger, en hiver, lorsque la demande est la plus forte. Je vous le donne en mille: cette électricité n'est pas produite par des éoliennes.

Les pieuses déclarations de Mme Leuthard sur de prétendues économies d'énergie ou une croissance soudaine de la part du "renouvelable" dans le mélange énergétique suisse pour remplacer les 40% promis à disparaître tiennent des gesticulations infantiles. Ce scénario n'a pas le moindre sens. Mais nous sommes en 2011, année électorale. La logique n'a plus court.

En réalité, le Conseil Fédéral n'a guère annoncé que le gel ou le retrait des plans de remplacement des centrales existantes. La "mise hors service à partir de 2019" des centrales helvétiques pourrait être repoussée de 10 ans, pour chaque centrale. Peut-être que certains des réacteurs les plus anciens, comme Beznau I, seront effectivement arrêtés; des centrales à gaz combleront le déficit de production.

atomkraft-nein-danke.jpgBref, le Conseil Fédéral a simplement annoncé que peut-être, dans un horizon lointain, à partir de 2019 ou plus tard encore, si par inadvertance certains labos de recherche sauce développement durable réussissent à développer des processus de production d'énergie applicables à l'échelle industrielle et à peu près viables économiquement, la Suisse pourrait lentement arrêter certains réacteurs nucléaires anciens et les centrales à gaz construites pour leur succéder.

Si le déroulement prévu prend du retard, la Suisse se contentera d'importer davantage d'électricité nucléaire de l'étranger.

La décision est susceptible de changer un nombre indéfini de fois d'ici et après sa mise en application, au gré des majorités au sein du gouvernement et dans les chambres fédérales. Et dans les urnes en votation.

Hum.

A la réflexion, je comprends pourquoi la presse étrangère n'a pas plus mis en valeur l'annonce du Conseil Fédéral; cela ne méritait guère qu'un entrefilet dans les pages économiques. Quelque chose comme: "A partir de 2019, la Suisse pourrait augmenter ses achat d'électricité sur le marché international de l'énergie." Et encore.

En guise de révolution ça tombe un peu juste, en effet.

Mais, tout de même, les militants anti-nucléaire ont gobé le morceau. Et ça, ça méritait une première page.