27 juin 2014

La seconde mort d'Adeline

Selon un projet de convention envoyé par l’Etat à la famille d'Adeline, l'administration reconnaît "sa responsabilité" et celle des HUG "pour les actes et omissions ayant permis la sortie accompagnée de Fabrice A. le 12 septembre 2013, au cours de laquelle feu Mme Adeline M. a trouvé la mort".

justice,criminels,fabrice anthamattenTrouvé la mort - drôle d'expression pour une rencontre qui n'avait rien de fortuit, au vu des circonstances. Un violeur récidiviste condamné, une sortie en cours de peine avec une éducatrice séduisante pour faire du cheval, l'achat d'un couteau... Et à la fin un crime sordide qui révolta toute la Suisse tant il était évitable, tant l'application du sens commun aurait suffi à l'empêcher.

La recherche des responsabilités tourna vite à la mascarade, avec pour seul résultat un blâme administratif pour la directrice du centre. La faute de personne. La mort d'Adeline est la conséquence d'un simple dysfonctionnement. Tout va bien. Fermez le ban.

Si l'Etat est une hydre, ses têtes se mangent pas entre elles. Ceux qui auraient pu croire que l'administration cachait en son sein quelques valeureux esprits en lutte contre l'irresponsabilité générale - des élus du peuple, par exemple - en seront pour leurs frais. Preuve nous en est donnée pas plus tard qu'aujourd'hui avec le marché proposé à la famille d'Adeline par le Conseil d'Etat genevois:

[L’Exécutif] – représenté par Pierre Maudet, chef de la Sécurité, et Mauro Poggia, celui de la Santé – demande notamment à la famille qu’elle renonce à toute action pénale contre un agent de l’Etat ou des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).


Contre dédommagement, naturellement. Nous sommes entre gens civilisés. Un "acompte" de 20'000 francs est ainsi proposé aux parties. Le prix du sang? Combien vaut la vie d'une sociothérapeute sur le marché des indulgences?

Il y a quelque chose de quasi biblique dans l'offre du Conseil d'Etat. Le contrat du diable. Laisser faire le mal, trahir la mémoire des victimes en échange d'espèces sonnantes et trébuchantes. N'allez pas croire un instant qu'il s'agit d'un baume, d'un geste de bonté pour apaiser la douleur: l'Etat a clairement admis sa responsabilité. Il ne cherche rien d'autre que le prix du silence.

On ne sait pas à combien se monte la somme finale mais une chose est sûre, elle ne sera payée ni par le meurtrier, ni par la directrice de sa prétendue prison, ni par les pontes irresponsables des HUG, ni par le gouvernement genevois, mais bien par le contribuable. Magie de l'Etat où la sanction financière retombe sur le moins responsable de tous! La somme sera peut-être rondelette. L'Etat sait être généreux avec l'argent des autres.

Ce nouveau chapitre s'inscrit sans doute dans "le prix à payer pour la réinsertion", comme l'expliqua M. Hodgers, un autre Genevois célèbre, récemment élu au Conseil d'Etat. Tiens donc, l'indignation légitime des Genevois ne les empêche pas de porter aux nues les plus fervents adeptes de leur système carcéral dysfonctionnel.

Une seule inconnue subsiste: les proches d'Adeline accepteront-ils l'offre? On ne saurait les en blâmer: il faut bien vivre, et nulle procédure judiciaire ne leur rendra jamais leur fille, leur femme, leur mère. L'opprobre est à jeter sur ceux qui lui proposent ce projet de convention abject, qui proposent d'enterrer une deuxième fois la victime, cette fois-ci avec de l'argent.

Adeline est morte, maintenant on exige de l'oublier.

On ne saurait blâmer la famille d'accepter, dis-je, mais j'espère de tout cœur qu'elle n'en fera rien, car si la veulerie de l'Etat est avérée, son immobilisme est tout aussi indiscutable. Accepter de se taire, c'est garantir qu'aucun changement ne s’opérera à l'horizon, que les "dysfonctionnement" continueront à ponctuer l'actualité, que le régime d'application des peines ne sera jamais vraiment revu. La gabegie continuera, avec application d'un blâme de temps à autre.

Jusqu'à ce qu'un jour une famille refuse.

26 juin 2014

Les comploteurs

La SonntagsZeitung révèle le pot-aux-roses le 22 juin: en collaboration avec le Département de Justice et Police de la socialiste Simonetta Sommaruga, la Chancellerie fédérale a mandaté un groupe de travail "Democrazia Vivainta" - Démocratie Vivante, en romanche - pour réfléchir à une réforme du système politique helvétique.

Un groupe de travail secret.

democrazia vivainta,droits populaires,manoeuvres politiquesSon but? Trouver un moyen de juguler la multiplication des initiatives populaires acceptées par le peuple. "Les initiatives populaires sont devenues un instrument de pouvoir", explique un extrait de procès-verbal confidentiel.

Les propositions vont donc dans le sens d'une diminution du pouvoir du peuple sur la conduite de la politique. Par exemple, une augmentation du nombre de paraphes requis pour valider une initiative, ou un temps raccourci pour les réunir.

Si la multiplication des initiatives populaires pose problème, l'augmentation du nombre d'initiatives acceptées cause encore davantage de souci. Il faut donc non seulement réduire le nombre des initiatives populaires mais aussi leur portée. Pour ce faire, rien ne vaut le passage sous les fourches caudines d'une compatibilité avec un "droit international" aussi indéfini que changeant...

Je me suis déjà exprimé sur la volonté permanente des élites politiques suisses de se couper du peuple. Le Conseil Fédéral est l'incarnation la plus emblématique de ce sentiment ; à sa décharge, il ne doit sa nomination qu'à ses pairs de la classe politique. Son mépris est donc plus compréhensible à défaut d'être excusable.

Il existe déjà une Commission des institutions politiques parfaitement officielle au sein du Conseil National et chargée de telles réflexions. Ironie de l'histoire, sa présidente socialiste Cesla Amarelle précise que "la voie que semble suivre le groupe de réflexion n’est pas celle voulue par la commission." Membre de la même commission et président du PLR, Philipp Müller ne fait pas dans la langue de bois: "Il est indigne de la démocratie qu’un petit groupe échafaude en secret de tels plans douteux." Sans doute ne parlait-il pas de la nuit précédent les élections au Conseil Fédéral...

Les commentaires des lecteurs vont bon train (exemple sur 20 minutes). Cherchant à éteindre l'incendie, la Chancellerie se fend le 24 juin d'un communiqué officiel minimisant l'affaire:

Les auteurs d'articles publiés le 22 juin 2014 par la SonntagsZeitung insinuent que la Chancellerie fédérale aurait prévu de s'en prendre aux droits populaires. La Chancellerie fédérale est compétente en matière de droits politiques. (...) L'institution d'un groupe de réflexion est une pratique normale, qui n'a rien de secret.


Le communiqué joue sur les mots: l'existence et la composition du groupe de réflexion étaient effectivement tenues secrètes jusqu'aux révélations de la SonntagsZeitung, et ce n'est pas parce qu'une pratique existe qu'elle est défendable. Face à l'impossibilité de cacher plus longtemps la composition du groupe, la Chancellerie alla jusqu'à se fendre d'une liste de présence des personnes concernées: hauts fonctionnaires et universitaires à tous les étages! Seules deux personnes semblaient vaguement provenir du secteur privé, et encore, dans des entreprises lourdement impliquées dans des mandats avec l'Etat. On imagine la diversité d'opinion! Les fuites évoquaient d'ailleurs un quinze personnes alors que la liste n'en mentionne que treize, il n'est donc pas certain qu'elle soit complète.

Les cachotteries de l'administration fédérale ne s'arrêtent pas là. Le groupe du réflexion de la Chancellerie fédérale a été instauré "à la mi-janvier 2014", soit avant l'acceptation par le peuple de l'initiative du 9 février contre l'immigration de masse qui a causé tant d'inconfort aux élites de Berne. L'effet précède la cause... Quant à fonder un groupe en secret avec des participants à l'identité elle aussi secrète, il faut malheureusement relever que l'administration n'en est pas à son coup d'essai.

Il ne fait aucun doute que Mme Sommaruga était parfaitement au courant de ce groupe de travail, plusieurs cadres du Département Fédéral de Police et Justice étant invités aux séances. En revanche, il n'y a aucun collaborateur du Département Fédéral des Affaires Étrangères de M. Burkhalter, ce qui est plutôt étonnant lorsqu'on évoque les conflits entre le droit intérieur et le droit international. La Chancellerie botte là encore en touche en rappelant la répartition des compétences entre les différents services fédéraux, mais sans expliquer pourquoi tous ceux qui devaient être impliqués ne l'ont pas été.

A ce stade, il est difficile de qualifier précisément ce que cette affaire recouvre. Tant que le Parlement ne s'est pas penché sur l'affaire, on ne sait pas si la Chancellerie a outrepassé ses compétences ou versé des salaires de complaisance, mais l'ensemble laisse indéniablement une impression de malaise. On a le sentiment que l'administration complote à huis-clos des astuces pour mieux s'affranchir des contraintes liées au système démocratique helvétique.

La Chancellerie admet finalement que les éventuelles propositions concrètes devraient suivre la voie ordinaire, le cas échéant soumises à référendum: c'est finalement le dernier obstacle sur la voie du progrès et de la félicité éternelle...

Un jour quelqu'un à Berne pourrait finir par avouer ouvertement le sentiment répandu selon lequel le peuple est trop irresponsable pour avoir le droit de vote sur les questions importantes. Tous les politiciens vous le diront: Élire des représentants, d'accord, mais ensuite, qu'on les laisse agir!

Espérons que les citoyens n'acceptent jamais de leur donner un chèque en blanc ; mais la survie continue de la démocratie directe implique une surveillance vigilante face à une classe politique et une administration n'hésitant pas à agir dans l'ombre.

06 juin 2014

Quand l'application des peines fait peine

"L'assassin a trahi notre confiance." C'est par ces mots hallucinants de naïveté que Pierre Maudet a commenté l'évasion d'un détenu à l'issue de deux jours de permission sans surveillance accordés par l'administration pénitentiaire...

Dans le monde très particulier de l'application des peines en Suisse, la confiance s'accorde assez aisément. C., de nationalité française, avait tué de 110 coups de couteau une transsexuelle de 49 ans à son domicile de la rue de Berne, aux Pâquis, en janvier 2004, clamant avoir agi sous l'influence de stupéfiants. Il fut condamné à 15 ans de réclusion la même année.

Ne tombez pas dans le panneau d'une simple addition pour en déduire que le coupable devrait sortir en 2019 ; le temps carcéral s'écoule d'une façon toute particulière:

En Suisse, la majorité des personnes détenues sont libérées après avoir exécuté au minimum deux tiers de leur peine ou, dans le cadre de l’exécution des mesures, quand les interventions thérapeutiques ont permis des progrès permettant de considérer qu’elles sont en mesure de réussir la mise à l’épreuve.


Donc 33% de remise de peine pour tout le monde, sauf exception. Les quinze ans en deviennent dix. Mais un condamné se retrouvera au contact du public bien avant:

Souvent, la sortie des personnes détenues ayant exécuté de longues peines se fait progressivement. La personne passe d’une exécution en milieu fermé à une exécution en milieu ouvert, ouvrant la possibilité d’une réinsertion par étapes successives. Avant la libération conditionnelle, il est également possible de passer par une période de travail externe, éventuellement suivie d’une période de logement externe (...)


prison,justice,pierre maudet,genèveLe terme "milieu ouvert" renvoie au contact entre l'individu et la société. Dès la moitié de la peine effectuée, il peut effectuer un travail externe - si le risque d'évasion est nul et le risque de récidive faible, précise-t-on avec un cynisme calculé. Il est aussi possible d'accéder à un logement à l'extérieur. On parle alors de travail et logement externes (TLEX), un statut qui n'a plus guère de rapport avec l'image traditionnelle de la prison. Les détenus doivent simplement dormir dans la structure les soirs de semaine. C. était ainsi logé à Plainpalais, en plein centre de Genève, dans l'institution "la Pâquerette des Champs".

Résumons: l'assassin aux 110 coups de lames condamné à quinze ans de prison en 2004 goûtait à la liberté probablement depuis 2011-2012 et serait sorti de prison cette année. C'est d'ailleurs le refus de sa liberté conditionnelle suite au tour de vis général consécutif à l'assassinat d'Adeline qui l'amena à "péter les plombs" et se rendre chez sa mère en France, d'où il n'était pas possible de l'extrader... Un pétage de plomb qui n'a rien de surprenant sachant qu'il était déjà hébergé dans une structure destinée à des personnes souffrant de troubles de la personnalité, comme en témoigne cette définition de poste pour un nouveau directeur.

Savez-vous pourquoi vous n'avez vu aucun portrait-robot de C. dans la presse ni à la télévision? Parce qu'il était en régime de semi-liberté depuis si longtemps que la police ne voulait pas avoir à traiter les centaines de témoignages de gens l'ayant croisé avant sa cavale!

Un système carcéral reposant sur le bon vouloir de meurtriers et d'assassins peut-il fonctionner? Oui, s'il est très confortable, que les prisonniers sont aux petits soins, les professionnels chargés de l'évaluation compétents, le suivi impeccable, et les détenus pas trop vicieux. Qu'un seul de ces critères tombe et toute la construction s'écroule.

En Suisse il est effondré depuis longtemps, mais le grand public ne réalise l'ampleur de la situation que depuis peu. Suivi lacunaire par des administration qui se renvoient la balle, irresponsabilité généralisée, évaluations angéliques... Les gabegies se succèdent, en particulier pour les peines les plus longues. On finit avec des remises de peine tellement banalisées qu'elles déclenchent l'ire des détenus lorsqu'elles ne sont pas accordées de suite, et bien sûr une dangereuse exposition de la société civile aux éléments dont la prison est sensée la protéger.

La personne qui prend un café en terrasse en face de vous est peut-être un condamné avec encore de longues années théoriques de peine devant elle. Vous n'avez aucun moyen de le savoir. Ne vous fiez pas à l'absence de surveillant aux alentours pour conclure quoi que ce soit... Il faudra sans doute encore bien des scandales pour que les sorties soient correctement surveillées ; quant à des détenus purgeant enfin leur peine telle que définie dans le code pénal, n'en rêvons même pas.

M. Maudet, chef du Département de la Sécurité et de l'Economie dans le gouvernement genevois, le jeune loup PLR si triste que la confiance de l'administration pénitentiaire ait été flouée, fait paraît-il partie des "durs" de sa formation politique. Cela donne une petite idée de l'état d'esprit qui règne en haut lieu. Et puis bon, après quelques jours le condamné est retourné au bercail, donc tout va bien, non?

L'enquête administrative n'a pas encore démarré mais gageons que cette fois encore ce ne sera la faute de personne.

31 mai 2014

Les policiers, surhommes légaux?

Les policiers suisses sont assurément des professionnels effectuant un travail difficile. Sont-ils des Übermensch pour autant? Des créatures semi-divines dominant le reste des mortels, leurs pitoyables existences et leurs lois?

Pareille déclaration fait quelque peu tiquer, forcément. Un policier ne porte pas son uniforme en permanence et celui-ci n'est pas non plus un costume de superhéros.

police__mal_garee.jpgNous avons de nombreuses raisons de penser que les policiers sont loin d'être infaillibles. A dire vrai, les exemples abondent de situations où ils ne respectent pas la loi, comme se garer sur une zone pour handicapés (photo ci-contre prise à Sion).

L'exemple n'est pas anodin. La question du respect des lois et de l'impunité des policiers se pose de façon criante dans le domaine des règles de circulation, un cadre particulièrement propice aux restrictions arbitraires et aux punitions exemplaires, notamment avec l'introduction de Via Sicura.

24Heures nous en rapporte un exemple au 13 janvier dernier:

[Des] policiers genevois en voiture banalisée, sans avertisseur, ont été flashés à 102 km/h le 14 août 2013 à la rue Gambetta à Clarens limitée à 50 km/h. Marge d’erreur déduite, le dépassement se monte à 46 km/h. Ils suivaient des arnaqueurs qui se faisaient passer pour de faux policiers, à Genève, mais aussi au château de Chillon.


Le dossier fut promptement enterré par le chef de Police-Riviera au lieu d'être transmis au procureur général comme l'aurait requis la procédure. Des élus se sont heureusement indignés.

Depuis que Via Sicura est en place, les forces de l'ordre s'inquiètent:

«Aujourd’hui, nous sommes vite considérés comme des chauffards. Il faut donc s’adapter et peut-être lever le pied.» Christian Antonietti, président du syndicat de la gendarmerie genevoise UPCP, est inquiet. Depuis l’entrée en vigueur le 1er janvier de la loi sur la circulation routière, appelée Via Sicura, les policiers risquent d’être inquiétés plus facilement par la justice et de se retrouver derrière les barreaux en cas de courses d’urgence.


Sauf si l'infraction est repérée par un collègue complaisant, bien entendu. Mais sur le plan strictement légal, Via Sicura prévoit des peines allant de 1 à 4 ans de prison pour les chauffards. Entre dans cette catégorie un individu roulant à 100 km/h sur un tronçon limité à 50, par exemple. La sanction qui les attend est lourde: ils sont punis plus sévèrement que pour un homicide par négligence!

Certains élus se demandent si des policiers peuvent effectivement se faire pincer pour excès de vitesse. Une réponse détaillée de la Municipalité de Lausanne cite le texte de loi (article 100 alinéa 4 LCR) et montre que la situation est un peu plus compliquée:

Lors de courses officielles urgentes, le conducteur d'un véhicule du service du feu, du service de la santé, de la police ou de la douane qui aura donné les signaux d'avertissement nécessaires et observé la prudence que lui imposaient les circonstances ne sera pas puni pour avoir enfreint les règles de la circulation ou des mesures spéciales relatives à la circulation.


Une course officielle urgente - chaque mot compte. "Officielle" implique que le véhicule policier se fait clairement identifier par les autres usagers de la route par sirènes et gyrophare et que le déplacement est connu de sa hiérarchie. "Urgente" signifie que la course doit être justifiée par des circonstances particulières comme une demande d'intervention pour une situation grave, pesée face au danger. Autrement dit, le bon sens même. Malgré les inquiétudes des uns et des autres, les partisans de Via Sicura ont raison lorsqu'ils disent que la loi est compatible avec le travail des policiers.

Évidemment, chacun ne l'entendra pas forcément de cette oreille. Tout dépend bien sûr du niveau de circonstances requis pour violer le code de la route: une course officielle urgente, une course urgente, voire une course toute simple... Les policiers seraient-ils en train de réclamer des passe-droits? Peut-être que le terme est exagéré, mais on ne peut s'empêcher de songer à un militantisme visant à réinstaurer d'anciens privilèges.

Les mauvaises habitudes sont tenaces. Un exemple nous est fourni par le Matin pas plus tard qu'aujourd'hui, où un internaute genevois filme une voiture de police tranquillement garée sur un passage piéton pendant que son chauffeur va chercher des hamburgers...

Peut-être que cette voiture abritait des superflics d'élite traquant un gros bonnet de la drogue depuis 72h, avec un terrible besoin d'un apport protéiné pour tenir le coup? Peut-être. A moins que nous n'assistions juste à l'abus de pouvoir banal d'une caste de fonctionnaires habituée à des entorses à la loi. Entorses d'autant plus faciles que le contrôle est assuré par des collègues...

Hélas pour ces gens, la démocratisation des téléphones portables avec caméra permet un contrôle citoyen plus strict que n'importe quelle directive administrative. Et si des policiers affamés doivent à l'avenir faire le tour du quartier pour se garer et aller ensuite au restaurant à pied comme n'importe quel quidam, en quoi est-ce un problème? A y réfléchir, c'est une forme de patrouille comme une autre.

Contrairement à d'autres élus jusque dans mon parti, je ne peux que saluer l'alignement relatif des forces de l'ordre avec le commun des mortels. Via Sicura est une monstruosité pénale mais ses effets s'appliquent sans distinction d'uniforme. D'ailleurs, le problème que la réglementation pose aux agents est probablement l'argument le moins défendable. Personne n'accepterait de perdre un proche dans un accident avec un véhicule de police ne respectant pas le code de la route, roulant sirènes éteintes alors que son conducteur n'est engagé dans aucune mission particulièrement urgente. Ces cas sont moins rares qu'on ne pourrait le croire. Une voiture de police genevoise a récemment fait une embardée à 160 km/h sur un axe à limité à 60, sans qu'on sache vraiment si l'urgence justifiait cette allure.

Les policiers doivent non seulement respecter la loi mais donner l'exemple. Il y aura probablement des esprits chagrins pour se plaindre que pareilles obligations seraient de nature à rendre moins attirante la carrière de policier, sans réaliser l'absurdité de cette remarque. Qui voudrait d'un policier dont la motivation vient des passe-droits que permet le poste?

19 mai 2014

Ni Gripen ni salaire minimum

Ce dimanche, 56% des citoyens se sont déplacé pour s'exprimer sur plusieurs objets fédéraux et cantonaux. Le résultat est historique: pas moins de deux initiatives populaire ont passé la rampe.

Référendum contre le Gripen (longuement évoqué ici ou ): le projet d'acquisition du futur chasseur suédois est refusé par 53,4% des votants. C'est une demi-surprise: d'un côté, la première fois qu'une demande d'équipement de l'armée ne passe pas la rampe, et de l'autre, la conclusion d'une campagne où les adversaires du Gripen ont fait la course en tête du début à la fin. La carte des votes montre un clivage romand-alémanique assez marqué.

Gripen_vote.png

La presse unanimement engagée contre le Gripen se délecte de "l'échec personnel" d'Ueli Maurer. Aujourd'hui encore on appelle à demi-mot à sa démission et on annonce fièrement le rejet de "son" avion, comme si le choix de ce modèle était le fait d'un seul homme et les conséquences limitées à sa carrière politique. Les analyses livrées par les intervenants pro-Gripen dès dimanche laissent tout aussi songeur: le peuple aurait rejeté le Gripen pour "se venger" du vote du 9 février, surtout en Romandie, et cherché à jouer un bon tour à un conseiller fédéral UDC.

Cette analyse, si elle est exacte, serait terrible: le peuple ne serait plus capable d'appréhender les enjeux militaires sur le long terme, ramenant les questions stratégiques à des bisbilles politiciennes et des querelles de cour d'école. Rappelons que les avions militaires servent pendant des décennies, bien au-delà du mandat d'un politicien ou d'un autre, et surtout de la situation géopolitique qui préside à son acquisition.

Dès les premières tendances en faveur du Non connues, l'inénarrable écologiste Christian van Singer clama que l'argent du Gripen devrait être dévolu à tout un tas de choses (éducation-aide-sociale-santé...) le plus loin possible de l'armée, dans l'objectif avéré de lui ôter le maximum de moyens. Les adeptes de l'armée-doit-répondre-aux-nouvelles-menaces-style-cyberguerre en seront pour leurs frais. Idem pour le camp bourgeois le-Gripen-n'est-pas-le-meilleur-avion: en rejetant dédaigneusement l'acquisition d'une poignée d'exemplaire de l'appareil le moins cher, ces gens pensaient-ils vraiment que l'armée pourrait un jour disposer d'avions plus performants et plus coûteux comme le Rafale? La gauche et le GSsA ne seront décidément jamais à court d'idiots utiles!

L'armée suisse, elle, entre désormais dans une terre inconnue ; terre qui n'a visiblement plus grand-chose à voir avec la défense physique du territoire. Peut-on encore appeler "armée" un groupe d'hommes en uniformes dont les missions semblent se réduire à l'aide en cas d'inondation et à l'encadrement de la Patrouille des Glaciers?

Face à ce résultat lourd de sens dans une Europe à l'avenir indéchiffrable, les autres objets semblent anecdotiques, même s'ils ont chacun leur importance. Mais nul besoin d'ajouter d'autres cartes des votes, la Suisse étant monochrome dans tous les cas.

L'initiative pour un salaire minimum (évoquée ici) a été sèchement rejetée. Le projet de l'union syndicale suisse de 4'000 francs par mois a rassemblé 76,3% contre lui, une véritable déconvenue pour une gauche syndicale qui ne semble même pas avoir réussi à mobiliser ses propres rangs. Le rejet est encore plus fort que pour des textes utopiques comme l'initiative 1:12.

Beaucoup a été dit sur ce projet, asséné comme un marteau sur l'économie sans tenir compte des particularités locales, du coût de la vie ou des difficultés de telle ou telle branche économique. On ne peut qu'espérer que devant un résultat aussi lisible les syndicalistes comprennent le message et reviennent enfin à la table des négociations entre partenaires sociaux, avec un soupçon de réalisme.

L'initiative pour que les pédophiles ne travaillent plus avec les enfants (évoquée ici) a enfin été adoptée, à l'issue d'une campagne très dure où la classe politico-médiatique a constamment asséné des mensonges sur le texte de la Marche Blanche, jusqu'au Conseil Fédéral lui-même.

Qui souhaiterait que des pédophiles condamnés puissent travailler à nouveau avec des enfants? Contre toute attente, seuls 63.5% des électeurs ont admis cette évidence. C'est assez inquiétant quant au sens des priorités - ou au niveau de crédulité - de la minorité battue dans les urnes, en espérant qu'il ne s'agisse pas de quelque chose de pire encore.

Encore une fois, la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga va avoir la tâche difficile de concocter une loi d'application donnant le change aux initiants et ménageant le courroux du Veau d'or de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, devant lequel toutes les élites suisses se prosternent...

L'initiative pour la médecine de famille a elle aussi été plébiscitée avec des scores jamais vus, 88% d'approbation en moyenne. Les Suisses ont exprimé leur attachement à la médecine de famille et à l'importance d'une couverture médicale dans le pays, mais il est à craindre qu'ils aient en fait approuvé tout autre chose.

Attendons la loi d'application pour y voir plus clair.

Ces quatre objets fédéraux ont retenu l'attention de l'actualité mais de nombreux objets cantonaux étaient soumis au vote, à vous de trier le bon grain de l'ivraie:

  •  Les Genevois refusent de financer de 5 parkings relais d’intérêt transfrontalier situés en France voisine, un coup d'arrêt au colonialisme transfrontalier de la cité du bout du lac. Ils ont aussi rejeté une hausse du tarif des transports publics et, plus important encore, retiré cette responsabilité du gouvernement pour la confier au parlement.
  • La centrale nucléaire de Mühleberg ne sera pas arrêtée immédiatement comme le réclamaient les écologistes bernois.
  • La région viticole de Lavaux ne se transformera pas en musée à ciel ouvert. Contre toute attente (et mes propres pronostics) les Vaudois ont massivement préféré le contre-projet du gouvernement à l'absolutisme de Franz Weber, permettant une survie de l'activité viticole de la région.
  • Les Tessinois ont aussi retoqué une initiative de salaire minimum, cantonale celle-ci.
  • Les Lucernois acceptent que des sociétés privées puissent octroyer des prêts aux étudiants ne remplissant pas les critères cantonaux d'octroi de bourse.
  •  A Neuchâtel, les autorités ont obtenu le feu vert pour l'implantation de cinq parcs éoliens, autorisant l'enlaidissement de leurs crêtes et acceptant à terme que 20% de l'énergie du canton dépende du bon vouloir des vents.

En une seule journée de votation, les Suisses se sont prononcé sur plus de sujets que la plupart des autres peuples européens en une décennie!

30 avril 2014

Heureux comme un pédophile suisse

L'avenir des pédophiles en Suisse semble quelque peu compromis avec les sondages donnant victorieuse l'initiative de la Marche Blanche "pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants". 74% des personnes interrogées glisseraient un Oui dans l'urne. Mais c'est oublier un peu vite que les pédophiles - et en particulier les pédophiles récidivistes - sont défendus avec acharnement par une bonne partie de la classe politique.

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