20 décembre 2010

L'arnaque selon Sommaruga

Le jour même de la votation du 28 novembre consacrant le Renvoi des Criminels étrangers, Berne a pris acte de la décision populaire. La Conseillère Fédérale en charge du département de Justice et Police, Simonetta Sommaruga, annonça alors:

"Je respecte la volonté du peuple et vais exécuter le mandat qui m'a été confié."

 

Cette façon très fair-play d'accepter la défaite me semblait trop belle pour être honnête. Mais peut-être la cheffe socialiste du DFJP avait-elle vraiment à coeur de respecter la décision souveraine? Peut-être mettrait-elle en place une procédure respectant le résultat des urnes? Après tout, je ne connaissais guère la conseillère fédérale fraîchement promue et celle-ci se distinguait des autres candidats par son ouverture d'esprit, paraît-il... Oui, chacun était en droit d'espérer.

Il n'aura fallu que trois semaines pour que l'on découvre le pot-aux-roses.

610x.pngNous savons désormais de quelle façon Simonetta Sommaruga a l'intention de torpiller, en toute décontraction, l'initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers: en noyautant le groupe de travail chargé d'élaborer le projet de loi consécutif à la modification de la constitution.

Lorsque la constitution est modifée suite à une initiative, il faut traduire la nouvelle orientation en loi. Pour cela, on élabore un projet, celui-ci est discuté par les Chambres, éventuellement combattu par référendum, et entre enfin en vigueur.

L'élaboration d'un projet de loi par un groupe de travail est donc essentielle, car ce dernier est la base de tout le processus législatif.

Certes, le projet sera ensuite discuté par le Conseil National et le Conseil des Etats; il sera amendé, négocié, retravaillé. Mais le projet de loi représente le point de départ de la démarche. Compte tenu de l'orientation anti-renvoi du Parlement, il y a fort peu de chance que le projet gagne en sévérité au fil du processus.

Imaginons que, par un pur hasard, le groupe de travail initial soit biaisé et compose un projet de loi trahissant l'esprit de l'initiative - par exemple, en ne produisant qu'une pâle copie du contre-projet rejeté par le souverain. Les initiants étant politiquement minoritaires dans les chambres, ils n'auront aucune chance de corriger le tir. La loi finale sera très éloignée de l'esprit de l'initiative approuvée par les citoyens.

Et ce scénario correspond exactement à la façon dont Mme Sommaruga prévoit de manoeuvrer.

Il suffit de se remémorer le nombre d'éditoriaux rejetant l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers pour comprendre le peu d'empressement des médias à dénoncer quoi que ce soit. Seul Le Matin sort du lot en rendant compte de l'affaire à travers un "débat" et un article. Qu'on se rassure, le ton est résolument anti-UDC, mais une partie de l'arnaque transparaît tout de même, comme en témoignent ces extraits:

[Première critique], le comité d’experts sera présidé par Heinrich Koller, ancien directeur de l’Office fédéral de la justice. «Il s’était prononcé contre notre initiative», rappelle Livio Zanolari. La seconde critique vise le fonctionnement du groupe de travail, qui devra trouver des solutions de manière consensuelle. «Cette façon de faire laisse une marge de manœuvre très limitée. A quoi sert-il de rejoindre le groupe s’il n’est pas possible d’y agir?» poursuit le porte-parole.

Il est prévu que les discussions au sein du groupe soient confidentielles, et les divergences ne feront pas l’objet de votes. Une discrétion absolue est imposée et le Département fédéral de justice et police (DFJP) conserve le monopole de l’information, a déploré l’UDC vendredi.

L’UDC doute de l’intention réelle d’exécuter la volonté du peuple. Le groupe de travail est en effet composé, hormis les deux représentants des initiateurs, exclusivement d’organisations et de personnes qui, déjà avant la votation populaire, avaient affirmé que le mandat constitutionnel ne pourrait pas être appliqué, note-t-elle.

 

Voilà, un groupe de travail où les initiants sont minorisés, où les débats sont menés de façon "consensuelle" - ce qui évite d'avoir recours au vote et, surtout, à un rapport de minorité. Le tout assaisonné de délibérations secrètes, tant qu'à faire!

En réalité, ce serait la moindre des choses que le groupe soit constitué d'une majorité d'experts favorables au Renvoi des Criminels Etrangers. En l'état, le groupe de travail ne s'appliquera qu'à rechercher les moyens de rendre inopérante la mise en application de l'initiative. Rejoindre un groupe de travail aux mains des adversaires de l'initiative, et ensuite faire porter le chapeau d'un projet de loi misérable à l'UDC? Ou renoncer à se rendre complice de cette arnaque? Pour les Démocrates du Centre, c'est perdant-perdant. Soit ils avalent des couleuvres en silence, soit ils se laissent dépeindre comme des irresponsables.

La ficelle est grosse, très grosse.

L'arnaque mise en place par Mme Sommaruga ne pourrait pas fonctionner sans l'assentiment des autres partis du Parlement. Les commentaires de leurs chefs respectifs sont évocateurs: ils se montrent très satisfaits de ces manoeuvres politiciennes. C'est un jeu dangereux, car ils s'en rendent complices. En se réjouissant de rappeler à l'UDC qu'elle est minoritaire dans les Chambres, ils affichent surtout leur mépris du résultat de l'initiative populaire, c'est-à-dire de l'opinion du peuple.

15 décembre 2010

De l'intégration à la désintégration

Alors que la Suède panse les plaies du premier attentat-suicide sur son sol, plusieurs quotidiens analysent la personnalité et le parcours de vie du kamikaze islamiste, Taimour Abdulwahab - un parcours qui ne cadre absolument pas avec la vision convenue du terrorisme islamique au sein des éditorialistes et de certains politiciens.

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13 décembre 2010

De la logique collectiviste appliquée à Mobilis

Voilà, depuis hier 12 décembre, les détenteurs d’un abonnement senior à prix réduit ne sont plus en mesure de l'utiliser avant 9 h du matin dans les trains, bus et métros de la communauté tarifaire vaudoise (MOBILIS).

La nouvelle de la modification des tarifs, annoncée début novembre, a suscité une levée de bouclier immédiate: "jeunisme", "discrimination"... Un commentateur d'un article de 24 Heures s'emporte: "Avant l'incarcération (sic) en EMS, voilà déjà une nouvelle manière de restreindre la liberté des seniors. A quand le couvre-feu? Aurons-nous encore le droit d'assister à un spectacle nocturne?" Eh oui, pensez à ces seniors qui reviennent de boîte de nuit au petit matin! Quoi qu'il en soit, la réaction a fait long feu. La Communauté tarifaire vaudoise a rejeté un recours déposé par le conseil d’administration des Transports Publics Lausannois.

Digne représentant de la population active, je prends souvent les transports en commun. Je n'ai jamais observé ces hordes de mamies et de papys sur les quais et les trottoirs le matin, qui compromettraient les capacités de transport du réseau aux heures de pointe...

J'aimerais toutefois faire quelques remarques déplaisantes.

  1. L'abonnement AVS est un abonnement avantageux réservé à une catégorie de personnes. Sans rentrer sur d'éventuelles justifications, ill s'agit d'un privilège face à l'imbécile de service qui n'a, lui, que le droit de payer plein pot son abonnement. La discrimination tarifaire est une réalité. Où sont les socialistes lorsqu'il s'agit de dénoncer un accès à deux vitesses aux transports en commun?
  2. Une personne âgée n'est pas interdite de bus avant 9h avec son abonnement. Elle peut acheter des billets normalement, ou même prendre un abonnement plein tarif comme une personne active. C'est plus cher, mais l'accès reste possible.
  3. Il n'y a rien d'anormal à associer à un tarif préférentiel des conditions d'utilisation contraignantes.

Nous ne sommes donc pas face à une hystérie anti-personnes âgées, comme on voudrait nous le faire croire, mais plutôt dans la remise en question d'un "avantage acquis".

On ne voit que trop bien qu'il n'avait rien d'acquis du tout.

BusLausanne.jpgSuite à cette décision unilatérale, nombre de personnes âgées se retrouvent en difficultés. Les adaptations seront aussi douloureuses que coûteuses pour cette catégorie de personne déjà bien malmenée en termes de pouvoir d'achat. Mais avant tout, je me borne à relever que cette remise en question arbitraire est typique du collectivisme.

Sans doute les personnes âgées votaient-elles trop souvent UDC et méritaient d'être punies?

MOBILIS est une communauté tarifaire subventionnée. Le tarif des transports en commun n'est lié que de très loin à leur coût réel. Or, à partir du moment où le tarif d'utilisation d'un service est lià à des critères politiques on entre de plain pied dans l'arbitraire. Chacun peut ainsi réclamer des privilèges, des revendications, des ajustements de tarifs et tutti quanti. Puisque de toutes façons on ne paye pas ce que coûte réellement le bus, pourquoi ne pas réclamer sa part du gâteau faussement gratuit? Dans cette optique, les revendications des Jeunes Socialistes pour des transports publics gratuits pour tous (sauf les contribuables) est une démarche jusqu'au-boutiste, mais avec le mérite de la cohérence.

Evidemment, il est peu probable que la pseudo-gratuité soit jamais adoptée. La droite s'y oppose parce qu'elle coupe définitivement les ponts entre l'utilisation des transports en commun et leurs coûts; on arrive, à grands coups de subventions, à un système où les bus sont payés par des gens qui n'y mettent jamais les pieds. Non seulement c'est injuste, mais en outre, un tel système n'a aucune chance d'être efficace et de maîtriser ses coûts. La gauche s'y oppose pour des raisons plus sournoises: l'égalité pour tous revient à empêcher la pesée d'intérêts, les trafics d'influence et la corruption politique inévitable lorsqu'il faut définir quel groupe est plus prioritaire que son voisin. L'octroi de privilèges aux socio-proches est au coeur de la politique de la gauche. Voilà sans doute pourquoi la gauche cherche à obtenir en premier lieu la gratuité les transports pour les moins de 20 ans, un public-cible aisément séduit par ces cadeaux illusoires.

Rappelons pour mémoire que la seule façon d'avoir une situation saine, tant en termes de financement qu'en termes de justice sociale, est de faire payer un service par ceux qui s'en servent. On consomme, on paye - et surtout, si on ne consomme pas, on ne paye pas. Voilà la vraie justice.

04 décembre 2010

Le Sommet de Cancun

Découverte via h16, une vidéo sur le Sommet de Cancun va sans nul doute devenir virale.

Le Sommet de Cancun? Mais si, vous savez, du 29 novembre au 10 décembre, la 16e conférence sur les changements climatiques dans le cadre de l’ONU (CCNUCC) dont l'objectif est de trouver un accord international sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période 2013-2020...

Les ministres de l'environnement, délégués et autres lobbyistes issus de 194 pays se retrouvent donc à Cancun avec un agenda chargé: déforestation, compensations de non-émission, législation internationale contraignante pour la réduction des émissions de CO2, définition de quotas de CO2 et ainsi de suite dans le cadre de la lutte historique de l'humanité contre le réchauffement climatique.

Pourquoi Cancun me direz-vous? Eh bien, Cancun est une espèce de symbole d'un développement non maîtrisé; une station balnéaire artificiellement érigée sur d'anciennes mangroves asséchées. Pauvres mexicains qui ont vu leurs marais poisseux bourrés de moustiques remplacés par des hôtels de luxe! Saloperie de développement économique! On visionnera avec délice le reportage de la TSR sur la ville, il vaut son pesant de cacahuètes.

On imagine l'abnégation et le sérieux de chaque participant, imprégné de l'importance cruciale de sa mission pour la survie de la civilisation et l'avenir de l'humanité alors que s'ouvre le sommet...

Foutaises, faut-il crier à ce moment là. N'en jetez plus, la coupe est pleine! Assez!

Si les délégués écolo-bien-pensants du monde entier se réunissent à Cancun, c'est avant tout parce que c'est une station balnéaire super cool débordante d'hôtels de luxe, de piscines, de spas et de plages artificielles magnifiques. L'alcool y coule à flots, il y a de la musique live et des buffets à volonté (et probablement les extras qui vont avec, de la drogue aux prostituées.)

Démonstration. C'est encore mieux avec un peu de son.

Voilà, chers lecteurs, comment l'humanité est sauvée par ses élites pendant que la Suisse s'enfonce sous la neige. Allons, cette vidéo ne montre que le premier soir, n'oublions pas que le sommet dure jusqu'au 10 décembre.

Je comprends qu'on se bouscule pour sauver la planète!

Si le résultat de Cancun est insuffisant, le prochain sommet se tiendra en Afrique du Sud à Durban en décembre 2011. Comme par hasard, Durban se trouve être une station balnéaire luxueuse. Ca tombe drôlement bien! Et puis décembre 2011, dans l'hémisphère sud, ce sera très ensoleillé. Un symbole en direction du réchauffement climatique, sans aucun doute.

Oui, il fait bon sauver la planète. Mais comme dit h16, pas de quoi s'indigner: c'est avec votre pognon, après tout.

29 novembre 2010

La gueule de bois du 29

Quel magnifique dimanche! L'Initiative pour le Renvoi des criminels étrangers a passé la rampe, le contre-projet a été sèchement refusé, l'initiative socialiste pour détruire la concurrence fiscale cantonale a été balayée. Rodger Federer a écrasé Rafael Nadal en finale des Masters et j'ai même eu le temps de faire de la luge avec mes enfants, c'est dire si la journée était parfaite.

C'est la première fois que je me suis autant engagé en faveur d'une votation et je suis content que le résultat ait été au rendez-vous. Sur le plateau de la TSR où j'étais brièvement invité hier (une expérience nouvelle et intéressante, où le maquillage dura plus longtemps que mon temps de présence à l'antenne) au nom de mon appartenance au comité des "Migrants pour le Renvoi", j'ai continué sans relâche à tenir un discours dont je n'ai pas dévié d'un iota durant toute la campagne: oui, l'initiative est bénéfique pour tout le monde, y compris les étrangers; non, ce n'est pas un texte contre les étrangers mais contre les criminels étrangers, et s'il y a amalgame entre les deux, il est le fait des adversaires du texte.

Affiche_2_x_Non_initiative_UDC_renvoi_criminels_etrangers.jpgIls entretiennent délibérément la confusion.

Le mélange entre les criminels étrangers et les étrangers honnêtes est une manoeuvre de la gauche, qui invente une réalité alternative pour mieux la dénoncer. Il aurait été bien triste que l'initiative soit repoussée au nom d'une chimère! Heureusement, le fil était trop gros et le peuple suisse n'a pas mordu à l'hameçon.

Bien sûr, ce lundi, l'establishment politique et les éditorialistes souffrent. Pauvres gens. Ils en sont réduits à trouver des motifs de satisfaction, non sans une certaine ironie. Ainsi, 24Heures se flatte que le canton de Vaud soit le Champion du Non, alors même que le chef du département de l'Intérieur du canton, M. Leuba, se félicitait d'être parmi les plus sévères concernant le renvoi des criminels étrangers - avec la législation existante! A Genève, on se réjouit de la victoire locale de l'initiative socialiste pour des impôts prétendument équitables: on est d'accord pour augmenter les impôts des riches contribuables de Zoug, mais on ne va surtout pas chercher à imposer les milliers d'ambassadeurs et de personnel diplomatique présent sur le canton du bout du lac et qui ne payent pas un centime d'impôt! Et aussi, le peuple a refusé l'extension des horaires d'ouverture des magasins: les Genevois continueront donc à faire leurs courses en France.

Péripéties que tout cela. On le sait, le renvoi des criminels étrangers était l'objet majeur en votation ce week-end. L'UDC a une fois de plus triomphé seule contre tous, malgré l'opposition de tous les autres partis, un contre-projet ficelé au seul dessein de faire obstacle et un parti-pris médiatique confinant au délire. Les deux dernières semaines, pas un jour sans que le public n'ait droit à sa leçon de morale.

Mais aujourd'hui pour les "élites" la pilule est amère. Comment peuvent-elles digérer de mener un peuple si stupide, si réticent à accepter leur point de vue supérieur? Alors, dans les éditoriaux, on s'indigne, on fustige, on s'angoisse, on regrette, on avoue son impuissance. Imbécile de peuple! Oui, pour les partisans de l'initiative, ce matin, la lecture de la presse est une épreuve (et on s'étonne qu'elle perde des lecteurs...)

Les politiciens et les journalistes n'ont rien compris. Comme d'habitude, ils expriment tout leur dégoût de ce peuple qu'ils méprisent et oublient l'essentiel: des préoccupations réelles auxquelles l'UDC est la seule à apporter des réponses. Non, Messieurs, l'insécurité n'est pas un sentiment, ni la criminalité étrangère une vue de l'esprit. Mais une telle remise en question semble hors de leur portée.

Voilà qui augure d'un boulevard pour l'UDC lors des prochaines élections.

19 novembre 2010

Le Cas Rappaz

Après la décision prise hier par le Parlement du Valais de rejeter le recours en grâce de Bernard Rappaz, le chanvrier valaisan condamné à cinq ans et huit mois de prison a déclaré, par l'entremise de son avocat, qu'il continuerait sa grève de la faim. Ce recours n'aura donc été qu'un épisode de plus dans la saga; le bras de fer entre le prisonnier et les autorités ressemble chaque jour un peu plus à une impasse.

Ecartons au préalable les faux prétextes donnés par les processionnels de l'empathie et les partisans d'une libération du commerce des drogues; ces gens détournent la sympathie que peut encore inspirer Rappaz pour s'offrir une tribune politique à peu de frais. Non, Bernard Rappaz n'est pas victime d'une erreur judiciaire, d'un procès inique ou de lois injustes; le droit helvétique a été totalement respecté d'un bout à l'autre dans la condamnation du chanvrier. S'il en est pour penser que le code pénal actuel ne convient pas, il existe des voies respectueuses du droit pour le changer. Le chantage à la grève de la faim n'en fait pas partie.

886842_rappaz.pngReste donc l'affrontement symbolique entre Bernard Rappaz et les autorités. L'histoire passionne les foules - ou tout au moins, les médias - parce qu'elle se ramène à un conflit entre deux écoles de pensées, nous dit-on; on y opposerait l'éthique au droit. C'est encore sous cet intitulé que la TSR y consacrait un reportage hier soir.

Est-on vraiment face à un cas impérieux de conflt éthique, ou à quelque chose de nettement plus politique?

La vie de M. Rappaz est menacée, par son obstination personnelle dans la grève de la faim d'une part, et par le refus des médecins des Hôpitaux Universitaires de Genève de l'alimenter d'autre part. Ceux-ci motivent leur refus par le "libre arbitre" dont disposerait l'individu, hébergé pour cause de faiblesse aux HUG. Les médecins genevois invoqueraient le caractère sacré et absolu de leur éthique, qui leur interdirait de nourrir un patient "capable de discernement et de libre-arbitre" contre son gré.

La posture, défendue notamment par Jacques de Haller sur le plateau du journal télévisé, ne résiste pas à l'analyse. Selon le président de la FMH, Bernard Rappaz est un prisonnier, certes, mais resterait "maître de son corps" et donc de sa propre vie.

Les contre-exemples venant du milieu médical même sautent aux yeux. Des patients sont nourris de force quotidiennement en milieu hospitalier, des gens dépressifs ou anorexiques par exemple. Quelle différence avec le cas Rappaz? Selon M. de Haller, eux ne seraient pas "dans leur état normal" ni "capables de discernement". En gros, ils ne seraient pas sains d'esprit, eux. Un point de vue étonnant comparé au cas de M. Rappaz, au comportement suicidaire, mais qui serait, lui, et en dépit de ses agissements, un parangon de rationalité et de santé mentale!

En réalité, le problème n'est même pas là, car M. Rappaz n'est pas un patient lambda. C'est un prisonnier en détention, et un prisonnier ne dispose pas de sa propre vie. Il est privé de cette liberté par sa condition même, pendant le temps de son incarcération.

C'est cette disposition qui fait que l'on retire leur ceintures, lacets, soutiens-gorges le cas échéant, aux gens placés en garde-à-vue, de peur qu'ils ne s'improvisent une corde pour se pendre sans procès.

C'est cette disposition qui fait qu'un détenu condamné à la peine capitale dans un Etat de Droit qui inflige cette peine, comme les Etats-Unis, sera soigné et empêché de se suicider, même s'il est dans le couloir de la mort en attente de son exécution.

563432_justice.jpegC'est cette disposition, ou plutôt son échec à la faire respecter, qui explique le tollé lorsqu'un détenu comme Skander Vogt choisit de mettre le feu à un matelas de sa cellule et en meurt.

Certes, la frontière est floue entre la volonté de mourir et celle de mettre sa vie en jeu dans une revendication, mais dans le doute, l'administration pénitentiaire ne peut laisser des détenus se livrer à l'un ou l'autre, car c'est elle qui a charge de veiller à la survie des détenus, à leur place, pendant le temps que dure leur privation de liberté. L'arrêt du Tribunal Fédéral forçant les médecins des HUG à nourrir M. Rappaz de force si nécessaire est frappé du coin du bon sens: faire autrement reviendrait à autoriser n'importe quel détenu à se suicider. La grève de la faim n'est qu'une façon très lente et très médiatique d'y parvenir. M. Rappaz pourra mettre fin à ses jours tant qu'il voudra lorsqu'il aura purgé sa peine.

Il est regrettable que les délires de M. Rappaz soient exploités par une clique médicale décidée à montrer au monde entier que sa conception très particulière de l'éthique l'emporte sur les jugements du Tribunal Fédéral.

Le discernement dont on crédite Bernard Rappaz a trouvé ses limites; il est désormais instrumentalisé par ses médecins. Ils ont eux aussi un message à faire passer.

Pas de chance pour le chanvrier valaisan, eux ne risquent pas leur vie.