05 octobre 2015

La dernière élection

Discutant avec un candidat UDC au Conseil National, je lui fit part d'une évaluation du contexte de ces élections qui le laissa quelque peu interdit. Voilà une version remaniée de cette conversation:

- Je suis un peu lassé de ces campagnes... Pour le pire ou le meilleur, les élections d'octobre 2015 seront les dernières.

- Ah bon? On change de régime? Personne ne m'a mis au courant!

- Oui, tu peux rigoler. Disons, il y aura encore bien d'autres votes, mais ils ne compteront plus. Ne nous voilons pas la face, c'est maintenant, cet octobre, que l'avenir du pays se joue.

- Pourquoi?

- L'UE dérive dans l'autoritarisme, la crise financière s'étend, les monnaies-papier s'affrontent, les droits du peuple suisse sont niés, les hordes de migrants envahissent l'Europe... Tu vois le tableau?

- On a connu mieux, je te l'accorde. Mais je ne vois toujours pas pourquoi l'horloge s'arrêterait le 18 octobre.

- Aiguillage plutôt qu'horloge. Au train où vont les choses, je pense que c'est notre dernière chance d'échapper à la catastrophe. Et c'est loin d'être gagné. Les gens qu'on va envoyer à Berne vont gouverner la Suisse pendant quatre ans. A la vitesse où tout se désagrège, c'est absolument colossal. Regarde ce qui s'est passé rien que depuis le début de l'année, entre la faillite grecque et la crise des migrants! Alors ensuite, essaye d'imaginer ce que sera le monde en 2019!

- Difficile de ne pas être pessimiste...

- Comme tu dis. Et donc à moins que les gens ne se réveillent très vite, on va continuer sur la lancée du Parlement actuel. Un petit pourcent en plus par ici, deux petits pourcents en moins par là, c'est grotesque. Rien ne va changer. La bande d'idéologues gauchistes, de comploteurs de couloir, de petits roquets ambitieux et autres professionnels du serrage de mains qu'on enverra à la capitale seront les gens sur lesquels il faudra compter pour éviter le chaos.

- C'est pas gagné en effet.

- Pour le moins. Les sondages sont affligeants d'immobilisme. En reconduisant peu ou prou le même parlement aux affaires, on ne va rien éviter du tout. Tu vois un Christophe Darbellay faire preuve de courage politique? Une Isabelle Moret oser tenir tête à l'UE? Une Ada Marra défendre les intérêts du peuple suisse? On plongera dans les ennuis la tête la première.

Coup d’œil dans le rétroviseur

élections du 18 octobre 2015,udcCela fait une quinzaine d'années que je m'intéresse à la politique helvétique. Après l'enthousiasme de la découverte vint le temps des désillusions. J'ai assisté à la dérive soigneusement orchestrée de la Suisse vers l'Union Européenne, sa soumission légale à des juges étrangers amenée par les directives de l'ONU ou les verdicts de la CEDH, des tribunaux hors-sol cassant par leurs verdicts les décisions du Tribunal Fédéral et jusqu'à des dispositions constitutionnelles sans que personne ne bronche.

J'ai vu les frontières disparaître et la criminalité exploser avant que les gens ne se claquemurent et que les politiciens ne commencent, comme partout ailleurs, à manipuler les statistiques et transmettre leurs directives pour répandre le message que tout allait bien.

J'ai vu disparaître le secret bancaire et son corollaire, la relation de courtoisie qui existait entre l'administration fiscale et le citoyen-contribuable. J'ai vu la démocratie directe foulée au pied par des politiciens élus par ce même peuple. J'ai vu les centres-villes transformés en zones du Tiers-monde, l'aide sociale érigée en mode de vie sans honte ni limite, la justice vidée de toute notion de punition et bien d'autres choses encore.

Et surtout j'ai vu, effaré, la plupart des Suisses se moquer complètement de la façon dont la classe politique gérait le pays et ce bien que leur situation personnelle empire régulièrement.

Oh, il y a bien quelques petites irritations de temps à autres, comme lors de l'annonce rituelle de la hausse des primes d'assurance-maladie liées à la LAMal socialiste, ou lors d'un scrutin emporté de justesse à l'occasion de quelque votation. Mais ces échauffements sont de courte durée. Rapidement circonscrits par des médias compétents dans l'abrutissement de l'opinion, les discussions s'enlisent assez vite dans un débat stérile le temps que le flot de l'actualité n'amène un nouveau sujet sur la table.

La dernière piqûre de rappel, la crise des migrants

Toujours grand visionnaire, le PS pensait que la campagne des fédérales 2015 porterait sur le système des retraites. Nous aurons bien d'autres chats à fouetter avant - le thème de l'immigration s'impose, de toute évidence. Mais pas pour les élus sortants à Berne.

élections du 18 octobre 2015,udcLes Suisses au fait de l'actualité ne peuvent être qu'effarés par les gages de soumission que le gouvernement donne quotidiennement à l'Union Européenne, dont sa volonté d'imposer des quotas d'immigrés illégaux même à la Suisse. Le vote du 9 février est ouvertement évacué dans les poubelles de l'histoire.

Il serait réducteur de cristalliser cette trahison sur les seules épaules de la présidente de la Confédération, Mme Sommaruga. Hormis l'UDC toute la classe politique est complice, et cela n'a rien d'une exagération. Histoire de dissiper toute illusion à ce sujet, reprenons un commentaire des Observateurs portant sur la session parlementaire extraordinaire convoquée par l'UDC sur l'asile. L’UDC voulait durcir la loi sur l’asile et concrètement, le PLR et le PDC ont voté comme suit main dans la main avec la gauche (ci-dessous un copié-collé des propositions de l’UDC rejetées):

– Non à la proposition d’obliger les requérants d’asile de déposer leurs documents de voyage, leurs papiers d’identité et leurs empreintes digitales.

– Non au droit de participation des communes et des cantons à la planification et à l’autorisation de nouveaux centres d’accueil pour requérants.

– Non à la proposition de gérer les centres d’accueil comme des installations fermées avec un contrôle des sorties.

– Non à la proposition d’installer les requérants d’asile récalcitrants dans des centres fermés.

– Non à la proposition de mettre fin au droit d’asile lorsque la personne concernée n’a plus besoin de protection.

– Non à la proposition d’enlever le statut de réfugié à une personne qui fait des vacances dans son pays d’origine (alors que le PDC l’avait explicitement demandé cet été).

– Non à la proposition de limiter dans le temps l’aide d’urgence aux personnes en séjour illégal pour les pousser à quitter le pays.

– Non à la proposition de couper l’aide d’urgence aux personnes qui ne répondent pas à leurs obligations de participer à la procédure.

– Non à la proposition de décharger plus longuement les cantons et les communes de l’aide sociale accordée aux personnes de l’asile.

– Oui à des avocats gratuits sans condition pour tous les requérants d’asile aux frais des contribuables (alors que le PLR avait refusé cela lors de la procédure de consultation).

– Oui à l’expropriation de particuliers pour permettre l’exploitation de nouveaux centres d’asile, ce qui équivaut à une atteinte massive aux droits fondamentaux.

 
Ceux qui pensent qu'il suffirait de voter "à droite" pour endiguer la vague de l'asile se bercent d'illusions. La gauche plurielle travaille ouvertement au remplacement du peuple suisse. Le PDC a une attitude totalement hypocrite sur le sujet, plaidant le vrai mais votant le faux ; quant au PLR, sa soumission atavique à l'Union Européenne imprègne l'entier de son positionnement politique.

Ma démocratie est plus directe que la tienne

L'UDC est le seul parti à défendre une position claire, ferme et cohérente vis-à-vis des abus dans l'asile et des relations avec l'Union Européenne. Mais ce n'est pas qu'une question de positionnement politique. A l'heure actuelle, l'UDC est tout simplement le seul parti qui permette la survie du système helvétique de démocratie directe.

Les compromissions des autres partis contre les décisions populaires sont si grandes que pas un, je crois, n'osera se poser en défenseur de la démocratie directe. Mais l'UDC n'est pas faite de ce bois-là et nous en avons une preuve récente à travers la loi d'application de l'initiative Weber contre les résidences secondaires. Il aurait été commode pour le Conseil Fédéral et les chambres du Parlement d'enterrer l'initiative en la transposant dans une loi réduite à l'état de coquille vide - les manœuvres avaient d'ailleurs commencé en ce sens. Mais, bien qu'ayant lutté contre le texte, l'UDC et le PLR décidèrent finalement de respecter la volonté populaire. Adrian Amstutz le rappela clairement:

"Le peuple s’est exprimé et notre parti est celui qui le prend le plus au sérieux. C’est lui notre patron et pas le Conseil fédéral!"


Le joli fait d'armes du PLR resta malheureusement orphelin ; le parti a depuis changé son fusil d'épaule sur les décisions populaires gênantes en demandant par exemple un nouveau vote sur l'initiative du 9 février. La démocratie directe oui, mais pas quand elle dérange...

A quoi sert le droit d'initiative s'il n'est suivi d'aucune décision dans les faits? Cette question en soulève une seconde, encore plus cruciale, car mettant le citoyen face à ses responsabilités: quel sens y a-t-il à approuver des initiatives puis à élire des représentants qui refusent de les appliquer?

L'électorat UDC a pour lui le mérite de la cohérence. Mais je ne parviens pas à comprendre les citoyens qui votent pour l'initiative contre l'immigration de masse ou le renvoi des criminels étrangers et soutiennent par ailleurs des formations politiques qui nient la mise en application de ces décisions. Autant presser sur l'accélérateur et débrayer en même temps.

Bien des citoyens helvétiques devraient se poser des questions sur le sens de leur action politique. Ils avaient certes l'excuse de soumettre des initiatives à un Parlement élu en 2011 et dont nous n'avions alors pas mesuré la teneur profondément anti-démocratique. Mais cet octobre, comment justifier la reconduction au pouvoir de tels politiciens ?

Le problème présente une symétrie au niveau de la classe politique elle-même. Les élus fédéraux font, on l'a vu, bien peu de cas des décisions du souverain. Et si la plupart d'entre eux sont remis en selle à Berne malgré leur mépris affiché de la démocratie directe, comment espérer qu'ils prennent jamais en compte les résultats des initiatives?

Le respect des décisions du peuple souverain doit être la vertu cardinale à l'aune de laquelle se mesurent les candidats, avant toute autre considération. Tant que ce ne sera pas le cas, les initiatives approuvées resteront lettre morte et les politiciens continueront de ne pas prendre le peuple au sérieux.

Les gens votent selon d'autres critères, ou par habitude. Voilà comment la démocratie directe agonise sous nos yeux: l'immobilisme électoral l'étrangle petit à petit.

Le 18 octobre en point de mire

Le peuple suisse n'a l'occasion de faire le ménage qu'une fois tous les quatre ans. Mais la plupart du temps, les gens ne s'intéressent pas à la politique. Pas même lors des votations. Le taux de participation est régulièrement catastrophique.

Lorsqu'ils ne se retranchent pas derrière l'excuse risible du manque de temps, les abstentionnistes se contentent habituellement de deux prétextes: "aucun candidat ne me plaît" et "voter ne sert à rien".

S'il pourrait être vrai dans d'autres pays, le premier argument "aucun candidat ne me plaît" est totalement erroné en Suisse. L'offre est pléthorique. De nombreux partis d'extraction récente - PBD, Verts Libéraux, Parti Pirate, MCG - prouvent que le système des partis est vivant, en particulier lorsque les élections se déroulent selon le système proportionnel. N'importe quel citoyen peut fonder sa propre formation politique ou intégrer un parti existant, et à chaque élection les jeux sont particulièrement ouverts avec de nombreux nouveaux candidats issus de la société civile. Encore faut-il prendre le temps de les découvrir.

Le second, "voter ne sert à rien", est non seulement faux mais encore plus grave: il correspond à l'abdication du citoyen alors même qu'il est au centre du système politique helvétique. Cet abandon est une erreur consternante. Nous sommes tous dans le même bateau. Même les plus désabusés et cyniques des Suisses se prendront de plein fouet, ou leurs familles, ou leurs descendants, les conséquences des choix qu'ils laissent d'autres prendre à leur place.

Si l'argument était déjà fallacieux lors des législatures précédentes, il n'est plus du tout défendable en 2015. Les défis que la Suisse devra relever dans les quatre ans qui viennent sont absolument colossaux et façonneront le destin du pays pour bien davantage que la durée d'une législature. Le futur des relations entre la Suisse et l'UE, la politique migratoire, l'indépendance politique et juridique du pays ne sont que quelques-uns des thèmes qui seront tranchés par le prochain Parlement - chacun d'eux susceptible de mettre un terme au système politique que connaît le pays depuis 1848.

Plus que jamais, le slogan de l'UDC, Rester Libre!, prend tout son sens.

Et peut-être pour la dernière fois.

élections du 18 octobre 2015,udc

02 octobre 2015

Les délires de l'Ofrou

Face au logiciel antipollution truqué de Volkswagen l'Office Fédéral des Routes (Ofrou) ne sait comment réagir. Un reportage de la RTS du 29 septembre résume fort bien ces atermoiements:

Le particulier propriétaire d'une voiture au moteur trafiqué par Volkswagen peut-il continuer à rouler avec en Suisse? Peut-il la revendre sur le marché de l'occasion? Le flottement s'installe ; les communiqués contradictoires se succèdent.

  • Vendredi 25 septembre, 19h00: "L'Office Fédéral des Routes prépare des mesures pour retirer l'autorisation [de circulation] des véhicules concernés, à titre de précaution (...) Cette mesure ne concerne pas les véhicules déjà en circulation."
  • Samedi 26 septembre, 14h41: "L'Office Fédéral des Routes supprime provisoirement l'autorisation [de circulation] des véhicules des marques Audi, Seat, Skoda, et Volkswagen des années 2009 à 2014, version Euro 5. (...) Les véhicules neufs comme d'occasion sont concernés."
  • Lundi 28 septembre, 19h38: "Les véhicules suisses d'occasion et tous les véhicules déjà immatriculés en Suisse (...) peuvent continuer de circuler ou être mis en vente sur le marché de l'occasion."

Guido Bielmann, porte-parole de l'Office Fédéral des Routes et visiblement mal à l'aise à l'antenne, tente une explication qui fleure bon la langue de bois:

Il y avait de la pression de partout alors l'Office Fédéral des Routes [a] pris la décision et maintenant on est sur le bon chemin. (...) C'était une évolution de la solution du problème alors maintenant on est dans un état correct...

 
Pour le grand public, ces hésitations bureaucratiques sont sans doute distrayantes, mais pour les propriétaires des véhicules concernés, elles ont été dramatiques. Quel week-end ont-ils du passer avec une voiture dont la valeur marchande a soudainement été réduite à zéro par décision administrative! De samedi à lundi, ils ne pouvaient plus ni rouler avec votre véhicule ni le revendre. Il ne leur restait plus guère qu'à louer une dépanneuse pour l'emmener à la casse...

Même aujourd'hui, les dégâts financiers restent très concrets. Le moindre acheteur sera méfiant et on le serait à moins. Acquérir un véhicule d'occasion Volkswagen Euro 5 représente un risque réel - non vis-à-vis de son éventuel niveau de pollution, mais à cause de décisions arbitraires que l'Ofrou peut sortir de sa poche du jour au lendemain.

Quelle mouche a piqué le département fédéral? L'explication d'une "pression venue de partout" ne tient pas une seconde. Aucun pays au monde n'est allé aussi loin que réclamer l'interdiction de circuler des véhicules incriminés. Sur ce dossier, la Suisse s'est au contraire fait remarquer dans plusieurs médias internationaux par l'extrémisme de son administration.

De même, sans minimiser les manipulations malhonnêtes de Volkswagen, la pollution engendrée par les véhicules trafiqués n'a rien d'abominable. Le trucage des tests antipollution a duré des années sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit. Lorsqu'un particulier suisse porte plainte hier contre la marque et que ses avocats lui suggèrent d'invoquer carrément l'homicide au nom de la "santé publique", le sommet de l'hystérie est définitivement atteint. On attendra avec impatience la démonstration expliquant de façon irréfutable que la pollution excessive sortie du pot d'échappement d'une Volkswagen aura tué quelqu'un...

Les réactions excessives sont monnaie courante, mais on attend une meilleure tenue des administrations publiques. Si l'Ofrou s'est fait remarquer de si piètre manière, c'est selon moi parce qu'il est bourré de fonctionnaires politiquement engagés. Travaillant habituellement contre la mobilité individuelle - pensons à son enthousiasme face à Via Sicura, un délire législatif où un délit de chauffard est plus grave qu’un homicide par négligence - ces gens-là ont vu l'opportunité de porter un coup terrible à des milliers de propriétaires de véhicule sous couvert de la meilleure excuse du moment, la lutte contre la pollution.

Depuis le sommet de leur tour d'ivoire, ils ont donc décrété que tous les véhicules Audi, Seat, Skoda, et Volkswagen des années 2009 à 2014 version Euro 5 devaient rester au garage, même si ces modèles roulaient normalement la veille, même si pas un seul de ces bureaucrates ne saurait distinguer un diesel trafiqué d'un diesel normal, même si les malheureux propriétaires de ces voitures ne sont pour rien dans ce qui leur arrive.

Et puis, avec le week-end, quelque chef haut placé a réfléchi un peu (peut-être Mme Leuthard?) et s'est rappelé que ces véhicules étaient nombreux en Suisse - 126'000 en tout. Donc autant de propriétaires. Autant de familles. Autant d'électeurs, en fait.

Et que nous étions à moins de trois semaines des élections fédérales.

Alors, le rétropédalage a eu lieu, accouchant d'une nouvelle directive tardive le lundi soir.

Je ne peux prouver cette hypothèse, bien sûr, mais elle me paraît plus plausible que toute autre explication entendue jusqu'à aujourd'hui. Beaucoup de conducteurs ont eu chaud: si le scandale avait éclaté à un autre moment, il n'est pas certain qu'ils auraient bénéficié de cet étonnant revirement des fonctionnaires de l'Ofrou. Nul ne sait non plus ce qu'ils choisiront de faire, finalement, une fois les échéances électorales derrière nous.

25 septembre 2015

Uli Maurer prend un tacle

Hormis un accessit assez ridicule, l'affaire anti-UDC de cette semaine concerne cette fois-ci Ueli Maurer - dans la rubrique football de 24Heures, ça ne s'invente pas - à la suite d'un voyage au Brésil.

Un voyage à 200'000 francs.

ueli maurer,élections du 18 octobre 2015,médias,manoeuvres politiquesCris, scandale, glapissements: pour se prendre au Brésil pendant la coupe du monde 2014 afin d'assister au match de la Nati contre l'Equateur (match que l'équipe nationale remporta 2-1) le Ministre du sport a fait le voyage dans un jet privé.

Le Blick, d'où vient l'information de première main, explique:

Ueli Maurer et ses deux accompagnants n'ont pas pris un vol de ligne habituel mais un jet privé, relate le journal, qui a pu voir un document de la Confédération présentant une facture de 202'100 francs rien que pour le vol. Le jet, un Falcon 7X, appartient à la famille Schindler - celle des fameux ascenseurs - qui le loue à des clients fortunés, équipage compris.


Et de poser l'inévitable question: "Pourquoi n'avoir pas pris un vol de ligne, qui aurait coûté 10 fois moins cher, même en première classe?" Contactés par le journal, les services d'Ueli Maurer et la Chancellerie fédérale expliquent que le seul jet approprié était à l'inspection à ce moment-là et qu'ils n'avaient pas eu de temps pour les démarches officielles.

Jet en panne, urgence, solution de rechange hors de prix: tout était en place pour un joli scandale et les invités obligatoires des médias se font plaisir. En bon centriste, Christophe Darbellay du PDC "salue le déplacement" d'un côté mais trouve son coût "totalement disproportionné" de l'autre. Christian Levrat, président du PS, a davantage le sens de la répartie: pour lui c'est carrément le billet de match "le plus cher de tous les temps" - une formule pieusement reprise par 20 minutes pour renommer son article. Et l'homme de gauche de prendre le temps de la réflexion:

"J'aurais attendu que l'on recherche une solution plus économique ou alors que l'on renonce à ce voyage."


Mamma mia! Un socialiste soucieux de la bonne utilisation des deniers publics! Muet devant l'affaire Carlos, silencieux le jour où le Parlement décide d'offrir des avocats gratuits aux migrants entrés illégalement sur notre sol, Christian Levrat découvre la bonne gestion! Espérons pour lui qu'il n'apprenne jamais l'existence de prix décernés aux pires gaspillages de l'administration, ni le site web carrément mis en place pour suivre les innombrables voyages douteux des fonctionnaires helvétiques!

Je salue évidemment cette soudaine prise de conscience, mais si je m'écoutais j'aurais l'impression que 200'000 francs ne deviennent un problème que lorsqu'ils concernent M. Maurer.

D'ailleurs, que diable M. Maurer est-il allé faire au Brésil dans un voyage si coûteux? Eh bien, il s'est trouvé embarqué à la suite d'un désistement, car l'hôte d'honneur du match Suisse-Equateur devait à l'origine être nul autre que le président annuel d'alors, Didier Burkhalter, qui eut un empêchement de dernière minute. Le Conseil fédéral aurait alors décidé d'envoyer le ministre des Sports à sa place. C'est donc bien à son corps défendant que M. Maurer serait parti pour un aller-retour au Brésil - le genre de voyage qu'il déteste.

L'information est écrite noir sur blanc dans les articles, bien entendu. Mais qui lit encore les articles lorsqu'on peut simplifier l'histoire avec de si belles manchettes? Seuls les titres resteront dans les esprits à plus long terme alors les médias s'en donnent à cœur-joie:

  • Le voyage à 200'000 francs d'Ueli Maurer au Brésil, dans le Matin du 24 septembre, identique dans 24 Heures et la Tribune de Genève ;
  • Maurer et le "billet le plus cher de tous les temps", dans le 20 minutes du même jour ;
  • Le voyage d'Ueli Maurer pour le Mondial au Brésil aurait coûté 200'000 francs, article sur le site de la RTS.

Et je vous épargne la presse alémanique. Y aurait-il eu pareil scandale si le voyageur avait été M. Burkhalter, comme prévu?

Obéissant à un Conseil Fédéral l'envoyant comme remplaçant à l'autre bout du monde, réduit au silence par la collégialité, M. Maurer fait donc l'objet d'un tir de barrage assez unanime... Plus d'un an après les faits, et à un mois des élections fédérales.

Cela ne peut être que l’œuvre du hasard. La glorieuse incertitude du sport, sans doute.

18 septembre 2015

Tamedia mobilise (certains) des électeurs

Avec les élections fédérales du 18 octobre en point de mire, l'éditeur de presse Tamedia s'est lancé dans une campagne globale visant à augmenter la participation des citoyens dans les urnes. Dans un bel exemple de circularité, d'autres médias s'en font l'écho:

Les rédactions ont anticipé et imaginé les gros titres qui pourraient prendre place en Une des journaux le 18 septembre 2018, trois ans après les élections fédérales. Elles ont mis en avant les dossiers politiques que pourraient traiter les membres nouvellement élus au Conseil National et au Conseil des Etats. Les rédactions du plus grand groupe de médias suisse ont opté pour des thématiques aussi bien nationales que régionales, telles que l'acquisition d'avions de chasse, une autoroute à huit voies entre Lausanne et Genève, un Conseiller fédéral tessinois intégré d'office au gouvernement ou une caserne réaffectée à Berne.


Rien de bien méchant semble-t-il. Le problème devient plus apparent lorsqu'on a un aperçu des différentes thématiques choisies, qui semblent conçues en particulier pour mobiliser l'électorat de gauche.

Attardons-nous sur la plus importante de ces fausses couvertures, celle du quotidien gratuit 20 minutes, qui est la publication avec le plus fort tirage. Tous les Suisses - romands, alémaniques et tessinois - ont donc pu découvrir ce matin la même fausse couverture du 18 septembre 2018, chacun dans sa propre langue:

20min_18sept2018.jpg
(cliquez pour agrandir)

Voyons voir quels sont les thèmes abordés:

  • "Oui à l'achat de 30 avions de combat": la photo de la une ramène inévitablement au référendum contre le Gripen de mai 2014 qui opposa dans un fort clivage la gauche au reste de l'échiquier politique, et qui se traduit par une victoire de la première. L'idée que les avions de combat reviennent en douce par voie parlementaire provoquera une irritation certaine auprès de ceux qui ont lutté contre l'acquisition de ces appareils. Le message en filigrane est limpide: pour éviter que le futur Parlement achète des avions de combat, votez à gauche.
  • "Le cannabis en vente libre dans tout le pays": ici encore nous avons une revendication de longue date de la gauche, la dépénalisation des stupéfiants. A nouveau, l'appel du pied à l'électorat pro-cannabis ne fait pas dans la subtilité: si vous voulez pouvoir un jour profiter du cannabis en toute liberté, votez à gauche.
  • "Prime maladie réduite pour les végétariens": un dernier sucre adressé cette fois-ci à l'attention du public écologiste. Oui, avec un Parlement suffisamment à gauche, prenons-nous à rêver d'une assurance-maladie moins chère pour le culte de Gaïa! La solidarité entre les assurés, fondement de l'assurance-maladie obligatoire martelé par la gauche, passe pour l'occasion à la trappe...

Il serait trop long d'analyser toutes les fausses Unes de ce mardi 18 septembre 2018, mais qu'il s'agisse de thèmes inspirant la gauche (l'arrêt des centrales nucléaires) ou de sujets repoussoirs de la droite (une autoroute huit pistes entre Lausanne et Genève!) l'ambiance générale de ces Unes ne fait guère de doute: avec un Parlement plus à gauche, tout irait drôlement mieux.

Quand Pietro Supino, éditeur de Tamedia, affirme que "nos médias permettent à leurs lectrices et lecteurs de se forger leur propre opinion", il ne pensait pas forcément à l'opinion des lectrices et lecteurs sur l'entreprise Tamedia elle-même.

La campagne a été conçue et réalisée par l'agence zurichoise Rod Kommunikation dont le panel de référence fait une bonne part à l'Etat et ses diverses régies publiques ou semi-publiques (Mobility, Love Life, CFF...). On imagine mal un publicitaire mordant la main qui le nourrit, ces gens-là ont aussi le sens des réalités! Toutefois, comme la rédaction de chaque quotidien a aussi été impliquée dans la composition de sa fausse Une, il est difficile de pointer les responsabilités avec exactitude.

Mais la communication suscite un certain malaise. Pourquoi avoir choisi 2018? Pourquoi pas 2015 ou 2016 déjà? L'actualité récente ne donne-t-elle pas assez de sujets cruciaux pour la Suisse, qu'il s'agisse de la répartition des sièges au Conseil Fédéral, de la gestion de la vague migratoire ou des relations entre la Suisse et l'Union Européenne?

Bienheureux le pays qui devra décider en 2018 de modeler les primes d'assurance-maladie obligatoire selon le régime alimentaire! Si la vie nous porte jusque-là, je parie que les sujets traités alors seront tout autres, et bien plus cruciaux pour le destin de la Suisse.

Les chemins pris par cette campagne sont tortueux mais j'en partage malgré tout les conclusions: il est important que nous, Suissesses et Suisses, fassions usage de nos droits et que nous votions.

La divergence tient dans les bulletins que nous mettrons dans les urnes.

02 septembre 2015

L'argent reste (gaspillé) ici

Ces derniers jours voient fleurir sur les murs de la Suisse une étrange campagne, "l'argent reste ici". Variante, "les emplois restent ici". Le graphisme simple s'associe à un slogan apparemment pétri de bon sens pour un impact maximum. Mais qu'en est-il du fond?

banner_argent_reste_ici.png
...Mais dans les poches de qui?

Le peu d'information de l'annonce renvoie à un site reprenant et développant le thème de la campagne: produire davantage d'énergie locale pour moins dépendre de l'étranger - étranger mentionné à travers des régimes néfastes et corrompus comme l'Azerbaïdjan ou la Libye, histoire de bien marquer les esprits. Personne ne relèvera que nos principaux fournisseurs d'énergie sont l'Allemagne et la France, dont le degré de probité soutiendra la comparaison même auprès des plus cyniques.

La Suisse ne produit que 20% d'énergie autochtone et doit importer le reste ; "les choses doivent changer", proclame le site, "dans l'intérêt de notre indépendance et de la sécurité de l'approvisionnement." Et de glisser entre deux applaudissements à la Confédération un objectif à l'horizon 2035 voire 2050 - ça ne mange pas de pain - pour augmenter la part d'énergie indigène dans le mélange...

On voit bien que nous sommes en campagne électorale pour les élections fédérales. Les lobbies sortent du bois. Celui-ci est une émanation de Swisscleantech, mais en grattant à peine d'autres acteurs surgissent: Swissolar, l'association des professionnels de l'énergie solaire ; la fondation suisse de l'énergie, une petite association militant pour la société limitée à 2000 watts ; et enfin des habitués de l'influence de couloir, à savoir WWF, Pro Natura et Greenpeace, toujours les mêmes.

Une petite liste des acteurs de Swisscleantech se révèle elle aussi instructive ; on y trouve par exemple le fabricant d'automobiles Renault ou Ikéa, dont la production industrielle a été délocalisée en Chine... Toujours crédible d'avoir ce genre de sponsor pour une campagne invitant à produire local!

Évidemment, si ça a l'odeur, la couleur et le goût du protectionnisme, ça pourrait bien être du protectionnisme. Et c'est exactement le cas ici.

Le protectionnisme, sophisme à la mode

L'absurdité du protectionnisme sensé préserver la population de "déséquilibres économiques" a été maintes fois démontrée. Je préfère renvoyer le lecteur curieux au célèbre texte de Frédéric Bastiat sur la Pétition des marchands de chandelle qui n'a pas pris une ride en un siècle et demi.

Si la Suisse importe 80% de son énergie, c'est à travers un phénomène vieux comme le monde qu'on appelle le commerce. Le commerce n'a rien de néfaste ; il permet d'obtenir des biens que l'on aurait la plus grande peine à produire soi-même. Il en est de l'énergie comme du reste.

Les professionnels de la communication font encore appel au protectionnisme en 2015 parce qu'il continue de faire mouche auprès des naïfs. Celui qui n'y prend pas garde a instinctivement l'impression que les barrières érigées contre les produits étrangers (qu'il s'agisse d'énergie ou de marchandises) favoriseront effectivement la production locale ; ce qu'il ne réalise pas, c'est que cette production locale se développe à travers des prix surfaits et que ces prix s'exerceront aux dépends de son propre pouvoir d'achat.

Et en guise de prix surfaits, le Suisse a une certaine expérience.

La gabegie des producteurs d'énergie helvétiques, un aperçu de l'infini

Introduisons un reportage récent de la RTS qui est, dans sa catégorie, un modèle du genre.

Le reportage commence par annoncer de but en blanc que les tarifs de l'électricité augmenteront l'an prochain puis décrit les déboires financiers d'Alpiq. La relation de cause à effet est trop évidente entre une entreprise publique mal gérée et une clientèle captive mais on ne s'étendra évidemment pas sur ce petit détail...

Alpiq va mal parce que l'Europe injecte "trop de courant" dans le réseau suisse, entend-on. Autrement dit, les Européens se battent pour nous vendre leur surplus d'énergie à des prix plancher et c'est un problème!

Mais le téléspectateur n'aura pas le temps de relever la contradiction que déjà la voix off lâche son argument-clé: Alpiq n'a pas assez cru à l'énergie renouvelable. Cette explication - qui ne veut strictement rien dire - sera martelée pendant toute la seconde moitié du reportage.

Même si l'ensemble de la séquence est un énorme morceau de propagande, quelques chiffres passent rapidement et font frémir. Pour commencer, la situation d'Alpiq: de 21 modestes millions de bénéfice en 2014, la société passe à un déficit de 886 millions de francs sur les six premiers mois de l'année 2015!! Il est temps de se poser quelques questions en effet!

"Mais ces sociétés brassent des milliards", rétorquerez-vous peut-être. Vous auriez tort: des milliards certes, mais pas tant que ça. 3,3 milliards de chiffre d'affaire annuel seulement... Et déjà un tiers de ce montant perdu dans les six premiers mois de l'année! Combien de temps pourrait se maintenir en activité un boulanger perdant un tiers du prix sur chaque baguette de pain vendue?

La raison est lâchée à demi-mot: Alpiq joue sur le marché de gros européen et les prix se sont effondrés à cause de la surproduction allemande. Vraiment effondrés, et dans des proportions qui dépassent toutes les explications vaseuses à base de Franc Fort qu'on essaye évidemment de glisser dans la conversation. Jugez plutôt:

  • En 2008, le Kilowatt-Heure se négociait à 23 centimes ;
  • En 2015, il se négocie à... 4 centimes.

On est assez au-delà des simples variations entre le franc et l'euro. Avez-vous vu votre facture d'électricité divisée par six? Bien sûr que non. Vous pourriez, mais heureusement, la magie du monopole permet d'empêcher le consommateur de bénéficier de cette vilaine concurrence! L'argent reste ici on vous dit!

Mais pas dans vos poches!

La Suisse, îlot de cherté

La campagne de lobbyisme de Swisscleantech est dictée par le calendrier électoral mais tombe bien mal au vu des nombreux scandales qui touchent le marché de l'électricité en Suisse, comme le rendement garanti du réseau électrique, et, bien sûr, une facture gavée de taxes.

N'en déplaise aux journalistes engagés, la production industrielle d'électricité est un exercice difficile qui implique de la prudence et de la finesse pour être rentable ; il ne suffit pas de scander "Renouvelable! Renouvelable!" pour que l'argent jaillisse comme par miracle...

Si le vent permettait de faire fortune à tous les coups cela se saurait depuis longtemps, et ce ne sont pas les Services Industriels Genevois qui me contrediront. Les éoliennes allemandes ne sont rentables que parce que l'électricité qu'elles produisent est subventionnée. Ils s'agit donc de prix manipulés, un cas de dumping on ne peut plus clair mais que nos édiles souhaitent plus imiter que dénoncer.

Derrière l'appel à "garder l'argent ici" et "garder les emplois ici" il n'y a que la volonté de perpétuer un système qui empêche les consommateurs - particuliers et entreprises - de bénéficier des meilleurs prix.

L'électricité reste en Suisse un monopole coûteux et mal géré. Le choix entre l'électricité éolienne, nucléaire ou thermique est illusoire si la décision est imposée d'en haut. Il en est de même pour le lieu de production de cette électricité, local ou à l'étranger. Ces décisions devraient revenir à chaque consommateur, pas à une classe politique sous l'influence des lobbies, qu'ils soient nucléaires ou écologistes.

27 août 2015

En campagne pour laver plus vert...

Les élections fédérales d'octobre approchent à grands pas et les médias se lancent dans la campagne - avec leur subtilité habituelle - en faveur d'une politique plus "verte". Malheureusement, le timing n'est pas très bon. Sur le front de l'écologie politique les nouvelles s'enchaînent et ne vont pas dans le bon sens.

A l'échelle locale, c'est amusant, on apprend que les écoles genevoises, vides en été comme partout ailleurs, consomment quasiment autant d'électricité que lors du reste de l'année. Les explications de l'administration prise la main dans le sac en plein gaspillage valent leur pesant d'éco-conscience:

Des exemples de travaux entrepris cet été et qui ont fait chauffer leurs prises électriques? Invoquant un délai de réponse trop court, le [Département des finances (DF) qui chapeaute l'Office des bâtiments] n'a pas pu fournir de précisions.

«Les bâtiments récents possèdent plus d'installations électriques, comme des beamers ou des ventilations mécaniques nécessaires en permanence au maintien de la qualité de l'air, répond [Roland Godel, porte-parole du DF]. Ce qui explique les chiffres de consommation électrique même lorsque les écoles sont inoccupées. En revanche, ces bâtiments modernes consomment moins d'énergie thermique et moins d'eau grâce à une meilleure isolation notamment.» Mais un beamer, ça s'éteint. Et l'air d'une salle de classe sans ventilation est-il irrespirable? Le DF n'a pas pu fournir de compléments à ce sujet.


A l'échelle nationale, on assiste à l'appel (pitoyable) d'une poignée de militants scientifiques engagés en faveur d'une interdiction des chauffages au mazout - tant qu'à faire, n'est-ce pas, dans cette souplesse et cette largeur d'esprit typique des écologistes! - alors même que le pétrole franchit des plus bas historiques...


...Et si, dans la droite ligne de l'idéologie verte, on veut du global, du vrai bon gros effet à l'échelle mondiale, on se tournera vers quelques lanceurs d'alerte qui révèlent une petite "faille" dans le mécanisme de Mise en œuvre conjointe (MOC) du Protocole de Kyoto - laquelle aurait permis à quelques États peu scrupuleux, l'Ukraine et la Russie pour ne pas les nommer, d'éviter toute contrainte en revendant des réductions d'émission purement imaginaires:

[Une] faille dans le système a créé une incitation perverse à produire et incinérer davantage de gaz résiduaires, afin de gagner plus de crédits, indique une étude des mêmes auteurs parue lundi dans la revue Nature Climate Change. Ce qui s'est traduit par des crédits supplémentaires vendus sur le marché et une augmentation nette des émissions.

Selon le mémoire du SEI, les implications pour le système d'échange des quotas d'émissions de l'Union européenne, le plus grand marché du carbone au monde, ont été particulièrement graves. Cette faille pourrait avoir plombé son objectif d'environ 400 millions de tonnes d'équivalent CO2. (...) L'Ukraine et la Russie représentaient plus de 90% des crédits de la MOC.


Il n'y avait sans doute pas encore assez d'experts travaillant sur le protocole de Kyoto et ses excroissances réglementaires pour éviter ces quelques petites faiblesses...

Nous avons donc deux-trois sujets qui mériteraient quelque enquête diffusée à des heures de grande écoute, de grands titres dans la presse, voire la démission d'un haut responsable par ici ou par là, on peut rêver. Mais non! Rien du tout. A la place, dans une belle unanimité nous avons droit en Suisse à un sujet beaucoup plus important: la droite est moins sensible à protection de l'environnement! L'effet Fukushima s'estompe, se plaint par exemple la RTS dans un article absolument sans rapport avec la centrale nucléaire japonaise mais permettant un subtil rappel à une catastrophe:

Sans surprise, les questions écologiques restent surtout l'apanage de la gauche.

Durant ces quatre dernières années, les parlementaires PDC du Conseil national ont voté à 50% (-9 points de pourcentage) en concordance avec les organisations environnementales et le PBD à 57% (-7). Le PLR a voté en faveur de l'environnement dans 28% des cas (-2), l'UDC à seulement 8% des objets (- 2).


Voilà, ce n'est pas très compliqué: droite = mal, béton, pollution, saleté ; gauche = bien, paysages préservés, petits oiseaux qui chantent pour dire merci. Plus loin, en guise d'analyse scientifique, on nous explique que certains élus ont voté "favorablement à une politique environnementale" alors que d'autres non.

Voter favorablement à une politique environnementale? Que signifie ce charabia?

Pour en savoir plus il faut creuser un peu. Le site dont nos médias reprennent béatement les conclusions, à savoir ecorating.ch, est tout simplement un lobby au service de l'écologie politique, une officine articulée autour de quatre acteurs, Greenpeace, le WWF suisse, l'association anti-voiture ATE et Pro Natura. Ce sont donc eux, probablement élus par les arbres et les bêtes sauvages pour les représenter, qui définissent ce qu'est une politique environnementale - en toute objectivité, vous imaginez bien.

Avec tous ces nuages de fumée médiatique, il y a de quoi être intoxiqués.

En descendant au niveau d'un candidat on peut voir comment se récoltent les bons points. Il s'agit tout simplement d'être en phase avec Greenpeace et al. devant une initiative, un projet de loi ou un thème politique. Et lorsqu'on examine la liste des questions posées, l'impression est frappante:

  • Faut-il introduire une taxe par billet d’avion, de manière analogue à ce qui se fait en Allemagne, en France, en Autriche ou en Grande-Bretagne? (plus de taxes)
  • Êtes-vous en faveur d’une hausse du supplément sur les coûts de transport pour la rétribution du courant injecté pour les énergies renouvelables? (plus d'impôts)
  • Soutenez-vous l’augmentation des fonds alloués à la réalisation des mesures du plan d’action de la Stratégie Biodiversité Suisse? (plus d'impôts)
  • Si les conventions de branche volontaires échouent, la Confédération doit-elle pouvoir imposer des exigences minimales en matière d’achat de matières premières écologiques? (dirigisme)
  • La loi sur l’aménagement du territoire doit-elle être modifiée de sorte à limiter le nombre de constructions et d’installations hors des zones à bâtir? (dirigisme)

Etc. Hausse des prélèvements, interdictions, viol du droit de propriété, restrictions sur l'énergie, l'écologie façon Ecorating n'y va pas par quatre chemins, bien dans la ligne de Doris Lataxe Leuthard d'ailleurs. La protection de la nature à la sauce politique ne se distingue guère du socialisme appliqué: la main est tout aussi lourde derrière les slogans sympas, et dans les deux cas les médias s'empresseront de servir la soupe à une si bonne cause. Il n'est donc guère surprenant que dans ce genre de classement les socialistes les plus radicaux fassent aussi bien, voire mieux, que les écologistes eux-mêmes.

Dans cette grande mascarade, la gauche immigrationniste et étatiste se pare évidemment des vertus de la défense de la nature. Dans une parfaite symétrie, l'UDC, seul parti soutenant les agriculteurs et la qualité de vie helvétique, est dépeinte comme une sorte de monstre.

Une fois comprise l'inversion des valeurs présentées par nos médias il ne reste plus qu'à présenter à nouveau la position des partis selon la grille convenablement nommée:

élections du 18 octobre 2015,médias,propagande,écologie

Plus un parti est proche de 100% sur le tableau, plus il est sujet au dirigisme, à la fiscalité, à la bureaucratie, aux interdictions - l'écologie n'étant bien entendu qu'un prétexte comme un autre pour justifier ses propres abus.

Vous voilà prévenus...