16 février 2012

Une brèche ouverte vers la polygamie

Quel rapport entre un accident de moto et la religion musulmane? A priori, aucun. Pourtant, en statuant sur une banale histoire d'indemnisation suite à un décès, le Tribunal Fédéral helvétique vient d'ouvrir une large brèche dans le droit traditionnel du mariage... Le droit traditionnel monogame, s'entend. Encore faut-il lire entre les lignes.

Hier soir, le présentateur du journal télévisé Darius Rochebin annonce sans ambages: "Ce soir il est question d'adultère avec une décision de justice qui change la conception même du couple. Le tribunal fédéral reconnaît à la maîtresse, plus précisément à la concubine, des droits comparables à ceux de l'épouse légitime."

L'histoire vient de la maîtresse d'un motard tué dans un accident. A la suite d'une longue procédure d'appel jusqu'au Tribunal Fédéral, la plus haute instance judiciaire du pays, elle se voit accorder une indemnisation comme si elle était l'épouse en titre. Comme l'expliquent les juges du tribunal pour justifier leur décision, "dans les faits ils partageaient le toit, la table et le lit." Le motard ne vivait plus avec son épouse depuis quatre ans sans pour autant avoir divorcé, étant en ménage avec sa maîtresse à l'époque de l'accident.

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Anne Reiser "c'est une révolution de palais"

Suit une interview de Maître Anne Reiser, invitée en tant d'experte du Droit de la Famille, dont voici une transcription.

Darius Rochebin - Anne Reiser, c'est une révolution, un couple qui n'a aucun contrat, simplement un couple de fait, a des droits?

Anne Reiser - C'est ça, c'est exactement ça. C'est à dire effectivement, le Tribunal Fédéral considère l'intensité des liens entre les deux personnes, mariées ou pas, indépendamment de leur statut.

DR - Il faut vivre ensemble, partager le lit, la table, le toit.

AR - Alors voilà oui, c'est ce que dit le Tribunal Fédéral dès l'instant où il y a ce genre de relation alors on a affaire à des proches. Le Tribunal Fédéral aurait pu dire "alors on a affaire à la famille" comme le dit la Cour Européenne des Droits de l'Homme mais il n'est pas allé jusque là.

DR - Ça ouvre toutes sortes de questions, pour l'héritage, pour autre, non?

AR - Alors pas vraiment, mais en revanche, dans le droit des assurances sociales, oui, je le pense, dans la mesure où effectivement... En fait, ce qui est surtout intéressant, c'est que le Tribunal Fédéral dit que dès qu'il y a un lien intense, alors il y a "proche", et ce proche peut se voir accorder le statut de concubin même s'ils ne vivent pas [ensemble] depuis longtemps. C'est surtout ça, et ça veut dire que, en droit des assurances sociales, en prévoyance professionnelle, effectivement, on pourrait tout à fait appliquer le statut de proche au, à, euh, enfin le mettre de la même manière que le statut d'époux, de concubin.

(...)

DR - Le mariage romain, le mariage chrétien... Tout ça, c'est balayé, là?

AR - C'est vrai que c'est une sacrée jurisprudence dans la mesure où le Tribunal Fédéral considère qu'il est d'autres formes de cumul de communautés de vie que le mariage, oui.

DR - un esprit conservateur dira même [qu'il] y a quelque chose d'inouï, un couple qu'on considérait comme adultère, maintenant il a l'onction de la justice?

AR - Voilà, exactement. Oui, c'est une révolution de palais.

 

Dans cette conversation étonnante, le terme "polygamie" n'est jamais mentionné, tel l'éléphant que personne ne veut voir au milieu du salon.

C'est pourtant une large brèche que le Tribunal Fédéral vient d'ouvrir en ce sens, en donnant des droits tant à l'épouse officielle qu'à la concubine. Car comme l'expliquent les journalistes en voix off dans le reportage:

L'automobiliste fautive devra donc verser une indemnité aux deux femmes, la décision du Tribunal Fédéral fera désormais jurisprudence.

 

Le Tribunal Fédéral n'a pas choisi la femme "réelle" face à la femme "officielle", il a choisi les deux!

Les explications de Me Anne Reiser sur le statut de "proche" vis-à-vis du droit des assurances sociales ou de la prévoyance professionnelle prennent ainsi un autre sens, beaucoup plus large.

Maître Charles Guerry, avocat de la maîtresse, se réjouit de ce que la décision initial du tribunal fribourgeois (qui avait accordé les compensations à la seule épouse, selon le droit du mariage) a été brisée et explique la teneur de cette "avancée":

Je crois finalement que c'est une conception morale du mariage et de la vie en société. Je crois que le tribunal cantonal n'a pas osé faire le pas... Il s'en est tenu à une application à la lettre de la loi, qui parle de famille, et n'a pas osé adapter la loi à la vie actuelle.

 

La vie actuelle - et bien plus encore.

Non seulement le Tribunal Fédéral a entériné des droits à une concubine hors mariage, mais il lui a accordé dans cette affaire les mêmes droits qu'une épouse légitime, et en plus de ceux-ci. Le statut de compagne n'a plus rien d'exclusif.

Un musulman (ou un mormon, ne soyons pas sectaire) pourrait ainsi avoir une épouse officielle et au moins une maîtresse, et jouer de la jurisprudence du Tribunal Fédéral en faveur des deux en cas de problème. Dans les formes, le droit du mariage serait légalement respecté, mais dans les faits, y compris pour des questions d'indemnisation ou d'assurances sociales, la polygamie serait entérinée. Au pire, il suffira de prétendre que l'époux ne vivait plus vraiment avec son épouse, ou qu'il ne partageait plus le lit conjugal.

Y a-t-il une limite supérieure au nombre de compagnes, épouses et autres concubines dans le nouveau sens qu'emploie le Tribunal Fédéral? L'arrêté ne le dit pas. Toutefois, sa nouvelle définition d'un partenaire comme celui ou celle qui "partage le toit, la table et le lit" n'a rien de limitatif. On peut très bien imaginer partager le toit, la table et le lit avec trois ou quatre partenaires en même temps (j'entends quelqu'un dire "un harem" dans le fond de la salle...)

Mais même sur la base d'une hypothèse conservatrice, si j'ose dire, deux femmes représentent un bon début.

En faisant fi de la loi et en décidant au-delà des textes de lui imposer leur propre interprétation de la vie en société et de son évolution, les juges de Mon-Repos prennent un virage dangereux. Non seulement ils n'ont aucune légitimité pour réviser le droit au lieu de simplement le préciser, mais leur posture d'apprenti sorcier ouvre la voie à des dérives bien trop évidentes pour qu'on pense à une simple méprise.

12 février 2012

Libéralisme hors-sol

Sur le départ, le président du Parti Libéral-Radical suisse Fulvio Pelli a fait son autocritique - un exercice relativement difficile, et vraisemblablement raté.

Je suis libéral. Cette conviction profonde, aboutissement d'un cheminement personnel, est très antérieure à mon adhésion à un parti politique suisse. Mais elle me pousse naturellement à suivre ce qui se passe dans les rangs du Parti Libéral-Radical.

On peut se demander: que fait un libéral à l'Union Démocratique du Centre? Poser cette question montre un manque de compréhension des valeurs réelles sous-jacentes à chaque formation politique, tant l'UDC que l'actuel PLR. Mais comme cet aspect des choses est central pour notre compréhension, il faut procéder à un développement.

udc.jpgSi on devait vraiment la réduire en deux mots, l'UDC est un parti libéral-conservateur. Libéral sur le plan de la responsabilité individuelle et de l'économie, conservateur sur le plan de la société, par respect des traditions et du mode de vie helvétique prévalant jusqu'à une époque relativement récente.

Lors de ma toute première rencontre officielle dans le parti, la traditionnelle soirée pour les nouveaux membres, je me suis présenté de but en blanc: "Stéphane Montabert, politiquement libéral, nouveau membre UDC." Je me demandais si une telle annonce n'allait pas provoquer quelques haussements de sourcils. Il n'y eu rien de tout cela. Non seulement je fus parfaitement accueilli et accepté, mais surtout, je découvrais vite que j'étais loin d'être seul. Bien d'autres membres, élus et cadres de l'UDC partageaient les mêmes valeurs que moi.

Alors, l'UDC, un vivier de libéraux? C'est aller un peu vite en besogne. L'UDC compte dans ses rangs de solides conservateurs, et on pourra même dénicher des socio-démocrates, hélas, sans se donner trop de peine. Un mouvement tel que l'UDC ne saurait être monolithique, ne serait-ce qu'à cause de sa taille. Mais même eux peuvent être amenés à épouser un certain degré de libéralisme, par simple utilitarisme. Et il y a à l'interne une forte proportion de libéraux, des gens qui ont estimé, comme moi, que la défense de l'éthique libérale était mieux défendue par l'UDC qu'à travers n'importe quel autre parti.

On peut évidemment se semander pourquoi ces "dissidents" ne sont pas dans le giron du parti libéral officiel. Ce qui nous amène à nous y intéresser d'un peu plus près.

Pour commencer, la dénomination du parti libéral est Parti Libéral-Radical, et ce n'est pas pour rien. Dans libéral-radical, il y a libéral, mais surtout radical; ceux qui s'intéressent à l'histoire politique suisse ne peuvent que s'étonner de la fusion récente de deux mouvements aux valeurs aussi antagonistes. Comme le mentionne Wikipedia:

Le PRD a été le parti le plus important de Suisse et représentait l'exclusivité du Conseil fédéral jusqu'en 1892. La construction de la Suisse moderne doit beaucoup au PRD, qui était alors situé à la gauche de l'échiquier politique (d'où son nom de radical). D'autres partis, tels que le Parti socialiste se sont positionnés plus à gauche que le parti radical, qui est de ce fait devenu un parti de droite.

 

Oui, les libéraux helvétiques ont choisi entre 2005 et 2009 de s'unir avec des radicaux considérés comme "héritiers de la gauche anticléricale et jacobine des libéraux de 1830" et nostalgiques de la vision de République Helvétique voulue en son temps par Napoléon. Certes, tout ceci remonte à deux siècles, mais quelques valeurs cardinales du radicalisme sont restées bien vivaces, comme le centralisme et l'étatisme, foncièrement opposés au fédéralisme et au principe libéral de subsidiarité.

Les libéraux n'ont pas accepté ce mariage de la carpe et du lapin que pour de basses raisons électoralistes ; la démarche d'un mouvement en perte de vitesse a été rendue d'autant plus facile qu'ils se sont eux-mêmes singulièrement éloignés des principes libéraux classiques, forçant certains d'entre eux à prendre le maquis. Même s'ils le prétendent encore parfois, ils ne sont plus guère les défenseurs des entrepreneurs et des PME (qui se tournent en masse vers l'UDC) mais ceux des banquiers de l'establishment et des grandes entreprises, le "capitalisme de connivence", la même alliance malsaine entre administrateurs et politiciens qui ronge bien d'autres pays occidentaux.

Pendant des décennies, l'appartenance à la famille radicale était pratiquement un choix professionnel: être cadre du parti était la marque d'appartenance à une certaine élite, un marchepied permettant d'intégrer un siège confortable dans un conseil d'administration de grande entreprise. Cette position d'antichambre du pouvoir économique a amené nombre d'affairistes et d'ambitieux à faire carrière au sein du parti - avec des convictions politiques plus que discutables.

Logo-kreuz-PRD-les-Radicaux.jpgFinalement, les deux composantes de la fusion ne sont, de loin, pas de force égale: les radicaux écrasent les libéraux à l'interne et dans les rouages du parti. Seules les sections "jeunes" laissent un peu plus d'oxygène aux défenseurs de la liberté.

C'est ainsi que le PLR en est devenu à tenir des positions invraisemblables de naïveté et complètement à contre-courant du libéralisme, comme l'adhésion à l'Union Européenne (un ensemble supra-national antidémocratique et bureaucratique) ou le refus du renvoi des criminels étrangers (au nom d'une doctrine universaliste faisant fi de la réalité).

Au sein du PLR, les traditions helvétiques de neutralité, d'indépendance et de démocratie directe sont perçues comme un héritage désuet, quand elles ne sont pas ouvertement combattues.

Pour ceux qui s'intéressent aux médias suisses, il y a à peu près autant d'écart entre le libéralisme authentique et le libéralisme sauce PLR qu'il y en a entre le magazine Bilan sous la direction d'Olivier Toublan (ou sa version alémanique) et ce qu'il est devenu sous la plume d'un Stéphane Benoit-Godet et d'une Myret Zaki... Rien d'étonnant donc à ce qu'un Fathi Derder, émanation journalistique romande portant sa médaille anti-UDC en sautoir, en devienne l'ambassadeur à Berne.

Sachant tout cela, choisir l'UDC n'a rien d'un crève-coeur pour un libéral. Les piques partisanes de certains membres du PLR font sourire, mais montrent aussi que les membres de ce parti, à supposer qu'ils soient eux-mêmes libéraux, semblent bien peu capables d'appréhender la puissance des forces libérales au sein de l'Union Démocratique du Centre - un manque de discernement qui résonne comme une parodie de ce qu'ils reprochent à l'UDC.

Cela allait-il changer avec "l'autocritique" de Fulvio Pelli? C'était en attendre beaucoup. Le président sur le départ d'un agrégat sur le déclin s'est contenté d'un mea culpa du bout des lèvres; s'il a vilipendé "les excès de l'économie" trop vite couverts par le parti - quelle audace! - il regrette le virage tardif en faveur de l'écologie  (parce que retourner sa veste sur le nucléaire après Fukushima n'a rien à voir avec de l'opportunisme...) et bien sûr, dénonce le "populisme" des autres partis, en se gardant bien d'en donner la définition.

Ce n'est que si le PLR atteint à nouveau une part d'électeurs de 20% ces prochaines années qu'il pourra remettre à leur place les ennemis d'une Suisse libérale: "Pour cela, nous devons porter le feu libéral vers les gens de ce pays", estime Fulvio Pelli.

 

Le PLR à 20%? On risque d'attendre longtemps. Quand au "feu libéral" porté par M. Pelli, il risque de ne pas réchauffer grand-monde...

Tous les partis politiques suisses sont traversés par des courants, et le PLR ne fait pas exception. Mais l'incarnation actuelle du grand vieux parti est peut-être plus fragile que n'importe quelle autre. Les tensions sont vives entre des philosophies libérales et radicales diamétralement opposés. Bien sûr, les échecs électoraux successifs n'arrangent rien. Mais il est difficile de convaincre les électeurs quand la moindre discussion profonde à l'interne risque de dégénérer en divorce. On en est réduit à aligner des lieux communs, dans la plus banale superficialité, et son président nous en a malheureusement gratifié d'un dernier exemple.

Personne ne sait de quoi l'avenir sera fait, mais il faudra encore du chemin avant que le PLR ne soit le siège d'un réveil du libéralisme, à supposer que cela survienne un jour.

En attendant, l'indépendance et la neutralité helvétiques, la souveraineté populaire, la baisse des impôts, la gestion saine des deniers publics, l'attention sur les fonctions régaliennes de l'Etat et la défense du fédéralisme n'ont jamais été aussi bien défendus que par l'UDC. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le regrette, c'est un fait.

J'ai une certaine affection pour mes collègues de pensée dans les rangs du PLR, mais j'estime pourtant que place des libéraux est au sein de l'UDC. J'étais parvenu à cette conclusion il y a plusieurs années déjà, et je n'ai jamais eu à le regretter.

07 février 2012

Insécurité, passivité et impuissance

La sécurité des biens et des personnes est la première mission de l'Etat. L'interview de Mme de Quattro dans les pages du Matin donne un état des lieux de la façon dont cette tâche essentielle est perçue de la part de la principale responsable dans le canton de Vaud. Le résultat finira de dissiper les dernières illusions sur une quelconque perspective d'amélioration.

Mme de Quattro commence par poser de_quattro.jpgun constat:

Notre pays et notre canton en particulier traversent une évolution (sic). Entre octobre et décembre 2010, il y a eu 225 cambriolages dans le canton. Durant la même période en 2011, il y en a eu 534. Deux fois plus… Quant aux braquages, ils ont augmenté de 20%.

 

Selon la Conseillère d'Etat, il y a plusieurs sortes de délinquants qui contribuent chacun à leur manière à faire descendre en flèche le niveau de sécurité des citoyens vaudois. Citons pour mémoire:

  • les toxicomanes locaux,
  • le grand banditisme venu des Balkans,
  • les bandes de malfrats de la banlieue lyonnaise et d'ailleurs,
  • les Gitans cambrioleurs.

Jusque là, l'analyse semble pertinente. Mais dès que l'on rentre dans le détail de ces populations et des mesures prises pour remédier au danger spécifique que chacune représente, c'est la catastrophe...

Commençons par les toxicomanes, qu'on imagine constamment à la recherche d'argent liquide pour s'approvisionner en drogue:

En février 2008, j’ai organisé des assises de la violence pour mettre en évidence la situation et chercher des solutions avec des experts. Rien n’est simple, parce que cette criminalité est aussi un phénomène de société: les jeunes veulent des marques tout de suite, consommer avant même d’être entrés sur le marché du travail et d’avoir produit de la richesse. Désolée d’être un peu crue, mais il y a des jeunes filles qui se prostituent pour un sac Vuitton. C’est ça la réalité aujourd’hui. Braquer un fleuriste ou un kiosque, ça leur semble plus facile que de se mettre à travailler.

 

Le "phénomène de société", l'excuse en bois par excellence. Mme de Quattro met sur le même plan la prostitution volontaire et le braquage violent d'un petit commerce! Et connaît-on tant d'exemples de kioskiers agressés pour se payer un sac à main de luxe? Pas un mot pour évoquer les réseaux de trafiquants venus d'Afrique qui fleurissent sur le pavé lausannois, et fournissent tout ce petit monde en substances illicites en attendant (éternellement) d'être renvoyés chez eux. En fait, la drogue est devenue tellement accessible que l'excuse de la toxicomanie n'en est plus vraiment une; si des pillages ont encore lieu au prétexte de se payer sa dose, c'est simplement par facilité. La cheffe de la sécurité publique n'a d'ailleurs pas de mal à illustrer pourquoi:

Nous misons d’abord sur la prévention. Il faut repérer les jeunes en danger quand il est encore temps, aider les parents dans leurs tâches éducatives. (...)

 

Les limites de la prévention sont pourtant connues de la conseillère d'Etat:

A Clarens, juste derrière chez moi, un mineur a torturé, avec deux complices, une personne âgée pendant deux jours, jusqu’à la mort. Il a écopé d’une année de prison. Et il s’en est vanté dans les bistrots! Aujourd’hui, vous trouvez des jeunes de 15 ans qui sont déjà des caïds. Il faut changer la loi pour être plus dissuasifs.

 

Changer la loi! Mais on ne vous demande que ça, Mme de Quattro, et à vos amis députés au Grand Conseil également. Que je sache, ce n'est certainement pas l'UDC qui s'oppose à un durcissement de la justice, et comme le parlement vaudois est à droite - en tous cas jusqu'au mois de mars - le problème est bel et bien dans le groupe politique qualifié de "centre droit".

Mais bon, entre clubs de sport et encadrement socio-éducatif, on peut parier que les toxicomanes et les petites frappes locales, terrifiées, n'oseront plus jamais s'attaquer à un commerçant...

(Rebondissant sur cet exemple, je trouve dommage que les journalistes n'aient pas demandé à l'élue quelle serait la peine appropriée pour avoir torturé à mort pendant deux jours une personne âgée. Selon moi, ce genre d'individu ne devrait pouvoir se vanter que devant ses compagnons de cellule et ne sortir de celle-ci qu'une fois réduit à l'état de vieillard chenu, mais il est vrai que je prône une justice au service de la société civile plutôt qu'à celui des criminels et de leur "réinsertion".)

La même rengaine vaut pour les gens du voyage: en gros, les délits étant commis par des mineurs, on ne peut rien faire.

Passons aux catégories suivantes, nos amis d'ex-Yougoslavie ou de la banlieue lyonnaise:

[Les bandes venues des Balkans, de l’ex-Yougoslavie sont des] gens organisés, eux, qui se préparent, visent à faire un gros coup qui leur permette d’empocher une belle somme, en minimisant les risques qu’ils prennent (sic). (...)

[Quant aux tourisme criminel,] il s’agit d’une criminalité transfrontalière perpétrée notamment par des Maghrébins originaires des banlieues françaises – Lyon, Grenoble et Marseille. La Suisse, plus particulièrement l’axe Genève-Vaud-Valais, est le supermarché dans lequel ils viennent se servir. Ce sont des gens sans aucun scrupule, allant jusqu’à maltraiter une octogénaire si elle se trouve sur leur chemin. Ils sont souvent dangereux et nous n’encourageons pas les gens à intervenir, au contraire: mieux vaut ne pas leur résister.

 

"Mieux vaut ne pas leur résister", annonce de but en blanc la cheffe de la sécurité vaudoise. Ce n'est pas un accident, son propos est émaillé de tirades semblables: "S’interposer est devenu trop dangereux." "Ce n’est pas aux citoyens d’assurer l’ordre public ni de jouer les Rambo"... On croit rêver devant un discours de soumission aussi révoltant. Plus important que la lutte contre la criminalité, la priorité de Mme de Quattro semble être de protéger à tout prix le monopole de la police, la sécurité des biens et des personnes n'étant que des objectifs secondaires.

A Saint-François, au centre de Lausanne, lorsqu'une bijouterie a été braquée en plein jour, les policiers n'ont mis que trois minutes à arriver, une fois prévenus par les nombreux témoins sur place. Mais le centre-ville de Lausanne est probablement l'endroit le mieux protégé de tout le canton, sauf peut-être à s'en prendre directement à un poste de police. Et malgré tout, l'intervention n'a pas pu être immédiate, on s'en doute; même trois minutes sont longues face à plusieurs agresseurs armés de couteaux.

Et si vous habitez à Echandens ou à Lussy-sur-Morges, combien de temps penserez-vous devoir tenir?

Effraction.jpgNous devons faire le deuil de la Suisse sûre dans laquelle nous avons grandi, où nous pouvions laisser un vélo à la gare et le retrouver avec sa selle et ses deux roues, admet la conseillère d'Etat en charge de la sécurité. "Nous nous retrouvons de plus en plus dans la même situation que les pays qui nous entourent." Si seulement! Mais nous avons réussi l'exploit de faire pire. En 1984, la Suisse était le pays le plus sûr d'Europe de l'ouest en terme de cambriolages. En 2011, elle est la dernière. Plus de 7% de la population a été victime d'un cambriolage lors des six dernières années.

Les frontières suisses sont inexistantes, les juges pusillanimes, les procédures judiciaires risibles, les magasins et les habitations mal protégés. Et dans les milieux criminels, ça se sait.

La lecture de l'entretien à bâtons rompus avec Mme de Quattro suscite plusieurs sentiments: la colère et l'indignation devant une impuissance assumée avec autant de naturel, bien sûr, mais aussi, l'étonnement devant la cécité volontaire chez la conseillère d'Etat. Certaines solutions ne semblent pas parvenir à franchir l'écran radar de notre politicienne.

Les prisons vaudoises regorgent de criminels étrangers, par exemple. C'est un fait. Mais nulle part cette petite corrélation ne vient titiller la réflexion de la responsable de la sécurité du canton.

De même, égréner les différentes catégories de criminels - les toxicomanes, alimentés par les réseaux d'Afrique de l'ouest par le biais des vrais-faux requérants d'asile; les bandits en provenance des Balkans; les petites frappes de la banlieue lyonnaise venant faire leurs emplettes ou les gens du voyage - ne permet pas à la politicienne de tracer le moindre point commun entre ces groupes, un petit indice subtil commençant par "é" et se finissant par "tranger".

Non, décidément, l'idée de frontières est désuette. La conseillère d'Etat l'admet volontiers:

Les Accords de Schengen ont apporté d’importants avantages, y compris à la police. Nous avons par exemple accès à des bases de données internationales d’objets et de personnes qui nous sont très utiles. Et nous ne voulons pas revenir aux postes de douane plantés sur chaque chemin, avec ses files d’attente.

 

Nous ne voulons pas revenir aux postes de douane? Qui, nous? Mme de Quattro et quelques caciques libéraux-radicaux, alliés pour l'occasion à une gauche jamais sortie de l'équation pauvre = innocent? Mais quid du peuple?

La cheffe de la sécurité vaudoise le concède pourtant du bout des lèvres, "il faut bien admettre que Schengen pose problème: les contrôles sont devenus totalement insuffisants pour lutter contre cette criminalité transfrontalière. C’est un point qu’il va falloir renégocier." Les journalistes s'abstiennent bien de poser les questions qui viennent immédiatement à l'esprit et sur lesquelles la conseillère d'Etat reste muette: renégocier quoi? Renégocier quand? Mystère. Le discours est purement hypothétique, la réflexion abstraite. La phrase est juste un os lancé aux auditeurs - nous sommes en période électorale, ne l'oublions pas - mais qu'ils n'attendent rien de concret.

Voilà en substance le consternant état des lieux de la sécurité du canton, établi par la principale responsable.

Il n'y a aucune stratégie cohérente, aucune vision d'ensemble, aucun volontarisme.

Quand bien même accorderait-on à Mme de Quattro dix fois plus de budget et deux fois plus de policiers, il est peu probable que la situation s'améliore: le problème ne vient pas de l'intérieur du canton. Mais remettre en question la sacro-sainte libre circulation et les trois-fois-bénis accords de Schengen est impensable (même si ce n'est pas vrai partout), et ne parlons même pas du renvoi des criminels étrangers.

On refuse d'accorder au citoyen le droit de se protéger, de protéger ses biens et de protéger sa famille, simplement pour garantir le monopole de la sécurité aux seules forces de police, alors même que celles-ci sont toujours plus empêtrées dans de nouvelles réglementations bureaucratiques.

On demande à la population helvétique de blinder ses portes et ses fenêtres, d'installer des caméras et de se calfeutrer en attendant les maraudeurs, simplement parce qu'on refuse de prendre ses dispositions aux frontières, là où elles sont le plus évidentes compte tenu de la nature de la criminalité qui frappe le canton.

On érige en principe sacré la mythique prévention des jeunes alors que les criminels ne sont même pas autochtones.

On a encore et toujours la vision d'une justice de beau temps - pas un mot sur les jours-amende! - dont la finalité est très éloignée de la sécurité de la population.

On a tout faux.

Autant dire que la criminalité dans le canton de Vaud ne va pas baisser de sitôt.

02 février 2012

Le Prix Inique du Livre

La bataille fait rage autour du prix du livre. Mercredi, dans les colonnes du Temps, Dominique de Buman, qu'on a connu plus inspiré, explique ainsi que le prix élevé des livres en Suisse démontre un "échec du marché libre". Le discours détonne de la part d'un membre du camp prétendûment bourgeois.

oui-au-livre.pngIl n'est pourtant pas le seul à penser cela. Du côté des partisans du contrôle des prix, on assiste dès la page d'accueil à la profession de foi d'un Oliver Feller en faveur d'une économie de marché "régulée". L'attitude anti-libérale du conseiller national radical détonne comparé au discours tenu par les adversaires de ladite réglementation où foisonnent non seulement les interventions anti-prix unique de plusieurs jeunes pousses des libéraux-radicaux, mais aussi celle de Fulvio Pelli, président du PLR.

On dirait qu'il y a de l'eau dans le gaz du mariage libéral-radical. A moins que cette absence de cohérence ne soit un objectif stratégique? Après tout, cette façon de faire permettra de mettre devant les caméras des personnalités du parti victorieuses le soir de la votation du 11 mars, quel que soit le résultat.

Mais revenons à notre question du prix du livre et de "l'échec du marché". Sans verser dans l'idéologie, les arguments en faveur du livre à prix unique ne manquent pas, même si, à y regarder de plus près, un certain nombre d'entre eux est à double tranchant.

Ainsi, la Loi sur le Prix du Livre (LPL) serait "simple" puisque son application serait déléguée à Monsieur Prix. Faire appel au super-héros de l'administration est tentant mais ses nombreuses victoires contre les vilains méchants prix laissent en bouche un petit goût d'inachevé. La surveillance des prix remonte à 1985. On ne peut pas vraiment dire que la Suisse a cessé d'être un îlot de cherté depuis - dernier exemple en date, la téléphonie mobile.

Autre argument-choc, "les professionnels du livre sont unis en faveur de LPL." A quelques exceptions près, avoue humblement le site: c'est-à-dire, les gros sont avec nous, mais pas forcément tous les autres.

Je ne sais pas pour vous, mais sachant que nous parlons là des professionnels suisses du livre - vous savez, ceux qui vous refourguent leurs cargaisons de bouquins avec un taux de change de 2,5 CHF pour 1 € - une telle unanimité me conduirait plutôt à me méfier. Ces gens-là se sont mis d'accord avec un projet de loi visant à faire baisser le prix des livres? Ha!

Et puis il y a aussi l'incontournable ritournelle sur le livre qui élève l'Homme, le livre vecteur de culture suisse rayonnante et victorieuse, le-livre-n'est-pas-une-marchandise, scandez, scandez, il en restera toujours quelque chose...

Les partisans du prix unique n'ont pas de légitimité particulière pour s'accaparer un constat partagé par tout le monde: les livres sont trop chers en Suisse.

20120104_MED_Plakat_Buchpreise_hoch_f.png(Le reste aussi d'ailleurs, mais tous les biens d'importation n'ont pas le mauvais goût d'afficher leur prix en euro imprimé sur l'emballage - on  imagine le tollé si c'était le cas. Peut-être la solution serait de gratter le prix en euro imprimé sur la couverture plutôt que de le recouvrir pudiquement d'une étiquette?)

La cherté du livre est-elle l'effet d'un marché libre qui a échoué? Ou est-ce au contraire, comme dans bien d'autres secteurs, le résultat de l'action de cartels d'importateurs agréés et de monopoles de modèles de distribution verticale qui se gavent gaiement du pouvoir d'achat helvétique en empêchant toute concurrence? Le marché du livre est-il trop libre ou pas assez libre?

Nous avons d'un côté des partisans du prix unique qui pensent, ou en tous cas prétendent clairement, que le prix unique décidé par l'administration forcera les prix à baisser. De l'autre, une frange d'opposants affirme qu'il n'en sera rien, que l'action de la force publique contre les "marges excessive" est une pantalonnade que les acteurs du secteur, en toute connivence, auront tôt fait de contourner.

Chacun y va de ses arguments et de sa liste d'exemples ou de contre-exemples internationaux...

Il se pourrait que la sincérité des uns et des autres - et les conséquences concrètes de la LPL - se soit révélé au travers d'une polémique sur l'interprétation que doit avoir le projet de loi pour les ventes de livre sur Internet, qui a fait suffisamment de bruit pour être reprise dans plusieurs médias.

Le prix unique s'appliquera-t-il au commerce en ligne effectué depuis un site étranger?

[Au] final le texte reste ambigu. Il ne mentionne que les importations en Suisse à titre professionnel. Ce qui a fait dire mardi au ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann que si l'on achète un livre sur Internet pour ses besoins personnels, la nouvelle réglementation ne s'appliquerait pas.

Une affirmation pas du tout du goût des partisans du prix unique: la loi précise que la réglementation s'appliquera à tous les livres neufs et rédigés dans une des langues nationales et commercialisés en Suisse. Selon eux, il suffit que le client se situe en Suisse pour que l'ouvrage y soit commercialisé. Pour d'autres, il faudrait que l'acheteur et le vendeur soient en Suisse.

Si le peuple dit "oui" le 11 mars, l'affaire risque donc de finir devant les tribunaux.(...)

 

Un prix unique "transfrontalier" contreviendrait à l'accord de libre-échange de 1972. Mais sans rentrer dans les détails juridiques, la position des acteurs est claire: les partisans du prix unique tiennent absolument à ce que les livres vendus sur Internet et livrés en Suisse, à travers Amazon par exemple, soient eux aussi soumis à la législation sur le prix du livre.

Cette polémique a tout pour déciller les yeux des plus indécis:

A votre avis, est-ce parce que les livres vendus en ligne seront plus chers ou moins chers que ceux disponibles en Suisse si la Loi sur le Prix Unique est adoptée?

Poser la question, c'est y répondre.

12 janvier 2012

A quand un Xavier Niel en Suisse?

Xavier Niel, patron de l'opérateur français Free, fait une véritable démonstration de la puissance d'un entrepreneur libéral. Et tout le monde y gagne.

niel.jpgXavier Niel est un self-made man. "Parti de rien, il est aujourd'hui à la tête de la première fortune française du numérique, évaluée à 3,15 milliards d'euros par le magazine 01 Business, et de la 297e fortune mondiale selon le classement Forbes", écrit Le Figaro. Mais notre homme ne donne pas dans la thésaurisation. Il fait croître et multiplier la richesse et le développement autour de lui:

Xavier Niel reste d'abord un technophile enthousiaste, au point d'être baptisé le «Steve Jobs français», y compris chez ses concurrents. Passionné de business, véritable entrepreneur, il a créé à la rentrée avec ses amis du Net Marc Simoncini (fondateur de Meetic) et Jacques-Antoine Granjon (ventes-privees.com) la première école d'Internet pour former les jeunes aux métiers du Web.

Via son fonds Kima Ventures, il encourage les jeunes créateurs d'entreprises en investissant dans une myriade de start-up: de Deezer à Bakchich, il a pris des participations dans près de 800 entreprises! Avec un petit faible pour le secteur de la presse, dont il connaît le fonctionnement dans les moindres rouages.

 

M. Niel a une autre immense qualité: il a prouvé par son travail acharné et résolu qu'une entreprise privée pouvait être à la fois rentable et se reposer sur le marché libre pour sa croissance - en cassant les prix - même dans un enfer fiscal comme la France. Par les temps qui courent, c'est un vrai message d'espoir.

Mais revenons à l'actualité. Le buzz du moment tient bien sûr à la nouvelle offre que Free propose depuis le début de la semaine pour les téléphones portables en France. Alors que les opérateurs actuels (Orange, Bouygues et SFR) se faisaient un plaisir de traire le consommateur dans la grande tradition de l'entente entre gens raisonnables, Free a résolument choisi l'attaque frontale. Des tarifs à prix cassés.

Et ce n'est rien de le dire:

free.jpg

L'offre a de quoi faire saliver lorsqu'on connaît les tarifs de téléphonie mobile en Suisse. ICT Journal, le magazine suisse des technologies de l’information pour l’entreprise, l'annonce franchement: l'offre de Free fait des envieux en Suisse. Les photos accompagnant l'article valent leur pesant de cacahuètes, puisqu'il s'agit des photos d'écran des "meilleures offres" (je n'ose enlever les guillemets) des opérateurs locaux, Orange Suisse, Sunrise et Swisscom. Entre 100.- et 169.- mensuels, contre 30 € pour la nouvelle offre de Free... En France.

Pourquoi n'y a-t-il pas d'opérateur comme Free en Suisse? Parce que dans nombre de secteurs économiques, contrairement à l'opinion répandue, la Suisse est un pays terriblement fermé.

Comme l'explique Pascal Salin, un marché concurrentiel n'est pas un marché où coexistent différents acteurs - le mythe de la "concurrence pure et parfaite" entretenu par des générations de charlatans qui se prétendent économistes, et dont on ne voit que trop les limites sur le marché de la téléphonie mobile helvétique - mais un marché où de nouveaux entrants peuvent s'installer librement.

Ce n'est pas compliqué. Si un marché est extraordinairement juteux et profitable, les concurrents se presseront au portillon et feront baisser progressivement les prix pour conquérir des parts de marché, jusqu'à un niveau de profit raisonnable. Peu importe que le marché soit initialement tenu par dix entreprises en connivence ou juste un opérateur historique vivant sur la lancée d'un vieux monopole.

En revanche, si d'éventuels concurrents sont empêchés de venir sur le marché par une libéralisation à reculons, des licences inaccessibles et un parcours du combattant pour poser la moindre antenne, alors il ne faut pas s'étonner que les prix restent élevés. Personne n'a le pouvoir de déranger les fournisseurs installés, trop content de garder leur clientèle en otage.

Un nouvel entrant peut-il arriver en Suisse? Les prix montrent clairement que non. Lorsque Xavier Niel annonce "qu'à deux euros de forfait mensuel, nous faisons encore de la marge" il donne une petite idée de l'incroyable surfacturation frappant de plein fouet le consommateur helvétique. Certes, il y a quelques différences locales - une réglementation plus restrictive pour la puissance des antennes, selon l'appréciation rationnelle des risques par le législateur - mais cela ne saurait justifier le gouffre entre les tarifs de part et d'autre de la frontière.

La triste situation du consommateur suisse, "protégé" par une législation empêchant toute concurrence réelle, a peu de chances de s'arranger.

Xavier Niel était intéressé par Orange Suisse - le rachat d'un acteur local étant pratiquement la seule façon de rentrer sur le marché. Malheureusement, la transaction ne s'est pas faite, France Télécom préférant jouer un sale coup à son concurrent hexagonal en vendant l'entreprise à un fonds d’investissement, Apax Partners (le genre typique d'entreprise qui cherche à donner à ses clients le meilleur tarif...)

Sans doute, un jour, le verrou finira par sauter, et même en Suisse nous pourrons bénéficier de prix raisonnables, sans plus éprouver le sentiment d'être des vaches à lait. Ce jour-là, nous verrons sans doute Swisscom ou Sunrise nous expliquer le même genre de baratin que ce qu'Orange France oppose aujourd'hui à l'offre de Free. Doux instants!

Mais il faudra attendre encore longtemps, et en attendant ce jour béni, continuer à payer des tarifs qui font rire de nous à l'étranger.

10 janvier 2012

Le congrès de la reconquête

Le congrès extraordinaire de l'UDC du 6 octobre à Bussigny avait vu la nomination de Pierre-Yves Rapaz pour succéder au défunt Jean-Claude Mermoud au Conseil d'Etat vaudois. Las! Malgré les qualités de M. Rapaz, la mobilisation de la gauche et la faiblesse de l'engagement du centre-droit firent tomber le siège dans l'escarcelle des Verts, avec l'élection de Béatrice Métraux.

Le Conseil d'Etat vaudois est désormais dans une situation ubuesque: alors que le canton de Vaud est - aux dernières nouvelles - avec une majorité de droite, l'exécutif est majoritairement à gauche, avec trois PLR, deux socialistes et deux Verts.

Et aucun UDC.

L'UDC a donc formé un front uni ce soir pour entériner la candidature de Claude-Alain Voiblet - une candidature approuvée à l'unanimité du comité central de l'UDC Vaud hier soir.

Claude-Alain Voiblet est un pilier central de l'UDC Vaudoise, en grande partie responsable de sa croissance ces dernières années. Secrétaire du parti et coordinateur de l'UDC en Suisse romande, Claude-Alain Voiblet est aussi député au Grand Conseil Vaudois, et préside le Conseil Municipal de Lausanne. Ce n'est qu'une modeste partie de son parcours ; pour un aperçu plus complet de ses valeurs et de son histoire, écoutez donc sa présentation ici (durée: 10 minutes environ).

IMAG0105.jpgClaude-Alain Voiblet est solide dans ses convictions, méthodique, mais aussi capable d'écouter, diplomate et apte au compromis. Respectueux des institutions, il a le libéralisme helvétique chevillé au corps et défend fermement les intérêts de la classe moyenne et la famille traditionnelle. Il incarne parfaitement la charnière entre l'UDC paysanne traditionnelle et l'UDC urbaine plus récente qui s'est développée dans tout le canton. Il fera un excellent Conseiller d'Etat, j'en suis persuadé. Et je ne suis pas le seul: le congrès de l'UDC l'a littéralement plébiscité.

Devant l'ampleur de la tâche à accomplir - non seulement reconquérir le siège UDC au gouvernement du canton, mais aussi ramener la barre à droite au Château - les membres de l'UDC ont fait preuve d'une étonnante solennité; loin du congrès du 6 octobre où une pléthore de candidats s'étaient affrontés, ce mardi soir a vu l'intérêt supérieur de la politique cantonale s'imposer aux ambitions individuelles. Celles-ci ressurgiront probablement après les élections, lorsqu'il s'agira de trouver un nouveau chef de groupe UDC au Grand Conseil.

Malgré tout, au mois de mars, il ne s'agira pas d'élire un candidat pour quelques mois mais bien de façonner la politique vaudoise pour les cinq ans à venir.

La campagne sera courte; la votation est dans à peine quelques semaines. Gageons qu'elle sera intense. Les électeurs de l'UDC auront douloureusement appris avec l'échec de Pierre-Yves Rapaz que la mobilisation est la clef du succès, et que personne ne leur fera de cadeau.