12 novembre 2012

Quand le PS s'essaye à l'asile

Pour ne pas laisser à l'UDC la haute main sur le dossier de l'asile, le PS suisse semble prêt à fournir les pistes les plus originales, comme venir avec ses propres propositions.

De la part d'une formation politique qui a fait de l'ouverture des frontières son cheval de Troie de bataille, cela mérite le détour. L'équation est d'autant plus délicate qu'il s'agit de ménager la chèvre bobo progressiste et le chou syndicaliste.

D'un côté, des gauchistes urbains bon teint, pétris d'universalisme, de culpabilité occidentale et d'ouverture à la misère du monde, prenant une posture d'autant plus décontractée qu'ils vivent déconnectés de toute conséquence concrète de leur utopie, sauf peut-être lorsqu'un fait divers sordide vient ternir la page des quotidiens qu'ils affectionnent en savourant leur café-croissant.

De l'autre, des syndicalistes traditionnellement gauchistes (dialectique du "progrès social" oblige) mais confrontés quotidiennement aux problèmes de sous-enchère salariale, de chômage, de concurrence des frontaliers, de sous-traitance. Ceux-là ne voient pas l'immigration en général d'un très bon oeil, fussent-ils passés par là eux-mêmes.

Ces deux groupes, bien qu'apparentés, n'ont pas du tout la même perception de l'immigration au sens large, un débat qui dépasse de beaucoup la simple question des demandeurs d'asile. Ces derniers focalisent malgré tout les tensions, car ils sont à la fois symboliques de la condition humaine du point de vue des "idéalistes" que nombreux et venus en Suisse pour trouver du travail, du point de vue des "syndicalistes".

cesla amarelle,immigration,asile,initiativeDes socialistes suisses qui s'essayent au problème de l'asile promettent forcément un joli grand écart. La conseillère nationale socialiste Cesla Amarelle s'y essaye avec une belle interview bienveillante dans les colonnes du Matin (dont, divine surprise, les commentaires sont désactivés).

Déjà, on notera une nette progression des idées de l'UDC au sein même du parti socialiste. Entendre l'ancienne présidente du PS vaudois (de mars 2008 jusqu'à avril 2012) lancer des répliques comme "l’Etat doit renvoyer les personnes qui ont notamment commis des délits pénaux graves, y compris avec des mesures de contrainte", " il y a des personnes qui n’ont rien à faire dans cette filière asile mais qui l’occupent" ou "une personne qui vient pour dealer n’a pas sa place en Suisse", on sent comme un fléchissement de tendance.

Salutaire, mais tardif - et immédiatement atténué par une dénégation: "mais l’essentiel du problème est ailleurs!"

Le véritable dada de la dame, c'est le marché du travail:

C’est ce que la gauche doit mettre en avant. La filière de l’asile est engorgée par des personnes qui essayent de trouver du travail et qui se retrouvent dans la filière asile alors que leur cas ressort de la migration du travail.

 

Ce n'est pas faux. On le sait bien, outre ses aspects criminels, l'asile est devenu depuis des années une filière d'immigration économique alternative. Des milliers d'immigrés clandestins essayent vaguement de se faire passer pour des réfugiés politiques kurdes, irakiens, nigérians, arrivent miraculeusement en Suisse sans être arrêtés par les Accords de Dublin, et attendent de l'administration un sésame pour avoir le droit de travailler. Selon des responsables du secteur, 90% des demandeurs d'asile, si ce n'est plus, seraient en fait des immigrés économiques.

On en vient au coeur du projet défendu par Mme Amarelle:

Il s’agit d’une ouverture relative conditionnée par la capacité du marché du travail à intégrer de nouvelles personnes, indépendamment de leur origine géographique. Nous voulons réguler la migration en fonction des besoins réels du marché (sic). Tout le monde sait aujourd’hui que nous avons besoin de personnes, notamment dans les soins, et qui peuvent venir d’autres pays que l’Union européenne. Un Indien ne devrait pas forcément être bac+20 pour venir travailler en Suisse! (...) Si l’économie donne du travail durable à un migrant, cette personne a droit à un permis durable.

Un travail, un permis devrait se situer au centre du projet d’initiative. Mais avec des mesures de protection du marché extrêmement strictes. (...)

 

Malheureusement les socialistes mélangent, probablement volontairement, plusieurs choses. Ils essayent d'associer immigration économique et droit d'asile avec le statut des sans-papiers, qui relèvent de dynamiques différentes.

cesla amarelle,immigration,asile,initiativeTous les immigrés pseudo-demandeurs d'asile qui se pressent dans les centres d'accueil pour requérants ne sont pas bac+20, loin s'en faut. Et ils sont pléthoriques aujourd'hui déjà, alors qu'il leur est quasiment impossible de décrocher un travail en passant par la voie officielle. Pense-t-on vraiment que faire miroiter un plus grand espoir de trouver un travail en Suisse va faire décroître leur nombre?

Offrir un permis à ceux qui trouvent du travail une fois parvenus sur le territoire suisse revient à mettre la charrue avant les boeufs. C'est l'invitation à une véritable déferlante d'immigration économique alors que l'ensemble de l'Europe s'enfonce dans la crise. En plus de l'immigration "traditionnelle" venue des régions périphériques de l'Europe va bientôt s'ajouter celle de tous les immigrés européens, eux aussi frappés par la récession et le chômage sur le vieux continent.

Et puis, si l'immigré était forcément synonyme d'emploi et de productivité, comment se fait-il que les communes avec le plus d'étrangers (comme Renens) soient aussi celles qui souffrent du taux de chômage le plus élevé?

S'il faut impérativement lier le droit de résider en Suisse à un permis de travail, un point de vue que j'estime tout à fait défendable, il faudrait alors faire les choses dans le bon ordre: un permis de résidence ne devrait être délivré qu'une fois un emploi obtenu en Suisse. D'abord le job, puis, ensuite seulement, le droit de résidence. Evidemment, tous les pseudos-requérants d'asile devraient être soumis à la même enseigne, puisqu'il s'agit d'une immigration économique déguisée.

Cette façon de faire règlerait pour de bon le problème de l'immigration économique, transformant celle-ci en "méritocratie", où seuls les immigrés réellement intéressants pour les entreprises helvétiques disposeraient d'un sésame pour s'installer en Suisse.

(NB: il y aura des esprits chagrins pour hausser le sourcil devant le terme de "méritocratie". J'assume: aujourd'hui déjà, une entreprise procède de toutes façons à une sélection à l'embauche. La seule différence entre les deux situations, c'est que dans un cas un candidat écarté reste dans son pays, alors que dans l'autre, après avoir alimenté une mafia de passeurs, il zone dans un centre pour requérants à la charge du contribuable. La seconde approche est-elle vraiment plus noble?)

Évidemment, principe de réalité oblige, il faudrait procéder à une régularisation des sans-papiers se retrouvant dans la situation ubuesque de disposer depuis des années d'un emploi et d'un logement en Suisse. Néanmoins, rappelons-nous que la charge de la preuve (durée d'établissement et de travail en Suisse) pourrait être difficile à apporter. Deuxième point, ces gens pourraient bien avoir trouvé un emploi précisément parce qu'ils pouvaient être sous-payés en tant que sans-papiers: il n'est pas certains qu'ils pourraient prétendre au même emploi (ni même le garder) une fois revenus dans le circuit officiel. On est donc loin de la panacée.

Mais les caciques du Parti Socialiste ont d'autres projets en tête. Pour eux, le rôle social prime sur l'individu: tous ceux qui réussiront à décrocher un job auront un permis de travail à la clé. Que se passera-t-il s'ils perdent leur emploi au bout d'un mois? Quand toucheront-ils des allocations-chômage? Quid du regroupement familial? La question de la criminalité n'est pas abordée concrètement, la sous-enchère salariale éludée avec de vagues "contrôles" par les services d'inspection du travail.

En réalité, les socialistes veulent pouvoir officialiser le statut des immigrés à toute volée, avec des permis de travail en libre service. L'appel d'air lié à la distribution des permis multipliera comme jamais la pression démographique, tant que la Suisse continuera de bénéficier d'un taux de chômage moyen inférieur à celui de l'Europe - ce qui ne durera pas, avec cette politique... Les assurances sociales à l'agonie seront autant d'excuses pour augmenter les impôts, et l'état de misère moyen dans lequel arriveront la plupart des immigrants un excellent justificatif pour davantage de redistribution, le tout dans un bel élan poussant les salaires vers le bas. Lorsque le chômage augmentera, croyez-vous que les syndicats seront en position de force pour établir des conventions collectives?

Quel magnifique tableau!

L'état-major du parti socialiste a semble-t-il décidé de sacrifier l'aile syndicale en faveur de l'aile idéologique. Ce n'est pas la première fois, on l'a vu avec les accords de libre-circulation.

En tous cas, avec ce genre de projet, pas sûr qu'ils empiètent beaucoup sur les plate-bandes de l'UDC.

02 novembre 2012

Refroidir les nuits lausannoises

Après des années de dégradation de la vie nocturne, virant par moment aux émeutes urbaines, la Municipalité de Lausanne ne peut plus se retrancher derrière les prétextes habituels de "sentiment d'insécurité" et autres "actes isolés".

Tour_Bel'Air_la_nuit_Lausanne.jpgIl y a trois jours, Grégoire Junod et Marc Vuilleumier, les municipaux en charge de la sécurité (le premier étant le remplaçant du second, démissionnaire) ont donc présenté un train de mesure pour essayer de reprendre la main sur une scène nocturne de plus en plus hors de contrôle.

Si la volonté nouvelle de la Municipalité lausannoise de reconnaître le problème mérite d'être saluée - c'est déjà une révolution - les résultats ne seront pas au rendez-vous. Ce verdict sévère ne vient pas d'un pur esprit partisan, mais simplement de l'examen critique des mesures proposées et de leurs conséquences, voulues et inattendues.

Faisons un petit tour d'horizon de la vie nocturne lausannoise version 2.0.

Moins d'établissements. Comme l'explique Marc Vuilleumier dans 24Heures, "[un certain nombre d'établissements] ne devraient ne pas obtenir de prolongation de leurs horaires d'ouverture, et à terme se voir refuser leur autorisation d'exploiter en raison de leur manque de professionnalisme." Le manque de professionnalisme se définit ici soit comme l'incapacité de gérer l'ivresse des clients une fois qu'ils ont quitté l'établissement (c'est-à-dire lorsqu'ils ne relèvent plus de ces derniers), soit comme l'incapacité de résister aux nouvelles taxes que la Ville entend déployer pour façonner le nouveau paysage nocturne. On reste pantois devant une telle inversion des responsabilités... Évidemment, les gérants de clubs et de bars sont contre.

  • Conséquences: victimes de la "qualité sur la quantité", les fêtards seront plus nombreux à faire la queue et à provoquer des échauffourées devant les établissements restants. Les clubs survivants pourront monter encore leurs prix, entraînant plus de clients potentiels à consommer de l'alcool chez eux ou sur la voie publique avant de s'y rendre.
  • Résultat prévisible: aggravation des troubles.

Restreindre les heures d'ouverture. L'idée est de forcer la fermeture des clubs à 3h plutôt que 4h, dans l'espoir de forcer les clients à rentrer chez eux plutôt qu'à errer dans les rues, avinés et excités. Ce n'est pas une mesure absurde à la base, mais elle le devient dès lors qu'on examine le détail de son application: certains clubs pourront toujours fermer à 4h, voire 5h, pourvu qu'ils s'acquittent de taxes supplémentaires.

  • Conséquences: la restriction, appliquée sans passe-droit, aurait éventuellement un sens si elle survenait suffisamment tôt dans la nuit pour vraiment forcer les clients à rentrer chez eux - genre, 1h ou 2h du matin au maximum (je ne dis pas que c'est ce que je préconise, je me contente juste d'analyser). Ici, au lieu d'attendre le petit matin pendant une heure, les excités nocturnes attendront deux heures, ou chercheront à pénétrer dans les établissements à durée d'ouverture plus longue, desquels ils se feront probablement refouler, ce qui contribuera certainement à les calmer pendant qu'ils attendent le premier bus du matin...
  • Résultat prévisible: aggravation des troubles (et quelques recettes pour la Ville).

Limiter la consommation d'alcool par des restrictions de vente et de consommation dans la rue. Si les gens ne peuvent plus acheter d'alcool, ils n'en boiront plus, n'est-ce pas? D'ailleurs, des boissons alcoolisées à la drogue ou aux cigarettes pour les mineurs, nous avons constamment des exemples du bien-fondé de cette stratégie et de ses résultats.

On sera aussi très étonné d'apprendre que les clubs, où les breuvages se négocient à vil prix comme chacun sait, soutiennent totalement cette mesure!

  • Conséquences: les interdictions ne pouvant être prononcées sur le territoire fédéral, comme aux abords de la gare, l'effet sera quasi-nul. Mais à supposer que l'application ne soit pas théorique, nous verrions alors encore plus de fêtards se lancer dans des before avant d'aller à la fête, ce qui empirera le problème. Quant à la consommation dans les rues, elle se fera comme lors du Botellón quasi-permanent au Champ de Mars à Paris, où les noceurs remplacent avantageusement le contenu des briques de jus de fruits ou de bouteilles de soda par des cocktails de leur invention. Idéal pour consommer sans aucune modération en public tout en donnant le change.

    En haut lieu, croit-on vraiment qu'une interdiction administrative peut empêcher un jeune adulte de se saoûler un vendredi soir?
  • Résultat prévisible: très faible.

Mesures d'éloignement pour les dealers, interdiction des jeux de bonneteau et lutte contre le littering de l'espace public: ces trois règlements relèvent tellement du "n'importe quoi législatif" qu'ils ne méritent pas un paragraphe chacun. Ils symbolisent parfaitement l'interventionnisme débridé de la classe politique, incapable de se concentrer sur le moindre problème sans y adjoindre les vieilles lunes qui lui tiennent à coeur. Je m'étonne presque de ne voir aucune mention du développement durable...

Les dealers (à l'inverse de leurs clients sous influence) ne cherchent normalement pas l'affrontement avec la police, ils veulent juste se livrer à leurs trafics. Malgré une opération médiatique spectaculaire pour flatter les électeurs naïfs il faut admettre la vérité: la Municipalité actuelle de Lausanne est incapable d'identifier, d'arrêter et d'enfermer le moindre dealer - et ce, en plein jour. Comment croire que les mêmes seraient tout d'un coup en mesure de faire respecter de simples interdictions de périmètre en pleine nuit?!

Quant aux autres missions prioritaires comme l'interdiction des jeux de bonneteau (si nombreux à la Palud entre 3h et 5h du matin...) ou la lutte contre les papiers gras, on imagine que la police s'en acquittera sans peine. Elle n'a jamais fait que 17'000 interventions nocturnes en 2011, n'est-ce pas. Les policiers municipaux de piquet la nuit, à la limite du désoeuvrement, pourront de toute évidence rajouter quelques contraventions à l'encontre de malpolis jetant leurs mégots par terre...

Je ne dis pas que les arnaques au bonneteau ou les déchets dans les rues ne sont pas un problème, mais de grâce, ces mesures n'ont rien à voir avec un règlement visant à pacifier la vie nocturne.

  • Conséquences: probablement aucune, ou, au pire, une réduction de l'utilité des service de police la nuit alors qu'ils s'attellent, sans aucune efficacité, à ces missions secondaires.
  • Résultat prévisible: aucun.

Voilà, nous avons fait le tour des "mesures-choc". Aussi vain soit-il, saluons l'effort, c'est une nouveauté. Saluons également l'humilité de MM. Junod et Vuilleumier qui entendent attendre l'été 2013 pour vérifier les effets (faibles, à n'en pas douter) de leur stratégie. D'autres, moins scrupuleux, n'auraient pas hésiter à exploiter le faible taux de troubles en hiver pour proclamer la réussite de leur démarche.

Evidemment, il existe d'autres pistes. La solution pourrait être libérale. Une ouverture nocturne sans restriction d'heure permettrait au flux de client de se répartir au cours du temps. L'augmentation de l'offre réduirait les prix, donnant aux clients l'occasion de boire dans des clubs fermés plutôt que de se saoûler dans la rue, de faire la queue et d'infliger diverses nuisances au voisinage. Davantage de mesures d'accompagnement (taxi, navettes et autres minibus de nuit) permettraient aux fêtards alcoolisés de rentrer chez eux rapidement et en sécurité au lieu d'attendre le petit matin. Mais foin de tout cela. La Municipalité du chef-lieu du canton a décidé de faire à peu près tout dans le mauvais sens. C'est un tour de force.

Normal, nous sommes à Lausanne, capitale vaudoise du dogmatisme. Comment demander de l'ouverture d'esprit à des élus persuadés de détenir une vérité supérieure?

Gageons que les nuits lausannoises ne se refroidiront pas de sitôt.

23 octobre 2012

Le forfait fiscal et l'arme démocratique

Dans une forêt de drapeaux rouges, quelques dizaines de militants de La Gauche, du PS Suisse, de l'Union syndicale suisse (USS) et d'Unia déposèrent leurs cartons de signatures à la chancellerie fédérale, pour leur initiative "Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires (abolition des forfaits fiscaux)". C'était le 19 octobre.

L'initiative étant accompagnée de plus de 100'000 signatures valides, le peuple votera.

Les forfaits fiscaux, également appelés imposition forfaitaire, sont destinés à l'imposition d'étrangers très fortunés en Suisse. Pour autant qu'ils n'exercent pas d'activité lucrative sur le sol helvétique, ils ne doivent déclarer comme revenu qu'un montant équivalent à un multiple de la valeur locative de leur logement. Environ 5'500 personnes bénéficieraient de ce régime.

Un article de la Tribune de Genève résume certains enjeux. La gauche, très offensive sur ce dossier, y voit une question de justice fiscale. En effet, pour les adversaires du forfait, il représente une injustice vis-à-vis du contribuable helvétique normal, exposé à la taxation habituelle. C'est exact, si ce n'est que personne n'oblige ces personnes à venir en Suisse, et que leur situation est assortie d'un certain nombre de contraintes qui ne s'appliquent pas au citoyen lambda.

Plus discutable, le forfait fiscal serait une forme d'injustice envers les autres pays auprès desquels la Suisse débaucherait de bons contribuables.

Face à cette déferlante, la droite semble en panne. Tout au plus plaide-t-elle un pragmatique de bon aloi, voyant dans la remise en question des forfaits un risque pour les recettes fiscales afférentes. Il y a pourtant de une raison de principe à s'opposer à la mort annoncée du forfait fiscal.

L'étau se resserre

D'après la Tribune, les manoeuvres cantonales se sont jusqu'ici soldées par un "match nul": à Berne, la supression des forfaits a été refusée, vraisemblablement pour une association trop évidente avec les conséquences fiscales, la suppression étant assortie d'une hausse d'impôts. A Zurich en revanche la suppression a été acceptée, assure le journal, avec les voix de "certains millionnaires suisses lassés de payer plein pot" sur la côte dorée "alors que leur voisin étranger paie des clopinettes". Peut-on vraiment croire que les millionnaires helvétiques soient si nombreux dans le canton de Zurich qu'ils influent sur une votation locale?

En réalité, le match nul est loin d'être acquis. Le statu-quo est passé à la trappe. Les cantons d'Appenzell Rhodes-Extérieures, de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne, de Schaffhouse et de Zurich ont déjà décidé de supprimer l'imposition forfaitaire. Dans d'autres canton, la vis a été resserrée. Ainsi, les électeurs bernois ont accepté un contre-projet rendant plus difficile l'accès au forfait - il faut désormais un revenu imposable minimum de 400'000 CHF par an - et la facture est alourdie de 30% pour ceux qui en bénéficient.

La gauche est persuadée que les riches étrangers résidant en Suisse le resteront même quand le forfait sera aboli. A supposer que l'argument soit sincère, il n'en est pas moins étonnant, formulé par ceux qui défendent la mainmise de chaque Etat sur "ses" riches.

fiscalité,forfaits fiscaux,démocratieLe canton de Zurich est souvent cité en exemple: suite à l'abandon du forfait en 2010, les rentrées fiscales sont restées peu ou prou identiques, les fortunes restantes s'acquittant d'un impôt bien plus élevé. Mais cette absence de variation n'en est pas une. 92 forfaits sur 201 ont quitté le canton dès la fin de l'année où l'abolition a été votée. Bien plus important encore - et totalement passé sous silence par les médias - aucune nouvelle fortune ne s'est installée dans le canton. Alors que moins de deux ans se sont écoulés, il paraît évident que la nouvelle donne zurichoise ne sera pas rentable sur le long terme.

Les 92 étrangers de Zurich ne sont pas déplacés de beaucoup. 70% d'entre eux ont établi leur domicile dans un autre canton suisse. Partiraient-ils plus loin si le principe même du forfait était étendu à l'ensemble de la Confédération? C'est une évidence. "Les ressortissants étrangers fortunés sont très mobiles: 98% d’entre eux possèdent au moins un autre domicile hors de Suisse", rappelle Economie Suisse.

Quelqu'un prêt à changer de pays et à renoncer à toute activité lucrative juste pour des raisons fiscales n'est évidemment pas attiré uniquement par le charme des montagnes et la beauté du cadre de vie helvétique. Ces riches étrangers ne resteront pas inconditionnellement attaché à la Suisse si celle-ci n'est plus attractive. De fait, beaucoup d'exilés fiscaux choisissent aujourd'hui déjà plutôt Londres ou la Belgique. L'accélération du mouvement dans les enfers fiscaux européens montre, si besoin était, que la thèse du "ils resteront sur place et paieront" défendue par la gauche et les gouvernements étrangers aux abois n'est pas tenable.

Les forfaits fiscaux ramènent pas moins de 700 millions de francs annuels, sans compter les bénéfices indirects en termes de consommation ou de gestion bancaire. Si ces gens partent, l'Etat réduira-t-il son train de vie, ou cherchera-t-il dans le reste de la population de nouvelles ressources fiscales pour les remplacer? D'expérience, la deuxième approche est une évidence. L'argument peine pourtant à percer auprès de citoyens dressés par la doxa ambiante à haïr le principe de l'imposition forfaitaire. Les citoyens helvétiques semblent incapables de percevoir les conséquences fiscales de leur égalitarisme, telles des dindes s'apprêtant à voter pour Noël.

La menace démocratique

En vérité, les cantons ayant choisi de se passer du forfait fiscal n'ont pas livré un gros sacrifice: la réforme a été d'autant plus facile à passer que le principe du forfait fiscal ne s'appliquait, en pratique, à quasiment personne. Lorsque Bâle-Campagne a décidé d'abolir cette forme de prélèvement, seules 16 individus étaient concernés dans tout le canton...

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La répartition des forfaits - cliquez pour agrandir
source: L'Hebdo

Les cantons du sud sont les bénéficiaires réels de cette forme de taxation. La véritable épreuve viendra avec le vote genevois sur le forfait fiscal, puisque les finances publiques de la Cité de Calvin seront les premières concernées.

A la rigueur, qu'un canton décide de s'infliger la perte des revenus de cette catégorie d'étrangers, libre à lui: chacun est souverain en matière de fiscalité.

La gauche le sait bien et a donc décidé de jouer à un jeu dangereux. Plutôt que de lancer un référendum dans tel ou tel canton et l'amener à réviser ou abolir le forfait - ce qui est totalement légitime - elle a choisi, en plus, d'attaquer selon l'angle fédéral.

En choisissant une initiative fédérale, mouvements politiques de gauche et syndicats espèrent contraindre les cantons réticents (parce qu'ils bénéficient réellement de forfaits fiscaux, par exemple) à se priver de cette liberté.

Cela a si bien marché contre le Valais et ses résidences secondaires qu'on aurait tort de s'en passer!

Le parallèle avec la votation récente pour limiter les résidences secondaires n'a rien d'anodin. Le marché immobilier de loisir étant avant tout affaire de montagnes, le Valais n'en aurait jamais voulu ; mais en amenant toute la Confédération à se prononcer sur ce point (alors que la police des construction est une affaire essentiellement cantonale) les partisans du contrôle ont obtenu facilement l'assentiment des Jurassiens, des Argoviens, des Schaffhousois et de tous les citoyens appartenant à des cantons non concernés.

La gauche entend bien rééditer l'exploit. Il est vrai qu'aujourd'hui, le Zurichois ou le Bâlois n'aura aucun intérêt particulier à soutenir le forfait fiscal, puisque son canton y a renoncé. Ce sont donc des victoires faciles que les initiants espèrent décrocher là-bas. Le peu de cas que font les Suisses dans des cantons où ces dispositions ne concernent personne pourraient faire le reste. Les initiants ont raison: cette votation est gagnable.

C'est ainsi que le citoyen concerné commence à comprendre le mécanisme injuste propre à cette votation: le dévoiement de la démocratie directe comme arme contre le fédéralisme. Un jour, le Valais se voit imposer la fin des résidences secondaires ; le lendemain, Vaud se voit privé des ressources fiscales liées au forfait. La stratégie est en place: chaque minorité est écrasée, morceau par morceau. Et demain? La démocratie sera-t-elle utilisée pour fermer les aéroports internationaux? Voler les revenus des barrages alpins? Imposer le même taux d'imposition de Genève aux Grisons? Il n'y a aucune limite à l'égalitarisme forcené, jusqu'à ce que tous les cantons soient brisés et ramenés à de simples entités géographiques comme les régions françaises.

Le lit de Procuste est prêt, et la gauche a bien l'intention d'y allonger la Confédération. Fini l'autonomie cantonale permettant à des Suisses de comparer les cantons, leurs réussites et leurs échecs, et de choisir le cas échéant un nouveau lieu d'accueil pour leur foyer. L'uniformité règnera, et croyez bien qu'elle rime avec médiocrité.

C'est pour cette raison, et aucune autre, qu'il est indispensable de s'opposer à l'initiative fédérale "Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires (abolition des forfaits fiscaux)" décidée par la gauche. Pas parce qu'on est pour ou contre la notion de forfait fiscal, ou qu'on préfère payer plus d'impôt au nom de l'égalitarisme entre diverses catégories de très riches, non: parce que c'est une initiative fédérale.

10 octobre 2012

Genève et la Constitution Molle

Ce dimanche, Genève vote sur sa nouvelle Constitution - résultat d'une assemblée constituante qui aura coûté un bras au contribuable et dont les travaux se seront poursuivis sur plus de quatre ans.

Si on se base sur un échantillonnage relativement aléatoire des affiches de campagne, le succès n'est pas au rendez-vous. Empiriquement, sur les surfaces d'affichage le Non l'emporte largement sur le Oui. Nous verrons plus tard ce qu'il en est au fond des urnes, mais en attendant, voici un petit (!) échantillon des visuels pour la votation:

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(cliquez sur une image pour l'agrandir)

Pertes des droits syndicaux, privatisation, armée contre le peuple, retour de la chasse ou du nucléaire... La nouvelle constitution semble parée de tous les maux, même si certains sont largement interprétés, pour rester poli.

Les avis sont marqués. PLR, PDC et écologistes sont pour la Constitution. UDC, MCG, extrême-gauche et syndicats sont contre. Les socialistes l'approuvent, mais n'ont même pas réussi à convaincre leur propre section jeune, qui appelle à voter blanc.

Cela n'a rien de surprenant.

A quoi sert une Constitution? Selon sa définition la plus simple, c'est la loi suprême, le texte fondateur régissant le fonctionnement d'un Etat, ses prérogatives et ses limites. Mais une Constitution ne peut pas surgir du néant. Elle doit être écrite par des gens - des élus genevois qui, bien que faisant souvent tout leur possible pour se démarquer des formations traditionnelles, représentent plus ou moins l'équilibre des forces politiques en présence.

Les quatre ans de travaux de la Constituante ont donc été le théâtre d'interminables luttes entre des groupes aux positions antagonistes, et le résultat final le reflète.

La Constituante n'a été élue que sur la base d'une participation misérable, 33% des électeurs. Il y a fort à parier que le nombre de citoyens se donnant la peine de lire le texte soumis au vote n'atteindra pas un dixième de ce montant. Par chance, quelques individus bien inspirés se sont plongés dans le projet pour en tirer par exemple une comparaison instructive entre l'ancienne Constitution (qu'on oublie un peu vite!) et la nouvelle.

Si je devais la résumer en une phrase, je dirais que la nouvelle Constitution représente une forme de summum dans le Droit Mou - un ensemble d'envies et de désirs intraduisibles en textes de loi - ainsi bien sûr qu'une légion de Faux Droits - des "droits à" ceci ou cela, avantages particuliers au bénéfice de certains, assumés par l'ensemble des contribuables à travers la fiction collective de l'Etat.

Bien sûr, la plupart des articles sont contradictoires entre eux. Pour ne prendre qu'un exemple modeste mais évocateur, l'article 190 alinéa 3 explique que l'Etat "garantit la liberté individuelle du choix du mode de transport" alors que l'alinéa suivant décrète sur le même ton que l'Etat "encourage la mobilité douce." Libre, mais à condition d'aller dans le bon sens!

Les partis les plus institutionnels soutiennent le projet, parce qu'il représente un compromis dont ils sont les plus fervents défenseurs - fut-il illisible. L'UDC s'y oppose parce que l'ensemble des "droits à" représente un tel niveau de dépenses potentielles qu'on est pris de vertige, et si quelques articles évoquent des comptes publics maîtrisés, rien n'indique que cet équilibre sera atteint par une maîtrise des coûts: gare aux hausses de la fiscalité!

L'extrême-gauche enfin rejette le texte parce que certains acquis historiques ne sont pas aussi explicitement mentionnés que dans le texte de l'ancienne Constitution, laissant craindre un possible retour en arrière, selon leur point de vue. D'aucuns appellent à accepter le texte de peur que l'argent dilapidé dans la Constituante l'ait été en vain - l'argument le plus faible jamais inventé pour approuver une Constitution.

L'amoureux de la liberté aura du mal à approuver un tel projet, tel l'article 13 stipulant que "Toute personne assume sa part de responsabilité envers elle-même, sa famille, autrui, la collectivité, les générations futures et l'environnement", un parmi tant d'autres laissant deviner l'effrayant potentiel d'immixion dans la vie de tout un chacun par une administration chargée d'appliquer "rigoureusement" le texte. La nouvelle Constitution genevoise touche tellement de domaines qu'elle laissera libre court à l'interventionnisme le plus débridé. Il est vrai que cela dépendra essentiellement de l'interprétation qu'on en fait, mais c'est une piètre consolation.

Décidée dans la joie, votée dans l'allégresse et rédigée dans la douleur, la nouvelle Constitution genevoise ne représente finalement qu'une liste couchée sur le papier des préoccupations politiques à la mode, de la croissance "durable" (art. 10) au réchauffement climatique (art. 158).

On est aux antipodes d'un texte court, limpide, porteur de principes et définissant clairement les limites du périmètre de l'Etat.

Si elle est approuvée, le véritable défi sera pour les autorités de la prochaine législature cantonale, amenés à concrétiser tous ces nouveaux désirs en textes de loi. Ce n'est qu'à ce moment que les Genevois pourront se faire une idée de la boîte de Pandore qu'ils choisiront peut-être d'ouvrir ce dimanche.

Mise à jour (15 octobre): la Constitution est finalement adoptée, par 54,1% de Oui... Et un taux de participation de 31,9%. Ce qui veut dire que le nouveau "texte fondateur du canton de Genève" a été approuvé par moins d'un électeur sur 6! Rien n'empêche pourtant cette Constitution peu plébiscitée de s'imposer à tous les citoyens du canton. Ces derniers auront de nombreuses années pour regretter leur manque d'engagement de ce dimanche.

01 octobre 2012

Sans idées, on attaque les hommes

La section suisse d'Amnesty International fait fort. Dans une campagne de publicité intitulée "ça suffit", elle met en scène des responsables de l'UDC, projetés dans le rôle de demandeurs d'asile.

Christoph Blocher et le ministre de la Défense Ueli Maurer sont réduits à faire rôtir le bouc Zottel, mascotte de l'UDC, pour se nourrir. Quant au vice-président romand Oskar Freysinger, il est présenté sur des affiches imprimées sous le nom de "Jussuf" Freysinger, affublé d'un turban et posant devant des ruines syriennes. D'autres montrent Christoph Blocher grimé en Somalien d'une façon si naïve que même Michel Leeb n'aurait pas osé.

frey_syrien.pngOn pourrait discuter longtemps de la pertinence de la campagne orchestrée par Amnesty International, de ses effets productifs ou contre-productifs, de son humour douteux. Tout est relatif, et ce qui est permis contre des membres de l'UDC ne serait jamais toléré à l'égard d'autrui. Les médias trouveraient-ils aussi sympathiques des affiches "humoristiques" mettant en scène un Alain Berset en vendeur de drogue nigérian, un Jean-Michel Dolivo en mendiant roumain ou une Géraldine Savary en prostituée d'Europe de l'est?

Le fait est qu'il ne s'agit pas d'une campagne publicitaire - pas même d'une campagne politique. Elle n'a aucune pertinence, alors que le président du PS Christian Levrat affirme qu'il n'y aura probablement pas de référendum contre les dernières lois votées par le Parlement pour durcir les conditions d'asile. Elle ne correspond à aucun timing, puisque ces changements appartiennent au passé: ils ont été approuvés cet été. Elle est hypocrite puisqu'elle épingle volontiers les élus de l'UDC mais épargne tous les parlementaires venant des rangs du PLR et du PDC contribuant à créer une majorité (et ne se privant pas d'amener leurs propres amendements). Elle est hors de propos, enfin, puisque l'UDC n'a jamais voulu mettre un terme à la politique d'accueil de la Suisse mais seulement cesser les abus pratiqués depuis des années en la matière, et transformant le principe d'asile en véritable filière d'immigration - et de criminalité - clandestine.

En réalité, les responsables d'Amnesty International suisse ont simplement décidé de laisser libre court à leurs envies.

Ils auraient pu discuter du fond, mais non: à la place, ils choisirent simplement l'attaque ad hominem de bas étages, sur le principe du "si vous étiez à leur place vous feriez comme eux", ce qui est d'ailleurs loin d'être le cas. Et qu'on m'explique comment des Somaliens ou des Syriens atteignent la Suisse sans traverser un pays sûr selon la Convention de Dublin?

Selon moi, ils avaient un budget publicitaire à dépenser et en ont simplement profité pour mettre en scène leurs fantasmes. MM. Blocher ou Maurer réduits à l'état de miséreux dépenaillés, dénués de tout au point de cuisiner la mascotte du parti pour survivre! Quelle vision séduisante! Quel plaisir à contempler! Quelle perspective réjouissante! Et peu importe si cette nouvelle façon très particulière de susciter le débat risque plus de nuire à la réputation déjà passablement écornée d'Amnesty, ou de tarir les dons que l'association prétend employer à aider autrui, sur le terrain.

Ce qui en dit long sur leurs réelles valeurs.

24 septembre 2012

Un bon dimanche de votations

Hier, le peuple suisse se pressait aux urnes.

Trois objets fédéraux étaient soumis à votation: l'initiative sur la fumée passive, l'initiative "sécurité du logement à la retraite" et la validation d'un article constitutionnel sur la formation musicale ; et enfin, une multitude d'objets cantonaux et communaux, et c'est sans doute ce ceux-ci que viennent les résultats les plus réjouissants.

Mais à tout seigneur tout honneur, commençons par les votations fédérales.

L'initiative sur la fumée passive proposait de serrer - encore - la vis aux fumeurs, en interdisant toute forme de flexibilité cantonale sur le sujet: en effet, aujourd'hui, la loi fédérale fixe une "législation minimale" sur la fumée passive que les cantons sont libres de renforcer. Le rejet de l'initiative par 66% des votants, aujourd'hui salué par la presse, symbolise donc autant une victoire pour la liberté individuelle que contre une légalisation centralisée et brutale.

La sécurité du logement à la retraite visait à réduire l'ampleur de l'inique "taxe sur la valeur locative", prélevée sur un revenu fictif. En effet, en Suisse, un propriétaire est soumis à une taxe équivalente aux revenus qu'il aurait dû percevoir pour louer le logement qu'il habite! Supposons que vous preniez le train: la valeur locative serait comme une taxe sur la voiture que vous auriez pu prendre pour faire le même trajet...

L'initiative partait d'un compromis: supprimer la taxe, mais seulement pour les retraités, catégorie la plus touchée par son existence. Repoussée à 52%, elle réussit tout de même à rassembler une très forte minorité derrière elle. Gageons qu'une variante réussira dans quelques années à passer la rampe.

La formation musicale s'offrait un boulevard (qui peut être "contre la musique"?) et l'inscription dans la Constitution d'une place pour la musique et le chant fut une formalité, suivie par 72,7% des Suisses. Malgré tout, il y a lieu de rester attentif: lorsque l'Etat met ses doigts quelque part, il fait souvent preuve d'appétit... Espérons que nous ne nous retrouverons pas avec une ribambelle d'accréditations et d'autorisations bureaucratiques pour l'enseignement de la musique, comme nous le subissons dans le milieu de la garde d'enfant.

Sur les votations cantonales, regrettons l'arrêt des forfaits fiscaux à Bâle-Campagne, et saluons leur adaptation dans celui de Berne ; les Genevois n'auront pas de rues piétonnes, renvoyant le lobby anti-voiture à ses chères études ; félicitons Beat Feurer pour sa réussite à Bienne, permettant à l'UDC de décrocher pour la première fois un siège à l'exécutif de la cité bilingue.

Mais le véritable événement d'hier soir eut lieu à Neuchâtel, lors d'une votation cantonale pour un projet de ligne ferroviaire régionale Transrun entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Le résultat finit par tomber: non à 50,29%. C'est un coup de tonnerre.

Depuis des années, les autorités cantonales ont pris pour habitude de faire passer de gros projets d'infrastructure hors de prix, noyant le poisson sous un discours marketing à base de "dynamisme" et de "modernité". Ils ont longtemps été aidés, il est vrai, par une population facilement crédule face à ce genre de discours. Mais depuis hier soir, le ton a changé. Bien que d'une courte majorité, le refus est cinglant. La RTS ne s'y est pas trompé, évoquant cette votation cantonale avant même d'aborder les sujets fédéraux!

Si le sujet est si important, c'est parce qu'il fait écho bien plus loin que Neuchâtel. Les remous porteront sans aucun doute jusque sur les bords du Léman, où Lausanne n'a que trop l'habitude de s'approprier les ressources cantonales pour ses propres desseins.

Ainsi, la carte des votes est très instructive:

votation du 23 septembre 2012,initiative

Tous payent, mais seuls ceux qui en profitent sont pour... Etonnant!

En bleu, le tracé de la nouvelle ligne de chemin de fer (les parties pointillées devant être enterrées).

La rébellion d'une partie de la population du petit canton romand est sans doute due à une conjonction de facteurs - la perspective d'une dette supplémentaire pour le canton le plus endetté de Suisse, le manque d'intérêt du projet pour la plus grande partie des habitants, ou l'abandon de la ligne ferroviaire actuelle et de la desserte de six gares, pour n'en citer que quelques-uns. Et puis, c'est aussi la victoire de l'UDC locale, seul parti a s'être opposé au projet.

La propension des autorités à siphonner l'argent des contribuables pour des réalisations pharaoniques au bénéfice d'une minorité (ici, une liaison rapide entre deux grandes villes de gauche) vient de subir un sérieux coup d'arrêt.

Nul ne sait encore de quelle façon les élus retoucheront leur copie, mais que les ambitions soient revues à la baisse pour être moins coûteuses, repensées pour être réellement au bénéfice de tous ou financées autrement que par des coup de matraque fiscaux et des dettes, la population aura tout à y gagner.

C'est sans doute la conséquence la plus réjouissante des votations de ce week-end.