15 octobre 2012

Renens, le pays où les impôts ne baissent jamais

Alors que Renens a choisi l'endettement massif et la hausse d'impôt en 2012 (combinaison ô combien prudente par les temps qui courent) les débats de jeudi dernier sur l'arrêté d'imposition 2013 étaient l'occasion de ramener la question sur le tapis.

C'est ainsi qu'une courageuse conseillère communale UDC vint à la tribune pour plaider un humble amendement dont voici grosso-modo la teneur:

La situation économique helvétique se détériore. Cela vaut pour tous les cantons et toutes les communes, comme l'affaire des IRL le montre. Et même si aujourd'hui l'ancienne filiale renanaise semble avoir un nouvel avenir, le processus qui l'a sauvé aura laissé un bon nombre de salariés sur le carreau.

En ces temps difficile, la ville de Renens doit montrer qu'elle est capable de faire aussi bien avec moins, mais surtout, que l'effort fiscal est partagé.

L'UDC Renens propose donc d'amender l'arrêté d'imposition 2013 pour baisser d'un point l'imposition de la commune, c'est-à-dire de revenir à la situation prévalant jusqu'en 2011.

Bien que modeste, cette baisse d'impôt montrera que la fiscalité de Renens n'est pas éternellement orientée à la hausse.

Les contribuables et les entreprises doivent se sentir aidés, et ne plus avoir l'impression qu'ils sont les seuls à devoir se serrer la ceinture.

 

C'était sans doute trop demander. Renens est devenu un enfer fiscal et a bien l'intention de le rester. L'amendement fut repoussé "à une large majorité", ce qui n'a rien de bien étonnant compte tenu de la composition politique du Conseil Communal.

Vous seriez plus surpris en revanche d'apprendre que le PLR s'est massivement abstenu. Le centre-droit de Renens s'accommode décidément bien rapidement des hausses d'impôt qu'il prétend combattre...

Les déclarations pas si vieilles comme quoi cette hausse d'impôt serait "temporaire" font sourire - sauf si c'était pour évoquer de nouvelles hausses, bien entendu! Avec l'assentiment d'une droite bien peu combative, la stratégie fiscale de la gauche - à Renens comme ailleurs - peut plus que jamais prendre comme emblème la Roue à rochet:

fiscalité,plr,courage

09 juillet 2012

Tout-va-bien à Renens

Régulièrement en contact avec des journalistes au sujet de la politique locale, on me demande parfois mon sentiment sur la situation de Renens, notamment en matière de sécurité, de propreté, de civisme.

"Renens a mauvaise réputation, mais les choses s'arrangent, non?" suggèrent sempiternellement mes interlocuteurs.

cambriolage.jpgHélas, non, je n'ai guère l'impression que les choses s'arrangent. On peut clairement admirer la réussite de la Municipalité pour avoir réussi à faire rentrer cette opinion au sein de la classe journalistique, fruits d'un travail de fond et de longue haleine.

Mais au vu de la réalité du terrain, l'effort de communication n'est pas près de se relâcher.

Pour les habitants de Renens, la perception des choses est légèrement différente, comme le serait celle des journalistes s'ils se donnaient la peine de faire une petite recherche dans les articles de leurs propres publications - sans compter que bien des affaires ne suscitent pas l'intérêt médiatique, tel le cambriolage banal d'une boutique de téléphone portable rue de la Mèbre, ci-contre.

Il faut que le crime sorte de l'ordinaire pour que les médias s'y intéressent. Les habitants, eux, contemplent chaque matin les murs taggués et les vitrines brisées avec une belle régularité, et encore ne s'agit-il que de la partie visible des nuisances et de l'insécurité.

La lassitude n'atteint pas que la population: la Municipalité a ainsi "courageusement" choisi de murer avec des cloisons en bois les vitrines du passage sous-gare (trop souvent défoncées) et de retirer divers éléments de mobilier urbain près de la gare, comme les cendriers (trop souvent vandalisés). Mais tout est affaire de communication, car il faut maintenir les apparences.

incendie_gare2.jpg
La gare de Renens, victime d'un incendie (probablement criminel) au mois de mai.
Une chance qu'il n'y ait pas eu les caméras, elles auraient brûlé...

Ce n'est pas chose facile tant les stigmates de l'insécurité renanaise sont visibles. Par insécurité, je n'entends pas forcément des gangs organisés ou des réseaux semi-professionnels allant du cambrioleur au receleur, mais un mélange complexe de haine, de mal-être, de drogue et d'alcoolisme, de manque d'éducation, de jalousie et de désoeuvrement frappant un certain nombre de ses habitants, et qui fait des ravages en termes de relations de voisinage et de criminalité.

Il est facile de défausser le constat sous le fallacieux prétexte du sentiment d'insécurité, mais celle-ci recouvre des faits très concrets, dûment enregistrés dans les statistiques de Polouest, la police régionale de l'ouest lausannois. Les méthodes de calcul ont évolué avec le temps mais le chapitre adéquat du rapport de gestion 2011 (page 38 et suivantes) permet un bon aperçu de la criminalité renanaise, tant au vu de son évolution sur les années précédentes qu'en comparaison avec les autres communes à proximité.

Entre 2008 et 2011, le nombre d'interventions de la police sur la commune de Renens est passé de 3'712 à 5'241 (+41%), soit plus d'une intervention annuelle pour quatre habitants! Le phénomène de hausse n'est pas circonscrit au chef-lieu du district, mais prend une saveur particulière associée au total des interpellations et arrestations (auteurs de délits), qui est passé de 56 à 116 (+107%). Les vols de toute sorte sont passés de 246 à 374 (+52%) tandis que les nuisances sonores et autres troubles à la tranquillité, délits mineurs mais qui n'ont pas leur pareil pour pourrir la vie des habitants, sont passés de 296 à 634 (+114%).

On pourra interpréter ces statistiques de diverses manières, bien entendu: en les comparant avec les chiffres des autres communes de l'ouest lausannois, qui "rattrapent" le chef-lieu - et il n'y a guère lieu de s'en réjouir - ou en bottant en touche, expliquant que Renens n'est pas la pire des villes du canton, la palme en revenant incontestablement à Lausanne où les seringues le disputent aux arracheurs de colliers, sans parler de la vie nocturne.

Toujours est-il que lorsqu'on me pose la question, non, je ne peux décemment pas répondre que "les choses s'arrangent".

Facile de critiquer, me rétorquera-t-on. Peut-être est-ce vrai, mais cette description critique de Renens fait partie, je crois, du travail d'opposition d'une minorité politique au Conseil Communal. Si le rôle d'un politicien local consiste juste à chanter les louanges de la ville en se tapant sur le ventre, pétri d'autosatisfaction, la majorité en place n'a besoin de personne.

Quant au chapitre des solutions, on les connaît: appliquer simplement les lois et les règlements en vigueur (sur l'ivresse publique notamment), sans passe-droit ni régime de faveur, parce qu'aucune politique de réhabilitation ne saurait se passer d'incitation répressive ; et évidemment, installer des caméras de surveillance comme les habitants de Renens l'ont eux-même décidé en votation. Mais c'est beaucoup demander à une majorité de gauche totalement incapable de rigueur et freinant des quatre fers pour appliquer une décision sortie des urnes, lorsqu'elle ne correspond pas à la doxa bien-pensante.

Autant dire que non seulement la situation n'est guère reluisante, mais qu'elle ne va pas aller en s'améliorant. Je m'efforcerai donc à travers le mot-clé tout-va-bien de répertorier plus ou moins régulièrement les faits divers qui frappent notre malheureuse commune, histoire de retrouver facilement des exemples de la situation rélle de Renens, la ville où tout s'arrange, selon l'opinion de journalistes conquis.

clodo.jpg
Un homme endormi à même le sol de la nouvelle place du marché, au petit matin.

15 mai 2012

La Convention de Législature

Les spectateurs qui ont suivi la séance du Conseil Communal de Renens du 10 mai ont assisté à un étrange ballet: l'élection à bulletins secrets du Président du Conseil Communal et du Bureau pour l'année 2012-2013. Un candidat pour chaque poste, chacun élu au premier tour, tout allant avec force remerciements et salves d'applaudissements...

Dans une ville au clivage gauche-droite aussi marqué que Renens, comment cela a-t-il été possible?

Le secret vient d'un document de quelques pages signé entre tous les partis un an plus tôt, la Convention de Législature, visant à partager le pouvoir.

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La Convention de Législature de Renens pour la période 2011-2016.

Le Conseil Communal est l'organe principal de la vie politique communale, mais ne gère pas tout directement. On ne saurait demander à un plénum de 80 conseillers (à Renens) de siéger et de débattre au moindre remplacement de conduites d'égoût... Dans les faits, le Conseil Communal fonctionne donc à l'aide de commissions, sous-groupes comportant une petite fraction de ses membres, pour s'informer et statuer sur tel ou tel dossier avant la "grand-messe" d'une séance du Conseil. Toutes les commissions ne sont pas égales: certaines ne sont constituées que le temps d'un projet quelconque. D'autres, comme la commission des finances ou la commission de gestion, vivent à travers toute la durée de la législature.

Le Conseil Communal est lui-même chapeauté par le Bureau du Conseil, un comité comprenant le Président du Conseil, des vice-présidents et des scrutateurs. Le Bureau a la charge du travail administratif lié au fonctionnement du Conseil Communal lui-même, comme l'organisation des séances, la tenue de l'ordre du jour et des procès-verbaux.

Bien qu'un peu bureaucratiques en apparence, les détails du fonctionnement de la politique communale sont essentiels pour comprendre l'utilité de la Convention de Législature. En effet, celle-ci décrit le rapport de force dans l'organisation du travail. Composition et présidence de chaque commission selon l'affiliation politique, tournus des postes au sein du Bureau et à la présidence du Conseil Communal... Le tout sur la base d'une répartition en fonction de la représentation des partis au sein du Conseil.

Prenons par exemple la Commission de Gestion. A Renens, celle-ci comporte 13 membres ; selon la Convention de Législature, les libéraux-radicaux, des fourmis rouges (le nom de l'extrême gauche locale) et des socialistes ont droit à trois sièges chacun, les UDC et les écologistes deux sièges chacun. La présidence est attribuée à un parti différent chaque année.

Cette attribution ne vaut que pour Renens et que pour la période 2011-2016, bien entendu. La convention doit être renégociée à chaque nouvelle législature en fonction de l'équilibre politique sorti des urnes.

Si le fonctionnement d'une Convention de Législature est donc clair, reste à répondre à une interrogation: pourquoi en avoir une?

En première approximation on pourrait penser que les vainqueurs s'exclameraient "au diable les vaincus!" et s'arrogeraient tous les pouvoirs - et donc, pas besoin de s'embarrasser d'une convention. Mais cette stratégie est plutôt mauvaise. D'abord, les électeurs, plus modérés que leurs élus, n'apprécient guère l'arrogance. Refuser toute forme de participation à la minorité au seul prétexte qu'elle a réuni moins de suffrages n'est pas bien perçu. Ensuite, la moindre composition de commission de préavis devrait être soumise au vote du Conseil Communal, donnant lieu à moultes empoignades. Enfin, la minorité étant absente des commissions, l'information donnée lors de leurs séances circulerait mal et obligerait les groupes à poser d'innombrables questions à la municipalité devant le plénum. Les débats, rallongés et alourdis, seraient probablement encore plus ennuyeux qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Du point de vue de la minorité, l'intérêt est évident. La convention permet aux partis d'opposition de récupérer des fonctions symboliques et de s'intégrer à la vie politique communale. En partageant le pouvoir, la majorité ne prend pas un énorme risque: après tout, la composition des organes de l'assemblée reflète l'équilibre des forces au conseil. Si la gauche est majoritaire par exemple, elle le sera également dans chaque commission. L'incertitude posée par les "électrons libres" refusant de suivre la ligne de leur parti n'est pas nulle, mais reste sommes toutes assez faible.

Finalement - et on l'oublie souvent! - exclure une partie du Conseil Communal revient à laisser l'ensemble du travail aux autres. Si une bonne partie des conseillers communaux était interdte de commission, la majorité aurait alors à assumer leur absence et à les remplacer. Le moindre conseiller communal de la majorité devrait alors sacrifier une dizaine de soirées par mois pour faire vivre la politique locale, une épée de damoclès qui amène les plus récalcitrants à mettre de l'eau dans leur vin!

Le seul risque d'une Convention de Législature est lié à sa rupture. Il est possible que certains ne l'acceptent pas et refusent de jouer le jeu. En effet, ce contrat est signé par les chefs de groupe et les chefs de partis représentés au conseil, pas par chaque conseiller communal. La discipline au sein des partis ne fait pas tout. Comme les élections annuelles pour choisir le nouveau Président du Conseil, etc., se déroulent à bulletins secrets, il est tentant pour des contestataires de faire comme bon leur semble et d'envoyer l'accord aux orties, même si on l'a vu, tout le monde gagne à le respecter.

La Convention de Législature représente à l'échelle communale un outil politique typique du génie helvétique: un compromis simple, efficace, honnête, et dans lequel chacun trouve son compte.

31 mars 2012

Gazon maudit

Ce jeudi, selon la formule consacrée, le Conseil Communal de Renens a accepté "à une très large majorité" la construction d'un terrain de football synthétique au Censuy.

N'ayant pu assister à cette séance du conseil, j'ai malgré tout suivi une partie des discussions préalables à l'adoption du projet. On peut en tirer des enseignements sur le fonctionnement d'une démocratie en général, enseignements nullement limités à l'échelle locale.

Passons rapidement sur l'aspect factuel. Un terrain en gazon synthétique offre un certain nombre d'avantages comparé à son équivalent traditionnel. Les frais d'entretien sont moindres et entraînent moins de pollution, la surface est utilisable plus souvent qu'un terrain en gazon naturel et dans des conditions climatiques plus variées... Citant le préavis, le gazon synthétique s'avère être un équipement "durable et économique."

gazon-synthetique.JPGLe nouveau terrain de football devrait bénéficier à des centaines de jeunes footballeurs affiliés aux clubs locaux. On parle de 350 personnes. Le gazon synthétique, s'il est moins coûteux à l'usage qu'un gazon traditionnel, est aussi bien plus cher à l'achat. En fin de compte, la facture du projet tourne autour 1'700'000 francs suisses. On pourrait facilement ouvrir quelques polémiques - à quoi ressemblera effectivement le terrain au bout de dix ans? L'utilisation possible du terrain les jours de pluie sera-t-elle vraiment suivie des faits? A-t-on vraiment les moyens de payer cela? - mais ce n'est pas le propos.

Le propos concerne la légitimité de cette dépense.

Et nous sommes, selon moi, devant l'exemple même d'une dépense illégitime.

Imaginons qu'au lieu de passer par le Conseil Communal, on ouvre une souscription publique. On enverrait un joli dépliant explicatif accompagné d'un bulletin de versement à chaque foyer de la commune, et on compterait, un mois plus tard, les sommes récoltées.

Cette façon de procéder livrerait une mesure on ne peut plus concrète de l'engouement financier réel des habitants pour un nouveau terrain de sport. Et on devine sans mal que les 20'000 habitants de Renens seraient loin de payer le million sept nécessaire au projet (c'est-à-dire 85 francs suisses par tête de pipe!)

Lors des discussions attenant au projet, certains se sont émus que le club de foot local contribuait finalement assez peu à ce merveilleux cadeau - et qu'il aurait dû faire davantage de démarches auprès des joueurs, de leurs familles, des supporters, etc. Mais pourquoi s'embêter à faire de l'activisme et à récolter des fonds auprès des uns et des autres lorsque les sommes correspondantes leur seront, de toutes façons, soutirées par l'impôt?

En passant devant la Municipalité et le Conseil Communal, la magie collectiviste opère, et chacun semble oublier toute relation entre le coût du projet et la poche des contribuables. La causalité disparaît. L'argent semble sortir de nulle part - il n'y a plus qu'à l'affecter aux lubies de chacun, en montants plus ou moins grands mais toujours abstraits, sous les applaudissements d'un public conquis, mais plumé.

29 novembre 2011

Renens opte pour la dette XXL

Ayant l'insigne honneur d'être membre de la Commission des Finances de la ville, j'ai assisté à la séance concernant le plafond d'endettement de la Municipalité pour la législature 2011-2016 fixé à 200 millions.

Le spectacle était hallucinant.

Je l'ai découvert en avance; la première aura lieu lors de la séance du conseil communal de décembre. Les représentations se poursuivront sur les trente prochaines années, le temps de payer les traites.

L'ambiance risque d'être plus maussade.

Le plafond d'endettement correspond aux sommes que la Municipalité marquée à gauche prévoit de d'emprunter pour mener à bien ses différents projets. Et en la matière, c'est une véritable boulimie. Comptons entre autres une ligne de tram, une nouvelle gare, une ligne de Bus à Haut Niveau de Service, un musée, une participation dans une société de chauffage à distance... L'imagination des élus n'a pas de limite!

Certes, le plafond d'endettement est un maximum. Rien ne force la Municipalité à le dépenser dans son intégralité, comme lors de la législature 2006-2011. Mais cette fois-ci l'espoir est maigre. L'ambition en matière de dépenses est clairement affichée, la Municipalité refusant de reconduire le plafond de 140 millions de la législature précédente - trop modeste, sans doute. Après tout, ce n'est pas parce qu'un type prend son pistolet, glisse une balle dans la chambre, arme, enlève la sécurité et met en joue sa cible qu'il va forcément tirer, n'est-ce pas? Pour le plafond d'endettement, il nous reste le même genre d'espoir...

La planification d'endettement proprement dite permet de dégager quelques chiffres:

TABLEAU SYNTHETIQUE (en milliers de CHF)
  2011 2012 2013 2014 2015 2016
Investissements 12'790 9'474 22'476 28'725 18'410 18'730
Marges d'autofinancement 145 573 300 -1'000 -1'500 -2'000
Emprunts à long terme 60'200 69'100 91'300 121'000 140'900 161'600
Endettement net
par habitant (en CHF)
1'630 2'063 3'147 4'592 5'432 6'286
 
RATIOS
Indicateurs 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Quotité de la
dette brute
82.01% 89.95% 116.06% 151.17% 172.91% 195.30%
  Bon Bon Acceptable Mauvais Mauvais Mauvais
Quotité de la
charge d'intérêts
-0.39% -0.87% -0.24% 0.84% 1.77% 2.57%
  Pas de charge Pas de charge Pas de charge Faible charge Charge moyenne Charge moyenne
Endettement net
par habitant
Moyen Moyen Elevé Elevé Très élevé Très élevé

Ce tableau est une fidèle reproduction de la page 7 du préavis n° 5-2011 - Plafond d'Endettement de la législature, agrémenté de quelques couleurs. Les qualificatifs "mauvais", "très élevé" et autres ne sortent pas de l'imagination fébrile de votre humble serviteur, mais des échelles cantonales d'évaluation de l'endettement définies dans l'annexe n° 2 - Indicateurs financiers du dit préavis.

La quotité de la dette brute représente le rapport entre la dette et le budget. Pour reprendre des termes très en vogue ces temps-ci à l'échelle internationale, c'est l'endettement rapporté au PIB de la commune. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

La marge d'autofinancement représente le résultat net annuel de Renens. S'il est positif, cela signifie que la commune gagne de l'argent; s'il est négatif, la commune s'endette mécaniquement, par la simple hémorragie de la balance de ses comptes courants. Nous y arriverons dès 2014 en perdant un million de francs, la somme passant à deux millions en 2016. Renens se sera enferrée dans la situation inextricable d'emprunter pour payer ses dépenses courantes, sans compter l'entretien de tout ce qui aura été construit.

Difficile à croire, mais les chiffres du tableau pèchent par optimisme; ils ne tiennent compte ni de l'accroissement continu des charges de fonctionnement de la ville, ni de la réduction des recettes à cause du ralentissement de la conjoncture.

Si le plafond d'endettement est atteint, la situation de Renens sera gravissime.  Ce n'est pas là encore une vue de l'esprit, mais les risques très réels de défaut de paiement énoncés devant la Commission des Finances par le boursier communal. En effet, non seulement les niveaux d'endettement atteints par la ville la rapprocheront dangereusement de la mise sous tutelle d'office, mais Renens aura aussi le plus grand mal à renouveler ses prêts en cours de législature.

Dans le climat économique actuel, est-on certain que les banques ouvriront leurs bourses en grand pour financer les projets pharaoniques d'une ville socialo-communiste endettée à mort?

C'est en tous cas le pari effrayant de la Municipalité.

Bien sûr, je ne prône pas le rejet de toute dépense. Mais refuser l'abstinence n'oblige pas à renoncer à toute prudence. Nous traversons une période de grande incertitude; la moindre des choses serait de faire la liste des projets par ordre de priorité et de ne lancer que ceux que la ville peut s'offrir, en suivant les règles de bonne gestion sans cesse répétées par le boursier communal: au moins 50% des coûts d'un investissement, quel qu'il soit, devraient être couvert par l'autofinancement.

Comme pour tout un chacun, quand on n'a pas les moyens, on retarde, on renonce ou on essaye une alternative plus abordable.

Mais ce serait demander trop de bon sens à une Municipalité assoiffée de prix d'architecture. La facture sera pour ses successeurs, ainsi que pour les habitants de Renens, naturellement.

Les forces politiques de Renens étant ce qu'elles sont, l'adoption de ce plafond d'endettement au Conseil Communal par la majorité rouge-rose-verte tient de la formalité. Si quelqu'un a la patience de suivre les débats, je parie que les arguments fallacieux suivants fuseront:

  • "Renens est une ville et il lui faut des équipements en rapport" - non sequitur par excellence. Aux dernières nouvelles, le taux d'occupation était aussi tendu que pour n'importe quelle commune de l'arc lémanique. Renens est parvenue à dépasser vingt mille habitants sans avoir de tram ou de chauffage à distance. Et c'est maintenant qu'il faudrait ces équipements dispendieux pour faire grandir la ville?
  • "Lausanne fait pire" - c'est indéniablement vrai, mais en quoi est-ce une excuse ou même une justification? La dette de Lausanne dépasse celle du canton de Vaud. La Municipalité viserait-elle la palme de la commune la plus mal gérée de Suisse?
  • "Ces investissements sont nécessaires" - je mets au défi quiconque d'en faire la démonstration. Un besoin vital d'un Bus à Haut Niveau de Service? D'un musée de la photographie? Je demande à voir!

Je ne sais pas si la syndique de Renens Marianne Huguenin envisage de se lancer dans un nouveau mandat en 2016, mais au vu de la situation de la commune prévue à cette date, j'en doute. Qui souhaiterait diriger une ville percluse de dettes, à deux doigts de la mise sous tutelle et avec une marge de manoeuvre financière réduite à zéro? C'est la tactique de la terre brûlée d'une gauche en perte de vitesse.

Rendons-lui tout de même hommage, Mme Huguenin aura réussi sa sortie - un véritable feu d'artifice de dépenses dont l'ardoise se payera sur des décennies.

Et tout le monde le sait.

Comme le résuma un conseiller communal amer:

"On sait qu'on va droit dans le mur, on discute juste de la date."

 

Vous seriez surpris de la couleur politique du monsieur.

14 octobre 2011

Baptême du feu au Conseil Communal

Les habitués de ce blog ont peut-être été déçus du manque de billets ces derniers jours. L'activité politique m'a accaparé au plus haut point: non seulement la campagne pour les fédérales, mais surtout la deuxième séance du Conseil Communal de Renens, jeudi 13 octobre, à la Salle de Spectacle de Renens.

Une séance du Conseil Communal représente plus qu'une soirée de plaidoiries. Si le citoyen intéressé peut y goûter quelques joutes verbales et avoir un maigre aperçu de la façon dont sa commune est dirigée, le reste se passe en coulisses. Réunions de la municipalité, séances de commissions permanentes et de commissions de préavis, rédaction de rapports, réunion des groupes politiques pour convenir de décisions communes - ou pas! - lors des votes... Un travail de préparation dépendant de l'implication de chacun.

spectacle.jpgDécidé à me livrer à l'exercice nouveau de la prise de parole, j'avais préparé ma petite intervention pour dénoncer, au travers d'un nouveau règlement communal, la prise de contrôle progressive de l'attribution des logements sociaux par la municipalité de Renens - la porte ouverte à de nombreux abus, avertissais-je. Las! L'offensive choquante de l'extrême-gauche renanaise pour augmenter les impôts chamboula le déroulement d'une séance qui aurait pu être, sinon paisible, au moins, disons, convenable.

Précisons le contexte. Je fais partie de la commission des finances. La commission en question, qui contient un échantillon représentatif des forces politiques au conseil, planifie la politique financière de la commune: dépenses de la municipalité, taxation des contribuables, impact financier des décisions, etc. Les conclusions de la commission - résumées en une phrase: "on fait comme l'an dernier" - devaient être présentées ce soir-là et approuvées par le Conseil.

Mais voilà que les finances vaudoises se sont révélées meilleures que prévu. Une bien mauvaise nouvelle...

Quel rapport avec la choucroute, me direz-vous? A la vérité, aucun. Le Canton de Vaud a sa caisse et la commune la sienne, et il n'y a pas de relation entre les deux. Sauf pour ceux pour qui tout appartient à l'Etat, et qui voient d'un mauvais oeil que le contribuable, ce cochon de payeur, puisse garder à la fin du mois quelques piécettes de plus au fond de la poche.

Tout cela a l'air un tout petit peu étrange, et ça l'est effectivement. Je vais donc dérouler le cheminement intellectuel qui a eu lieu.

  1. Le Canton de Vaud et la Commune de Renens prélèvent, chacun, leurs impôts.
  2. Le Canton de Vaud, géré correctement, dégage un excédent. Après moultes joutes politiques, le Grand Conseil Vaudois décide de baisser le taux d'imposition de 1 point - un geste que lui-même annonce comme symbolique.
  3. L'extrême-gauche de Renens réalise que les contribuables renanais vont payer 1 point d'impôts de moins. "C'est inadmissible!" glapit l'avant-garde du prolétariat.
  4. Le Conseil Communal de Renens à majorité rouge-rose-verte décide de suivre l'extrême-gauche comme un seul homme et augmente de 1 point le taux d'imposition de la commune pour "compenser" la baisse des impôts vaudois.

Voilà, c'est tout simple. Ce que le canton donne, la commune le reprend. Les citoyens de Renens sont privés de baisse d'impôts. Bien fait pour eux.

Bien sûr, les professionnels du boniment s'empresseront de livrer des explications plus oiseuses les unes que les autres pour enfumer le chaland. Allez, dans le tas: de nouvelles règlementations financières cantonales, des charges inattendues, une baisse des revenus des impôts sur les entreprises. C'est le bal des pleureuses...

Il serait trop long de débusquer un à un tous ces arguments fallacieux. Défaussons-les simplement en rappelant que tous étaient déjà connus de la commission des finances lorsqu'elle a établi les plans pour 2011, séances pendant lesquelles le projet cantonal de baisse d'impôts - absolument sans effets sur les revenus de la commune, je le rappelle - était lui-même déjà sur les rails. Et il n'était alors pas question de monter la charge fiscale communale.

Lorsque même la Municipalité parle de "cadeau" devant la nouvelle manne à dépenser, on sait à quoi s'en tenir!

Quant aux transfers de compétence, nouvelle péréquation et autres geignements expiatoires, mon petit doigt me dit que les autres communes du Canton de Vaud réussiront parfaitement à faire face sans augmenter leurs impôts locaux. Question d'efficacité, sans doute.

A Renens, on préfère l'idéologie - avec oeillères en titane triple protection. L'attractivité fiscale? Pas de ça chez moi!

De toutes les communes de la région, Renens est la ville avec les impôts les plus élevés et le revenu par contribuable le plus faible, mais ce n'est pas assez de déjà se traîner une réputation d'enfer fiscal, il faut remettre une bûche au feu. Les records sont faits pour être battus, n'est-ce pas!

En attendant, je suis intervenu trois fois ce soir-là, et si ma prestation n'a de loin pas été à la hauteur de mes espoirs, c'est le métier qui rentre. Seul point positif d'une soirée aussi longue que désastreuse pour Renens, nous avons pu constater une fois de plus l'excellente entente que nous entretenons avec la section communale du PLR.

Cette deuxième séance du Conseil Communal fut un baptême du feu; elle sera suivie de beaucoup d'autres. Nous avons naturellement échoué à contrecarrer cette hausse d'impôts; mais avoir été au bon endroit, au bon moment, et avoir pu dire non!..

Je n'ose imaginer combien de Renanais auraient souhaité être là pour protester avec moi.