16 mai 2017

Stratégie Énergétique 1984

Faisons un peu de politique-fiction. Dans un univers à peine parallèle, nous sommes, nous aussi, en 2017. Notre monde est identique à un détail près: dans le passé, le peuple suisse, dans sa grande sagesse, décida de voter bien des années plus tôt un programme ambitieux sur sa Stratégie Énergétique. Cette année-là, en 1984 exactement, le peuple suisse érigea une ligne de conduite progressive en matière de production, de consommation et de taxation de l'énergie, dont les derniers effets se déploient aujourd'hui.

Pourquoi 1984, demanderez-vous? Cela n'a pas de rapport avec le roman au titre éponyme. Mais 33 années séparent 1984 de 2017 - le même intervalle qui sépare 2017 de 2050, où nous attend la fin de l'application de la Stratégie Énergétique sur laquelle nous votons le 21 mai.

1984, ça fait loin. Nombre d'entre vous n'étaient pas encore nés. Les autres vivaient leurs premières années. Mais déjà l'écologie - l'écologie politique s'entend - s'immisçait dans toute la sphère médiatique. À l'époque, les écologistes allemands (des communistes recyclés, le parti communiste étant alors interdit en RFA) tiraient la sonnette d'alarme contre les pluies acides prétendument provoquées par les usines du pays, montrant quelques photos d'arbres à la cime rabougrie et expliquant qu'il s'agissait du signe annonciateur de la mort de la Nature.

1984, c'était plus de dix ans après les sinistres prédictions du Club de Rome - un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays, préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toutes les sociétés, tant industrialisées qu'en développement. L'assemblée au CV irréprochable publia en 1972 un célèbre opus, "Halte à la croissance ? : Rapport sur les limites de la croissance", décrétant la pénurie prochaine et inéluctable du pétrole, de l'argent, du chrome, du zinc, de l'étain, du plomb, du cuivre, de l'uranium, du nickel et de quelques autres ressources, le tout assorti de dates précises et scientifiquement calculées. Il fallait changer radicalement notre mode de vie pour nous épargner l'Apocalypse:

Si rien n’était fait pour contrôler la croissance de la population mondiale (3,8 milliards d’individus à l'époque), nous allions bientôt assister à une gigantesque catastrophe économique, écologique et humaine ; les terres cultivables viendraient à manquer, les ressources naturelles seraient épuisées et la pollution rendrait toute vie sur terre pratiquement impossible.

(...) Prenons l’exemple du pétrole : à l’époque où le Club de Rome publie The Limits to Growth, on évaluait les réserves prouvées de pétrole à quelque chose comme 583 milliards de barils et la consommation annuelle tournait à environ 18,8 milliards de barils par an ; de là, en posant l’hypothèse d’une consommation stable de pétrole, on estimait que le stock serait épuisé 31 ans plus tard ; c’est-à-dire en 2003.


Quatorze ans après la date fatidique, les producteurs se battent pour essayer de faire remonter les prix...

4794857_6_a841_dans-les-annees-1970.jpgEn 1984, certains croyaient mordicus au Refroidissement Climatique:

L'hypothèse d'un refroidissement climatique connut un certain succès dans les années 1970. Ainsi, le journal américain Newsweek, dans son édition du 28 avril 1975, publia dans sa rubrique science un article à retentissement intitulé "The cooling world". Le 24 juin 1974, Time avait également couvert ce sujet. Cette question nourrit les écrits de nombreux auteurs, dont les écrits du physicien Carl Sagan ou le livre The Weather Conspiracy: The Coming of the New Ice Age. Le Los Angeles Times titra pour sa part en 1978 "No End in Sight to 30-Year Cooling Trend in Northern Hemisphere". De même, Lowell Ponte consacrait à la question un ouvrage en 1976, intitulé The Cooling.


Il faut bien comprendre que chacun de ces thèmes était parfaitement validé par la doxa en place. C'était scien-ti-fique.

On pourrait continuer longtemps.

Évidemment, il est facile de se moquer des errements des générations précédentes. Elles ne disposaient pas des moyens technologiques avancés de notre époque - de même que nous n'avons pas la technologie et la compréhension dont nos descendants disposeront.

Et c'est pour cette raison qu'il est certainement absurde de légiférer sur les décennies à venir alors que nos connaissances sur le monde évoluent. En 1984, une Stratégie Énergétique proposée au peuple aurait probablement préconisé un rationnement de l'essence, une taxe évolutive sur tous les matériaux menacés de pénurie à l'échelle mondiale, et une obligation de surdimensionnement des chaudières pour faire face au refroidissement climatique.

Que penserions-nous aujourd'hui de belles âmes approuvant en 1984, sur la base des données et des théories scientifiques disponibles, un carcan législatif contraignant et décalé sur les trente années suivantes? Nous les trouverions naïves et pétries d'orgueil. Certains porteraient un regard bienveillant face à leur désir de bien faire, tout en regrettant leur fourvoiement et l'appauvrissement généralisé qui s'ensuivit. D'autres porteraient un jugement plus sévère, soulignant les erreurs de raisonnements, les estimations fantaisistes, la fausse urgence, ou les profiteurs cyniques se gavant de profits aux dépens du plus grand nombre grâce aux aménagements d'une loi inutile.

En fait, ces gens porteraient sur leurs ancêtres le même regard que porteront sur nous les Suisses de 2050, une fois la Stratégie Énergétique du même nom adoptée ce 21 mai.

02 mai 2017

UDC Vaud et Verts-libéraux s'allient !

Autres temps, autres mœurs. Réunis à l'hôtel de ville de Bussigny lundi soir, les délégués de l'UDC Vaud ont accepté une stratégie originale et audacieuse dans l'espoir d'envoyer leur candidat Jacques Nicolet au Conseil d'État au second tour.

L'ambiance de ce début de congrès était relativement morose. Certes, aucune catastrophe à déplorer comme celles qui émaillèrent les élections valaisannes ou neuchâteloises, mais le parti agrarien était en recul avec la perte de deux sièges au Grand Conseil. Quelques candidatures prometteuses échouèrent à passer la rampe comme Lena Lio fâchée des Verts-libéraux, ou Christine Bussat de la Marche Blanche. La dynamique du PLR et les scandales et divisions qui affectèrent l'UDC Vaud expliquèrent ces douleurs, sans les apaiser.

Le Premier tour de l'élection au Conseil d'État incarna au contraire une sorte de soulagement. Certes, Jacques Nicolet restait dans une position délicate, mais avec 40% des suffrages il n'était pas battu d'avance comme les médias et la gauche le prévoyaient, et faisait même un score étonnamment bon. Les sortants socialistes élus au premier tour obtenaient moins que leurs homologues PLR. Nuria Gorrite fut la moins bien réélue des sortantes et Cesla Amarelle réalisa une contre-performance. Les chances de victoire de Jacques Nicolet restaient maigres, mais pas nulles.

Dans cet esprit, les responsables de l'alliance PLR-UDC se réunirent dès 6h30 du matin lundi pour élaborer une stratégie politique en vue du second tour. Plusieurs stratégies drastiques furent évoquées (introniser un nouveau candidat PLR sur le ticket, changer de candidat UDC...) et balayées tout aussi vite. La seule option réaliste restant sur la table fut celle d'une alliance avec les Verts-libéraux. Restait à la soumettre aux délégués UDC lors de leur congrès d'hier soir.

Après le choc initial de la révélation de cette nouvelle stratégie, les membres dans la salle écoutèrent patiemment les nombreux orateurs venus défendre la cause de l'alliance. Jacques Nicolet, Kevin Grangier et Michaël Buffat soutinrent le projet ; ils furent épaulés plus tard dans la soirée par plusieurs ténors du PLR venus appuyer la nécessité de cette solution.

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Olivier Français succède à Philippe Leuba à la tribune pour plaider une alliance élargie.

Bien que réticent de prime abord, il me sembla progressivement que cette alliance faisait sens. Listons quelques arguments délivrés au cours de la soirée.

L'UDC a refusé une alliance avec les Verts-libéraux au premier tour. Plusieurs délégués argumentèrent que le second tour était une nouvelle élection à part entière dans laquelle il fallait repartir de zéro ; c'est d'autant plus vrai que les partis peuvent carrément changer de candidat entre les deux scrutins, comme le firent d'ailleurs les Verts-libéraux en troquant François Pointet pour Isabelle Chevalley. L'alliance avec les Verts-libéraux avait été refusée pour le premier tour, mais à l'époque le PS n'avait pas encore choisi ses candidats et beaucoup espéraient que les socialistes viennent avec une personnalité moins clivante que l'extrémiste Cesla Amarelle (par ailleurs lauréate du Dhimmi d'or 2016). Le "Tout sauf Amarelle" aura amené nombre de délégués à une plus grande ouverture d'esprit.

Les Verts-libéraux votent trop à gauche. D'autres avancèrent des divergences quant aux éoliennes ou tout simplement la stratégie énergétique 2050, soutenue par les Verts-libéraux et combattue par l'UDC. On y répondit d'une part que le PLR était exactement dans le même cas de figure, mais que le partenaire traditionnel de l'UDC lui était également opposé sur nombre de dossiers (renvoi des criminels étrangers, immigration de masse, relations avec l'UE...) sans pour autant empêcher les rapprochements électoraux.

Le PLR est-il un partenaire fiable? Si on ne peut pas présager de la réaction individuelle de chaque citoyen, Philippe Leuba rétorqua que 85% des électeurs du PLR jouèrent le jeu et votèrent en bloc pour l'alliance de centre-droit, bien mieux que ce que les sondages annonçaient. Comme preuve de la bonne foi de son parti, le Conseiller d'État rappela également que lors du premier tour le PLR avait déjà proposé une alliance élargie PLR-UDC-Verts-libéraux, mais y renonça face au refus de l'UDC. Les délégués libéraux-radicaux se plièrent à ces conditions... Et choisirent l'UDC comme partenaire.

Les électeurs PLR se mobiliseront-ils? Bien que certains pensent que le "PLR a tout gagné", ce n'est pas exact. Il y a encore dans la balance la majorité au Conseil d'État et la présidence de celui-ci. Une victoire de la droite permettrait enfin de libérer le Canton de la paralysie qui le frappe depuis cinq ans en opposant son Grand Conseil à droite à son Conseil d'État à gauche. L'alliance élargie permet de relancer l'intérêt pour l'élection (il n'y a qu'à lire les titres de la presse aujourd'hui!) et pourrait donc mobiliser un public plus large, ce qui est le but.

Et si tout cela ne sert qu'à faire élire Isabelle Chevalley? D'aucuns reconnurent que face à la perspective d'une Cesla Amarelle, même ce cas de figure serait plus favorable au Canton. La logique électorale et les résultats du premier tour montrent que les blocs UDC et PLR réunis - même sans biffer personne - ne suffisent pas à rassembler une majorité. La seule et unique chance d'amener une majorité de droite au Conseil d'État est d'élargir la base électorale. Le ticket commun du second tour est une alliance de raison.

Toutes les configurations issues de ce nouveau ticket PLR-UDC-Verts-libéraux sont meilleures qu'un échec solitaire de Jacques Nicolet ; deux candidats de centre-droit affronteront deux candidates de gauche. L'élection de Mme Chevalley ou de Jacques Nicolet, ou, rêvons, des deux, sera toujours un résultat supérieur à la victoire de la gauche!

Bien que certains délégués expriment leurs doutes en public (et soient donc abondamment cités dans la presse) les trois quarts des interventions, parfois suivies d'applaudissements nourris, furent en faveur de la solution de l'alliance. Le résultat ne se fit donc pas attendre avec une écrasante majorité en faveur de cette option - 110 voix pour, 2 contre et 17 abstentions.

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Préavis du Comité Central:
- Acceptez-vous de créer une liste PLR-UDC-Verts-libéraux pour le 2e tour
de l'élection au
Conseil d'État comportant le nom du candidat
de l'UDC et du candidat des Verts-libéraux?

Le choix d'hier soir aura pour effet de faire apparaître le ticket Nicolet-Chevalley sous trois dénominations de parti dans le livret de vote (PLR, UDC et Verts-libéraux). De plus, l'accord modifie le fragile équilibre du Grand Conseil en poussant les députés centristes de ce parti dans les rangs d'une alliance plus solide de centre-droit. Enfin, les citoyens vaudois auront appris ce matin que Guillaume "Toto" Morand se lance pour le second tour au Conseil d'Etat ; le trublion d'extrême-gauche, fort de ses 9% de dimanche, jouera donc les trouble-fêtes dans une élection plus incertaine que prévu.

Les candidats étant désormais choisis, le centre-droit part avec de réelles chances pour le second tour du Conseil d'État. Nous verrons si les citoyens valident la stratégie de l'UDC dans sa volonté d'ouverture au centre.

30 avril 2017

Vaud: guerre de positions entre la droite et la gauche

Les élections vaudoises ont eu lieu ce dimanche. Le Grand Conseil est sous toit. La composition du Conseil d'État sera quant à elle finalisée lors d'un second tour prévu pour le 21 mai.

C'est dans la grande Salle de Spectacle de Renens que votre humble serviteur passa une bonne partie de son dimanche, convoqué comme des dizaines d'autres personnes au dépouillement. Candidat au Grand Conseil sur la liste UDC du district de l'Ouest Lausannois, je partageais ma table avec M. François Delaquis, sympathique candidat sur la liste socialiste, et nous travaillâmes de concert au comptage des bulletins.

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Le jour du dépouillement, juste avant le début des opérations.
(cliquez pour agrandir)

L'opération, lente et procédurière, permet le contact le plus direct qui soit avec la volonté des électeurs - la fameuse vérité lue au fond des urnes. La gauche fit un carton à Renens, mais il s'agit d'un de ses bastions depuis vingt ans. À titre personnel, je remercie les 1'282 électeurs de l'Ouest Lausannois qui me firent confiance, me plaçant en tête de mon parti à Renens et cinquième sur l'ensemble du district. Le résultat s'avère insuffisant pour m'ouvrir les portes d'une carrière cantonale, mais reste honorable au vu de ma modeste campagne!

Sur l'ensemble du canton, les résultats sont nuancés, comme en témoigne la répartition politique du nouveau Grand Conseil.

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Diverses formations politiques gagnent et perdent quelques plumes sans que les équilibres fondamentaux ne soient bouleversés. À gauche, le PS perd trois sièges en faveur des Verts (+2) et du centre. En perte de vitesse, l'extrême-gauche parvient à se maintenir. À droite, l'UDC perd deux sièges, le PLR en gagne trois.

Si on peut saluer la progression du PLR, le maintien de l'UDC est relativement satisfaisant dans la mesure où le parti a dû affronter de nombreuses crises internes (largement par sa faute d'ailleurs) comme la gestion pitoyable de l'affaire Fabienne Despot - qui n'a pas été réélue - et la crise artificielle amenant à l'éviction de Claude-Alain Voiblet et, dans la foulée, la création d'un nouveau parti concurrent de l'UDC en Ville de Lausanne. Dans la guérilla entre les deux formations UDC et Parti Libéral Conservateur, CA Voiblet ne réussit d'ailleurs pas le pari de se faire élire au Grand Conseil sous ses nouvelles couleurs. C'eût été un exploit. Pour l'UDC vaudoise, l'exploit aurait été d'atteindre les 30 sièges espérés.

La majorité relative du Grand Conseil, figurée par la ligne pointillée ci-dessus, reste donc à droite. Les réserves d'usage s'appliquent: non seulement cette majorité est fortement tributaire de l'assiduité des députés, mais on peut aussi douter de la solidité de la fibre bourgeoise de nombreux élus du centre-droit. Ceci dit, la gauche souffre de ses divisions, et au centre la multiplication des formations croupion amènera à un gros travail de persuasion et d'alliance sur le moindre dossier.

Il faudra donc du recul et de la discipline dans les rangs de la droite, et beaucoup, car le Conseil d'État se profile toujours vers une majorité de gauche. Cinq élus sortants - deux socialistes, trois PLR - sont réélus dès le premier tour, laissant deux places vacantes aux trois derniers candidats sérieux: Béatrice Métraux (Verts), Cesla Amarelle (PS) et Jacques Nicolet (UDC). L'un d'eux restera sur le carreau au soir du second.

À moins d'une improbable alliance de la onzième heure entre l'UDC et les Verts Libéraux, le choix dépendra donc de la mobilisation et de la discipline des électeurs, en particulier des électeurs du PLR. Comme les sondages le montrèrent et comme mes propres observations le confirmèrent, de nombreux sympathisants libéraux-radicaux décidèrent de biffer l'agriculteur de Lignerolle du bulletin de vote de l'alliance du centre-droit. Agissant ainsi, ils ouvrent une voie royale à un nouvel exécutif de gauche dans le canton.

M. Nicolet n'est pas parfait et n'a pas prétention de l'être, et j'imagine la réticence de nombreux électeurs PLR à tolérer sa présence sur leur bulletin. Mais est-ce vraiment une stratégie pertinente si l'effet est de propulser à sa place une Cesla Amarelle ou réélire une Béatrice Métraux? Le comprendront-ils? Réponse le 21 mai.

26 avril 2017

RASA se retourne contre ses auteurs

Après un long suspense le Conseil Fédéral vient de livrer sa décision: il n'y aura finalement pas de contre-projet à l'initiative RASA. La réponse vient le dernier jour du délai légal pour pareille annonce et traduit le malaise dont sont empreintes les hautes sphères.

L'initiative RASA pour Raus aus der Sackgasse, "pour sortir de l'impasse", visait à annuler le vote du 9 février 2014 et l'initiative victorieuse de l'UDC contre l'immigration de masse. Au lieu de trahir la volonté populaire comme le fit le Conseil Fédéral en mettant en place une fausse stratégie d'application, les initiants respectèrent la démocratie de façon irréprochable en suivant un principe simple: ce que le peuple fait, il peut le défaire.

Ce principe dérange les élites au plus haut point.

initiative,immigrationEn effet, imaginer que le peuple puisse défaire ce qu'il a fait - en d'autres termes, changer d'avis et le faire savoir - est un principe à double tranchant. S'il permet éventuellement de "sortir de l'impasse" la Suisse face au choix effectué le 9 février, il permet également de revenir sur d'autres autorisations accordées, comme la libre-circulation, voire les accords bilatéraux entiers. Pour une classe politique dont la satisfaction ne se mesure qu'à l'aune des compliments ou des remontrances venues de Bruxelles, pareille incertitude est tout bonnement intolérable.

C'est au nom de cette "stabilité institutionnelle" bien pratique que le Conseil Fédéral chercha à tout prix à doter l'initiative RASA de non pas un, mais carrément deux contre-projets. L'idée était de noyer le poisson dans la confusion générale, concoctant un amas législatif mal ficelé qui aurait au mieux amené le comité à retirer son texte, et au pire échoué devant le peuple avec une campagne incompréhensible quant à ses enjeux (toute ressemblance avec RIE III est purement fortuite.)

Malheureusement, le plan génial de Simonetta Sommaruga se heurta à deux écueils, plus qu'il n'en fallait pour envoyer le tout par le fond.

  • Les contre-projets ne réussirent pas à passer la rampe au National.
  • Le comité RASA, fort de ses 100'000 signatures, refuse obstinément de retirer son texte.

Les manœuvres politiques ne sont pas toujours couronnées de succès. En l'occurrence, le Parlement a désormais un an pour traiter l'initiative RASA - c'est-à-dire, la soutenir ou non - avant qu'elle ne soit soumise au vote populaire.

Le piège se referme donc. En termes législatifs, RASA est l'opposé exact de l'initiative contre l'immigration de masse. Celle-ci rajoutait l'article 121a à la Constitution, RASA se propose de l'enlever. Aucune fioriture là-dedans, la simplicité était le but.

Autrement dit, le peuple va être amené confirmer ou non son vote du 9 février 2014 - bien la dernière chose que souhaitent nos élus!

Depuis 2014 la situation migratoire ne s'est guère arrangée. Le Temps relaie les doutes exprimés dans les couloirs de Berne: d'après une majorité des partis, RASA est jugée aujourd'hui "encombrante et vouée à un échec retentissant dans les urnes". Et de transmettre ensuite un message limpide: "le comité d’initiative peut retirer son texte jusqu’au jour où le Conseil fédéral fixe la date du vote populaire." Alors, messieurs, qu'attendez-vous?

Jusqu'ici, on voit mal au nom de quelles avancées obtenues le comité d’initiative déciderait de se retirer. La seule menace crédible est celle d'un rejet massif de RASA dans les urnes. Non seulement la votation viendrait alors renforcer le camp du vote du 9 février - un comble! - mais elle tomberait probablement quelque part durant l'année 2019, soit en pleine année électorale. L'actualité fédérale sera chargée avec d'autres objets sur la table, comme l'initiative UDC sur la primauté du droit suisse sur le droit international ou une future initiative de l'ASIN demandant l'abrogation de l'accord sur la libre-circulation des personnes.

Nul doute que le téléphone d'Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel et membre du comité d'initiative, doit souvent sonner ces jours. La pression sur ses épaules est maximale. Nous verrons si les gauchistes à l'origine de RASA se rangent à la realpolitik de leurs aînés du Parlement, ou défendent jusqu'aux bout la démocratie directe dont ils se réclament.

07 avril 2017

Le sens de l'intégration

Une lectrice m'écrit:

Aujourd’hui, je reçois cette circulaire envoyée à tous les propriétaires d’immeuble sur la Commune [de Lausanne].

Elle est accompagnée d’un dossier complet indiquant qu’en sus de cours gratuits, aimablement dispensés aux services de conciergerie, qui expliquent comment comprendre et s’adapter aux différences de culture et de religion pour éviter des conflits entre voisins et ou concierges.

On y apprend qu’il revient en réalité aux autres de faire l’effort d’adaptation envers la population migrante et non le contraire, enfin tout ceci dans le style habituel de bien-pensance, de multiculturalité et de vivre-ensemble.

Je suppose que là encore, cette opération est financée par les deniers des contribuables et je remarque qu’une des signataires de ce courrier porte le même patronyme qu’une célèbre politicienne du canton actuellement en campagne. Serait-elle apparentée à la même famille?


Madame, vous avez raison sur toute la ligne. Bravo pour votre clairvoyance.

La circulaire émane de la commune de Lausanne, plus précisément du BLI, le Bureau Lausannois pour les Immigrés. Le nom de l'officine annonce la couleur: Suisses, passez votre chemin. Le BLI est dirigé par Gabriela Amarelle. Elle est bien la sœur de la célèbre Cesla Amarelle, Uruguayenne d'origine et en route pour le Conseil d'État vaudois. Gabriela est Déléguée à l'intégration à la ville de Lausanne depuis 2007. Disposant d'une licence en lettres, administration publique à l'IDEAP et droits humains à l'Université de Genève, elle aura su profiter des perspectives de formation offertes par la Suisse. Depuis elle aura habilement mené sa barque dans les méandres de l'administration publique et travaille comme sa sœur à l'accueil des étrangers de tous horizons - une tradition familiale, en quelque sorte.

Revenons au BLI. Fondé en 1971 - Lausanne sait lancer les tendances - il se définit comme une "plate-forme d'information et un centre de compétences dans le domaine de l'intégration et de la prévention du racisme". Il emploie 9 collaborateurs et se fait fort de traduire certaines publications en albanais, allemand, anglais, bosniaque, espagnol, français, italien, portugais, russe, somali et tamoul.

Parmi ses nombreuses publications et programmes il lance donc une formation pour les concierges, pour leur inculquer le nouveau rôle de "médiateur culturel", c'est-à-dire "savoir naviguer entre les différentes cultures", en faisant l'acquisition "des connaissances sur les principales dimensions de la communication interculturelle." Derrière ce salmigondis de novlangue la réalité est des plus crues: les immeubles remplis de multiculturalisme sont à deux doigts d'exploser et les concierges sont en première ligne.

lausanne,immigration
Pour Lausanne, les concierges sont des mollusques à six bras.
Comment ne pas se sentir valorisé par cette représentation?

Renens subit la même tendance, et met au point le même programme de formation aux concierges. Il n'y a qu'à reprendre l'abondante documentation lausannoise.

En quoi consiste ce programme? Simplement à s'éveiller à la "communication interculturelle". Ne pas s'adresser directement à une porteuse de burqa, par exemple, mais seulement à son mari, qui transmettra. Tolérer en soupirant que les locataires des étages balancent directement leurs déchets par la fenêtre aux abords de l'immeuble. Ramasser les ordures s'entassant dans le local à poubelles dans le premier conteneur venu, laissant le tri à des civilisations plus évoluées. Nettoyer urine et excréments laissés dans les cages d'escalier. En d'autres termes, apprendre aux concierges à être les esclaves silencieux et dociles de la population enrichissante de leur immeuble sans péter les plomb - au nom du "multiculturalisme". Qu'il est beau le métier de médiateur culturel!

Bizarrement, la profession de concierge attire moins les vocations.

Il y a quelque chose de symbolique de l'effondrement de notre société à ramener le problème de populations allogènes peu désireuses de se conformer au mode de vie local à une simple question d'entretien des parties communes. Un mélange de veulerie, de bêtise et d'aveuglement volontaire, dont le seul résultat sera de retarder, un peu, l'inéluctable explosion.

Bien sûr, il est parfaitement injuste - et même franchement inique - de faire porter le chapeau aux concierges à travers des formations-alibi, alors qu'en fait ils sont les premières victimes de cette situation. Mais c'est assez typique du mode de pensée du BLI. Au détour des 36 pages d'une de ses nombreuses publications, on y lit une des principales approches de l'intégration: elle "repose sur un idéal de convergence entre migrants et non-migrants au niveau des pratiques, des normes et des valeurs." Autrement dit, les autochtones doivent faire des concessions jusqu'à ce qu'une entente commune soit trouvée. Vous pensiez naïvement que seuls les immigrés étaient concernés par l'intégration? Oh que non!

Nul doute que devant de tels besoins les formations à la "communication interculturelle" devront s'étendre à de nombreuses autres catégories professionnelles, puis à la population toute entière. Ne vous inquiétez pas, la rééducation est en marche.

30 mars 2017

Quand trop de pauvres peuvent encore se déplacer en voiture...

...La solution est toute trouvée: le péage urbain!

Le terme de péage urbain faisant un peu trop agressif - la guerre commence dès le vocabulaire - on utilisera une autre formule: la "tarification de la mobilité", de son nom anglo-saxon mobility pricing.

Qu'est-ce que la tarification de la mobilité? Pour le savoir, il suffit de lire le cri du cœur lancé contre ce projet par Nadja Pieren, Conseillère nationale UDC bernoise et minoritaire dans la commission en rapport, pour comprendre l'arnaque:

La commission des transports du Conseil national a discuté au milieu du mois de mars dernier du rapport sur la "tarification de la mobilité" (mobility pricing). Cette notion trompeuse cache en réalité une nouvelle taxe d'incitation sur les transports. Nous savons tous qu'un aménagement rapide de nos infrastructures de transport est le meilleur moyen de régler cette problématique. L'UDC refuse donc cette "tarification de la mobilité". Nous ne voulons pas que l'utilisation de la route et du rail devienne un privilège de gens aisés.


La suite devrait intervenir en juin, par un projet-pilote validé par le Conseil Fédéral. L'idée est de mettre en place une "expérience-pilote" de tarification différentiée sur un domaine donné - autrement dit, un péage urbain. On fera une étude censée déterminer les "gagnants" et les "perdants" de cette intervention, mais ne nous leurrons pas: l'intérêt est au bout du compte de tordre le cou à ce fameux alinéa trois de l'article 82 de la Constitution helvétique qui empêche l'établissement de péages sur le territoire. Ce n'est pas que la Constitution empêche beaucoup le gouvernement d'agir comme bon lui semble, mais enfin, lorsque c'est possible, autant respecter les formes.

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La notion de péage urbain m'a fait repenser à un texte que j'avais écrit sur le sujet en 2006, dont voici un extrait:

En Angleterre, le central London congestion charging (CCLondon) prélève son obole de 8 £ par jour [11,5 £ en 2017...] sur toute voiture franchissant une certaine zone du centre-ville entre 7h et 18h30 hors week-ends. En bon mécanisme étatique, il existe une foule d'exceptions, d'incitations et de régimes spéciaux ; par exemple, le paiement de la taxe doit être fait avant 22h le jour même (ne me demandez pas pourquoi) faute de quoi le montant est majoré. Sont exemptés les véhicules spéciaux (autobus, minibus, taxis, motos, véhicules à carburant alternatif et... les vélos). Toutefois, certaines de ces exemptions sont un remboursement, et non une exemption réelle: tout le mécanisme de fichage des mouvements des véhicules continue donc à exister. Les heureux résidents du centre-ville ont généreusement droit à une grosse remise s'ils payent à l'avance le montant de leur péage. Le tout est surveillé par quelques centaines de caméras qui lisent les numéros de plaque d'immatriculation. (...)

Londres n'est pas la seule ville à s'être lancée dans le péage urbain. Singapour fut la première, en 1998.

A l'inverse de la capitale britannique et de son impôt routier déguisé sous de belles intentions, les autorités du petit pays asiatique eurent vraiment à cœur de réguler le trafic. Partant du constat simple que le réseau n'est engorgé qu'aux heures de pointe, le système de péage mis en place eut droit à un tarif dégressif selon l'heure: bon marché la nuit, très cher lors des pics traditionnels de circulation, et moyennement cher le reste de la journée. Mais c'est à l'occasion d'un voyage là-bas que j'eus l'opportunité de constater à quel point les bonnes idées sur le papier ne fonctionnent pas toujours en réalité.

A Singapour donc, le visiteur étonné pourra voir de longues files de véhicules stationnés au bord de certains axes, parfois moteur arrêté avec leur conducteur en train de lire le journal ou de prendre l'air dehors. Que font ces gens? Ils attendent l'heure de changement de tarif du péage! Disciplinés, bien sagement alignés en files, à la mode de Singapour, ils laissent passer le temps pour économiser de l'argent. Évidemment, la place qu'ils prennent sur la chaussé force les autres automobilistes - ceux qui sont prêts à payer le prix fort - à s'entasser pour accéder au périphérique, si bien que les embouteillages ont plutôt lieu à l'entrée des autoroutes que sur celles-ci... (...)

Sur le long terme, on peut être optimiste: la voiture non polluante finira bien par arriver. Il sera amusant de voir alors quels trésors d'imagination les écologistes déploieront pour continuer leur guerre contre la mobilité individuelle au nom de la soi-disant défense de l'environnement.

En attendant, il faudra bien supporter toujours plus de péages, de taxes et d'impôts - à l'achat d'un véhicule, pour son entretien, sa possession, son essence, son stationnement, et désormais son déplacement. Et comme d'habitude, ceux dont les moyens sont les plus modestes souffriront le plus.


Et je concluais avec un paragraphe qui n'a hélas pas pris une ride:

La prochaine fois que vous entendrez quelqu'un soutenir l'idée d'un péage autoroutier pour accéder aux villes, centre ou pas, acquiescez d'un air entendu avant de lui confier: "Moi aussi, je suis pour. Il y a encore beaucoup trop de pauvres qui ont les moyens de conduire en ville." Cela devrait stimuler la discussion!


Qu'on se le dise, le train du changement est lancé. Même s'il n'a pas encore atteint sa vitesse de croisière, il a clairement quitté la gare. Tout se met progressivement en place pour que l'automobiliste suisse doive bientôt cracher au bassinet dès qu'il veut aller quelque part en voiture. Il faudra probablement beaucoup lutter pour l'empêcher ; voilà ce qui se passe quand on ne fait pas assez attention aux élus qu'on envoie à Berne pour nous représenter.