20 mai 2015

Les Suisses, bons à décapiter?

"Les Suisses ne sont bons qu'à être décapités", proclame un certain Oussama M., Irakien incarcéré en Suisse. Les autorités fédérales, décidément très remontées, ont décidé de "prolonger une nouvelle fois sa détention", explique le Matin. Pas de jours-amende avec sursis ni de réhabilitation aux petits oignons pour le vilain petit canard du vivre-ensemble métissé et festif - en tout cas, pas pour l'instant.

daesh.jpgPadamalgam™, double dose

Sans doute pas au courant que l'islam-ce-n'est-pas-ça (on attend avec impatience le débat télévisé entre un frère Ramadan et ce genre d'olibrius) l'individu explique au Tages Anzeiger qu'il n'y a pas lieu de perdre du temps à essayer de convertir les infidèles: "Les chrétiens suisses ne sont bons que pour la décapitation, pas pour le prosélytisme". On a beau être promis au paradis, il faut utiliser son temps efficacement. D'ailleurs Oussama se préparait à joindre le geste à la parole:

Pour les autorités suisses, Oussama M. était clairement en train de préparer une action en Suisse pour le compte de l'organisation terroriste avec l'aide de deux complices. L'Irakien «est totalement en phase avec les activités de l’État islamique et se considère comme un de ses membres», écrit le Tribunal pénal fédéral. Il se décrit comme un combattant respecté qui a participé à des batailles.


Heureusement, c'est probablement un loup solitaire, le genre de type qui devient méchant à coup de vidéos sur Youtube alors qu'avant il était gentil comme tout et disait bonjours à ses voisins lorsqu'il les croisait dans l'escalier... Rien qui justifierait, par exemple, une remise en question de la politique d'asile habilement conduite par notre conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga... Oups!

Oussama M. a été accueilli en Suisse après une grave blessure en Irak. Il souhaite retourner dans son pays une fois sur pied. Actuellement, il se déplace en chaise roulante. Et même s'il a été soigné et qu'il touche l'aide sociale, il est virulent (sic) avec la Suisse. Selon les autorités fédérales, l'accusé a apporté son soutien à l’État islamique, notamment pour des transferts de fonds. Il aurait aussi eu des contacts avec un membre influent Abu al-Muhajir Akkab, recherché par Interpol. Oussama M. était aussi chargé de mettre en place une cellule terroriste en Suisse chargée de préparer des attentat ici ou en Allemagne.


padama10.jpgLa Suisse est tellement accueillante qu'elle soigne et entretient des gens qui avouent ouvertement leur souhait de décapiter ses habitants! A-t-on jamais vu plus merveilleuse démonstration d'hospitalité? Mais ne vous inquiétez pas outre mesure des propos tenus! Force restera à la loi:

L'Irakien, comme ses deux complices, clame leur innocence depuis des mois. Aucune de ses demandes de libération ne lui a été accordée. En fait, sa détention préventive vient même d'être prolongée jusqu'au 20 septembre au moins.


Prend ça, vil islamiste! Ça calme, hein? Face à un type qui a probablement vu (et commis) des atrocités sans nom en Syrie et en Irak, la perspective d'être incarcéré "jusqu'au 20 septembre au moins" dans une confortable cellule helvétique - à la superficie scrupuleusement conforme aux Droits de l'Homme - doit probablement être terrifiante, faisant vaciller toutes ses convictions.

Ce triste entrefilet de la presse locale n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'une guerre qui gagne en intensité non seulement en Suisse mais dans l'ensemble du monde occidental, et ce d'autant plus que le flot de réfugiés "syriens" que Mme Sommaruga accueille à bras ouverts avec l'argent des contribuables comporte son lot de combattants de l’État Islamique.

La myopie ordinaire

Sans transition, prenons l'exemple imaginaire, mais inspiré de la réalité, de Martine. Martine se définit elle-même comme une amoureuse de la nature ; Martine concrétise cet amour dans un respect scrupuleux des directives officielles édictées par les écologistes et religieusement retransmises par les médias de masse. Martine mange Bio autant qu'elle peut, consomme local, recycle, ne laisse pas ses appareils en veille quand elle y pense, et se maudit intérieurement plusieurs fois par semaine lorsqu'elle est contrainte d'utiliser sa voiture.

Naturellement, Martine vote écolo - les mêmes qui réclament l'accueil de 100'000 réfugiés syriens dans le pays.

Bernard, lui, est fonctionnaire. Employé dans la prestigieuse administration cantonale de Fribourg, son travail est routinier mais finalement confortable. L'argent rentre, il a droit à ses vacances, ses chèques Reka, l'accès à la cantine du personnel. Il ne se foule pas trop mais s'entend bien avec son supérieur, ça compense. Sa progression salariale est garantie et chaque année ses copains syndicalistes réussissent à grappiller un petit plus par-ci ou par-là.

Depuis quelques temps, Bernard dort mal. Sa petite commune de Chevrilles a été sélectionnée par Mme Sommaruga pour implanter un nouveau (et énorme) centre d'accueil pour requérants. Il se demande quel effet cela aura sur la valeur de sa maison et les trajets qu'effectuent quotidiennement ses deux filles. Naturellement, cela ne l'empêchera pas de continuer à voter socialiste.

Thomas, enfin, est un rebelle. Il ne supporte pas les normes sociales rigides. Il se plaint sans arrêt que la Suisse "ne bouge pas assez", qu'elle est trop "réactionnaire" et que sa vie est un carcan. Il rêve d'un revenu universel qui lui permette une vie tranquille avec son copain, bière à volonté et un peu de deal d'herbe au noir comme complément. Il en fume aussi, tant pour oublier ses études qui ne décollent pas que pour mieux planer avec sa musique où on rêve d'un monde ouvert, beau et généreux où tous les humains se tendent la main.

Si Thomas est homosexuel, il ne s'en vante pas - et encore moins depuis vendredi dernier, où il s'est laissé submerger par l'émotion en embrassant son ami devant la gare de Zurich. Il était tard, ils devaient se quitter, mal leur en a pris. Une douzaine d'individus désœuvrés et visiblement étrangers les a vigoureusement houspillés. Les baffes ont commencé à pleuvoir et la situation manquait de dégénérer jusqu'à l'arrivée providentielle d'une patrouille de police qui dispersa l'attroupement. Depuis, Thomas s'efforce de ne plus penser à cet incident troublant, de peur de remettre en question sa vision du monde où l'UDC est le principal obstacle sur le chemin du bonheur.

Responsabilité électorale et priorités

La vie est faite de choix. Nous nous faisons une fierté de proclamer que ces choix sont l'écho de nos valeurs, de notre époque et de notre histoire personnelle ; ce n'est pas toujours vrai. Souvent, ces choix sont aussi les conséquences de notre conformisme, de nos habitudes ou de notre refus d'admettre un problème.

Les exemples de Martine, Bernard ou Thomas n'ont rien de particulier - on pourrait les décliner à l'infini. Mais chacun d'eux aura un petit souci: définir l'ordre de ses priorités face à la menace islamique incarnée par exemple par Oussama. Il y a les choix qu'on fait, mais aussi ceux qu'on refuse de faire.

  • La Suisse est-elle menacée davantage par l'islamisme ou par le réchauffement climatique?
  • La Suisse doit-elle privilégier l'accueil de faux réfugiés ou le respect de son cadre de vie?
  • Comment la Suisse peut-elle promouvoir le respect des homosexuels ou l'égalité homme-femme face à des populations allogènes totalement hostiles à ces concepts?
  • Que vaut la loi des hommes, la démocratie, la liberté d'expression, face à ceux pour qui la seule loi qui vaille est la loi d'Allah? Quel sens y a-t-il à les laisser s'installer sur notre territoire?
  • Quel sens y a-t-il à vouloir renvoyer les criminels étrangers dans leur pays, refuser l'accès à un flot de faux réfugiés, instaurer des quotas pour l'immigration lorsque les autorités élues par ces mêmes citoyens refusent par principe tout contrôle des frontières?

Ces interrogations dérangent - tant et plus que trois-quart des électeurs, et je suis généreux, s'efforcent surtout de ne pas se tourmenter avec des questions de ce genre.

La politique de l'autruche est aussi décriée qu'elle est pratiquée. Si nombre d'élus suisses ont clairement choisi leur camp, la responsabilité finale de leur accès au pouvoir incombe à l'électeur et à nul autre.

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice. »

George Orwell


Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en Europe la situation va aller en s'aggravant: hordes de requérants d'asile, crise économique, islamisation, guérillas urbaines. L'ère de l'insouciance heureuse est terminée et chaque jour il devient plus dangereux de continuer à faire comme si.

L’État Islamique n'a pas encore un an

Voyant l'évolution des crises dans la période 2010-2015 et leur accélération stupéfiante rien que depuis le début de l'année, on s'effraie à penser à ce que sera devenu le monde en 2020 à ce rythme. Bien avant, nous aurons sans doute d'autres chats à fouetter que l'organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

La Suisse n'a plus guère les moyens de continuer à ignorer les problèmes, ou ceux-ci finiront par l'emporter. Mais la prise de conscience requiert le réveil des citoyens, une vision claire des enjeux, et un engagement fort pour appliquer des solutions concrètes. Nous reste-t-il, en tant que peuple, assez d'énergie et de volonté pour organiser notre propre survie? Ou les réglementations sur le ramassage des déchets sont-elles l'aboutissement de notre projet de civilisation?

Nous aurons les réponses à ces questions lors des élections fédérales de cet automne. Je ne vais pas vous mentir, les perspectives ne sont pas bonnes. Si au bout du compte nous nous destinons à n'être que du bétail pour islamistes, c'est aussi parce que nous en aurons décidé ainsi.

13 avril 2015

De l'immobilisme électoral zurichois

Des élections ont eu lieu ce dimanche à Zurich, le canton le plus peuplé de Suisse. A quelques mois des élections fédérales d'automne, et sachant que ce canton réunit à lui seul un sixième des citoyens helvétiques, le scrutin avait valeur de test.

Le résultat est mauvais.

"Les Conservateurs, grands gagnants des élections cantonales zurichoises", titre le Nouvelliste. Le triomphe est encore loin mais il est vrai qu'à première vue, le résultat semble correct: le vert Martin Graf a été sèchement écarté du Conseil d'Etat, l'électorat n'ayant semble-t-il pas digéré l'affaire Carlos. A la place le PDC récupère un siège avec Silvia Steiner, offrant au gouvernement une répartition marquée au centre avec 2 PS, 2 UDC, 2 PLR et 1 PDC. Le remplacement d'un Vert (d'extrême-gauche) par un PDC (de centre-gauche) ne laisse donc pas présager d'un énorme changement de trajectoire gouvernementale. En évoquant "un léger glissement à droite", le Nouvelliste est dans le vrai. À peine un frémissement...

Mais, quitte à nous projeter dans les élections fédérales, laissons tomber l'élection de l'exécutif puisque celle-ci n'est pas du ressort du peuple. Penchons-nous donc sur l'évolution du Grand Conseil zurichois:

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Infographie RTS

L'UDC tient toujours la part du lion dans l'assemblée (30%) mais ne gagne pas le moindre élu. Le deuxième parti du canton, le PS, se renforce un peu d'un siège, ainsi que l'extrême-gauche. Seuls les Verts et Verts Libéraux perdent réellement des plumes dimanche, mais là encore on est loin de l'effondrement: les deux partis gardent encore plus de deux tiers de leurs sièges. Même le renouveau gouvernemental du PDC ne se concrétise guère au niveau du parlement.

Le vainqueur du jour est évidemment le PLR, doté de huit nouveaux sièges et passant en termes de force électorale de 12,9% à 17,3% des voix.

Quatre virgule quatre pour cent

En 2011, un mois après l'accident de Fukushima, un Vert avait profité de la confusion pour s'emparer d'une place à l'exécutif ; après un mandat les citoyens s'en sont lassé.

Que s'est-il passé depuis? Oh, quasiment rien. L'Europe a continué de s'enfoncer dans la crise économique et financière. Le printemps arabe a fait plonger de nombreuses dictatures dans le chaos. Les Français ont eu la joie d'expérimenter dans les faits le socialisme après l'avoir porté au pouvoir par pure détestation de Nicolas Sarkozy. La guerre civile ravage l'Ukraine. L’État Islamique est né, déplaçant le curseur de la violence islamique à un niveau encore jamais atteint. La Syrie draine de nombreux "jeunes européens" dans une guerre civile dont on ne sait de quelles exactions seront capables les gens qui en reviennent. Divers attentats terroristes ont été perpétrés en Europe, jusqu'aux portes de la Suisse.

Sur le plan strictement helvétique, la BNS a mis en place puis retiré un taux de change plancher avec l'euro, abandonnant la souveraineté du franc en embarquant des milliards d'euros dans son bilan. Les frontaliers et les immigrés n'ont jamais été aussi nombreux, malgré le vote du peuple suisse contre l'immigration de masse. Celui-ci attend toujours, d'ailleurs, la mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers. Deux visions de moins en moins compatibles de la loi opposent les apôtres du culte du droit international aux tenants de la démocratie directe, les premiers disposant de tous les leviers médiatiques et politiques hormis le vote populaire. Le gouvernement fédéral n'a toujours pas retiré sa demande d'adhésion à l'Union Européenne, et continue en fait de faire la promotion d'une adhésion "en douce" à la bureaucratie de Bruxelles.

Tout cela n'est bien sûr qu'une maigre sélection de ce qui s'est passé ces derniers temps. Le résultat? +4,4% pour le PLR, et à peu près autant de perdu pour la gauche - les Verts plus ou moins rouges perdent davantage mais les socialistes et l'extrême-gauche compensent. Pire encore, en guise de "droite" les gagnants du jour sont ceux qui prônent entre autre l'ouverture sans limite des frontières aux personnes, la soumission à l'UE et qui cautionnent les manœuvres d'apprenti-sorcier de la BNS! Et les médias de célébrer la victoire des "Conservateurs"?

Voilà à quoi nous en sommes réduit: un basculement à peine perceptible de l'électorat. Les lignes sont figées. Comme on pouvait le craindre, l'évolution du rapport de force entre gauche et droite s'avère dérisoire. De quoi refroidir les ardeurs de tous ceux qui pouvaient espérer un réveil des citoyens.

Vent mauvais pour l'automne

Ceci n'est évidemment pas de bon augure pour les élections fédérales de la fin de l'année. Si les mêmes tendances se poursuivent - et rappelons-nous que les Zurichois sont plutôt plus à droite que le reste de la Suisse et en particulier que des Romands - le nouveau Parlement ne se distinguera pratiquement en rien du précédent ; et il en sera de même pour le Conseil Fédéral.

Le statu-quo est-il précieux au point de devoir tout lui sacrifier? La question se pose de façon cruciale alors que l'heure tourne et que les options se réduisent. Entre les bulles financières et le jihad global, la dilution de la citoyenneté et les pressions transfrontalières du chômage de masse, l'avenir de la Suisse semble constellé d'écueils qu'il faudra contourner avec habileté sous peine d'éventrer la coque.

Le dernier chiffre remarquable du scrutin est celui d'une participation qui frise l'insulte: 31,3% pour le Conseil d'Etat et 32,6% pour le Grand conseil. Moins d'un électeur sur trois s'est donné la peine de se rendre aux urnes - ou de voter par correspondance plusieurs semaines en avance...

Il est de bon ton de s'intéresser à la politique lorsque des initiatives et des référendums sont proposés au souverain, mais les citoyens devraient se rappeler que 95% des lois au moins ne passent jamais devant le peuple, concoctées par des élus ayant acquis leur siège dans l'apathie générale. Comme ce dimanche.

Dans un pays tel que la Suisse où l'offre politique est si vaste et si libre (deux des partis du Grand Conseil zurichois, PBD et Verts Libéraux, n'existaient même pas il y a dix ans) pareil désintérêt de la population pour la politique est proprement terrifiant. On peut y voir la marque d'un certain ennui, d'une offre insatisfaisante, d'une démobilisation... A moins qu'il ne s'agisse de lassitude mêlée de fatalisme. Dans tous les cas, cette posture du corps électoral n'annonce rien de bon pour le fragile futur de la démocratie helvétique.

18 mars 2015

La dernière initiative

C'est avec une immense tristesse que j'ai découvert dans les médias le lancement de la dernière initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" - la dernière du premier parti de Suisse, et peut-être la dernière tout court.

On le savait, le projet couvait depuis quelques temps déjà, alors que Christoph Blocher avait annoncé son retrait du Parlement pour s'adresser directement au peuple souverain, l'organe suprême de la démocratie helvétique. Mais tout semble s'accélérer, en particulier les circonstances qui rendent soudainement ce texte terriblement nécessaire.

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Beaucoup, à commencer par moi, auraient aimé que ce texte ne voie pas le jour, non pas à cause d'un désaccord avec son contenu mais au contraire parce qu'il égrène des évidences. Dans une situation normale, il est difficile de démontrer des évidences. Allez non pas expliquer mais démontrer au sens mathématique la commutativité de l'addition à un jeune enfant! Pas simple.

La Constitution helvétique est issue du peuple suisse. La chose est acquise dès son préambule. Tous les autres organes de l'Etat émanent de cette Constitution et sont donc subordonnés à la collectivité des citoyens qui lui a donné naissance. Viennent donc dans l'ordre de priorité des institutions fédérales le Peuple Suisse, puis le Parlement, puis le Conseil Fédéral - chacun étant aux ordres du précédent.

À Berne, la chose a été oubliée depuis longtemps. Le divorce entre le peuple et les partis politiques remonte sans doute à ce "jour noir" de 1992 où la Suisse refusa les fiançailles avec l'Union Européenne, infligeant un affront cinglant à ses élites. Convaincue de dominer un troupeau d'ânes incapables de comprendre le grand ordre des choses, la classe politique œuvre depuis à contourner, museler et finalement se passer de ces citoyens revêches.

Pendant très longtemps la transformation du régime se fit par petites touches, en toute discrétion: une adhésion par la bande à une organisation supranationale présentée comme de peu de conséquences ; la ratification d'un traité tellement flou qu'on le dote d'une cour de "justice" chargée de définir son contenu, lui garantissant une extension à peu près infinie, peu importe l'éloignement du texte initial ; l'abandon de la convertibilité-or du Franc Suisse, préalable à l'adhésion à l'euro ; des jugements de la Cour Européenne des Droits de l'Homme niant sans contestation les dispositions constitutionnelles fédérales ; la disparition des frontières pour que le territoire suisse ne fasse enfin plus qu'un avec celui de ses nouveaux maîtres.

Longtemps le peuple helvétique fit preuve d'une bienveillance coupable, berné et bercé dans l'idée que ses représentants - jamais mot ne fut plus mal choisi - œuvraient dans le sens de l'intérêt commun. Il y avait bien quelques cahots mineurs lors d'un référendum, mais dans l'ensemble rien de bien grave.

Les choses s'accélérèrent de façon notable au tournant des années 2000 puis ensuite lors de la crise de la dette publique de 2008. Désormais, les avancées se font carrément au grand jour, qu'il s'agisse de l'adhésion de la Suisse à la zone euro à travers les manipulations de la BNS ou de la soumission voulue et assumée de la législation du pays à Bruxelles à travers "l'accord institutionnel" concocté par M. Burkhalter, totalement incompatible avec la démocratie directe - et il le sait très bien!

Par ailleurs et en parallèle le gouvernement n'a jamais été aussi sourd aux cris du peuple qui s'incarnent dans un nombre inégalé d'initiatives acceptées: contre les pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers, contre l'immigration de masse... Mais ces initiatives sont ignorées, perverties, détournées autant que le permet la loi et même au-delà. Il ne s'agit pas d'une évolution progressive face à des opinions qui auraient pu changer depuis le précédent scrutin sur le sujet il y a quinze ou vingt ans. L'objectif avoué est d'ignorer les décisions populaires lorsqu'elles contreviennent à la doxa collectiviste et internationaliste des élites.

Parmi tous les pays du monde, il n'y a probablement qu'en Suisse où le respect du moindre traité international suscite une piété quasiment religieuse. Les autres n'hésitent pas à les dénoncer, à les renégocier, ou à rejeter leur ratification. Même dans les rares cas où l'adhésion à un traité supérieur est établie et attestée, comme dans le cas des États-Membres de l'Union Européenne, cette situation est source d'innombrables débats sur les manœuvres possibles au sein du collège. Chaque pays de l'UE n'hésitera pas et n'hésite d'ailleurs pas à tirer la couverture à lui autant que le permettent les textes ; les autres discutent carrément de leur retrait éventuel de l'Union... C'est, tout simplement, le monde réel.

Rien de tel en Suisse où un respect aveugle, soumis et unilatéral aux traités internationaux semble l'incarnation d'une curieuse naïveté alliée à une bêtise stupéfiante. En fait l'attitude obéit à un objectif intérieur assumé: la soumission à l'international est aussi le meilleur moyen de museler la démocratie directe en réduisant progressivement son champ d'application jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Minée sans relâche depuis vingt ans, la démocratie directe est si vermoulue qu'elle est à deux doigts de l'effondrement. L'initiative pour la primauté du droit suisse vise à restaurer la charpente. La démarche est louable mais s'apparente aussi à un quitte ou double.

Si le texte est rejeté, alors, il en sera officiellement fini de la démocratie directe. C'est une possibilité bien triste mais tout à fait légale ; la démocratie est ainsi faite qu'elle a le droit de voter son suicide. On continuera à voter certes mais sur des choses triviales, la couleur des volets, les dates des vacances scolaires ; le reste sera décidé à Berne (et Bruxelles, et Strasbourg) sans que personne ne puisse y redire quoi que ce soit. La "démocratie directe" sera réduite à un simulacre plus ou moins folklorique.

Mais si le texte est accepté? Les élites, les médias, le Parlement et le Gouvernement accepteront-ils alors de résilier les traités en conflit avec la Constitution suite à diverses votations passées et futures? Vous avez le droit de le penser ; pour ma part je n'y crois pas une seconde. On expliquera que cela nous mettrait en porte-à-faux avec nos partenaires internationaux et puis que tout cela est bien compliqué, et ensuite on ne fera rien.

L'initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" est la dernière initiative pour laquelle voter ait encore un sens - à condition que son adoption soit suivie d'effets. Malheureusement, il est sans doute déjà trop tard. Son refus enterrera pour de bon la démocratie directe, mais son acceptation ne fera probablement rien d'autre que révéler à tous que le coup d’état institutionnel a déjà eu lieu.

Le combat pour la restauration de la démocratie directe ne fait que commencer. Il sera long, incertain et difficile, et demandera bien plus qu'une initiative.

08 mars 2015

Résultats du 8 mars

Un double Non particulièrement cinglant vient de frapper les deux objets fédéraux soumis au vote ce week-end. La participation était plutôt faible à 42%. J'eus pour ma part le plaisir de procéder au dépouillement dans ma ville de Renens où les résultats furent assez conformes aux chiffres du canton.

Défiscalisation des allocations familiales (discutée ici): Avec plus de 75% de Non, l'initiative a fait chou blanc dans les grandes largeurs. L'initiative aurait modifié la structure de l'impôt en empêchant l’État de se servir à hauteur de 20% sur les allocations familiales versées aux familles par les entreprises. La classe moyenne y aurait largement trouvé son compte: une famille bernoise de deux enfants et un modeste revenu de 50'000 CHF annuels aurait ainsi économisé 1313 francs par an ; la même famille dans le canton de Vaud aurait vu ses impôts allégés de 1059 francs.

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La classe moyenne veut continuer à payer des impôts sur ses allocations familiales.

Peut-être le grand public fut-il sensible à l'astuce - toujours efficace apparemment - de l'odieux "cadeau fait aux riches" dénoncé par la gauche? À moins que certains ne se soient réellement effrayés d'une diminution d'un milliard des rentrées de l’État? Le fait est qu'avec un rejet des trois-quarts de la population, nombre des familles qui auraient directement bénéficié de l'initiative ont semble-t-il choisi de la rejeter.

Le texte était soutenu par le PDC et une partie de l'UDC. A moins d'un an des élections fédérales c'est un très mauvais signe pour le parti de centre-gauche qui s'évertue à se présenter comme le "faiseur de consensus" et "toujours du côté des vainqueurs". Ce qui est vrai dans les joutes politiciennes mouchetées de la Berne fédérale ne se répète visiblement pas directement face au peuple. Le verdict sans appel remet sans ambages le PDC face à son déclin électoral.

Pour une Taxe sur l'Energie à la place de la TVA (discutée ici): l'initiative des Verts Libéraux se prend une déculottée d'une ampleur historique avec 92% de Non. Les journalistes furent obligé de chercher dans les archives des échecs électoraux d'une ampleur identique et durent remonter jusqu'à 1929 pour trouver quelque chose d'équivalent... Je vous épargne donc une nouvelle carte de Suisse totalement écarlate.

Visiblement, remplacer la TVA par une taxe modulable sur l'énergie ne fut pas du goût des citoyens. Pas tant qu'ils soient "attachés" à la TVA (l'excuse immédiatement formulée par les journalistes!) mais bien qu'un projet mal ficelé, mal chiffré et pour tout dire totalement flou n'avait pas de grandes chances de séduire.

Sur le plan politique, l'échec est grand pour les deux partis soutenant le texte, les Verts Libéraux et les Verts d'extrême-gauche, puisque la somme des suffrages en faveur du texte est très inférieure au poids électoral de ces deux partis aux élections fédérales de 2011. Autrement dit, soit le texte n'a pas séduit jusque dans les propres rangs de ces formations, soit leur force électorale sera sérieusement revue à la baisse dans les élections de fin d'année.

Votations cantonales

Si les votations fédérales réservèrent assez peu de surprise, les votations cantonales furent quant à elles plus disputées. Voici une petite sélection des objets soumis au vote:

Le Canton de Genève vit ainsi l'approbation d'une réforme de la police approuvée par un écart de... 42 voix. Une nouvelle qui mettra certainement du plomb dans la tête de tous les citoyens paresseux qui renoncèrent à exercer leurs droits démocratiques! La réforme de la police, qui la réorganisera de fond en comble, était combattue par les syndicats policiers, le MCG et l'UDC mais aussi l'extrême-gauche. La coalition disparate subit donc une défaite face à Pierre Maudet, l'ambitieux élu PLR qui avait fait du scrutin un enjeu personnel, mais qui put difficilement parler de triomphe avec une marge de réussite aussi modeste.

A Gland dans le canton de Vaud, la population refusa clairement la construction d'une piscine municipale, un de ces investissements dispendieux dont des élus avides de travaux publics sont si friands. Dans le même registre, les habitants de Bienne dans le canton de Berne refusèrent un projet de nouvelle gare à 18 millions qui aurait interdit la circulation aux voitures.

Dans le canton de Nidwald, les citoyens repoussèrent à près de 62% une initiative pour limiter l'enseignement à une seule langue étrangère à l'école primaire, ce qui aurait repoussé à plus tard l'apprentissage du français face au bon allemand. L'initiative était poussée par l'UDC et soutenue par le gouvernement du canton, et résonne comme une victoire pour tous ceux qui pensent que l'apprentissage des autres langues nationales est indispensable à la cohésion nationale.

Enfin, la population du jura bernois accepta à 60% l'idée d'un parc éolien à Tramelan, mais limité à sept turbines.

05 mars 2015

Défiscaliser les allocations familiales, du simple bon sens?

prise de position,votation du 8 mars 2015,famille,initiativePremier des deux objets fédéraux proposés au peuple le 8 mars 2015, l'initiative "Aider les familles! Pour des allocations exonérées de l'impôt" est promise à un destin incertain. Les premiers sondages lui donnaient un capital de sympathie conséquent mais celui-ci s'est érodé avec le temps alors que la date fatidique approchait, selon une trajectoire assez classique.

En Suisse, les allocations familiales sont actuellement fiscalisées, c'est-à-dire qu'elles s'ajoutent aux revenus et sont donc soumises à l'impôt. Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas l’État qui reprend d'une main ce qu'il donne de l'autre puisque les allocations familiales sont financées par les entreprises. En revanche, l'emprise de l’État sur le système est bien réelle puisqu'il récupère 20% de cette manne.

L'initiative peut être abordée sur plus d'un plan - fiscal, éthique, politique - et différents thèmes se mélangent selon le point de vue adopté. Les lignes sont moins claires qu'on pourrait le croire. L'initiative est soutenue par le PDC, à l'origine du texte, et par une UDC dont on saluera l'absence de sectarisme. Tous les autres partis sont contre ; la gauche, sans surprise, mais aussi le PLR. La droite avance donc en ordre dispersé. De plus, même au sein de l'Union Démocratique du Centre le soutien est moins solide qu'il n'y paraît puisque le groupe des élus UDC au Conseil National avait commencé par rejeter le texte. La décision fut renversée par la base du parti réunie en congrès.

Comme souvent, l'argent est le nerf de la guerre. Défiscaliser les allocations familiales reviendrait à priver l'Etat d'environ un milliard de recettes fiscales. La somme paraît énorme mais donne aussi une idée de la façon dont l'administration ponctionne sans vergogne une aide sensée parvenir aux familles. Ramenée aux différentes strates étatiques, la pilule semble également bien plus facile à avaler. La Confédération récolterait 250 millions de moins sur un budget de 67 milliards, donc pas vraiment de quoi crier misère. Les cantons devraient quant à eux faire une croix sur 25 millions chacun en moyenne. Chacun décidera en son âme et conscience si les sommes en jeu mettent en danger la survie de l'administration...

Du point de vue des familles, en revanche, l'effet n'est pas du tout le même. Pour des foyers modestes une amélioration du revenu disponible d'une centaine de francs par mois peut faire une réelle différence. Par une ironie malsaine, les allocations familiales fiscalisées privent les familles de certains subsides par effet de seuil. En touchant des allocations familiales, certaines familles modestes deviennent soudainement "trop riches"! Elles ne bénéficient alors plus de certains mécanismes sociaux ou alors seulement de façon affaiblie, comme les tarifs préférentiels pour les crèches.

Sachant que les fonctionnaires représentent l'essentiel de sa clientèle électorale, le PS était déjà contre l'initiative du fait de son effet potentiel sur le budget de l’État. L'idée que des familles riches s'en sortent mieux est un deuxième chiffon rouge pour le parti de gauche, à la limite de la provocation. L'argumentaire s'en ressent:

Au niveau cantonal, les familles riches pourraient facilement s'offrir une semaine de vacances grâce au cadeau fiscal tandis qu'une famille moyenne devrait se contenter d'une visite au zoo.


prise de position,votation du 8 mars 2015,famille,initiativeNotons comme d'habitude le champ sémantique gauchiste dans lequel tout ce que l’État ne vous prend pas est un "cadeau" qu'il vous laisse, magnanime. Malheureusement ce n'est pas aussi simple. Toute famille soumise à l'impôt - cantonal ou fédéral - verrait ses impôts allégés ; soit les familles avec enfant, disposant d'un revenu annuel inférieur à 100'000 francs suisses, au nombre d'1 million sur un total de 1.15 million selon les chiffres du PDC. Parmi ces bénéficiaires certaines familles aisées y gagneraient effectivement un peu plus, mais dans la mesure du montants des allocations familiales, donc pas vraiment des sommes folles en premier lieu. Les socialistes ont le bon goût de ne pas préciser le genre d'hôtel que les "veinards" pourraient se payer...

Le PS n'hésite pas à jouer la carte de la jalousie et tend toujours le même piège à la classe moyenne: devrait-elle renoncer à des baisses d'impôts au prétexte que d'autres en profiteraient davantage? Si la réponse est oui, alors aucune baisse d'impôt n'est possible, jamais. La jalousie a un prix.

Au milieu de ces batailles de chiffres l'argumentation du PLR laisse carrément à désirer: "aujourd'hui il y a assez d'instruments, de moyens et de possibilités pour soutenir les familles" et puis basta! (Il y en a en fait un peu plus naturellement mais par charité j'éviterai de reprendre des arguments que les dirigeants du PLR semblent avoir cru bon de piocher directement dans les prises de position de la gauche.)

Le parti libéral-radical a sans doute en tête ses propres projets d'introduction d'une imposition individuelle mais évite d'entrer dans un débat de fond qui aurait pourtant eu un sens. La simple notion de diminution du poids de l’État dans la société civile aurait déjà dû susciter un soutien dans les rangs de la formation. Las! Pas même une seule section cantonale pour sauver l'honneur.

En tant que libéral, la notion de subvention interpelle ; inscrite dans une loi, elle s'oppose ontologiquement à la solidarité authentique, qui ne saurait être que personnelle et individuelle. Ceci étant dit, les allocations familiales sont peut-être les "moins injustifiables" de toutes puisqu'elles visent spécifiquement à perpétuer la population sur laquelle elles s'appliquent. Leur uniformité et leur séparation d'avec la fiscalité habituelle les rapproche du "revenu vital minimum" défendu par certains libéraux.

Rien n'est parfait évidemment, mais de toute façon l'initiative du PDC ne vise pas à altérer le principe des allocations familiales, seulement sa fiscalisation. Si l'initiative passe, la classe moyenne y gagnera et l’État reculera - bien que fort modestement.

Il me semble que ces deux effets sont positifs et suffisent à soutenir cette initiative.

03 mars 2015

La parenthèse du pétrole cher

Vous souvenez-vous de l'époque où le baril de brut se négociait à un prix de 147 dollars? Alors qu'aujourd'hui il se traîne péniblement autour des 50 dollars, le record semble carrément appartenir à un autre siècle.

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Prix du baril de 2000 à 2015

Pourquoi le prix du pétrole s'est effondré? Plusieurs théories s'affrontent. La montée en puissance de la production de pétrole issu des sables bitumeux en Amérique du Nord, devenue rentable précisément à cause du prix élevé du baril, aurait entraîné une surproduction. D'autres pointent l'Arabie Saoudite comme l'origine de cette surproduction, soit parce que le royaume saoudien serait incapable de se forcer à baisser sa production (ce qui se comprend puisque pareille décision grèverait ses revenus), soit au contraire parce qu'il chercherait à maintenir les prix au plus bas pour ruiner ses concurrents et rester seul maître du jeu.

La manœuvre aurait certes quelque chose de diabolique mais l'hypothèse ne tient guère debout: l'OPEP est notoirement incapable de respecter les quotas qu'elle impose à ses membres et si l'industrie de l'extraction non-conventionnelle de pétrole (sables bitumeux et autres) a pu s'envoler avec un prix du baril au-delà des 70$, on ne voit pas très bien, quitte à ce qu'elle soit ruinée aujourd'hui, pourquoi elle ne pourraient pas renaître de ses cendres demain avec un baril à nouveau suffisamment cher. Mieux encore, le temps passé à rendre compétitive ces sources alternatives améliore chaque jour leur rentabilité et leur efficacité tout en diminuant leur impact écologique.

La nouvelle donne du pétrole bon marché a un effet direct sur les revenus des pays pétroliers comme le Venezuela, l'Arabie Saoudite ou la Russie, permettant à toutes les théories du complot imaginables de prendre racine. Mais les partisans de telles théories oublient bien vite qu'un effondrement pétrolier prolongé aura tout autant d'effet dévastateurs sur l'emploi aux USA et au Canada, les acteurs renouvelés de la production d'or noir.

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Vous rappelez-vous de cette époque folle où le baril dépassait les 140$? C'était le moment où chaque péripétie internationale offrait un prétexte pour justifier une hausse de prix - une raffinerie en panne par ici, des pressions sur le détroit d'Ormuz par là. Aujourd'hui, des pays producteurs entiers comme la Libye sont à feu et à sang. Ailleurs des champs pétroliers sont carrément entre les mains d'islamistes. L'Iran, cible de sanctions économiques à cause de sa course à l'armement nucléaire, prive les marchés de 1 million de barils par jour. Et tout le monde s'en fiche complètement! Admettons en tout cas que les cours du brut ne reflètent plus vraiment de préoccupations géopolitiques.

Non, l'explication la plus simple est sans doute la meilleure: les cours du brut s'effondrent parce que la demande s'est affaiblie. Oubliez les records boursiers bâtis sur du vent et les discours triomphants des politiciens. L'économie réelle ne va pas bien et au premier chef l'économie américaine, sa locomotive mondiale. Un puits de pétrole crache du brut de façon régulière ; la consommation, elle, dépend d'une multitude de facteurs. Il en faut peu pour qu'une chaîne de production surdimensionnée mène à une surproduction.

Paradoxe de notre époque, alors que le pétrole bon marché présage d'une ère d'abondance, tout le monde gémit à l'unisson. Les analystes financiers torturent les courbes à l'aide d'outils statistiques pour leur faire avouer que les cours vont remonter - il le faut, leurs bonus en dépend. Les politiciens grimacent devant la baisse des recettes fiscales issues des innombrables taxes sur l'essence. L'abondance d'un pétrole bon marché a le deuxième défaut de contredire un des principaux arguments utilisés pour justifier leur interventionnisme perpétuel. Les consommateurs quant à eux se plaignent parce que le prix à la pompe ne reflète pas les baisses de prix de la matière première, révélant au grand jour toutes les manipulations éhontées destinées à tondre la laine sur leur dos.

Mais les écologistes sont sans doute les plus grands perdants de l'actualité. Non seulement toute énergie bon marché est une hérésie à leurs yeux mais le pétrole est celle qu'ils haïssent le plus juste après le nucléaire, parce qu'il permet le plastique, fournit l'essence pour la mobilité individuelle et produit le CO2 contre lequel ils sont partis dans une absurde croisade.

En outre, un pétrole bon marché est un pétrole compétitif: pas possible de rivaliser avec lui en subventionnant jusqu'à plus soif des panneaux photovoltaïques poussifs et des éoliennes aléatoires. Que reste-t-il de la "transition énergétique" lorsqu'on n'en a plus besoin?

L'ère du baril bon marché met aussi en défaut leur principal argument anti-pétrole, l'idée que nous nous précipiterions vers une pénurie. Nous n'en avons jamais été aussi loin. L'époque du record à 147$ nous permet de ressortir quelques textes pas tellement anciens qui prennent tout leur sel aujourd'hui...

  • Le Monde Diplomatique écrivait en 2006 que "rien n’indique que, dans les décennies qui viennent, les prix de l’or noir vont à nouveau baisser". Le baril n'était pourtant qu'à 75$...
  • Dans un bel exemple d'extrapolation, le Monde voyait déjà en mai 2008 un baril à 200$. Et annonçait sans hésiter une pénurie pour 2016! Préparons-nous, c'est pour bientôt!
  • Et bien sûr des écologistes décrétaient quant à eux que nous assistions au chant du cygne de l'or noir puisqu'il allait de soi que la hausse des prix ne pouvait être que la traduction du pic pétrolier c'est-à-dire une pénurie de l'offre (une altération de la demande, ne cadrant pas avec leur théorie, étant quant à elle inenvisageable).

"100 dollars le baril, c'est le signe de la fin de la civilisation du pétrole."
-- un écologiste mystique


Le baril de brut remontera-t-il? Sachant que son cours est aujourd'hui exprimé dans une monnaie-papier comme le dollar, cela n'a rien d'impossible. Il suffit d'ailleurs d'oublier l'érosion de la valeur de la monnaie pour présenter l'histoire de façon alarmiste, mais à dollar constant c'est nettement moins probable. Pour s'en convaincre, il suffit de se demander si les principaux consommateurs d'or noir - USA et Europe - sont sortis de la crise, et se rappeler que grâce à l'inventivité humaine les techniques et l'efficacité progressent sans cesse. Elles repoussent les perspectives de pénurie là où le libre marché fonctionne.

Les cours historiquement bas du prix du baril ne sont vraisemblablement pas un accident ; c'est plutôt la parenthèse d'un pétrole anormalement cher qui est gentiment train de se refermer.

Et nous devrions cesser de nous en plaindre.