17 septembre 2013

L'armée, service compris

Le 22 septembre, une n-ième initiative du GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée) se fera balayer par le peuple. Pour une fois cependant, l'angle d'attaque original adopté contre l'armée de milice, mettre un terme à l'abrogation de l'obligation de servir, soulève des questions intéressantes.

armée de milice,armée,votation du 22 septembre 2013,prise de positionL'armée de milice représente par essence un sacrifice: effort de l'intégration dans la troupe, perte de temps, gêne financière et professionnelle, coûts, pollution. Pourquoi infliger cela à tous ceux qui ne le souhaitent pas? Dans un esprit de liberté individuelle et de responsabilité, l'adhésion à l'armée de milice ne devrait-elle pas obéir à une logique de volontariat?

Dans les autres arguments avancés par le GSsA, on peut aussi compter la barrière de plus en plus floue entre armée de métier et armée de conscrits:

L’armée suisse a déjà 40’000 spécialistes (instructeurs, analystes, techniciens et informaticiens, officiers supérieurs professionnels, etc.). Ce sont des professionnels, à plein temps ou de milice.


Face à des tâches de plus en plus techniques, l'armée doit pouvoir compter sur des professionnels sur une longue durée et pas seulement lors des cours de répétition. La professionnalisation progressive de l'armée est un fait, affaiblissant encore la position des partisans de l'armée de milice au sens strict.

Il est malheureusement difficile de suivre le GSsA sur l'ensemble de son argumentaire tant l'activisme imprègne la moindre phrase, le tout oscillant entre le grotesque - il n'y aura plus de guerre "parce qu'elle est interdite depuis l’adoption de la charte de l’ONU en 1945" - et les envolées lyriques propres à l'utopie - "il faut apprendre le respect d’autrui et de la chose vivante"...

Il existe, c'est vrai, quelques pays sans armée. Dans la liste, on relèvera ironiquement la présence du Vatican protégé par les Gardes Suisses! Tous sont de petite taille ou faiblement peuplés, beaucoup sont insulaires ; ils dépendent exclusivement d'alliances avec des puissances plus grandes pour se défendre. A noter aussi qu'à l'inverse du GSsA, aucun de ces pays ne prône l'abandon pure et simple de la protection du territoire au prétexte que les guerres appartiendraient au passé.

La Suisse ne dispose d'aucun "grand voisin" suffisamment puissant et pétri de bonnes intentions pour assurer ce rôle. A qui ferions-nous confiance? Quelle garantie avons-nous d'ailleurs que ce génie bienveillant accepterait? Sur le strict plan financier, comment savoir s'il ne demanderait pas en échange des contreparties plus chères que le coût de notre armée actuelle, et dès lors, quels seraient nos moyens de recours?

Le GSsA met toutes les armées dans le même sac - les armées des démocraties comme celles des dictatures, les professionnelles comme celles de milice, dans un manque de discernement assez caractéristique d'un type de pensée absolutiste. Pensons par exemple aux mouvements anti-armes où le discours fait rarement la différence entre une arme à feu dans les mains d'un policier ou de celles d'un malfrat, entre les armes servant à protéger la société et celles qui lui nuisent. Voilà par exemple une des énormités que le GSsA se sent obligé de servir dans sa croisade antimilitariste:

[S]ans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été possibles.

 
Correction: sans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été gagnées.

Concédons tout au plus que la Suisse n'est pas menacée militairement à l'heure actuelle. Les conflits territoriaux appartiennent-ils au passé? Nul ne le sait. Les armées ont souvent une guerre de retard ; l'identification des menaces futures est incertaine. Toutefois, l'examen des conflits récents en Europe, au proche et au moyen-Orient montre les affrontements les plus susceptibles de survenir: velléités indépendantistes, émeutes économiques, épuration ethnique, guerre interconfessionnelle, effondrement généralisé de l'Etat et déplacements de population.

Or, dans toutes ces configurations, l'armée de milice offre sans doute la réponse la plus adaptée par ses liens direct avec les habitants, son implantation locale, et le nombre ahurissant de soldats qu'elle peut rassembler en temps de crise. Dans une guerre de basse intensité, vous n'avez pas besoin d'une poignée de surhommes et de missiles dernier cri, mais d'une troupe nombreuse, sereine, proche de la population et connaissant bien le terrain.

L'obligation de servir est évidemment un sacrifice ; certains avancent qu'il ne serait pas "libéral" de procéder ainsi. C'est bien mal connaître le libéralisme. Pour les libéraux, l'Etat doit se concentrer sur ses fonctions régaliennes, justice, police, armée, et remplir ces tâches avec sérieux. Le libéralisme prône la responsabilité, pas un hédonisme utopique où chacun ne ferait que ce qui lui plaît.

Reste enfin la discussion ouverte sur les meilleurs moyens d'atteindre la sécurité. L'organisation militaire à un instant donné est le résultat d'un faisceau de compromis ; en tant que telle, elle prête toujours le flanc à la critique. L'abrogation de l'obligation de servir améliorerait-elle la situation? On pourrait argumenter que seuls les plus impliqués feraient l'armée, renforçant la motivation moyenne de la troupe. Mais on oublierait alors que le but de l'armée de milice est d'accorder une formation militaire au plus grand nombre.

Prenons un parallèle: les cours de samaritain sont obligatoires pour passer le permis de conduire. Tous les apprentis-conducteurs n'ont pas vocation à devenir secouristes. La plupart d'entre eux n'auront jamais à mettre en pratique ces connaissances au cours de leur vie. Pourtant, elles pourraient faire la différence au moment critique. Chacun comprend l'utilité de cette formation et nul ne songerait à la supprimer!

Avatar tardif de la guerre froide, le GSsA visait comme tous les mouvements pacifistes d'Europe de l'Ouest à affaiblir l'armée locale face à une éventuelle invasion par le Pacte de Varsovie. Depuis la disparition de la menace communiste les antimilitaristes forcenés continuent sur leur lancée sans qu'on sache s'ils ont succombé à leur propre endoctrinement ou souhaitent faciliter la prochaine tentative d'invasion, d'où qu'elle vienne.

Le GSsA ne veut pas mettre un terme à l'obligation de servir mais à l'armée elle-même. L'obligation de servir n'est qu'un moyen. Ceux qui comprennent la nécessité de l'armée mais pensent possible d'en avoir une sans obligation de servir devraient garder ce détail à l'esprit.

13 septembre 2013

Encore.

Après l'affaire Lucie, l'affaire Marie, l'affaire Carlos, l'affaire Jean-Louis B., c'est aujourd'hui le jour de l'affaire Anthamatten, du nom de Fabrice Anthamatten, violeur dangereux et toujours en fuite.

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La victime et son assassin présumé

Faisons rapidement le portrait du jeune homme:

Fabrice Anthamatten est un dangereux violeur et hier matin, ce détenu s’est évaporé dans la nature. L’homme de 39 ans (...) avait été condamné à 10 ans de prison pour viol aggravé avec violences voici quelques années pour des faits s’étant déroulés non loin de l’aéroport de Cointrin et au cours desquels il avait notamment enfermé une femme dans son coffre.


Il était enfermé dans un centre réservé aux détenus dangereux. Ce qui ne l'a pas empêché de s'échapper, très facilement, en profitant d'une... Thérapie équestre. Oui, vous avez bien lu, le violeur dangereux - loin d'avoir purgé l'entier de sa peine - avait droit à des sorties à cheval accompagné d'une jeune femme, et c'est tout. Celle-ci, Adeline M., mère d'un enfant de huit mois, vient de payer de sa vie l'inconscience générale.

On attend avec impatience le rapport d'enquête qui confirmera que toutes les procédures ont été convenablement suivies et que, ma foi, comme partout en matière de réinsertion, on ne fait pas d'omelette sans casser quelques œufs. Le procureur spécial du moment, dédouanant tout le monde entre deux sages "recommandations", osera-t-il encore faire un parallèle avec la manutention d'explosifs?

Pour couronner le tout, Fabrice Anthamatten se livrait à ses sympathiques activités d'extérieur à proximité de la frontière française, à travers laquelle il s'est vraisemblablement enfui. La France n'extradant pas ses ressortissants, on ne le reverra pas faire du cheval de ce côté de la frontière.

Il y a quelque chose de pourri en Suisse. La justice, pour être précis.

Alors que, hasard de l'actualité, on explique dans le 20 minutes d'aujourd'hui que "l'efficacité de la police fait déborder les pénitenciers", la réponse du porte-parole de la police cantonale au manque de place dans les prisons est claire: c'est un choix politique. Le choix politique de ne pas expulser les criminels étrangers. Le choix politique d'effectuer sur place les peines des criminels étrangers plutôt que dans leur pays d'origine.

C'est aussi un choix politique qui a mené à la remise en liberté de ces criminels bien avant qu'ils aient cessé de représenter un danger pour la société. Le choix de privilégier la réinsertion sur la sécurité des civils, les droits des criminels sur ceux des victimes, l'incarnation d'une vision naïve de l'humanité par ceux-là même dont on espérait le regard le plus juste.

Plus loin, c'est aussi la responsabilité de tous ceux qui ont mis ces gens et ces procédures en place. Un choix politique encore.

Que valent les juges condamnant péniblement, après d'innombrables récidives, des individus à des peines dont ils font les deux-tiers? Que valent les psychiatres sempiternellement bienveillant sur la dangerosité des cas qui leur sont soumis? Que vaut ce système pénitentiaire fournissant à la lie de la société un confort et des loisirs inaccessibles au plus grand nombre?

Lorsque Carlos a été remis en prison suite à la polémique, l'administration argumenta que la mesure avait été prise pour le protéger des conséquences du scandale - le protéger, lui. Alors que c'était bien la société, et non lui, qui était en danger de par sa présence.

Lorsque Marie a été tuée, c'était un dysfonctionnement de plus ; mais finalement, la faute à personne. Un coup de malchance, à la limite.

Si Marie ne savait probablement pas que l'individu qu'elle côtoyait était un dangereux criminel coupable de meurtre, Adeline M., elle, faisait partie du système. La sociothérapeute retrouvée sans vie dans un sac, dans les bois de Versoix, était membre de cette pléthore d'accompagnants, d'encadrants, de psychologues-éducateurs, d'animateurs sociaux et autres semi-fonctionnaires grouillant dans les méandres de la douce application des peines et de la bienheureuse réinsertion. Elle faisait du cheval, c'était probablement un très bon job, paisible, en contact avec la nature.

Mais face à des criminels récidivistes, elle était en première ligne.

Mise à jour (15 septembre): le fuyard a été interpellé à la frontière germano-polonaise après trois jours de traque.

09 septembre 2013

Saucisse à rôtir et Lutte Finale

Le 22 septembre 2013, la population suisse sera amenée à se prononcer sur une révision partielle de la loi sur le travail.

La modification est mineure: les exploitations qui aujourd'hui déjà ont le droit d'ouvrir 24 heures sur 24 un bar à café, un kiosque et une station-service pourront également vendre en permanence l'assortiment complet de leur shop. Il s'agit donc seulement de mettre un terme à l'absurdité d'un magasin ouvert mais dont une partie du contenu est interdit de vente entre 1h et 5h du matin.

L'amendement est si infime et peu choquant qu'il a été soutenu par le Conseil Fédéral et de confortables majorités dans les deux chambres du Parlement. Mais pour la gauche, la moindre modification représente l'hallali.

Le PLR Christian Lüscher a probablement dû être le premier surpris de la levée de bouclier suscitée par sa proposition. Il n'y a pourtant rien de surprenant. Les syndicats et la gauche, tous pays confondus, passent le plus clair de leur temps à des glapissements hystériques pour dénoncer les libéralisations sournoises et autres privatisations rampantes réelles ou imaginaires (Sachant qu'une libéralisation ne saurait être que sournoise et une privatisation que rampante ; la Bête se déplace par reptation...)

Au vu des affiches de campagne, la liberté de vente de l'intégralité de l'assortiment entre 1h et 5h du matin semble rien de moins que la fin du monde:

votation du 22 septembre 2013,prise de position
La gauche et sa vision positive du travail... (cliquez pour agrandir)

Les défenseurs de la réforme, eux, détournèrent le symbole révolutionnaire en choisissant comme emblème un poing levé brandissant une saucisse et le slogan "libérons les saucisses à rôtir!", ajoutant le crime de lèse-majesté à la longue liste de leurs forfaits.

votation du 22 septembre 2013,prise de positionEntre ces deux visions que tout oppose, la règlementation du travail. Pour les uns, il n'est question que de mettre un terme aux aberrations d'une règlementation tatillonne. Les commerces ouverts la nuit doivent couvrir d'un rideau certains rayons quatre heures par nuit - dont la fameuse saucisse à rôtir, mais seulement si elle est crue!

En face, pétris de lutte finale et d'affrontements homériques pour le destin du monde, on se fait peur en se persuadant que si le changement est accepté, c'est le début de la fin, l'emploi de nuit généralisé, le travail sur appel...

Invitée à informer sur le sujet, la RTS livre un reportage mettant en parallèle la terrible situation d'une boulangerie à côté d'une station-service, qui pourrait - notez le conditionnel - ouvrir en continu. Contre toute attente, le boulanger ne rejette pas l'idée d'une ouverture la nuit mais demande simplement l'égalité de traitement:

"C'est soit tout le monde a le droit d'ouvrir la nuit et le droit de tout vendre, ou tout le monde ferme la nuit et personne n'a le droit de [ne] rien vendre."


Le gérant de la station-service voisine ne semble pas lui non plus prêt à s'engouffrer dans l'enfer ultra-libéral des shop ouverts 24 heures sur 24:

"on n'a pas la rentabilité bien que sur un axe très fréquenté... Ca ne me permet pas de travailler [de façon rentable] la nuit... J'ai besoin d'une personne pour la sécurité, de deux personnes à la caisse..."


Autant pour les stéréotypes du gentil-boulanger contre le méchant-pompiste. On oublie souvent que l'ouverture d'un commerce implique des charges certaines: électricité, chauffage, assurances, salaire des employés. Pour que l'opération soit rentable, il faut que les ventes suivent. Or, si le changement proposé met fin à quelques aberrations règlementaires, il est peu probable que la ventes de fleurs fraîches ou de saucisses crues entre 1h et 5h du matin suffise à elle seule à lancer des dizaines de gérants dans l'aventure, sur les 1'300 que compte la Suisse. Et le feraient-ils, le chiffre d'affaire de cette tranche horaire sera-t-il à la hauteur?

Aujourd'hui, une poignée de stations services ou de gares bénéficient de possibilités étendues et livrent une concurrence déloyale aux autres commerces avec le blanc-seing des politiciens. C'est la pire des situations, lorsque l'inégalité est instaurée et entretenue par la loi elle-même.

Selon le dernier sondage, la population helvétique est indécise: 46% serait pour ou plutôt pour, 47% contre ou plutôt contre, et 7% n'aurait pas encore pris position. La mienne est claire: je souhaite la fin de toutes les interdictions arbitraires sur les heures d'ouverture des commerces et sur l'assortiment soumis à la vente. Ce ne serait pas le règne de l'anarchie pour autant ; les syndicats notamment auraient un rôle à jouer en négociant les modalités du travail de nuit.

La décision d'ouvrir à certaines heures doit revenir au commerçant et à ses employés, pas à des politiciens. Malheureusement, nous ne sortirons pas de ce mode de pensée le 22 septembre, quelle que soit la décision sortie des urnes.

03 septembre 2013

La pseudo-affaire Legrix, suite et fin

Il y a quelques jours j'avais fait part de mes doutes quant à l'éviction précipitée de Jean-Charles Legrix de ses fonctions à La Chaux-de-Fonds. La sentence était trop soudaine, les torts trop unilatéraux et le verdict trop définitif pour ne pas attirer de soupçons.

jean-charles legrix,manoeuvres politiques,la chaux-de-fonds,médias,mensongesHeureusement, grâce à la Weltwoche, nous en savons désormais davantage. L'article d'Axel Baur, Protocole d'un putsch, brosse un portrait saisissant de l'ambiance délétère régnant à La Chaux-de-Fonds entre Jean-Charles Legrix et l'administration communale. Il permet de mieux comprendre comment "le dossier" s'est monté jusqu'à sa spectaculaire conclusion.

Quiconque prétend exprimer un point de vue informé se doit d'avoir lu cet article.

L'affaire Legrix est avant tout le résultat d'une lutte entre deux individus, Jean-Charles Legrix, chef du dicastère des infrastructures et de l’énergie de La Chaux-de-Fonds, et Joseph Mucaria, 58 ans, ancien boxeur entré à la voirie grâce à des relations familiales et dirigeant le service depuis des décennies. L'un a pour lui la légitimité politique et le désir de réformer, l'autre de solides amitiés dans l'administration et un immobilisme inébranlable. N'ayant plus que quelques années à tirer, il ne tient pas à ce que les choses changent.

Il serait trop long de rapporter ici l'escalade du conflit entre les deux hommes. M. Legrix se casse régulièrement les dents sur la bureaucratie communale syndiquée ; M. Mucaria, lui, joue ses atouts d'une autre manière. Un exemple particulièrement saillant mérite d'être cité:

A l’approche des élections de 2012, la télévision suisse romande RTS insinue que Jean-Charles Legrix s’est rendu coupable d’«abus de privilèges», selon le titre du sujet. L’affaire porte sur des tablars pour une armoire ancienne, des travaux d’une valeur de 919 francs, que Legrix a confiés à la menuiserie communale. Les journalistes de la télévision oublient cependant d'évoquer un point essentiel, qui démonte ces accusations: la menuiserie communale précise à l’attention des citoyens que le président de la Ville a payé ces travaux, certes destiné à des fins privées, de sa poche. Il ne saurait donc être question «d’abus de privilèges».


Pour la petite histoire, le reportage à charge est l’œuvre d'Olivier Kurth, qui serait le frère de l'élu socialiste neuchâtelois Laurent Kurth... Mais, outre le traitement partial du sujet, une interrogation subsiste: comment la RTS a-t-elle eu vent de tout cela?

Par mesure de précaution face à un sujet sensible, le menuisier interrogé par le journaliste de la RTS un peu plus tôt a pris soin d'enregistrer discrètement la conversation. Au cours de celle-ci, ignorant qu'il est sur écoute, Olivier Kurth dévoile sa source: Joseph Mucaria.

L'enregistrement ayant été fait en secret, il n'est pas recevable comme preuve - pour licencier un collaborateur déloyal montant une cabale, par exemple. Malgré tout, cette histoire d'enregistrement trouvera son chemin jusque dans le rapport d'audit ayant servi à destituer Legrix. On reprochera ainsi à l'élu d'avoir "réuni des preuves par des moyens douteux comme la délation ou en espionnant", en lui attribuant la paternité de cette conversation enregistrée! Même les aléas des manigances de Joseph Mucaria seront portés à la charge du conseiller communal de La Chaux-de-Fonds.

Legrix n'est pas le manager du siècle, mais les accusations contre lui oscillent entre le grotesque et le douteux et sont largement sujettes à interprétation. Bien que les faits reprochés soient régulièrement qualifiés de "très graves", aucun n'a été suivi d'une quelconque action judiciaire. Les accusateurs ont beaucoup souffert mais sans jamais oser porter leurs griefs devant les tribunaux... En fin de compte, il ne reste qu'une diffamation sans substance, si bien que, comme le résume Axel Baur dans une formule limpide,

On se pince en se demandant comment il est possible qu’un représentant élu par le peuple puisse être démis de ses fonctions sur la base de rumeurs anonymes.


Cerise sur le gâteau, le rapport accablant est le résultat d'une demande de Jean-Charles Legrix lui-même. Pour trouver une solution aux blocages exaspérants de son dicastère, début 2013, il suggère à l'exécutif un audit externe. Entre tous, Jean-Pierre Veya du Parti Ouvrier Populaire prendra les choses en main, pour rendre service. Un tel dévouement force le respect. Il sera épaulé par la cheffe des ressources humaines Ioana Niklaus, une vieille ennemie de Legrix. Ils choisiront comme mandataire "l'experte en harcèlement" lausannoise Cécile Pache, très au fait pour monter des dossiers de ce type. Toutes les pièces sont en place. Rapport sera rendu le 10 juillet ; Jean-Charles Legrix n'en aura connaissance que le 6 août, la veille de la séance du Conseil communal décidant de sa destitution - un ultime coup de Jarnac pour l'empêcher de se défendre.

L'article de la Weltwoche répond à de nombreuses interrogations que se posent les habitants de La Chaux-de-Fonds, mais ce faisant, en soulève une autre. Comment se fait-il qu'un journaliste alémanique parvienne à démêler l'écheveau bien mieux que toute la presse locale? Apparemment, les écoles de journalisme ne sont pas les mêmes des deux côtés de la Sarine.

Il est infiniment commode - et rares sont ceux qui s'en privent - de défausser les révélations de la Weltwoche au prétexte que ce serait un journal "proche de l'UDC". Une ligne éditoriale n'implique pourtant pas des liens avec un parti ; la Weltwoche l'a elle-même brillamment prouvé, si j'ose dire, en descendant en flammes par ses révélations la candidature au Conseil Fédéral de l'UDC Bruno Zuppiger. Mais ici, l'accusation est particulièrement malvenue. Sur le dossier Legrix, l'intérêt de l'UDC n'est certainement pas de défendre l'élu. Il a déjà été sacrifié en coulisses.

Ni la section communale UDC de La Chaux-de-Fonds, ni celle du canton de Neuchâtel n'ont intérêt à faire des remous. Par le biais de la proportionnelle dans le système communal du canton, l'UDC est assurée de retrouver un siège à l'exécutif. Pour beaucoup de responsables locaux que cela ne grandit guère, l'affaire est entendue: raison ou tort, il faut sacrifier le soldat Legrix.

Oui, il est bien plus facile de fermer les yeux, de se boucher les oreilles et de crier "Non à l'UDC! Weltwoche vendus!" que de comprendre que la Weltwoche vient en réalité de donner à la presse romande une cinglante leçon de journalisme. Mais qui s'intéresse encore à la recherche de la vérité? Même depuis la parution de cet article les lignes restent figées: à la condamnation succède le travail de sape. Les médias ont rendu leur sentence, il leur est impensable de se désavouer. Ils n'essaieront même pas.

Pauvre Jean-Charles Legrix! Le brillant professionnel avec des décennies de responsabilités couronnées de succès auprès de grands groupes est réduit à l'image d'un simplet grossier, tyrannique et porté sur la cuisse. Sa sincérité et son esprit constructif ont été retournés contre lui ; il doit expier pour l'exemple. Rien ne sera épargné à l'homme-qui-a-tenté-de-réformer dans une commune de gauche. Sa seule véritable erreur aura sans doute été de s'attacher les services d'un avocat six mois trop tard.

Peut-être Jean-Charles Legrix recouvrira-t-il une partie de sa respectabilité lorsque les tribunaux constateront l'abus de pouvoir manifeste de l'exécutif communal ; mais l'honneur des médias romands, lui, semble compromis au-delà de toute rédemption.

Et c'est autrement plus grave.

29 août 2013

Coupables choyés, victimes oubliées

justice des mineurs,justiceLe Blick a lancé un pavé dans la mare (relayé par Le Matin en Suisse romande) en révélant la situation de "Carlos", un jeune bien connu de la police zurichoise qui le qualifie de véritable bombe à retardement.

Notre individu se fait connaître de façon remarquable en juin 2011, lorsqu'il poignarde un jeune Turc de 17 ans à Zurich. Carlos a alors quinze ans. Un an et demi après les faits, il est reconnu coupable d'une ribambelle de chefs d'accusation: menaces, résistances à agents, voies de fait, infraction à la loi sur les stupéfiants et à la loi sur les armes.

Mais Carlos est mineur. Sa peine est commuée en "hébergement ouvert sous surveillance constante" par le Tribunal des Mineurs du canton de Zurich. Et quand le Tribunal des Mineurs du canton de Zurich inflige l'hébergement ouvert sous surveillance constante à un mineur, il ne plaisante pas. Tenez-vous le pour dit, la justice ne fait pas les choses à moitié.

Notre jeune criminel aura donc ainsi le loisir de profiter d'un appartement tous frais payés de quatre pièces et demi à Reinach dans le demi-canton de Bâle-Campagne, "avec services de nettoyage, de buanderie et de cuisine" précise le quotidien. Pour parfaire son instruction, il a droit à un enseignement privé. Et à un avocat, naturellement.

L'équipe aux bons soins du condamné totalise une dizaine de personnes pour des coûts mensuels de 29'000 francs. Depuis le début de l'exécution de la "peine", la facture dépasserait déjà le million.

Carlos subira ce traitement inhumain jusqu'en 2018. Il aura alors 22 ans et, libéré du terrible châtiment de la justice, pourra enfin chercher à se reconstruire. Gageons que les cours de boxe thaïlandaise qu'il reçoit entre-temps du multiple champion du monde de la discipline Shemsi Beqiri, là encore aux frais du contribuable, l'aideront à traverser cette douloureuse période de son existence.

Comme on s'y attend, la situation de Carlos suscite quelques réactions, mais finalement pas grand-chose. La conseillère nationale UDC zurichoise Natalie Rickli estime que "toute cette histoire est un scandale", mais que vaut la voix d'une élue UDC? L'appartenance même à ce parti suffit à prouver qu'elle ne comprend rien à rien. La notion de réinsertion la dépasse, par exemple. Les UDC ne sont bons qu'à enfermer les gens et jeter la clef. D'ailleurs, le porte-parole du Tribunal des mineurs explique doctement au Tages Anzeiger que dans le Canton de Zurich, le coût moyen des mesures d'accompagnement d'un mineur condamné s'élève à 330 francs par jour, soit 10'000 francs par mois.

Au triple de cette somme Carlos se situe évidemment au-dessus, mais son cas n'a finalement rien d'exceptionnel. Si 29'000 francs mensuels payent un appartement de quatre pièces et une équipe de dix personnes (et des cours d'arts martiaux donnés par un champion du monde) que permet le tiers de ce montant? Une situation moins confortable, mais probablement assez coquette. Un grand studio et seulement trois personnes, peut-être. Je ne sais pas pour vous, mais avec 10'000 francs par mois net d'impôt je pense qu'il y a de quoi s'assurer un certain train de vie.

Le bon juge pour enfant Hansueli Gürber, directement mis en cause par ces révélations, pourra compter sur le soutien sans faille de tout l'establishment. Mais Carlos n'est pas, ne peut pas être un accident. Des cas comme Carlos existent évidemment depuis des années, couverts sous le sceau de la connivence entre les différents intervenants de la "chaîne d'incarcération", du juge à l'armée d'éducateurs chargés de s'assurer de l'exécution de la sentence. Le confort de Carlos est aussi leur confort à eux. Ils vivent grassement de ces budgets.

Si l'histoire de Carlos a bien quelque chose de singulier, c'est d'être parvenue jusqu'aux journaux.

Une personne en particulier vit mal le confort du condamné - sa victime. Selon le 20 minutes, le jeune Turc n'a toujours reçu aucun dédommagement et ressent quotidiennement des douleurs:

"Il est choyé alors que moi je souffrirai toute ma vie des séquelles de son acte. Que ce soit mes collègues ou ma famille, personne ne comprend qu'on en fasse plus pour l'agresseur que pour la victime."


Quelle pauvreté dans le raisonnement! Mais la récidive, y as-tu seulement pensé, jeune homme? N'estimes-tu pas que tout doive être fait pour empêcher qu'il ne replonge, sans calculs mesquins sur le coût de ceci ou cela? Crois-tu que le pauvre Carlos ne se morfond pas de son crime et ne lutte pas de toutes ses forces, lui aussi, pour effacer le traumatisme? Au vu des priorités budgétaires de la justice zurichoise, la conclusion, implacable, doit s'imposer: il a beaucoup plus souffert que toi.

justice des mineurs,justice
Carlos, hanté par le remords, prend sur lui pour poser avec son entraîneur

La finalité d'une réinsertion réussie comme celle de Carlos est incompréhensible pour le commun des mortels. Heureusement, de tels individus sont rares dans les hautes sphères de la justice. Les gens normaux, eux, ne comprennent pas - et c'est précisément ce qui en fait des gens normaux. La femme de ménage de Carlos, par exemple, chargée de nettoyer un appartement qu'elle n'aura jamais les moyens de se payer. Mais, trimant comme une esclave pour s'acquitter d'impôts dont une partie sert à offrir une vie de confort à de jeunes criminels, a-t-elle seulement le temps d'y penser?

Mise à jour (30 août): toujours par le Blick, et toujours repris dans Le Matin, on en apprend davantage sur "Carlos". L'adolescent turbulent aurait tenté de tuer sa mère après l'avoir menacée et frappée à plusieurs reprises. D'après lui, il n'aurait plus supporté qu'elle se prostitue pour subvenir à ses (fort modestes) besoins.

Devant le Tribunal des mineurs, Carlos aurait émis le souhait de suivre des cours d'arts martiaux, estimant qu'il serait ainsi plus à même de renoncer à la violence envers sa mère. Je laisse à d'autres le soin d'établir le lien de cause à effet. L'instance aurait alors donné son accord et organisé pour lui une formation aux frais du contribuable!

Alors que par un hasard du calendrier ces nouvelles tombent en même temps que le rapport très attendu sur l'affaire Marie, la Suisse semble plus malade que jamais de sa justice et des idéologues pusillanimes qui y officient.

 

28 août 2013

La bataille du voile

La lutte contre le foulard islamique et ses variantes sera, à n'en pas douter, la prochaine étape de la résistance contre l'islamisation.

Le canton du Tessin fera parler de lui le 22 septembre. Ce jour-là, en votation, les Tessinois seront amenés à se prononcer sur l'interdiction de la la burqa et du niqab au travers d'une initiative populaire:

"Personne ne peut voiler ou dissimuler son visage dans les rues et les parcs publics."

"Personne ne peut forcer un tiers à se voiler en raison de son sexe."


Le résultat du scrutin sera un véritable test de l'engouement populaire pour ce genre de mesure, loin des assertions lancées par de prétendus experts au nom de la société entière.

Je parie sur un plébiscite.

islam,votation du 22 septembre 2013,tessin,initiativeComme souvent sur les questions ayant trait à l'islam, les Tessinois auront dû affronter non seulement des opposants mais également leurs propres élites. Le Conseil d’État n'a pas hésité à s'emparer du débat à bras-le-corps pour livrer sa propre solution: une simple modification à la loi sur l'ordre public interdisant de se cacher le visage, sauf exceptions comme le port de vêtements de protection et de costumes... Une formulation générale afin que personne ne fasse le lien avec une quelconque religion de paix et d'amour! Non seulement personne n'est dupe, mais la manœuvre trahit la lâcheté des élus. Double échec.

D'après certains commentateurs éclairés, la loi devrait être rejetée parce que personne ne porterait de voile islamique au Tessin. Bizarrement, les mêmes dénoncent peu l'énergie dépensée par les autorités pour proposer un contre-projet à un non-problème.

Ces âmes bienheureuses capables d'embrasser d'un seul regard d'Airolo à Chiasso pour décréter que le port du voile intégral n'existe pas devraient aller au fond de leur raisonnement. Si personne ne le porte, qui l'interdiction gênera-t-elle? Faut-il à ce point être accueillant par avance envers les éventuels islamistes du futur? Au contraire, c'est précisément dans une optique de long terme que les membres du comité d'initiative situent leur texte. Ils ont parfaitement saisi les enjeux et ce que le contre-projet passe sous silence:

"Nous voulons que l’interdiction soit inscrite dans la Constitution afin que personne ne puisse plus changer ça, sauf le peuple. En outre, nous pensons que la dissimulation du visage en public  n’est pas seulement un problème de sécurité, comme le disent le Conseil d’Etat et la majorité de la commission, mais aussi et surtout une question de défense de valeurs qui méritent d’être inscrites dans la Constitution."

 
On ne peut pas avoir une discussion saine sur le voile en faisant abstraction de ce qu'il représente, ni du cadre dans lequel cette interdiction s'inscrit. Relevons donc quelques ornières intellectuelles dans lesquelles de nombreux intervenants ne manqueront pas de s'enfoncer.

Tout d'abord, le voile islamique n'est pas un "simple morceau de tissu". C'est un symbole destiné à marquer l'appartenance à la religion, la soumission de la femme et son infériorité générale vis-à-vis de l'homme, et un moyen d'exclusion faisant le lit du communautarisme. Le voile permet aux islamistes de se compter. Il est une étape sur le chemin de revendications plus poussées. Une femme intégralement voilée n'a aucune chance de décrocher un emploi ou d'avoir une vie sociale normale avec le reste de la société. Le voile rend l'intégration impossible et représente à ce titre un atout auprès de ceux qui rejettent toute forme d'intégration pour les musulmans et leurs familles. Sont donc partisans du voile tant les islamistes que, paradoxalement, certains xénophobes - au nom de la ségrégation des communautés.

Les femmes les plus manipulées clameront bien entendu que le choix de porter le voile est le leur et uniquement le leur, qu'elles n'ont jamais reçu ni coups ni menaces de leur entourage. Grand bien leur fasse, mais la question n'est pas là: le voile islamique est un puissant outil de prosélytisme. Ceux qui luttent contre le voile sur des raisons utilitaristes ("nous devrions tous être identifiables à n'importe quel moment") font fausse route. Se masquer le visage n'est pas qu'une affaire de police. Ce n'est pas la musulmane voilée qu'il faut défendre d'elle-même ou de son mari, mais les autres, celles qui ne sont pas voilées et qui sont poussées à l'être par la pression sociale communautaire et ce qu'il faut bien appeler un symbole marketing. Le prosélytisme sur la voie publique est interdit en Suisse, sauf autorisation officielle ; la force des islamistes est d'avoir inventé un code vestimentaire créant le prosélytisme par sa seule vision. Les femmes voilées sont les hommes-sandwich de l'islam!

Encore ne s'agit-il que d'un islam très éloigné de celui que pratiquent la plupart des musulmans intégrés depuis longtemps sous nos latitudes, car la pratique de l'islam ne requiert pas le port du voile. Comme le précise pudiquement wikipedia:

Si le "voile islamique" existe bien en tant que coutume, et s'il joue un rôle indiscutable de symbole identitaire pour certaines communautés musulmanes, son fondement théologique n'est pas établi de façon certaine.


En associant le port du voile à la pratique "normale" de l'islam, les défenseurs de la liberté de religion impliquent que la pratique "normale" de l'islam réclame le port du voile. C'est un autogoal infligé à toute la communauté modérée. Mais le voile n'est pas un pilier de l'islam, quelle que soit la doctrine musulmane considérée. On peut être une bonne famille musulmane sans que Madame ne porte le voile, n'en déplaise aux onctueux docteurs de la foi régulièrement invités sur les plateaux de télévision pour plaider la "liberté" d'enfermer les femmes sous des rouleaux de tissu.

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Jeune femme au miroir, Iran, fin XVIIIe-déb. XIXe siècle

Abordons pour finir un point mineur mais faisant rage dans certains cercles: l'interdiction du voile ne serait pas "libérale". L'interdiction du voile toujours et partout ne serait évidemment pas libérale ; heureusement, il n'en est pas question. Les musulmanes les plus acharnées peuvent porter une combinaison intégrale en mailles doublée de plomb chez elles ou chez leurs voisins si ça leur chante, aussi longtemps qu'il leur plaira, avec ma bénédiction. Le débat ne porte pas sur "l'interdiction du voile" mais sur "l'interdiction du voile dans l'espace public". Ce n'est pas la même chose.

Tous les libéraux vous le diront, l'espace public est une aberration juridique - ce qui ne l'empêche pas d'exister. Dès lors, il faut faire avec. Il n'y a rien d'absurde à laisser à l'approbation de la majorité les lois qui le régissent. Dans l'espace public, bien des comportements sont déjà interdits - faire trop de bruit, se promener nu, traverser en dehors des clous. Autant de restrictions progressivement érigées par des règlements ou par jurisprudence... Pourquoi l'interdiction du voile serait-elle taboue? Pourquoi serait-il "interdit d'interdire" dès que le sujet touche vaguement à l'islam?

Il est des gens qui se refusent à voir au-delà de la pièce de tissu. Certains ne connaissent rien à l'islam et ne veulent rien en connaître, d'autres sont des dhimmis hypocrites travaillant à se faire bien voir. Le voile comme le minaret ont leur place dans l'arsenal de conquête islamiste. Pour le comprendre, il faut abandonner ses repères et entrer un instant dans le schéma mental de l'autre - ce qui donne un nouveau sens à de nombreux aspects anodins de notre quotidien, même une simple demande de cigarette. Comme l'écrit un connaisseur du mode de pensée magrébin:

En interdisant la burqa, le législateur français a fait un pas dans le bon sens. Il a compris qu’en important des populations aux problèmes spécifiques, il faut des lois spécifiques. Maintenant, cet élan s’est arrêté là. Pourquoi à Trappes ou ailleurs on réagit si brutalement a cette loi ? Ce n’est pas tant pour défendre la burqa que pour terroriser le législateur et éviter qu’il n’aille plus loin avec des lois encore plus précises visant les problèmes de la communauté magrébine en France.



Trappes... L'exemple même de situation montrant qu'en France, le débat sur le voile n'est plus possible. L’État français a certes interdit le port du voile intégral, mais il ne contrôle plus de larges pans de son territoire - si bien que la moindre verbalisation d'une contrevenante mène à une nuit d'émeutes et au siège en règle d'un commissariat. Il en est réduit, piteusement, à essayer de limiter les dégâts à l'université...

En Suisse, il est encore possible d'agir, soutenu par une légitimité populaire inégalée, avant que le problème ne devienne insoluble. C'est vrai, le problème du voile intégral ne se pose pas de façon critique dans les rues helvétiques ; faudrait-il attendre que ce soit le cas? Je soutiens pleinement l'initiative tessinoise visant à interdire le port du voile islamique dans l'espace public. Si le succès est au rendez-vous, nous verrons certainement une suite de cette initiative à l'échelle fédérale.