03 juin 2015

Duel à Renens

Le 14 juin ne sera pas uniquement l'occasion de s'exprimer sur des enjeux fédéraux mais aussi sur des décisions plus locales, comme une élection complémentaire à la Municipalité de Renens suite à la démission de M. Jean-Pierre Rouyet pour cause de maladie.

renens_duel.jpg

A un an des élections communales dans le canton de Vaud, ce scrutin a valeur de test. Dans la commune la plus à gauche du canton voire peut-être de Suisse, verrons-nous souffler le vent du changement ou, au contraire, assisterons-nous à une confirmation de la puissance locale de l'extrême-gauche?

Par le hasard des circonstances, cette modeste élection complémentaire revêt une importance symbolique sur plusieurs aspects. La gauche étant unie dans le statu-quo derrière le candidat des "Foumis Rouges", l'UDC Renens se lança seule dans la course ; on assiste donc à un duel des plus limpides entre la gauche communiste et la droite conservatrice. Un siège, deux candidats, il n'y aura pas de second tour, aucun calcul, aucune négociation de couloir.

A gauche, Didier Divorne, pur produit de l'establishment politique local: conseiller communal, député au Grand Conseil vaudois, syndicaliste aux CFF. Son élection à la municipalité s'inscrit presque comme un passage obligé d'une carrière politique professionnelle qui l'amènera sans doute bien plus loin que Renens, s'il franchit l'obstacle.

A droite, Gérard Duperrex, pilier de l'UDC et de la vie associative locale, président du conseil communal l'an dernier, dont l'expérience politique dans le canton de Vaud et le cheminement tout autour du globe mériteraient un livre... Et pour Renens, le candidat d'une rupture avec le modèle d'affaire choisi par la gauche pour la ville depuis plus d'une décennie.

Bétonnage ou respect du cadre de vie? Subventions ou équilibre financier? Animation de rues ou sécurité? On pourrait discuter longtemps des positions des uns et des autres mais une image valant mieux qu'un long discours, voilà le dos du flyer de campagne de M. Divorne, selon lequel "chaque voix compte"...

votez_tous_pour_Didier.jpg
Y a-t-il le romanche?

Qu'on se rassure, Renens restera à gauche de toute façon. Si M. Duperrex l'emporte, la composition de l'équipe municipale sera de 1 Fourmi Rouge, 2 PS, 1 Vert, 2 PLR et 1 UDC, soit encore une majorité de gauche.

Non, l'intérêt du flyer est en bas de page: un appel à voter pour M. Divorne en 23 langues différentes, et je doute que M. Divorne soit lui-même en mesure de les identifier toutes. Je crois qu'il n'y a pas de meilleure illustration de ce pourquoi chacun se bat et de l'électorat qu'il courtise ; en la matière, la gauche de Renens poursuit ses objectifs immigrationnistes et multiculturalistes. A l'occasion de cette élection complémentaire, elle espère bien un retour d'ascenseur.

A Renens où on collectionne les nationalités comme d'autres les Pokémons, pareille attitude fait partie du paysage ; les intérêts étrangers s'invitent régulièrement en politique et donnent un assez bon aperçu des manœuvres qui auront lieu lors des élections dans la Suisse de demain - dans pas très longtemps au rythme actuel.

Avant qu'on ne me fasse un mauvais procès, je rappelle que l'UDC Renens comportait 30% d'élus non-suisses au conseil communal en début de législature, de très loin le groupe politique le plus ouvert sur l'étranger de toutes les formations représentées au conseil - et ce sans compter les Suisses naturalisés comme votre serviteur. Mais voilà, il y a deux façons d'aborder les étrangers: comme un réservoir de voix disponibles qu'on achète à coup de cadeaux, ou comme un préalable à l'acquisition de la nationalité au terme d'une intégration réussie (les éléments criminogènes devant eux être impitoyablement renvoyés).

Renens doit-elle rester pour l'éternité un zoo paléo-communiste? Nous verrons le 14 juin la position des Renanais en la matière.

20 mars 2015

Florissant: un revers pour le bétonnage massif

La nouvelle a été envoyée aujourd'hui à tous les conseillers communaux de Renens et aux médias: le "Projet Florissant" est abandonné.

Florissant? Un quartier de Renens composé de huit barres de logement de dix étages et construit dans les années soixante (dans "l'essor lausannois de l'Expo 64", ajoute avec lyrisme Le Temps). Le genre même de paysage urbain qu'on imagine à chaque fois qu'on évoque les banlieues... Mais toutes les banlieues ne sont pas à problèmes.

florissant,immobilier

Parfaitement intégré à la ville et proche de toutes les commodités, à deux pas de la patinoire de Malley et bordé de plusieurs lignes de transports en commun, Florissant est un quartier ouvert et apprécié de ses habitants, dont 20% ont plus de 65 ans. Bien que d'aspect massif, les immeubles ont été intelligemment placés sur la parcelle avec de grands espaces verts pour les séparer. Malgré les ombres portées, tous les logements disposent de la lumière naturelle, même au rez-de-chaussée. Et il y a de la place pour se garer.

Le confort du quartier aurait toutefois connu une fin abrupte avec un projet municipal de "densification" de l'endroit. Avide de bétonner tout ce qui peut l'être dans une course hystérique à la croissance démographique, la Municipalité envisageait de construire pas moins de cinq immeubles de 4 à 8 étages intercalés entre les bâtiments existants. Des tours au milieu des tours! Adieu parkings, espaces verts, lumière naturelle et calme! Mais une juteuse opération immobilière pour le propriétaire du terrain Swiss Life, sortant de terre autant d'immeubles de rendement pour des centaines de nouveaux locataires au prix du marché, comme on dit...

La démocratie participative est à la démocratie ce que la musique militaire est à la musique, et à Renens, on connaît la musique.

Entre une syndique communiste empressée d'importer de nouveaux électeurs et une municipale verte offrant un mandat d'étude à cent mille francs à son ancien professeur, tout était parti pour que l'affaire soit rondement menée "à la renanaise":

  • dossier monté de toutes pièces sur de prétendus problèmes à Florissant justifiant une intervention de la Municipalité ;
  • maquette d'architecture suffisamment outrancière pour réserver de quoi faire une petite marche arrière comme preuve de bonne foi ;
  • réunions de quartiers hâtives permettant de prétendre que la "démocratie participative" avait joué à plein et que bien entendu tout le monde se satisfaisait du projet final concocté par la Municipalité.

Ne restait plus qu'à convoquer les journalistes pour la pose de la première pierre, sous les flashes des photographes!

La mécanique bien huilée trouva son grain de sable à travers quelques habitants vigilants qui décidèrent de s'opposer à ce qu'il faut bien appeler la destruction de leur cadre de vie. Fondant l'association GIF (Groupement d'Intérêt de Florissant) ils s'opposèrent férocement au Monopoly communal, rejetèrent les compte-rendus dithyrambiques et mensongers des rencontres avec la population, rassemblèrent et informèrent les habitants sur ce qui les attendaient - à Florissant d'abord, dans d'autres quartiers ensuite!

Face à une opposition aussi résolue qu'inattendue, la volonté municipale commença lentement mais sûrement à se fissurer. Un immeuble en projet, puis deux autres, furent retirés. On discuta de divers "aménagements" pour faire passer la pilule. Las! Alors qu'il s'étiolait le projet de plan de quartier perdait peu à peu de son intérêt, mais sans jamais vraiment mourir.

De pétitions en menaces de référendum, le danger politique se précisa. Il amena assez vite une partie de la gauche à jeter l'éponge, avec rupture de collégialité à la clef. Mais c'était encore trop peu: l'extrême-gauche et les Verts (oui, les Verts!) restaient alliés au centre-droit PLR jamais à court de compromis au nom de l'obsédante "croissance"...

Le revirement final des deux municipaux de centre-droit acheva de faire basculer la majorité municipale alors même qu'au Conseil Communal du 12 mars il était encore question de choisir entre "geler" et "abandonner" le projet et qu'une décision n'était pas attendue avant mi-avril.

Cinq ans d'efforts

Il aura fallu cinq ans d'efforts, de vigilance et d'opiniâtreté de l'équipe du GIF (notamment Willy Grandjean et Jean-Marc Reymond) pour combattre et finalement vaincre la soif de bétonnage de la Ville.

Les lauriers de la victoire leur appartiennent et à eux seuls. Ils commencèrent leur combat alors que l'UDC n'était même pas présente au Conseil Communal. Depuis, nous prîmes connaissance de la situation et assez vite il apparut que nos objectifs étaient convergents: l'UDC se bat pour un maintien de la qualité de vie urbaine et celle-ci ne permet certainement pas une densification à n'importe quel prix. Quant à la croissance, elle n'est pas un but en soi et doit être maîtrisée (comme les Suisses eux-mêmes le reconnurent en acceptant l'initiative contre l'immigration de masse le 9 février dernier). Nous nous serions tenus prêts aux côtés du GIF en cas de référendum ; heureusement le projet n'arriva pas jusque là.

Cinq ans d'efforts de la part de citoyens renanais avec une vie à vivre et prenant sur leur temps libre et leurs week-ends pour s'opposer à une Municipalité entourée de professionnels et jouant avec l'argent des contribuables. Quelle lutte inégale! Mais comme dans les légendes David l'emporte contre Goliath.

Depuis la Syndique Marianne Huguenin se découvre un talent pour l'écoute et affirme avec une sagesse toute rétrospective qu'on ne "densifie pas un quartier contre ses habitants". Dans la bouche d'une politicienne aussi expérimentée la formule suscite un sourire amer. Non seulement elle refusa mordicus d'écouter lesdits habitants toutes les fois où elle les rencontra - d'où son surnom de "rouleau-compresseur" dans certains cercles - mais elle défendit elle-même son projet jusqu'à la dernière extrémité, obligée d'y renoncer non pas parce "qu'on ne densifie pas un quartier contre ses habitants" mais bien parce qu'elle finit par être lâchée même par le reste de l'équipe municipale.

Le Projet Florissant était un train fou qui avait déraillé depuis longtemps mais il fallut cinq ans avant que l'information ne parvienne au chef de convoi. Espérons que la leçon sera comprise - si ce n'est de Mme Huguenin, au moins de ses collègues - et que les futurs projets de densification de Renens se feront davantage avec les habitants plutôt que dans leur dos en connivence avec des promoteurs. C'est en tout cas le souhait de l'UDC Renens.

14 novembre 2014

Renens: un conseil accidentellement animé

La séance de novembre du Conseil Communal de Renens prévoyait d'être un long fleuve tranquille mais deux sujets amenés sur la table au dernier moment donnèrent lieu à polémique.

Comme souvent en pareilles circonstances, les troubles apparurent en toute fin d'une courte séance, lors du quinzème et dernier point de l'ordre du jour - "propositions individuelle et divers." Ce chapitre du déroulement du Conseil Communal est l'occasion d'amener devant le conseil des annonces ou des commentaires de portée générale.

Les spectateurs ne furent pas déçus - parmi lesquels Cindy Mendicino, journaliste de 24Heures chargée de la couverture locale.

Les hostilités commencèrent avec une demande de "résolution" de M. Ali Korkmaz du PS. Très concerné par le destin des Kurdes et la réticence de la Turquie dans la guerre contre l'Etat Islamique autoproclamé, il demanda l'instauration de couloirs humanitaires, la facilitation du travail des organisations comme la Croix-Rouge, la fermeture des frontières pour prévenir le passage des djihadistes, l'embargo contre le trafic de pétrole, l'autonomie des provinces de Kobané et de la région de Rojava dans le Kurdistan syrien et j'en passe, lançant un appel solennel au Conseil Fédéral et au gouvernement turc.

Que venait faire cet appel Urbi et Orbi - sincère certes, mais totalement déplacé - au Conseil Communal de Renens? Imagine-t-on un tyran comme Bachar el-Assad ou un grand démocrate comme Tayyip Erdogan affectés par une telle déclaration jaillie de l'obscure séance législative d'une commune vaudoise qu'ils seraient bien en peine de situer sur une carte? M. Korkmaz avait-il le cas échéant jamais entendu parler de la neutralité helvétique?

La réaction fut pourtant toute autre et pris la forme... d'une contre-résolution, déposée cette fois-ci par M. Alberto Mocchi des Verts, estimant que la déclaration de M. Korkmaz était trop "corrosive"! Le Conseil Communal de Renens se donnait des petits airs de Conseil de Sécurité de l'ONU, pinaillant sur le Verbe qui allait changer le destin du monde.

Le débat vira à la foire d'empoigne. Trois interventions des deux orateurs, vote organisé dans la plus grande confusion, cafouillage du Président, suspension de séance... Ce hors-sujet nous tint en haleine près d'une heure, à ramener à la patience à géométrie variable de certains groupes politiques en d'autres circonstances.

Pour mémoire, M. Mocchi finit par retirer sa résolution et celle de M. Korkmaz fut acceptée.

Nous surveillerons avec intérêt les réactions du Conseil Fédéral, de l'ONU, de la Turquie, du Vatican et de l'ambassade d'Uruguay.

Mais ce n'est pas le seul point intéressant de cette soirée.

M. Richard Neal vint à son tour à la tribune pour se plaindre d'une perception qu'il éprouvait trop souvent à son goût: la désagréable sensation que la Municipalité court-circuitait le Conseil Communal, en présentant notamment à la presse comme fait accompli des décisions qui n'avaient même pas encore été votées par celui-ci...

Je rejoins totalement M. Neal sur ce point: il paraîtra évident pour tout observateur avisé de la vie politique de Renens que le Conseil Communal n'est qu'une chambre d'enregistrement des décisions municipales. L'exécutif domine le législatif. Il en va ainsi à cause de la discipline de vote de l'écrasante majorité de gauche qui règne sur la ville et de la mainmise de la Municipalité sur celle-ci. Saluons M. Neal - encarté PS - d'avoir eu le courage mêlé de candeur de relever publiquement cette triste situation, en espérant que cela ne péjore pas son avenir politique, car "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne" comme le disait si bien Jean-Pierre Chevènement!

Pareille intervention n'était évidemment pas du goût de la Municipalité. La syndique Marianne Huguenin s'empressa de prendre la parole pour expliquer que non, les décisions sont prises par le Conseil, et que les communiqués de presse envoyés trois jours avant le Conseil Communal mentionnent bien en bas de page que les décisions sont subordonnées au vote du pouvoir législatif... Qui lit encore les notes de bas de page?

Ces dénégations parurent bien faible pour une Municipalité complètement accro aux médias et à la notoriété, et qui maintient une conférence de presse les semaines de Conseil dans ce seul but. Qu'est-ce qui les empêcherait de parler de tous les projets après qu'ils ont été voté par le Conseil? Rien, si ce n'est qu'une telle démarche ne susciterait aurait aucun intérêt auprès des journalistes dont nos élus sont si friands!

Mais on ne gagne pas à tous les coups. Profitant de l'agitation de nos apprentis-diplomates s'étripant sur le second round du dossier syrio-kurde, Mme Véronique Bovey-Diagne - Verte - appuya son collègue de la majorité de gauche et vint à la tribune pour donner un exemple concret de cette dérive: un article de 24Heures sur un projet de passage sous-voie Rue du Léman, présenté comme approuvé alors que son examen en commission n'aura lieu que dans quelques jours et son adoption éventuelle n'interviendra que lors de la séance de Conseil Communal de décembre!

conseil communal,médias,cindy mendicino
Pas encore voté mais c'est pas grave, on fera comme si.

Directement mise en cause par cette intervention car auteur de l'article en question, la journaliste Cindy Mendicino éclata de colère. Plus de digression sur smartphone pour tuer le temps - la jeune femme bouillonnait en attendant la fin de la séance.

Celle-ci fut finalement levée quelques minutes plus tard. Je tentais alors d'approcher la journaliste pour connaître son point de vue ; bien mal m'en pris puisque je reçus en plein visage une réplique méprisante - "Assez de vos petites manigances!" - avant même d'avoir pu ouvrir la bouche. La légendaire objectivité de la presse, sans doute.

Mais Mme Mendicino avait déjà quitté son siège, fonçant droit sur Mme Bovey-Diagne pour mettre les points sur les i avec elle avant de s'éclipser sans piper mot. La rumeur dit qu'elles étaient bonnes amies, avant...

Cette séance de novembre permit finalement de révéler les multiples tensions entre groupes politiques de la majorité, municipalité et médias. Mais tension n'est pas rupture. Le plus important d'entre ces liens est évidemment celui, incestueux, qui unit la Municipalité aux groupes politiques du Conseil et font que ceux-ci sont entièrement sous la férule de celle-là.

L'affranchissement de cette tutelle ne se fera pas en un jour mais s'avère pourtant indispensable ; un passage obligé à l'âge adulte, en quelque sorte. Ce n'est qu'à ce prix que l'organe législatif de Renens retrouvera un semblant de légitimité et par-là même, un rôle réel sur les affaires communales.

Note: Je suis évidemment concerné au plus haut point par les délires de l'Etat Islamique en Syrie, la lutte pour l'indépendance des Kurdes et la radicalisation des musulmans un peu partout dans le monde y compris en Suisse. Il existe des lieux pour en débattre - d'un blog à une page facebook en passant par les assemblées politiques, lorsqu'elles sont compétentes - et des moyens de contribuer à soulager les douleurs des populations civiles, par exemple à travers des dons à la Croix-Rouge ou à la Chaîne du Bonheur.
Il n'empêche: tout cela n'a absolument rien à voir avec la politique communale.

11 avril 2014

De Renens à la Syrie

Par les hasards de l'actualité, il arrive que la petite histoire de notre commune rejoigne la grande, pas forcément de la façon la plus flatteuse qui soit. Ces temps-ci, c'est le retour d'un ex-islamiste de Syrie qui propulse le nom de Renens dans les journaux.

La faute à "Marc", un Suisse de trente ans d'origine valaisanne embringué dans des péripéties à mi-chemin entre le tragique et le ridicule. Homosexuel déclaré, l'individu est touche-à-tout - parapentiste, photographe, défenseur de la cause palestinienne - mais surtout en situation d'échec personnel. Son parcours est des plus chaotiques, entre agent de sécurité et une formation d'ambulancier inaboutie. En mai 2013, il se convertit à l'islam selon une "procédure accélérée" à la Mosquée de Renens. La formule fait sourire.

islam,terrorisme,syrieDésormais affublé du prénom musulman de Mahdi, il se lance en juillet dans un voyage en Egypte pour rejoindre Gaza et y réaliser un reportage sur le ramadan sur le terrain, dénonçant le blocus imposé par Israël et l'Egypte. A son retour, il passe à la vitesse supérieure:

De retour en Suisse en août 2013, Marc commence à tisser des liens avec des musulmans radicaux basés en Suisse, en France et en Belgique, dont certains ont des connexions claires avec des groupuscules liés à Al-Qaida actifs en Syrie (...)

[Vers mi-décembre il] se rend à Lyon, un mois et demi après avoir subi une opération au col du fémur. Il y rencontre deux «frères français», avec qui il était déjà en contact depuis quelques mois, selon des milieux proches de l’enquête. «Il aurait même payé les trois billets d’avion pour la Turquie», relève une source qui suit l’affaire de près.


La SonntagsZeitung laisse entendre qu'il se serait converti à l'islam pour "soigner" son homosexualité. L'opération n'est guère couronnée de succès, comme en témoignent ses préférences sexuelles sur facebook ou sa fréquentation de forums gays. Visiblement, les islamistes sont prêts à accueillir dans leurs rangs un copain suisse un peu fantasque et légèrement incompatible avec leur religion, pour peu qu'il serve la cause! Qui aurait imaginé une telle largeur d'esprit?

S'ensuit un départ pour la Syrie. Juste avant Noël, il informe officiellement ses parents de son intention de partir combattre les troupes de Bachar El-Assad en s’engageant dans un groupe islamiste. Il n'en mourra pas: après trois mois, le voici de retour en Suisse, expliquant avoir vécu dans une maison partagée par 80 à 150 djihadistes, dont une quinzaine "prêts à se faire sauter" et installés au rez-de-chaussée.

Heureusement, notre homme était logé à l'étage. Il profitera de son séjour pour apprendre le maniement de la Kalachnikov mais restera évasif sur son rôle exact dans la rébellion.

Revenu au bercail, "Marc" est désormais poursuivi par le Ministère Public de la Confédération pour présomption de soutien et/ou de participation à une organisation terroriste. Pourtant, l'homme n'a aucun mal à se faire interviewer par des journalistes et livrer son point de vue, y compris à la télévision.

Si l'ex-rebelle syrien semble exprimer des regrets sincères, les médias sont plus qu'empressés d'appuyer son repentir. Un portrait brossé par un journaliste du Temps devient autant de moyens de lui trouver des excuses: il est "un simple aventurier", en "perte de repères" ou "en proie à des tourments intérieurs". Voire, il aurait juste fait "de mauvaises rencontres sans se rendre compte de ses actes", comme si un hasard impromptu pouvait suffire à vous amener au jihad en Syrie, à votre corps défendant!

Cette bienveillance dépasse la volonté d'accueillir à nouveau une brebis égarée. Jamais journaliste ne servirait pareille soupe bienveillante à un skinhead repenti, par exemple. Il y a autre chose. J'identifie pour ma part trois "strates" de mensonge, du plus véniel au plus grave.

La première couche, la plus superficielle, a évidemment trait au romantisme de la rébellion. Les exactions sur le terrain ont terni l'image du conflit syrien sans éradiquer entièrement cet aspect. Au cœur de la guerre civile syrienne se retrouvent les poncifs tiers-mondistes habituels: émancipation des peuples opprimés, lutte contre un Occident ontologiquement criminel - Bachar el-Assad, tyran éduqué en Angleterre et portant costume-cravate en est la parfaite représentation - fierté de combattre pour une noble cause, même salie par l'enthousiasme excessif de quelques compagnons...

Médiatiquement, la passion est bien vue, voire admirée. Comment jeter la pierre à des combattants syriens venus de Suisse lorsqu'on reproche par ailleurs leur tiédeur aux Helvètes? Comment dénigrer une aventure en Syrie par des gens dont les glorieux ancêtres communistes se sont engagés du côté des nobles Républicains pour combattre le fascisme franquiste en Espagne? Critiquer, ce serait renier son idéalisme, ses aïeux, ses espoirs, ceux qui croient en quelque chose. Impossible.

La deuxième couche a trait aux médias, car il faut bien le dire, ils se sont eux-mêmes fortement impliqués dans la radicalisation de "Marc". Je ne parle pas ici de la couverture continuellement partiale du conflit israélo-palestinien à longueur d'années - pensons par exemple à l'affaire al-Dura! - qui a certainement orienté "Marc" dans sa construction du monde, mais bien à la mise en valeur de sa propre démarche de radicalisation. Ainsi, Edipresse s'est fait l'écho du ramadan du Valaisan d'origine dans une longue chronique suivant ses pérégrinations entre l'Egypte et la Bande de Gaza, avec son vrai nom et de multiples photos à l'appui. Comment les rédactions romandes pourraient avouer qu'elles ont complaisamment valorisé la démarche d'un islamiste en devenir?

La seule attitude possible est de décréter qu'on ne savait pas, qu'on ne pouvait pas savoir et qu'on n'a rien vu venir. Le glissement a eu lieu par inadvertance, indépendamment de notre volonté, d'ailleurs c'était un accident, voyez, il regrette!

La troisième couche, enfin, a trait à son idéologie de gauche. Les parents de "Marc" sont des notables, nous dit-on ; mais on ne s'appesantit guère sur la présence du fils perturbé comme candidat à l'exécutif de Troistorrent au nom de l'alliance de gauche lors des élections communales de 2012 - un an avant sa spectaculaire conversion à l'islam. L'individu a été militant des Jeunesses Socialistes Vaudoises ; difficile de clamer que son ralliement idéologique est une lubie passagère.

Y aurait-il des passerelles entre le socialisme politique et l'islam radical? Si on prend le socialisme comme il se prétend - la recherche du bien commun, la défense des plus pauvres... - le lien n'est pas évident ; si on examine le socialisme comme il se pratique, le mépris de la société occidentale bourgeoise, la croyance dans l'utopie d'un ordre nouveau, l'internationalisme, la recherche du pouvoir, la complaisance envers la violence et les criminels... Les passerelles avec le totalitarisme islamique sont d'un coup beaucoup plus nombreuses.

Plusieurs des opinions de base de "Marc", comme une sympathie pro-palestinienne pas trop regardante, sont partagées par des caciques du PS suisse. Il ne fait pas bon ressasser tout cela, alors on l'évoquera à peine, du bout des lèvres. "Marc" sera donc socialiste comme on porte des jeans ou on choisit une coupe de cheveux: sans signification aucune, juste une esquisse dans son portrait.

"Marc" n'est pas forcément mauvais bougre, même s'il est paumé. Son aventure lui a ouvert les yeux sur la rébellion syrienne:

Un jour j'ai vu une ambulance donnée par une association caritative anglaise avec des explosifs à l'intérieur pour faire un attentat. Il y avait cinq, six blocs d'explosifs et des câbles. Ils ne respectent même pas l'image de l'ambulance.


Son parcours mérite d'être analysé, comme le fait Xavier Colin. Malheureusement, les médias prêchent encore et toujours l'unique influence d'Internet pour mieux éviter de lever le lièvre de prédicateurs locaux - alors même qu'un compagnon clef de "Marc" réside à Neuchâtel et qu'une bonne part de sa radicalisation a eu lieu en banlieue lyonnaise. Bonne nouvelle, la mosquée de Renens semble hors de cause, même si on haussera le sourcil la prochaine fois qu'on entendra l'histoire d'un jeune passé par là et bénéficiaire d'une "conversion accélérée".

Le seul point réellement inquiétant tient à l'étrange clandestinité dont on essaye d'affubler l'affaire. "Marc" ne laisse pas entendre sa voix, on cache son identité, on le floute alors que son portrait se retrouve en un clin d’œil. Un vrai secret de Polichinelle. Alors que les poursuites du MPC semblent engagées vraisemblablement pour la forme, ce luxe de précautions semble dépasser la présomption d'innocence. Le fin mot de l'histoire est donné par l'ex-rebelle lui-même; aujourd'hui il dit regretter son engagement et vouloir rester anonyme pour ne pas être reconnu par ses anciens compagnons d'arme.

Qu'il puisse être terrorisé par ces derniers alors qu'il est sur sol suisse, voilà, en vérité, de quoi nous inquiéter.

17 mars 2014

Tempête dans un verre d'eau à Renens

Lors de la séance du Conseil communal de Renens du jeudi 13 mars, l'extrême-gauche quitta la salle sur un mouvement d'humeur lors de la prise de parole par un membre de l'UDC. L'épisode eut lieu à la toute fin de la séance, lors du dernier point de l'ordre du jour (questions, propositions individuelles et divers).

Le "clash" est perceptible sur la retranscription vidéo de la séance  (point 17, vers 2:28:30) et donna lieu à une mention dans l'édition de 24 Heures du lendemain:

Fin de séance houleuse, hier soir, au Conseil communal de Renens. Après plus de deux heures de débats est arrivé le point dédié aux questions.

Un élu UDC s'est alors lancé dans une série d'interrogations destinées à la Municipalité. Mais, alors qu'il avait encore la parole, le groupe POP (majoritaire à Renens) dans sa très grande majorité, a décidé de quitter la salle.


Ce résumé factuel aura été suivi d'un second article dans l'édition papier de samedi dans laquelle la transcription malheureusement partielle de mes propos m'amène à écrire ce billet.

Ce soir-là, notre conseiller communal Joâo-Batista Domingos fut donc la cible d'un certain nombre d'attaques gratuites, une première salve ayant trait à son rapport de commission sur lequel, pourtant, aucun conseiller ne trouva à redire pendant le délai imparti à la relecture. Saluons l'honnêteté de M. Alberto Mocchi, des Verts, qui releva ce point à la tribune.

depart_cc_renens.pngPlus tard, M. Domingos intervint au sujet du traitement de son préavis et à l'incendie d'un abri accordé par la municipalité à un sans-abri, entraînant la mort de ce dernier.

La gauche de la gauche n'entendit pas les propos de M. Domingos. Elle quitta bruyamment la salle dès le début de son intervention, laquelle ne fut ni longue, ni hors-sujet.

La séance du conseil communal ayant été rapide, il n'était pas spécialement tard non plus (malgré la regrettable erreur d'interprétation de l'incident en ce sens par le Président du Conseil).

Comment expliquer ce geste?

M. Domingos suscite une irritation particulière au sein de l'extrême-gauche de Renens. Il ne cadre pas avec ses idées préconçues sur les membres de l'UDC. Est-ce dû à sa couleur de peau? La sympathie naturelle qu'il inspire? Sa nationalité angolaise? Ses études de philosophie qui lui permettent aisément de rétorquer quelques vérités à de nombreux apprentis-théoriciens du marxisme? Seule une introspection approfondie des "Fourmis rouges" permettrait de le savoir!

Pour ma part, je salue son amour de notre pays et de son système démocratique et je suis fier de le compter parmi nos membres, peu importe l'opinion que le Parti Ouvrier Populaire vaudois peut avoir de lui.

Il est rare de voir un parti politique quitter une séance. Exprimé à l'encontre d'une minorité, le geste se transforme en insulte. J'eus l'occasion d'en être témoin le soir même alors que plusieurs conseillers communaux d'extrême gauche me lancèrent leurs invectives en quittant la salle.

Rien n'empêchait un élu de prendre la parole après M. Domingos pour réagir à ses propos, dire tout le bien ou tout le mal qu'il en pensait, les commenter, répondre, susciter la discussion - ce à quoi sert une assemblée en fin de compte! Mais ces gens ne voulaient pas d'un débat. Ils souhaitaient quitter la séance en faisant un éclat, mêlant la démonstration de force à l'expression de leur mépris.

Je ne suis pas sûr que le message soit bien passé d'ailleurs, car la réaction évoque plus l'irritabilité et le caprice que quoi que ce soit d'autre. Se retirer d'une assemblée démocratique est un acte politique fort qui ne peut se justifier que lorsque les bornes de l'inacceptable ont été franchies, une situation aux antipodes de cette séance du Conseil Communal.

Aussi, je crois aussi volontiers à une autre hypothèse: que cette sortie pleine de mauvaise foi ait été moins liée à des motifs politiques qu'à la volonté de se trouver une excuse pour voir la fin du match de playoff entre Berne et Lausanne qui se jouait au même moment!

Mais ça, aucun protestataire n'osera jamais l'admettre...

12 octobre 2013

L'Autre Musée du Grand N'importe Quoi

L'offensive est en marche: Renens aura son "Autre Musée". Ne riez pas, le nom est l'intitulé exact du projet mené par la Municipalité dont on a pu découvrir le contour dans un des premiers préavis en rapport:

« L’Autre Musée » est un projet qui s’inscrit dans la volonté de la Municipalité de mettre à disposition du public un lieu culturel ambitieux.


Découvrons cette ambition au travers d'un autre paragraphe avec un peu plus de sauce:

Avec le projet de l’Autre Musée, la Ville de Renens souhaite (...) une culture à la fois exigeante et de proximité. Exigeante par la qualité des expositions et des manifestations; de proximité par les liens que les responsables de l’Autre Musée entendent tisser avec la population renanaise. En effet, ce projet se veut à l’image de Renens, ville où le croisement des cultures et le métissage des populations sont considérés comme de véritables atouts. Cette diversité sera la signature de l’Autre Musée, qui se distinguera par sa volonté de favoriser échanges et complicités entre des milieux peu enclins d’ordinaire à se côtoyer.


Comme lorsqu'on vient de remplir sa grille de Bullshit Bingo, difficile de contenir une irrésistible envie de crier "Foutaises!". Mais en la matière vous n'avez encore rien vu.

Le musée est sensé prendre place dans la Ferme des Tilleuls, un ancien bâtiment historique racheté en 2008 aux CFF.  Le projet devisé à plus de 6 millions de francs - sachons vivre! - est hors de portée de la bourse de Renens. La gauche au pouvoir n'en a cure: elle s'endettera jusqu'au cou et plus encore.

Bien que la bâtisse soit ruinée et squattée, les manœuvres sont en marche ; ça se concrétise, claironne 24Heures. Il est temps d'agir, en effet, pour respecter le calendrier. L'inauguration de l'Autre Musée est prévue début 2016, c'est-à-dire la veille des élections communales. Le hasard fait décidément bien les choses.

Il y a quelques semaines, les Renanais ont donc eu le plaisir de découvrir les contours de l'Autre Musée à travers de grandes affiches rigides déployées sur la place du marché. Pas trop longtemps tout de même, des fois que le chaland se pose des questions. Fort heureusement, le descriptif du projet reste disponible sur son site web.

baleine-metal.jpg
Les baleines en ferraille rouillée s'échoueront peut-être sur une nouvelle grève.

Et là, mesdames et messieurs, permettez-moi de vous le dire, c'est un festival. Morceaux choisis:

[L'Autre Musée] est un projet culturel qui se rêve autrement qu'une institution muséale.

C'est un projet exigeant, mais pas hermétique, avec l'envie de s'inspirer de la richesse du métissage qu'offrent Renens et l'Ouest lausannois et de notre réseau international.

C'est un projet qui veut favoriser les échanges et la complicité entre des milieux peu enclins, à se rencontrer, à se côtoyer.


Outre une définition schizophrénique et une ambition galactique, on retrouve déjà une phrase de l'avant-projet: l'implication de la Municipalité est évidente. Au-delà des échanges et des complicités, ça va sérieusement choquer du bourgeois.

C'est un projet qui grandira de ses racines et d'une volonté de produire des événements ancrés dans notre époque.

C'est un projet qui rendra visible par des expositions, des aménagements, des installations, bricolées ou savantes, les démarches de ceux qui inventent, qui créent de nouvelles visions, d'autres points de vue.


(A l'inverse des musées traditionnels qui ne présentent que des choses banales et convenues comme chacun sait.)

C'est un projet qui invitera les écoles et les jeunes à prendre part aux activités de création.


Les écoliers renanais n'y couperont pas. Cher public captif! Mais la description s'emballe et passe alors au délire complet:

C'est un projet différent, parce qu'il n'est pas conditionné par des programmations figées des années à l'avance, privilégiant les découvertes spontanées et l'imprévisible.

C'est un projet qui donnera corps à nos rencontres, que nous prolongerons en offrant des résidences à des artistes et des créateurs du monde entier.(...) Aux systèmes et aux grilles, préférons les réseaux et les constellations, les synergies et les passerelles, l'impromptu et les regards décalés. explorons les terrains à défricher, mais restons simples et engageons-nous dans le faire.

À l'heure où les frontières temporelles, économiques et culturelles s'estompent au profit d'un monde interconnecté et d'une E-culture mondiale des flux et des réseaux, l'Autre Musée se positionne comme laboratoire.

Il cultivera un intérêt pour la création isolée et populaire, en passant par les nouvelles technologies et l'art contemporain.

À l'image des encyclopédies participatives, la configuration et la substance de l'Autre Musée seront en constante évolution.

 
Etc. Que de verbiage transcendantal pour qualifier l'Autre Musée de ce qu'il sera vraiment: un café, des locaux administratifs pour quelques postes de complaisance, un appartement colocatif où pourront loger deux ou trois copains artistes, le tout encadrant un espace d'exposition rempli de rébellion convenue et, probablement, vide de tout spectateur. On se réjouit de découvrir les chiffres de la billetterie.

Il n'en reste pas moins que les délires verbaux ampoulés autour du projet ne sont pas sans rappeler Les Inconnus, qui avaient tout inventé en 1992 déjà:

 

Mais tu dis
Que le bonheur est irréductible
Et je dis
Que ton espoir n´est pas si désespéré
A condition d'analyser
Que l'absolu ne doit pas être annihilé
Par l'illusoire précarité de nos amours
Et qu'il ne faut pas cautionner l'irréalité
Sous les aspérités absentes et désenchantées
De nos pensées iconoclastes et désoxydées
De nos désirs excommuniées de la fatalité
Destituée
Et vice et versa


Ils auraient pu chanter l'Autre Musée.