26 mars 2013

La sécurité, souvenir de la Suisse d'avant

Alors que la police publie ses statistiques pour l'année 2012, les choses sont claires: la criminalité en Suisse est en hausse. 8,3% d'augmentation des infractions, toutes catégories confondues ; mais +18% dans le seul canton de Vaud!

Lausanne est désormais la ville la moins sûre de Suisse.

Si des humoristes choisissent de parodier la nouvelle avec talent, d'autres ont une attitude plus ambiguë, comme le journal Le Matin. Il laisse transparaître quelques graphiques étalés sur trente ans, semblant sous-entendre que l'évolution récente n'a rien d'alarmant.

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Ce sentiment est renforcé par la voix d'Olivier Guéniat, criminologue et commandant de la police jurassienne, qui s'empresse de relativiser les mauvais chiffres:

"Quand on parle de 23% de hausse des lésions corporelles graves dans le Jura, on oublie de dire que cela ne touche que 0,07 pour mille de la population. Quand on parle de 18% des vols par effraction en Suisse, on passe de 1 à 3 ménages touchés sur 1000."


La malhonnêteté intellectuelle de ce discours vient du caractère annualisé des statistiques ; les victimes quant à elles ne remettent pas leur mémoire à zéro au premier janvier. Le braquage violent d'une station service ou d'une bijouterie laisse des séquelles pendant des années. De plus, les chiffres masquent d'évidentes disparités locales ; le propriétaire d'un châlet aux Grisons ne sera pas soumis à la même violence "statistique" que le propriétaire d'un commerce à proximité de la frontière française.

D'autres chapitres - lésions corporelles, viols, vandalisme - sont pieusement passés sous silence. Est-ce parce qu'ils sont excellents ou parce qu'ils sont mauvais? Citons une catégorie: entre 2011 et 2012, les lésions corporelles graves ont augmenté de 23%. A ce rythme, elles doublent en un peu plus de trois ans.

L'accroissement de la criminalité est palpable en Suisse romande. Les bagarres au petit matin sont fréquentes et dégénèrent parfois en émeutes. N'importe quel citadin pourra renseigner le curieux sur des "points chauds" où des vendeurs de drogue se livrent à leur trafic au vu et au su de tous, y compris de la police. L'arrachage de sac et de téléphone portable est monnaie courante. Même la police se fait cambrioler.

La violence se banalise. Les agressions s'ajoutent aux incivilités, à la mendicité agressive, aux actes de vandalisme et autres tags auxquels sont exposés quotidiennement les habitants du pays. Il ne s'agit-il peut-être que de "sentiment d'insécurité", mais aussi d'innombrables démonstrations de l'impuissance des autorités.

Certes, la Suisse n'est pas (encore?) la France décrite dans France Orange Mécanique, sans que cela rende la criminalité locale acceptable pour autant. En fait, celle-ci est liée à si peu de facteurs que l'inaction des pouvoirs publics n'en est que plus révoltante.

Le premier a trait à la récidive. La police arrête des malfrats quotidiennement pour les voir remis en liberté quelques heures plus tard. A quoi bon? Si les policiers font encore leur travail, les accusés finissent comme d'habitude entre les mains d'une justice menée par des magistrats soixante-huitards pétris de réinsertion et de bons sentiments, de psychiatres prêts à tout excuser, et d'un système carcéral sous-dimensionné - autant de raisons de remettre en liberté des individus dangereux sans passer par la case prison.

Nous vivons dans l'ère des jours-amende avec sursis ; il faut vraiment avoir commis des horreurs pour finir dans une cellule en Suisse. La peine sera alors probablement aménagée.

A côté de cela, l'origine des criminels est une autre évidence sur laquelle la classe politique reste muette. Entre 2011 et 2012, les crimes et délits impliquant des prévenus "issus du domaine de l'asile" (comprendre: faux demandeurs d'asile, requérants déboutés et autres individus devant théoriquement quitter le territoire) ont augmenté de 38,7%. A Champ-Dollon, la prison genevoise, les Suisses ne représentaient en 2009 que 9,3% de la population carcérale ; 68,9% des détenus étaient des étrangers non résidents, 21,9% des étrangers résidents. Détail peu cité dans les médias, 56,6% des prisonniers se déclaraient de confession musulmane, alors qu'ils ne sont que 5% dans l'ensemble de la population.

Mais tout cela ne doit surtout pas remettre en question les principes sacrés du vivre-ensemble, de frontières-passoires et de l'accueil aveugle et définitif d'individus parfaitement néfastes à la société qui les héberge ; il est vrai qu'un cambrioleur-violeur et plus si affinités s'accommodera bien plus facilement de la pusillanimité de la justice suisse que de celle de son lointain pays d'origine, probablement moins raffinée et plus expéditive. Tant pis pour les victimes. Mais est-ce l'intérêt de la population helvétique? Sur ce point, il faudra encore plusieurs initiatives de l'UDC avant que le Parlement ne sorte de sa léthargie, s'il y parvient jamais.

Pendant que des employés assermentés fouillent nos sacs poubelle et que l'arsenal législatif se renforce continuellement contre les terribles criminels circulant sur les autoroutes au volant de leurs puissants bolides (même quand ils ne provoquent aucun accident) ceux qui sévissent en centre-ville n'ont pas trop de souci à se faire.

Les campagnes de communication publique nous martèlent que sur la route chaque mort est un mort de trop ; mais si les victimes surviennent ailleurs, apparemment, la classe politique s'en accommode avec fatalisme.

15 mars 2013

Des riches toujours plus riches... Grâce à l'Etat

La petite histoire du jour nous vient du canton de Genève, où le bon public découvre (honteux et confus, mais un peu tard) que les politiques sociales d'accession à la propriété ont en fait des effets aux antipodes de leurs buts initiaux.

Dans un article limpide, Christian Bernet explique que des promoteurs et leurs amis font main basse sur les biens à vendre.

genève,immobilierLe mécanisme est extrêmement simple: agissant sur plans, de riches individus s'emparent d'immeubles à bâtir en "zone de développement", où les prix de vente sont contrôlés par l'Etat pour permettre l'accès au logement à des prix abordables.

Ils réussissent ainsi à acquérir des appartements à des prix très inférieurs aux tarifs usuels en vigueur à Genève. Le journaliste évoque ainsi 600'000 à 800'000 francs pour un cinq pièce, par exemple. Mais les contraintes légales sur ces prix ne s'appliquent que pendant dix ans. A l'issue de ce délai, la vente de ces appartements est libre. Les propriétaires ont donc carte blanche pour se séparer de leurs biens avec une plus-value époustouflante à la clef. Ils peuvent doubler voire tripler leur mise!

Seuls les individus les mieux informés et avec des fonds mobilisables rapidement ont accès à cette loterie privée. On s'en doute, ce genre de personne ne se trouve pas parmi la population officiellement visée par le programme d'aide:

L’exemple le plus flagrant se situe à la Tulette, à Cologny, où un grand chantier est en cours. Ici, le promoteur Abdallah Chatila construit 250 appartements, dont 149 sont à vendre en PPE (propriété par étages). Or, quelques familles, en bonne partie de Cologny et fortunées, ont fait main basse sur ces PPE. Les anciens propriétaires, qui ont vendu le terrain, ont acquis 29 appartements! Sur les 120 restants, plus de 70 ont été vendus par lots de deux, trois, voire six appartements. (...) Jean Murith, qui était maire de Cologny quand l’opération s’est montée, a acheté deux appartements. In fine, on ne trouve que 52 personnes qui n’ont acheté qu’un seul logement. Et encore, parmi ce chiffre figurent des membres d’une même famille.


Le maire de la ville trempe lui aussi dans la bonne combine, tiens tiens! Cela n'empêchera pas les gens de réclamer à l'Etat - c'est-à-dire une organisation remplie de politiciens exactement comme le maire de Cologny - de légiférer davantage pour "réagir". La machine est en marche et rien ne l'arrêtera:

Le Conseil d’Etat évoque un «contournement inadmissible» de la loi, dans son récent Plan directeur cantonal. François Longchamp, en charge de l’Urbanisme, va bientôt annoncer des mesures pour lutter contre ce phénomène qui, parfois (sic), relève de la pure spéculation.


Reste à savoir comment. Augmenter les délais avant la remise en vente? Empêcher la vente locative? Limiter l'acquisition de propriété à un logement par personne?

Aucune de ces mesure ne fonctionnera, évidemment. Les spéculateurs ont toujours un coup d'avance. Face à la perspective de multiplier leur mise, même à l'issue d'un long délai dans, peu d'entre eux hésiteront à choisir un placement à l'abri de l'inflation, dussent-ils attendre quinze ou vingt ans. Quant aux autres méthodes de contrôle, elles seront contournées par l'utilisation de prête-noms ou des locations sous le manteau, d'autant plus faciles à conclure que la pénurie immobilière sévit à Genève.

Les investisseurs fortunés ont simplement, pour faire fructifier leurs biens, des outils dont ne dispose pas la classe moyenne.

La connivence avec la classe politique est l'un d'eux.

Le fait est qu'en permettant la mise sur le marché de logements à des prix manipulés, l'Etat offre une aubaine dont seuls certains parviendront à profiter. Des barrières supplémentaires repousseront quelques-uns d'entre eux, mais pas tous ; les spéculateurs s'adapteront et si certains n'y arrivent pas ou plus, d'autres encore plus riches se substitueront aux premiers pour rafler la mise.

Autrement dit, l'Etat est la source du problème. Alors même qu'il est directement responsable de la pénurie immobilière parfaitement illusoire frappant le canton du bout du lac, il y a peu à espérer de lui pour arranger les choses.

La population genevoise, ivre d'interventionnisme, n'est évidemment pas prête à accepter cette idée. Elle scandera, manifestera et votera pour que l'Etat légifère, encadre, interdise et surveille toujours plus les transactions immobilières déséquilibrées qu'il aura lui-même contribué à créer ; et qu'au détour d'un article de la Tribune le citoyen genevois découvre les pitoyables abus qu'entraîne ce dirigisme, il s'en lamentera brièvement avant d'en réclamer encore davantage. Cela ne va évidemment pas arranger la situation du logement dans le canton.

Les riches spéculateurs immobiliers genevois n'ont, eux, pas trop de soucis à se faire: l'Etat travaille pour eux.

03 mars 2013

Les votations du 3 mars

votation du 3 mars 2013L'insoutenable suspense est terminé. Voyons ce que les urnes ont délivré comme message ce soir.

Initiative contre les rémunérations abusives (évoquée ici): Thomas Minder peut se réjouir, il a réussi son pari avec constance et opiniâtreté. Il s'agit certes d'un changement symbolique, mais porteur, ramenant enfin le contrôle des rémunérations des managers - qui ne sont que des employés - aux actionnaires, les véritables propriétaires de l'entreprise.

A une gauche avide de s'approprier la victoire de M. Minder, je ferai miens les propos fort pertinents de Paul Dembinski, professeur d'économie, sur la campagne:

C’est avec un certain dégoût que j’ai entendu M. Levrat tenter de récupérer une éventuelle victoire de Minder dimanche. Seul le PS a entendu souffler le vent de justice sociale… Salaires minimums, ratio 1 : 12 des rémunérations, mais ce n’est absolument pas de cela dont il s’agit. L’initiative Minder ne porte pas en elle le germe de l’étatisation de l’économie dont rêve le PS.

 
Ce qui ne l'empêchera pas d'essayer, naturellement.

Loi sur l'Aménagement du Territoire (évoquée ici): nouvelle loi anti-valaisanne, nouvelle strate bureaucratique et nouvelle planification centralisée venue d'en haut... Triple échec pour la liberté, mais victoire nette des propriétaires fonciers et des plus riches contre les locataires et les familles désireuses d'accéder à la priorité. Il est évident que la LAT devra forcer une réduction des terrains constructibles pour avoir le moindre sens ; elle poussera donc naturellement les prix des terrains vers le haut selon le principe de l'offre et de la demande.

Entre l'initiative Weber et la LAT, deux objets chéris par Doris Leuthard, les Valaisans doivent avoir des aigreurs d'estomac en repensant à leur vote PDC aux élections fédérales... La gauche et l'ASLOCA peuvent sabler le champagne dans leur lutte chimérique contre l'ennemi de classe, le bourgeois, le propriétaire ; ce faisant, ils oublient qu'un primo-accédant (quelqu'un qui accède pour la première fois à la propriété) est aussi un individu qui libère un logement loué pour quelqu'un d'autre.

Les citoyens suisses devront désormais prendre leurs responsabilités dans l'évolution des prix immobiliers.

Article Constitutionnel sur la Famille (évoqué ici): rejetée d'une courte majorité de canton alors que la majorité du peuple était acquise, c'est incontestablement la bonne surprise du week-end. Personnellement, je n'aurais jamais cru à son rejet. N'importe quelle politique associée au mot-clef magique "famille" passe habituellement comme une lettre à la poste, pour désastreuse soit-elle. La recette n'a pas fonctionné pour l'initiative du PDC. L'action de l'UDC a largement contribué à rompre le consensus autour du projet du parti de centre-gauche.

C'est évidemment le mieux qui puisse arriver aux familles de classe moyenne. Elles ne se verront pas privées par l'impôt de ressources ponctionnées au nom de structures étatiques d'accueil dont elles seront exclues, sachant qu'il y aura toujours plus nécéssiteux pour leur passer devant.

Le Oui massif des cantons romand et tessinois montre qu'ici, le peuple est mûr pour ce genre d'aventure. Il ne tient qu'aux partisans de l'idée de mettre en place des initiative cantonales pour accomplir localement ce qu'ils ont échoué à imposer au niveau fédéral. Mais il n'est pas sûr que les adeptes de l'étatisation des enfants tentent leur chance à une échelle plus petite, car les comparaisons de coût et de fiscalité entre cantons rendront l'arnaque évidente aux yeux de tous.

D'une courte tête, les cantons alémaniques ont mis le holà à l'extension de l'Etat-providence, pour le moment.


Les trois objets fédéraux du week-end n'étaient pas les seules raisons pour les citoyens de se déplacer aux urnes. Voici une sélection de thèmes cantonaux qui me semblent significatifs:

Berne dit non à la sortie du nucléaire: ni l'initiative pour l'électricité renouvelable ni même le contre-projet du gouvernement n'eurent la grâce des électeurs. Un sondage récent annonçait que l'Effet Fukushima n'avait pas duré chez les Suisses, nous en avons désormais une preuve concrète.

Le Jura se dote d'un salaire minimum: contre l'avis du gouvernement et du parlement, le canton du Jura accepte avec une majorité assez franche (54,2%) le principe d'un salaire minimum. Celui-ci concernera uniquement les branches économiques et les entreprises non signataires d'une convention collective de travail (CCT). De plus, le montant variera selon le salaire national médian du secteur à l'échelle suisse: de beaux maux de tête en perspective pour traduire la volonté populaire en loi!  Dans quelques années, nous pourrons établir d'intéressantes comparaisons entre le taux de chômage jurassien et celui des cantons voisins.

Genève dit oui à la fusion des caisses publiques (évoquée ici): les Genevois ont donc accepté de créer une nouvelle caisse de pension publique probablement "too big to fail" tout en augmentant très légèrement les contributions des fonctionnaires. Du point de vue de l'assainissement des régimes publics de retraite, le changement est si léger qu'il ressemble furieusement à du sur-place.

Nidwald confirme ses forfaits fiscaux: rompant la dynamique que la gauche souhaitait instaurer,  l'initiative "Pour l'abolition des privilèges fiscaux pour les riches étrangers" lancée par la Jeunesse socialiste locale est sèchement rejetée par 68,6% des voix.

Pas de Jeux Olympiques d'hiver dans les Grisons: 54% des votants rejettent le projet. Les communes de Davos et St-Moritz l'avaient approuvé, mais le reste du canton n'a pas suivi. Les commentateurs se succèdent sur les ondes de la télévision suisse pour se lamenter du manque de "vision" et "d'envergure" des citoyens locaux. Apparemment, la défense du paysage et du patrimoine peut passer à la poubelle s'ils doivent être sacrifiés pour des jeux olympiques d'hiver 2022, sans parler du volet financier.

Oskar Freysinger en pôle-position pour le Conseil d'Etat valaisan: l'UDC saviésan arrive en tête du premier tour pour l'élection au Conseil d'Etat - loin devant son adversaire Christian Varone, mais aussi devant tous les sortants. S'il est trop tôt pour crier victoire, l'UDC semble mieux placée que jamais pour entrer au Conseil d'Etat du canton.

Voilà, c'est tout pour cette rapide analyse. Nul doute que je n'ai couvert qu'une fraction des objets électoraux soumis au vote ce week-end - le signe indubitable d'une démocratie vivante - mais les résultats ne me semblent pas trop mauvais dans l'ensemble.

21 février 2013

Haro sur la famille!

Troisième objet fédéral soumis au vote le 3 mars, l'article constitutionnel sur la famille est sans doute le sujet le moins discuté au cours de cette campagne. Entre l'initiative Minder éperonnée par les dernières révélations sur le départ de Daniel Vasella de Novartis ou la lutte contre la Loi sur L'aménagement du Territoire où le Valais ne veut pas se faire reprendre à froid comme avec l'initiative Weber, l'article constitutionnel sur la famille semble largement épargné par toute polémique.

Seule l'Union Démocratique du Centre fait énergiquement campagne au milieu d'une apathie générale qui, disons-le, fait bien les affaires des partisans du texte.

L'UDC n'a pas lésiné sur les moyens, se fendant d'une "édition spéciale" - un tout-ménage A3 de seize pages couleurs, excusez du peu, presque entièrement consacré à la lutte contre l'article constitutionnel. L'effort semble avoir eu un certain effet, l'adhésion populaire au texte s'étant quelque peu érodée:


Un reportage de la RTS sur les derniers sondages

Dans l'éditorial du journal de l'UDC, Toni Brunner rappelle avec raison qu'entre tous les objets soumis à votation, le thème de la centralisation de la politique familiale à l'échelle fédérale est sans doute le moins discuté et pourtant celui qui aura les conséquences les plus graves.

A y regarder de plus près, le texte de l'article constitutionnel a l'air bien anodin:

Art. 115a Politique de la famille
1 Dans l’accomplissement de ses tâches, la Confédération prend en considération les besoins des familles. Elle peut soutenir les mesures destinées à les protéger.
2 La Confédération et les cantons encouragent les mesures permettant de concilier la vie de famille et l’exercice d’une activité lucrative ou une formation. Les cantons pourvoient en particulier à une offre appropriée de structures de jour extrafamiliales et parascolaires.
3 Si les efforts des cantons ou de tiers ne suffisent pas, la Confédération fixe les principes applicables à la promotion des mesures permettant de concilier la vie de famille et l’exercice d’une activité lucrative ou une formation.

 

Le premier alinéa correspond en fait à l'introduction de l'article 116 actuel portant sur la définition des allocations familiales et l'assurance-maternité. Le vrai changement est introduit à travers les alinéas 2 et 3.

L'alinéa 2 obligation la Confédération et les Cantons à mettre en place des mécanismes d'accueil hors des horaires habituels de l'école obligatoire. L'alinéa 3 - qui laisse augurer de bons procès devant le Tribunal Fédéral pour déterminer si les efforts ont été "suffisants" - forcera la Confédération à imposer un filet supplémentaire si les efforts des Cantons s'avéraient inadéquats.

Tout ceci pourrait sembler bel et bon à ceux qui voient les enfants comme des obstacles à leur épanouissement personnel et professionnel.

Les autres, qui comprennent que les enfants représentent un choix, s'effraieront de la facilité avec laquelle l'Etat s'immiscera dans l'organisation des familles.

A la lecture de cet article, on peut assez facilement imaginer que l'Etat mettre en place hors de quelques heures creuse la nuit (et encore, c'est discutable) une sorte d'accueil perpétuel des enfants, chargé de veiller sur eux pendant que les parents vaquent à diverses occupations.

A plein temps, cette structure existe déjà ; on l'appelle un orphelinat.

Je sais, j'exagère, j'entends vos protestations d'ici. Donnez-vous pourtant la peine d'y penser: un orphelinat est la définition même d'un lieu où les enfants s'épanouissent à 100% sous le contrôle de l'Etat. Lequel fait d'ailleurs tout pour rendre l'adoption la plus difficile possible, tant il est sûr de la qualité de ses services.

famille_etat_non.pngSi des enfants placés aux bons soins de la Confédération et des Cantons ne seront pas aussi malheureux que de véritables orphelins - ils reverront leurs parents certaines nuits de la semaine et peut-être les week-ends, si cela ne dérange pas trop "l'exercice d’une activité lucrative" ou la "formation" de leurs géniteurs - ils partageront beaucoup de leurs conditions d'existence en termes de qualité d'accueil, de locaux et de confort.

Les adeptes de l'Etat-maman oublient trop vite qu'il n'a d'autre moyens que ceux qu'il tire de vos poches. Si l'Etat "s'occupe" de vos enfants, vous pouvez être sûr que cela vous coûtera un saladier et que la qualité du service rendu sera... Discutable, pour rester poli. Faut-il vraiment faire une liste des innombrables gaspillages, doublons, procédures inutiles et scandales réguliers pour douter de la qualité de la gestion des deniers publics?

L'Etat, c'est ce machin qui décrète que vos adolescents doivent avoir un réhausseur de siège dès qu'ils montent dans votre voiture (alors qu'ils se promènent carrément debout dans le bus à côté de vous!), souhaite que tante Agathe ait un permis administratif spécial pour garder ses neveux et nièces mais se bat pour que des pédophiles puissent continuer à "travailler" avec eux.

Ah, l'Etat et sa compétence légendaire, comment ne pas déborder d'envie de lui confier ce que vous avez de plus précieux?

Faut-il être naïf pour croire que de parfaits inconnus s'occuperont de vos chères têtes blondes mieux que vous et moins cher que si vous vous en chargiez vous-même! Mais lorsque l'article constitutionnel passera (et il passera!) il sera trop tard: de toutes façons, vous n'aurez plus le choix. Et certainement plus les moyens d'avoir le choix.

Monopole, coercition et fiscalité, l'avenir de l'accueil de jour en Suisse s'annonce sous les meilleurs auspices.

Franchement, si l'Etat souhaitait vraiment aider les familles, il cesserait de les pressurer fiscalement comme de citrons et d'étrangler par un carcan législatif doublé d'un garrot fiscal toutes les professions privées qui gravitent dans le milieu de l'accueil, comme les mamans de jour. Et là, on aurait déjà fait un grand pas.

Nul besoin d'un article constitutionnel pour cela.

18 février 2013

Retraites publiques: le test genevois

Les votations fédérales du 3 mars regroupent aussi un certain nombre d'objets cantonaux sur lesquels il est bon de se pencher. L'un d'eux a trait à la fusion deux caisses de pension publique dans la ville du bout du lac.

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Le 3 mars, les citoyens genevois seront amenés à accepter ou rejeter la fusion de la Caisse de prévoyance du personnel enseignant de l'instruction publique et des fonctionnaires de l'administration cantonale (CIA) avec la Caisse de prévoyance du personnel des établissements publics médicaux du canton de Genève (CEH) pour fonder une nouvelle caisse publique, la Caisse de prévoyance du canton de Genève (CPCG).

Ces batailles d'acronyme méritent d'être étudiées, car c'est une histoire de gros sous:

[Le] vote sur la fusion des caisses de pension publiques (...) signifiera pour l’Etat employeur – et donc les contribuables – l’engagement de 6,4 milliards de francs sur quarante ans (130 millions par an), plus de trois fois les pertes liées au sauvetage de la banque cantonale [genevoise].

 

Tant d'argent doit être avancé parce que la législation a changé, nous dit-on. Dès le 1er janvier 2012 en effet, les caisses de pension publiques devront couvrir l'intégralité de leurs rentes actuelles, et se doter d'un plan visant à couvrir 80% de leurs besoins d'ici 2052. Bien que l'échance soit lointaine, il y a du pain sur la planche.

Mais pourquoi la situation actuelle s'est-elle tant éloignée des impératifs de saine gestion qu'on serait en droit d'attendre de toute caisse de pension?

En réalité, il y a caisse et caisse. Caisses privées et caisses publiques, en l'occurrence. Les secondes ont été sujettes à des règles beaucoup plus souples que leurs homologues du privé, menant à une situation de sous-couverture chronique depuis des années, pour deux raisons:

1. Les retraites du public sont très généreuses, résultat de longues négociations menées par des syndicats du secteur publics face à des générations de politiciens complices, faibles, ou peu enclins à lutter pour la sauvegarde de l'intérêt général face à l'appétit de leur personnel.

2. Depuis l'entrée en vigueur de la LPP dans les années 70, les caisses de pension publiques ont les mains relativement libres ; le législateur a estimé que le risque de faillite de l’Etat étant pratiquement inexistant, les obligations de couvertures ne s'appliquaient pas: le contribuable serait toujours là pour éponger les dettes!

Dans tous les cas, les retraites du public reposent largement sur l'argent de tous les contribuables et non les seuls assujettis au régime. Voilà où se situe le véritable scandale. Alors que les salariés du privés doivent déjà assurer leurs propres retraites, ils doivent aussi payer celles des fonctionnaires!

Les sommes que touchent les fonctionnaires retraités sont sans sans commune mesure avec les cotisations versées durant leur carrière.

Pour régulariser - temporairement - la situation les citoyens sont invités à verser des montants énormes pour le renflouement des retraites publiques. Ce versement peut être tenté en "une fois" à travers une recapitalisation massive ou "au fil de l'eau" comme dans l'histoire de la caisse de pension de la police genevoise que nous relate Pierre Kunz, caisse dans une situation idéale grâce aux ponctions régulières qu'elle effectue dans les impôts des contribuables, permettant aux fonctionnaires de police de partir à taux plein à 52 ans et ce avec 100% de taux de couverture! Qui dit mieux? Pierre Kunz parle de "petit miracle" mais d'autres termes moins flatteur viennent à l'esprit...

Le vote genevois du 3 mars ne corrige absolument pas ces dérives. Loin de remettre les choses à plat, le projet vise simplement à réunir des caisses dans un ensemble plus grand et de corriger le projet à minima. Les cotisations des fonctionnaires augmenteront de 30% et sur une durée plus longue pour arriver à une retraite complète. Les prestations seront revues à la baisse mais resteront généreuses: AVS comprise, un fonctionnaire retraité touchera ainsi entre 80% et 92% de son dernier traitement net.

Mais on restera dans un système insoutenable de primauté à la prestation.

Est-on délibérément en train de construire une nouvelle caisse publique "too big to fail"? L'hypothèse n'est pas exclue. L'assainissement financier d'une caisse est une étape désagréable ; mais lorsque ladite caisse regroupe des pensions de milliers de fonctionnaires et de retraités de la fonction publique d'un canton, cela devient un problème d'Etat - et une force de frappe électorale bien décidée à exiger le sacrifice de l'argent des contribuables au nom du maintien de son mode de vie.

Connu pour ses "genevoiseries", le canton du bout du lac se sera fait remarquer d'une belle manière sur ce dossier: tout d'abord, le référendum est réclamé par le syndicat SSP d'extrême-gauche, convaincu que la remise en question très très modeste réclamée aux fonctionnaires cantonaux reste pour eux un "sacrifice inadmissible". Oui, les syndicats de fonctionnaires osent tout, c'est à ça qu'on les reconnaît.

Seconde particularité, tous les partis de l'échiquier politique soutiennent la fusion - même l'UDC, qui va clamer sur ses affiches un "Oui à cette mauvaise solution"! La classe politique locale semble considérer que l'absence de fusion et de recapitalisation amènerait à de pires conséquences. On est en droit de se demander lesquelles: personne, apparemment, n'ose remettre à plat le système de retraite public et défendre un système de primauté aux cotisations, le seul qui soit économiquement viable.

De même, il existe des procédures d'assainissement pour des caisses de pension privées - sévères et brutales certes, mais indispensables pour assurer la survie de l'édifice dans des temps difficiles. Pourquoi les caisses de pension publiques seraient-elles exemptes de ces mécanismes de retour à l'équilibre financier?

Les facilités que permettent l'utilisation de l'argent des contribuables ont leurs limites. En l'absence de courage du monde politique, c'est peut-être aux citoyens de rejeter effectivement la fusion pour remettre à plat le système. Malheureusement, si les Genevois ont l'audace de rejeter la fusion de la CIA et de la CEH le 3 mars, il n'est pas sûr du tout que les autorités politiques comprennent le message de la bonne façon.

La conjonction entre une population vieillissante, des avantages financièrement intenables et la crise économique promet de mettre les systèmes de retraite à rude épreuve, à Genève comme dans d'autres cantons, en Suisse comme dans d'autres pays. Face à la tentation politicienne de spolier les contribuables pour apaiser les manifestants du jour, la démocratie a son rôle à jouer.

Gageons que le vote sur les retraites publiques genevoises ne sera pas le dernier du genre.

09 février 2013

Safari-Jihad au Kenya

Il fallait l'histoire ubuesque d'un ressortissant jordanien arrêté au Kenya pour que le voile se lève sur les étranges pratiques de certains réfugiés en Suisse, et du choix de leurs vacances.

A mi-chemin entre les pages people et la rubrique insolite, la nouvelle fait son chemin jusque sur le Matin: un gymnasien, un adolescent, presque un enfant, serait en danger de mort dans les geôles kenyanes! La famille appelle solennellement la Suisse à l'aide: que les services diplomatiques s'activent, il faut le reprendre, tout tenter pour qu'il rentre au pays! Ne pas le faire serait une "condamnation à mort" selon les termes de l'avocat de la famille, Me Jacques Emery.

Et le juriste de lâcher de façon péremptoire: "La Suisse est moralement et juridiquement responsable de cette situation". Rien que ça.

Si on peut comprendre le désespoir sincère d'une famille et la mise en oeuvre de tous les moyens possibles pour sauver un proche en danger, la stratégie de l'appel à l'aide public n'est pas sans risque si le dossier souffre quelques faiblesses...

En l'occurrence, le jeune homme de 19 ans, donc majeur, est bien connu de l'administration helvétique: celle-ci l'a déjà déclaré persona non grata sur le territoire helvétique l'an dernier, juste après son arrestation:

Le jeune Jordanien résidant à Bienne (BE) inculpé au Kenya pour ses liens présumés avec les insurgés islamistes somaliens ne peut plus entrer en Suisse jusqu'à nouvel ordre. Parallèlement, l'Office fédéral des migrations (ODM) a engagé une procédure de révocation de l'asile.

Des indices clairs montrent que cette personne a séjourné dans des régions de la Somalie dans lesquelles se trouvent des groupes djihadistes impliqués dans un conflit, écrit samedi le Département fédéral de justice et police (DFJP) dans un communiqué. Il semble aussi qu'elle ait entretenu des contacts avec des éléments islamistes en Suisse.

 

Des éléments islamistes en Suisse? Voyons! Ca n'existe pas.

Le Biennois d'origine jordanienne, au bénéfice de l'asile, se rendit au Kenya en février 2012 en passant vraisemblablement par la Somalie. Soupçonné d'être lié à d'autres européens recherchés et d'avoir été formé dans un camp de la milice islamiste des al-Shabaab, il fut arrêté en avril, prétendit être "suisse" (les autorités locales confondirent avec la Suède, comme de bien entendu) et formellement inculpé le 6 juin pour implication dans des activités criminelles organisées.

magd.jpgIl croupit dans une cellule kenyane depuis octobre, et son état de santé n'est plus au beau fixe.

Il est encore un peu tôt pour savoir comment se démêlera cette situation. L'individu n'est plus admis à entrer en Suisse (l'appel de cette décision donnant lieu à ce récent battage médiatique) et la révocation de son statut de de réfugié est encore pendante. Mais qu'on se rassure, le jeune homme est encore sous la protection du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU. Les instances supra-nationales veillent sur le bien-être des meilleurs d'entre nous...

Si le Kenya le libère, il devrait probablement être expulsé, mais ni en direction de la Jordanie (dont il est originaire) ni en direction de la Suisse (qui ne veut plus de lui). Nul doute que la Terre est assez vaste pour que ce turbulent jeune homme trouve un nouveau point de chute, même si chacun semble s'efforcer d'ignorer cette possibilité.

Outre la dangerosité de l'individu, le choix de destination du "réfugié" fait réfléchir. La frontière Kenyo-Somalienne, quel bel endroit pour passer des vacances!

En réalité, les réfugiés politiques et autres demandeur d'asile abrités par la généreuse Helvétie ont eu, jusqu'à ce que l'UDC réduise cette possibilité, de généreux droit au voyage depuis la Suisse, même vers le pays dont ils s'étaient enfui. Et ce, même si leur demande d'asile avait été rejetée!

Si les abus les plus criants ont été calmés (du moins l'espère-t-on) l'interrogation de fond reste posée. Selon la LAsi, la qualité de réfugié est reconnue "aux personnes qui, dans leur État d’origine ou de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques."

Lorsque des commissions politiques à Berne discutèrent de resserrer la vis, on entendit que les gens au bénéfice de l'asile pouvaient l'être en Suisse simplement "pour y recevoir des soins médicaux indisponibles dans leur pays", comme l'expliqua le secrétaire général de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, ou encore qu'ils souhaitaient "garder des liens avec le pays dont ils sont issus."

A lire les propos de connaisseurs du milieu, la menace grave et immédiate pesant sur les demandeurs d'asile semblait finalement assez lointaine.

Posons simplement la question: une personne suffisamment peu en danger dans son pays d'origine pour y passer régulièrement des vacances mérite-t-elle vraiment la "protection" offerte par l'asile?

Et pour en revenir au cas particulier du jeune biennois si bien intégré, l'Office fédéral des migrations distribuant les permis F assure-t-il suffisamment le suivi des dossiers? L'asile peut être révoqué si le bénéficiaire se livre à des actes criminels ou compromet la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse.

Fallait-il attendre que le jeune biennois passe dans le centre d'entraînement d'un mouvement terroriste affilié à al-Qaeda au Kenya pour réaliser qu'il y avait un problème?