18 octobre 2011

Un parfum de Pilet-Golaz

2007 fut une année charnière.

Cette année-là, le peuple suisse réalisa qu'il s'était fait abuser.

Après le gâchis Swissair et le gaspillage Expo.02, après l'ONU, les bilatérales I et II grignotant la trame de la souveraineté populaire, après avoir ouvert les frontières à la libre-circulation, à l'immigration de masse et au tourisme de la criminalité, après avoir fait de bonne foi tant d'erreurs terribles dont nous paieront le prix pendant encore des décennies, le peuple suisse commença, enfin, à remettre en question la validité des promesses de sa classe politique, et a s'intéresser aux causes qu'elle défendait vraiment.

En 2007, le PDC de Christophe Darbellay clamait sur ses affiches que voter PDC renforcerait la position de Doris Leuthard; les électeurs le prirent au mot et, quitte à soutenir un point de vue, choisirent plutôt l'UDC de Christoph Blocher. L'UDC tutoya la barre des 30%, du jamais vu.

Mais 2007 n'était pas que la confirmation de la validité de la ligne suivie par l'UDC. C'est aussi l'année de l'infâmie, la première fois où un Parlement nouvellement élu s'estima en droit de fouler aux pieds la décision du peuple qui l'avait mis en place. Les Conseillers nationaux frondeurs éjectèrent des rangs du gouvernement l'unique conseiller fédéral à représenter sincèrement un premier parti de Suisse plébiscité.

complot.jpgIls étaient triomphants, tous ces messieurs - MM. Darbellay, Recordon, Sommaruga, Leuenberger, Berset et consort - trop fiers de leur Coup de Jarnac contre la démocratie représentative. Ils ne réalisaient pas qu'avec leur manigances à courte vue, c'est l'honneur de leur propre fonction qu'ils venaient de saborder.

Personne ne sortit indemne de l'affaire.

L'UDC, pêchant par naïveté, accusa le coup. Les soubresauts du complot poussèrent le parti dans l'opposition pendant deux ans et provoquèrent une scission, donnant naissance au mouvement-croupion du Parti Bourgeois Démocratique (PBD) que s'empressèrent de rejoindre des Conseillers Fédéraux dissidents, plus avides de carrière que de convictions.

Depuis, le PBD végète avec ses quelques élus démissionnaires, en grignotant ça et là quelques touffes sur des arpents de terres centristes surexploités par les Verts Libéraux, l'UDF, le PLR et PDC - ces deux derniers optant franchement pour une politique de décroissance, appliquée à leur électorat. Le PS, dans une fuite en avant dont il a le secret, choisit quant à lui de couper les ponts avec la réalité.

Hormis l'UDC et quelques jeunes pousses aussi spontanées qu'une campagne de marketing ciblée, la déliquescence des formations politiques helvétiques est indiscutable. Cela ne prêterait pas à conséquences si la Suisse pouvait se le permettre.

Mais hors des frontières, la tempête gronde. La crise des subprimes puis celle de la dette publique de social-démocraties financièrement insoutenables menace d'emporter toute la zone euro, y compris l'orgueil mortifère de ses élites. La faillite grecque ou le printemps arabes aux forts relents islamistes commencent à peine à déployer leurs effets sur la situation migratoire.

Dans les frontières suisses vidées de leur sens, la criminalité explose. La BNS décide unilatéralement de soumettre le Franc Suisse à l'Euro. Le Secret Bancaire a été vidé de toute substance. La soumission aux tribunaux étrangers se fait chaque jour plus pressante.

Et le Parlement et le Conseil Fédéral restent soumis contre vents et marée à une équipe pro-Européenne avide de rejoindre le grand Tout.

Le peuple suisse n'est pas resté inactif; frondeurs face au Parlement, les citoyens se sont exprimés par les urnes. Ils ont exprimé leur refus des minarets. Il ont voté le renvoi des criminels étrangers. Mais la classe politique actuelle fait la sourde oreille. Elle ne veut pas entendre le message. Elle utilise des tactiques de guérilla, manipule, désavoue, contredit, temporise. Elle manoeuvre pour reprendre automatiquement le droit européen. Elle verse des tributs. Elle écrase toujours plus la population sous les règlementations, les impôts, les taxes, utilise l'émotion de l'actualité pour faire passer ses lois à la hussarde.

Loin des préoccupations de sécurité et de vie paisible de la population suisse, la classe politique rêve d'Europe en méprisant un pays trop petit pour elle.

La scission entre la population et les élus sensés la représenter a un précédent - dans les années 40.

Un sentiment de déjà-vu

Lorsqu'on évoque la Seconde Guerre Mondiale, la figure quasi-mythique du Général Guisan vient immédiatement à l'esprit. Farouche défenseur de la neutralité armée, Henri Guisan incarne le Suisse résolu, prudent et avisé. Guisan a donné son nom à des avenues, des places et une abondante littérature. Mais si on cite bien volontiers le Général Guisan et le rapport qu'il donna au Grütli, on oublie l'importance bien plus significative d'un autre vaudois de l'époque, le radical Marcel Pilet-Golaz.

Marcel_Pilet-Golaz.gifDans un discours célèbre prononcé le 25 juin 1940, Marcel Pilet-Golaz se distingua par sa fascination ambiguë envers le régime nazi et "l'ordre nouveau" que celui-ci incarnait, sous-entendant qu'il était vain de s'y opposer et que la Suisse ferait mieux, en quelque sorte, de s'accommoder de la nouvelle donne en Europe.

Marcel Pilet-Golaz traduit infiniment mieux l'ambiance particulière qui a marqué le début de la Seconde Guerre mondiale, justement parce qu'il était en porte-à-faux avec la majorité. Pilet-Golaz résume par son discours la subjugation, l'abattement et le fatalisme, des sentiments rejetés par la plus grande partie des Suisses de cette période.

En d'autres termes, Pilet-Golaz résume la trahison des élites, une douleur si vive que même aujourd'hui cette partie de la Seconde Guerre mondiale est volontiers minimisée.

Marcel Pilet-Golaz n'avait rien d'une singularité. Issu du sérail, politicien expérimenté, il avait été élu par le Parlement, qui lui-même avait été porté par le peuple. Il avait accédé au poste de Président de la Confédération avec l'assentiment de toute la classe politique du moment.

La ressemblance avec notre époque est frappante. Aucune armée ne manoeuvre aux portes du pays, mais le discours d'une bonne partie de la classe politique est remarquablement semblable. L'adhésion à l'Union Européenne est présentée comme quelque chose d'incontournable. Il serait vain de poursuivre sur la voie de l'indépendance et de la neutralité. Nous avons tellement de liens commerciaux et culturels avec l'Union, notre premier client, nos lois sont déjà euro-compatibles, nous avons quasiment adopté l'euro à travers un contrôle des changes, tout le monde explique que les accords bilatéraux ont trouvé leurs limites, si bien que l'adhésion est la seule étape logique... Toujours cette mélopée soporifique en bruit de fond.

Le chemin de moindre résistance nous envoie dans les bras accueillants d'une Union Européenne en cours d'effondrement.

Les élections de 2007 étaient cruciales; elles ont été remportées par l'UDC, mais on lui a volé sa preprésentativité gouvernementale. Quatre ans plus tard, la marge de manoeuvre helvétique est extrêmement réduite. Au rythme auquel se désagrègent les institutions du pays, elles pourraient bien ne pas tenir quatre ans de plus.

Les élections de 2011 risquent d'être les dernières du genre. Pas la dernière fois que le citoyen helvétique glisse son bulletin dans l'urne, naturellement, mais bien une des dernières fois où le bulletin déposé dans l'urne garde encore un sens.

Avec la multiplication des Pilet-Golaz dans les médias et la classe politique, le peuple suisse pourrait bientôt s'abîmer dans le confort cotonneux d'une délégation de pouvoir à Bruxelles. Voter contre les minarets, pour l'enfermement à vie de délinquants sexuels, pour la non-prescriptibilité des actes pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers? Voter pour des objets à contre-courant du politiquement correct? Tout cela sera terminé pour de bon.

Si 2007 paraît loin et 1940 encore bien davantage, un parfum de Pilet-Golaz flotte sur ces élections fédérales 2011.

07 octobre 2011

Pierre-Yves Rapaz au Conseil d'Etat!

La vie n'attend pas la politique. Le décès inattendu de Jean-Claude Mermoud a bouleversé le paysage vaudois.

Conseiller d'Etat UDC très apprécié, Jean-Claude Mermoud s'était porté au côté de Guy Parmelin pour se lancer au Conseil des Etats lors des élections fédérales. Sa disparition subite il y a un mois a provoqué des remous politiques insoupçonnés, son décès survenant avant la fin de son mandat au Conseil d'Etat vaudois. L'UDC a non seulement été privée d'un excellent candidat pour le Conseil des Etats, mais aussi d'un Conseiller d'Etat vaudois en exercice, disparition forçant, à quelques jours près, la tenue d'une élection complémentaire.

Cette élection complémentaire aura lieu mi-novembre, avec un éventuel second tour en décembre, le tout pour un mandat courant jusqu'en mars 2012. Autant dire que l'élu ne siègera pas longtemps avant d'affronter un nouveau scrutin.

Théoriquement, le siège vacant devrait revenir à l'UDC au nom de la concordance; mais il semble vain de demander à l'ensemble de la classe politique vaudoise de réfréner son appétit. Le timing de cette élection complémentaire aiguise la convoitise: elle survient au beau milieu des fédérales et à quelques mois des cantonales. En outre, certains partis verraient d'un bon oeil la possibilité d'infliger un camouflet cinglant à l'UDC en s'emparant de son siège au nez et à sa barbe, juste avant les élections cantonales, en plus du prestige rejaillissant évidemment sur le vainqueur. Les Verts ont ainsi lancé Béatrice Métraux à l'assaut du siège du défunt Conseiller d'Etat, vraisemblablement soutenue par les socialistes.

Finalement, la disparition de Jean-Claude Mermoud a laissé un vide politique que l'UDC se doit de combler en trouvant dans ses rangs un poulain capable de lui succéder.

C'est avec ce mélange de contraintes internes et externe que l'UDC a tenu un congrès extraordinaire le soir du 6 octobre à la Grande Salle de Bussigny.

L'ambiance était beaucoup moins tendue que celle du congrès du 8 avril. Il faut dire que l'ambition de la soirée était modeste, les délégués n'ayant qu'à décider d'un candidat pour le Conseil d'Etat. Rien à voir avec le Congrès précédent, où l'attribution des places de candidats pour sur la liste pour le Conseil National donna lieu à quelques belles empoignes.

Au début de la soirée, l'UDC vaudoise commença par accepter une modification du mode de scrutin. Plutôt que d'avoir un scrutin majoritaire à un tour (permettant au mieux classé de l'emporter du premier coup, quasiment par surprise) il fut décidé à une écrasante majorité de procéder par élimination progressive des candidats, à moins que l'un d'eux n'obtienne la majorité absolue.

Les quatres candidats se présentèrent tour à tour: Fabienne Despot, l'égérie antinucléaire d'Ecole 2010; Pierre-Yves Rapaz, chef du groupe UDC au Grand Conseil et municipal de Bex; Pascal Dessauges, futur préfet de Morges cherchant à dépasser son poste avant même d'en prendre possession; et Jacques Nicolet, député de Lignerolle dont je n'avais guère entendu parler jusqu'ici mais qui fit fier étalage de ses liens avec le monde paysan.

congrès.jpgChacun des candidats avait ses mérites. Il n'y avait aucune raison d'être difficile, puisque même leurs faiblesses aux yeux des délégués UDC présents pouvaient se révéler finalement un avantage... Une élection au Conseil d'Etat implique de séduire les électeurs au-delà des rangs traditionnels du parti: on peut dire que l'UDC sortirait gagnante du scrutin soit au sortir de la désignation, soit le jour de l'élection en novembre, l'objectif étant bien sûr de réussir les deux.

Toutefois, le premier tour du scrutin cacha une sacrée surprise - une surprise qui n'est mentionnée ni dans Le Matin, ni sur Swissinfo, ni sur la Tribune de Genève, ni semble-t-il sur aucun des sites "d'information" romands que j'ai pris la peine d'examiner. Et pourtant, les journalistes ne manquaient pas dans la salle.

Je vous livre donc ici les résultats du premier tour de scrutin où 151 bulletins de vote furent exprimés :

  1. Pierre-Yves Rapaz, 54 voix ;
  2. Pascal Dessauges, 34 voix ;
  3. Fabienne Despot, 27 voix ;
  4. Claude-Alain Voiblet, 22 voix ;
  5. Jacques Nicolet, 14 voix.

Le secrétaire général de l'UDC Vaud parvint à se hisser à une quatrième place tout à fait honorable sans même être candidat! Il y a visiblement plus qu'une poignée des délégués qui ont estimé que Claude-Alain serait le meilleur candidat au Conseil d'Etat. Je me demande quel aurait été son score s'il avait été officiellement en lice.

L'intéressé prit néanmoins la parole pour rappeler qu'il n'était pas candidat et qu'il ne tenait pas à l'être, les campagnes fédérales et cantonale monopolisant terriblement son calendrier jusqu'en mars 2012. On veut bien le croire.

Après cette surprise, le reste du scrutin se déroula sans heurts, Pierre-Yves Rapaz faisant la course en tête et finissant par obtenir la majorité absolue sans que l'ordre des candidats ne soit modifié.

p-yrapaz.jpgVisiblement ému, le municipal de Bex exprima ses remerciements à l'assemblée. Il aura la lourde tâche de reprendre le fauteuil laissé par Jean-Claude Mermoud et ce ne sera pas facile. Je ne le connais pas encore très bien mais la plupart des vieux routards présent au congrès semblaient en avoir la plus haute estime; si parfois tel ou tel portait davantage un autre candidat dans son coeur, je n'entendis personne pour reprocher quoi que ce soit à son parcours politique. Les vaincus du soir témoignèrent sans réserve leur soutien et leur désir d'unité à notre nouveau candidat.

L'assemblée des délégués se dispersa une fois l'élection accomplie, emportant du matériel électoral mis à disposition au cours de la soirée. Car la route est longue jusqu'à la dernière salve d'élections au printemps prochain.

Bonne chance donc à Pierre-Yves Rapaz. J'espère que j'aurai le plaisir de le rencontrer - peut-être à l'occasion d'un passage au marché de Renens où nous tenons notre stand de campagne?

07 septembre 2011

Et la Suisse adopta l'euro

"Historiquement stupide."

J'ai beau chercher, je ne vois pas de terme plus adapté à la décision prise par la BNS de forcer à 1,20 euros la parité avec le Franc Suisse. L'aventure emportera le bilan de la Banque Nationale. Elle la ruinera. Et les Suisses avec.

Mais revenons sur cette journée du 6 septembre. D'un seul coup, sans avertissement, la BNS se fend d'un communiqué de presse lapidaire:

La surévaluation actuelle du franc est extrême. Elle constitue une grave menace pour l’économie suisse et recèle le risque de développements déflationnistes.
La Banque nationale suisse (BNS) vise par conséquent un affaiblissement substantiel et durable du franc. Dès ce jour, elle ne tolérera plus de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro sur le marché des changes. La Banque nationale fera prévaloir ce cours plancher avec toute la détermination requise et est prête à acheter des devises en quantité illimitée.
Même à 1,20 franc pour un euro, la monnaie helvétique reste à un niveau élevé. Elle devrait continuer à s’affaiblir sur la durée. Si les perspectives économiques et les risques de déflation l'exigent, la Banque nationale prendra des mesures supplémentaires.

 

La déflation... Le croquemitaine des Keynésiens. Et encore - en guise de déflation, un "risque de développements déflationnistes". Peut-on prendre des pincettes plus longues sans donner l'air d'avoir peur de son ombre? Quant à prétendre que le franc suisse est surévalué, il traduit une telle méconnaissance des mécanismes monétaires en monnaie fiduciaire - ahurissante à ce niveau - qu'il vaut mieux en prendre une crise de rire hystérique que d'en pleurer...

Le ton est volontariste, la décision lourde de conséquences.

La Suisse vient d'adopter l'euro.

dualité.jpgC'est un raccourci, bien sûr, mais dans les faits, c'est exactement ce qui vient de se passer.

Sauf à être d'une crédulité consternante face aux discours rassurants en provenance de la zone euro, chacun conviendra que la monnaie européenne n'est pas sortie de la nasse, loin s'en faut. La Banque Centrale Européenne imprime à tour de bras des palettes de billets neufs pour acheter des dettes pourries en provenance de Grèce, d'Irlande, d'Espagne, d'Italie, du Portugal et de Chypre. Sans compter toutes ces banques à sauver. Personne ne voit la fin de la crise, et la récession pointe son museau.

L'augmentation démesurée de la masse monétaire en euro conduit à une érosion continue de sa valeur. L'euro s'affaiblit, préparant le terrain pour la prochaine étape, une inflation galopante.

En fixant un taux "plancher" de 1,20, la BNS joue sur les mots. Jamais l'euro ne remontera au-dessus des 1,20. Prenons quelques précautions de langage: plutôt que "jamais", disons, pas avant des décennies, à supposer que la monnaie unique survive à la crise actuelle. Et elle n'en prend pas le chemin.

Le taux plancher est donc de facto un taux fixe.

L'euro vaut donc désormais 1,20 francs suisses et on n'y reviendra plus.

L'euro varie, mais le franc suisse, lui, vaudra toujours 1,20 euro.

Peu importe le dollar, le yen, la livre sterling, l'or ou le baril de pétrole. Le franc suisse s'est arrimé à l'euro et à rien d'autre.

La Banque Nationale Suisse vient donc de déléguer la gestion du franc suisse à la Banque Centrale Européenne.

Politiquement, c'est un renoncement de souveraineté. Il ne me semble pas que le peuple suisse avait approuvé l'adhésion à l'Union Européenne, et encore moins celle à la monnaie unique. Il ne me semble pas qu'une telle décision faisait partie du mandat de la BNS. Tout cela a été jeté aux orties en une simple décision arbitraire. Pire encore, nous subirons désormais les conséquences de la politique de la BCE sans même avoir notre mot à dire; la Suisse est dans une position encore plus faible que le Portugal ou la Grèce, qui sont au moins, eux, actionnaires de la BCE et peuvent, un minimum, discuter de sa politique.

Économiquement, c'est une folie. Parce que l'euro coule. L'euro coule et sa majesté M. Hildebrand, directeur de la BNS, fort d'une indépendance lui permettant en toute quiétude de se livrer aux plus insignes lubies, a décidé d'y enchaîner le franc suisse. Nous coulerons avec lui, nous subirons l'inflation et les bulles. C'était de loin le pire moment concevable pour décider de joindre le destin des deux monnaies.

En plus de "historiquement stupide", le terme de "haute trahison" me trotte également en tête.

Naturellement, forts de leur incompétence économique, toutes les parties en présence exultent. Les directeurs des sociétés exportatrices, les syndicats, les politiciens de tous bords. Une telle unanimité suffit à elle seule à mettre la puce à l'oreille - comment des gens avec des objectifs aussi antagonistes pourraient être tous d'accord sans que personne ne se soit fait abuser? Il y a forcément des dindons de la farce.

Les victimes de la manoeuvre sont, bien sûr, les Suisses. Le pouvoir d'achat de sept millions d'habitants vient d'être sacrifié sur l'autel du lobby des exportateurs de montres de luxe, allié, pour l'occasion, aux syndicats. Comme si le commerce de détail, les matières premières, l'énergie, l'électronique ou toute les entreprises qui produisent en Suisse pour le marché suisse n'avaient aucun poids dans l'activité économique... La bourse suisse a bondi de 5% hier; c'est bien, mais ça ne compense pas l'appauvrissement de 10% de toute la population en fin de matinée lorsque l'euro a bondit de 1,11 au 1,20 fatidique.

Voyons le bon côté des choses: Migros et Coop n'auront plus à renégocier avec leurs fournisseurs des prix à la baisse. Plus besoin de lutter pour diminuer le prix du pétrole à la pompe. Plus d'électricité étrangère bon marché. Plus besoin d'aller faire ses courses à hors des frontières à cause des cartels d'importateurs. Tout est redevenu cher, comme avant. On a failli bénéficier des avantages d'une monnaie forte, mais, heureusement, la BNS y a mis un terme. On a eu chaud.

Mais à plus long terme, que va-t-il se passer?

L'histoire nous donnes de nombreux exemples de pays tentant arbitrairement de lier entre elles deux monnaies flottantes à travers une parité fixe. Ces manoeuvres ont invariablement débouché sur des catastrophes.

La BNS a beau jouer des muscles et prétendre qu'elle ne "tolèrera pas" un cours inférieur à 1.20 franc pour un euro sur le marché des changes, ses moyens ne sont pas illimités. Sa seule marge de manoeuvre consiste à acheter de l'euro encore et encore et encore. Mais lorsque les spéculateurs du FOREX s'en donneront à coeur-joie (comme George Soros, le milliardaire qui avait démoli la livre sterling dans les années 80) en achetant du Franc Suisse, la BNS n'aura jamais les moyens de suivre.

Je ne suis pas le seul à voir ce qui nous attend. Citant un professionnel de la gestion avec plus de vingt ans d'expérience, dans un billet remarquable que je vous invite à lire en intégralité:

Le capital de la BNS a fondu comme neige au soleil ces derniers mois, à cause des pertes qu’elle a subies sur le marché des changes en voulant lutter, sans aucun succès, contre l’appréciation du franc contre l’Euro. Pour mémoire, son capital était de 66 milliards de francs à la fin 2009 contre 16 à fin juillet dernier. De nouvelles pertes, inévitables si la pression sur l’Euro ne cesse pas par enchantement, et la BNS devra être re-capitalisée. Qui passera à la caisse ? La Confédération (et les Cantons ?), donc vous et moi contribuables et consommateurs via les impôts, TVA et autres taxes que nous payons. L’Europe et l’Euro sont dans la mouise, mettons la Suisse et son franc dans la mouise aussi ! Voilà le message, un message de nivellement par le bas.

D’ailleurs, quand la BNS parle de créer de l’argent en « quantité illimitée », elle a quand même une limite : sa taille. L’institut a vu son bilan croître par un facteur de 2,3 depuis fin 2005, principalement par la création de monnaie à partir de rien. Avec un bilan passé à 250 milliards à fin juillet dernier, cela représente près de 50% du PIB suisse ! Impossible de continuer ainsi bien longtemps sans ruiner complètement le pays ! La BNS fait donc un pari dangereux.

 

Plus que dangereux - un pari qu'elle va perdre. C'est absolument certain. Sauf à croire que la zone euro va se sortir demain, par on ne sait quel miracle, de la crise de la dette souveraine.

Pendant un moment, la Suisse va subir une inflation identique à celle qui surgit gentiment dans la zone euro. Ensuite, la BNS n'arrivera plus à suivre et se retrouvera sur les bras avec des dizaines de milliards d'euros totalement dépréciés, sa crédibilité sera en miettes et son capital à renflouer.

Les cantons ne sont pas prêts de revoir un dividende de la BNS dans leur budget. Ils s'apprêtent plutôt à remplir le tonneau des Danaïdes.

Les Suisses, peuple prudent et peu enclin à laisser ses dirigeants s'endetter démesurément, avaient la chance de disposer d'une monnaie stable dans un monde financier en perdition.

C'est fini.

05 septembre 2011

Votations en demi-teinte

Ce week-end, les Vaudois se sont exprimés dans les urnes sur trois objets cantonaux.

proportionnelle-non.jpgPremier d'entre eux, l'introduction de la proportionnelle obligatoire pour les communes de plus de 3000 habitants, a passé aisément la rampe avec 60,83% de oui. L'initiative socialiste était soutenue par tous les partis, y compris l'UDC, mais à la notable exception du PLR, qui avait le plus à perdre d'un changement de mode d'élection. Le PLR est en effet surreprésenté dans les conseils communaux des communes entre trois et dix mille habitants à cause du mode d'élection actuel. On pouvait comprendre la réticence du parti face à la perte prévisible de tous ces mandats, mais l'argumentation n'a pas séduit.

Il est vrai que la proportionnelle, largement connue des électeurs et pratiquée pour les assemblées cantonales et fédérale, est un mode de scrutin difficilement critiquable. Les gros plans d'escargot utilisés sur les affiches des opposants tombaient un peu à plat, sans parler d'un slogan ridicule. A moins que les partisans du PLR n'osent réellement clamer leur amour d'un parti unique, le seul à même d'être plus "efficace" pour la prise de décision?


vivre_et_voter_ici.jpgLe deuxième objet, nettement plus symbolique, concernait l'attribution à l'échelle cantonale du droit de vote et d'éligibilité des étrangers. Intitulée Vivre et voter ici, l'initiative visait à accorder les mêmes droits politiques cantonaux que les Suisses aux étrangers établis depuis 10 ans en Suisse et depuis trois ans dans le canton.

Derrière un emballage marketing sympathique, l'initiative socialiste visait à conquérir le pouvoir à l'échelle cantonale de la même façon qu'elle l'avait obtenu à l'échelle communale, c'est-à-dire en changeant la composition de l'électorat. Quitte à ne pas séduire l'autochtone, autant s'adresser à l'électeur d'importation!

La démarche s'inscrivait dans la continuité de la révision de la constitution vaudoise qui a accordé ce droit au niveau communal. Les conséquences furent spectaculaires: une poussée d'ensemble de la gauche dans tous les parlements et exécutifs communaux. On comprendra l'empressement de la gauche à rejouer la mélodie à l'échelle cantonale.

Toutefois, les socialistes ont à mon sens commis deux erreurs:

  1. Ils ont refusé de séparer droit de vote et droit d'éligibilité. Ils clamaient qu'ils ne voulaient pas créer de "demi citoyens" mais, pêchant par excès de confiance, ils ont effrayé l'électorat en laissant entrevoir que des Suisses pourraient être dirigés par des étrangers portés aux commandes du canton (même si cette possibilité restait toute théorique).
  2. Les droits communaux pour les étrangers ont été accordés à travers une révision de la Constitution entrant en vigueur le 14 avril 2003 - un paquet de changements, à tout prendre, dans lequel la révision des droits communaux n'était qu'un élément. Rien ne prouve que le peuple aurait approuvé la modification s'il avait pu s'exprimer sur elle seule.

L'échec a été cinglant, l'initiative étant repoussée par 69% des votants. Certains des perdants clament que le texte a été repoussé parce qu'il avait "vingt ans d'avance"; ce n'est pas faux. Le texte concernait 85'000 étrangers installés dans le canton, dont 75'000 sont déjà naturalisables - sans faire le pas. En 2031, gageons que la plupart d'entre eux auront choisi pour de bon!

Rappelons que pour l'UDC comme pour la majorité des Vaudois semble-t-il, le chemin vers une citoyenneté pleine et entière passe par la naturalisation.


Ecole2010.jpgMais l'affrontement le plus cinglant du week-end, le climax de la votation populaire, concernait bien sûr le rôle de l'école, à travers l'initiative Ecole 2010 et son contre-projet, LEO.

Rien que le nom - Ecole 2010, alors qu'on est en septembre 2011 - laissait deviner l'ampleur de la lutte avant le passage devant les urnes!

Ecole 2010 est l'aboutissement de l'inquiétude de nombreux parents d'élève, assistant, impuissants, à la dilution continue du niveau scolaire vaudois, réforme après réforme. Il est vrai que dans l'école vaudoise comme dans toute école monopole d'Etat, en guise de transmission de savoir on assiste plutôt à l'endoctrinement destiné à bâtir la société de demain. Elévation des consciences au développement durable, dressage au vivresemble, stigmatisation du crimepensée etc. autant de missions plus ambitieuses que des défis triviaux - et bien mal remplis - comme savoir écrire ou compter.

Qui dit chasse gardée dit gardiens: pédagogues, pédo-psychiatres et autres progressistes touchés par la grâce. Ecole 2010 représentait une attaque frontale contre leur pré carré. Pensez donc: des notes! Une scolarité divisée en paliers d'un an, permettant rapidement de détecter les retards des élèves faibles avant qu'ils ne perdent complètement pied! Des filières adaptées au niveau! Des cours de soutien! De l'autorité dans les classes! Une vérification objective des connaissances acquises! Impensable! Sacrilège!

Les sondages donnant un fort capitale sympathie à l'initiative, la riposte fut à la hauteur avec la création de LEO - un contre-projet politique en réponse à un projet pédagogique. La campagne fut un déchaînement d'abus de position dominante de la part des autorités et de bassesses dans les discours. Puisque l'UDC et le Centre Patronal soutenaient Ecole 2010, et restaient les seuls à la soutenir après que d'autres partis aient tourné casaque en faveur de LEO, le raccourci était en place: ceux qui avaient l'audace de soutenir Ecole 2010 ne pouvaient être que de vils électeurs de l'UDC, des sbires de la bête immonde, des créatures à peine humaines...

Si Paris vaut bien une messe, LEO valait bien quelques petits mensonges tactiques. La victoire est dans la poche. Les élèves vaudois subiront donc des cycles de deux ans - garantissant un retard du même ordre lorsqu'on détectera un problème. Les filières VSG et VSO seront fusionnées, avec le nivellement par le haut que l'on devine.

Comme l'écrit un commentateur du Matin, désormais, le choix est simple maintenant: VSB, école privée ou vie foutue. Mais l'honneur est sauf, la vilaine UDC a perdu. Les parents aussi, mais qu'importe! D'ailleurs, la socialiste Anne-Catherine Lyon du Département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture, savourant sa victoire, a-t-elle seulement des enfants?

 

Complément - Scores à Renens:

Vivre & Voter ici - Oui 33.6% Non 66.3%

Ecole 2010 - Oui 38,1% Non 61.8%
Contre-Projet - Oui 60.6% Non 39.3%

Participation 35.4%

31 août 2011

L'insécurité-sentiment, mensonge commode

Réalité peu avenante: en matière de sécurité, la Suisse est désormais un pays "comme les autres". L'étude du criminologue Martin Killias vient bousculer tous les clichés véhiculés à travers une certaine vision de la criminalité, à commencer par le plus insultant d'entre eux. Non, l'insécurité n'est pas un sentiment.

L'étude a été réalisée sur mandat de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse (CCPCS). Elle prend la forme d'un vaste sondage effectué auprès de 2000 personnes, interrogées sur les infractions dont elles ont été victimes ces 5 dernières années:

  • 7% des sondés ont été cambriolés entre 2006 et 2011 (5,1% dans l'étude de 2004).
  • 15,4% se sont fait voler des effets personnels.
  • Les vols avec menace touchent 2,2% des sondés.
  • 2,9% sont victimes de violences sexuelles, des femmes essentiellement. Les abus sont plus violents.
  • Le vol de véhicule touche 1,4% des sondés pour la voiture, 6,8% pour la moto, 24,3% pour le vélo (forte augmentation).

Cette triste remise à niveau fait dire au criminologue qu'il faut "prendre congé du mythe selon lequel la Suisse serait le pays le plus sûr au monde". Mais pourquoi devrait-on parler de mythe alors qu'il ne s'agit que de souvenirs?

Les différents titres de quotidiens romands donnent tous peu ou prou la même interprétation sur les raisons de cette hausse. Citons par exemple le Matin d'hier:

Pour Martin Killias, la croissance des actes de violences est probablement due à l’évolution des loisirs nocturnes. Selon le criminologue, cette tendance semble inévitable si l’on songe au nombre considérable de personnes qui sortent très tard le soir, consomment de l’alcool et utilisent les trains ou bus nocturnes.

 

Loisirs nocturnes donc. Admettons. Du côté du Nouvelliste, on nous sert la même soupe:

De l'avis du scientifique comme des policiers, la hausse de la criminalité, qui prend la rue pour théâtre, résulte de la "société des 24 heures": les possibilités de sortie le soir ont explosé, l'horaire d'ouverture des bars a été libéralisé, et on peut désormais boire de l'alcool à toute heure. "Cela n'a rien à voir avec un quelconque effondrement des valeurs dans notre société. Il y a simplement plus de monde dans les rues jusqu'au petit matin", analyse Martin Killias.

 

Voire. L'augmentation continue de la criminalité en Suisse depuis plus de dix ans ne serait-elle dûe qu'à des bagarres d'ivrognes? Difficile à croire. La Suisse dépasse même la moyenne européenne en terme de cambriolages, une activité rarement improvisée au retour de boîte de nuit. Et même au plus fort des restrictions sur le monde de la nuit et le commerce d'alcool, il n'a jamais été interdit aux fêtards de s'acheter quelques bouteilles d'avance pour faire la bringue jusqu'à l'aube.

Toutes les rédactions boivent à la même fontaine, les dépêches des agences de presse. Aucune mention n'est faite du code pénal helvétique, dont la sévérité est sans cesse diluée. On découvrira donc avec stupeur une interview de Martin Killias au journal de la TSR, donnant au criminologue des propos très différents de ceux que rapporte la presse sur les raisons de cette criminalité en hausse constante.

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Darius Rochebin fait son métier de journaliste.

Voici une transcription de l'essentiel de l'interview.

Darius Rochebin - Vos chiffres font écho à des réalités dans la pratique, on les constatait dans les dernières semaines encore, par exemple des cambrioleurs, des gens qui violent le domicile privé des gens peuvent ne même pas faire, pas même une nuit de prison?

Martin Killias - Oui, c'est une réalité triste, d'ailleurs les auteurs d'actes de violence d'une gravité parfois sensible ne font quasiment aucun jour de détention préventive. C'est un résultat des lois que le parlement a voté les dernières années.

DR - Vous me disiez, aussi, le sursis, c'est une donnée importante?

MK - Oui, enfin, parce que le sursis, c'est en soi une bonne chose, mais au fil des dix dernières années le sursis est devenu une sorte de Droit de l'Homme, une sorte de garantie fondamentale [à laquelle] a droit quiconque qui n'aurait pas un palmarès extrêmement chargé. Cela fait que même pour des actes de violence moyenne, on peut compter [s'en sortir] sans véritablement subir une sanction. Et puis ce système du sursis systématique et généralisé entraîne des répercussions sur le plan de la procédure pénale parce qu'on va dire que quelqu'un qui ne risque pas de subir une peine ferme ne peut en principe pas être placé en détention préventive, ce qui fait donc justement que, selon le principe de la proportionnalité, des personnes qui commettent des actes parfois atroces sont épargnées.

DR - Il y a un marché du crime européen ; la Suisse dans beaucoup de domaines est plus clémente que les autres? Ca attire?

MK - Ah ça c'est absolument certain. J'entends... Je ne sais pas si les bandes de cambrioleurs plus ou moins organisés - à travers l'Europe, hein, ce n'est pas seulement un phénomène helvétique, soyons clair... Je ne sais pas s'ils font une analyse aussi rationnelle, mais s'ils la faisaient, je cr ois que le choix des villes suisses serait une évidence, d'abord à cause de [l'opulence] de la population, d'autre part à cause de, voilà, des risques qui ne sont nulle part aussi faibles qu'en Suisse.

 

De la bouche du cheval, comme disent les Anglais. Quand ils ne passent pas par le filtre des pigistes, les propos détonnent. Plus aucune mention des joyeux fêtards comme source du mal. Ainsi donc, la recrudescence du crime serait plutôt dûe à une justice pusillanime, elle-même résultat d'une vision angélique des politiciens suisses.

L'argument serait facile à défausser s'il venait d'un de ces sbires de l'UDC, si prompts à peindre le diable sur la muraille. Que n'entendrait-on alors, populisme, démagogie, propagande nauséeuse, etc. Malheureusement, outre son expertise en criminologie, Martin Killias est tout ce qu'il y a de plus fréquentable, il est socialiste.

DR - M. Killias, vous êtes socialiste. Mme Calmy-Rey il y a quelques temps dénonçait il y a quelques temps un problème de sécurité à Genève, j'entendais Mme Savary [conseillère aux Etats, socialiste] à Forum qui disait "Oui aux agents armés dans les trains", on a l'impression tout à coup que vous ne voulez plus laisser le monopole de ce sujet à la droite, à l'UDC, c'est ça?

MK - Alors si je peux m'exprimer en tant qu'homme politique je dirais que ça fait plusieurs années que la tendance angélique qui régnait effectivement depuis un certain temps au PS a été dépassée... C'est plutôt un autre parti, plus vert que nous disons, qui fait plutôt preuve de [inaudible]...

DR - Est-ce que vous êtes toujours crédible là-dessus, en année électorale tout à coup vous redécouvrez la sécurité? Souvent vous êtes le parti de l'indulgence, non?

MK - Oui mais écoutez en ce qui me concerne personnellement c'est depuis 20 ans que je tiens le même discours. J'étais dès le début critique face à ces révisions des différentes lois pénales et je crois que là, il faut dire que peut-être une partie de la gauche n'a pas partagé mes vues c'est bien vrai, mais il faut dire que le parlement tel qu'il est était très largement composé d'une majorité de droite qui a voté massivement ces différentes lois.

 

Peut-être que M. Killias tient le même discours depuis vingt ans, le fait est qu'il n'a jamais été entendu par ses collègues de parti. Si ça change, c'est à un train de sénateur. En outre, nous ne sommes qu'à deux mois des élections fédérales. Que restera-t-il de ce "réveil" une fois le scrutin passé?

Sinon, dommage qu'il termine sa tirade sur une justification d'une grande malhonnêteté. Les errements amenant les politiciens à infliger à la justice le code pénal actuel ne sont pas le fait d'une majorité de droite, mais d'une alliance entre la gauche et le centre. Ces collusions sont extrêmement fréquentes. Si, sur le papier, la majorité du parlement suisse est théoriquement "bourgeoise", dans les faits la réalité est toute autre.

Que personne n'essaye de me faire avaler que les jours-amende, les sursis à tout bout de champ et la culture de l'excuse sont une invention portée par l'UDC et le centre, à laquelle auraient tenté de s'opposer des socialistes et des écologistes clairvoyants!

La réalité criminelle est simple: les gens malhonnêtes commettent leurs méfaits là où les risques sont moindres - non seulement la probabilité de se faire appréhender, mais aussi les conséquences d'un passage devant le juge. Martin Killias n'a rien découvert. Toutefois, comme il est du bon bord politique, peut-être parviendra-t-il à faire bouger quelques lignes. Sachant que la répartition politique du parlement évolue au même rythme que la dérive des continents - nous sommes en Suisse, n'est-ce pas! - si le PS perdait un peu de son angélisme mortifère en matière pénale, la population ne s'en porterait que mieux.

Mes lecteurs français pourront aussi apprécier une interview où surgissent quelques questions gênantes, eux qui vivent dans un pays où pareille liberté de ton est impensable.

07 juillet 2011

Le contre-projet qui ne voulait pas mourir

Ivan S., violeur de son état, court toujours - en Suisse. Et vu la tournure que prennent les événements, il pourrait courir longtemps encore.

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Campagne d'annonces dans les quotidiens romands

Le retour d'Ivan S. sous les feux de l'actualité est dû à une campagne lancée par l'UDC - en plein juillet, c'est dire l'urgence - face aux atermoiements le groupe de travail chargé de traduire en loi l'initiative sur le renvoi des criminels étrangers approuvée par le peuple l'an dernier. Le texte annonce la couleur:

Le 28 novembre 2010, le peuple et les cantons ont décidé à une forte majorité que les étrangers criminels devaient être expulsés sans discussion. Aujourd‘hui, la gauche, les bienfaisants et leurs experts refusent d‘appliquer l‘initiative sur le renvoi. En clair: au moins 84% des criminels étrangers peuvent rester en Suisse et continuer d‘y sévir. La volonté du peuple est foulée au pied.

 

J'aurais plutôt écrit "bienpensants" au lieu de "bienfaisants", bien que le terme soit un néologisme. Mais si l'UDC est si remontée, c'est à cause du coup fourré concocté par le groupe de travail. Celui-ci a proposé pas moins de quatre variantes (!) pour la traduction en loi de l'initiative, mais toutes ne sont pas comparables, loin de là.

L'option 1 met l'accent sur les délits sexuels et les actes de violence, comprenant une liste allant de crimes comme l'assassinat jusqu'à des infractions comme des lésions corporelles simples. Il suffit qu'un étranger soit condamné par le juge à une de ces infractions pour être expulsé à l'issue de sa peine par les cantons. A l'exception du principe de non-refoulement (empêchant le renvoi d'un individu dans un pays où il risque sa vie) aucun obstacle ne peut s'opposer au renvoi.

L'option 2 comprend une liste indicative d'infractions ainsi qu'une clause générale, afin de de subordonner l'expulsion à la gravité de l'infraction. Aucune expulsion n'est encourue si le prévenu est condamné à une peine de six mois ou moins, bien que des expulsions au cas par cas soient théoriquement possibles. Une disposition est prévue pour les récidivistes. La décision d'expulsion revient exclusivement au juge pénal. Les décisions de renvoi peuvent faire l'objet d'un recours devant un tribunal.

L'option 3 ressemble en tous points à l'option 2, sauf qu'elle ne contient pas de clause générale (les expulsions se limitent donc uniquement aux infractions énumérées) et la liste de ces infractions est réduite. Le juge pénal a en outre le droit d'examiner l'existence d'obstacles éventuels à l'exécution de l'expulsion avant de la prononcer.

L'option 4 est peu couverte par la presse, et au vu de la façon dont elles sont ordonnées, semble encore plus légère que les précédentes. On sait juste qu'elle se baserait sur le droit des étrangers.

On ne sera pas surpris d'apprendre que la majorité du groupe de travail penche pour toutes les variantes à l'exception de la première, seule reconnue par le comité d'initiative. Celle-ci déboucherait sur quelque 16'400 renvois par an, contre 3'400 pour les autres. La différence se retrouvera dans nos rues...

Les options 2, 3 et 4 laissent une grande marge d'interprétation aux tribunaux et autorités exécutantes. Une expulsion peut être empêchée ou suspendue en invoquant la libre circulation des personnes ou des "motifs personnels graves": la présence d'enfants ou d'un partenaire en Suisse, l'absence de relations dans le pays d'origine ou un manque de rapports culturels avec celui-ci. Par dessus le marché, des recours suspensifs restent possibles, permettant à un criminel expulsable de rester en Suisse pendant de longues années de bataille juridique.

Comme d'habitude, les inquiétudes sur le devenir d'un criminel étranger passible de renvoi l'emportent sur les impératifs de sécurité de la population.

Les variantes du comité se distinguent également par leur déférence absolue au droit international non impératif, donc avec tous les traités internationaux présents et futurs. Aucun traité ne doit être remis en cause d'une quelconque manière par le nouvel article de la Constitution, définitivement subordonnée au droit international et à son interprétation changeante par des organismes supra-nationaux. Le peuple suisse est-il encore maître chez lui? Il semble que non.

Cette attitude rend quasi-impossible l'expulsion du moindre criminel ou l'interdiction de son retour sur le territoire, par exemple au nom de la libre-circulation. Cette singulière piété envers un droit international érigé en dogme contraste avec l'attitude récente d'autres nations qui n'hésitent pas à aménager la libre-circulation selon leurs préoccupations nationales, comme par exemple le Danemark ou la Norvège réinstaurant des contrôles à leurs frontières. L'interprétation des traités se fait en gardant à l'esprit l'intérêt du pays - un bon sens qui a encore du chemin à faire au sein de la classe politique helvétique.

En fin de compte, le groupe de travail essaye d'insuffler une deuxième vie au contre-projet. Le président du groupe Heinrich Koller a beau jeu de réfuter cette évidence, il n'abuse personne. L'abandon de notions comme l'intégration des étrangers ou la fixation à six mois des peines permettant le renvoi au lieu d'un an dans le texte du 28 novembre sont présentés comme des différences notables, alors que rien n'a changé sur des points cruciaux, comme le renvoi laissé à discrétion des juges, les innombrables recours, ou la subordination des renvois à des traités de libre-circulation!

Je peux comprendre le point de vue du gouvernement, de Simonetta Sommaruga, de tous les Conseillers Nationaux et Sénateurs qui se sont battus becs et ongles pour rejeter l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers prônée par l'UDC. Ils essayent de faire revenir leur contre-projet par la bande, en présentant leurs quatre options comme le résultat d'un prétendu consensus avec le comité d'initiative. Mais ils oublient deux éléments essentiels.

  • La campagne a eu lieu en 2010. Le peuple a approuvé l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers. Il n'est pas question d'utiliser le processus législatif pour relancer un débat dont la conclusion s'est déjà retrouvée dans les urnes.

En ressuscitant un projet de loi nettement rejeté par le souverain, le Parlement illustre une fois de plus à quel point il est peu représentatif de la volonté exprimée dans les urnes. Certains élus semblent faire de leur mieux pour saboter ce qui peut l'être d'ici la fin de leur mandat en décembre; espérons que les citoyens qui ont approuvé le renvoi des criminels étrangers ne soient dupes d'une arnaque dont le scénario a déjà été dévoilé ici.