11 novembre 2010

Un contre-projet purement politique

Amis de la politique politicienne, bonjour. Bienvenue dans le monde merveilleux du Contre-Projet du Parlement à l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers...

L'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers, déjà évoquée dans ce billet, est clairement l'objet en votation le plus crucial de ces dernières années pour l'UDC. Elle représente la pierre de touche de sa politique de sécurité. Après différentes manoeuvres dilatoires, l'objet a finalement été soumis au vote à peine quelques mois avant les premières élections de 2011. Il est porteur d'une dynamique dangereuse. Pour les adversaires du parti au Parlement, il est donc essentiel de le faire échouer.

Quel meilleur moyen d'y parvenir que de ficeler un contre-projet tactique, destiné uniquement à semer la confusion chez le citoyen?

contre-projet.pngVoilà comment est né le contre-projet soumis au peuple le 28 novembre!

Le Contre-Projet n'est pas, comme on essaye de nous le faire croire, une espèce de compromis raisonnable entre l'initiative (forcément haïssable) proposée par l'UDC et la législation existante. Composé par la gauche et les partis de centre-gauche, ce qui en dit long sur la volonté réelle du parlement de parvenir à une entente avec les initiants, c'est un véritable cheval de troie dont les effets seraient en fait bien pires que la situation actuelle. Quitte à trahir l'esprit de l'initiative, autant y aller à fond!

Pour commencer, le contre-projet inscrirait dans la Constitution l'obligation pour les autorités (confédération, cantons, communes) de procéder à l'intégration des étrangers dans leurs tâches. Qu'est-ce que cela veut dire?

La promotion de l'intégration vise à créer des conditions favorables permettant à la population étranger de disposer des mêmes chances que la population suisse pour ce qui est de la participation à la vie économique, sociale et culturelle.

 

Pas besoin d'être devin pour deviner le fourre-tout que cache l'article constitutionnel: cours de langue et de culture payés par les contribuables, sans compter les subventions massives qu'un étranger pourrait demander dès son arrivée parce que, après tout, il doit avoir les mêmes chances qu'un Suisse de "participer à la vie économique", n'est-ce pas! Plus besoin de faire le moindre effort: les autorités suisses ont désormais à leur charge l'intégration réussie de chaque nouveau venu. Et s'il ne s'intègre pas, c'est probablement qu'il faut l'amadouer encore un peu, lui faire découvrir un peu plus le pays... Je suis sûr que cela va beaucoup motiver les immigrés à s'intégrer!

Cet article, inscrit dans le contre-projet en échange des voix du groupe socialiste au Parlement, permettrait par ailleurs à n'importe quel étranger expulsable de faire recours contre son renvoi, puisque celui-ci, par définition, compromettrait son "intégration". Bien joué!

Mais supposons que, par accident, certains soient encore expulsables. Qui pourrait être expulsé et pour combien de temps? Là encore, l'initiative et le contre-projet diffèrent, et ce n'est pas qu'une question de degrés. Leur façon d'aborder la question est totalement différente.

  • L'initiative et le contre-projet divergent sur les peines justifiant un renvoi. Le contre-projet exclut le renvoi pour cause d'abus d'aide sociale, alors que l'initiative l'oblige, tout en laissant le Parlement décider de critères précis sur ce point. L'initiative renvoie des criminels pour des crimes d'abus sexuels, le contre-projet non. Le contre-projet oblige à une modification de la Constitution pour ajouter une peine à la liste.
  • L'initiative force une interdiction d'entrée en Suisse d'au moins cinq ans, le contre-projet ne prévoit aucune durée minimale. Un étranger expulsé pourrait donc prendre l'avion de retour pour revenir en Suisse le soir même, et il y serait accueilli comme s'il n'avait rien fait.
  • L'initiative instaure une disposition contraignante pour le renvoi. Le contre-projet laisse toute latitude aux tribunaux, avec les possibilités de recours habituelles dont le traitement se compte en années. Entre une décision de renvoi et sa mise en oeuvre, un criminel expulsable aurait largement eu le temps de récidiver sur le sol suisse. Loin de clarifier la situation, le contre-projet laisse les pratiques cantonales divergentes perdurer, ce qui signifie qu'on peut toujours être expulsé à Saint-Gall pour un crime qui ne serait puni que d'un sermon moralisateur dans le canton de Genève...

Avec le contre-projet, non seulement personne ne serait expulsé, mais il y aurait pire encore:

La décision relative au retrait du droit de séjour, à l'expulsion ou au renvoi est prise dans le respect des droits fondamentaux et des principes de base de la Constitution et du droit international, en particulier dans le respect du principe de proportionnalité.

 

Voilà: le contre-projet mentionne pour la première fois le droit international - et seulement pour annoncer sa primauté sur le droit suisse. C'est donc une ouverture majeure dans la sécurité juridique helvétique. En effet, vous noterez qu'il n'est pas fait mention du droit international impératif, auquel la Suisse se soumet volontiers, mais bien au droit international simple, c'est-à-dire n'importe quel traité ouvert auquel la Suisse aurait décidé d'adhérer.

Non seulement la liste de ces traités est amenée à évoluer dans le temps, mais l'exactitude de ce qu'ils couvrent change également. De plus en plus de traités sont "ouverts" et définissent de grandes lignes d'accords qui peuvent être complétés par la suite par des décisions multilatérales ou une cour de justice propre sans que l'accord ne soit renégocié: ils auraient alors priorité sur la Constitution. Imaginons que demain qu'une assemblée de dictateurs comme dans la Commission contre le Racisme de l'ONU décrète, sous les bons conseils de la Lybie par exemple, que le renvoi des criminels étrangers est "condamnable": la Suisse devrait probablement se plier à cette décision. Elle ne pourrait pas se retirer ou renégocier un texte en conflit avec sa législation; elle n'aurait que la possibilité de se soumettre, à cause de cet article constitutionnel.

La Suisse perdrait un pan entier de sa souveraineté!

L'analyse du contre-projet étant faite, il est clair qu'il ne résoudra rien, bien au contraire.

renvoi.pngOn raconte qu'en matière d'initiatives, le peuple préfère souvent l'original à la copie; ici, il ne s'agit même pas d'une copie, mais d'un faux grossier qui trahit et pervertit totalement son esprit. Le contre-projet a été conçu au seul dessein de saper l'initiative.

Ces choses doivent être dites et répétées, parce qu'une part non négligeable de la population approuvera les deux objets le 28 novembre, soutenant l'initiative et croyant qu'au pire, le contre-projet sera un pis-aller acceptable. C'est une erreur. Quiconque soutient l'initiative ne doit surtout pas donner son appui au contre-projet car, comme le disait M. Niddegger sur les ondes d'Infrarouge hier soir, "jamais terme n'a aussi bien porté son nom". Voter pour les deux revient à voter pour l'initative et son contraire.

Personne de sensé ne devrait donner son vote aux deux objets en même temps.

Je ne crois pas et je n'ai jamais cru que les parlementaires, les élus et les politiciens soutenant le contre-projet espéraient sa victoire. Ils n'en veulent pas vraiment. Ce qu'ils veulent, c'est que l'initiative échoue. Ils ont conçu un contre-projet dans ce seul but. Pour eux, toute voix enlevée à l'initiative est une victoire.

Il est regrettable, mais guère surprenant, que le Parlement helvétique se soit laissé entraîner dans ces petites manoeuvres politiques. A un an des élections fédérales, le parti agrarien inquiète ses rivaux plus que jamais et ces derniers sont prêts à toutes les manoeuvres pour lui faire obstacle - la sécurité de la population helvétique étant pour eux une préoccupation très secondaire.

Le peuple sera-t-il dupe? Réponse le 28 novembre.

09 novembre 2010

Salauds de riches!

L'initiative socialiste en votation le 28 novembre s'intitule "Pour des impôts équitables" mais elle aurait mieux fait de s'appeler "Salauds de riches", un terme plus en phase avec son contenu - et qui aurait aussi l'avantage d'être un bon cri de ralliement.

L'initiative est un concentré des "valeurs" prônées par les socialistes:

  • stigmatisation d'une minorité;
  • spoliation légale;
  • égalitarisme forcené;
  • mépris de la souveraineté cantonale.

La seule chose qui me chagrine est le soutien populaire dont les sondages créditent l'initiative. Le peuple suisse serait-il devenu à ce point envieux du bien d'autrui? Croit-il que les déficits chroniques dont souffre l'administration à divers niveaux est plus la cause d'un manque de moyens que d'une gestion lamentable des deniers publics? Pense-t-il vraiment que la concurrence fiscale - celle-là même qui fait venir des entreprises en Suisse - est dommageable au pays? Ce n'est pas impossible, malheureusement...

200906_mouton.jpg

Viens ici sale bourgeois!

Hélas! Quitte à se laisser guider par la convoitise et la jalousie, les électeurs cédant aux sirènes démagogiques du Parti pourraient faire un mauvais calcul.

L'effet évident, mis en avant par les promoteurs de l'initiative: une imposition "minimale" des hauts revenus (plus de 250'000.- par an) et de la fortune (dès 2 millions de francs). Tout simple, n'est-ce-pas?

Mais les contribuables aisés ne seront pas les seuls à embarquer dans la galère fiscale.

Il est impensable d'avoir un "saut" du pourcentage d'imposition lorsqu'un contribuable touche la somme annuelle fatidique, saut qui encouragerait les contribuables à rester en deçà. Au bout du compte, avec un palier trop raide on établirait une sorte de salaire plafond (une idée qui ne serait pas pour déplaire à certains... mais qui aurait le défaut de ne pas augmenter les recette fiscales.) Plus prosaïquement, pour éviter une "cassure" dans la courbe de taxation de l'impôt, il faudrait revoir les barêmes dans leur intégralité pour les linéariser, y compris pour des revenus touchant moins de 250'000.- par an. L'initiative affecterait donc directement l'imposition de la classe moyenne. Mais bon, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs!

Deuxième écueil, l'attractivité de la Suisse. Ne nous leurrons pas: tous les sièges sociaux d'entreprise qui viennent s'installer sur les bords de la Limmat ne le font pas pour la beauté du paysage. La Suisse offre des avantages fiscaux intéressants pour tous. On a tort de comparer l'attractivité du canton de Saint-Gall avec celle du Valais; la partie ne se joue pas sur ce terrain là. Elle se joue entre Londres, Francfort, Vienne, Zurich. Et ce qui compte c'est moins le taux moyen que paye un contribuable lambda dans ces lieux que les meilleures conditions qu'il puisse obtenir. Appelez ça l'arbre qui cache la forêt, une plaquette de publicité, un argument marketing, qu'importe, c'est une réalité. Soyons honnêtes: si un financier talentueux décide de s'installer à Zoug plutôt qu'à Londres, ce n'est pas à cause de son opéra. C'est parce que Zoug offre à ce spécialiste une fiscalité avantageuse. Cela tient à peu de choses. Et si des raisons fiscales suffisent à faire venir des gens dans des cantons aussi humble que Zoug, elles suffisent aussi à les en faire repartir!

Certes, tous ne quitteront pas la Suisse, mais il y en aura immanquablement, oui. Or, qui déménagera dans ce cas? Un individu et sa famille ou... Une entreprise? Je ne sais pas pour vous, mais je ne connais pas beaucoup d'artisans à leur compte qui gagnent 250'000 francs par an! Les niveaux de salaire et de patrimoine visés par l'initiative se retrouve seulement au sein de sociétés de bonne taille et dans des postes hiérarchiques élevés. Les victimes de l'initiative sont des décideurs. Peu importe que les socialistes et bien d'autres les haïssent: ils décident, et ils pourraient bien décider de s'en aller, auquel cas ils ne partiraient pas seuls. Partiraient donc aussi leur chiffre d'affaire, les impôts versés par leur entreprise, les contributions sociales de leurs autres employés, leurs commandes auprès de leurs fournisseurs, l'argent qu'ils dépensaient sur place... Et n'oublions pas tous ces gens, ces entreprises, qui pourraient venir en Suisse mais qui renonceront. Cette population n'est pas dénombrable, peut-on pour autant proclamer qu'elle n'existe pas?

Finalement, on oublie un peu vite que toute la Suisse bénéficie des largesses des riches contribuables installés dans quelques cantons à travers la péréquation financière. Ce mécanisme de redistribution (largement dévoyé, mais c'est un autre débat) amène les cantons prospères à payer pour les cantons mal gérés. Or, à travers une prospérité acquise à travers sa politique fiscale, Zoug contribue autant aux finances confédérales que Genève, le purgatoire fiscal du bout du Léman!

 

1.png

Pour les initiants, tout va bien (ce sont les autres qui payent...)

 

2.png

.

...Mais leurs adversaires (dont le Département Fédérale des Finances) ne sont pas de cet avis.

Sans surprise, les positions des partis traduisent le traditionnel clivage gauche / droite. Pourtant, pour que même Pierre Veya du Temps estime que l'initiative socialiste "Pour des impôts équitables" soit un leurre politique et une mauvaise solution, il faut avoir enfoncé certains paliers! Mais peu importe. A gauche, on estime que l'initiative est bénéfique parce qu'elle affecte les riches, ces bourgeois, ces ennemis de classe qu'il faut punir, tondre, humilier et chasser, en habillant la manoeuvre de bons sentiments. Au sein d'une certaine droite, une vision utilitariste l'emporte: ce n'est qu'il serait légitime ou non de taxer davantage les contribuables aisés, c'est juste qu'en fin de compte, si on examine l'ensemble des facteurs, le peuple y perdrait financièrement.

Arguments recevables, mais incomplets.

Pour ma part, je pense que l'initiative est scandaleuse car la taxation d'une minorité n'est réclamée pour aucune autre raison que la convoitise du patrimoine dont elle dispose, le fameux adage "il faut prendre l'argent là où il est" propre aux socialistes. Tous ne fuiront pas, taxons-les, taxons-les encore!

Ce raisonnement de voleur justifie à lui seul, pour des raisons éthiques, mon rejet viscéral de cette initiative.

Mise à jour (10/11/2010): sute à une erreur de ma part, relevée par un lecteur, le paragraphe "Il est impensable d'avoir un "saut" du pourcentage..." a été remanié. Avec mes excuses.

28 octobre 2010

Renvoyons les criminels étrangers!

Le 28 novembre, les Suisses seront amenés à voter sur l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers. Depuis quelques jours, la bataille politique et médiatique est engagée: à un mois de la votation, nous entrons dans la dernière ligne droite de la campagne.

Le succès prévisible de l'initiative a plongé ses adversaires dans le désarroi. Mais la perspective du 28 novembre ne doit pas faire oublier trop vite les innombrables épisodes de la saga, entre le dépôt de l'initiative et sa mise en votation...

udc-pour-plus-de-secu.jpgDès le dépôt de l'initiative, la classe politique helvétique n'eut qu'une seule réaction, le déni, suivi plus tard d'une campagne d'indignation très artificielle contre l'affiche aux "moutons noirs". Mais les gens ne les suivirent pas: les chiffres de la criminalité étrangère et l'expérience vécue par la population ne permettaient pas de balayer la question sous le tapis. Le divorce entre la population et les partis du centre et de la gauche était total.

Deux secousses majeures vinrent remettre en question le statu-quo côté politique: d'une part, le large soutien populaire à l'initiative, qui récolta plus de 210'000 signatures là où 100'000 auraient suffi; et d'autre part, le succès surprise de l'Initiative Contre les Minarets, prouvant que le plébiscite du peuple pouvait franchir les obstacles de la double majorité de la population et des cantons, de l'obstruction de la classe politique, et du traitement partisan de l'information par les médias.

Le Parlement décida alors de réagir, ficelant à la va-vite une alternative douteuse sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir.

Notons tout de même l'évolution de la situation, passée par trois stades assez typiques de confrontation avec le réel:

1. Il n'y a pas de problème. Sans problème, rien à résoudre: les étrangers sont tous bien intégrés en Suisse, les étrangers ne sont pas plus criminels que les autochtones, etc. Malheureusement, les chiffres de l'Office Fédéral de la Statistique vinrent vite démolir ce tableau idyllique et parfaitement illusoire: en 2009, 70.2% des détenus étaient de nationalité étrangère - à comparer avec la proportion de 21.7% d'étrangers dans la population. Les étrangers sont donc sur-représentés dans les prisons helvétiques et, je vous rassure, ce n'est pas dû à une excessive sévérité des juges à leur encontre. Pire, les étrangers sont particulièrement représentés dans les catégories de crimes graves: 62% d'étrangers pour les condamnations pour viols, 54% pour les lésions corporelles graves, 59% pour les homicides...

2. C'est impossible / C'est illégal. Les accords internationaux signés par la suisse rendent impossible l'expulsion de délinquants étrangers, c'est contre la Constitution, la Suisse fait partie de l'espace Schengen, c'est de la "double-peine", et un type vivant depuis trente ans en Suisse avec femmes et enfant y pensez-vous seulement? Balayons d'office ces tentatives d'obstruction: malgré de nombreuses manoeuvres pour empêcher de la soumettre au peuple, l'initiative est parfaitement légale, au grand dam des opposants. Si elle ne l'était pas, elle ne serait pas présentée en votation.

3. C'est possible et légal, et en fait, on le fait déjà. On le fait même tellement bien que l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers est inutile! Je vous assure, chers lecteurs, c'est désormais le point de vue officiel de la Commission fédérale pour les questions de migration! Evidemment, pas un journaliste pour relever cette petite contradiction avec les postures précédentes...

Si 58% de la population approuve l'initiative selon le dernier sondage en date, c'est bien parce que la législation actuelle et son application laissent à désirer. Chacun y va de son estimation sur le nombre de criminels étrangers plus ou moins renvoyés du pays: 750 personnes renvoyées en 2009 selon une enquête réalisée par la Commission fédérale pour les questions de migration auprès des cantons; 400 expulsions en moyenne chaque année selon les chiffres de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.

Des chiffres qui ont pris un sacré coup de fouet depuis que l'initiative sur le renvoi est sur les rails, comme par hasard.

Le système actuel est-il satisfaisant? Bien sûr que non - la population carcérale et l'explosion de la criminalité le prouvent. En fait, les statistiques plus ou moins précises évoquant le nombre de délinquants renvoyés de Suisse, à supposer qu'ils le soient effectivement, manquent leur cible. Il n'est pas très important de savoir qu'on renvoie avec la législation existante cinq, cent ou mille criminels étrangers aujourd'hui. Ce qui compte, c'est le nombre de criminels étrangers qu'on ne renvoie pas, et on comprend sans effort pourquoi sur ce point les autorités sont si discrètes. Chaque récidiviste étranger resté en Suisse à l'issue de sa peine est un argument de poids en faveur de l'initiative.

Comme sur n'importe quel sujet amené sur le tapis par l'UDC, les invectives fusent assez vite (voyons ce que donneront les commentaires de ce billet!) mais les raisons de renvoyer les criminels étrangers sont évidentes:

  • L'initiative ne vise que les criminels étrangers, contrevenant gravement à l'ordre et à la sécurité publiques. Trop facile de mettre dans le même sac les étrangers criminels et les étrangers honnêtes, comme les mélangent les adversaires du texte en parlant d'une initiative "xénophobe"!
  • L'initiative améliorera la sécurité et réduira l'engorgement des prisons et le taux de récidive, puisque les criminels étrangers ne seront plus en Suisse s'ils décident, un jour, de récidiver. On évitera donc d'avoir les mêmes individus qui passent et repassent dans les mêmes cellules helvétiques au confort reconnu jusqu'au Nigeria.
  • L'initiative unifiera des pratiques cantonales de renvoi totalement disparates (et donc inefficaces, voire injustes) ayant court aujourd'hui.
  • L'initiative enverra un signal fort à tous ceux qui souhaiteraient se rendre en Suisse pour s'y livrer à des trafics, des cambriolages ou d'autres délits.

Certes, l'Initiative pour le Renvoi ne résoud pas tous les problèmes possibles et imaginables, mais elle s'attaque à la criminalité de la bonne façon. Et, plus que tout, en tant qu'étranger naturalisé, je soutiens cette initiative parce qu'elle permet de trier le bon grain de l'ivraie.

Pour les socialistes et le centre-gauche, un criminel étranger est tout aussi digne de respect, d'accueil et d'intégration qu'un étranger honnête; cette confusion désastreuse, entretenue au nom du tiers-mondisme et d'une approche soixante-huitarde de la criminalité, se fait au détriment de tous les immigrés résidant en Suisse, dont l'écrasante majorité est travailleuse et bien intégrée.

Expulser les étrangers facilitera l'acceptation des immigrés honnêtes au sein de la population suisse. On ne pourra enfin plus faire le lien entre "criminel" et "étranger".

Le soutien au renvoi des criminels étrangers dépasse largement les clivages politiques: selon un sondage SSR, 55% des électeurs du PLR l'approuvent, ainsi que 45% des PDC et même... 38% des socialistes. Que ceux qui prétendent incarner le point de vue de la gauche se le rappellent bien!

26 août 2010

Tous voiles dehors

La Commission Fédérale contre le Racisme ne manque jamais une occasion de poursuivre sa politique partisane. Au menu du jour, le voile porté par des élèves musulmanes à l'école, qu'il s'agit de permettre à tout prix. Où quand l'administration décrète qu'il est interdit d'interdire...

L'information est relatée dans un article engagé du Temps intitulé "mobilisation contre l'interdiction du voile". En guise de contexte, on minimise le problème sur le thème du puis-qu'il-y-en-a-peu-pas-besoin-d'en-faire-un-flan, déjà largement entendu lors du débat sur l'interdiction des minarets. Les écolières de confession musulmane portant le voile à l’école obligatoire en Suisse sont-elles nombreuses? Sont-elles dix, vingt, cinquante? Les islamistes en Suisse, combien de divisions? Personne le le sait, puisque personne ne les compte...

N'empêche, il y en a.

945154O_ecoliere.jpgLe canton de Saint-Gall a mis les pieds dans le plat de la dhimmitude en adoptant au début de l'été une directive invitant les communes, seules compétentes en la matière, à interdire le port du voile à l'école - diérective faisant écho à des problèmes déjà rencontrés par certaines communes face à des élèves voilées. Francois Modoux, le journaliste du Temps, s'empresse de souligner que le président du Conseil de l’éducation du canton, Stefan Kölliker, porte l'étiquette UDC: le décor est dressé, les méchants fachos d'extrême-drouâte contre les gentilles élèves vivant paisiblement leur foi. Mais M. Modoux omet délibérément de préciser que les partis politiques de Saint-Gall ont tous soutenu la mesure, une information mentionnée à la TSR dans un reportage sur le même sujet. Et quant il titre son article "mobilisation contre l'interdiction du voile", il faut comprendre: mobilisation administrative de la CFR... Rien à voir avec un quelconque élan populaire.

Les islamistes ayant le chic et les complicités médiatiques pour provoquer des scandales à l'envi, comme par hasard, Elisa, une jeune fille voilée, débarque à la rentrée dans une école saint-galloise. Comme d'habitude dans ces cas-là, elle a pris toute seule la décision de provoquer une polémique en défiant le règlement de son école et ne voit pas le problème parce que c'est juste sa religion qui demande le voile... La méthode éprouvée a également le mérite de faire sortir du bois les possibles alliés parmi le troupeau des infidèles. On comptera sans surprise certains médias et la CFR dans cette liste.

Le plus intéressant n'est pas de savoir qui l'emportera entre la CFR et le règlement de la commune de Saint-Gall, mais bien les arguments de la première.

Invoquer la nécessité d’intégrer pour interdire le foulard islamique à l’école n’est qu’un prétexte, car au contraire la réglementation proposée ferait un obstacle à l’intégration, en rejetant des filles hors de l’école, note la Commission fédérale contre le racisme. L’interdiction enfreindrait donc le principe de l’égalité de traitement.

La CFR refuse l’interprétation que fait le Conseil de l’éducation saint-gallois du foulard islamique quand il décrète, dans sa circulaire, n’y voir «aucun sens religieux» mais plutôt «un simple moyen d’exprimer une identité culturelle». Porter le voile s’inscrit bien dans le domaine de la liberté de religion qui est largement protégée en Suisse, rappelle la CFR.

 

Le journaliste estime que la CFR démonte l'argumentation du Conseil de l’éducation saint-gallois point par point. Pour ma part, je me ferai un plaisir de démonter celle de la CFR.

Pour commencer, l'égalité de traitement. Il y aurait ainsi une inégalité entre les élèves voilées à qui on interdit le port du voile, et les élèves non voilées à qui on interdit le port du voile? Bizarre. A moins qu'il ne faille interdire quelque chose à chacun pour faire bonne mesure? Vous savez, tous ces catholiques arborant des croix comme si le monde leur appartenait...

Mais le meilleur est bien sûr de ramener le port du voie dans le domaine de liberté de religion puisqu'une telle déclaration signifie rien de moins que toutes les musulmanes doivent porter le voile. Si on ne peut interdire le voile parce qu'il est partie intégrante de la religion, cela signifie que tous les musulmans modérés dont les femmes ne sont pas voilées ne respectent pas les préceptes de leur religion, puisqu'elles renoncent à une partie intégrante de la religion. Et sont donc de mauvais musulmans. Ou comment la CFR pousse toute une frange de croyants modérés dans les bras des extrémistes en les insultant au passage. En si peu de mots, c'est un tour de force!

Le port du voile exprime un sens religieux tout à fait assumé, le prosélytisme, et c'est à ce titre qu'il devrait être absolument interdit à l'école. C'est un message envoyé aux non-musulmans: regardez-moi et voyez l'islam. C'est un message envoyé aux musulmans modérés: je suis plus proche d'Allah que vous. C'est un message envoyé à la société civile: l'embrigadement religieux de nos enfants est plus important que leur intégration scolaire. Le port du voile amène des débats et des discussions, débats et discussions avidement recherchés par les islamistes, parce qu'ils jouent sur leur terrain. Qu'ils argumentent autour de la sincérité de leur foi, de leur attachement à leurs croyances en terre infidèle, ou qu'ils cherchent juste à inventer une prétendue hostilité des mécréants envers tous les musulmans, ils ont tout à gagner d'une polémique.

Croire que celle-ci peut s'éteindre en autorisant le port du voile en classe est de la plus grande naïveté. Evidemment la faiblesse sera exploitée et les extrémistes grisés par cette première victoire. Loin d'être résolu, le problème s'amplifiera jour après jour, les parents n'ayant pas peur de pousser toujours plus loin le bouchon (exigence de repas halal, cinq prières par jour, non-mixité entre garçons et filles, etc.) et il est bien plus difficile de résister à ces revendications lorsque la tête voilée n'est pas un cas isolé mais représente 20% de l'effectif féminin des élèves...

La seule solution contre l'islamisation de la société - elle n'a rien de rampante - consiste à s'attaquer à la question dès qu'elle se pose et à fixer des limites claires et fermes. En gardant à l'esprit qu'une bonne partie des instances politiques et des journalistes jouent dans le camp adverse.

02 juillet 2010

Les libéralités d'André Blattman

Le scandale a été révélé hier sur les ondes: en ces temps de disette économique et de restrictions budgétaires, le chef de l'armée suisse, André Blattman, s'est payé les services d'un consultant hors de prix. L'individu était payé environ 2'000 francs la journée. Depuis novembre 2008, il a encaissé 740'000 francs versés par le Département de la défense, soit plus que le salaire d'un membre du Conseil Fédéral...

Le mandat a été attribué sans appel d'offre à un indépendant embauché en tant qu'expert. Son travail? "Epauler le chef de l'armée en matière de gestion et d’informatique en lisant des dossiers, en participant à des séances ou encore en rédigeant des rapports." On voit mal l'expertise là-dedans, d'autant plus que le chef de l'armée dispose déjà d'un état-major pour ce genre de tâches. A quoi sert la hiérarchie militaire si elle n'est même pas capable de produire un aide de camp capable d'épauler son chef?

Travaillant dans l'économie privée, je connais bien ces contrats de consultants. Aussi, cette affaire m'interpelle à plus d'un titre.

Contrairement aux apparences, un mandat à 2'000 francs par jour n'a rien d'abusif sur le papier. Dans le milieu informatique, les consultants à la journée coûtent entre 800.- et 1'500.- environ - et la crise a poussé les tarifs vers le bas. Des sommes plus élevées sont possibles dès que l'on souhaite s'offrir un expert rare, aux compétences pointues. Pour ce genre de "star", des tarifs journaliers de 2'500.- à 3'500.- ne sont pas à exclure, parfois davantage. Mais dans l'économie privée, la présence d'un personnage de la sorte est sérieusement encadrée. Sa mission est clairement définie avant son arrivée, et tout est fait pour rendre son séjour le plus efficace possible. Payée à prix d'or, la présence d'un tel expert ne saurait être que ponctuelle et définie par un cahier des charges précis. L'absence d'appel d'offre dans l'affaire Blatman n'en est que plus criante.

012398L_andre.jpgDeuxième élément soulevant des soupçons, la situation économique du consultant: un indépendant possédant avec sa femme sa propre SàRL dans la région d’Aaraut. S'offrir les services d'un tel consultant ne serait pas une pratique acceptable dans le privé. Plus l'employeur est gros (et l'armée helvétique se compare facilement à une grande entreprise) plus il exige de ses partenaires une fiabilité à toute épreuve. Se reposer sur les services d'un indépendant revient à s'en remettre au sort en cas d'absence - décès, maladie, ou d'éventuelles vacances! Une société de service digne de ce nom s'organise, trouve des remplaçants et suit les dossiers pour assurer une continuité. Un indépendant n'a pas ces possibilités. Plus la mission est importante, moins l'appel à un indépendant est approprié. L'amateurisme dans la gestion du contrat est difficilement acceptable à ce niveau.

L'expertise dont peut se prévaloir le consultant de M. Blattman justifiait-elle un tarif aussi élevé, sur une période aussi longue? La réponse est évidemment négative. Le chef de l'armée le prouve, bien malgré lui: sitôt le scandale dévoilé, il rompt le contrat au premier juillet! Cette tentative maladroite et tardive de mettre un terme à une situation scabreuse est un véritable autogoal. Elle démontre, s'il en était besoin, que la présence de ce consultant n'avait rien d'essentiel.

D'une mauvaise gestion à la corruption, il n'y a qu'un pas. La révélation d'une possible connivence entre les deux hommes dans le journal télévisé d'hier ajoute un soupçon de népotisme à un dossier chargé. Nous en saurons sans doute plus ces prochains jours.

Au sein de l'administration fédérale, ces méthodes n'ont malheureusement rien de nouveau. Pierre Gobet rappelle un rapport administratif de 2006 indiquant que le montant de ces "mandats d'expert externe" atteignaient 600 à 700 millions par an, sans grande transparence quant à l'attribution de ces adjudications.

Même si aucune accusation de gestion déloyale ne pèse pour l'instant sur André Blattman, sa position en tant que chef de l'armée est fragilisée. Comment accorder du crédit à cet homme lorsqu'il clame que l'armée manque "cruellement" de moyens?

Tenant le même discours, le Conseiller Fédéral Ueli Maurer est également affaibli. Difficile de ne pas tracer de parallèle avec l'affaire Nef, même si M. Maurer n'a pas de responsabilité ici.

Arrivant à point nommé au milieu des débats sur les crédits à allouer à l'armée, on peut se demander si cette affaire ne serait pas une cabale politique. Après tout, si des adversaires de l'armée - ou de l'UDC - avaient voulu nuire, ils n'auraient pas fait différemment: dévoiler les dispendieuses dépenses d'assistance du chef de l'armée au moment même où il crie misère, ça fait tache.

Malgré tout, la responsabilité finale de ce désastre (sur le seul plan des relations publiques pour l'instant) en incombe entièrement à M. Blattman. Chef de l'armée nommé après Roland Nef, il savait mieux que quiconque qu'il devrait être irréprochable à son poste.

La facilité avec laquelle les hauts responsables helvétiques versent dans des pratiques douteuses est inquiétante. Elle révèle au mieux des lacunes de management inacceptables à leur niveau, au pire une irresponsabilité crasse dès qu'il s'agit des deniers publics. Le tableau n'est pas brillant!

M. Blattman est peut-être victime d'une attaque partisane, mais il a tendu le bâton pour se faire battre.

17 juin 2010

Hop Suisse!

Vive la Suisse!

Personne n'imaginait la victoire helvète contre les Espagnols, favoris dans cette Coupe du Monde 2010. Je n'ai vu que quelques minutes du début de match. Parti tôt, j'entendis dans le train qui me ramenait à la maison l'étrange conversation téléphonique d'une dame:

- Allô? C'est toi? Oui, dans le train... Comment ça va?

- ...

- C'est pas vrai! On mène? Mais c'est un autogoal, non?

- ...

- Ben alors c'est chouette!

 

Un bon résumé de la façon dont les Suisses percevaient leur équipe hier après-midi encore. Il y avait pourtant anguille sous roche!

Parvenu en gare de Renens, je me pressai au Zig-Zag café à côté de la gare, où l'ambiance était électrique. 1-0 pour la Suisse, je n'en revenais pas! Le miracle était possible! Deux écrans diffusaient le match dans la salle - l'un suivi par des supporters de l'Espagne, l'autre par les Suisses. Il restait moins de dix minutes de jeu au temps réglementaire. A chaque fois que les Espagnols menaient une action offensive, les gens hurlaient. L'attente était intenable. Tout le monde gémit quand l'arbitre donna cinq minutes de temps additionnel (je demandais à un voisin: - Quelqu'un est mort sur le terrain pour de tels arrêts de jeu?) les secondes s'égrénaient... Jusqu'au coup de sifflet final.

980980BN_supporters.jpgExplosion de joie!

Tout le long du chemin du retour, c'étaient klaxons, drapeaux agités aux fenêtres, vuvuzelas et autres cornes de brume déchirant la fin d'après-midi. Un moment magique où chacun savait ce qu'il convenait de célébrer, sans concertation, spontanément!

Le meilleur résumé du match en fut donné à l'antenne de la TSR par des supporters Suisses en Afrique du Sud ayant eu la chance de voir le match en direct:

"Domination totale de l'Espagne du début à la fin, on marque par surprise un but tout pourri mais on s'en fout parce que ce qui compte c'est le GOOAAAAAL!!"

 

La victoire de la Nati sur l'Espagne a réuni un pays entier. Plus de gauche, plus de droite, de riches ou de pauvres, de Romands ou d'Alémaniques, seulement des supporters de la Nati! Et des supporters heureux.

Et si la Suisse était la surprise de cette Coupe du Monde? Rêvons un peu!