04 novembre 2010

Changement et Espoir changent de camp

Voilà, les élections américaine de mid-term et leur résultat prévisible ont eu lieu.

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Que s'est-il passé? Les Démocrates et Barack Obama se sont pris une gifle.

Au delà de cette évidence dictée par les résultats du scrutin, les analyses diffèrent. On connaît l'analyse ressassée par tous les médias ces derniers jours; un excellent article de causeur démoli allègrement la fable:

Pendant longtemps, nos observateurs habituels n’avaient pas voulu y croire : leur icône post-raciale, postmoderne, post-tout, Barack Obama, allait se ramasser une raclée majeure aux élections de midterm. Jusqu’à ce que les sondages, dans une lassante répétition, restent bloqués sur le vert pour les Républicains et sur le rouge pour les Démocrates, on avait espéré, dans les principales rédactions françaises que la « magie Obama » allait transformer à nouveau la citrouille en carrosse. Lorsqu’il s’est avéré que cela ne serait pas le cas, il fallait trouver un responsable à cet incroyable comportement de l’électorat d’outre-Atlantique.

Comme il était inconcevable, pour les obamaniaques officiant chez nous [et en Suisse] dans la politique et les médias, de formuler la moindre critique de l’action du président des Etats-Unis, il fallait trouver d’autres coupables. « Obama dans la bouse, c’est la faute à Fox News. Le peuple n’a rien compris, à cause du Tea Party ! ».

Le modèle explicatif de cette défaite annoncée a pris le ton, en France d’une virulente dénonciation de cette « Amérique que nous haïssons », que l’on avait cru balayée en novembre 2008 avec la déroute des Républicains à l’issue de deux mandats de George W. Bush. Obama n’allait pas perdre, on allait « l’abattre », comme le titrait dramatiquement Libération à la veille du scrutin.

C’est tout juste si on ne suggérait pas qu’on allait assister à une nouvelle forme de lynchage dont les meneurs seraient Glen Beck, le pittbull conservateur de Fox News, et Sarah Palin, la mama grizzly de l’Alaska. On laisse également entendre que le vieux fond de racisme de la société américaine est à l’œuvre dans cette entreprise de démolition du premier président noir de l’Union…

 

Avant de poser la question qui fâche:

Et si la vraie raison était tout simplement que la majorité des Américains trouvent que Barack Obama est un mauvais président ?

 

Inconcevable!

Mais bon, suggérons l'indicible, et imaginons que la première moité du mandat du Président ait été désastreuse. En quoi Barack Obama a été un mauvais président, un président dont les Américains ne veulent plus?

Face à cette inconfortable hypothèse, les médias européens tombent une fois de plus dans une flagrante tentative de réécrire l'histoire. Selon leur fiction orwellienne, Obama aurait "échoué" à faire passer ses réformes à cause d'une "opposition républicaine résolue" et son manque de réussite aurait enfoncé sa popularité. Opposition républicaine? On ne sait où elle aurait siégé durant ces deux ans: la gauche américaine disposait de tous les leviers du pouvoir. Présidence, Sénat, Chambre des Représentants, avec de larges majorités permettant même de faire échouer toute tentative de blocage tactique par la minorité, comme la méthode de la flibuste. Même la majorité des gouverneurs des Etats était dans leur camp. Les Républicains n'avaient plus qu'influence politique dérisoire, éreintés par la déferlante Obama de 2008.

On était aux antipodes d'un Obama contrarié, aux ailes coupées par les forces du destin - l'histoire qu'on essaye de nous faire gober aujourd'hui.

Au contraire, Obama avait une liberté d'agir pratiquement inégalée. Et il s'en est servi.

Voilà la triste vérité. Obama est entièrement responsable de son échec. Il a mené la politique qu'il a voulu, souvent au forceps face à l'opinion publique. Sa politique résolument à gauche l'a mené à la défaite et à celle de son camp. Il a déçu et s'est aliéné la plus grande partie de la population américaine. Pas seulement les militants du Tea Party, non; pas seulement les Républicains minorisés; pas les racistes, bigots, tarés des armes et frustrés incultes que dépeignent les médias européens à longueur de journée dès qu'ils filment un reportage en Amérique. Non, il s'est aliéné la plus grande partie des électeurs qui vivent là-bas, des électeurs modérés, membres d'aucun parti. Une classe moyenne qui ne s'en sort plus.

Obama a été tellement à gauche qu'il s'est même mis à dos nombre de démocrates écoeurés par le radicalisme de son administration. Quand même des démocrates (tels Joe Manchin, Just Bobby) ou des ex-démocrates comme Jim Marshall font campagne en se distanciant d'Obama et de sa politique, pas besoin d'être devin pour comprendre qu'il y a un problème!

Victor Davis Hanson donne une analyse limpide de ce revirement: les gens ont eu le sentiment qu'ils s'étaient fait avoir. Ils pensent qu'ils ont été trompés en 2008, lorsque les médias et les slogans d'Obama les ont amenés à voter pour quelqu'un qui n'avait, au bout du compte, aucune intention de gouverner de la façon dont il avait fait campagne.

Les Américains se sont souvenus de son discours d'unité et de dépassement des clivages, et ont réalisé qu'ils avaient en fait élu le président le plus dogmatique et partisan de leur histoire. Ils se sont rappelés ses appels à la compréhension mutuelle, ils ont vu son silence et son mépris pour l'opinion lors de sa réforme de la santé. Ils avaient foi en un président défenseur de l'Amérique, avant de le voir, littéralement, courber l'échine devant des dictateurs - y compris en les accueillant sur le sol américain. Ils pensaient élire un président moderne, ils se sont retrouvés avec un socialiste qui n'aurait pas dépareillé sur le Vieux Continent (sans doute une des raisons pour lesquelles il continue d'y être tellement populaire...)

Alors, ils ont voté, non pour les Républicains, dont ils ont une piètre opinion, mais contre les Démocrates. En attendant de pouvoir atteindre Obama directement, lorsqu'il remettra son mandat en jeu en 2012.

A moins qu'Obama ne change sérieusement de cap, ce dont je doute, la gifle reçue hier ne sera vraisemblablement pas la dernière.

02 novembre 2010

L'Utopie à pleins tubes

800 délégué-E-s du Parti Socialiste Suisse ne se déplacent pas pour rien. Ils-Elles étaient attendus ce week-end à Lausanne pour un congrès marathon sensé définir le nouveau programme socialiste pour les vingt ans à venir - des lignes directrices devant servir de guide à toute une génération, comme le décrit avec une légère emphase une dépêche de l'ATS. Et ces lignes ont été tracées.

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Camarades, la Planification est en marche!

Au menu socialiste nouvelle formule:

  • Le Revenu Minimum garanti.
  • Le Droit de vote et d'éligibilité à seize ans.
  • Le Dépassement du Capitalisme.
  • La Suppression de l'Armée (quelques réactions amusées ici)
  • Une Adhésion rapide à l'Union Européenne.

Autant pour les journalistes pour qui le PSS avait fait son aggionamento vers la social-démocratie... Et encore, on est passé à côté de quelques perles, comme la semaine de 4 jours, écartée d'un cheveu - 196 voix contre 188. Dommage.

On le voit, les socialistes suisses vivent dans un monde étrange et merveilleux où les positions du parti suffisent à définir une nouvelle réalité, d'où les contraintes (économiques, politiques, démocratiques) sont absentes. C'est du Demain On Rase Gratis puissance mille, un cocktail enivrant de bonheur, de bisous, d'amitié solidaire et de paix entre les peuples...

Je pourrais passer du temps à expliquer, comme tant d'autres l'ont fait avant moi, que le Revenu Minimum conduit au chômage des jeunes et au travail au noir; je pourrais dénoncer le cynisme de ceux cherchant à bâtir un succès électoral éphémère en exploitant la rébellion adolescente; je pourrais réclamer avec curiosité le plan détaillé permettant aux socialistes de dépasser (par la gauche) le capitalisme et comment on créerait de la richesse dans leur système. Mais ce ne serait pas très utile: autant attendre que les points du programme soient développés, enrichis, puis soumis au peuple.

Rien ne presse, nous avons une génération devant nous.

Les socialistes sont des écrivains de science-fiction qui s'ignorent. Hormis leur style ampoulé, le manque d'ambition est leur seul défaut. Quitte à pousser dans l'Utopie, pourquoi se restreindre? Pourquoi pas le droit de vote à douze ans? Pourquoi ne pas réclamer l'abolition de la Guerre, tant qu'à faire? Exiger le Salaire Unique? La Semaine de Un Jour? Le Bonheur Universel et la Félicité Sans Limite?

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Si la Volonté, c'est-à-dire le Verbe, modèle la réalité (et c'est un des fondements de la pensée de gauche) alors, paradoxalement, certains délégués se distinguent par l'étroitesse de leur imagination. C'est vrai, pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Abolir l'armée juste en Suisse, alors qu'il aurait été si simple de décréter la Paix Mondiale! Et quid de la Police? Déclarons que les crimes et délits sont interdits, et hop! Plus besoin de police! Logique, non? Moi, des programmes socialistes, je peux vous en écrire une douzaine, sans forcer, tous plus ambitieux que la copie rendue par les délégués réunis à Lausanne ce week-end.

Mais derrière les envolées lyriques de leur programme, les socialistes doutent.

Présente samedi, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a encouragé l’assemblée en glissant ses vieilles lunes de théories du complot: "Ne baissons pas les bras. Economiesuisse a ses représentants au Conseil fédéral. Nous avons besoin d’un parti socialiste fort et soudé." Pierre angulaire de ce socialisme solidaire avec lui-même: deux sièges au Conseil Fédéral. Il n'a jamais été question de les abandonner, bien au contraire. Les instances du parti ont beau évoquer la remise en jeu de la participation du PS au Conseil fédéral en thème d'un congrès extraordinaire en novembre 2011, entre les élections fédérales et l’élection du gouvernement, les conclusions sont prévisibles. Allez, je vous dévoile la surprise: le PS serre les dents, mais reste.

L'utopie érigée en programme est pourtant inquiétante. La posture ressemble à un baroud d'honneur. Le PS coupe définitivement les ponts avec le réel.

Electoralement, les socialistes se font grignoter de part et d'autre. Sur leur gauche, par les Verts, Communistes et autres extrémistes; sur leur droite par la pléthore de partis flottant dans le marais centriste: Démocrates-Chrétiens, Bourgeois-Démocrates, Verts Libéraux, Evangéliques, Chrétiens-Sociaux, Radicaux-Libéraux parfois... Le chemin du Socialisme authentique est étroit.

Mais ce n'est pas le plus grave. Le PSS souffre d'une sérieuse crise interne. Les militants se divisent entre les utopistes/révolutionnaires/extrémistes et les réalistes/progressistes/modérés, un clivage repéré par de nombreux politologues, comme Fabio Wasserfallen de Zurich qui expliquait en avril dans les colonnes du Temps:

[La gauche] n’a pas de profil clair. On y défend de la même manière l’adhésion à l’UE, une politique d’immigration libérale, la protection de l’environnement, mais aussi le maintien des acquis sociaux, la protection des défavorisés, etc. C’est problématique. Il y a une grande différence et une divergence d’intérêts entre un électorat de gauche urbain, de pensée libérale, formé plutôt de personnes très qualifiées, des gens qui se reconnaissent dans la conseillère nationale Simonetta Sommaruga, et l’aile syndicale traditionnelle, des salariés modestes, attachés à l’Etat social, à la protection de l’emploi, avec le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard. Cela frustre les uns et les autres.

[Le PS] n’a jamais voulu choisir entre les deux ailes. Il prétend rassembler les contraires. La base populaire n’est pas chaude pour l’adhésion à l’UE à cause des emplois, ni pour la libéralisation du cannabis. Les problèmes de sécurité ou l’immigration la touchent en premier. Et l’aile urbaine préfère donner sa voix aux Verts libéraux parce qu’elle trouve le PS trop dogmatique en matière sociale ou économique.

 

Entre un électorat urbain bobo et une base syndicaliste conservatrice, le PS tente de concilier les contraires - et déçoit.

Ces courants ne sont pas de force égale. Au sein des instances dirigeantes comme les délégués réunis à Lausanne, on compte grosso modo un tiers de réalistes contre deux tiers d'utopistes. La prise de position du Parti sur l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers illustre ce clivage à merveille: 144 voix pour soutenir le contre-projet, 288 pour le double non et la pureté idéologique (et les larmes d'Ada Marra.)

Le programme du PS étant l'oeuvre des délégués, l'utopie l'emporte. Mais l'électorat socialiste pourrait ne pas se reconnaître dans ce portrait. Il y a un gros problème à vouloir regrouper des populations aux objectifs aussi antagonistes sous un même toit, et je ne suis pas le seul à souligner cette difficulté. Or, dans un couple, les engueulades sont d'autant plus violentes que les affaires vont mal...

Mieux que n'importe quel discours, les prochaines échéances électorales montreront si la mouture 2010 du programme du Parti Socialiste Suisse séduit l'électorat. J'ai ma petite idée. En attendant, le double Non prôné par les délégués le 28 novembre promet au contre-projet de l'Initiative sur le Renvoi des Criminels Etrangers un enterrement de première classe.

Les socialistes sont repartis de leur fête lausannoise avec en tête des lendemains qui chantent. Ils s'exposent à une sacrée gueule de bois.

28 octobre 2010

Renvoyons les criminels étrangers!

Le 28 novembre, les Suisses seront amenés à voter sur l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers. Depuis quelques jours, la bataille politique et médiatique est engagée: à un mois de la votation, nous entrons dans la dernière ligne droite de la campagne.

Le succès prévisible de l'initiative a plongé ses adversaires dans le désarroi. Mais la perspective du 28 novembre ne doit pas faire oublier trop vite les innombrables épisodes de la saga, entre le dépôt de l'initiative et sa mise en votation...

udc-pour-plus-de-secu.jpgDès le dépôt de l'initiative, la classe politique helvétique n'eut qu'une seule réaction, le déni, suivi plus tard d'une campagne d'indignation très artificielle contre l'affiche aux "moutons noirs". Mais les gens ne les suivirent pas: les chiffres de la criminalité étrangère et l'expérience vécue par la population ne permettaient pas de balayer la question sous le tapis. Le divorce entre la population et les partis du centre et de la gauche était total.

Deux secousses majeures vinrent remettre en question le statu-quo côté politique: d'une part, le large soutien populaire à l'initiative, qui récolta plus de 210'000 signatures là où 100'000 auraient suffi; et d'autre part, le succès surprise de l'Initiative Contre les Minarets, prouvant que le plébiscite du peuple pouvait franchir les obstacles de la double majorité de la population et des cantons, de l'obstruction de la classe politique, et du traitement partisan de l'information par les médias.

Le Parlement décida alors de réagir, ficelant à la va-vite une alternative douteuse sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir.

Notons tout de même l'évolution de la situation, passée par trois stades assez typiques de confrontation avec le réel:

1. Il n'y a pas de problème. Sans problème, rien à résoudre: les étrangers sont tous bien intégrés en Suisse, les étrangers ne sont pas plus criminels que les autochtones, etc. Malheureusement, les chiffres de l'Office Fédéral de la Statistique vinrent vite démolir ce tableau idyllique et parfaitement illusoire: en 2009, 70.2% des détenus étaient de nationalité étrangère - à comparer avec la proportion de 21.7% d'étrangers dans la population. Les étrangers sont donc sur-représentés dans les prisons helvétiques et, je vous rassure, ce n'est pas dû à une excessive sévérité des juges à leur encontre. Pire, les étrangers sont particulièrement représentés dans les catégories de crimes graves: 62% d'étrangers pour les condamnations pour viols, 54% pour les lésions corporelles graves, 59% pour les homicides...

2. C'est impossible / C'est illégal. Les accords internationaux signés par la suisse rendent impossible l'expulsion de délinquants étrangers, c'est contre la Constitution, la Suisse fait partie de l'espace Schengen, c'est de la "double-peine", et un type vivant depuis trente ans en Suisse avec femmes et enfant y pensez-vous seulement? Balayons d'office ces tentatives d'obstruction: malgré de nombreuses manoeuvres pour empêcher de la soumettre au peuple, l'initiative est parfaitement légale, au grand dam des opposants. Si elle ne l'était pas, elle ne serait pas présentée en votation.

3. C'est possible et légal, et en fait, on le fait déjà. On le fait même tellement bien que l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers est inutile! Je vous assure, chers lecteurs, c'est désormais le point de vue officiel de la Commission fédérale pour les questions de migration! Evidemment, pas un journaliste pour relever cette petite contradiction avec les postures précédentes...

Si 58% de la population approuve l'initiative selon le dernier sondage en date, c'est bien parce que la législation actuelle et son application laissent à désirer. Chacun y va de son estimation sur le nombre de criminels étrangers plus ou moins renvoyés du pays: 750 personnes renvoyées en 2009 selon une enquête réalisée par la Commission fédérale pour les questions de migration auprès des cantons; 400 expulsions en moyenne chaque année selon les chiffres de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.

Des chiffres qui ont pris un sacré coup de fouet depuis que l'initiative sur le renvoi est sur les rails, comme par hasard.

Le système actuel est-il satisfaisant? Bien sûr que non - la population carcérale et l'explosion de la criminalité le prouvent. En fait, les statistiques plus ou moins précises évoquant le nombre de délinquants renvoyés de Suisse, à supposer qu'ils le soient effectivement, manquent leur cible. Il n'est pas très important de savoir qu'on renvoie avec la législation existante cinq, cent ou mille criminels étrangers aujourd'hui. Ce qui compte, c'est le nombre de criminels étrangers qu'on ne renvoie pas, et on comprend sans effort pourquoi sur ce point les autorités sont si discrètes. Chaque récidiviste étranger resté en Suisse à l'issue de sa peine est un argument de poids en faveur de l'initiative.

Comme sur n'importe quel sujet amené sur le tapis par l'UDC, les invectives fusent assez vite (voyons ce que donneront les commentaires de ce billet!) mais les raisons de renvoyer les criminels étrangers sont évidentes:

  • L'initiative ne vise que les criminels étrangers, contrevenant gravement à l'ordre et à la sécurité publiques. Trop facile de mettre dans le même sac les étrangers criminels et les étrangers honnêtes, comme les mélangent les adversaires du texte en parlant d'une initiative "xénophobe"!
  • L'initiative améliorera la sécurité et réduira l'engorgement des prisons et le taux de récidive, puisque les criminels étrangers ne seront plus en Suisse s'ils décident, un jour, de récidiver. On évitera donc d'avoir les mêmes individus qui passent et repassent dans les mêmes cellules helvétiques au confort reconnu jusqu'au Nigeria.
  • L'initiative unifiera des pratiques cantonales de renvoi totalement disparates (et donc inefficaces, voire injustes) ayant court aujourd'hui.
  • L'initiative enverra un signal fort à tous ceux qui souhaiteraient se rendre en Suisse pour s'y livrer à des trafics, des cambriolages ou d'autres délits.

Certes, l'Initiative pour le Renvoi ne résoud pas tous les problèmes possibles et imaginables, mais elle s'attaque à la criminalité de la bonne façon. Et, plus que tout, en tant qu'étranger naturalisé, je soutiens cette initiative parce qu'elle permet de trier le bon grain de l'ivraie.

Pour les socialistes et le centre-gauche, un criminel étranger est tout aussi digne de respect, d'accueil et d'intégration qu'un étranger honnête; cette confusion désastreuse, entretenue au nom du tiers-mondisme et d'une approche soixante-huitarde de la criminalité, se fait au détriment de tous les immigrés résidant en Suisse, dont l'écrasante majorité est travailleuse et bien intégrée.

Expulser les étrangers facilitera l'acceptation des immigrés honnêtes au sein de la population suisse. On ne pourra enfin plus faire le lien entre "criminel" et "étranger".

Le soutien au renvoi des criminels étrangers dépasse largement les clivages politiques: selon un sondage SSR, 55% des électeurs du PLR l'approuvent, ainsi que 45% des PDC et même... 38% des socialistes. Que ceux qui prétendent incarner le point de vue de la gauche se le rappellent bien!

21 octobre 2010

L'erreur du juge

Michel Lachat est un Juge des mineurs désormais célèbre - deux soirées de Temps Présent lui ont été consacrées par la TSR, émissions qui auraient battu des records d'audience d'après le quotidien Le Matin.

Le magistrat fribourgeois se déclare plutôt discret et n'aimant pas trop se mettre en scène. En 2003 pourtant, un article lui était déjà consacré dans journal La Gruyère, et déjà aussi, M. Lachat s'inquiétait de la trop grande discrétion de son office, qu'il combattait à sa façon en multipliant "les cours, les conférences, les débats et les interviews." Pourquoi cette frénésie médiatique? Afin d'éviter la tendance de certains politiciens à "surexploiter la délinquance juvénile" pour faire campagne...

418754_juge.jpgMais cette inquiétude ne serait-elle pas nourrie par des soupçons sur sa sévérité?

Le temps d'antenne qui lui est consacré est évidemment bien construit: on le voit, homme orchestre tour à tour sermonnant, rassurant, tançant et surveillant l'exécution des peines des jeunes dont il suit les dossiers. Des fois il fait les gros yeux, et parvient à faire craquer une adolescente peu sûre d'elle. Mais quid des sanctions? Sont-elles dissuasives? Les jeunes reviennent-ils sur le droit chemin?

Un indice de la sévérité du juge nous est donné à travers une autre émission, Zone d'Ombre, citée dans Temps Présent, évoquant le crime de Clarens: le 29 mai 2006, Enzo, un homme de 62 ans, est sauvagement assassiné à son domicile près de Montreux. L'homme a subi une véritable séance de torture et les assassins sont revenus sur les lieux deux jours plus tard pour incendier l'appartement et faire disparaître leurs traces. L'animateur Daniel Monnat résume en quelques phrases toute l'ambiguité de la justice des mineurs pour ce qui est du volet "sanction", car le jeune le plus impliqué dans cette mise à mort, Samir, était mineur au moment des faits.

Samir veut repartir à zéro mais c'est quand même difficile quand on a planté vingt fois son couteau dans le corps d'un homme après lui avoir défoncé le visage à coup d'haltères et lui avoir tailladé la joue pour le faire souffrir encore plus.
Eh bien, pour tout ça, Samir a été condamné à... rien du tout. Il a été placé dans une institution, dans un centre éducatif, il sortait la journée pour accomplir son apprentissage et puis le week-end il bénéficiait de congés où il allait boire des bières avec ses amis, à Vevey.

 

Le décor est planté. Face à ce crime atroce, on peut se poser la question: si un type pareil n'est pas enfermé, qui le sera?

Mais, bien qu'il n'ait pas jugé l'affaire lui-même, Michel Lachat argumente:

Mais nous savons maintenant, par des statistiques extrêmement précises que les longues peines de privation de liberté sont négatives. La plupart des jeunes qui sont longuement placés en prison sont des récidivistes en puissance. Des criminologues américains viennent de le prouver. J'ai d'autres exemples: une loi très punitive, celle de l'Ecosse, et là nous avons plus de 90% de récidivistes... En France, 75%, en Allemagne, 80%, en Suisse, nous n'avons pas de chiffres précis mais nous avons une estimation entre 35% et 45%, donc on se rend compte que la manière de procéder en Suisse me paraît assez judicieuse.

 

Intéressant comme le juge des mineurs arrive à englober l'entier de la politique répressive d'un pays au travers d'une statistique unique de "récidive". Les fautifs sont-ils attrapés par la police? Les prisons sont-elles comparables? Va-t-on en prison pour les mêmes choses et pour aussi longtemps? Je ne peux pas me prononcer pour l'Ecosse, mais je peux vous dire qu'en France, il faut avoir une véritable carrière de bandit professionnel pour atterrir en prison tout en étant mineur. Et quid des coupables qui sont passés devant un juge étant mineurs, n'ont pas eu droit à la prison, et ont récidivé par la suite? Voilà une statistique autrement intéressante. Dommage qu'elle ne soit pas disponible.

Mais le juge tient à l'aspect purement négatif des peines de prison. Il tient le même discours dans les pages du Matin, où il exprime cette énormité:

"Attention, plus on les met en prison, plus ils récidivent!"

 

Une faute logique d'une telle amplitude chez un homme aussi intelligent que M. Lachat est consternante. Le juge des mineurs fribourgeois pense que de mettre un mineur en prison revient à lui préparer une carrière de récidiviste. De deux choses l'une:

- Soit ce raisonnement est vrai pour tout le monde et tout le temps, et pas seulement pour les mineurs. Cela signifie donc qu'enfermer qui que ce soit ne résoud rien, bien au contraire. La prison serait donc contre-productive. Poussons la logique à son terme: éliminons les prisons et il n'y aura plus de récidivistes!

- Soit ce raisonnement est vrai, mais seulement pour les mineurs. Samir avait dix-sept ans et demi au moment des faits; les deux accusés majeurs principaux, une jeune femme âgée de 21 ans et son co-accusé de 24 ans, ont tous deux été condamnés à 20 ans de réclusion. Le juge (pour adultes) a plus pensé à protéger la société de ces monstres qu'à leur éventuelle réinsertion...

La première hypothèse ne paraît pas très sérieuse. La seconde, crédible quelques minutes, ouvre une piste intéressante: quel est l'instant magique où un criminel passe du statut de mineur où la prison est contre-productive, au statut de majeur où la prison est salutaire? A minuit une le jour fatidique? Lorsqu'il souffle les bougies de son gâteau d'anniversaire? Lorsqu'il ouvre ses cadeaux?

On le voit, par quelque extrémité qu'on le prenne, le point de vue de M. Lachat est une absurdité.

Dommage que ce soit celui de la justice fribourgeoise.

17 octobre 2010

Les vilains chiffres de la retraite française

On le sait, un des prétextes majeurs à l'obstruction de la réforme des retraites en France tient à des critères de passe-droit: qui aura le travail le plus pénible, et qui aura donc "droit" à un repos bien mérité plus tôt que le voisin? Dès qu'on évoque le droit (en fait le privilège) d'accéder à une retraite en avance par rapport au régime général, les masques tombent. Devant pareil Graal, les mêmes qui vous chantaient deux secondes plus tôt les mérites d'un système "solidaire" se retrouvent à réclamer des avantages correspondant à leur cas particulier.

098123z_retraite.jpgJe veux bien l'admettre, évaluer la pénibilité du travail tient de la gageure. On objectera néanmoins deux choses:

  1. De la même façon que les publicités pour les fonds de placement insistent bien, en montrant leurs belles courbes, que "les performances passées ne constituent en aucun cas une garantie pour les performances futures", qui peut savoir si un métier pénible aujourd'hui sera toujours un métier pénible demain? Ou, au moins, aussi pénible? La mécanisation, l'évolution des techniques de protection, le contrôle des processus sont autant de façons de réduire la pénibilité d'un travail. D'où un paradoxe assez tordu: faudrait-il refuser les améliorations qualitatives d'un emploi pour conserver des privilèges d'accès à la retraite?
  2. Pourquoi ces gens effectuant des travaux pénibles au point de peser sur leur santé ne changent-ils pas de carrière? Pourquoi un carreleur débutant s'écorchant les genoux devrait-il rester encore carreleur à 65 ans? Certes, il y a des malheureux qui n'ont guère le choix, mais je ne peux pas croire que tous ceux qui effectuent un travail pénible ou dangereux n'aient aucune alternative, et ce durant toute leur vie professionnelle. Il y a un temps pour des travaux physiques et un temps pour une évolution en chef de chantier, en formateur ou carrément autre chose. Les périodes de chômage, pour douloureuses qu'elles soient, sont pourtant propices à ce genre de réorientation. On en arrive ainsi à un deuxième défi: comment calculer des droits de retraite préférentiels à un type qui a été mineur pendant six ans, gérant de magasin pendant 12, et surveillant sur un site pétrochimique pendant le reste de sa carrière? A vos calculatrices!

Si les syndicats crient volontiers contre l'approche individuelle choisie par le gouvernement français pour répondre à la question de la pénibilité, ils se gardent bien de formuler une alternative qui tienne la route.

Mais pour les besoins de mon propos, considérons la vie professionnelle telle qu'elle est vécue (ou rêvée?) en France: le même job de l'entrée dans le monde du travail jusqu'à la retraite, sans aucune évolution ni réorientation de carrière, ni période de chômage. Une situation "idéale", donc.

C'est en général à ce stade de la conversation que votre interlocuteur, quel qu'il soit, se lancera dans une diatribe expliquant pourquoi son travail à lui est si pénible. Horaires irréguliers, déplacements professionnels, périodes de piquet, manipulation de produits douteux, risque de se prendre une balle dans l'exercice de ses fonctions, vapeurs de benzène cancérigène respirées pendant qu'on fait le plein d'essence... Autant de témoignages souvent livrés avec beaucoup d'emphase, mais pas forcément mesurables.

Or, il y a une façon nettement plus originale d'aborder le problème: c'est de le regarder dans l'autre sens, depuis la retraite.

Plutôt que de s'empoigner sans fin sur les maux qu'on ramène du travail, posons la question autrement: combien d'années de retraite paisible le système actuel accorde-t-il à chacun?

Les statistiques existent. Espérance de vie moyenne selon l'activité professionnelle passée, âge de départ en retraite, durée de cotisation, tout y est.

Mais aborder la retraite sous cet angle revient à formuler l'indiscible, comme le fait Philippe Douroux:

À l’heure de la retraite, mieux vaut être cheminot, un gazier, un électricien, un ancien de la RATP, cadre, journaliste, professeur certifié ou agrégé. Les intellectuels supérieurs au sens de l’Insee [entre autres, professeurs, scientifiques, journalistes, ingénieurs et cadres techniques d’entreprise...], qui prennent aujourd’hui leur retraite à 60 ans, peuvent espérer la toucher durant 21 ans. Mais les champions de la retraite de longue durée sont les anciens agents d’EDF (24 ans), de GDF (26 ans), de la RATP ou de la SNCF (25 ans). À l’inverse, un ouvrier n’aura, en moyenne, que 13 années de retraite. Mais attention, il s’agit là de moyenne, car un cheminot ou un professeur de fac, né en 1950, et qui va prendre sa retraite cette année, peut toucher sa pension pendant 40 années !

 

Le journaliste indépendant (tout de même hébergé sur la plate-forme blog du Monde) enfonce le clou avec des statistiques encore plus détaillées:

À 35 ans, un ouvrier peut espérer vivre jusqu’à 73 ans, une ouvrière jusqu’à 78 ans [« en bonne santé » ou sans incapacité, c’est-à-dire sans limitation d’activité, ou sans incapacité majeure liée à des maladies chroniques, aux séquelles d’affections aiguës ou de traumatismes.]. Au même âge un cadre peut espérer vivre jusqu’à 80 ans et une cadre jusqu’à 82 ans. Avec un âge de départ à la retraite identique, l’ouvrier aura 6 années de retraite en moins.

A 35 ans, un inactif non-retraité peut espérer vivre jusqu’à 64 ans, un ouvrier jusqu’à 73 ans, un employé jusqu’à 75 ans, un artisan, un commerçant, un chef d’entreprise ou un agriculteur jusqu’à 78 ans et un cadre ou un « intellectuel supérieur » jusqu’à 81 ans. En touchant une retraite au même âge, l’intellectuel en bénéficiera durant 17 années supplémentaires.

A la SNCF, l’âge moyen d’ouverture des droits à la retraite est de 55 ans, la retraite dure en moyenne 27 ans et l’âge moyen du décès est de 82 ans.

A la RATP, l’âge moyen du départ à la retraite est de 55 ans, la retraite dure en moyenne 24 ans et l’âge moyen du décès est de 79 ans.

A EDF et GDF, l’âge moyen du départ à la retraite est de 56 ans, elle sera servie pendant 23 ans et l’âge moyen du décès des électriciens et gaziers est de 79 ans.

 

Conclusion peu surprenante: il fait bon être employé d'une régie publique française.

On comprend dès lors la volonté d'une minorité agissante de s'opposer à toute réfome des retraites, car ouvrir le dossier ne peut à terme que remettre en question les privilèges indus dont disposent certains agents de la fonction publique depuis si longtemps. Et encore, n'a-t-on même pas effleuré les pensions que touchent ces retraités décidément terriblement solidaires - avant tout, d'un système qui leur profite bien.

23 septembre 2010

Le baroud d'honneur de la concordance

Au lendemain de l'élection au Conseil Fédéral de Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann en remplacement de Moritz Leuenberger et Hans-Rudolf Merz, les médias se félicitent qu'aucun drame n'ait eu lieu. Une Socialiste et un Libéral-Radical remplaçant un Socialiste et un Libéral-Radical, quel exploit... Ils célèbrent même l'événement historique que représente cette élection: pensez donc, pour la première fois, deux Bernois d'un coup au gouvernement!

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...Non? Tiens, on me glisse dans mon oreillette que ce n'est pas ce record-là que l'on célébre aujourd'hui? Je me moque gentiment, bien sûr. Les bien-pensants n'ont à la bouche que "l'avancée", voire la "revanche" que symbolise l'élection d'une quatrième femme au Conseil Fédéral. Simonetta Sommaruga permet en effet aux femmes d'être une majorité; une réussite que les socialistes s'empresseront d'ajouter à leur tableau de chasse, lavant leur échec à placer une première femme au Conseil Fédéral. En 1984, la première élue du genre, Elisabeth Kopp, avait en effet le mauvais goût d'être radicale.

Mais cette célébration surannée d'un féminisme en retard d'une guerre froide n'est là que pour combler un vide. Au lendemain d'une élection réussie, et celle-ci l'est dans la mesure où on a grosso-modo suivi le script prévu, il faut bien célébrer quelque chose.

La mort d'un système, peut-être?

Chacun en convient, 2011 sera l'année des grandes manoeuvres - donc de grands bouleversements. Bien malin qui peut annoncer la composition du CF à la fin de l'année prochaine. Rien n'est moins sûr que celui-ci continue à suivre la logique arithmétique qui a vaguement prévalu depuis un demi-siècle.

Sur le sujet, on peut saluer la remarquable tentative de réécriture de l'histoire à laquelle se livre Bernard Wuthrich du Temps dans son éditorial d'hier:

L’Université de Genève a consacré récemment un colloque à la réforme du gouvernement. Les participants ont regretté de voir que «les conseillers fédéraux cherchent surtout à se protéger les uns des autres plutôt que de vouloir avancer ensemble». (...)

Ce phénomène s’est accentué depuis le passage de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Or, et les deux sont liés, c’est aussi à ce moment-là que la fameuse formule magique de 1959, répartition purement arithmétique des sept sièges entre les quatre plus grandes formations, péclote.

C’est au début de 2008, lorsque l’UDC a décidé d’exclure Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel ­Schmid de ses rangs, qu’elle est morte. Bien qu’ayant recueilli 29% des suffrages lors des élections de 2007, l’UDC n’a plus qu’un conseiller fédéral. Par sa propre décision, puisqu’il a décidé d’exclure deux magistrats que le parlement avait élus sous l’étiquette de l’UDC avant d’obtenir l’élection d’Ueli Maurer en remplacement de l’un d’eux.

En agissant ainsi, l’UDC a ouvert la boîte de Pandore. Chaque parti se sent désormais libre d’utiliser la moindre élection partielle pour tenter de modifier la composition du gouvernement. Avec quel argument? Simplement en proposant sa propre interprétation de la formule arithmétique.

 

Revoilà stigmatisée la méchante UDC, menée par le terrible Blocher-mangeur-d'enfants. La boîte de Pandore ouverte en 2007? Erreur de calendrier assez grossière - huit ans, au bas mot. En réalité, la concordance arithmétique est morte en 1999, lorsque les partis établis ont refusé un second siège à l'UDC. En 2003, on aurait pu croire à son retour après le duel épique entre M. Blocher et Ruth Metzler, remporté d'un cheveu. Les démocrates-chrétiens avaient alors tenté de s'accrocher mordicus à deux sièges sans rapport avec leur force électorale. M. Blocher rapporta enfin à l'UDC un second siège auquel elle avait droit, mais ce retour de la concordance n'était que le dernier sursaut d'un système en bout de course. Les promesses de vengeance du PDC contribuèrent largement à le réduire en lambeaux: la période 2003-2007 était un dernier souffle. Depuis 2003, l'opportuniste PDC centriste n'en a fait qu'à sa tête, sans la moindre stratégie à long terme. En 2007, la non-réélection de Christoph Blocher est orchestrée depuis les coulisses; en 2009, le PDC conteste le siège Libéral-Radical au prétexte que son groupe parlementaire allié aux Evangéliques et aux Verts (!), est finalement plus nombreux que ses concurrents libéraux-radicaux; hier encore, M. Darbellay, grand statège de couloir, cherchait encore à comprendre comment des membres de son groupe avaient pu faire fi de sa stratégie infaillible et voter pour l'abominable, le terrifiant UDC Jean-François Rime...

450px-Swiss_National_Council_Session_Spectators.jpgDieu sait ce qu'ils nous préparent pour 2011, lorsqu'ils seront au coude-à-coude avec les écologistes!

Bref, la concordance n'est peut-être plus qu'un souvenir. Ce n'est pas une raison non plus pour confondre les victimes et les fossoyeurs.

On oublie le pourquoi de la concordance. Ce mécanisme ne doit rien au hasard. Il a été inventé pour couper les ailes de l'opposition - des partis importants au Parlement, mais absents du gouvernement. Les partis d'opposition (à gauche, disons-le) avaient la fâcheuse tendance de critiquer le Conseil Fédéral et de lancer des référendums à tout bout de champ. En coupant le gâteau étatique en parts équitablement distribuées aux uns et aux autres, la classe politique suisse avait trouvé un compromis pour amadouer le Parlement et saper toute opposition.

En effet, une fois au Conseil Fédéral, plus possible de critiquer: chaque parti devait défendre un gouvernement dans lequel il était représenté. Plus aussi facile de se mettre dans le costume confortable du contestataire, plus aussi évident de dresser la foule contre chaque réforme...

Quel meilleur moyen d'apaiser la colère d'un politicien rival qu'en lui offrant un poste? Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui me contredira!

L'opération fonctionna pendant quelques décennies. Exemple unique dans une démocratie en paix, la Suisse se retrouva avec un gouvernement qu'ailleurs, on aurait qualifié "d'union nationale": des conservateurs à l'armée, des socialistes aux affaires sociales... Derrière une façade cordiale, cela restait le mariage de la carpe et du lapin, une union sans amour fonctionnant uniquement que parce que les affaires courantes n'exigeaient pas plus.

Mais depuis quelques années, les partis n'hésitent plus à lancer des référendums en dépit de l'existence d'un Conseiller Fédéral apparenté. Les socialistes sont allés jusqu'à torpiller des réformes mises en oeuvre par leurs propres Conseillers Fédéraux!

On comprend dès lors que, le "pacte de non-agression" fondant la concordance étant désormais illusoire, celle-ci n'a plus de raison d'être. Voilà la raison fondamentale qui mine la répartition actuelle - les crises à répétition que traverse le pays en étant une autre, car la concordance n'est pas faite pour les tempêtes.

Que nous réserve l'avenir? M. Wuthrich et les fins esprits de la faculté des sciences politiques de Genève enfoncent les portes ouvertes:

Deux modèles sont envisageables. Une «petite concordance» de droite, réunissant le PDC, le PLR, l’UDC et le Parti bourgeois-démocratique (PBD) autour d’une politique budgétaire, fiscale et sociale commune. Ou une «petite concordance» unissant le PLR, le PDC, le PS et les Verts autour d’une stratégie européenne, sociale et environnementale, par exemple.

 

Reste encore à voir sur quel mode ce gouvernement serait élu. L'initiative de l'UDC pour l'élection du Conseil Fédéral par le peuple plane sur le Parlement. En cas de réussite, il se trouverait ainsi privé d'un de ses principales sources de magouilles. A coup sûr, la menace a dû amener certains adeptes du coup fourré à jouer en sourdine cette élection partielle au Conseil Fédéral. Mais qu'en sera-t-il en 2011?