30 août 2012

OGM: sale temps pour les marchands de peur

"Les OGM ne sont nuisibles ni pour l'humain ni pour l'environnement, selon une étude" annonce fièrement la RTS, faisant état de la conclusion du Programme national de recherche "Utilité et risques de la dissémination de plantes génétiquement modifiées" (PNR 59) dont les résultats ont été publiés mardi.

En guise de titre, c'est un vil mensonge, puisqu'il ne s'agit pas d'une étude mais de trente dans le cadre d'un programme étalé sur quatre ans. Pour ceux qui gardent encore un soupçon d'ouverture d'esprit sur la question des OGM, les conclusions sont de la plus grande banalité:

Les nombreux projets de recherche menés sur la biosécurité dans le cadre du PNR 59 ne permettent pas de conclure à la dangerosité des cultures de plantes utilitaires génétiquement modifiées. Leurs résultats corroborent en ce sens ceux d'autres enquêtes importantes effectuées en Suisse et à l'étranger.

La coexistence entre agriculture conventionnelle et agriculture biotechnologique est possible - moyennant un modeste surcroît de dépenses. En échange, les cultures d'OGM peuvent assurer des bénéfices économiques supplémentaires. Un régime légal de coexistence entre cultures conventionnelles et OGM peut être mis en place à l'aide d'un petit nombre d'adaptations à la loi sur le génie génétique.

 

Et voilà. Les OGM ne sont pas du poison et n'ont même pas à être cantonnés dans des laboratoires. Comment s'en étonner alors que l'importance des cultures d'organismes génétiquement modifiés ne cesse de croître dans le monde? En 2011, 32% du maïs était OGM ainsi que 83% du coton et 75% du soja.

mais_ogm.jpgOui, les trois-quarts du soja produit sur Terre sont génétiquement modifiés. Aujourd'hui.

De l'Europe au Burkina Faso, les adversaires des OGM persistent, envers et contre tout. Voilà pourquoi le programme national de recherche de la Confédération est aussi important: il est le fait d'une entité respectée par tous dans le débat. Pas possible pour les anti-OGM de défausser, comme à leur habitude, des conclusions n'allant pas dans leur sens au prétexte que l'étude serait biaisée à cause de son commanditaire.

Évidemment, une nouvelle annonçant (une fois encore) l'innocuité des OGM implique d'offrir un billet gratuit à un invité pour venir expliquer sur les plateaux télévisés tout le mal qu'il en pense. La RTS n'a pas dérogé à la règle et nous a donc gratifié de la présence du directeur de l'Union Suisse des Paysans, Jacques Bourgeois, fermement opposé à cette nouvelle technologie mais avec suffisamment de diplomatie pour habiller son opinion d'un pragmatisme de bon aloi:

"Cette étude ne tient pas compte du principal argument, c'est les consommateurs... Les consommateurs ne veulent pas d'OGM dans leur assiette et quelle entreprise serait prête à mettre sur le marché un produit qu'elle sait pertinemment d'avance, qu'il n'y a pas de demande par rapport à ce produit-là."

 

Bel argument circulaire: les consommateurs ne risquent pas d'acheter des OGM si on ne leur en propose jamais. Mais en réalité, cette simplification n'est pas tout à fait exacte. La question a aussi été abordée par le programme PNR 59. Les conclusions montrent que le rejet est loin d'être aussi net que ne l'espèreraient les anti-OGM:

Des ventes tests effectuées dans notre pays confirment le fait qu'un consommateur sur cinq achèterait des produits génétiquement modifiés si on lui en offrait la possibilité. En outre, pas moins de 71% de l'ensemble des consommateurs plaident pour la liberté de choix entre végétaux génétiquement modifiés et végétaux de culture traditionnelle.

 

Clouons le dernier clou du cercueil:

Le nombre de personnes qui achèteraient des produits OGM dépasse même actuellement celui des consommateurs de produits bio.

 

Que les consommateurs acceptent l'idée d'acheter des OGM, les paysans suisses n'en produiraient pas de toutes façons, n'est-ce pas? Là encore, ce n'est pas tout à fait vrai: "comme le révèle l'étude PNR 59, plus de 35% des agriculteurs du canton de Zurich interrogés répondent positivement à la question de savoir s'ils accepteraient de cultiver des plantes génétiquement modifiées."

Dont acte. La recherche - la vraie, celle de gens en quête de vérité et et sans présupposés idéologiques - n'a rien contre les OGM, et ce n'est pas faute d'avoir cherché. Le monde entier fonctionne aux OGM, sauf l'Europe et la Suisse, enfermées dans des peurs soigneusement entretenues, mais parfaitement illusoires.

La Suisse a décrété un moratoire contre les OGM en 2005. Alors que celui-ci a été prolongé à 2013, elle a lancé en parallèle le programme PNR 59 précisément pour répondre scientifiquement aux questions sur leur dangerosité et leur impact sur la nature. Depuis mardi, les conclusions sont là. Le dossier à charge contre les OGM est vidé de sa substance.

Il n'y a plus aucune raison objective de reconduire le moratoire.

Qui pense vraiment que les adversaires des OGM se rendront à ces nouveaux arguments? Pas besoin d'être grand clerc pour deviner que leur combat n'est pas prêt de s'arrêter. Mais alors, qu'il soit désormais clair aux yeux de tous qu'ils n'agissent ni au nom de la science, ni même au nom du principe de précaution.

28 août 2012

Trop de pauvres sur les routes

5 francs. C'CHF-5-front-small.jpgest le prix auquel la présidente de la confédération, Eveline Widmer-Schlumpf, souhaite parvenir d'ici 2050 pour chaque litre d'essence.

Vous avez une berline pour transporter votre famille, avec un réservoir de 70 litres? Sortez les 350.- à chaque passage à la pompe...

Dans la même veine, la conseillère fédérale table sur une augmentation de 50% du prix de l'électricité, toujours à l'aide de taxes "incitatives". Les quelques individus qui pensaient esquiver les tarifs délirants de l'essence avec une voiture électrique ne s'en sortiront guère mieux. Pas plus d'ailleurs que les consommateurs et les entreprises utilisant de l'électricité, c'est-à-dire, tout le monde.

Facile de se moquer des décisions sur trente-huit ans que le gouvernement se sent obligé de prendre ce jour. Les difficultés de la Suisse ici et maintenant sont-elles à ce point triviales que les géants intellectuels composant notre Conseil Fédéral n'ont d'autre choix que de s'attaquer aux défis à l'horizon 2050?

Mais la Suisse existera-t-elle seulement encore à cette date?

eveline widmer-schlumpf,écologie,fiscalité,automobileLorsque le projet de fiscalité écologique prendra ses pleins effets, Mme Widmer-Schlumpf ira joyeusement sur ses 94 ans. On devine que, 35 ans après la fin de son mandat, elle ne sera personnellement pas trop affectée.

Evidemment, la proposition suscite un tollé, et il est fort probable que le projet finisse à la corbeille avant même que l'encre ne soit sèche. Si le Parlement a la veulerie de suivre les délires mortifères de l'administration fédérale, il reviendra alors au peuple de remettre ses élites en place. Fichu démocratie directe, n'est-ce pas!

La Suisse dispose de quelques garde-fous pour éviter que les pires utopies ne soient infligées à la population. Malgré tout, le combat fut-il gagné d'avance, la perspective n'a rien de rassurant. Elle amène à s'interroger sur la classe politique tout entière. Avoir installé aussi haut à la tête de l'Etat helvétique des gens capables de pondre des inepties pareilles a quelque chose d'effrayant.

Qu'on ne se méprenne pas, Mme Widmer-Schlumpf n'est pas seule en cause. Le projet annoncé par la Présidente de la Confédération n'est pas sa décision personnelle mais l'émanation de toute une administration qui a longuement travaillé pour établir son plan... Et une part non négligeable de la population (quoique minoritaire, je n'en doute pas) soutient le projet.

J'invite ces visionnaires à faire preuve d'audace. Nul besoin d'attendre 2050. Gagnons du temps: que ces belles âmes s'engagent à payer dès aujourd'hui leur essence 5.- le litre, volontairement. Elles n'ont qu'à me faire don de la différence, par exemple. Je promets solennellement de dépenser cette somme au nom de Gaïa.

La seconde réflexion qu'inspire ce projet de fiscalité écologique tient à son mécanisme. Bonne pâte, L'Etat entend rétrocéder à la population les sommes extorquées au travers de ces taxes énergétiques - moyennant une petite part pour les fonctionnaires, il faut bien vivre... Ces montants seraient reversés par des bonifications d'impôt, une réduction des primes d'assurance-maladie ou des cotisations AVS réduites pour les ménages et les entreprises.

Résumons: l'énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée par des réductions d'impôts.

Résumons encore: l'énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée à tout le monde, sauf à ceux qui sont trop pauvres pour payer des impôts.

Le caractère antisocial du projet devrait faire bondir tout socialiste normalement constitué.

Entre écologie et aide envers les plus démunis, le coeur balance...

L'écologie politique se fait fort de changer les comportements sous la contrainte. Et pour que la population se sente concernée, il faut que ladite contrainte se concrétise en mesures fiscales écologiques frappant durement le porte-monnaie. D'où un implacable énoncé de la logique sous-jacente:

L'écologie implique de changer le comportement du plus grand nombre - c'est-à-dire, de la classe moyenne et des pauvres. Elle est donc foncièrement et nécessairement anti-sociale.

Le moindre sympathisant vert jurera évidemment le contraire. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence, une mesure fiscale ciblant exclusivement les 1% les plus fortunés n'a écologiquement aucun sens. Ce sont les 99% qu'il faut viser.

Les ultra-riches sont volontiers adeptes de l'écologie, en grande partie parce qu'ils peuvent se le permettre. Fiscalement ou socialement, ils tireront toujours leur épingle du jeu. Banquiers, administrateurs de grands groupes, négociants en art ou héritiers de bonnes familles n'auront aucun problème à payer leur électricité le triple, leur essence 5 francs le litre ou leurs sacs poubelles 10 francs pièce. A une époque où les automobiles n'existaient pas, ils disposaient d'une chaise à porteurs! Que la fiscalité devienne trop irrespirable - malgré les considérables moyens d'optimisation fiscale à disposition - et il leur restera toujours la possibilité de déménager vers des horizons plus cléments (ainsi que leurs éventuelles entreprises, mais c'est un autre débat.)

Le Suisse moyen n'a pas cette chance. Prisonnier de la distance entre son logement locatif et son emploi, il ne peut que subir les foudres fiscales en continuant tant bien que mal à se déplacer de son domicile à son travail. On lui fait miroiter un avenir plus vert où en se privant de tout il parviendrait à esquiver certaines des taxes qui le frappent, mais en ces temps difficiles, quelle part de sa consommation relève exclusivement du loisir? A moins que l'éclairage et le chauffage n'en fassent désormais partie...

Rendons grâce à Eveline Widmer-Schlumpf pour sa cohérence écologique: si la réforme fiscale promue par la conseillère férérale et son administration réussit à passer la rampe, les routes helvétiques seront enfin débarrassées des embouteillages provoqués par tous ces pauvres qui parvenaient encore à se payer une voiture.

Plus de place sur la chaussée pour les 4x4 série limitée, c'est aussi ça, l'écologie.

18 août 2012

Si je voulais ruiner la Suisse...

Si je voulais ruiner la Suisse,

J'ouvrirais ses frontières au tout-venant. Contre ceux qui renâcleraient ou s'accrocheraient encore au souvenir de leur sécurité, je hurlerais "Racistes! Racistes!" en les pointant du doigt, jusqu'à ce qu'ils courent se cacher, pétris de honte.

Au nom de la solidarité, je mettrais en place une assurance-maladie obligatoire et collective sans aucune responsabilisation. Je ne me contenterais pas simplement d'attendre l'étranglement de la classe moyenne à travers l'explosion des primes: j'en profiterais pour faire passer toujours plus d'étatisation de la santé auprès d'une population déboussolée, et je transformerais progressivement l'assurance en impôt.

Sous couvert de prévoyance-retraite, je forcerais les gens à cotiser à des caisses de pension collectives et opaques, aux obligations de rendement intenables. Que certains devinent la faillite inévitable du système, je prendrais alors soin de les empêcher de retirer leurs avoirs afin qu'ils restent jusqu'au bout spectateurs impuissants de leur ruine.

Sous prétexte de collaboration internationale, j'infligerais aux banques helvétiques le rôle ingrat de collecteurs d'impôt au profit de gouvernements étrangers, lesquels n'en continueraient pas moins à œuvrer contre la Suisse pour parvenir au démantèlement complet de son secteur bancaire.

Utilisant comme prétexte la pollution, l'écologie ou d'improbables tsunamis, je détruirais la filière énergétique et taxerais toute forme de carburant. Je culpabiliserais les gens de s'en servir. L'énergie bon marché deviendrait chère, de sorte que l'énergie chère semble abordable. J'abreuverais les crédules de promesses d'un futur radieux, pendant qu'au présent l'énergie devienne un luxe et que l'approvisionnement du pays dépende du bon vouloir de ses voisins.

J'abattrais pour de bon la force du Franc Suisse en le liant à des monnaies-papier en perdition. Pour réaliser mon forfait, j'en imprimerais à foison pour acheter ces papiers sans valeur, jusqu'à ce qu'il s'effondre à son tour. Prétextant œuvrer contre la crise, je n'aurais de comptes à rendre à personne: plutôt que de combattre les cartels d'importateurs, je n'aurais qu'à prétendre aider les exportateurs, alors que je ruinerais la population entière.

J'userais de la démocratie et du droit d'initiative fédéral comme d'un marteau pour écraser l'autonomie cantonale. Pour faire bonne mesure, j'instaurerais au travers de mécanismes de péréquation financière un véritable socialisme des cantons où ceux dont les finances publiques sont bien gérées se verraient punis.

Je soumettrais avec enthousiasme la Suisse aux tribunaux de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, à l'ONU et à toutes les institutions supra-nationales et anti-démocratiques que je puisse trouver, enserrant la démocratie directe dans un carcan inextricable. Je signerais avec empressement tout accord international pénalisant, la Suisse fut-elle le seul pays au monde à le respecter.

J'utiliserais mes amis dans les médias et à l'école publique pour professer à tous que le confort est coupable, la richesse méprisable et la prospérité, inacceptable. J'entraînerais la population à haïr ses réussites et à mépriser les riches jusqu'à les faire fuir, quelles que soient les conséquences sur leurs propres impôts.

Je rapprocherais toujours plus la Suisse de l'Union Européenne, mais afin que personne ne nourrisse de soupçons, je travaillerais en coulisse pour rendre le droit suisse "euro-compatible" - bien que personne ne me le demande et que cela ne fasse pas partie de mon mandat.

...

Si je voulais ruiner la Suisse, finalement... Je me dis que je ne ferais pas les choses différemment.

tell.jpg

Basé sur une idée de FreeMarketAmerica.org.

03 août 2012

Martine en Turquie

La mésaventure de Christian Varone a été une aubaine dans une période de disette médiatique pour qui ne s'intéresse ni aux Jeux Olympiques ni à la déprimante crise de la dette publique. 24Heures lui consacre 6 articlesle Temps lui en accorde sept, mais le champion toutes catégories est incontestablement Le Matin avec pas moins de 13 articles - ne doutons pas qu'il battra son propre record!

Christian Varone, commandant devarone.jpg la police cantonale valaisanne et candidat libéral-radical au Conseil d'Etat valaisan, a été arrêté il y a une semaine en Turquie en possession d'une "pierre" dans ses bagages. Selon une des premières versions fournies:

Christian Varone et sa famille étaient en vacances dans la région d’Antalya en Turquie. Lors d’une promenade sur un chemin public bordant un site archéologique, un des enfants a ramassé un caillou qu’il trouvait joli, a indiqué à l’ats Patrick Varone. Au retour, les bagages ont été fouillés et il semble que la présence du caillou soit à l’origine de l’arrestation.

 

On sait la Turquie tâtillonne sur son intégrité territoriale, mais tout de même! Un caillou, vraiment? Plus tard, on apprend par Ibrahim Acar, directeur du tourisme et de la culture d’Antalya, que le caillou en question n'est pas complètement anodin:

Les experts ont immédiatement vu que la pièce provenait d’une tête de colonne. C’était une pierre travaillée, ayant des ornements propres à l’époque romaine.

 

Malheureusement, pas possible d'avoir la photo du caillou en question pour l'instant. Incidemment, alors que les informations remontent, on entend qu'il s'agirait d'un morceau de marbre appartenant à une colonne de l’époque romaine, d'environ 20 centimères de long tout de même. Quant à M. Varone, de retour en Suisse, il s'exprime "à titre privé" sur l'affaire. Il plaide la méconnaissance de la législation turque, l'erreur d'appréciation... La version de l'enfant qui ramasse un joli caillou et le donne à son père n'apparaît plus, l'individu restant évasif sur ce point.

Christian Varone ne remet pas en question ses ambitions politiques, estime ne pas avoir mauvaise conscience, prétend encore que le "caillou" était sans importance: "Je ne suis pas archéologue et ne pouvais pas savoir si cette pierre était antique ou pas", affirme-t-il sans rougir. S'il n'est pas blanchi par la justice turque, Christian Varone est de retour en Suisse avec sa famille. L'affaire Varone a tout d'un pétard mouillé.

On peut toutefois en tirer un certain nombre d'enseignements.

Dire que la Turquie se moque de son héritage - si celui-ci n'est pas islamique - serait un euphémisme: les chrétiens sont spoliés et maltraités, les églises converties en mosquées, et à Istanbul il est strictement interdit de les rénover. Il est vrai que la Turquie, toujours avide de reconnaissance internationale, adhère évidemment à des conventions de préservation du patrimoine; mais, hormis pour une poignée d'entrepreneurs susceptibles de fructifier les richesses archéologiques du pays à travers le tourisme, les sites antiques ne sont le plus souvent que des tas de pierre à exploiter jusqu'à ce qu'ils s'écroulent.

martine.jpgUne loi sur le patrimoine naturel et culturel a bien été votée en 1983 (!) mais elle a tout d'un alibi, permettant de retenir des touristes avec des "cailloux" contre quelques espèces sonnantes et trébuchantes (un réflexe que le commandant de la police cantonale valaisanne n'aura pas eu, on peut le comprendre). Rien d'étonnant à ce que les valises d'un ressortissant d'un pays riche comme la Suisse se fasse fouiller... Si le douanier fait correctement son travail alors l'extorsion se fera par le biais d'une remise en liberté sous caution. La mentalité turque ne change pas facilement et l'évolution récente du pays ne la pousse clairement pas vers plus de respect pour son héritage non-islamique.

Christian Varone prétend avoir pris la pierre en question loin à l'extérieur d'un site historique, au bord d'une route, mais comment en être sûr? Les versions changeantes impliquant la responsabilité d'un enfant ne jouent clairement pas en faveur de sa crédibilité. Quant à sa ligne de défense - l'ignorance de la législation turque - elle prêterait à sourire si elle n'était si consternante de la part d'un chef de la police... Ne devrait-il pas savoir mieux que personne que nul n'est sensé ignorer la loi?

Ibrahim Acar enfonce le clou: "les agences de voyages et les guides connaissent très bien la législation en Turquie et informent les touristes. Les panneaux sur les sites archéologiques indiquent qu’il est strictement interdit de sortir un bien historique ou culturel du territoire. Malgré tous ces efforts d’information, il y a de temps en temps des touristes qui ont des mésaventures", explique-t-il pudiquement. En effet!

Peut-être Christian Varone ne clame-t-il que la vérité, aussi bizarre soit-elle. Ou peut-être les choses se sont-elles passées tout à fait différemment. Peut-être Christian Varone s'est-il sciemment emparé d'un morceau de marbre travaillé sur un site protégé, faisant fi des avertissements dans toutes les langues rappelés sur divers panneaux. Pas de gardien à l'horizon, l'occasion fait le larron. Peut-être s'est-il dit qu'il pouvait bien se le permettre, chez ces sauvages de Turcs qui négligent si visiblement leur patrimoine. Peut-être a-t-il pensé que le malheureux morceau de marbre taillé ferait mieux chez lui, sur un socle dans une vitrine que par terre sur une zone archéologique d'Antalya, exposé aux éléments? Peut-être a-t-il glissé la pièce dans sa valise, entre deux paires de chaussettes, en se disant que s'il se faisait attraper il raconterait qu'il a ramassé l'objet au bord d'un chemin, que la pierre a été mise dans sa valise par un de ses enfants, n'importe quoi, sans vraiment croire qu'il se ferait arrêter de toutes façons - tant de touristes vont et viennent en Turquie...

Et puis, à la douane, un officiel a vu une famille suisse passer et s'est dit qu'il y avait peut-être un coup d'oeil à jeter, sait-on jamais. Et alors que l'homme en uniforme a fait signe à M. Varone d'approcher et d'ouvrir ses sacs, le chef de la police valaisanne a dû ressentir des sensations pas du tout agréable dans la nuque et le dos. Il s'est mis à penser très vite que ce "petit souvenir original" allait lui coûter très cher - peut-être même son avenir politique, tant il est difficile de faire campagne depuis une geôle turque - et que sa seule chance de s'en sortir serait de raconter tout ce que ses interlocuteurs souhaitaient entendre, pourvu qu'il rentre en Suisse rapidement et que l'affaire en reste au stade de l'anecdote de vacances...

C'est une hypothèse, simplement, pas moins vraisemblable que les explications alambiquées de l'intéressé. Il a réussi à sauver les meubles; mais pour la discrétion, c'est fichu.

Le chef de la police valaisanne ne sort pas grandi de son expérience. Il a payé en se voyant enfermé pendant quelques jours dans le confort relatif d'une prison turque, à devoir se défendre sans parler la langue avec une avocate commise d'office, Yasemin Mataraci, et enfin à subir l'humiliation de voir l'affaire étalée dans les médias. Christian Varone, désormais guéri d'une certaine innocence, ne semble pas remettre en question son avenir politique. Ce sera aux électeurs d'en juger: lui seront-ils gré de ce réveil brutal à la réalité du monde, ou sanctionneront-ils une naïveté affichée, flirtant de près avec le chapardage d'antiquités?

Paradoxalement, c'est probablement à la corruption régnant au sein des institutions turques qu'il doit sa remise en liberté:

«Le fait qu’il soit un chef de la police a donné forcément du crédit à ses propos», commente une source proche des autorités locales, qui ne souhaite pas donner son nom. Quant aux pressions qui auraient été faites par la Suisse ou le gouvernement turc pour la libération de Varone, on affirme à Antalya ne pas en avoir entendu parler. Pour la presse turque, la libération de Varone met fin à un incident qui aurait pu avoir un impact négatif sur le tourisme en Turquie. Après l’arrestation, le site d’information Gün Haber avait titré: «Nous avons arrêté un héros et nous avons vexé la Suisse», en référence à sa participation au sauvetage des enfants lors du drame de Sierre.

 

Si un quelconque monsieur Müller du Valais s'était fait attraper à la douane turque avec un vestige équivalent dans les bagages, serait-il sorti de cellule au bout de quatre jours seulement, sans verser la moindre caution? On est en droit d'en douter.

Christian Varone a profité d'un joli deux-poids-deux-mesures, mais n'ose évidemment pas le reconnaître: une telle distinction fait tache sur le CV d'un chef de la police. Voilà sans doute le détail le plus piquant de cette petite anecdote estivale.

Mise à jour (18 août 2012): la RTS donne enfin une image de la fameuse pierre:

la_pierrer.jpg

Quant à Christian Varone, il donne à Darius Rochebin une interview qui laisse les téléspectateurs sur leur faim. Plus que jamais, la crédibilité du chef de la police valaisanne est entamée.

30 juillet 2012

Un eugénisme mal placé

Eugénisme. Le mot est lancé dans un article du Matin relatant la mise sur le marché d'un test de dépistage précoce de maladies génétiques - dont la cèlèbre trisomie 21 - très simple d'accès.

Déjà employé dans de nombreux pays depuis plusieurs années, le Prenatest sera commercialisé en Suisse à partir de la mi-août, a annoncé Swissmedic, l'institut suisse des produits thérapeutiques. Selon la société LifeCodexx, dont le siège est en Allemagne:

La méthode Prénatest combine le dosage de protéines dans le sang maternel à une mesure échographique de l'accumulation des liquides derrière la nuque du fœtus (clarté nucale) et de la présence de l'os nasal. Il constitue le test de dépistage du syndrome de Down le plus précoce et le plus efficace. L'analyse de sang, combinée avec des mesures échographiques de la clarté nucale et de l'os nasal, offre un taux de détection de 95% et un taux de faux positifs de 2% lorsque le test est réalisé durant le premier trimestre de la grossesse (entre la 11e et la 14e semaine).

 

La "controverse" sur le test ne vient ni de sa pertinence ni de sa facilité d'utilisation - personne ne les remet en doute - mais de l'activisme de certaines associations lui reprochant précisément cette efficacité:

[La mise sur le marché] fait suite à une tentative des organisations membres de la Fédération internationale du Syndrome de Down de convaincre la Cour européenne des droits de l'homme de ne pas reconnaître le droit à avoir recours à de tels tests. La Fédération, qui regroupe trente associations dans seize pays, a déclaré en juin que la Cour de Strasbourg devait "reconnaître la condition humaine et protéger le droit à la vie des personnes trisomiques et handicapées".

 

Une position pour le moins paradoxale...

echographie.jpgD'abord, les méhodes de dépistage de la trisomie 21 existent, plus ou moins invasives, précises et coûteuses. En d'autres termes, cela signifie que tout ce que permettra le Prénatest peut déjà se faire aujourd'hui - pour de futurs parents dotés de suffisamment de moyens, de curiosité ou d'inquiétude, quitte à mettre en danger la vie du foetus pour savoir. Il ne s'agit donc pas de l'existence ou non d'un dépistage mais de sa démocratisation auprès du plus grand nombre.

Deuxième aspect, dépistage signifie information. Aucun test n'est précis à 100%. Certains parents prendront le risque, ou accepteront quoi qu'il advienne les faiblesses de leur progéniture dès qu'elles seront connues - et plus le dépistage est précoce, meilleurs sont les moyens de se préparer à recevoir l'enfant.

Troisième aspect, l'avortement. On trouvera sans peine des parents-témoins faisant état de la "joie" et de "l'émerveillement continu" que suscitent chez eux leur progéniture trisomique, grand bien leur fasse, mais tous les parents ne sont pas ainsi - et tous ceux qui sont exposés à la possibilité très concrète de devoir supporter leur vie durant un enfant handicapé mental ne sont pas prêts à tenter l'expérience. De quel droit des tiers leurs imposeraient-ils ces conséquences?

Il y a une ironie cruelle à défendre le "droit à la vie" d'un foetus trisomique alors même que nos sociétés occidentales ont banni le "droit à la vie" d'un foetus normal depuis longtemps. Éliminer avant la naissance des handicapés mentaux serait la preuve d'une monstruosité eugénique, alors que tuer des bébés à naître parfaitement sains, simplement l'ordre des choses?

A partir du moment où on accepte la notion d'avortement de confort, toute polémique sur l'élimination de foetus trisomiques s'avère vide de sens. Les victimes du Syndrome de Down sont pleinement des êtres humains - et c'est précisément à ce titre qu'ils peuvent être arbitrairement tués par leur mère durant leur croissance prénatale, selon les lois en vigueur.

Histoire de clore la polémique sur le terme "eugénisme" lancé à tort et à travers, rappelons que les individus ne peuvent normalement appliquer la moindre sélection que sur leur propre famille, ce qui rend d'office stérile tout soupçon d'eugénisme, qui implique une quasi-unanimité pour avoir la moindre chance de se concrétiser. Il suffit de constater la combativité de certaines associations ou le grand nombre d'individus opposés à l'avortement (certains quelles que soient les raisons) pour comprendre que sous nos latitudes la trisomie n'est pas près de disparaître, même si nous disposions d'une méthode de dépistage fiable à 100%.

L'eugénisme, le vrai, vise à la modification d'une population entière: à ce titre, il ne saurait se pratiquer, n'a historiquement été pratiqué et ne se pratique encore aujourd'hui qu'à travers des Etats, par des politiques aussi variées que le contrôle des naissances ou les programmes de stérilisation forcée. Ceux qui brandissent des pancartes dénonçant l'eugénisme au moindre progrès médical devraient s'en rappeler et tourner leur attention vers les seuls individus susceptibles de lancer des offensives eugénistes à l'échelle d'une nation entière, c'est-à-dire, les hommes politiques.

12 juillet 2012

Des frontières, et vite!

Les médias romands semblent tardivement prendre conscience d'un phénomène dénoncé par l'UDC depuis longtemps: la Suisse est un supermarché pour les braqueurs.

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Les dernières attaques notables en date (infographie RTS)

De part le passé, il y avait bien eu quelques articles iconoclastes, relégués dans les catégories "livres" ou "plume libre", voire quelques cartes, mais ces initiatives individuelles ne parvenaient pas à franchir le brouillard médiatique.

Pourtant, depuis quelques jours, c'est une déferlante. La criminalité devient le sujet à la mode alors que la réalité de l'insécurité semble atteindre même les tours d'ivoire des rédactions. La télévision s'y met. La Tribune de Genève. Romandie. 20 Minutes. A l'occasion de la sortie d'un livre, le Matin brosse le portrait de Maître Metaxas, avocat du milieu lyonnais. Laissant la parole au sulfureux homme de loi, il nous annonce clairement la couleur: "Pour les braqueurs lyonnais, la Suisse reste un eldorado où il suffit de se baisser pour ramasser or, voitures et argent." Comme si tout cela ne suffisait pas, le lendemain, nouvelle couche par un ancien client du ténor du barreau:

"Dans la Suisse profonde, les voitures haut de gamme ne sont même pas équipées de tracker! Il m'est arrivé d'être dans une banque chez vous et de voir le coffre ouvert derrière l'employée!" L'ex-braqueur donne sa vision d'un pays naïf et riche à en susciter son "mépris". Les Suisses? "Ils se sont pris quelques claques mais ne se méfient toujours pas." Leurs policiers? "Des amateurs. Ils ont beau serrer la vis, ils sont et seront toujours deux voire trois crans en dessous de leurs collègues lyonnais." Les sanctions? Dans l'esprit de Karim, il y a toujours un décalage entre celles encourues de part et d'autre de la frontière.

 

Le verdict est sans concession. Et le pire est à venir:

"Maintenant, les mecs qui veulent monter un coup peuvent le faire tranquille. Faire un premier voyage pour amener des armes. Un autre pour repérer. Et un dernier pour péter une bijouterie ou une banque. A l'avenir, vous aurez de moins en moins affaire à nous, mais de plus en plus pour de gros trucs bien organisés", pronostique Karim. Le Lyonnais s'étonne d'ailleurs tout haut que ses amis n'aient pas encore attaqué de fourgons blindés sur Suisse. "C'est une question de temps. Il manque juste le bon tuyau qui ne devrait pas tarder."

 

From the horse's mouth, disent les Anglais.

Alors, que faire? "Se réveiller", comme le clame Laurent Grabe, l'éditorialiste du Matin? Bonne idée, mais n'est-il pas un peu tard? Et sans présager d'un quelconque calcul, on ne pourra s'empêcher de remarquer que susciter l'indignation des foules juste après les élections est plutôt malheureux - peu de chances d'attendre des solutions pertinentes de la part de ceux qui ont créé les conditions du chaos actuel...

Et quitte à se réveiller, reste à savoir de quelle manière.

Certains prôneront une prime au départ aux plus récalcitrants. Plus sérieusement, d'autres tentent de les intercepter au poste de douane. On tourne autour du pot mais la notion de frontière semble toujours hanter la conversation.

La frontière, le seul obstacle à opposer à des malfrats qui n'ont guère à craindre d'une police dépassée, d'une justice pusillanime et d'une classe politique totalement coupée de la réalité. Ils disent ne pas craindre la prison suisse, à supposer qu'ils y échouent jamais, mais il y a une part de bravade dans ces propos. Aucun caïd ne verra d'un bon oeil son arrestation par la police. Ce qui me permet de replacer ici une anecdote personnelle cité dans des commentaires par ailleurs, qui illustre selon moi la nécessité d'une frontière et de son utilité dissuasive:

J'ai eu des proches vivant sur la Côte d'Azur en France - milieu gangrené par la criminalité s'il en est - dans une petite villa au fond d'un long chemin privé. Pendant des années, ils n'ont jamais eu le moindre souci de cambriolage ou autre, alors que les maisons situées au carrefour étaient régulièrement "visitées" (avec parfois les habitants présents!)
Les maisons du lotissement étaient comparables en tous points: même taille, même apparence, même petits jardins, etc. Pourquoi certaines maisons étaient cambriolées sans cesse tandis que d'autres étaient épargnées?

C'est simple: les proches en question vivaient au fond d'une impasse assez longue. Jamais les malfrats n'auraient pris le risque de s'aventurer "en profondeur" dans cette voie alors qu'il aurait été si facile à une seule voiture de police d'en bloquer l'accès, les enfermant dans une souricière.
A la place, les voleurs préféraient opérer au carrefour, où ils pouvaient s'enfuir dans quatre directions différentes à la moindre alerte.

C'est un peu la même chose pour les frontières helvétiques. Il est sans doute illusoire d'espérer contrôler tous les véhicules entrants et les intentions de leurs occupants. Mais passer devant des douaniers en uniforme alors qu'on vient commettre un crime, et savoir qu'ils seront aussi là au retour et pourraient fermer la frontière dans quelques heures - lorsque la bande reviendra avec le coffre rempli des fruits du larcin et que l'alerte aura été donnée - en fera réfléchir plus d'un.

C'est le même principe que "l'impasse dissuasive" décrite plus haut. On ne peut pas empêcher les criminels de rentrer en Suisse. Mais ils ne viendront pas si on peut les attraper facilement quand ils essayent d'en ressortir.

 

Encore faut-il que les frontières existent. Pas comme aujourd'hui, gardées par des douaniers aux heures de bureau pour vendre des vignettes d'autoroute et traquer l'immigré italien de retour de vacances avec trop de jambon fumé dans le coffre, non - des frontières et des douaniers pour s'occuper des criminels.

Des frontières faciles à fermer à toute heure du jour et de la nuit, réactives. Et des douaniers et des forces de police recentrées sur les fonctions régaliennes de l'Etat, la sécurité des biens et des personnes.

A quel point la population helvétique laissera-t-elle se dégrader ses conditions de sécurité au nom de l'utopie de frontières ouvertes? Combien de crimes seront commis avant la remise en question salutaire? Combien de fortunes dépensés en alarmes, compagnies privées, serrures trois points, systèmes de surveillance et volets blindés? Combien de vies brisées par des traumatismes, de passants innocents pris en otage ou fauchés par des balles perdues? Je ne peux le dire, mais je sais que le pire est devant nous.

Lorsqu'un ancien truand à peine rangé annonce qu'il y aura bientôt des braquages à l'arme lourde en Suisse, vous avez tout lieu de le croire.

Et au vu de la façon dont la classe politique suisse semble hermétique à la dégradation de la situation du pays, il y aura encore de nombreux drames avant que le bon sens ne revienne enfin sur le devant de la scène.