29 août 2013

Coupables choyés, victimes oubliées

justice des mineurs,justiceLe Blick a lancé un pavé dans la mare (relayé par Le Matin en Suisse romande) en révélant la situation de "Carlos", un jeune bien connu de la police zurichoise qui le qualifie de véritable bombe à retardement.

Notre individu se fait connaître de façon remarquable en juin 2011, lorsqu'il poignarde un jeune Turc de 17 ans à Zurich. Carlos a alors quinze ans. Un an et demi après les faits, il est reconnu coupable d'une ribambelle de chefs d'accusation: menaces, résistances à agents, voies de fait, infraction à la loi sur les stupéfiants et à la loi sur les armes.

Mais Carlos est mineur. Sa peine est commuée en "hébergement ouvert sous surveillance constante" par le Tribunal des Mineurs du canton de Zurich. Et quand le Tribunal des Mineurs du canton de Zurich inflige l'hébergement ouvert sous surveillance constante à un mineur, il ne plaisante pas. Tenez-vous le pour dit, la justice ne fait pas les choses à moitié.

Notre jeune criminel aura donc ainsi le loisir de profiter d'un appartement tous frais payés de quatre pièces et demi à Reinach dans le demi-canton de Bâle-Campagne, "avec services de nettoyage, de buanderie et de cuisine" précise le quotidien. Pour parfaire son instruction, il a droit à un enseignement privé. Et à un avocat, naturellement.

L'équipe aux bons soins du condamné totalise une dizaine de personnes pour des coûts mensuels de 29'000 francs. Depuis le début de l'exécution de la "peine", la facture dépasserait déjà le million.

Carlos subira ce traitement inhumain jusqu'en 2018. Il aura alors 22 ans et, libéré du terrible châtiment de la justice, pourra enfin chercher à se reconstruire. Gageons que les cours de boxe thaïlandaise qu'il reçoit entre-temps du multiple champion du monde de la discipline Shemsi Beqiri, là encore aux frais du contribuable, l'aideront à traverser cette douloureuse période de son existence.

Comme on s'y attend, la situation de Carlos suscite quelques réactions, mais finalement pas grand-chose. La conseillère nationale UDC zurichoise Natalie Rickli estime que "toute cette histoire est un scandale", mais que vaut la voix d'une élue UDC? L'appartenance même à ce parti suffit à prouver qu'elle ne comprend rien à rien. La notion de réinsertion la dépasse, par exemple. Les UDC ne sont bons qu'à enfermer les gens et jeter la clef. D'ailleurs, le porte-parole du Tribunal des mineurs explique doctement au Tages Anzeiger que dans le Canton de Zurich, le coût moyen des mesures d'accompagnement d'un mineur condamné s'élève à 330 francs par jour, soit 10'000 francs par mois.

Au triple de cette somme Carlos se situe évidemment au-dessus, mais son cas n'a finalement rien d'exceptionnel. Si 29'000 francs mensuels payent un appartement de quatre pièces et une équipe de dix personnes (et des cours d'arts martiaux donnés par un champion du monde) que permet le tiers de ce montant? Une situation moins confortable, mais probablement assez coquette. Un grand studio et seulement trois personnes, peut-être. Je ne sais pas pour vous, mais avec 10'000 francs par mois net d'impôt je pense qu'il y a de quoi s'assurer un certain train de vie.

Le bon juge pour enfant Hansueli Gürber, directement mis en cause par ces révélations, pourra compter sur le soutien sans faille de tout l'establishment. Mais Carlos n'est pas, ne peut pas être un accident. Des cas comme Carlos existent évidemment depuis des années, couverts sous le sceau de la connivence entre les différents intervenants de la "chaîne d'incarcération", du juge à l'armée d'éducateurs chargés de s'assurer de l'exécution de la sentence. Le confort de Carlos est aussi leur confort à eux. Ils vivent grassement de ces budgets.

Si l'histoire de Carlos a bien quelque chose de singulier, c'est d'être parvenue jusqu'aux journaux.

Une personne en particulier vit mal le confort du condamné - sa victime. Selon le 20 minutes, le jeune Turc n'a toujours reçu aucun dédommagement et ressent quotidiennement des douleurs:

"Il est choyé alors que moi je souffrirai toute ma vie des séquelles de son acte. Que ce soit mes collègues ou ma famille, personne ne comprend qu'on en fasse plus pour l'agresseur que pour la victime."


Quelle pauvreté dans le raisonnement! Mais la récidive, y as-tu seulement pensé, jeune homme? N'estimes-tu pas que tout doive être fait pour empêcher qu'il ne replonge, sans calculs mesquins sur le coût de ceci ou cela? Crois-tu que le pauvre Carlos ne se morfond pas de son crime et ne lutte pas de toutes ses forces, lui aussi, pour effacer le traumatisme? Au vu des priorités budgétaires de la justice zurichoise, la conclusion, implacable, doit s'imposer: il a beaucoup plus souffert que toi.

justice des mineurs,justice
Carlos, hanté par le remords, prend sur lui pour poser avec son entraîneur

La finalité d'une réinsertion réussie comme celle de Carlos est incompréhensible pour le commun des mortels. Heureusement, de tels individus sont rares dans les hautes sphères de la justice. Les gens normaux, eux, ne comprennent pas - et c'est précisément ce qui en fait des gens normaux. La femme de ménage de Carlos, par exemple, chargée de nettoyer un appartement qu'elle n'aura jamais les moyens de se payer. Mais, trimant comme une esclave pour s'acquitter d'impôts dont une partie sert à offrir une vie de confort à de jeunes criminels, a-t-elle seulement le temps d'y penser?

Mise à jour (30 août): toujours par le Blick, et toujours repris dans Le Matin, on en apprend davantage sur "Carlos". L'adolescent turbulent aurait tenté de tuer sa mère après l'avoir menacée et frappée à plusieurs reprises. D'après lui, il n'aurait plus supporté qu'elle se prostitue pour subvenir à ses (fort modestes) besoins.

Devant le Tribunal des mineurs, Carlos aurait émis le souhait de suivre des cours d'arts martiaux, estimant qu'il serait ainsi plus à même de renoncer à la violence envers sa mère. Je laisse à d'autres le soin d'établir le lien de cause à effet. L'instance aurait alors donné son accord et organisé pour lui une formation aux frais du contribuable!

Alors que par un hasard du calendrier ces nouvelles tombent en même temps que le rapport très attendu sur l'affaire Marie, la Suisse semble plus malade que jamais de sa justice et des idéologues pusillanimes qui y officient.

 

28 août 2013

La bataille du voile

La lutte contre le foulard islamique et ses variantes sera, à n'en pas douter, la prochaine étape de la résistance contre l'islamisation.

Le canton du Tessin fera parler de lui le 22 septembre. Ce jour-là, en votation, les Tessinois seront amenés à se prononcer sur l'interdiction de la la burqa et du niqab au travers d'une initiative populaire:

"Personne ne peut voiler ou dissimuler son visage dans les rues et les parcs publics."

"Personne ne peut forcer un tiers à se voiler en raison de son sexe."


Le résultat du scrutin sera un véritable test de l'engouement populaire pour ce genre de mesure, loin des assertions lancées par de prétendus experts au nom de la société entière.

Je parie sur un plébiscite.

islam,votation du 22 septembre 2013,tessin,initiativeComme souvent sur les questions ayant trait à l'islam, les Tessinois auront dû affronter non seulement des opposants mais également leurs propres élites. Le Conseil d’État n'a pas hésité à s'emparer du débat à bras-le-corps pour livrer sa propre solution: une simple modification à la loi sur l'ordre public interdisant de se cacher le visage, sauf exceptions comme le port de vêtements de protection et de costumes... Une formulation générale afin que personne ne fasse le lien avec une quelconque religion de paix et d'amour! Non seulement personne n'est dupe, mais la manœuvre trahit la lâcheté des élus. Double échec.

D'après certains commentateurs éclairés, la loi devrait être rejetée parce que personne ne porterait de voile islamique au Tessin. Bizarrement, les mêmes dénoncent peu l'énergie dépensée par les autorités pour proposer un contre-projet à un non-problème.

Ces âmes bienheureuses capables d'embrasser d'un seul regard d'Airolo à Chiasso pour décréter que le port du voile intégral n'existe pas devraient aller au fond de leur raisonnement. Si personne ne le porte, qui l'interdiction gênera-t-elle? Faut-il à ce point être accueillant par avance envers les éventuels islamistes du futur? Au contraire, c'est précisément dans une optique de long terme que les membres du comité d'initiative situent leur texte. Ils ont parfaitement saisi les enjeux et ce que le contre-projet passe sous silence:

"Nous voulons que l’interdiction soit inscrite dans la Constitution afin que personne ne puisse plus changer ça, sauf le peuple. En outre, nous pensons que la dissimulation du visage en public  n’est pas seulement un problème de sécurité, comme le disent le Conseil d’Etat et la majorité de la commission, mais aussi et surtout une question de défense de valeurs qui méritent d’être inscrites dans la Constitution."

 
On ne peut pas avoir une discussion saine sur le voile en faisant abstraction de ce qu'il représente, ni du cadre dans lequel cette interdiction s'inscrit. Relevons donc quelques ornières intellectuelles dans lesquelles de nombreux intervenants ne manqueront pas de s'enfoncer.

Tout d'abord, le voile islamique n'est pas un "simple morceau de tissu". C'est un symbole destiné à marquer l'appartenance à la religion, la soumission de la femme et son infériorité générale vis-à-vis de l'homme, et un moyen d'exclusion faisant le lit du communautarisme. Le voile permet aux islamistes de se compter. Il est une étape sur le chemin de revendications plus poussées. Une femme intégralement voilée n'a aucune chance de décrocher un emploi ou d'avoir une vie sociale normale avec le reste de la société. Le voile rend l'intégration impossible et représente à ce titre un atout auprès de ceux qui rejettent toute forme d'intégration pour les musulmans et leurs familles. Sont donc partisans du voile tant les islamistes que, paradoxalement, certains xénophobes - au nom de la ségrégation des communautés.

Les femmes les plus manipulées clameront bien entendu que le choix de porter le voile est le leur et uniquement le leur, qu'elles n'ont jamais reçu ni coups ni menaces de leur entourage. Grand bien leur fasse, mais la question n'est pas là: le voile islamique est un puissant outil de prosélytisme. Ceux qui luttent contre le voile sur des raisons utilitaristes ("nous devrions tous être identifiables à n'importe quel moment") font fausse route. Se masquer le visage n'est pas qu'une affaire de police. Ce n'est pas la musulmane voilée qu'il faut défendre d'elle-même ou de son mari, mais les autres, celles qui ne sont pas voilées et qui sont poussées à l'être par la pression sociale communautaire et ce qu'il faut bien appeler un symbole marketing. Le prosélytisme sur la voie publique est interdit en Suisse, sauf autorisation officielle ; la force des islamistes est d'avoir inventé un code vestimentaire créant le prosélytisme par sa seule vision. Les femmes voilées sont les hommes-sandwich de l'islam!

Encore ne s'agit-il que d'un islam très éloigné de celui que pratiquent la plupart des musulmans intégrés depuis longtemps sous nos latitudes, car la pratique de l'islam ne requiert pas le port du voile. Comme le précise pudiquement wikipedia:

Si le "voile islamique" existe bien en tant que coutume, et s'il joue un rôle indiscutable de symbole identitaire pour certaines communautés musulmanes, son fondement théologique n'est pas établi de façon certaine.


En associant le port du voile à la pratique "normale" de l'islam, les défenseurs de la liberté de religion impliquent que la pratique "normale" de l'islam réclame le port du voile. C'est un autogoal infligé à toute la communauté modérée. Mais le voile n'est pas un pilier de l'islam, quelle que soit la doctrine musulmane considérée. On peut être une bonne famille musulmane sans que Madame ne porte le voile, n'en déplaise aux onctueux docteurs de la foi régulièrement invités sur les plateaux de télévision pour plaider la "liberté" d'enfermer les femmes sous des rouleaux de tissu.

islam,votation du 22 septembre 2013,tessin,initiative
Jeune femme au miroir, Iran, fin XVIIIe-déb. XIXe siècle

Abordons pour finir un point mineur mais faisant rage dans certains cercles: l'interdiction du voile ne serait pas "libérale". L'interdiction du voile toujours et partout ne serait évidemment pas libérale ; heureusement, il n'en est pas question. Les musulmanes les plus acharnées peuvent porter une combinaison intégrale en mailles doublée de plomb chez elles ou chez leurs voisins si ça leur chante, aussi longtemps qu'il leur plaira, avec ma bénédiction. Le débat ne porte pas sur "l'interdiction du voile" mais sur "l'interdiction du voile dans l'espace public". Ce n'est pas la même chose.

Tous les libéraux vous le diront, l'espace public est une aberration juridique - ce qui ne l'empêche pas d'exister. Dès lors, il faut faire avec. Il n'y a rien d'absurde à laisser à l'approbation de la majorité les lois qui le régissent. Dans l'espace public, bien des comportements sont déjà interdits - faire trop de bruit, se promener nu, traverser en dehors des clous. Autant de restrictions progressivement érigées par des règlements ou par jurisprudence... Pourquoi l'interdiction du voile serait-elle taboue? Pourquoi serait-il "interdit d'interdire" dès que le sujet touche vaguement à l'islam?

Il est des gens qui se refusent à voir au-delà de la pièce de tissu. Certains ne connaissent rien à l'islam et ne veulent rien en connaître, d'autres sont des dhimmis hypocrites travaillant à se faire bien voir. Le voile comme le minaret ont leur place dans l'arsenal de conquête islamiste. Pour le comprendre, il faut abandonner ses repères et entrer un instant dans le schéma mental de l'autre - ce qui donne un nouveau sens à de nombreux aspects anodins de notre quotidien, même une simple demande de cigarette. Comme l'écrit un connaisseur du mode de pensée magrébin:

En interdisant la burqa, le législateur français a fait un pas dans le bon sens. Il a compris qu’en important des populations aux problèmes spécifiques, il faut des lois spécifiques. Maintenant, cet élan s’est arrêté là. Pourquoi à Trappes ou ailleurs on réagit si brutalement a cette loi ? Ce n’est pas tant pour défendre la burqa que pour terroriser le législateur et éviter qu’il n’aille plus loin avec des lois encore plus précises visant les problèmes de la communauté magrébine en France.



Trappes... L'exemple même de situation montrant qu'en France, le débat sur le voile n'est plus possible. L’État français a certes interdit le port du voile intégral, mais il ne contrôle plus de larges pans de son territoire - si bien que la moindre verbalisation d'une contrevenante mène à une nuit d'émeutes et au siège en règle d'un commissariat. Il en est réduit, piteusement, à essayer de limiter les dégâts à l'université...

En Suisse, il est encore possible d'agir, soutenu par une légitimité populaire inégalée, avant que le problème ne devienne insoluble. C'est vrai, le problème du voile intégral ne se pose pas de façon critique dans les rues helvétiques ; faudrait-il attendre que ce soit le cas? Je soutiens pleinement l'initiative tessinoise visant à interdire le port du voile islamique dans l'espace public. Si le succès est au rendez-vous, nous verrons certainement une suite de cette initiative à l'échelle fédérale.

22 août 2013

Le mauvais débat de la redevance

Face à la redevance, nombreux sont ceux qui tiennent un discours limpide: chacun devrait payer pour ce qu'il consomme. On regarde les chaînes publiques, on écoute la radio, on paye, on ne les regarde pas et on ne les écoute pas, on ne paye rien. C'est l'évidence même. Mais payer pour ce qu'on consomme - la vraie justice finalement - revient à payer pour soi! C'est l'horreur individualiste! La fin de la redistribution et de ceux qui l'organisent! La fin du clientélisme! La fin de la coercition fiscale! La fin du socialisme! La fin des haricots! La fin de tout!

L'enjeu dépasse la simple notionredevance,médias,eric felley de redevance. Face à un exemple qui pourrait faire tache, les politiciens débattent. Dans les travées du Parlement, la Commission des transports et des télécommunications (CTT) du Conseil national décide de ne pas suivre l'avis du Conseil Fédéral et de créer une exception à l’obligation générale. Question de principe. Les rares individus à ne posséder ni télévision, ni radio, ni connexion Internet ni smartphone (les personnes kidnappées?) auraient le droit de signer une déclaration de non-possession les libérant de l'obligation de payer.

C'est une étape comme une autre dans un débat qui ne fait que commencer, le nouveau projet de redevance devant voir le jour en 2015. Mais sur le sujet, le chroniqueur Eric Felley se fend d'un commentaire valant le détour dans un article du Matin. Il donne un bon aperçu de la soif d'étatisme qui imprègne le milieu de la presse. On y lit ainsi ce morceau de bravoure collectiviste:

En Suisse, indirectement, tout le monde paie pour les CFF, même ceux qui ne prennent pas le train. Tout le monde paie pour les routes, même ceux qui n’ont pas de voiture. Dans la même logique, tout le monde devrait payer pour le service public audiovisuel, mais plus sous la forme anachronique de la redevance, qui frappe le milliardaire comme l’employé.


Quelle logique? La logique de l'injustice? Invoquer l'automobile - le diable incarné - est une figure de style convenue pour attirer l'adhésion, mais notre journaliste fait erreur. Les automobilistes payent bien plus de taxes qu'ils ne coûtent à la collectivité. Ce n'est pas la même chose des transports publics, trains en tête (et recevant d'ailleurs une bonne partie de la manne soutirée aux automobilistes) pour lesquels les Suisses payent même sans acheter de billet.

Admirons la dernière phrase, l'anachronisme décerné par le visionnaire. Le milliardaire vs. l'employé! Le riche nabab contre l'humble travailleur, il faut sacrifier l'un d'eux, choisissez! Quelle vision moderne en effet! Mais quid de la durée passée par les uns ou les autres devant la télévision? Emporté dans la lutte des classes, Eric Felley - "le jazzman, le peintre, l'écrivain, le poète, accidentellement devenu journaliste mais sûr de ses talents, se sentant investi d'une mission: celle de vivre la grande aventure de l'intérieur, d'occuper l'écran pour laisser s'épanouir son génie naturel" disait de lui Le Temps - perd le sens de la réalité, et probablement tout contact avec le sol.

Et arrive au paragraphe sur les solutions:

Supprimer la redevance, soit. Mais par quoi la remplacer? La TVA est déjà tellement sollicitée qu’à Berne on préfère la garder pour autre chose. Le mieux, pour assurer l’avenir de la SSR, serait de lier le financement du service public à l’impôt fédéral direct. Cette solution serait non seulement plus populaire mais surtout nettement plus égalitaire.


Aïe. Quel manque d'imagination! Le commentaire s'intitulait pourtant "Il faut supprimer la redevance!", mais les meilleurs titres cachent parfois des navets... Car le problème est moins dans le financement des réseaux publics que dans leur légitimité.

Bien qu'il ait ses adeptes, l'impôt et ses variantes, comme la conscription ou les taxes, sont des mécanismes coercitifs profondément injustes. On répète régulièrement que ces maux sont un sacrifice nécessaire à la vie en société ; il n'en reste pas moins que pour rester vivables, les douleurs doivent être réduites au minimum. Quelle est exactement la mission de service public de la Société suisse de radiodiffusion et télévision? Diffuser les Experts en prime-time? Les matchs de foot internationaux déjà disponibles sur d'autres chaînes?

Au mois de mai, dans le cadre de sa politique des médias, l'UDC avait déjà interpellé le Conseil Fédéral sur ce point essentiel: encaisser 1,2 milliards de francs par an de redevances pour entretenir vingt chaînes de radio et de télévision diffusant du divertissement en permanence est-il vraiment indispensable? Si oui, fermez le ban et payez votre redevance avec le sourire, cet argent vient de vos poches.

En se concentrant sur les meilleurs moyens de faire payer les autres plutôt que sur la justification de la facture, Eric Felley se trompe de débat ; à sa décharge, il n'est pas le seul. Pour prendre le problème par le bon bout, il faut commencer par décider précisément de la mission de service public de la SSR. La redevance ne doit payer que cela. Le reste de la grille des programmes relève de l'argent que la régie parvient à collecter au travers de ses recettes publicitaires.

On devine que cette approche diminuera bien plus l'addition que le désir secret de faire payer les autres sur des prétextes hypocrites. Il n'y a pas assez de riches en Suisse pour s'acquitter d'une redevance annuelle de 1,2 milliards de francs. Mais les étatistes sont nombreux à Berne, tous partis confondus. On peut donc s'attendre à des discussions sur les moyens de faire payer la facture plutôt qu'une remise en question du montant de celle-ci. Hélas.

Personne n'aime payer la redevance mais elle a au moins un mérite: réveiller le libéral qui sommeille en chacun de nous!

19 août 2013

La pseudo-affaire Legrix

Sale ambiance à La Chaux-de-Fonds: Jean-Charles Legrix, membre de la Municipalité de la commune neuchâteloise, a été destitué vendredi par décision de ses quatre collègues de l'exécutif. Cette mesure aurait été prise à la suite d'un audit demandé sur le fonctionnement du dicastère dont l'élu avait la charge.

jean-charles legrix,manoeuvres politiques,la chaux-de-fondsDepuis, c'est un déferlement médiatique préalable au lynchage politique de l'individu. Dernier épisode en date aujourd'hui avec Le Matin s'interrogeant sur le salaire qu'il peut théoriquement encore recevoir tout en état démis de ses fonctions: "payé pour ne rien faire", résume, lapidaire, le quotidien. A croire qu'il aurait lui-même choisi d'être destitué pour mieux profiter de la vie! Mais l'homme est sonné, profitons-en...

Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage, dit le proverbe. Pourtant nous avons ici un dossier mentionnant des éléments accablants pour un responsable dans quelque milieu professionnel que ce soit: "harcèlement sur le lieu de travail", "comportement attentatoire", "humiliations publiques", voire "terreur"! Alors, assistons-nous à une manoeuvre politique ou à l'incarnation de l'antéchrist? Nous ne saurons les tenants et aboutissants que lorsque l'ensemble du dossier aura filtré, ce qui ne saurait tarder, mais quelques éléments font douter de la version officielle.

La première tient dans la rapidité de la réaction. Il semble que sitôt les conclusions du rapport de 90 pages connues le poste de M. Legrix a été promptement dépecé. La réaction semble trop immédiate pour ne pas éveiller de soupçons. L'audit en question n'a même pas été livré à la presse, ce qui aurait pu expliquer un emballement de la réaction communale à défaut de la justifier.

Quand une "affaire" survient au sein d'une hiérarchie, il y a toujours un certain temps de réaction, des tentatives de concertation et d'ajustement, des avertissements - souvent au grand dam des lanceurs d'alerte. L'inertie et d'incrédulité sont propres à toutes les organisations ; c'est encore plus vrai dans le secteur public. Ici au contraire tout s'est fait en un temps record, au milieu des vacances d'été. Les autorités de La Chaux-de-Fonds donnent franchement l'impression d'avoir préparé la mise à l'écart de M. Legrix de longue date.

La seconde tient justement aux accusations portées. M. Legrix menait un dicastère de 240 employés ; il dit que l'audit portait sur 47 personnes, certaines ne travaillant même pas à la commune. Pierre-André Monnard, nouveau président de La Chaux-de-Fonds, n'hésite pas à charger son collègue: "30 se sont dits apeurés et 10 terrorisés". Mais harceler, humilier et malmener une quarantaine de personnes en même temps tient de l'exploit. Tous ceux qui ont été en contact avec un chef tyrannique (et ils sont nombreux) savent que même les pires psychopathes ont leurs "têtes", celles qu'ils manipulent et celles qu'ils torturent... Et surtout, qu'ils agissent discrètement et isolent leurs victimes. Des méthodes très loin d'un responsable politique parvenant apparemment à se mettre une foule entière à dos.

Se pourrait-il que les causes réelles soient ailleurs? Contre toute attente, alors que l'audit était en cours d'élaboration des employés de la voirie tenaient à soutenir leur chef auprès des journalistes:

"Le malaise réside dans le fait, qu'enfin, après des années de laxisme, Monsieur Legrix demande à ses contremaîtres de lui rendre des comptes: les beaux jours sont terminés, l'heure est venue de se mettre à la tâche, et il est bien évidemment difficile pour certains de le faire: soit ils ne le veulent pas, soit leur incompétence les en empêche."


Mis en cause, le chef du service de la voirie Joseph Mucaria ne commentera pas. En début de semaine, c'est le communiste Jean-Pierre Veya qui s'y colle sur les ondes de la RTS: M. Legrix aurait monté un dossier à l'insu d'un collaborateur "avec des moyens douteux", clamé qu'un autre serait incompétent voire un escroc, "contraint" des collaborateurs à s'aligner devant le sapin de Noël pour chanter une chanson... Rien de bien reluisant, en effet, mais de là à parler de terreur? Vraiment?

Comme toujours lorsque les relations professionnelles s'enveniment, il y a probablement des torts de chaque côté - un manque de tact certain de la part de M. Legrix dans la conduite de son dicastère, dont on ne voit bien sûr que la partie émergée de l'iceberg (car il va de soi que tous les collaborateurs ne sauraient être que parfaits, intègres et compétents) ; et de la part de l'exécutif de La Chaux-de-Fonds, une sensibilité à fleur de peau permettant d'écarter un rival gênant sur un prétexte.

jean-charles legrix,manoeuvres politiques,la chaux-de-fondsLa Chaux-de-Fonds est un bastion historique de l'extrême gauche depuis un siècle. Les structures du pouvoir reflètent cette histoire, comme par exemple les royales indemnités mensuelles de 15'000.- accordées à chaque membre de l'exécutif. Du coup, les procédures mises en place contre M. Legrix viennent de mettre à jour un bon potentiel d'économie! Car après tout, si ses collègues se répartissent si aimablement sa charge de travail, ce cinquième municipal est-il tellement indispensable?

Quelqu'un devrait suggérer aux Chaux-de-fonniers de réduire la taille de leur exécutif, définitivement. Ils arrivent visiblement à s'en sortir de cette façon et économiseraient ainsi près de deux cent mille francs annuels.

09 août 2013

Le grand malentendu démocratique

démocratie,constitution,usa

Personne aujourd'hui n'oserait remettre en cause la notion de démocratie, perçue par le plus grand nombre comme la meilleure organisation politique possible. Peu de ces gens, pourtant, accepteraient de vivre dans un régime réellement démocratique.

L'essence de la démocratie est le pouvoir sans limite de la majorité. C'est la notion même d'absence de contraintes sur le gouvernement, tant que son comportement est validé par la majorité des votes. La démocratie incarne l'idée selon laquelle la fonction de l'Etat est de mettre en place "la volonté du peuple".

La majorité politique peut-elle tout se permettre? Spolier la minorité des fruits de son travail? De son patrimoine? De sa vie, même? "Absurde", répondriez-vous, vaguement inquiet tout de même, "aucune majorité ne serait assez folle pour réclamer de telles choses." Dans l'imaginaire collectif, le grand nombre ne saurait avoir que des positions modérées.

Nombreux sont les esprits sages à avoir déchanté lorsque le Hezbollah, en guerre permanente contre Israël et les Etats-Unis, a été tout à fait démocratiquement porté au pouvoir au Liban en 2006. L'accident de parcours s'est répété avec le Hamas en Palestine. Puis a suivi le printemps arabe amenant dans bien d'autres pays des islamistes prêts à tout rejeter en faveur d'un retour au moyen-âge de la Charia. Majorité modérée, disiez-vous?

Il est dramatique que la confusion autour du sens de la démocratie permette l'accès au pouvoir de mouvements totalitaires, leur offrant sur un plateau ce qu'ils n'auraient jamais pu s'offrir autrement - la légitimité populaire. Mais lorsqu'une majorité politique s'estime en mesure d'imposer sa vue à l'ensemble d'une population peu importe les conséquences, la guerre civile n'est plus très loin.

Pour la rendre vivable, la démocratie est tempérée par la notion d'Etat de droit. Le pouvoir politique doit se plier lui-même à ses propres règles, dont une Constitution définissant le périmètre de l'action publique. Mais ces garde-fous n'en sont pas. La Constitution est amendable ; en Suisse, par un simple passage devant le peuple. La France n'en a même pas besoin. Mieux, elle a inventé des notions telles que le "droit administratif" (les privilèges de l'administration) ou "l'abus de droit" (permettant de punir ceux qui respectent trop bien les lois en place) pour s'affranchir définitivement de toute contrainte et entrer résolument dans les limbes discrétionnaires.

La démocratie n'est pas le système d'organisation le plus élevé, seulement celui qui offre une forme de défense contre l'arbitraire - temporairement et de bien piètre façon en se reposant sur le nombre.

Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie. De nombreux mécanismes de blocage permettent de couper ses ailes à une majorité. Le pouvoir de l'Etat est limité par des droits fondamentaux. Aux Etats-Unis, chacun peut critiquer ses voisins, la société, le gouvernement, peu importe combien de gens souhaitent censurer ces discours. On peut posséder une propriété, peu importe la taille de la foule souhaitant s'en emparer. Dans un régime proprement "démocratique", personne ne pourrait bénéficier de tels droits - seulement de privilèges temporaires accordés ou révoqués selon l'humeur du moment de la population. La tyrannie de la majorité est tout aussi maléfique que la tyrannie d'un monarque absolu.

Le vote n'est pas un signe de liberté. Même les dictatures tiennent des élections officielles. Mais seule la liberté acquise et entretenue à travers des droits inaliénables justifie et donne un sens au bulletin de vote. Malheureusement, dans la plupart de nos pays prétendument libres, la démocratie a été pervertie pour permettre de contrevenir aux droits de l'individu. Sous couvert de concepts vides de sens, on offre aux citoyens des tickets pour détruire leurs propres droits.

Il est facile de pointer du doigt et de dénoncer les errements des populations du Moyen-Orient ou du Maghreb, inexpérimentées dans l'art de la joute politique. Mais que penser alors de la Confédération Helvétique, une des plus anciennes démocraties du monde, lorsqu'elle approuve la spoliation de propriétaires valaisans au nom de fumeux principes de protection du paysage? Que penser d'elle lorsqu'elle tente de briser le modèle d'affaire du canton de Vaud en rejetant le principe du forfait fiscal au nom d'un égalitarisme déplacé?

Comme le rétorquait le communiste français George Marchais à un contradicteur avec un sens inégalé de la formule: "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire". On ne saurait mieux résumer le fragile équilibre entre l'Etat de droit et la démocratie. Celui-ci chancelle partout dans le monde, y compris en Suisse.

Vivre et laisser vivre est une époque révolue. Grâce à une démocratie dévoyée, le vote est devenu l'arme de tous contre tous ; plus aucun abri n'existe qui ne puisse être balayé par une majorité. En Suisse, cette dégénérescence prend la forme d'un centralisme toujours plus poussé, brisant sous ses coups de boutoir l'autonomie cantonale, et en fin de compte la diversité et la liberté que permettait un fédéralisme limité.

Conférer les pleins pouvoirs à des tyrans démocratiquement élus est plus parlant qu'utiliser la démocratie pour miner les droits individuels, mais ces deux approches nuisent chacune à la cause de la liberté. Nous devons mettre un terme à la confusion entre démocratie et liberté. La politique doit cesser d'avoir pour  principe fondateur le pouvoir sans limite de la majorité, pour lui préférer les droits inaliénables de l'individu.

Article original publié sur Les Observateurs.

25 juillet 2013

OPA socialiste sur la presse suisse

Ils ne veulent pas une nouvelle Pravda, assurent-ils, mais font tout pour l'obtenir... Revenons sur la politique des médias proposée par les socialistes cette semaine, qui a tout d'une tentative de prise de contrôle.

huma.jpgLe projet socialiste "pour un système médiatique compatible avec la démocratie" s'articule autour de plusieurs points:

  1. Subvention à la presse et au journalisme.
  2. Introduction d'une taxe publicitaire, une taxe sur le trafic des données pour les services Internet ainsi que les fonds provenant de la répartition du produit de la redevance.
  3. Aides réservées aux médias qui remplissent certaines exigences en termes de "conditions structurelles de la production journalistique".
  4. Renforcement de la SSR au travers d'une redevance indépendante.
  5. Dans la formation continue des journalistes, l'accent devrait être mis sur le renforcement de prestations publiques compatibles avec la démocratie.
  6. Développement ciblé de la compétence médiatique de la population.

Pour l'originalité, on repassera. La moitié du programme revient à présenter de nouvelles taxes et de nouveaux canaux de redistribution. Pour les socialistes il n'existe pas de problème dont on ne puisse venir à bout avec davantage d'argent, mais n'allez pas appeler cela du matérialisme!

L'approche avancée ne fait pas que des heureux y compris au sein des professions visées:

Dans le milieu des éditeurs, la réaction est vive. "Ces dix dernières années, les journaux ont déjà perdu le tiers de leurs recettes publicitaires", rappelle Daniel Hammer, secrétaire général de Médias suisses, l'association des médias privés romands. "Si on taxe la publicité, cela ne fera qu'accélérer cette érosion et ce seront d'autres médias, par exemple en ligne, qui en profiteront."

[Au sujet de la taxe sur le trafic des données de services internet] là aussi, Daniel Hammer est sceptique. "Le siège de facebook ou Google étant à l'étranger, cela pose un problème de territorialité du droit." Le représentant des médias privés y voit aussi une menace pour les éditeurs. "Environ 25% de l'audience d'un journal provient des moteurs de recherche sur internet. Il ne faudrait pas que les journaux suisses disparaissent de l'offre de Google, comme cela s'est produit en Belgique."


Les frontières, éternelles ennemies de l'Internationale.... Mais bon, on pardonnera volontiers ces approximations dans la planification, probablement dues à un excès d'enthousiasme. Les socialistes n'agissent-ils pas au nom du Bien Commun™?

Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner les aspects réglementaires du programme. Le point 3 fait ainsi émerger un magnifique serpent de mer conceptuel, les "conditions structurelles de la production journalistique". Jouez avec vos amis: que chacun écrive le sens qu'il donne à ces termes sur un bout de papier et si deux d'entre eux parviennent à une définition concordante, tournée de champagne!

Le point 5 demande quant à lui au titre de la "formation continue" (garantissant un passage régulier devant le commissaire politique dûment appointé) un "renforcement de prestations publiques compatibles avec la démocratie." Là encore je vous laisse deviner le sens profond de ces mots, mais peu importe en fin de compte, car ces notions n'ont aucun rapport avec le pluralisme. Il y a douze ans, un sondage effectué à la veille des élections fédérales de 2001 annonçait déjà la couleur: 60% des journalistes interrogés se déclaraient à gauche et seulement 28 % au centre ou à droite. On imagine que les socialistes, très inquiets de ce manque de neutralité des médias, ont à cœur de combattre ce déséquilibre pour faire plus de place aux opinions journalistiques de droite... C'est l'évidence même...

Le dernier point visant au "développement ciblé de la compétence médiatique de la population" fleure bon l'endoctrinement dès l'école obligatoire.

Quelle mouche a donc piqué nos amis socialistes? Pas que le dirigisme ou le clientélisme soient des nouveautés pour eux - c'est un peu leur ADN - mais il est rare qu'ils s'y livrent d'une façon aussi limpide. La tentative est d'autant plus étonnante que la presse penche déjà largement à gauche, bien que la situation en Suisse alémanique ne soit pas aussi consternante qu'en Suisse romande.

Sans doute s'agit-il moins de prendre le contrôle d'une presse largement acquise à leur cause que de sauver ce qu'il en reste. La presse suisse ne va pas bien ; les publications ont tendance à se concentrer, réaction typique d'une industrie s'attelant à la forme plutôt qu'au fond. Mais pour résoudre la cause première - la désaffection des lecteurs pour le contenu sorti des rédactions - les socialistes n'apportent aucune réponse.

Les socialistes voient d'un mauvais oeil la présence de grands groupes de presse, craignant que ces conglomérats médiatiques manquent de discernement dans le traitement de certains sujets. Cette inquiétude n'a pas lieu d'être: les consommateurs se chargent eux-mêmes de faire émerger de nouveaux acteurs plus en accord avec leurs demandes. Une publication virant au publi-reportage perpétuel peut exister, elle ne pèsera pas lourd dans la formation des opinions. L'émergence de médias indépendants de qualité - Les Observateurs en Suisse, ou Contrepoints pour la sphère francophone - prouve que la relève est en marche sur des supports en constante évolution.

Mais qu'on soit d'accord ou pas avec l'analyse du PSS, un problème de fond subsiste. A les entendre, les socialistes n'ont que la démocratie et l'information "correcte" du public à la bouche. Selon eux les liens financiers détruiraient cette indépendance. Or, ils ne proposent rien de mieux que de mettre les médias sous perfusion financière étatique. Comment croire une seconde que sous un tel régime les journalistes garderaient la moindre indépendance sur des sujets traitant de l'Etat?

On connaît le culte que les socialistes vouent à l'Etat, mais force est de constater qu'il corrompt tout autant que n'importe quel autre acteur économique.