12 janvier 2012

A quand un Xavier Niel en Suisse?

Xavier Niel, patron de l'opérateur français Free, fait une véritable démonstration de la puissance d'un entrepreneur libéral. Et tout le monde y gagne.

niel.jpgXavier Niel est un self-made man. "Parti de rien, il est aujourd'hui à la tête de la première fortune française du numérique, évaluée à 3,15 milliards d'euros par le magazine 01 Business, et de la 297e fortune mondiale selon le classement Forbes", écrit Le Figaro. Mais notre homme ne donne pas dans la thésaurisation. Il fait croître et multiplier la richesse et le développement autour de lui:

Xavier Niel reste d'abord un technophile enthousiaste, au point d'être baptisé le «Steve Jobs français», y compris chez ses concurrents. Passionné de business, véritable entrepreneur, il a créé à la rentrée avec ses amis du Net Marc Simoncini (fondateur de Meetic) et Jacques-Antoine Granjon (ventes-privees.com) la première école d'Internet pour former les jeunes aux métiers du Web.

Via son fonds Kima Ventures, il encourage les jeunes créateurs d'entreprises en investissant dans une myriade de start-up: de Deezer à Bakchich, il a pris des participations dans près de 800 entreprises! Avec un petit faible pour le secteur de la presse, dont il connaît le fonctionnement dans les moindres rouages.

 

M. Niel a une autre immense qualité: il a prouvé par son travail acharné et résolu qu'une entreprise privée pouvait être à la fois rentable et se reposer sur le marché libre pour sa croissance - en cassant les prix - même dans un enfer fiscal comme la France. Par les temps qui courent, c'est un vrai message d'espoir.

Mais revenons à l'actualité. Le buzz du moment tient bien sûr à la nouvelle offre que Free propose depuis le début de la semaine pour les téléphones portables en France. Alors que les opérateurs actuels (Orange, Bouygues et SFR) se faisaient un plaisir de traire le consommateur dans la grande tradition de l'entente entre gens raisonnables, Free a résolument choisi l'attaque frontale. Des tarifs à prix cassés.

Et ce n'est rien de le dire:

free.jpg

L'offre a de quoi faire saliver lorsqu'on connaît les tarifs de téléphonie mobile en Suisse. ICT Journal, le magazine suisse des technologies de l’information pour l’entreprise, l'annonce franchement: l'offre de Free fait des envieux en Suisse. Les photos accompagnant l'article valent leur pesant de cacahuètes, puisqu'il s'agit des photos d'écran des "meilleures offres" (je n'ose enlever les guillemets) des opérateurs locaux, Orange Suisse, Sunrise et Swisscom. Entre 100.- et 169.- mensuels, contre 30 € pour la nouvelle offre de Free... En France.

Pourquoi n'y a-t-il pas d'opérateur comme Free en Suisse? Parce que dans nombre de secteurs économiques, contrairement à l'opinion répandue, la Suisse est un pays terriblement fermé.

Comme l'explique Pascal Salin, un marché concurrentiel n'est pas un marché où coexistent différents acteurs - le mythe de la "concurrence pure et parfaite" entretenu par des générations de charlatans qui se prétendent économistes, et dont on ne voit que trop les limites sur le marché de la téléphonie mobile helvétique - mais un marché où de nouveaux entrants peuvent s'installer librement.

Ce n'est pas compliqué. Si un marché est extraordinairement juteux et profitable, les concurrents se presseront au portillon et feront baisser progressivement les prix pour conquérir des parts de marché, jusqu'à un niveau de profit raisonnable. Peu importe que le marché soit initialement tenu par dix entreprises en connivence ou juste un opérateur historique vivant sur la lancée d'un vieux monopole.

En revanche, si d'éventuels concurrents sont empêchés de venir sur le marché par une libéralisation à reculons, des licences inaccessibles et un parcours du combattant pour poser la moindre antenne, alors il ne faut pas s'étonner que les prix restent élevés. Personne n'a le pouvoir de déranger les fournisseurs installés, trop content de garder leur clientèle en otage.

Un nouvel entrant peut-il arriver en Suisse? Les prix montrent clairement que non. Lorsque Xavier Niel annonce "qu'à deux euros de forfait mensuel, nous faisons encore de la marge" il donne une petite idée de l'incroyable surfacturation frappant de plein fouet le consommateur helvétique. Certes, il y a quelques différences locales - une réglementation plus restrictive pour la puissance des antennes, selon l'appréciation rationnelle des risques par le législateur - mais cela ne saurait justifier le gouffre entre les tarifs de part et d'autre de la frontière.

La triste situation du consommateur suisse, "protégé" par une législation empêchant toute concurrence réelle, a peu de chances de s'arranger.

Xavier Niel était intéressé par Orange Suisse - le rachat d'un acteur local étant pratiquement la seule façon de rentrer sur le marché. Malheureusement, la transaction ne s'est pas faite, France Télécom préférant jouer un sale coup à son concurrent hexagonal en vendant l'entreprise à un fonds d’investissement, Apax Partners (le genre typique d'entreprise qui cherche à donner à ses clients le meilleur tarif...)

Sans doute, un jour, le verrou finira par sauter, et même en Suisse nous pourrons bénéficier de prix raisonnables, sans plus éprouver le sentiment d'être des vaches à lait. Ce jour-là, nous verrons sans doute Swisscom ou Sunrise nous expliquer le même genre de baratin que ce qu'Orange France oppose aujourd'hui à l'offre de Free. Doux instants!

Mais il faudra attendre encore longtemps, et en attendant ce jour béni, continuer à payer des tarifs qui font rire de nous à l'étranger.

10 janvier 2012

Le congrès de la reconquête

Le congrès extraordinaire de l'UDC du 6 octobre à Bussigny avait vu la nomination de Pierre-Yves Rapaz pour succéder au défunt Jean-Claude Mermoud au Conseil d'Etat vaudois. Las! Malgré les qualités de M. Rapaz, la mobilisation de la gauche et la faiblesse de l'engagement du centre-droit firent tomber le siège dans l'escarcelle des Verts, avec l'élection de Béatrice Métraux.

Le Conseil d'Etat vaudois est désormais dans une situation ubuesque: alors que le canton de Vaud est - aux dernières nouvelles - avec une majorité de droite, l'exécutif est majoritairement à gauche, avec trois PLR, deux socialistes et deux Verts.

Et aucun UDC.

L'UDC a donc formé un front uni ce soir pour entériner la candidature de Claude-Alain Voiblet - une candidature approuvée à l'unanimité du comité central de l'UDC Vaud hier soir.

Claude-Alain Voiblet est un pilier central de l'UDC Vaudoise, en grande partie responsable de sa croissance ces dernières années. Secrétaire du parti et coordinateur de l'UDC en Suisse romande, Claude-Alain Voiblet est aussi député au Grand Conseil Vaudois, et préside le Conseil Municipal de Lausanne. Ce n'est qu'une modeste partie de son parcours ; pour un aperçu plus complet de ses valeurs et de son histoire, écoutez donc sa présentation ici (durée: 10 minutes environ).

IMAG0105.jpgClaude-Alain Voiblet est solide dans ses convictions, méthodique, mais aussi capable d'écouter, diplomate et apte au compromis. Respectueux des institutions, il a le libéralisme helvétique chevillé au corps et défend fermement les intérêts de la classe moyenne et la famille traditionnelle. Il incarne parfaitement la charnière entre l'UDC paysanne traditionnelle et l'UDC urbaine plus récente qui s'est développée dans tout le canton. Il fera un excellent Conseiller d'Etat, j'en suis persuadé. Et je ne suis pas le seul: le congrès de l'UDC l'a littéralement plébiscité.

Devant l'ampleur de la tâche à accomplir - non seulement reconquérir le siège UDC au gouvernement du canton, mais aussi ramener la barre à droite au Château - les membres de l'UDC ont fait preuve d'une étonnante solennité; loin du congrès du 6 octobre où une pléthore de candidats s'étaient affrontés, ce mardi soir a vu l'intérêt supérieur de la politique cantonale s'imposer aux ambitions individuelles. Celles-ci ressurgiront probablement après les élections, lorsqu'il s'agira de trouver un nouveau chef de groupe UDC au Grand Conseil.

Malgré tout, au mois de mars, il ne s'agira pas d'élire un candidat pour quelques mois mais bien de façonner la politique vaudoise pour les cinq ans à venir.

La campagne sera courte; la votation est dans à peine quelques semaines. Gageons qu'elle sera intense. Les électeurs de l'UDC auront douloureusement appris avec l'échec de Pierre-Yves Rapaz que la mobilisation est la clef du succès, et que personne ne leur fera de cadeau.

04 janvier 2012

Du délit d'initié à la chasse aux sorcières

"Christoph Blocher aurait dénoncé le patron de la BNS", titrait le Matin le premier janvier - comme si l'auteur de la dénonciation visant le président de la Banque nationale suisse Philipp Hildebrand avait plus d'importance que l'accusation proprement dite.

Depuis plusieurs jours, les nouvelles autour de cette affaire sont rapportées de la même étrange façon. Les journalistes ne s'inquiètent guère d'un éventuel délit d'initié du chef de la BNS, mais se réjouissent à l'idée que le Conseiller national UDC puisse avoir des ennuis. Il aura fallu attendre mardi pour qu'une dépêche de l'AFP de Marie Noëlle Blessig relate enfin les faits dans le bon ordre.

Philip_Hildebrand.gifLe 15 décembre, un informateur dévoile à Micheline Calmy-Rey, Présidente de la confédération, des transactions sur devises effectuées par la femme du président de la BNS. Mme Kashya Hildebrand, Américaine d'origine pakistanaise, dirigeant une galerie d'art à Zürich, aurait acheté 500'000 dollars américains le 15 août, à un moment où le franc suisse était au sommet.

Trois semaines plus tard, la BNS fixe un "taux plancher" du franc suisse à 1,20 CHF pour un euro (sujet traité ici même) en dévaluant le franc suisse. La monnaie helvétique dévisse de 10% dans la journée, mais s'était déjà affaiblie alors que les rumeurs d'une intervention de la BNS allaient bon train. Pour ceux qui ont acheté de la monnaie étrangère au bon moment, la plus-value s'établit entre 10 et 20%.

Dans le contexte du franc fort, ces opérations de change sont explosives. La femme du président pouvait-elle tout ignorer du futur de la politique de son mari, qui affaiblirait le franc moins d'un mois plus tard?

Aussi peu crédible soit-elle, les enquêteurs privilégient immédiatement la piste de la naïveté chanceuse. Le cabinet PricewaterhouseCoopers et le Contrôle fédéral des finances ne trouvent aucune transaction illicite (était-ce seulement le sujet?) mais surtout "aucune exploitation impropre d'informations privilégiées."

Il est vrai que la proximité entre les protagonistes rend inutile la présence de traces écrites...

La BNS, présidée par M. Hildebrand, conclut donc joyeusement que l'achat opportun de dollars par Mme Hildebrand - ancienne trader de son état - est "absolument conformes aux exigences réglementaires."

On se réjouit pour elle.

Mais notre affaire ne s'arrête pas là. Une fois blanchi par ses propres consultants et ses diligents services, le président de la BNS passe à la contre-offensive, envisageant de déposer plainte pour violation du secret bancaire. Et il dispose de ses propres alliés. Le nom de Christoph Blocher est ainsi livré à la presse alémanique:

M. Blocher aurait été averti de ces opérations sur de devises par ses bons contacts dans les milieux bancaires, notamment à la Banque Sarasin, de Bâle, qui aurait effectué les transactions et où l'on se refuse à tout commentaire.

 

On se refusait, plutôt. Depuis hier soir, les fils se sont déliés. Sans grande surprise, c'est un employé de la banque Sarasin, choqué par les transactions de la famille Hildebrand, qui aurait décidé de son propre chef de rapporter les documents et de les confier à un avocat "proche de l'UDC". Lequel aurait fait passer les pièces à Christoph Blocher, qui aurait ensuite transmis le dossier explosif à la présidente de la confédération, la très socialiste Micheline Calmy-Rey.

Résumons.

  1. Nous avons un soupçon de délit d'initié impliquant rien de moins que le directeur de la Banque Nationale Suisse et sa femme. Si l'affaire s'est soldée par un non-lieu, on peut être surpris par la rapidité et la légèreté du verdict. Tant que le public n'aura pas accès à l'ensemble des pièces (notamment les montants en jeu) il sera difficile de se faire une idée. Rappelons que les transactions ont été suffisamment choquantes aux yeux d'un employé de banque privée pour qu'il joue - et perde - sa propre carrière professionnelle en transmettant les documents nécessaires à cette plainte.

  2. Même si les opérations monétaires montées par la famille Hildebrand sont légales, elles ne sont en aucun cas morales. Il paraît inconcevable que les proches du président de la BNS soient autorisés à spéculer sur les monnaies alors que lui-même influe directement sur la valeur du franc suisse. Bizarrement, peu de journalistes s'inquiètent de cet aspect de l'affaire.

  3. Les médias ne se sont concentrés que sur l'implication de Christoph Blocher dans l'histoire, salivant à l'idée qu'il puisse être poursuivi pour violation du secret bancaire. Blocher, Blocher, Blocher - le stratège de l'UDC est définitivement l'homme à éliminer par tous les moyens. Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage, dit le proverbe. Transposé à Christoph Blocher, il faudrait rajouter la gale, la syphilis et la lèpre pour avoir une petite idée de l'envie des médias et de la classe politique de se débarrasser de lui.

  4. Christoph Blocher a agi de façon totalement intègre, en transmettant les pièces en sa possession à qui de droit et en protégeant ses sources. On ne peut pas en dire autant de toute la chaîne. Par quels moyens son nom s'est-il retrouvé dans les médias? Une indiscrétion d'un membre du Conseil Fédéral semble l'hypothèse la plus plausible. On pense tout de suite à Micheline Calmy-Rey, qui s'est déjà faite remarquer pour son peu de respect du secret.

Dans un pays où des syndicalistes se plaignent du manque de protection des "lanceurs d'alerte" (Whistleblowers), l'exposition à laquelle ont eu droit les intermédiaires et l'employé de la Banque Sarasin fait réféchir. Mais on devine le deux-poids deux-mesures: la protection des plaignants et des témoins ou la confidentialité ne s'appliquent pas quand elles visent à protéger une personnalité controversée comme Christoph Blocher.

Restent enfin les soupçons pesant sur Philipp Hildebrand. Le président de la BNS aura beau être blanchi par le sérail et un règlement très souple remontant à une époque où on attendait des directeurs de la BNS une certaine éthique, le doute plane. Il serait bien avisé de demander à sa tendre ex-trader d'épouse de cesser de spéculer sur les monnaies le temps de son mandat. Au vu de son modeste salaire, le couple n'a certainement pas besoin de tels expédients pour boucler les fins de mois.

Aujourd'hui, la Tribune de Genève parle d'un pétard mouillé. Si M. Blocher s'était enrichi de façon douteuse mais légale alors qu'il était Conseiller Fédéral, le traitement médiatique de l'affaire aurait-il été identique?

Mise à jour (4 janvier): apparemment, il y a bel et bien anguille sous roche.

[La Weltwoche] avance les points suivants, dans l'ordre, en avance sur son édition à venir du 5 janvier de demain jeudi:

Le compte dont il est question est au nom de Philipp Hildebrand, et non pas à celui de sa femme Kashya Hildebrand. Les ordres d'achat ont été donnés par le président de la BNS lui-même, indique la Weltwoche.

M. Hildebrand a réalisé plusieurs transactions entre mars et octobre 2011. Il s'agit par exemple pour mars d'achats de 1,1 mio USD.

Le 15 août 2011, soit trois semaines avant que le taux plancher CHF/EUR ne soit fixé, M. Hildebrand a acheté en deux tranches pour 400'000 CHF, soit 504'000 USD, au cours de dollar à 0,7929.

Le 4 octobre 2011, trois semaines après la fixation du taux plancher, M. Hildebrand a réalisé cette position en dollar avec un gain de 75'000 CHF, au cours de 0,9202 USD pour 1 CHF. (...)

Ces nouvelles révélations de la "Weltwoche" concernant les transactions litigieuses du président de la BNS Philipp Hildebrand ne sont pas encore confirmées, a indiqué pour sa part ATS.

 

Mise à jour (7 janvier): comme on pouvait s'en douter, l'affaire tourne à l'eau de boudin. Tout le monde est prêt à pardonner à ce pauvre M. Hildebrand et à s'en prendre au vilain Blocher, coupable d'avoir gâché les voeux de nouvel an.

Plus intéressant, la BNS vient d'émettre un nouveau règlement pour encadrer un peu mieux (c'est un euphémisme) les transactions financières de ses membres; tout achat de monnaie de plus de 20'000 CHF devrait être soumis à l'approbation d'un comité.

On pouvait s'attendre à un tel resserrage des vis; mais on notera que M. Hildebrand se situait au-delà des nouvelles limites en spéculant entre dollars et francs suisses. En d'autres termes, les instances de la BNS estiment clairement que les transactions de son directeur étaient abusives et ne seraient plus tolérables aujourd'hui.

Mise à jour (9 janvier): M. Hildebrand démissionne avec effet immédiat, et ce juste avant son audition devant la commission de l'économie du Conseil national, prévue à 16h.

Tout blanchi qu'il était! Bizarre.

Mise à jour (10 janvier): Plus on creuse, plus on trouve... d'après la TSR, M. Hildebrand aurait été forcé à démissionner. Et pas pour rien, citant le Blick:

Les onze membres du conseil de la Banque nationale suisse ont menacé Philipp Hildebrand de démissionner en bloc, s'il ne s'en allait pas. Il semble que ces onze membres aurait reçu vendredi dernier la copie d'un mail qui les a plongés dans un abîme de perplexité. Un mail qui prouverait que c'est effectivement Kashya Hildebrand, la femme de Philipp Hildebrand qui a acheté des dollars en août dernier, mais que l'idée de cet achat venait de Hildebrand lui-même.

 

Mise à jour (19 janvier): la presse nous apprend que l'extrait de compte publié dans la Weltwoche serait un "faux". En fait, plutôt un simple montage pour placer les information de trois feuilles différentes sur une seule page. Cela ne change strictement rien à l'affaire, on s'en doute, mais permet à la presse (notamment romande) de se lancer dans un nouveau round de prises de position pro-Hildebrand et anti-UDC comme si on était encore début janvier, quand le directeur de la BNS était toujours en poste.

Indécrottables, je vous dis!

27 décembre 2011

La prospective militaire et ses ennemis

Revenons sur une campagne de diffamation d'ampleur, orchestrée en Suisse romande par Le Matin en mars 2010, à l'encontre du chef de l'armée André Blattmann. Le quotidien avait fait ses choux gras avec des manchettes incroyablement hostiles contre André Blattmann, telles "André Blattmann croit la Suisse entourée d'ennemis", "André Blattman a peur de tout", et, conclusion logique, "André Blattmann doit-il démissionner?"

Quelles horreurs le chef de l'armée avait-il commis? Juste un peu de prospective, résumée dans l'infographie ci-dessous:

ArmeeGrand.jpg
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

D'après ce document, révélé par Sonntag, les pays qui connaissent des désordres sociaux, des attentats terroristes ou des déficits budgétaires tels qu'ils risquent d'être exclus de l'Union européenne (UE) vont engendrer "des situations que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd'hui", d'après le chef de l'armée. Dans ce contexte, on découvre l'Espagne, le Portugal, mais aussi l'Italie et la France.

 

Grèce, Portugal, Espagne, Italie, et France - non pas prises de velléités hostiles à l'encontre de la Suisse, mais juste en proie à des troubles intérieurs sociaux et économiques assez sérieux pour représenter une crise aux frontières du pays.

Vingt-et-un mois après cette estimation, on voit à quel point le commandement helvétique avait "tout faux".

Les réactions des politiciens cités dans les articles vaut aujourd'hui son pesant de cacahuètes en termes de clairvoyance de nos élites. Florilège.

[Selon] les bribes de conversations rapportées par les parlementaires, Micheline Calmy-Rey est catastrophée (...)

Le sang méditerranéen du parlementaire [Josef Zisyadis] n'a fait qu'un tour. Et il demande désormais la démission d'André Blattmann.

Christian Levrat, le président suisse du Parti socialiste, n'en pense pas moins: «L'invasion grecque est une idiotie sans nom. André Blattmann a clairement dérapé, il doit s'excuser.»

Pour Ueli Leuenberger, conseiller national genevois et président des Verts, l'armée fait joujou avec des fantasmes d'une autre époque. «Ces cartes nous plongent en pleine guerre froide. Ce n'est pas si étonnant: des militaires comme Blattmann ne font que reproduire les schémas qu'ils ont appris quand ils ont commencé leur service militaire.»

 

Parlant de fantasme d'une autre époque, le socialiste argovien Max Chopard-Acklin, vice-président de la Commission de la Politique de Sécurité, fit très fort:

"Nous vivons en 2010, mais ce climat dans lequel nous plonge le chef de l'armée nous rappelle les années 1920 et 1930, quand l'armée a tiré sur les grévistes à Genève et à Zurich."

 

Si l'offensive de la gauche contre tout ce qui porte uniforme n'a rien de surprenant, les politiciens de droite perdirent aussi un bonne occasion de se taire. "Tout le monde a droit à un joker, André Blattmann vient de jouer le sien" expliqua ainsi l'UDC Vaudois Guy Parmelin, qui sur ce coup-là venait aussi de perdre un joker... Quant à l'UDC zurichois Christoph Mörgeli, il rigola au téléphone: "Disons que le chef de l'armée fait preuve d'une étonnante maladresse! Un flux migratoire en provenance de la Grèce? Ce n'est pas crédible."

Ouille.

L'occasion était trop belle pour ne pas donner le micro aux voix discordantes à l'intérieur de l'armée - la dispute des chefs en public étant toujours un excellent moyen de détruire leur autorité:

Le lieutenant-colonel bâlois Peter Malama (PLR), membre de la CPS et de l'état-major, critique vertement son supérieur: «Si déjà on planche sur des scénarios, ce qui est le cas, la pression imaginée vient d'Afrique du Nord, du Maghreb. Mais certainement pas de la Grèce.»

 

C'est vrai, André Blattmann l'admettra plus tard, il n'avait pas envisagé le "printemps arabe". Que ceux qui l'avaient prévu lèvent le doigt... Et les changements en cours en Afrique du nord et dans la péninsule arabique n'enlèvent strictement rien à la justesses des perspectives de risque pour le continent européen.

Pour l'anecdote, on appréciera aussi la réaction d'Achilles Paparsenos, de la Mission onusienne grecque à Genève:

Notre gouvernement a pris des mesures d'économie contre la crise qui ont été saluées par nos partenaires de l'UE et des Etats-Unis. Nous ne croyons pas que ces peurs se basent sur une réalité.

 

Un an et demi plus tard, vu comme la Grèce semble tirée d'affaire, ces propos font sourire.

L'armée de milice est une composante essentielle de la neutralité suisse. A ce titre, ceux qui visent à démanteler cette neutralité placent l'armée très haut sur la liste des institutions à abattre. Faute de pouvoir la supprimer directement, ils cherchent constamment à l'affaiblir afin qu'elle ne représente plus la moindre forme de défense crédible du territoire helvétique. Réduction des effectifs, diminution des crédits, refus de renouveler les équipements vieillissants et désarmement des soldats de milice sont différentes pistes exploitées simultanément pour saper au mieux toute efficacité militaire.

Les attaques intérieures contre le système de défense helvétique ne portent pas seulement sur des aspects financiers. Les mêmes qui haïssent l'armée s'improvisent experts militaires et décrètent son inutilité, arguant qu'il n'y a aucune possibilité de guerre terrestre en Europe contre la Suisse, qui serait "entourée d'amis" et qu'aucune crise ne menace à l'horizon. Mais d'autres offensives, plus perverses, visent la hiérarchie militaire elle-même, telle cette campagne de dénigrement contre son chef d'état-major.

Certes, les hordes dépenaillées de réfugiés grecs ne sont pas encore à nos portes. Pour l'instant, ce sont les Portugais que les médias remarquent, mais en Grèce la jeunesse choisit clairement l'exil - et nous sommes encore loin du paroxysme de la crise de la dette publique.

Personne ne sait comment les choses vont évoluer, mais les perspectives ne sont pas bonnes. Et n'en déplaise aux journalistes avides de monter un dossier contre le chef de l'armée, André Blattmann mériterait aujourd'hui d'être salué pour la clairvoyance de son analyse de mars 2010.

14 décembre 2011

Quand 5,4% égalent 26,6%

Ca y est, le nouveau Conseil Fédéral est sous toit. Il a quatre jours, j'écrivais que les politiciens tueraient la concordance en pleurant leurs larmes de crocodiles: le déroulement de ce matin correspond entièrement à ce scénario.

Le révélateur est venu de l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf; élue au premier tour avec 131 voix sur 245, l'Assemblée Fédérale a fait preuve d'une belle unité dans l'hypocrisie. On aime et on respecte la concordance, tout en allouant autant de sièges à un parti qui a récolté 5,4% des suffrages face à l'UDC, premier parti de Suisse, avec plus d'un quart de l'électorat.

palais.jpg5,4% égalent donc 26,6% aux yeux du Parlement. Un conseiller fédéral chacun.

Le reste de la matinée n'est pas brillant. L'UDC, respectant le choix du candidat-président du Conseil Hansjörg Walter de se retirer de la course en cas d'échec contre Eveline Widmer-Schlumpf, a lancé son candidat Jean-François Rime contre les deux derniers sièges en jeu; c'était inutile vis-à-vis du PS, qui a bétonné sa place dans un gouvernement désormais ouvertement de centre-gauche, et du PLR, qui a fait de son mieux pour soutenir l'UDC et qui ne méritait pas cette hostilité aussi gratuite que stérile. Certes, nul n'est certain que 100% des élus PLR aient bien joué leur partition, mais c'est humain. De plus, comme dès hier soir le PS avait annoncé (avec des prétextes cousus de gros fil) qu'il ne soutiendrait pas une attaque de l'UDC contre le PLR, l'affaire était entendue.

On passera sur le duel Berset-Maillard ennuyeux au possible - comme si le syndicaliste vaudois avait eu la moindre chance face à un Conseiller aux Etats membre du sérail.

La Suisse vient de changer de système politique. Elle vient de passer d'un système de concordance à un système de coalition.

Le changement de paradigme était pressenti depuis 1999 déjà, lorsque la classe politique commençait à chercher des moyens de refuser à l'UDC une représentation en rapport avec sa force politique. Il aura fallu douze ans de gestation et de manoeuvres avant que le nouveau mode de fonctionnement du Conseil Fédéral ne soit enfin entériné. Officiellement.

Tout est à rebâtir. Passant sur les péripéties de ce matin, l'UDC va peut-être devoir s'ouvrir à son allié traditionnel, le PLR, pour arriver ensemble à former la base d'une future majorité de droite ou de centre-droit. A moins que le PLR ne se complaise de ses strapontins dans un gouvernement où les socialistes tirent clairement les ficelles? A chaud, difficile d'analyser tout ce qui nous attend. J'ai du mal à imaginer que l'UDC accepte de rester dans un pareil gouvernement, mais cela ne dépend pas de moi.

Et que va donner désormais l'initiative de l'élection du Conseil Fédéral par le peuple? Nul doute qu'elle vient de prendre un bon petit coup de fouet ce mercredi...

Beaucoup de chemins sont possibles. A la veille de la tempête de la crise de la dette publique déferlant sur l'Europe, le choix de l'instabilité politique n'était pas forcément le plus judicieux; mais le vin est tiré, il faut le boire.

10 décembre 2011

La mort annoncée de la concordance

Le 14 décembre verra l'élection du nouveau Conseil Fédéral helvétique pour la législature 2011-2015. Revenons sur les enjeux de ce scrutin crucial et les défis qui attendent les partis du centre et de droite lors de cette échéance.

Le déclin viril du PLR

A entendre les éditorialistes, le mieux serait que le Parti Libéral-Radical (PLR) cède un de ses deux sièges à l'Union Démocratique du Centre (UDC). Convenons-en, si la droite se mettait d'accord pour perdre une place au Conseil Fédéral, tout serait plus simple!

Mais le PLR n'est pas d'aplr.jpgccord pour céder un de ses sièges - pas plus que le PDC ne l'était en 2003 avec 14,4% des suffrages. Le PLR et l'UDC sont des alliés politiques naturels: l'UDC, pas plus que le PLR, ne peuvent accepter de se dévorer l'un l'autre sous les encouragements de leurs adversaires communs.

C'est peut-être le scénario que jouera l'Assemblée Fédérale le 14 décembre. Il pourrait d'ailleurs y avoir quelques surprises; quitte à remplacer un PLR par un UDC, pas sûr que le seul siège alémanique soit en ligne de mire. Mais il est compréhensible que l'UDC ne participe pas à la manoeuvre. Il en va de la bonne entente entre les deux formations. Cette façon de procéder poignarderait la concordance traditionnelle (deux sièges pour les trois partis les plus importants et un strapontin pour le quatrième) mais la question n'a pas grande importance: on saura bien avant la réélection du premier siège PLR si la concordance aura disparu, car tout se jouera lors de l'élection du siège d'Eveline Widmer-Schlumpf, en deuxième position...

Mais avant de comprendre de quoi il retourne, faisons un détour par la droite du parlement.

L'affaire Zuppiger

Sachant à quel point ses adversaires lui chercheraient la petite bête, l'UDC s'est longuement mise en quête des candidats les plus acceptables pour les autres partis, pour finalement présenter le fribourgeois Jean-François Rime et le zurichois Bruno Zuppiger. Patatras! Voilà qu'une semaine avant le scrutin, la candidature de l'alémanique est démolie de façon spectaculaire par les révélations de la Weltwoche, expliquant qu'il pourrait être coupable de gestion déloyale dans une affaire d'héritage. Les faits remontent à plusieurs années et n'ont donné lieu à aucune plainte, mais peu importe: la réputation d'un Conseiller Fédéral doit être sans tache.

Bien sûr la presse s'en donne à coeur-joie: l'occasion est trop belle de tirer à boulets rouges sur la direction de l'UDC, accusée de tous les maux. On oublie qu'une heure avant le scandale, M. Zuppiger était encore apprécié de tous, jusque dans les rangs socialistes. Il s'est construit une longue carrière politique dont l'accession à la tête de l'Union suisse des arts et métiers n'était qu'un des multiples aboutissements.

zuppiger.jpgBruno Zuppiger s'est excusé et retiré de la course au Conseil Fédéral. Est-il coupable d'abus de confiance ou de malversations? Mérite-t-il d'être déchu de tous ses postes et de clore sa carrière politique, ou au contraire, est-on en train de monter en épingle une erreur sans conséquences? Il est trop tôt pour le dire. Nous en saurons sans doute davantage dans quelque temps, car selon un journaliste de la TSR, les faits reprochés dans la Weltwoche pourraient être poursuivis d'office, même si les parties impliquées ont trouvé un accord.

Quelle que soit la conclusion de l'affaire, et même s'il est lavé de tous soupçons, l'élection du Conseil Fédéral se jouera sans lui.

Il est regrettable que cet épisode compromette l'ensemble du ticket UDC. Pour une bonne partie de la classe politique hors UDC, la candidature de Jean-François Rime semble compter pour rien. L'entrepreneur fribourgeois est pourtant un politicien tout à fait acceptable, qui s'est déjà lancé à l'assaut du Conseil Fédéral. Les conditions du retrait de M. Zuppiger ne lui retirent aucune qualité.

En réalité, la classe politique helvétique s'apprête à utiliser le prétexte de l'éviction dramatique de Bruno Zuppiger pour refuser son second siège à l'UDC. C'est une erreur à double titre. D'une part, même si elle devait perdre encore des plumes électoralement, l'UDC est toujours le premier parti de Suisse, et de loin, et mérite donc deux sièges. La légitimité du Conseil Fédéral est à ce prix, à moins de basculer définitivement dans un système majorité-opposition. D'autre par, le remplacement de M. Zuppiger par M. Hansjörg Walter, patron des paysans suisses et président du Conseil national, donne à l'Assemblée Fédérale l'opportunité de choisir un des UDC les plus modérés qui soient s'il faut absolument choisir un alémanique - une configuration assez exceptionnelle pour être soulignée.

Les politiciens sauront-ils saisir leur chance?

Eveline Widmer-Schlumpf et le PDC, ou l'impasse grisonne

L'affaire Zuppiger a fait passer au second plan un dilemme subi par le leader du Parti Démocrate-Chrétien (PDC), Christophe Darbellay: faut-il ou ne faut-il pas réélire Eveline Widmer-Schlumpf?

Si on écoute les médias et les principaux intéressés, l'affaire serait entendue: le PDC s'alignera et soutiendra la réélection de la Grisonne. Mais ce n'est pas si simple.

Eveline_Widmer-Schlumpf,_2009.jpgAvec 12,3% des suffrages au National, le PDC a atteint en 2011 un plus bas historique. Même s'il continue à régner sur le Conseil des Etats avec 11 sièges sur 46, la représentation du parti cache une fragilité inquiétante, comme une tour aux charpentes vermoulues. Si l'hémorragie électorale continue, ne serait-ce que de quelques pourcents, le PDC pourrait bien subir un recul spectaculaire en nombre de sièges dès les prochaines élections.

Le PDC essaye de gérer au mieux l'érosion par des stratégies de rapprochements et d'alliances, se définissant comme "le Plus Grand Parti du Centre". C'est vrai, mais c'est aussi le seul en perte de vitesse. Si les Verts Libéraux et le Parti Bourgeois Démocrate (PBD) commencent modestement, ils bénéficient d'une belle dynamique.

Trouvant, non sans raison, que le PBD est le parti avec lequel le PDC a le plus d'affinités, Christophe Darbellay a entamé de longues négociations avec le jeune mouvement, avec en point de mire la réélection d'Eveline Widmer-Schlumpf et la perspective d'une fusion à long terme... Proposition d'alliance à laquelle le PBD a répondu par un refus poli mais ferme. Il n'y aura même pas de groupe parlementaire conjoint.

Issu d'une scission avec l'UDC, le PBD est un mouvement centriste - classé plus à gauche que le PLR - et dont l'existence médiatique ne vaut pratiquement que par sa conseillère fédérale. Mais c'est aussi un parti avec un bon départ, et il chasse sur les terres du PDC. La fusion aurait grandement profité aux Démocrates-Chrétiens: ils y auraient gagné des électeurs, des sièges, une deuxième conseillère fédérale, et la direction du tout... A contrario, l'absence de fusion s'avère catastrophique. Le PDC s'est enfermé dans la nasse, piégé par sa propre propagande demandant la réélection à tout prix de la conseillère fédérale grisonne, telle une demie-PDC.

darbellay.jpgLe PDC a tenté le Grand Chelem, mais il a perdu. Il a fait campagne pour son plus grand rival au centre.

S'il fait évincer Eveline Widmer-Schlumpf, il portera probablement un coup fatal au PBD, mais aussi, à court terme, à tout espoir d'un second siège au Conseil Fédéral et à toute perspective de coalition centriste.

S'il fait réélire Eveline Widmer-Schlumpf, il permettra au PBD de continuer à se développer à ses dépens - alors que le centre de l'échiquier politique, surpeuplé, n'a certainement pas les moyens d'une guerre fratricide.

Christophe Darbellay a mené son parti dans une ornière dont il ne sortira pas indemne.

La belle mort de la Formule Magique

Sacrée Formule Magique - invoquée telle les mânes des ancêtres, et jamais définie! Est-ce une concordance politique? Mathématique? Linguistique? Philosophique, peut-être?

On ne saura jamais, sauf une chose: elle sera probablement morte pour de bon ce 14 décembre, malgré l'attachement à celle-ci affiché par les uns et les autres. Les politicien l'auront tuée en pleurant leurs larmes de crocodiles.

La formule magique n'a pas disparu en 2007. Si l'éviction de Christoph Blocher était indéniablement une manoeuvre politique, il a été remplacé par une conseillère nationale Eveline Widmer-Schlumpf portant à l'époque l'étiquette UDC. Avec deux UDC, deux PLR, deux PS et un PDC, la bonne vieille formule était respectée, au moins à la lettre.

La création du PBD et le rattachement d'Eveline Widmer-Schlumpf à cette formation changent la donne en 2011. Les 5,4% du PBD ne lui donnent aucune légitimité pour une place au Conseil Fédéral, point. La posture de "candidate du centre" avancé par le PDC n'est qu'un slogan vide de sens, Doris Leuthard étant déjà la candidate centriste, et le centre n'existant pas en tant qu'entité politique, entre autres à cause de l'échec du rapprochement PDC-PBD.

L'UDC cherche toujours à conquérir un deuxième siège. L'éviction surprise de son premier candidat M. Zuppiger ne change finalement rien: c'est toujours le premier parti de Suisse, aux dernières nouvelles, et son ticket Walter-Rime est le mieux que le parlement puisse obtenir d'elle.

PLR et PDC sont au coude-à-coude, chacun avec 41 sièges dans l'Assemblée Fédérale.

L'UDC est sous-représentée.

Tout le monde réclame la concordance.

La situation est inextricable.

chimie.pngLes électeurs portent une part de responsabilité dans ce sac de noeuds, en ayant élu au parlement un assemblage aussi équilibré de forces politiques antagonistes. Mais c'est oublier un peu vite que le désordre d'aujourd'hui vient en grande partie de la naissance du PBD, lui-même issu des manoeuvres politiques d'il y a quatre ans - et par les mêmes acteurs qui siègent aujourd'hui.

Comme d'habitude, il y a peu de raisons d'espérer une solution de ceux-là mêmes qui ont instauré le chaos. Bien malin qui peut prévoir la composition du Conseil Fédéral le 14 décembre à midi - un comble, quand on sait l'importance de ce collège au vu d'une situation internationale dramatique.

La classe politique helvétique aura une lourde responsabilité dans les quatre ans à venir. L'élection du Conseil Fédéral sera son premier test, elle qui devra diriger la Suisse pendant l'effondrement financier de l'Europe dans les quatre ans qui viennent.

La concordance helvétique mourra-t-elle le 14 décembre? Tout porte à le croire. Si nous ne sommes pas à l'abri d'une surprise, elle s'apparente au coup de théâtre sauvant un condamné sur l'échafaud: possible, mais très improbable.