27 décembre 2011

La prospective militaire et ses ennemis

Revenons sur une campagne de diffamation d'ampleur, orchestrée en Suisse romande par Le Matin en mars 2010, à l'encontre du chef de l'armée André Blattmann. Le quotidien avait fait ses choux gras avec des manchettes incroyablement hostiles contre André Blattmann, telles "André Blattmann croit la Suisse entourée d'ennemis", "André Blattman a peur de tout", et, conclusion logique, "André Blattmann doit-il démissionner?"

Quelles horreurs le chef de l'armée avait-il commis? Juste un peu de prospective, résumée dans l'infographie ci-dessous:

ArmeeGrand.jpg
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

D'après ce document, révélé par Sonntag, les pays qui connaissent des désordres sociaux, des attentats terroristes ou des déficits budgétaires tels qu'ils risquent d'être exclus de l'Union européenne (UE) vont engendrer "des situations que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd'hui", d'après le chef de l'armée. Dans ce contexte, on découvre l'Espagne, le Portugal, mais aussi l'Italie et la France.

 

Grèce, Portugal, Espagne, Italie, et France - non pas prises de velléités hostiles à l'encontre de la Suisse, mais juste en proie à des troubles intérieurs sociaux et économiques assez sérieux pour représenter une crise aux frontières du pays.

Vingt-et-un mois après cette estimation, on voit à quel point le commandement helvétique avait "tout faux".

Les réactions des politiciens cités dans les articles vaut aujourd'hui son pesant de cacahuètes en termes de clairvoyance de nos élites. Florilège.

[Selon] les bribes de conversations rapportées par les parlementaires, Micheline Calmy-Rey est catastrophée (...)

Le sang méditerranéen du parlementaire [Josef Zisyadis] n'a fait qu'un tour. Et il demande désormais la démission d'André Blattmann.

Christian Levrat, le président suisse du Parti socialiste, n'en pense pas moins: «L'invasion grecque est une idiotie sans nom. André Blattmann a clairement dérapé, il doit s'excuser.»

Pour Ueli Leuenberger, conseiller national genevois et président des Verts, l'armée fait joujou avec des fantasmes d'une autre époque. «Ces cartes nous plongent en pleine guerre froide. Ce n'est pas si étonnant: des militaires comme Blattmann ne font que reproduire les schémas qu'ils ont appris quand ils ont commencé leur service militaire.»

 

Parlant de fantasme d'une autre époque, le socialiste argovien Max Chopard-Acklin, vice-président de la Commission de la Politique de Sécurité, fit très fort:

"Nous vivons en 2010, mais ce climat dans lequel nous plonge le chef de l'armée nous rappelle les années 1920 et 1930, quand l'armée a tiré sur les grévistes à Genève et à Zurich."

 

Si l'offensive de la gauche contre tout ce qui porte uniforme n'a rien de surprenant, les politiciens de droite perdirent aussi un bonne occasion de se taire. "Tout le monde a droit à un joker, André Blattmann vient de jouer le sien" expliqua ainsi l'UDC Vaudois Guy Parmelin, qui sur ce coup-là venait aussi de perdre un joker... Quant à l'UDC zurichois Christoph Mörgeli, il rigola au téléphone: "Disons que le chef de l'armée fait preuve d'une étonnante maladresse! Un flux migratoire en provenance de la Grèce? Ce n'est pas crédible."

Ouille.

L'occasion était trop belle pour ne pas donner le micro aux voix discordantes à l'intérieur de l'armée - la dispute des chefs en public étant toujours un excellent moyen de détruire leur autorité:

Le lieutenant-colonel bâlois Peter Malama (PLR), membre de la CPS et de l'état-major, critique vertement son supérieur: «Si déjà on planche sur des scénarios, ce qui est le cas, la pression imaginée vient d'Afrique du Nord, du Maghreb. Mais certainement pas de la Grèce.»

 

C'est vrai, André Blattmann l'admettra plus tard, il n'avait pas envisagé le "printemps arabe". Que ceux qui l'avaient prévu lèvent le doigt... Et les changements en cours en Afrique du nord et dans la péninsule arabique n'enlèvent strictement rien à la justesses des perspectives de risque pour le continent européen.

Pour l'anecdote, on appréciera aussi la réaction d'Achilles Paparsenos, de la Mission onusienne grecque à Genève:

Notre gouvernement a pris des mesures d'économie contre la crise qui ont été saluées par nos partenaires de l'UE et des Etats-Unis. Nous ne croyons pas que ces peurs se basent sur une réalité.

 

Un an et demi plus tard, vu comme la Grèce semble tirée d'affaire, ces propos font sourire.

L'armée de milice est une composante essentielle de la neutralité suisse. A ce titre, ceux qui visent à démanteler cette neutralité placent l'armée très haut sur la liste des institutions à abattre. Faute de pouvoir la supprimer directement, ils cherchent constamment à l'affaiblir afin qu'elle ne représente plus la moindre forme de défense crédible du territoire helvétique. Réduction des effectifs, diminution des crédits, refus de renouveler les équipements vieillissants et désarmement des soldats de milice sont différentes pistes exploitées simultanément pour saper au mieux toute efficacité militaire.

Les attaques intérieures contre le système de défense helvétique ne portent pas seulement sur des aspects financiers. Les mêmes qui haïssent l'armée s'improvisent experts militaires et décrètent son inutilité, arguant qu'il n'y a aucune possibilité de guerre terrestre en Europe contre la Suisse, qui serait "entourée d'amis" et qu'aucune crise ne menace à l'horizon. Mais d'autres offensives, plus perverses, visent la hiérarchie militaire elle-même, telle cette campagne de dénigrement contre son chef d'état-major.

Certes, les hordes dépenaillées de réfugiés grecs ne sont pas encore à nos portes. Pour l'instant, ce sont les Portugais que les médias remarquent, mais en Grèce la jeunesse choisit clairement l'exil - et nous sommes encore loin du paroxysme de la crise de la dette publique.

Personne ne sait comment les choses vont évoluer, mais les perspectives ne sont pas bonnes. Et n'en déplaise aux journalistes avides de monter un dossier contre le chef de l'armée, André Blattmann mériterait aujourd'hui d'être salué pour la clairvoyance de son analyse de mars 2010.

14 décembre 2011

Quand 5,4% égalent 26,6%

Ca y est, le nouveau Conseil Fédéral est sous toit. Il a quatre jours, j'écrivais que les politiciens tueraient la concordance en pleurant leurs larmes de crocodiles: le déroulement de ce matin correspond entièrement à ce scénario.

Le révélateur est venu de l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf; élue au premier tour avec 131 voix sur 245, l'Assemblée Fédérale a fait preuve d'une belle unité dans l'hypocrisie. On aime et on respecte la concordance, tout en allouant autant de sièges à un parti qui a récolté 5,4% des suffrages face à l'UDC, premier parti de Suisse, avec plus d'un quart de l'électorat.

palais.jpg5,4% égalent donc 26,6% aux yeux du Parlement. Un conseiller fédéral chacun.

Le reste de la matinée n'est pas brillant. L'UDC, respectant le choix du candidat-président du Conseil Hansjörg Walter de se retirer de la course en cas d'échec contre Eveline Widmer-Schlumpf, a lancé son candidat Jean-François Rime contre les deux derniers sièges en jeu; c'était inutile vis-à-vis du PS, qui a bétonné sa place dans un gouvernement désormais ouvertement de centre-gauche, et du PLR, qui a fait de son mieux pour soutenir l'UDC et qui ne méritait pas cette hostilité aussi gratuite que stérile. Certes, nul n'est certain que 100% des élus PLR aient bien joué leur partition, mais c'est humain. De plus, comme dès hier soir le PS avait annoncé (avec des prétextes cousus de gros fil) qu'il ne soutiendrait pas une attaque de l'UDC contre le PLR, l'affaire était entendue.

On passera sur le duel Berset-Maillard ennuyeux au possible - comme si le syndicaliste vaudois avait eu la moindre chance face à un Conseiller aux Etats membre du sérail.

La Suisse vient de changer de système politique. Elle vient de passer d'un système de concordance à un système de coalition.

Le changement de paradigme était pressenti depuis 1999 déjà, lorsque la classe politique commençait à chercher des moyens de refuser à l'UDC une représentation en rapport avec sa force politique. Il aura fallu douze ans de gestation et de manoeuvres avant que le nouveau mode de fonctionnement du Conseil Fédéral ne soit enfin entériné. Officiellement.

Tout est à rebâtir. Passant sur les péripéties de ce matin, l'UDC va peut-être devoir s'ouvrir à son allié traditionnel, le PLR, pour arriver ensemble à former la base d'une future majorité de droite ou de centre-droit. A moins que le PLR ne se complaise de ses strapontins dans un gouvernement où les socialistes tirent clairement les ficelles? A chaud, difficile d'analyser tout ce qui nous attend. J'ai du mal à imaginer que l'UDC accepte de rester dans un pareil gouvernement, mais cela ne dépend pas de moi.

Et que va donner désormais l'initiative de l'élection du Conseil Fédéral par le peuple? Nul doute qu'elle vient de prendre un bon petit coup de fouet ce mercredi...

Beaucoup de chemins sont possibles. A la veille de la tempête de la crise de la dette publique déferlant sur l'Europe, le choix de l'instabilité politique n'était pas forcément le plus judicieux; mais le vin est tiré, il faut le boire.

10 décembre 2011

La mort annoncée de la concordance

Le 14 décembre verra l'élection du nouveau Conseil Fédéral helvétique pour la législature 2011-2015. Revenons sur les enjeux de ce scrutin crucial et les défis qui attendent les partis du centre et de droite lors de cette échéance.

Le déclin viril du PLR

A entendre les éditorialistes, le mieux serait que le Parti Libéral-Radical (PLR) cède un de ses deux sièges à l'Union Démocratique du Centre (UDC). Convenons-en, si la droite se mettait d'accord pour perdre une place au Conseil Fédéral, tout serait plus simple!

Mais le PLR n'est pas d'aplr.jpgccord pour céder un de ses sièges - pas plus que le PDC ne l'était en 2003 avec 14,4% des suffrages. Le PLR et l'UDC sont des alliés politiques naturels: l'UDC, pas plus que le PLR, ne peuvent accepter de se dévorer l'un l'autre sous les encouragements de leurs adversaires communs.

C'est peut-être le scénario que jouera l'Assemblée Fédérale le 14 décembre. Il pourrait d'ailleurs y avoir quelques surprises; quitte à remplacer un PLR par un UDC, pas sûr que le seul siège alémanique soit en ligne de mire. Mais il est compréhensible que l'UDC ne participe pas à la manoeuvre. Il en va de la bonne entente entre les deux formations. Cette façon de procéder poignarderait la concordance traditionnelle (deux sièges pour les trois partis les plus importants et un strapontin pour le quatrième) mais la question n'a pas grande importance: on saura bien avant la réélection du premier siège PLR si la concordance aura disparu, car tout se jouera lors de l'élection du siège d'Eveline Widmer-Schlumpf, en deuxième position...

Mais avant de comprendre de quoi il retourne, faisons un détour par la droite du parlement.

L'affaire Zuppiger

Sachant à quel point ses adversaires lui chercheraient la petite bête, l'UDC s'est longuement mise en quête des candidats les plus acceptables pour les autres partis, pour finalement présenter le fribourgeois Jean-François Rime et le zurichois Bruno Zuppiger. Patatras! Voilà qu'une semaine avant le scrutin, la candidature de l'alémanique est démolie de façon spectaculaire par les révélations de la Weltwoche, expliquant qu'il pourrait être coupable de gestion déloyale dans une affaire d'héritage. Les faits remontent à plusieurs années et n'ont donné lieu à aucune plainte, mais peu importe: la réputation d'un Conseiller Fédéral doit être sans tache.

Bien sûr la presse s'en donne à coeur-joie: l'occasion est trop belle de tirer à boulets rouges sur la direction de l'UDC, accusée de tous les maux. On oublie qu'une heure avant le scandale, M. Zuppiger était encore apprécié de tous, jusque dans les rangs socialistes. Il s'est construit une longue carrière politique dont l'accession à la tête de l'Union suisse des arts et métiers n'était qu'un des multiples aboutissements.

zuppiger.jpgBruno Zuppiger s'est excusé et retiré de la course au Conseil Fédéral. Est-il coupable d'abus de confiance ou de malversations? Mérite-t-il d'être déchu de tous ses postes et de clore sa carrière politique, ou au contraire, est-on en train de monter en épingle une erreur sans conséquences? Il est trop tôt pour le dire. Nous en saurons sans doute davantage dans quelque temps, car selon un journaliste de la TSR, les faits reprochés dans la Weltwoche pourraient être poursuivis d'office, même si les parties impliquées ont trouvé un accord.

Quelle que soit la conclusion de l'affaire, et même s'il est lavé de tous soupçons, l'élection du Conseil Fédéral se jouera sans lui.

Il est regrettable que cet épisode compromette l'ensemble du ticket UDC. Pour une bonne partie de la classe politique hors UDC, la candidature de Jean-François Rime semble compter pour rien. L'entrepreneur fribourgeois est pourtant un politicien tout à fait acceptable, qui s'est déjà lancé à l'assaut du Conseil Fédéral. Les conditions du retrait de M. Zuppiger ne lui retirent aucune qualité.

En réalité, la classe politique helvétique s'apprête à utiliser le prétexte de l'éviction dramatique de Bruno Zuppiger pour refuser son second siège à l'UDC. C'est une erreur à double titre. D'une part, même si elle devait perdre encore des plumes électoralement, l'UDC est toujours le premier parti de Suisse, et de loin, et mérite donc deux sièges. La légitimité du Conseil Fédéral est à ce prix, à moins de basculer définitivement dans un système majorité-opposition. D'autre par, le remplacement de M. Zuppiger par M. Hansjörg Walter, patron des paysans suisses et président du Conseil national, donne à l'Assemblée Fédérale l'opportunité de choisir un des UDC les plus modérés qui soient s'il faut absolument choisir un alémanique - une configuration assez exceptionnelle pour être soulignée.

Les politiciens sauront-ils saisir leur chance?

Eveline Widmer-Schlumpf et le PDC, ou l'impasse grisonne

L'affaire Zuppiger a fait passer au second plan un dilemme subi par le leader du Parti Démocrate-Chrétien (PDC), Christophe Darbellay: faut-il ou ne faut-il pas réélire Eveline Widmer-Schlumpf?

Si on écoute les médias et les principaux intéressés, l'affaire serait entendue: le PDC s'alignera et soutiendra la réélection de la Grisonne. Mais ce n'est pas si simple.

Eveline_Widmer-Schlumpf,_2009.jpgAvec 12,3% des suffrages au National, le PDC a atteint en 2011 un plus bas historique. Même s'il continue à régner sur le Conseil des Etats avec 11 sièges sur 46, la représentation du parti cache une fragilité inquiétante, comme une tour aux charpentes vermoulues. Si l'hémorragie électorale continue, ne serait-ce que de quelques pourcents, le PDC pourrait bien subir un recul spectaculaire en nombre de sièges dès les prochaines élections.

Le PDC essaye de gérer au mieux l'érosion par des stratégies de rapprochements et d'alliances, se définissant comme "le Plus Grand Parti du Centre". C'est vrai, mais c'est aussi le seul en perte de vitesse. Si les Verts Libéraux et le Parti Bourgeois Démocrate (PBD) commencent modestement, ils bénéficient d'une belle dynamique.

Trouvant, non sans raison, que le PBD est le parti avec lequel le PDC a le plus d'affinités, Christophe Darbellay a entamé de longues négociations avec le jeune mouvement, avec en point de mire la réélection d'Eveline Widmer-Schlumpf et la perspective d'une fusion à long terme... Proposition d'alliance à laquelle le PBD a répondu par un refus poli mais ferme. Il n'y aura même pas de groupe parlementaire conjoint.

Issu d'une scission avec l'UDC, le PBD est un mouvement centriste - classé plus à gauche que le PLR - et dont l'existence médiatique ne vaut pratiquement que par sa conseillère fédérale. Mais c'est aussi un parti avec un bon départ, et il chasse sur les terres du PDC. La fusion aurait grandement profité aux Démocrates-Chrétiens: ils y auraient gagné des électeurs, des sièges, une deuxième conseillère fédérale, et la direction du tout... A contrario, l'absence de fusion s'avère catastrophique. Le PDC s'est enfermé dans la nasse, piégé par sa propre propagande demandant la réélection à tout prix de la conseillère fédérale grisonne, telle une demie-PDC.

darbellay.jpgLe PDC a tenté le Grand Chelem, mais il a perdu. Il a fait campagne pour son plus grand rival au centre.

S'il fait évincer Eveline Widmer-Schlumpf, il portera probablement un coup fatal au PBD, mais aussi, à court terme, à tout espoir d'un second siège au Conseil Fédéral et à toute perspective de coalition centriste.

S'il fait réélire Eveline Widmer-Schlumpf, il permettra au PBD de continuer à se développer à ses dépens - alors que le centre de l'échiquier politique, surpeuplé, n'a certainement pas les moyens d'une guerre fratricide.

Christophe Darbellay a mené son parti dans une ornière dont il ne sortira pas indemne.

La belle mort de la Formule Magique

Sacrée Formule Magique - invoquée telle les mânes des ancêtres, et jamais définie! Est-ce une concordance politique? Mathématique? Linguistique? Philosophique, peut-être?

On ne saura jamais, sauf une chose: elle sera probablement morte pour de bon ce 14 décembre, malgré l'attachement à celle-ci affiché par les uns et les autres. Les politicien l'auront tuée en pleurant leurs larmes de crocodiles.

La formule magique n'a pas disparu en 2007. Si l'éviction de Christoph Blocher était indéniablement une manoeuvre politique, il a été remplacé par une conseillère nationale Eveline Widmer-Schlumpf portant à l'époque l'étiquette UDC. Avec deux UDC, deux PLR, deux PS et un PDC, la bonne vieille formule était respectée, au moins à la lettre.

La création du PBD et le rattachement d'Eveline Widmer-Schlumpf à cette formation changent la donne en 2011. Les 5,4% du PBD ne lui donnent aucune légitimité pour une place au Conseil Fédéral, point. La posture de "candidate du centre" avancé par le PDC n'est qu'un slogan vide de sens, Doris Leuthard étant déjà la candidate centriste, et le centre n'existant pas en tant qu'entité politique, entre autres à cause de l'échec du rapprochement PDC-PBD.

L'UDC cherche toujours à conquérir un deuxième siège. L'éviction surprise de son premier candidat M. Zuppiger ne change finalement rien: c'est toujours le premier parti de Suisse, aux dernières nouvelles, et son ticket Walter-Rime est le mieux que le parlement puisse obtenir d'elle.

PLR et PDC sont au coude-à-coude, chacun avec 41 sièges dans l'Assemblée Fédérale.

L'UDC est sous-représentée.

Tout le monde réclame la concordance.

La situation est inextricable.

chimie.pngLes électeurs portent une part de responsabilité dans ce sac de noeuds, en ayant élu au parlement un assemblage aussi équilibré de forces politiques antagonistes. Mais c'est oublier un peu vite que le désordre d'aujourd'hui vient en grande partie de la naissance du PBD, lui-même issu des manoeuvres politiques d'il y a quatre ans - et par les mêmes acteurs qui siègent aujourd'hui.

Comme d'habitude, il y a peu de raisons d'espérer une solution de ceux-là mêmes qui ont instauré le chaos. Bien malin qui peut prévoir la composition du Conseil Fédéral le 14 décembre à midi - un comble, quand on sait l'importance de ce collège au vu d'une situation internationale dramatique.

La classe politique helvétique aura une lourde responsabilité dans les quatre ans à venir. L'élection du Conseil Fédéral sera son premier test, elle qui devra diriger la Suisse pendant l'effondrement financier de l'Europe dans les quatre ans qui viennent.

La concordance helvétique mourra-t-elle le 14 décembre? Tout porte à le croire. Si nous ne sommes pas à l'abri d'une surprise, elle s'apparente au coup de théâtre sauvant un condamné sur l'échafaud: possible, mais très improbable.

23 octobre 2011

Tout nouveau, tout beau

Le nouveau Parlement helvétique est sous toit.

La soirée électorale touche à sa fin et tous les scores ne sont pas encore connus - un grand bravo au service informatique vaudois pour la magnifique gestion de son site web de saisie des résultats! - mais les tendances sont là: l'UDC perd des plumes, l'électorat PDC & PLR continue de s'éroder, le PS est stable, le centre surpeuplé. L'entrée la plus fracassante est celle des Vert Libéraux qui dévastent la représentation nationale des Verts proto-marxistes traditionnels.

pouly.jpgDans les anecdotes, on notera l'arrivée sous la coupole de Mauro Poggia au nom du Mouvement Citoyen Genevois et Fulvio Pelli qui sauve d'un cheveu son siège au Tessin, épargnant au PLR une défaite particulièrement humiliante. Dans le canton de Vaud, Guy Parmelin réussit de justesse à coincer le tandem infernal Savary-Recordon prétendument inarrêtable - un exploit assez remarquable au vu la façon dont le parti libéral-radical vaudois a décider de jouer les boulets.

Je n'ai découvert les résultats qu'assez tard, ayant passé l'essentiel de mon dimanche avec quelques dizaines de courageux miliciens chargés de dépouiller le scrutin. Mais autant livrer ici mes impressions à chaud.

L'UDC fait un mauvais score. Il ne faut pas se voiler la face: 3% de moins environ qu'en 2007, ce n'est pas rien. Demain, les éditorialistes de Suisse gloseront avec plaisir sur ce recul (je devine d'ici les formules ironiques comme "Les Suisses ne votent plus UDC" et tutti quanti...) Qu'ils savourent le moment, c'est leur droit. A l'antenne de la TSR, l'UDC genevois Yves Nidegger s'est livré à une analyse correcte, rappelant notamment que lors de la législature précédente la scission entre l'UDC et le Parti Bourgeois Démocratique (PBD) n'avait pas encore eu lieu, ce qui fausse quelque peu les comparaisons avec le score historique de 2007.

Ceci dit, il serait trop facile de se contenter de cette unique explication. Si la création du PBD représente une perte, l'UDC a aussi engrangé des résultats politique importants seule contre tous au cours de la législature précédente (pensons au renvoi des criminels étrangers par exemple). La fondation de nombreuses sections communales a aussi renforcé une assise locale lacunaire et aurait dû amener des bulletins dans les urnes, mais ces progrès locaux et nationaux ne se sont pas concrétisés au moment de renouveler le Parlement fédéral.

Pourquoi? La question taraudera les délégués de l'UDC pendant les prochains mois, à n'en pas douter. Pour ma part, je pense que la campagne publicitaire massive a fini par être contre-productive: à force de placarder des affiches partout, elles font tapisserie et les gens ne les remarquent plus. Pire, elles arrivent même à mettre en valeur les affiches des concurrents en provoquant des réactions style "tiens, une affiche non-UDC!". La posture de leader adoptée par l'UDC a peut-être aussi démobilisé une partie de son électorat: "ce sera gagné de toutes façons, pas grave si j'oublie de voter, d'autres le feront pour moi!"

Mais ce sont là des impressions personnelles immédiates, il est trop tôt pour se livrer à une analyse de fond.

Le PS est stable. La crise de la dette publique en Europe ne semble pas avoir fait son chemin dans l'esprit du peuple suisse. Le travail de confusion des médias faisant porter la responsabilité tour à tour aux banques, à la bourse, voire au libéralisme (tellement typique des sociétés grecques, italiennes, espagnoles et de l'Europe en général), bref, à n'importe qui sauf aux dépenses des gouvernements, ont jeté suffisamment le trouble pour que le PS ne soit pas affecté par ses propositions étatiques ruineuses et/ou utopiques. Le PS est un parti d'appareil; on vote PS parce qu'on se "sent" de gauche ou qu'on est fonctionnaire, pas parce qu'on adhère à son programme, que pratiquement personne ne lit d'ailleurs. Reflet de ses électeurs, la part électorale socialiste reste extrêmement stable. A ce qu'il semble, le PS suisse fera éternellement dans les 17-20% et on n'y reviendra plus.

Avec une élection dans un fauteuil, Alain Berset s'offre un tapis rouge jusqu'au Conseil Fédéral. Je vois mal ce qui pourrait encore l'empêcher d'y prendre place.

Le Mélange Centriste vire à gauche. Toujours pas vu de votation importante sur laquelle les Verts de gauche et les Verts-qui-se-disent-libéraux auraient une position, disons, différente. Je n'ose dire antagoniste, ce serait trop demander. L'espoir fait vivre, et en tous cas, électoralement, ça marche: il y désormais les verts-rouges et la nouvelle teinte vert du moment - même si au goût les deux recettes semblent furieusement identiques. Le succès du nouveau packaging est époustouflant: 13 sièges pour les verts anciens et 12 pour les verts nouveaux! Après cette collision initiale, chacun se réserve une bonne marge de progression sans plus empiéter sur les plate-bandes de l'autre.

Avec 9 sièges pour moins de 6% des voix nationales, le PBD fait aussi assez fort. Les électeurs suisses ont apparemment été nombreux à suivre les nouvelles formations, malgré une présence nationale très irrégulière, un bilan inexistant et un programme sommes toutes léger. Cela vaut un chèque en blanc, à voir comment PBD et Vert'Lib le dépenseront.

3026618524_1_2_uNhJDajT.jpgAvec 31 et 28 sièges respectivement, le PLR et le PDC font figure de vieilles familles politiques éreintées. Il ne faut pas les enterrer trop vite - les nouveaux venus ont encore du chemin à faire avant d'atteindre le poids électoral d'un PDC, fusse-t-il sur le déclin - mais à force de se désagréger élection après élection, l'effet sur leur électorat doit être désastreux. Les deux partis centristes historiques n'ont plus beaucoup de marge de manoeuvre pour parvenir à se renouveler avant de se retrouver au coude-à-coude avec de jeunes pousses bien plus dynamiques.

En conclusion, le nouvel équilibre politique est trouble. Comprendre: indéchiffrable et probablement instable. Le Parlement helvétique 2011-2015 sera plus fragmenté et plus à gauche que son incarnation précédente. On verra la vraie couleur politique des nouveaux en décembre, au lendemain des élections du Conseil Fédéral nouvelle formule. Tout dépend de la façon dont PBD et Verts Libéraux se comporteront. Je doute fort qu'un deuxième UDC trouve le chemin du Conseil Fédéral ; je suis juste curieux des prétextes que les présidents et chefs de groupe clameront pour justifier leur refus.

Au vu de la façon dont les choses se passent, je ne serais même pas étonné qu'il n'y ait plus de représentant UDC au Conseil Fédéral du tout en 2011-2015. Même cantonné à l'armée, Ueli Maurer prend trop de place. Verts libéraux et PBD ne se sentiront guère liés par les vieilles traditions surannées de représentation arithmétique des membres du gouvernement - les verts-libéraux parce qu'ils s'en fichent, les PBD parce qu'ils doivent précisément leur naissance à un rejet de cette répartition - et pourraient bien se laisser séduire par les inévitables comploteurs du moment, donnant enfin à la Suisse le gouvernement de centre-gauche dont sa classe politique rêve depuis si longtemps.

20 octobre 2011

Les Suisses votent UDC.

La première fois que j'ai entendu parler du slogan du premier parti de Suisse "les Suisses votent UDC" pour les fédérales 2011, j'ai éclaté de rire. La formule avait tout pour elle: simple, impertinente et astucieuse!

Pendant que les autres partis affichent des truismes - Y-a-t'il quelqu'un en faveur de la "bureaucratie absurde" dans la salle? Quelqu'un qui souhaite "affaiblir les PME"? Ou "plus de privilèges" pour les politiciens? Non? Personne? - le slogan de l'UDC fait mouche.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, je lisais encore dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un olibrius s'exclamant qu'il ne votait pas UDC. "Suis-je Suisse?" demandait-il - voire, "Suis-je un bon Suisse?" Etrange interrogation, puisque dans le débat qui nous occupe, le chemin du jugement de valeur ne mène strictement nulle part. Pour le PS, les meilleurs Suisses sont ceux qui votent socialiste, pour les Verts, ceux qui votent écologiste, et ainsi de suite. Chacun voit midi à sa porte et on imagine mal comment il pourrait en être autrement.

suisses_udc.jpgDe fait, si tous les Suisses ne votent pas UDC - et il n'en n'a jamais été question - l'UDC est incontestablement le premier parti de Suisse. Elle est donc en droit de parler au nom de tout le corps électoral. Cette situation (suscitant bien des glapissements indignés) se retrouve fréquemment dans le domaine de la publicité hors du champ politique: une marque leader sur son créneau peut faire campagne non pour elle, mais pour le créneau lui-même - l'eau minérale par exemple - et en retirera naturellement les dividendes. Poussé à l'extrême, le phénomène voit passer les marques dans le langage courant, comme Frigidaire, Kleenex ou Escalator.

C'est aussi pour cela que l'UDC a le plus à gagner d'une participation élevée, la vraie inconnue de ces élections fédérales. A chaque fois que dix citoyens décident de se rendre aux urnes, l'UDC engrange trois nouveaux bulletins, les autres partis en moyenne un ou deux. Les formations politiques concurrentes prétendent que chacun doit aller voter mais ne visent pas vraiment l'entier du corps électoral. Elles essayent de mobiliser leurs propres troupes sans réveiller celles du voisin.

Le dernier aspect du slogan "les Suisses votent UDC" tient aux Suisses dont il est fait mention.

Il ne s'adresse pas aux Suisses de passeport - les seuls à exister aux yeux de l'administration - mais aux Suisses de sentiment.

Il ne s'agit pas seulement d'aimer la Suisse, mais aussi d'accepter son histoire, ses religions, sa culture, sa neutralité armée, ses traditions, son conservatisme, sa fierté, son indépendance, son libéralisme et sa démocratie directe.

Au sein du corps électoral, beaucoup de Suisses de passeport ne correspondent pas à cette description. Evidemment, ils ne se reconnaissent pas dans l'UDC. Grand bien leur fasse. Mais ils entrent dans une colère noire à l'idée d'être comparés à ces Suisses qui votent UDC, et c'est là leur erreur.

J'ai un deuxième scoop pour eux: il n'y a même pas besoin du passeport rouge à croix blanche pour se reconnaître dans ce portrait. Je connais des étrangers plus conscients de l'importance et de la nécessité de préservation du particularisme helvétique que bien des Suisses eux-mêmes. Il faut parfois être immigré, avoir eu un regard extérieur et envié le génie de ce pays, pour réaliser l'importance des valeurs que la Suisse abandonne jour après jour sans la moindre arrière-pensée.

L'UDC s'identifie comme jamais au caractère helvétique. Elle intègre complètement les valeurs du pays, dans son corpus et dans ses courants, et il n'y a là rien de plus normal, parce que l'UDC a dépassé le stade du parti politique depuis des années. C'est désormais un mouvement social. La politique n'est qu'une de ses facettes.

A partir de là, prétendre que "les Suisses votent UDC" revient finalement à simplement énoncer les faits, fut-ce au risque de déplaire.

Après des mois de campagne et des milliers d'affiches vandalisées, la conclusion s'impose - cette vérité dérange. L'application avec laquelle les adversaires de l'UDC détruisent systématiquement le matériel électoral n'a d'égale que leur impuissance à contrer le message. A défaut d'avoir quelque chose à rétorquer, on arrache.

Leur rage vaut toutes les démonstrations.

18 octobre 2011

Un parfum de Pilet-Golaz

2007 fut une année charnière.

Cette année-là, le peuple suisse réalisa qu'il s'était fait abuser.

Après le gâchis Swissair et le gaspillage Expo.02, après l'ONU, les bilatérales I et II grignotant la trame de la souveraineté populaire, après avoir ouvert les frontières à la libre-circulation, à l'immigration de masse et au tourisme de la criminalité, après avoir fait de bonne foi tant d'erreurs terribles dont nous paieront le prix pendant encore des décennies, le peuple suisse commença, enfin, à remettre en question la validité des promesses de sa classe politique, et a s'intéresser aux causes qu'elle défendait vraiment.

En 2007, le PDC de Christophe Darbellay clamait sur ses affiches que voter PDC renforcerait la position de Doris Leuthard; les électeurs le prirent au mot et, quitte à soutenir un point de vue, choisirent plutôt l'UDC de Christoph Blocher. L'UDC tutoya la barre des 30%, du jamais vu.

Mais 2007 n'était pas que la confirmation de la validité de la ligne suivie par l'UDC. C'est aussi l'année de l'infâmie, la première fois où un Parlement nouvellement élu s'estima en droit de fouler aux pieds la décision du peuple qui l'avait mis en place. Les Conseillers nationaux frondeurs éjectèrent des rangs du gouvernement l'unique conseiller fédéral à représenter sincèrement un premier parti de Suisse plébiscité.

complot.jpgIls étaient triomphants, tous ces messieurs - MM. Darbellay, Recordon, Sommaruga, Leuenberger, Berset et consort - trop fiers de leur Coup de Jarnac contre la démocratie représentative. Ils ne réalisaient pas qu'avec leur manigances à courte vue, c'est l'honneur de leur propre fonction qu'ils venaient de saborder.

Personne ne sortit indemne de l'affaire.

L'UDC, pêchant par naïveté, accusa le coup. Les soubresauts du complot poussèrent le parti dans l'opposition pendant deux ans et provoquèrent une scission, donnant naissance au mouvement-croupion du Parti Bourgeois Démocratique (PBD) que s'empressèrent de rejoindre des Conseillers Fédéraux dissidents, plus avides de carrière que de convictions.

Depuis, le PBD végète avec ses quelques élus démissionnaires, en grignotant ça et là quelques touffes sur des arpents de terres centristes surexploités par les Verts Libéraux, l'UDF, le PLR et PDC - ces deux derniers optant franchement pour une politique de décroissance, appliquée à leur électorat. Le PS, dans une fuite en avant dont il a le secret, choisit quant à lui de couper les ponts avec la réalité.

Hormis l'UDC et quelques jeunes pousses aussi spontanées qu'une campagne de marketing ciblée, la déliquescence des formations politiques helvétiques est indiscutable. Cela ne prêterait pas à conséquences si la Suisse pouvait se le permettre.

Mais hors des frontières, la tempête gronde. La crise des subprimes puis celle de la dette publique de social-démocraties financièrement insoutenables menace d'emporter toute la zone euro, y compris l'orgueil mortifère de ses élites. La faillite grecque ou le printemps arabes aux forts relents islamistes commencent à peine à déployer leurs effets sur la situation migratoire.

Dans les frontières suisses vidées de leur sens, la criminalité explose. La BNS décide unilatéralement de soumettre le Franc Suisse à l'Euro. Le Secret Bancaire a été vidé de toute substance. La soumission aux tribunaux étrangers se fait chaque jour plus pressante.

Et le Parlement et le Conseil Fédéral restent soumis contre vents et marée à une équipe pro-Européenne avide de rejoindre le grand Tout.

Le peuple suisse n'est pas resté inactif; frondeurs face au Parlement, les citoyens se sont exprimés par les urnes. Ils ont exprimé leur refus des minarets. Il ont voté le renvoi des criminels étrangers. Mais la classe politique actuelle fait la sourde oreille. Elle ne veut pas entendre le message. Elle utilise des tactiques de guérilla, manipule, désavoue, contredit, temporise. Elle manoeuvre pour reprendre automatiquement le droit européen. Elle verse des tributs. Elle écrase toujours plus la population sous les règlementations, les impôts, les taxes, utilise l'émotion de l'actualité pour faire passer ses lois à la hussarde.

Loin des préoccupations de sécurité et de vie paisible de la population suisse, la classe politique rêve d'Europe en méprisant un pays trop petit pour elle.

La scission entre la population et les élus sensés la représenter a un précédent - dans les années 40.

Un sentiment de déjà-vu

Lorsqu'on évoque la Seconde Guerre Mondiale, la figure quasi-mythique du Général Guisan vient immédiatement à l'esprit. Farouche défenseur de la neutralité armée, Henri Guisan incarne le Suisse résolu, prudent et avisé. Guisan a donné son nom à des avenues, des places et une abondante littérature. Mais si on cite bien volontiers le Général Guisan et le rapport qu'il donna au Grütli, on oublie l'importance bien plus significative d'un autre vaudois de l'époque, le radical Marcel Pilet-Golaz.

Marcel_Pilet-Golaz.gifDans un discours célèbre prononcé le 25 juin 1940, Marcel Pilet-Golaz se distingua par sa fascination ambiguë envers le régime nazi et "l'ordre nouveau" que celui-ci incarnait, sous-entendant qu'il était vain de s'y opposer et que la Suisse ferait mieux, en quelque sorte, de s'accommoder de la nouvelle donne en Europe.

Marcel Pilet-Golaz traduit infiniment mieux l'ambiance particulière qui a marqué le début de la Seconde Guerre mondiale, justement parce qu'il était en porte-à-faux avec la majorité. Pilet-Golaz résume par son discours la subjugation, l'abattement et le fatalisme, des sentiments rejetés par la plus grande partie des Suisses de cette période.

En d'autres termes, Pilet-Golaz résume la trahison des élites, une douleur si vive que même aujourd'hui cette partie de la Seconde Guerre mondiale est volontiers minimisée.

Marcel Pilet-Golaz n'avait rien d'une singularité. Issu du sérail, politicien expérimenté, il avait été élu par le Parlement, qui lui-même avait été porté par le peuple. Il avait accédé au poste de Président de la Confédération avec l'assentiment de toute la classe politique du moment.

La ressemblance avec notre époque est frappante. Aucune armée ne manoeuvre aux portes du pays, mais le discours d'une bonne partie de la classe politique est remarquablement semblable. L'adhésion à l'Union Européenne est présentée comme quelque chose d'incontournable. Il serait vain de poursuivre sur la voie de l'indépendance et de la neutralité. Nous avons tellement de liens commerciaux et culturels avec l'Union, notre premier client, nos lois sont déjà euro-compatibles, nous avons quasiment adopté l'euro à travers un contrôle des changes, tout le monde explique que les accords bilatéraux ont trouvé leurs limites, si bien que l'adhésion est la seule étape logique... Toujours cette mélopée soporifique en bruit de fond.

Le chemin de moindre résistance nous envoie dans les bras accueillants d'une Union Européenne en cours d'effondrement.

Les élections de 2007 étaient cruciales; elles ont été remportées par l'UDC, mais on lui a volé sa preprésentativité gouvernementale. Quatre ans plus tard, la marge de manoeuvre helvétique est extrêmement réduite. Au rythme auquel se désagrègent les institutions du pays, elles pourraient bien ne pas tenir quatre ans de plus.

Les élections de 2011 risquent d'être les dernières du genre. Pas la dernière fois que le citoyen helvétique glisse son bulletin dans l'urne, naturellement, mais bien une des dernières fois où le bulletin déposé dans l'urne garde encore un sens.

Avec la multiplication des Pilet-Golaz dans les médias et la classe politique, le peuple suisse pourrait bientôt s'abîmer dans le confort cotonneux d'une délégation de pouvoir à Bruxelles. Voter contre les minarets, pour l'enfermement à vie de délinquants sexuels, pour la non-prescriptibilité des actes pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers? Voter pour des objets à contre-courant du politiquement correct? Tout cela sera terminé pour de bon.

Si 2007 paraît loin et 1940 encore bien davantage, un parfum de Pilet-Golaz flotte sur ces élections fédérales 2011.