28 septembre 2016

La presse romande découvre la causalité

Panique dans les rédactions: 24Heures et la Tribune de Genève (qui partagent des "synergies" depuis plusieurs années déjà) devraient avoir à se séparer de 24 collaborateurs dans un avenir proche.

médias,propagande,tamedia
Le logo de l'entreprise Tamedia barré d'une bande noire, action des manifestants

Le sujet, qui ne susciterait qu'un entrefilet dans la rubrique économique s'il concernait n'importe quel autre secteur d'activité, est traité comme le point essentiel de l'actualité. Biais corporatiste, pourrait-on dire. Les médias s'inquiètent du destin de leurs confrères. Alors tout le monde s'étend sur l'horrible nouvelle, que ce soit dans les colonnes de 24Heures et de la Tribune évidemment, mais aussi dans celles de 20 minutes, de La Liberté ou du Temps, et j'en oublie, souvent à travers plusieurs articles.

Même la RTS évoque le sujet, quoi qu’avec la distance propre à un organisme protégé de pareilles déconvenues par la sanctuarisation de la redevance, car, en filigrane, c'est bien de cela dont il s'agit. Stéphane Montangero, président du PS vaudois, fait dans la paraphrase de Voltaire mais avec un sens tout différent:

C'est une question de qualité de l'information. Je ne suis pas toujours d'accord avec tout ce qui s'écrit mais je me battrai pour que les journalistes puissent continuer à l'écrire.


Comment comprendre cette déclaration dans un monde où l'information, comme n'importe quelle activité économique, est soumise à concurrence? Contre quoi faudrait-il se battre exactement, si ce n'est la désaffection pour la prétendue "qualité de l'information" délivrée au grand public par ces titres? Envisage-t-on de forcer les gens à lire? De subventionner les journalistes afin qu'ils reçoivent de l'argent sans que personne ne se donne même plus la peine d'acheter leurs journaux?

Presse en crise cherche maquereau

La presse écrite cherche des sous, résume avec une clarté rare le médiateur de Tamedia. Il commence lui aussi par un état des lieux sur une presse qui serait, à son plus grand regret, un secteur économique comme les autres:

[La presse écrite quotidienne] ne reçoit certes pas de fonds publics, bien que l’information semble être considérée encore comme un bien commun en démocratie (sic). Depuis bientôt deux siècles, elle tire ses ressources de ses ventes et de ses recettes publicitaires. Mais son modèle économique est atteint d’anémie. (...) La presse écrite quotidienne subit deux migrations massives: celle des lecteurs, et d’abord des plus jeunes, celle d’annonceurs autrefois très présents sur le marché de l’automobile, de l’emploi, de l’immobilier, des petites annonces.


Et de conclure: "Tout le monde se retrouve désormais sur le Net." Le vilain Internet, voilà l'ennemi. Mais il est invincible, alors que faire? De son point de vue, trouver de "nouveaux sponsors" - des organismes privés qui paieraient directement tout ou partie des reportages publiés, au lieu de simplement faire de la publicité comme au siècle dernier. Mais même ce passage généralisé au publi-reportage ne va pas sans poser des questions éthiques:

Sans ouvrir de procès d’intention ni agiter des théories du complot, à quoi sont aussitôt portés certains esprits, des questions se posent. Quel sera le traitement réservé par une rédaction à tel ou tel parrain prodigue qui rencontrerait des difficultés d’ordre économique, voire judiciaire, qui s’exposerait à une controverse publique?


On se demande, en effet. Et si les apports de fonds requièrent l’application de règles, que penser de l'indépendance relative des médias face à des groupes politiques avec lesquels ils entretiennent tant de rapports de sympathie?

Les lecteurs seront nombreux à se détourner d'un article trop dithyrambique pour être sincère sur tel ou tel dernier modèle de smartphone, mais combien seront tout aussi révulsés par une de ces interviews complaisantes où un politicien se fait aimablement servir la soupe par un journaliste en totale connivence idéologique?

Le publi-reportage économique repousse le lecteur, mais son pendant politique provoque la même réaction - et il est bien plus fréquent. Ce débat déontologique-là est soigneusement évité.

En quête de valeur ajoutée

"Partout dans le monde, les tirages des journaux s’érodent, même parmi les plus grands. Partout, les volumes publicitaires se ratatinent" se lamente le médiateur de Tamedia.

Mais ce n'est pas vrai. Outre-Sarine, la Weltwoche se porte comme un charme. Le quotidien gratuit 20 minutes triomphe avec son modèle économique basé sur la gratuité. Un site de réinformation comme Lesobservateurs.ch parvient à devenir un des sites web francophones les plus populaires malgré un budget dérisoire.

Le journalisme n'est pas mort. Mieux que cela, il ne s'est jamais aussi bien porté. Mais en achetant un quotidien les gens sont à la recherche de valeur ajoutée, de vérité, de synthèses, d'esprit critique. Ils ne sont pas demandeurs d'une presse obséquieuse avec les puissants, superficielle, moralisatrice et insultante, et qui en voudrait d'ailleurs? Les lecteurs veulent de l'information pertinente - pas des prêches, ni des copiés-collés de dépêches de la veille.

La presse romande est en crise. Il n'appartient qu'à elle de changer de ton, de ligne éditoriale, de retrouver son esprit critique et, peut-être, son public. Au moins peut-on espérer que les rédactions concernées comprennent qu'il en va désormais de leur survie.

25 septembre 2016

Vote sans surprise

Ce dimanche voyait les citoyens s'exprimer sur trois objets fédéraux: une initiative écologiste pour "l'économie verte", une initiative de gauche pour augmenter l'AVS, la retraite par répartition ; et un référendum lancé par certains milieux contre la nouvelle loi fédérale sur le renseignement, la LRens.

Le score final est de deux Non et un Oui. Les deux initiatives sont rejetées et la LRens est acceptée - un résultat parfaitement prévisible de bout en bout. La participation atteint les 43%.

L'Initiative "Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficience des ressources (économie verte)" (abordée ici) promettait la mise sous tutelle complète de l'activité économique dans ses moindres détails, au nom de mesures picrocholines autour du fumeux concept "d'empreinte écologique", et ce jusqu'en 2050.

votation du 25 septembre 2016

Face à la perspective de renoncer à tout confort grâce à de délirantes taxes sur l'énergie - sans compter l'augmentation du coût de la vie en général - le grand public décida de ne pas suivre, rejetant le texte par 63.6% des suffrages. On peut toutefois s'étonner du relatif succès de l'initiative, laquelle dépasse de beaucoup le cercle traditionnels des adeptes de Gaïa. L'écologie verte marque des points en Suisse romande et passe même la rampe à Genève (51.9%). Il serait intéressant de voir ce que donnerait une version seulement cantonale de ce texte... Mais pourquoi souhaiter tant de mal à la population genevoise?

Initiative AVS Plus (abordée ici): nous étions avec ce texte dans une posture de redistribution classique avec ses victimes (ici les travailleurs) et ses prétendus bénéficiaires (ici les retraités). Mis à part la stratégie de base de la gauche visant à dresser les couches de la population les unes contre les autres, la démarche m'échappait quelque peu. Les personnes âgées sont plutôt conservatrices et n'auraient pas forcément viré leur cuti pour les socialistes, à moins qu'il n'ait s'agit depuis le début que d'une simple opération de communication. Les salariés, quant à eux, retiendront que pour la gauche ils sont une fois de plus sacrifiables sur l'autel des intérêts d'une autre catégorie sociale.

votation du 25 septembre 2016

La faiblesse du train de vie des retraités reste malgré tout un problème récurrent. Plutôt que de chercher "bêtement" à augmenter des rentes qui convenaient encore il y a quelques années, ne faudrait-il pas davantage se pencher sur l'augmentation du coût de la vie qui grève le budget des personnes vulnérables? Entre les augmentations continues des taxes (TVA), du coût de la santé ou de celui du logement à cause de la pression migratoire, il y aurait bien des pistes à creuser... Mais pas forcément à l'avantage des socialistes. Demander une rallonge est tellement plus simple!

La nouvelle Loi sur le Renseignement (LRens) passe quant à elle confortablement l'épreuve du référendum avec 65.5% d'approbation. Pas un canton ne la refuse.

En porte-à-faux avec mon parti, j'étais personnellement opposé à ce texte. La LRens légalise pour les services de renseignement des moyens d'espionnage rigoureusement interdits au commun des mortels, comme des logiciels espions installés à leur insu sur les téléphones portables de tiers. Je reste de marbre devant les "garanties" sensées prévenir les dérives de la surveillance de masse ; je ne sais que trop bien à travers des exemples issus d'autres pays avec quelle facilité ces procédures sont rapidement contournées pour ne plus devenir que les étapes symboliques d'une surveillance de masse. On commence par demander une approbation ponctuelle, on finit par signer l'annuaire entier.

Enfin, je pense que les moyens de la loi actuelle - qui date d'octobre 2008, pas vraiment Mathusalem - conjugués aux autres mesures comme le contrôle de l'immigration et l'expulsion des étrangers criminels auraient été tout à fait suffisants pour garantir la sécurité de notre pays... À condition de les mettre en œuvre!

Mais quoi qu'il en soit, le succès de la LRens était couru d'avance. Dans une époque troublée où la majorité est visiblement prête à sacrifier sa liberté contre une promesse de sécurité, les voix divergentes se faisaient d'ailleurs fort rares. Seuls l'extrême-gauche et les Verts s'opposèrent au texte, vraisemblablement moins au nom de grands principes que par ce que leurs militants extrémistes en avaient à craindre.

Ce week-end a donc vu un ensemble de scrutins sans surprise - les sondages annonçaient pareils résultats depuis longtemps. Les seuls regrets que l'on puisse exprimer concernent la Suisse romande toujours plus à gauche que sa sœur alémanique, et les scores toujours trop élevés pour des appels à une utopie totalitaire.

23 septembre 2016

Le peuple suisse, cocu content ?

Après sept heures de débat mercredi le Conseil National a finalement entériné la loi d'application de l'initiative "Contre l'immigration de masse" - une loi tellement vide de contenu que personne, pas même les parlementaires qui l'ont votée, n'ose prétendre qu'elle respecte la Constitution.

Un tel aveu constitue une première. Comme le relevèrent certains UDC à Berne, pareille situation pose la question du serment que prêtent les parlementaires au début de leur mandat, lorsqu'ils jurent de la défendre.

immigration,démocratie,initiative

Selon l'article 121a de la Constitution, la Suisse doit gérer de façon autonome son immigration. Il instaure la préférence nationale en matière d'emploi et des plafonds annuels d'immigration toutes catégories confondues - dont l'asile et le regroupement familial - et enfin, empêche le pays de signer tout traité contraire à ces dispositions. Le peuple suisse connaît bien le texte suite à l'énorme campagne qui eut lieu en 2014 autour de l'initiative contre l'immigration de masse.

A contrario, la loi d'application qui sera prochainement sous toit demande que les offres d'emploi soient publiées aussi auprès des offices régionaux de placement. C'est à peu près tout.

La Constitution avait déjà été allègrement violée au mois de mai lorsque le Conseil Fédéral décida de voter l'extension de la libre-circulation à la Croatie. A cette occasion, il contrevint de façon flagrante et indiscutable à l'article constitutionnel, en plus de renier ses propres engagements du lendemain du 9 février.

L'UDC hurla son indignation dans l'indifférence générale. Avec leur profondeur de réflexion coutumière, les médias se réjouirent ce cette déconvenue. Le grand public, lui, resta parfaitement apathique. Il n'y avait donc aucun doute que cette entorse à la Constitution ne serait pas unique. Nous en avons un nouvel exemple aujourd'hui. Il sera suivi de beaucoup d'autres.

Écrivons-le en toutes lettres: la Constitution helvétique n'est plus qu'un morceau de papier sans valeur. Un texte inspirant l'action politique, mais de façon abstraite, sans contraintes. Une sorte de feuille de route purement symbolique dont chaque dépositaire de l'autorité - gouvernement, parlement, justice - pourra s'éloigner autant que nécessaire, selon ses objectifs idéologiques et politiques du moment.

Pour la classe politique, les avantages sont immédiats: les initiatives populaires relèvent désormais du folklore. Par exemple, la récente initiative pour la "primauté du droit suisse" sur le serpent de mer du droit international n'a plus aucune raison d'être. Qu'elle soit refusée et on s'en réjouira ; qu'elle soit acceptée et on l'inscrira dans la Constitution avant de l'ignorer royalement.

Les politiciens ne prennent même plus cet air contrit qu'ils arboraient au lendemain d'initiatives populaires gênantes, comme l'internement à vie des criminels dangereux ou l'interdiction pour les pédophiles de travailler avec des enfants. L'expression populaire n'est déjà plus qu'une démonstration d'humeur ponctuelle que seul un crétin, un politicien UDC par exemple, prendrait au sérieux.

Les faits donnent raison à ceux qui méprisent la démocratie directe. Le peuple vote pour des initiatives et élit ensuite des représentants qui les foulent aux pieds. La faute en revient évidemment à la classe politique et aux médias, mais la responsabilité finale incombe indiscutablement aux électeurs qui choisissent d'être cocus.

Les protestataires les plus lucides continueront bien évidemment à se tourner vers l'UDC, la gratifiant d'un ou deux pourcents supplémentaires tous les quatre ans, mais cela n'a guère d'importance. À ce rythme un basculement du rapport de force n'arrivera pas durant ce siècle, la majorité des deux tiers du centre-gauche du Parlement continuant entre-temps à faire comme bon lui semble.

Qui s'avoue réellement surpris par ce qui se passe à Berne? Les signes de cette dérive, nombreux et concordants, s'étalent devant nos yeux depuis des années. L'épisode de l'immigration de masse n'est qu'une étape supplémentaire, médiatiquement porteuse car concernant un sujet qui cristallisa le débat en son temps.

Ce mercredi, malgré un débat-fleuve, la partie était jouée depuis le début. Tous les partis politiques hormis l'UDC choisirent de ne pas prendre le risque de se fâcher avec Bruxelles, de ne pas renégocier le sujet de la libre-circulation avec l'UE, d'ériger les bilatérales en Veau d'or intouchable. L'Union Européenne n'a même pas eu à hausser le ton: les négociateurs helvétiques ont capitulé en rase campagne, avant que le moindre coup de feu ne soit tiré, avant même que l'étendard de l'adversaire ne soit aperçu. Cinglant contraste avec le courage anglais...

En 1992, les Suisses votèrent contre l'adhésion à l'Espace Économique Européen. Depuis ce fâcheux accident, la classe politique travaille à rendre le pays euro-compatible et à lier les mains de ce peuple revêche, redéfinissant la signification de la démocratie directe au besoin. Par habitude, naïveté et pusillanimité, la grande masse des citoyens laisse faire.

On a refusé à la classe politique l'honneur de devenir membre de l'Union Européenne ; elle choisit aujourd'hui d'en devenir l'esclave - et tant pis s'il faut jeter la Constitution aux orties pour cela.

11 septembre 2016

Énergie verte et chèque en blanc

La rentrée est là et avec elle les devoirs civiques - dont le vote sur les divers objets soumis au peuple le 25 septembre. Parmi eux, une initiative écologiste classique tant sur la forme que le fond, l'initiative "Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)".

prise de position,votation du 25 septembre 2016,écologie,réchauffement climatiqueLe texte de l'initiative demande l'inscription dans la Constitution d'un article sur "l'économie durable" dont l'objectif se doit d'être atteint par tous les moyens administratifs possibles - Communes, Cantons, Confédération - à travers des mesures comme des "prescriptions aux mesures de production" et des "mesures de nature fiscale ou budgétaire", lesquelles incluent la possibilités de nouvelles taxes "sur la consommation des ressources naturelles", un intitulé promettant une assiette de taxation à peu près infinie.

Mais la plus grande particularité de ce texte est sans doute dans ses dispositions transitoires, lesquelles s'étendent jusqu'à 2050 (!) Elles demandent à ce que la Suisse - de 2050 donc - ait une "empreinte écologique" "extrapolée à la population mondiale" - 2050 donc - ne dépassant pas "un équivalent planète".

Au cœur de ce charabia vaguement menaçant se trouve donc la notion d'empreinte écologique - une unité de mesure basé sur tellement n'importe quoi qu'elle se mesure à coup de planète, et qui avait déjà été éreintée par H16 il y a plus de six ans:

Pourquoi utiliser l’empreinte carbone pour ces calculs fumeux ? Cela fait un moment qu’on sait que le CO2 n’est pas un polluant et constitue même une véritable ressource. (...) Comment calculer les ressources initiales, sachant qu’on ne connaît pas tout de cette planète, loin s’en faut ? Ne connaissant pas même 1% des espèces vivantes, il paraît en effet pour le moins [audacieux...] de prétendre en connaître précisément les entrées-sorties. (...)

[Même] en imaginant que les données initiales sont connues (hypothèse hardie, on l’a vu), la conclusion qui aboutit à un déficit devrait être sujette à caution : d’où vient le manque à gagner ? D’une part, l’humanité n’a pas, discrètement et sur une autre planète, constitué un petit stock de denrées pour y puiser de temps en temps ce qui lui manquerait pour finir l’année. D’autre part, dès lors que des ressources manquent, leur consommation diminue : eh oui, quand il n’y a pas de pétrole, on n’en brûle pas.


Et de conclure: consommer des ressources à crédit est une thèse "qu'aucune espèce d’explication physique ou mathématique ne permet d’éclairer." Ce qui n'empêche pas les écologistes helvétiques de tenter le coup en inscrivant un objectif en rapport dans la Constitution.

Les Suisses en font déjà beaucoup pour la nature, ce qui donne au pays ses si beaux paysages. Mais ce n'est pas qu'une image de carte postale. Derrière le cliché, les Suisses se sacrifient quotidiennement au nom de l'écologie - que ce soit à travers le sport national du tri des déchets, le matraquage continuel des thèses à la mode par les médias d’État ou l'aspect plus triste des innombrables taxes et interdictions que subissent les citoyens avec philosophie au nom de la défense de l'environnement.

Mais pour les écologistes, cela ne suffit pas. Les écologistes sont visiblement des gens ambitieux et exigeants dont on aimerait qu'ils se conforment davantage à leurs hauts principes dans leur vie de tous les jours ; quoi qu'il en soit, avec ce texte, ils visent bien davantage.

Tout d'abord, ils visent loin. 2050 tombe dans 34 ans. Pour vous donner une idée, il y a 34 ans, c'était en 1982. Reagan était président des États-Unis, le monde était en pleine guerre froide avec l'URSS, l'entité qui devint plus tard l'Union Européenne venait de fêter l'arrivée de son neuvième membre, la Grèce. Le GIEC, pivot central dans la diffusion de la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine, ne serait lui-même créé que six ans plus tard. Il s'en passe des choses sur une durée aussi longue.

La projection dans un horizon lointain est une technique de vente politique éprouvée, permettant à chacun de penser que le gros de l'effort devra être fait par d'autres, typiquement les générations à venir. En réalité, il paraît insensé de vouloir planifier quoi que ce soit sur quasiment deux générations de là, et impensable que ces dernières acceptent docilement de subir des contraintes aussi extrêmes façonnées par leurs aïeux.

Car les écologistes visent également haut. Ils parlent d'un "équivalent planète" au bout du chemin, en 2050, mais pas besoin d'attendre cette date pour voir de quoi il s'agit. Le WWF maintient une infographie de l'empreinte carbone de divers pays. En 2014, deux tiers des pays se situent au-delà de la "biocapacité moyenne mondiale" arbitrairement fixée à un peu moins de deux "équivalent planètes" (je sais, c'est n'importe quoi). Il faut donc aller en bas du classement pour trouver des pays qui tutoient le Graal d'un seul "équivalent planète" actuel, ces pays qui font écologiquement rêver: le Yémen, le Bangladesh, la Palestine, Haïti, l’Érythrée...

prise de position,votation du 25 septembre 2016,écologie,réchauffement climatique


Classement 2014 des pays par "équivalent planète" décroissant - source WWF
(cliquez pour agrandir)

Les écologistes clament qu'il est possible de vivre écologiquement sans rien sacrifier de son confort. C'est évidemment impossible. Essayez de vivre avec 65% de ressources en moins - électricité, nourriture, chauffage, surface habitable... Le calcul de "l'équivalent planète" repose sur différents facteurs parmi lesquels la richesse d'un pays tient une place prépondérante. Ils refusent de l'admettre mais leurs propres classements ne mentent pas: pour les écologistes, vivre en conformité avec l'écologie, c'est avant tout être pauvre. De là ces échelles absurdes où des pays ravagés par le sous-développement, et par ailleurs écologiquement dévastés, décrochent les plus belles médailles.

Je ne doute pas que le grand public verra cette initiative pour ce qu'elle est: un véritable chèque en blanc fait aux écologistes pour contrôler absolument tous les aspects de notre existence jusqu'en 2050, lâchant la bride à leur volonté de taxer tout ce qui respire, court, marche ou rampe sur le territoire jusqu'à ce que le niveau d'activité économique ressemble à leurs pays modèles.

Je n'ai aucun doute non plus que cette initiative sera largement repoussée, même si les perdants du jour gloseront sur "l'intérêt porté au message" ou "le socle de l'électorat prêt à faire bouger les choses" entre autres formules creuses.

Hors de tout cela, ce qui est inquiétant, c'est que dans son esprit ce texte est déjà en route - mis en place par les autorités actuelles, rien de moins. Doris Leuthard envisage dans le cadre de sa "stratégie énergétique 2050" d'interdire le chauffage à mazout dès 2029, le chauffage électrique étant quant à lui programmé pour disparaître en 2035... En matière d'énergie, de taxe et de liberté de choix, la situation helvétique se soviétise de plus en plus.

Les nombreux citoyens qui refuseront l'extrémisme de l'initiative "écologie verte" devraient également se rappeler qui ils envoient à Berne pour décider de leur liberté en matière d'accès à l'énergie.

29 août 2016

Les Accords Bilatéraux, l'invincible atout

Lorsqu'on joue au tarot, disposer du 21 d'atout est avantageux: c'est le plus puissant des atouts. En conséquence, la carte ne peut jamais être ramassée par l'adversaire. Quelles que soient les circonstances, les appels au roi et le contrat en cours, le joueur qui pose le 21 d'atout ramasse le pli en jouant sa carte, point.

tarot_le_21.jpgDisposer du 21 d'atout est, clairement, très confortable.

Dans le jeu politique suisse, les Accords Bilatéraux semblent jouer le même rôle. Une réforme pose problème? Le peuple gronde? "Attention, la refuser menace les Accords Bilatéraux!" crient à l'unisson journalistes et politiciens. Les contestataires grommellent et retournent dans leurs tanières en maugréant. Une initiative barre la route de la soumission de la Suisse à l'Union Européenne? "Votez comme vous voulez, mais si cette initiative passe, alors c'est la fin des Accords Bilatéraux!!" glapissent divers éditorialistes et experts judicieusement choisis. L'avertissement disperse le public rassemblé autour de l'initiative aussi vite qu'un compère au chapeau à la fin d'un spectacle de rue.

L'invocation des Accords Bilatéraux est le baiser de la mort du discours politique helvétique. Toutes proportions gardées, les Accords Bilatéraux ressemblent comme deux gouttes d'eau à la fameuse Loi de Godwin et son fameux "point Godwin". Il faudrait juste l'appeler différemment. Le "point Junker", par exemple.

Sa dernière utilisation en date remonte à quelques jours, lorsque l'Union Européenne révéla une nouvelle directive sur les armes à feu, la directive 91/477, obligeant tous leurs détenteurs à des tests psychologiques. Jusque-là, nous assistons juste à une démonstration supplémentaire et assez typique de l'incompétence de l'UE: bien que les attentats de masse soient actuellement en Europe le fait d'islamistes utilisant des bombes artisanales, des armes achetées au marché noir, des couteaux ou des poids lourds fonçant dans la foule, l'UE réagit donc au nom de la "sécurité" en tournant ses soupçons vers les individus honnêtes, chasseurs, tireurs sportifs et amateurs d'armes. Punissez les innocents, il en restera toujours quelque chose.

Dans un monde normal, cela ne devrait pas nous concerner - l'UE a ses délires, nous avons les nôtres. Malheureusement, la Suisse s'est engagée à reprendre automatiquement le droit européen en matière de sécurité en tant que membre de l'espace Schengen. Comment? Personne ne vous avait rien dit lors de la votation sur la libre-circulation? Un oubli, sans doute.

Mme Sommaruga s'en alla donc plaider à Bruxelles une "dérogation" concernant l'arme de service des anciens militaires suisses, qui sera peut-être accordée à titre temporaire, peut-être pas. Vous pouvez être certain que Mme Sommaruga n'a que faire de ces armes et les interdirait immédiatement si elle le pouvait ; mais dans le système politique suisse, certaines décisions doivent encore passer à travers une loi, qu'il s'agit de rendre digeste à la majorité (pro-Bruxelles et anti-armes) du Parlement. On travaille donc juste à des accommodements raisonnables pour éviter un référendum.

Car attention! Attention! Si d'aventure, le peuple suisse se réveillait un peu avant d'être désarmé, et osait convoquer un référendum contre la réforme de la loi sur les armes, et l'emporte, alors tout tomberait par terre! La Suisse ne respecterait plus le règlement interne de l'Espace Schengen! La libre-circulation tomberait! Et avec la fin de la libre-circulation, celle des Accords Bilatéraux! La fin de tout!

armageddon.jpg
La fin des Accords Bilatéraux (vue d'artiste)

Et qui pourrait vouloir la fin des Accords Bilatéraux? Personne - même pas l'UDC.

En définissant les Accords Bilatéraux comme la ligne rouge indépassable du débat politique, les Suisses se défendent contre Bruxelles avec une main attachée dans le dos. Eussent-ils sérieusement plaidé que la directive 91/477 amènerait à la résiliation des Accords Bilatéraux, elle serait peut-être retournée dans ce tiroir qu'elle n'aurait jamais dû quitter ; mais en réalité, à Bruxelles, les diplomates suisses ne plaident rien du tout. Ils prennent leurs ordres. Ce n'est que plus tard, à la maison, dans les couloirs du Parlement, qu'on essaye de voir comment assaisonner les textes, à la marge, pour les faire avaler aux élus et au peuple.

La situation est d'autant plus cocasse que toute cette bagarre vise à préserver un traité moribond. Les Accords Bilatéraux sont brisés depuis le vote du 9 février, précisément parce que le peuple suisse a mis fin à la libre-circulation en reprenant le contrôle de l'immigration. Mais dans les hautes sphères tout le monde continue à faire comme si. On se moque des derniers jours de Constantinople et des discussions sur le sexe des anges, mais à notre époque Berne a inventé la politique à titre posthume. Ce n'est pas tellement mieux.

Reste au peuple suisse à se débarrasser de la dernière illusion profondément martelée dans son esprit par les médias - le caractère avantageux qu'auraient eu les Accords Bilatéraux. Gageons que la bonne marche de l'économie anglaise après le Brexit suffira à convaincre les esprits les plus bornés. Il n'y a nul besoin d'accords bilatéraux avec l'ensemble de l'UE pour commercer avec les pays qui la composent, et encore moins en s'imposant une libre-circulation dont les Suisses ne veulent plus.

C'est une évidence, mais par les temps qui courent, même les évidences doivent être rappelées.

17 août 2016

La vieille antienne de la Suisse gouvernée à droite

Lorsqu'un gauchiste se retrouve un peu coincé dans une discussion publique - cela arrive fréquemment dans des commentaires sur Internet, lorsque le sujet point un peu trop directement le lien entre une politique de gauche et son résultat catastrophique - l'excuse est alors toute trouvée, un postulat lancé comme un écran de fumée avant de prendre la fuite:

"Cela ne peut pas être la faute de la gauche, parce qu'elle est minoritaire en Suisse."

Et voilà. Rien de ce qui arrive en Suisse de mauvais ne saurait être imputé à la gauche, jamais, car elle ne dispose pas des leviers du pouvoir. CQFD. J'ai même eu droit à des variantes de ce type jusque dans des commentaires ici-même:

Vous parlez des socialistes. Nous ne sommes pas en France. Les socialistes, je le répète n'ont aucun pouvoir au niveau fédéral sauf celui de convaincre. De tout temps ils ont toujours été minoritaire au CF et dans les Chambres. De plus leurs actions est limitée par le vote du peuple.

Je sais, c'est difficile pour vous de comprendre ça. C'est tellement plus simple de définir un ennemi qui portera tous les maux de la terre. Sauf qu'en Suisse, c'est la droite qui est au pouvoir, et avec l'UDC.


Ce n'est pas tant que ce soit difficile à comprendre ; c'est surtout faux.

Le Socialisme, ses variantes et ses amis

D'abord, même une position minoritaire au gouvernement n'est pas synonyme d'impuissance, loin de là. Mme Sommaruga en sait quelque chose, elle qui travaille avec acharnement à importer des hordes de migrants en Suisse. M. Berset se contente quant à lui de bureaucratiser toujours davantage le secteur de la santé.

Tout cela s'inscrit dans la logique helvétique du partage du pouvoir, mais l'influence de la gauche s'exerce bien au-delà. Quelle proportion du Conseil Fédéral et à fortiori du Parlement est pour une diminution du poids de l’État dans la société? Pour une monnaie fiable reposant sur l'or? Pour un contrôle des frontières? Contre la supériorité des juges étrangers sur le droit suisse? Pour le fédéralisme? Sur chacun de ces aspects et de nombreux autres, l'influence des positions socialistes sur l'ensemble de l'échiquier politique est évidente. Elle est d'ailleurs parfaitement perceptible par la bonne entente entretenue par des partis politiques théoriquement concurrents, mais concordants sur la plupart de ces thèmes.

Il existe quelques rares aspects sur lesquels la gauche parlementaire est réellement minoritaire au sein du monde politique, comme une caisse d'assurance-maladie sur le modèle de la sécurité sociale française, mais ils constituent l'exception plutôt que la règle.

La socialisation des esprits

En Suisse comme ailleurs, les socialistes n'ont pas attendu d'accéder au pouvoir pour influer sur la destinée d'un pays. S'ils ne pouvaient tenir les leviers du gouvernement, ils l'obtenaient ailleurs comme une première étape. Syndicats, magistrature, éducation supérieure, furent autant de bastions historiquement infiltrés par le socialisme. Ce n'est pas par hasard.

Les syndicats permettent de canaliser politiquement les revendications des adhérents et de propulser les leaders syndicaux dans une carrière élective. La présence dans la magistrature permet d'influencer le législateur, en particulier en Suisse où il est le fait de politiciens de milice, et d'infiltrer progressivement l'administration, friande de juristes ; et, accessoirement, de différencier les peines infligées selon la proximité idéologique du délinquant (il suffit de voir les verdicts rendus dès que l'extrême-gauche est concernée...) Enfin, l'éducation supérieure est le creuset où se forment les futures élites, qu'on imprégnera abondamment des dogmes tout en canalisant crédits de recherches et attributions de chaires selon leur utilité pour appuyer les positions du parti.

Il existe bien d'autres domaines infiltrés par les socialistes, comme la presse, l'administration fédérale, la culture, mais il serait trop long d'en faire l'inventaire.

Par "infiltré par les socialistes" je n'entends rien d'autre que de pointer que l'idéologie de gauche y est présente sans commune mesure avec les 18% que représentent les Socialistes lors des élections fédérales, ou même les 25-30% de la gauche élargie, même s'ils n'atteignent évidemment pas les 100%. Ces bastions se perpétuent comme animés d'une vie propre et sont, de facto, la principale source des voix socialistes aujourd'hui.

La base du fonctionnement du système est la cooptation entre individus idéologiquement conformes, qui s'exprime ainsi: quelles que soient les qualités professionnelles respectives des candidats lors d'un recrutement, priorité doit être donnée aux socialistes ou apparentés. L'appartenance politique est en quelque sorte un super-critère de sélection qui s'exerce en permanence, pour tous les emplois possibles dans un milieu donné.

Les employeurs libéraux ou sans couleur politique mettent évidemment la compétence au centre du recrutement et se font de ce fait progressivement évincer, en particulier dans des secteurs d'activité protégés de la concurrence, car d'autres aspects entrent en jeu que la simple efficacité économique.

L'obstacle populaire

Le peuple suisse n'est pas de gauche, et constitue donc le principal rempart contre l'hégémonie socialiste - de là la guerre sans merci que la gauche livre contre le peuple pour l'affaiblir, le diviser et démolir son influence politique au sein des institutions. Pour une liste non-exhaustive des différents moyens mis en œuvre, citons:

  • la naturalisation de masse, si possible automatique, pour changer physiquement la composition de la population, dans l'espoir de modifier l'équilibre des forces sur les opinions disputées ;
  • le multiculturalisme, détruisant le tissu culturel et civilisationnel historique et soumettant les franges les plus vulnérables de la population à la violence ;
  • l'immigration et l'inflation, amenant par un effet d'appauvrissement généralisé la population à se détourner de la sphère politique pour se concentrer sur sa simple survie économique ;
  • le détournement de la police de ses fonctions régaliennes de maintien de l'ordre public pour faire la chasse à des fautes administratives (les "crimes sans victimes") ;
  • la mise en place progressive d'une éducation visant à fournir à la société des individus inemployables, revendicatifs et dépendants, mais avec une conscience politique "adéquate" ;
  • l'affaiblissement de la fonction punitive de la justice, notamment en cas de récidive, en faveur de mesures coûteuses et inefficaces de "réinsertion" ;
  • la subordination et l'annulation des décisions du souverain par de vaporeuses références au "droit international" visant à décourager toute initiative politique inappropriée ;
  • la délégation maximale de toute forme de décision à des "comités d'expert", et en général tout groupe dont la composition puisse être aisément noyautée et dont les conclusions pourront s'imposer à un ensemble plus grand (Parlement, voire Suisse toute entière).
  • le marxisme culturel, visant à imprégner dans les esprits que tous les rapports sociaux sont des rapports de force.

Lorsque tout cela échoue, il reste encore la simple propagande que servent avec un empressement servile des journalistes massivement encartés à gauche.

Voilà pourquoi la définition d'une "majorité" ou d'une "minorité" de gauche au sein de la population n'a, en fin de compte, strictement aucune pertinence, en particulier dans un système politique fractionné comme en Suisse. La gauche a compris que l'important n'était pas de convaincre une population pour laquelle elle n'a d'ailleurs que mépris, mais de tenir les leviers du pouvoir. Elle ne les lâchera pas - ils lui permettent de démultiplier son influence bien au-delà de ses scores électoraux. Si le peuple vote parfois encore à droite, quasiment toutes les décisions sur lesquelles il n'intervient pas directement vont dans l'autre sens.

La conclusion, sans appel, et largement partagée par des observateurs de longue date de la vie politique helvétique: depuis plus de vingt ans, la Suisse est gouvernée au centre-gauche. La trajectoire du pays s'en ressent.

socialisme.jpg