02 avril 2011

Un viol (du droit de propriété) en toute décontraction

C'est le printemps, la montée de sève.

Tout le monde est de bonne humeur; ainsi, pour fêter la floraison sans doute, l'Office Fédéral de la Statistique a décidé de publier ses extrapolations sur l'évolution de la population suisse, donc également vaudoise, à l'horizon 2035. On pourrait atteindre le million d'habitants dans le canton de Vaud. L'heure est à la planification du futur; le Service cantonal de recherche et d’information statistiques (SCRIS) annonce le même jour une fourchette entre 940'000 et 987'000 habitants - pas un de plus, pas un de moins. "Qui faut-il croire?" s'interroge, en plein désarroi, un journaliste de 24 Heures.

Ma réponse? Personne.

S'il était besoin de le prouver, nous commencerions par exemple par ressortir des cartons les prévisions pour 2010 que l'OFS et le SCRIS (ou leurs précédesseurs) avaient publiés en 1985 pour voir à quel point ils avaient visé juste; ce n'est pas si loin après tout.

532495foule.jpgAvaient-ils prévu la chute de l'Union Soviétique, l'apparition d'Internet et de sa bulle, les guerres au Moyen-Orient et les crises financières dans leur équation - toutes ces billevesées susceptible de modifier les économies du monde et les mouvements migratoires? Evidemment pas. Et cela instille un doute inextinguible sur leurs résultats, même si par extraordinaire ils étaient tombés près du but. Une horloge arrêtée donne l'heure juste deux fois par jour, comme on dit.

Il se passe bien des choses sur un horizon de vingt-cinq ans.

Le quart de siècle 2010-2035 vient à peine de commencer; quelque chose me dit qu'il ne sera pas de tout repos non plus, en particulier au niveau des mouvements migratoires.

D'un autre côté, même s'ils se plantent, les bureaux de statistiques prennent peu de risques. Personne n'ira leur chercher des noises vingt-cinq ans plus tard, pas plus aujourd'hui pour d'éventuelles prévisions erronées de 1985 qu'en 2035 pour celles de 2011. Les futurologues se trompent avec une belle régularité. Ils ne sont jamais à cours d'excuses; les modèles et les techniques s'affinent sans cesse, n'est-ce pas!

Finalement, un horizon de vingt-cinq ans, c'est assez bien calibré. On peut être à peu près certain que ceux qui l'ont formulé seront à la retraite à l'échéance. (C'est là que je me dis que les statisticiens savent quand même gérer leur barque dès qu'il s'agit de minimiser leur risque personnel... Et j'ai une pensée pour l'Eglise du Réchauffement Climatique et ses prévisions de température à 2050 ou 2100!)

Mais la futurologie a des sympathisants dans le gouvernement, ce qui est plus ennuyeux.

Le canton de Vaud traverse une crise du logement depuis des années, essentiellement sur l'arc lémanique; les projections jetées en pâture aux médias par l'OFS sont autant de munitions pour des politiciens avides de se livrer à une petite orgie de dirigisme.

Violer en toute décontraction le droit de propriété de leurs administrés, par exemple.

C'est ainsi que Jean-Claude Mermoud et Pascal Broulis se sont associés pour annoncer à la presse leurs recettes face à la pénurie locative:

Face à la crise du logement, chacun y va de son remède miracle. Le canton de Vaud aimerait inciter les propriétaires à construire. «Nous avons à peu près une année de retard dans la construction de logements», a déclaré hier le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud. Diverses mesures ont été présentées, comme taxer davantage les terrains constructibles non exploités ou encore introduire un droit d’emption. Ce dernier permettrait au canton de racheter un terrain et d’y bâtir des logements si celui-ci n’est pas utilisé pendant plusieurs années. Jean-Claude Mermoud parle d’«atteinte raisonnée au droit de propriété».

 

En toute décontraction, je vous dis. Une atteinte raisonnée (et donc raisonnable) à l'intégrité du patrimoine des propriétaires. Une petite brutalité entre amis. Pas de quoi se fâcher, non?

Il ne sera plus possible pour des propriétaires de transmettre à leur descendance une villa dont la vue est préservée par un bout de terrain constructible, ou d'acheter un terrain pour le revendre à ses enfants quelques décennies plus tard. Il faut empêcher la thé-sau-ri-sa-tion, entendez-vous! Tout doit être bétonné jusqu'au dernier mètre carré. C'est le Plan.

Il est d'ailleurs tellement parfait dans ses moindres détails qu'on sait exactement où on en est à chaque instant (d'où "l'année de retard dans la construction" mentionnée par M. Mermoud. Il doit avoir les chiffres des logements à constuire année par année jusqu'en 2035 je suppose.)

grues.jpgJe n'ai pas sous les yeux le texte de l'avant-projet de révision de la loi sur l'aménagement du territoire et des constructions (LATC) concocté par nos compères mais pas besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'un droit d'emption est la porte ouverte à tous les abus. Par exemple, le trafic d'influence (on devine l'appétit des promoteurs au fond de la salle - il va bien falloir les construire, ces immeubles!) ou encore la corruption à travers une surévaluation des terrains (pas grave, c'est le contribuable qui paye). Et on imagine les magouilles sans nom qui auront lieu autour des décisions de zonage. A quand un droit d'emption sur les parcelles agricoles pour les acquérir à vil prix avant qu'elles ne soient déclarées constructibles? Dans l'intérêt du peuple, bien sûr.

Si les autorités vaudoises décident simplement de taxer les terrains constructibles non construits (c'est toujours simple de taxer), malheur à celui qui n'aura pas eu les moyens de construire une maison sur un éventuel terrain dont il disposerait! On imaginera sans peine la frénésie immobilière qui envahira des régions entières dès lors que le plan d'affectation du sol change. On construira n'importe comment des logements de mauvaise qualité, juste pour échapper à la taxe. Pas la meilleure façon de mettre en valeur un patrimoine...

Toutefois, je ne peux m'empêcher de relever avec ironie le volte-face d'internautes indignés par le principe dirigiste qui préside à ce projet, comme dans une remarque livrée sur commentaires.com. Le droit d'emption écorne le droit de propriété, mais il ne sera jamais qu'une entorse de plus dans une longue liste de violations dont chacun, jusqu'ici, avait l'air de fort bien s'accomoder.

Zonage, permis de construire, densification, plan d'occupation des sols et tutti quanti: cela fait déjà bien longtemps que l'administration a dépossédé les propriétaires de leurs droits sur leurs terrains. C'est elle, et personne d'autre, qui décide ce que chacun peut faire de son bien.

L'Etat viole le droit de propriété? Mais ça fait un moment - et sous les applaudissements mêmes de certains de ceux qui dénoncent le projet aujourd'hui. Allons, on voudrait Sauver Lavaux et aussi laisser leur liberté aux propriétaires fonciers? Il faudrait savoir!

L'Etat décide déjà qui peut construire quoi, où, et comment. Il n'y avait guère qu'un pas à franchir pour passer au stade suivant, obliger les gens à construire quoi, où, et comment - avec la même sagesse immanente propre à toutes les administrations, du haut de leur tour d'ivoire. La crise du logement (résultat d'une brillante planification) et les projections fantaisistes pour 2035 (une autre brillante planification) a permis cette enthousiaste avancée dans le monde radieux et balisé de la collectivisation des terres. "A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles", a martelé M. Mermoud.

Comment résoudre le problème du logement, me direz-vous? Eh bien, si on essayait la liberté, par exemple? Laisser les gens construire ce qu'ils veulent, là où ils veulent, liberté qui a permis à nos ancêtres nous léguer les villes et campagnes harmonieuses dont nous sommes si fiers? Et peut-être mieux contrôler l'arrivée de nouveaux habitants? Mais non, oublions. Si on les laissait faire, les gens ne construiraient que des bouses immondes n'importe où - pas comme l'Etat (cliquez ici pour un florilège international...)

Planifions, plutôt.

...

Il est encore trop tôt pour savoir si le funeste projet de loi sera accepté; mais quand on pense qu'il a été concocté par M. Broulis, théoriquement libéral-radical, et M. Mermoud, qu'on aurait pu croire apparenté à l'UDC, il y a de quoi se faire du mouron. Avec une droite comme ça, même plus besoin de gauche pour faire reculer la liberté.

11 mars 2011

Quelques nouvelles des frontaliers

Le Matin, sur la base de dépêches d'agences de presse, livre quelques statistiques intéressantes sur les frontaliers - dans un article où les commentaires ont été prudemment désactivés.

Selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique, l'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. Entre 2005 et 2010, il aurait bondit de plus de 30%.

L'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. L'an passé, il y en avait 231'800, soit une hausse de 4,6% en un an. La croissance s'élève à 30,4% sur la période 2005-2010, a indiqué l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Près d'un tiers de cette main d'oeuvre frontalière travaille dans la Région lémanique et représente 9% des actifs occupés dans cette zone, indique l'OFS lundi à Neuchâtel. Les autres se répartissent principalement dans le Nord-Ouest de la Suisse et au Tessin. Des 231'800 travailleurs frontaliers recensés, un tiers sont des femmes.

Plus de la moitié de cette main-d'oeuvre frontalière provient de France (52,6%). Les autres arrivent d'Italie (22,8%) et d'Allemagne (21,4%). En revanche, seule une petite partie résident en Autriche (3,2%) et une partie infime (0,1%) dans d'autres pays.

 

Notons que le texte évoque la statistique pour toute la Suisse; la pratique semble donc bien plus fréquente en Suisse romande qu'outre-Sarine, puisque les Français sont surreprésentés dans cette catégorie.

Les frontaliers occupent-ils des postes à haute valeur ajoutée ou non? Difficile de conclure: si le niveau d'instruction plaide pour des emplois simples, il ne sont que 0.7% à travailler dans le secteur agricole.

L'an passé, près de 59% des frontaliers étrangers oeuvraient dans les services tandis que 40% travaillaient dans l'industrie. Le secteur agricole n'en employait que 0,7%, soit 1600 personnes. Les statistiques indiquent en outre que les frontaliers étrangers en Suisse exercent en moyenne des activités requérant un faible niveau de qualification.

 

L'augmentation des frontaliers au cours des cinq dernières années est étonnante par son ampleur. On peut comprendre l'exaspération de beaucoup de Genevois au chômage face à ce qu'ils considèrent comme une sous-enchère salariale. Lorsque l'OFS écrit qu'un tiers des frontaliers travaille dans la région lémanique, pensent-ils que ces gens se répartissent équitablement de Genève à Villeneuve? Evidemment pas. Les frontaliers genevois étaient 53'866 en 2009. Ils sont passés à 57'002 en 2010.

douane.jpgLa question des frontaliers ne fait pas consensus à l'intérieur de l'UDC. Les travailleurs frontaliers - à ne pas confondre avec les touristes criminels - ne sont pas des gens malhonnêtes, et contribuent à l'activité économique. Leur démarche est tout à fait compréhensible: un Savoyard serait parfaitement stupide de ne pas chercher à travailler en Suisse tant les salaires y sont plus élevés et les perspectives d'emploi meilleures!

Chaque médaille a aussi son revers, malheureusement. N'étant pas soumis au coûts prévalant en Suisse (le logement par exemple) les frontaliers peuvent accepter des salaires moins élevés et contribuent à une sous-enchère salariale. Une partie d'entre eux vient prendre des emplois autrement occupés par des Suisses. Le chômage est presque deux fois plus élevé dans le canton de Genève qu'ailleurs, et on ne peut pas tout ramener à la dispendieuse politique locale de l'emploi. Les frontaliers y contribuent largement.

Les questions de fiscalité ou d'assurance rendent le chiffrage de l'activité frontalière compliquée si on veut savoir si elle est "profitable" à la Suisse ou non. Un frontalier gagne son salaire en Suisse, mais scolarisera ses enfants dans son pays de résidence et s'y fera sans doute également soigner. Les impôts à la source des travailleurs avec un permis G donnent lieu à des rétrocessions plus ou moins bien négociées selon les cantons.

Bien que le volet économique soit difficile à estimer, comme beaucoup de gens je pense que l'emploi frontalier est plutôt défavorable à la Suisse. La meilleure preuve nous en est fournie par les frontaliers eux-mêmes. Ils ne cherchent absolument pas à s'établir sur le territoire de la Confédération, parce qu'ils y perdraient!

Profitant de la proximité d'une frontière, tout comme les Suisses trouvant logement en France d'ailleurs, ils piochent le meilleur de chaque pays en terme de confort de vie et d'emploi; un opportunisme compréhensible, mais qui fâche à travers quasiment tout le spectre politique.

Pourtant, il ne me viendrait pas à l'idée d'interdire cette liberté.

Crier haro sur les frontaliers n'a guère de sens, car ils ne sont pas une cause mais un effet: le résultat d'une différence de plus en plus criante entre la santé économique de la Suisse et celle des pays limitrophes. La comparaison entre l'afflux des Français et les modestes chiffres des Allemands est édifiante. Elle révèle la situation réelle de leurs pays respectifs mieux que n'importe quel graphique. Il est vrai que les paramètres du logement influent sur la question différemment à Genève qu'à Zurich, mais n'expliquent pas tout.

Si ces pays avaient des économies comparables, les "travailleurs frontaliers" ne seraient même pas un sujet de conversation - comme entre la Suisse et l'Autriche par exemple. Sur cette frontière-là, le problème n'existe pas.

Au fur et à mesure que l'économie française décroche et s'enfonce dans les méandres de la crise financière, les Genevois doivent s'attendre à voir grossir le trafic pendulaire aux postes de douane. Jusqu'à quel point? Aux électeurs d'en décider; mais s'ils peuvent rendre la traversée de la frontière plus difficile pour le travailleur étranger, la véritable solution - remettre l'économie française sur les rails - est hors de leur portée.

05 mars 2011

Les Migrants votent UDC!

J'ai eu hier le privilège d'animer une conférence de presse sur un thème hautement symbolique alors que le gouvernement s'apprête à brader la nationalité: l'engagement des étrangers au sein de l'UDC. Dans une salle réservée pour l'occasion en gare de Lausanne, sous le thème "Les Migrants Votent UDC", Yorick Cazal, Monika Deillon et moi-même avons tenu à tordre le cou à quelques idées reçues sur les relations entre les étrangers et l'UDC.

Les thèmes abordés:

  1. Les raisons de l'engagement des migrants et des naturalisés au sein de l'UDC.
  2. Le refus des migrants de voir la Suisse adhérer à l'Union Européenne.
  3. La nécessité de renvoyer les étrangers criminels et d'avoir une frontière sûre.
  4. Pour une politique migratoire stricte cessant de mélanger immigration économique et asile.

J'étais notamment en charge du premier point; voici donc l'argumentaire que j'ai livré à aux journalistes présents sur place.


La presse nous donne régulièrement un aperçu de la façon dont certains politiciens mettent en avant leurs origines étrangères pour séduire l'électeur non-suisse aux élections communales. Un article récent faisait ainsi un petit tour d'horizon de ces pratiques à Genève. Rien que dans le canton du bout du lac, les exemples ne manquent pas:

  • Sami Kanaan (PS) rappelle ses origines libanaises à ses compatriotes;
  • Sandrine Salermo (PS) utilise ses racines italiennes;
  • Michel Chevrolet (PDC) met en avant son ascendance argentine et fait des discours électoraux en 6 langues;
  • Carlos Medeiros (MCG) insiste sur sa nationalité portugaise;
  • Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) fait valoir ses séjours en ex-Yougloslavie, en République Démocratique du Congo et en Turquie pour séduire les communautés étrangères correspondantes...

Rien qui sorte de l'ordinaire là-dedans. Des cas similaires pourraient être retrouvés dans la plupart des grandes communes de Suisse romande. Mais vous n'entendrez jamais pareil discours tenu par un candidat de l'UDC d'origine étrangère - et il y en a: 17% des candidats de l'UDC pour ces élections 2011!

migrants_final.jpgPourquoi ces nuances dans le discours? Pourquoi, une fois de plus, cette différence étonnante entre l'UDC et les autres partis?

L'origine étrangère d'un candidat est un élément indéniable de son identité. Il ne s'agit pas de la nier ou de la cacher. Il y a pourtant un monde entre la mention d'une origine étrangère à titre informatif et son utilisation comme argument de campagne. Cela nous ramène à la vision qu'ont les uns et les autres de la place de l'électeur étranger dans la société.

Séduire l'électeur sur la base d'une affinité nationale plutôt que sur un programme politique revient à cultiver un communautarisme démocratique. C'est une perversion dangereuse des droits démocratiques, pour cinq raisons.

1. Elle nie la diversité des opinions individuelles. On aurait ainsi un "vote kosovar" ou un "vote portugais" d'après les papiers de chacun et non de ce qu'il pense, une négation flagrante du libre-arbitre.

2. Elle mine l'assimilation en mettant en exergue l'appartenance envers son pays d'origine; avoir à cœur les intérêts de son pays d'accueil est dès lors présenté comme un reniement de ses racines.

3. Elle dresse les communautés étrangères les unes contre les autres. Dans une élection, les postes à pourvoir ne sont pas légions; seule la minorité étrangère la plus nombreuse a voix au chapitre.

4. Elle divise et corrompt la société sur la base de l'appartenance étrangère, car un élu insistant sur son origine "italienne", une fois élu, renverra nécessairement l'ascenseur à la communauté "italienne" qui l'a porté au pouvoir (à moins que sa démarche ne soit mensongère, ce qui est un autre problème!)

5. Finalement, elle provoque la méfiance de la population suisse vis-à-vis des communautés étrangères et désavoue la classe politique dans son ensemble, le vote communautaire étant par définition guidé par autre chose que l'intérêt commun.

Je pense que cette petite liste décrit assez bien les pièges de l'approche communautaire de la démocratie et les raisons pour lesquelles il faut l'éviter. Et l'UDC l'évite!

L'UDC choisit au contraire une approche unificatrice autour de valeurs communes, au centre desquelles l'amour de la Suisse, indépendamment de toute origine. Il ne s'agit pas d'une affection irrationnelle mais d'un respect raisonné et objectif basé sur des particularités helvétiques reconnues: la démocratie directe, la paix du travail, une fiscalité plus avantageuse que dans le reste de l'Europe, la neutralité, l'aspiration à une vie paisible et en sécurité…

Les étrangers satisfaits de leur pays d'accueil se retrouvent parfaitement dans les valeurs de l'UDC - d'autant mieux qu'ils apprécient en connaisseurs les différences entre la Suisse et leur pays d'origine.

Les politiciens opportunistes rappelant sans cesse leur origine étrangère aux électeurs immigrés les insultent. Ils sous-entendent que l'origine ethnique ou culturelle se suffit à elle-même comme gage de fidélité à une idéologie que, comme par hasard, ils prétendent incarner: "Tel pays est socialiste, moi je suis socialiste, voilà, ça vous suffit, vous autres qui venez de là-bas, votez pour moi!" Mais ils oublient la raison pour laquelle les immigrés se retrouvent en Suisse. Il y a fort à parier que ces politiciens incarnent précisément ce qui a poussé ces gens à émigrer!

Pourquoi les étrangers chercheraient-ils à transformer la Suisse pour qu'elle ressemble davantage à ce qu'ils ont choisi de quitter?

Les hommes et les femmes ne s'installent pas dans ce petit pays simplement parce que les vents les ont poussés ici. Peut-être est-ce vrai pour certaines catégories d'étrangers peu concernés par la vie politique, mais certainement pas ceux qui souhaitent à terme exercer leurs droits démocratiques. Ces gens-là ont un projet de vie. Ils ont choisi la Suisse. Ils s'y sentent bien. Ils souhaitent lui éviter les fondrières dans lesquelles les politiciens europhiles et pusillanimes tirent le pays. S'ils ne le font pas pour eux, ils le font souvent pour les enfants qu'ils ont eu ici.

Quel que soit l'amour qu'ils portent à leur contrée d'origine, les immigrés savent mieux que personne que la prospérité ne doit rien au hasard. Que leurs connaissance économiques et sociologiques soient assez vastes pour saisir les mécanismes de la prospérité ou non, ils reconnaissent le succès helvétique et veulent le préserver. Mieux vaut ne pas jouer aux apprentis-sorciers avec un modèle qui fonctionne!

Naturalisés suisses ou fraîchement arrivés sur place, les étrangers vivant en Suisse connaissent de première mains les recettes étatiques que des politiciens locaux essayent de vendre. Ils ont vu les désastres qu'elles entraînaient ailleurs, là où elles étaient adoptées - paupérisation, corruption, impôts, chômage, absence de sécurité, censure et mépris du peuple. Ils en ont tellement souffert qu'ils ont choisi l'exil!

Voilà pourquoi tous les gens qui se retrouvent dans l'amour de ce pays, Suisses ou étrangers, en viennent naturellement à soutenir l'UDC.

25 février 2011

C'est pour votre bien

Le parlement du Canton de Vaud l'a refusé, le Conseil Communal de la ville de Lausanne l'a fait: les enfants déjeunant dans les réfectoires scolaires appartenant à la commune seront privés de viande et de poisson un jour par semaine. La Municipalité doit encore se pencher sur la question mais compte tenu de son orientation politique, ce sera une formalité.

Défaussons d'un revers de la main toutes les arguments à côté de la plaque en faveur ou en défaveur d'une telle décision, des questions nutritionnelles à l'aspect financier en passant par l'effet sur les importations de viande, parce qu'ils n'ont aucune importance.

Passons outre les absurdités liées à la nouvelle situation, du gamin constamment privé de viande parce qu'il ne vient à la cantine qu'une fois par semaine, le jour maudit; passons les parents et enfants guettant le planning pour savoir quand aller au McDonald's, si par hasard les autorités tentent de surprendre le chaland en déplaçant le jour de l'idéologie d'une semaine à l'autre.

Cherchons plutôt le symbole, puisque c'était paraît-il la démarche.

Eh bien, je peux le dire, le symbole est spectaculaire: nous avons découvert, à cette occasion, de petits apprentis du totalitarisme qui ne reculeront devant rien pour enfoncer - littéralement - leur conception du bonheur dans la gorge d'autrui. Que ne ferait-on pas pour modeler "la société de demain"! Et ils en sont fiers. 48 oui contre 22 non et 10 abstentions, le tout mené par les Verts et A Gauche toute!, dont la convergence politique ne surprendra que modérément.

tofu.jpgOh, bien sûr, point n'est besoin de rappeler les heures sombres de l'histoire, c'est de totalitarisme mou dont il s'agit. Personne n'est mort, il n'y a pas encore de rééducation par le travail en laogaï citoyen éco-responsable.

Mais qu'on se penche deux secondes sur la démarche intellectuelle de gens qui vont jusqu'à légiférer sur ce que doivent manger les autres, au nom de motifs idéologiques avoués. Pas leurs enfants, bien entendu; les enfants des autres. Les enfants dont la collectivité a la charge à travers un service de cantine.

Ils ne choisissent plus d'éduquer les enfants avec de jolies images et des slogans creux pour les inciter à se priver. Ils ne vont pas leur proposer une tofu-party à laquelle les bambins pourront participer ou non, essayant de faire passer leur alter-nourriture sous un jour vaguement sympathique. Ca c'était l'activisme d'hier, celui qui essayait encore d'avoir un visage séduisant.

Lassés sans doute d'une utopie à petits pas qui a montré ses limites, ces gens passent à la vitesse supérieure. Quand le projet ne convainc pas on ne va pas renoncer, on va se montrer un tout petit peu plus pressant. Le gentil militant qui essayait de vous vendre son vivrensemble va se montrer un poil plus agressif; il aura toujours son air avenant, mais il vous tient le poignet et commence à vous tordre le bras.

Le sourire se transforme peu à peu en rictus.

Le message cool et sympa ne suscite pas l'adhésion? Vous aimez trop la viande et le poisson les enfants? Alors, on va vous l'interdire. On ne va pas proposer d'autres plats, on va supprimer toute alternative.

Les enfants n'ont pas le choix. Il faut les priver du choix.

Simple, net, facile. Pas besoin de discuter. Pas de pression.

C'est pour leur bien, celui de leur parents, de la Suisse, de l'Humanité et du Monde.

Je le répète une dernière fois: oui, ce n'est rien d'autre que du totalitarisme mou. Mais les gens à l'origine de ce projet prétendent rechercher les symboles, il faut aller au bout de la démarche. S'ils avaient le pouvoir politique de modeler la société d'une façon coercitive pour que les individus soient obligés de vivre selon leur idée du bonheur, ils ne se priveraient pas une seconde.

"Vivre et laisser vivre" est un concept qui leur est totalement étranger.

L'adolescent qui sortira un sandwich au saucisson de son sac le jour fatidique sera-t-il poursuivi pour crime éco-citoyen? La question reste ouverte.

18 février 2011

Petites polémiques

C'est la faute au bulletin
urne-vote_01.jpg

Le succès de l'initiative sur le Renvoi des Criminels Etrangers ne passe décidément pas. Revenir sur cette votation démocratique au résultat déplaisant pour nos édiles semble être un exercice de style. C'est au tour d'Etienne Grisel, professeur honoraire de l'Université de Lausanne, de s'y coller dans les colonnes du Temps.

L'argument du jour: la votation n'aurait pas respecté le choix de la majorité puisque - tout est dans le puisque - le contre-projet l'a emporté contre l'initiative... Dans la question subsidiaire!

Aveugle à la notion de subsidiarité rendant toute son argumentation caduque, Etienne Grisel soutient mordicus que la minorité l'a emporté sur la majorité:

Ces inconvénients (sic) sont apparus au grand jour lors du scrutin du 28 novembre. A la question subsidiaire une majorité a répondu en faveur du contre-projet contre l'initiative, mais ce vote était privé de toute portée, le contre-projet ayant été refusé dans la votation principale. Ainsi, c'est le texte qui n'a pas la préférence de la pluralité (re-sic) qui est proclamé accepté. Il est vrai que cette issue est aussi due aux tactiques intéressées des extrêmes, qui parviennent à supprimer le rôle normalement attribué au contre-projet.

 

Tant l'approbation de l'initiative que le refus du contre-projet par le corps électoral semblent tout à fait secondaires. Détails, détails, s'ils permettent de fustiger les "extrêmes" à peu de frais! Le professeur Grisel ne va tout de même pas jusqu'à demander un nouveau vote. A la place, il élabore péniblement un mode de scrutin alternatif dont on se demande en quoi il serait plus compréhensible que le procédé actuel, lequel remonte à 1987 et n'a guère mené à une foison d'initiatives approuvées. Autant dire que le problème n'existe pas.

Derrière un titre à l'accroche tapageuse - "Le résultat du vote sur le renvoi a été faussé par le mode de scrutin" - l'article sent un peu le combat d'arrière-garde, finalement.

 

Les absents sont toujours morts

Une fois n'est pas coutume, Le Matin se distingue aujourd'hui en n'abordant pas la question de la peine de mort. Le quotidien romand nous avait pourtant habitué à un compte-rendu tout à fait occasionnel des exécutions judiciaires aux Etats-Unis (ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici ou encore , et je dois en oublier...) permettant de lever des polémiques faciles en mêlant débat sur la peine de mort et vociférations anti-américaines. On cherchera en vain, par exemple, une couverture similaire des exécutions dans des pays respectant infiniment moins l'Etat de Droit! Mais l'exécution de Frank Spisak dans l'Ohio hier, rapportée par le 20 minutes d'aujourd'hui, n'a pas donné lieu à un article dans le Matin.

Le détenu de 59 ans était reconnu coupable de trois meurtres.

Il est vrai aussi que cet ancien sympathisant néonazi avait commis son crime en 1982, sur un campus, lors d'une "partie de chasse" destinée à tuer le plus de Noirs possibles... Ces détails auraient-ils fait hésiter la rédaction?

Dommage que le Matin ait renoncé. Il aurait été intéressant de mesurer l'intensité des protestations anti-peine-de-mort sur un cas pareil.

 

A exception, exception et demie
rehausseur.jpg

Le Conseil Fédéral a rejeté une motion de la conseillère nationale bernoise Margret Kiener Nellen sur les sièges pour enfant.

La réglementation d'avril 2010 impose des réhausseurs jusqu'à douze ans pour des enfants de moins de 150 cm. Trouvant la législation disproportionnée, notamment lors de transport vers les écoles et les installations sportives, la socialiste demandait une dérogation pour les trajets de ce type.

La réponse du CF? Il reconnaît le problème mais n'entend rien changer du tout! Beau volontarisme. Explication du CF: Si un accident grave devait se produire, personne ne comprendrait que des dérogations aient été accordées.

Prenant acte de la décision, je m'interroge pour ma part sur la curieuse dérogation dont bénéficient ces véhicules où nul enfant n'est attaché, où les passagers peuvent se tenir debout, voire carrément se déplacer pendant que l'engin roule - je veux parler de nos transports en commun, bien sûr. Ils pèsent des tonnes, se déplacent en ville tout aussi vite que des voitures (parfois plus lorsqu'ils ont des voies réservées) et aussi sur les routes de campagne. Et là, pas de siège, pas de ceintures, pas de réhausseurs-pour-les-enfants-de-moins-de-150-cm-et-de-moins-de-douze-ans, rien.

Qu'attend le CF pour remédier à ces inadmissibles compromissions sur la sécurité?

14 février 2011

Armés et émotifs

Les votations se suivent et se ressemblent - surtout le lundi matin.

Le lundi matin, on apprend que le peuple suisse, celui-la même qui a si mal voté la veille, est affligé de différentes tares plus ou moins fatales. Tantôt il est stupide, tantôt arriéré, ignare, craintif: dans tous les cas, il est bon à jeter. Le Suisse ne comprend pas la Marche de l'Histoire, n'écoute pas ses élites, reste réfractaire à la propagande organisée pour son plus grand bien. Pire, il tente parfois, vaguement, de résister à l'air du temps. Si cela ne tenait qu'à nos éditorialistes de service, on enverrait tout ça, zou!, en camp de rééducation par le Vivrensemble.

Comme la presse aime s'écouter parler, les revues de presse ronronnent de concert. Prenons par exemple celle de Swissinfo: il est question de la victoire de la Suisse des campagnes, des stands de tir, des journées de chasse. Traduisons: la Suisse des cul-terreux, arriérés, rétrogrades, simplets. La Basler Zeitung va jusqu'à écrire en titre une "Victoire de la vieille Suisse." Comme si 56,3% des Helvètes se pressaient au petit jour pour dégommer du faisan dans les sous-bois embrumés...

Mais reconnaissons-le, les électeurs romands ayant plutôt soutenu l'initiative, les rédactions ne se mettent pas en porte-à-faux direct avec leur lectorat, pour une fois. Elles se rattrapent sur leurs tentatives d'explications:

Les commentateurs sont unanimes pour souligner la très grande habileté des adversaires de l’initiative. Ceux-ci ont su faire glisser le débat d’un niveau technique à un plan beaucoup plus général et émotionnel. Le St. Galler Tagblatt n’hésite d’ailleurs pas à qualifier cette tactique de «machinerie de marketing géniale».

 

Pardon? Les adversaires de l'initiative faisant de l'émotionnel? C'est l'hôpital qui se fout de la charité!

Affiche_initiative_pour_la_protection_face___la_violence_des_armes-F_full.jpgJe ne sais pas où se situe le marketing génial, mais à ce stade des "explications" il me paraît bon de rappeler l'affiche des partisans de l'initiative, avant qu'elle ne disparaisse des mémoires:

Voilà à quoi nous avons eu droit en guise de débat rationnel. Pas du tout sentimental, non non non. Le nounours est un symbole guerrier reconnu. Et peu importe que tout risque d'acte irréfléchi ait disparu depuis 2007 déjà, lorsque l'armée a retiré la munition de poche détenue par les miliciens à leur domicile, sous la pression des initiants d'ailleurs, qui s'étaient en échange engagés à retirer leur texte avant de faire volte-face.

Je ne peux m'empêcher de me remémorer cette affiche de campagne quand je lis dans un Bund de Berne contenant mal sa rage que "quelques symboles pathétiques peuvent être plus forts que la froide raison."

A croire que chaque camp fourbit ses symboles "pathétiques", même si je n'ai rien vu de pathétique lorsqu'on annonçait le monopole des armes pour les criminels - rien que la triste et froide réalité. Certaines perspectives sont plus convaincantes que d'autres.

Le Matin, tellement impliqué en faveur de l'initiative qu'il fait encore campagne après la votation, livre un verdict en forme de menace:

D’autres tragédie sanglantes surviendront à coup sûr demain, dans six mois, dans un an. Avec ou sans arme de service. Nous devons vivre avec cette terrible tragédie.

 

Messieurs les journalistes, à vos plumes, la rédaction a fait passer ses consignes!

Mais l'aspect purement émotif sur lequel s'attardent les médias déçus est peut-être le fond de leur problème. Incapables d'accepter le moindre argument rationnel en faveur d'une politique libérale des armes (dont je donne ma vision ici) pour eux le refus de l'initiative n'a été qu'un cri du coeur. Un caprice.

C'est par cette pirouette que les médias engagés réussissent à retourner leur échec: le peuple suisse a refusé le contrôle des armes, certes, mais c'est parce qu'il est trop émotif. Donc, finalement, trop émotif pour être armé! CQFD.

Et de conclure dans un cri unanime, résonnant comme un appel à l'aide: que faire désormais pour désarmer le peuple suisse?

Nul doute qu'ils se remettront rapidement au travail. Ils trouveront d'autres moyens.